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Full text of "Traité de la verité de la religion Chrétienne"

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University  of  Toronto 

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https://archive.org/details/traitdelaveritde02abba 


LJ 


A  I  T  E 

A  VERIlfe 

DELA 

religion 

CHRÉTIENNE 

seconde  partie. 

Edition  ,  revm  ,  corrigé^, 
augmentée. 


A-  Rotterdam; 

Chez  REINIER  LEERS. 

M.  DCCV. 

AviC  Ftivilé^c  de  Nojfei^neurs  les  'EtAts  de  HollfiTide 
^  Vvefl-Erife, 


•àf. 
ht  y 


TRAITÉ’ 

de  la  Vérité  de  la  ' 

RELIGION 

CHRÉTIENNE- 

I.  SECTION. 

Preuves  de  la  Religion  Chrétienne  *■ 
tirées  du  témoignage  de  ceux  qui 
l’ont  les  premiers  annoncée. 

Dejjetn  de  l'Ouvrdge. 

Ou  S  fommes  defeendus  de  cette 
propolîtion  y  il  y  a  un  Dieu  ,  juf- 
qii’à  celle-ci,  Jeftu  Fils  de  Marie 
e(i  le  Mejjte  qui  devait  venir.  Il 
faut  remonter  maintenant  de  cet¬ 
te  propofition  y  11  y  a  des  Chré>. 
tiens  dans  le  monde  y  julqu’à  cclle-ci,  il  y  a  un 
Dieu  qui  a  voulu  fe  faire  connoître  par  la  Religion» 
Dans  nôtre  première  Patrie  nous  avons  entrevu 
Jesus-Christ  à  la  faveur  de  la  lumière  delà 
Nature  ,  &  de  la  Révélation  de  MeïTe  :  mais  à 
prefent ,  nous  allons  comme  tirer  le  rideau,  pour 
faire  voir  en  Jésus- Christ  un  éclat  de  véiîtc  ,  & 
une  abondance  de  lumière,  qui  répandra  un  jour 
admirable  (ur  la  Religion  de  MoiTe  &  fur  la  Ré¬ 
vélation  de  la  Nature,  &  qui  confirmera  excel¬ 
lemment  la  vérité  de  Texiftence  de  Dieu. 

Tûme  IL  A 


Dans 


%  Traite  de  la  Vérité 

Dans  cette  vüc  nous  ferons  trois  chofes. 
I.  Nous  confidcrerons  d*abord  la  première  bcor- 
ce  de  Ja  Religion  Chrétienne  ,  s'il  m’eft  permis 
de  parler  aiuli  j  examinant  toutes  les  preuves  qui 
font  prifes  du  témoignage  extérieur  que  les  pre¬ 
miers  Chrétiens  lui  ont  rendu  ^  confidérant  leiii: 
bon  fens,  leurs  lumières,  leurs  préjugez  ,  Ja  h- 
tuation  de  leur  efpiit,  leur  martire  ,  les  motifs  1 
de  ce  martire,  &c.  &  cela  avant  que  devenir  à 
la  confidératicn  de  rEcriture  du  Nouveau  Te-  | 
Rament.  IL  Nous  confidcrerons  cette  Ecriture,  * 
pour  voir  fi  elle  eft  fupofée  ,  ou  non..  Nous  en  ■ 
examinerons  la  matière.  Nous  tâcherons  &  de  i 
Ja  défendre  contre  les  foupçons  des  incrédules ,  j 
£n  faifant  voir  qu’elle  ne  contient  rien  que  de  vé-  j 
ritable,  &  d’en  faire  voir  la  divinité  par  le  cara-  | 
.£lere  des  chofes  qu’elle  contient.  1 1 1.  Enfin  | 
nous  tâcherons  de  faire  connoître  la  mcëlle  du  | 
Chriftianifme  ,  en  découvrant  fon  excellence  ,  i 
fesufages.  Tes  utilitez,  fa  fin,  fon  génie,  &  gé-  l! 
néralement  toutes  les  beautez  qui  lui  font  propres  i 
&  naturelles.  C’efl  à  quoi  nous  defiinons  les  Se-  i 
dions  qui  partagent  cette  fécondé  Partie.  | 

Cependant  ,  comme  un  des  plus  dangereux  i 
préjugez  des  incrédules  eR  la  crainte  qu’ils  ont  ! 
qu’on  ne  veuille  les  tromper  ,  en  leur  faifant  em-  | 
brafler  par  la  foi  des  dodlrînes  qu’on  ne  peut  éta¬ 
blir  par  la  raifon  i  &  qu^il  nous  efi  avantageux  j 
de  leur  ôter  cette  penfee  :  nous  voulons  bien  pour  !j 
quelque  tems  douter  de  tout  avec  eux,  &  nous  || 
clevanc  par  degrez  à  la  conuoifTance  des  faits  qui  |j 
.ctabliffcnt  le  Chriftianifme,  ne  recevoir  les  véri-  j| 
rez  qu’à  mefure  qu’elles  nous  paroîcront  cvÎt:  j 
deptes.  j 


l! 

CHAP.  î.  I 


ie  la  Religion  Chrétienne^ 

chapitre  i> 


t>u  r  'on  recherche  d" oh  font  venm  les  Chrétiens  , 
'Ô*  quelle  efî  leur  yrofeffton  ,  en  remontant 
fafqaaux  premiers  fié  des, 

N  Cas  fupofoDS  pour  céc  èfet ,  qu’il  y  a  des 
Chrétiens  dans  le  monde  ,  &:  qii  il  n’y  en  a 
pas  toujours  eu.  Ge!a  m'aprend  qu’il  faut  re¬ 
monter  jufqii’aux  ficelés  paffez  >  pour  trouver 
l’origine  de  ma  Religion.  Je  monte  donc  de  fié- 
cle  en  fîécie  jufqu’à  Conftantin,  fans  trouver  le 
moïen  de  m’éclaircir  de  ce  doute. 

Mais  il  faut  un  peu  s’arrêter  ici.  La  profperîtc 
de  ce  Prince  donne  d’abord  quelques  foupçons  ^ 
A:  Ton  fe  défie  d’un  homme ,  qui  étant  le  maître 
de  la  plus  confidèrable  partie  de  TUnivers  ,  fem- 
blc  avoir  pu  établir  la  Religion  Chrétienne  par 
la  force  ou  par  l’adrefTe  ,  la  regardant  peut- être 
.comme  plus  propre  que -la  Païenne  à  faire  réüiîir 
les  dci  ieins  de  fa  politique. 

Ce  foupçon  ne  dure  pourtant  pas  long-tems. 
Nous  connoifTons  très-certainement  ,  qu’il  y 
avoit  des  Chrétiens  avant  le  (iêcle  de  Coniïan- 
tin.  Les  Auteurs  Païens  qui  l’ont  précédé  en 
parlent.  Les  Hiftoriens  Ecclefiafliques  ne  font  que 
décrire  leurs  (ouffrances*  Or  bien  que  ces  Hifto- 
xiens  vécnllent  du  tems  de  Confl-antin  ,  ou  mê¬ 
me  apres  lui,  il  faudroit  ou  qu’ils  euffent  perdu 
la  raifon  ,  ou  qu’ils  la  fupofafTent  perdue  dans  leS' 
hommes  de  leur  fiécle,  pour  leur  donner  une  hi- 
ftoire  de  l’Eglifc  Chrétienne  depuis  les  Apôtres 
jufqu’à  Conftantin ,  s’il  étoit  vrai  qu’il*  n’y  eût 
pas  eu  de  Chrétiens  avant  ce  Prince.  Il  faut 
donc  être  tout-à-fait  extravagant  pour  s’arrêter 
à  ce  foupçon.  ^ 

Mais  je  trouve  ici  quelque  chofe'de  plus  :  c’eft 

A  ij  que 


'4  Traité  de  la  Vérité  ! 

cjue  d’un  cote  les  Chreriens  qui  vivoient  avanC  î 
Conftancin  ,  avoient  entre  leurs  inains  les  Livres  i 
du  Nouveau  Teftament  j  &  que  de  l’autre  ,  ces  ; 
Chrétiens  ccoient  fi  pcriiiadez  de  la  vérité  de  la  i 
Refurredtion  de  Jesus-Christ  ,  de  Tes  Miracles,  j 
de  l’efFulion  du  S,  Efprit  fur  les  Apôtres  ,  &  de  Jj 
tous  les  autres  faits  qui  ctablilTent  la  llcligioa  ill 
Chrétienne,  qu’ils  ne  parlent  d’autre  chofe  :  leurs  ,]; 
Livres  en  font  remplis  i  leur  dodfrine  eft  toute  [ 
établie  fur  ce  fondement,  Ainh  ,  afia  que  Cou-  | 
ftantin  eût  fuposé  les  faits  qui  étabiifl'ent  le  ,■ 
Chriüianifme ,  il  faudroit  qu’il  eût  fuposé  non- 
ieulement  les  Livres  du  Nouveau  Tehamenr,  * 
Xnais  encore  les  Ecrits  de  Clement,  de  Juftin  , 
d’Irence  ,  d’Athenagore  ,  de  Clement  Alcxan-  j 
drin,  deTcrtulien,  d’Orîgene,  &  généralement  j 
de  tous  les  Peres  qui  Font  précédé  i  puifque  ces  ! 
Ecrits  ont  un  raport  cffentiel  avec  les  faits  qui  j 
ctabliffent  la  vérité  de  la  Religion.  i 

Si  nous  montons  un  peu  plus  haut ,  nous  ver-  i 
ronsdes  Chrétiens  affligez  pendant  les  trois  pre-  i 
miers  ficelés ,  perfécutez  par  toute  la  terre,  &! 
d*une  maniéré  trés-cruelle  &  trés-opiniatre.  On  | 
les  fait  mourir  fur  les  roues  &  fur  les  échafauts:  ; 
on  les  tourmente  par  le  feu  ;  on  lesdéclyre  par  le  ! 
fer  :  on  leur  coupe  les'  parties  du  corps  l’une  i 
après  l’autre  :  on  les  jette  dans  la  mer  &  dans  les  ■ 
rivières:  on  les  expofe  aux  bêtes  fauvages  :  on  ! 
les  couvre  de  robe  enfoufrées,  on  les  allume  , 

&  l’on  s’en  fert  pour  éclairer  les  paflans.  Jamais  i 
pn  n’a  vu  les  hommes  fl  bien  d’accord  que  dans  | 
le  deflein  de  tourmenter  les  Chrétiens  :  &  le  peu-  | 
pie,  qui  voit  avec  quelque  mouvement  de  com-  ; 
paflioh  les  plus  grands  criminels  fur  l’échafaut ,  ; 
conduit  les  Fidèles  au  fupliccs  avec  des  crisd’al-  | 
iegrefle.  | 

Certainement  il  efl  difficile  de  n’avoir  pas  la  j 
CLiriofltç  de[]connoître  un  peu  plus  particulière-  i 

ment 


de  lit  'Religion  Chritlenné:  J 

hient  des  gens  qu’on  pcrCccute  avec  tant  de  fu¬ 
reur.  Car  à  voir  toute  la  terre  cmüë  d’une  ma- 
aicre  ü  prodîgieufe  contre  une  Sedte  ,  on  la  croi- 
roit  ennemie  de  tout  le  genre  humain  ,  Sc  fortie 
deTEnfer  pour  le  malheur  commun  des  hom¬ 
mes. 

Quel  eft  donc  le  crime  des  Chrétiens?  On  les 
accule  d’impietc  ,  de  meurtre  &  d’incefte.  On 
prétend  qu’ils  violent  le  refpedl  qui  eft  dü  aux  2pûlo£i 
Dieux  5  qu’ils  tuent  leurs  enfans  5  qu’ils  en  font 
des  repas  apres  les  avoir  tuez  j  Sc  qu’en  fin  ils  fe 
mêlent  confufement  le  frere  avec  la  fœur  ,  Sc 
le  fils  avec  la  mere. 

Mais  il  y  a  d’abord  peu  d’aparence  que  les 
Chrétiens  loufTrent  la  mort  ,  Sc  des  tourmens 
plus  cruels  que  la  mort  meme,  pour  défendre 
une  Religion  qui  les  engageroit  à  commettre 
des  aéfions  fi  infâmes.  Cette  fermeté,  qu’ils 
témoignent  au  milieu  des  fuplices^  Sc  qui  a 
été  reconnue  de  leurs  propres  ennemis ,  s’acor- 
de  mal  avec  la  volupté  Sc  les  débauches  doue 
on  les  aeufe. 

D’ailleurs,  interrogez  fur  ces  crimes,  dont  iî 
faut  qu’ils  le  juftifîent,  ils  nous  montrent  des 
Apologies  de  Juftin  ,  d’Athenagore  &  de  Tertu- 
licn  ,  par  lefquclles  ils  demandent  infiammenr  au 
Sénat  &  aux  Empereurs  Romains ,  qu’on  faffe 
une  exacte  recherche  de  leur  vie,&  qu’on  leur 
fafic  foufFrir  des  tourmens  mille  fois  plus  cruels 
que  ceux  qu’on  leur  fait  endurer  ,  s’ils  font  cou¬ 
pables  de  ce  dont  on  les  aceufe. 

Ils  nous  montrent  meme  une  Lettre  de  Pline 
à  Trajan,  qui  doit  être  regardée  comme  un  mo¬ 
nument  autentique  de  leur  innocence,  puifque 
Pline  y  aprend  à  l’Empereur,  que  s’étant  enquis 
fort  exademenc  delà  vie  des  Chrétiens ,  il  n’a- 
voit  trouvé  autre  chofe,finoij  qu’ils  s’ajGTem- 
bloienc  dans  des  lieux  écartez  fur  le  point  du 

A  iij  jour 


Trahi  de  la  Verhi  ]- 

jour ,  qu'ils  faifcient  des  prières  &  s’engagcoientf  \. 
par  un  fermenc  foremnel,  à  ne  commettre  poinc  ! 
de  meurtre  ,  d'adultere  ,  d’injuftice ,  ni  aucun  I 
autre  ciimc.  Ils  nous  produiroi]C  une  reponfe  de  î 
Trajan  à  Pline,  par  laquelle  cet  Empereur  or-  » 
donne  qu'on  ne  recherchera  plus  les  Chrétiens  à  : 
l’avenir,  &  qu'on  fe  contentera  de  punir  ceux  | 
qui  fe  feront  découverts  eux-mêmes.  Et  afin  i 
qu'on  ne  puifl'e  pas  dire  que  ces  deux  Lettres  i 
(on,,  fuposées  5  c'eft  Tertulien  qui  en  parle ,  i 
A^olog.  ^dreiïant  fon  difeours  au  Sénat  &  à  l’Empereur  i 
Romain ,  à  qui  il  ne  pouvoir  impofer  ,  fans  | 
mettre  en  danger  fa  tête,  &  fans  préjudicier  à  1 
fa  Religion.  ; 

I 

CHAPITREII.  I 

0}i  l'on  (examine  le  mérite  des  premiers 
Chrétiens. 

MAis  ce  n’efl  pas  aparcmrr.ent  l’innocence 
des  premiers  Chrétiens  que  i'on  s'avifcroic 
de  révoquer  en  doute  :  c'eft  plutôt  de  leur  crédu¬ 
lité  que  l'on  fe  défie.  Il  eft  certain  en  cfet  que 
kur  confiance  naît  de  leur  efperance  ,  &quelcur 
eipcrance  vient  de  leur  perfuafion.  Mais  qui  fçâic 
fi  leur  perfuafion  eft  bien  fondée  ?  Qui  doute 
qu’il  n’y  ait  des  Mahometans  tellement  perfua- 
dez  de  la  divinité  de  l'AIcoran  ,  qu'ils  foiifFri- 
roient  la  mort  pour  confirmer  cette  erreur  ?  La 
multitude  des  Martirs  fait  donc  voir  ,  qu'une  in¬ 
finité  de  perfonnes  ont  etc  fort  perfuadées  de  la 
vérité  de  Ja  Religion  Chrétienne  :  mais  elle  ne 
montre  pas  que  leur  perfuafion  fut  bien  fondccf 
II  faut  donc  aller  plus  loin. 

Nous  ne  devons  pas  craindre  de  nous  tromper 
en  fupofant  quelles  premiers  Chrétiens  avoienc 
quelque  fens  «ommun*  Des  gens  qui  font  pro- 

feiüon 


de  la  Keligton  Chrétienne,  j 

feflîon  de  fe  mocqucr  de  la  plaralicc  des 
Dieux  ,  &  de  tant  de  ruperftitions,  Païennes  , 
qui  ccoient  en  cfet  contraires  au  bon  Tens  > 
qui  pratique  une  morale  fi  fagc.  5  qui  font 
fi  réglez  dans  leur  conduites  qui  ont  tant  de 
haine  pour  les  excez  qui  troublent  la  laifon  1» 
qui  fe  forment  des  idées  fi  faines  de  la  Di¬ 
vinité,  en  comparaifon  des  autres  hommes  5 
ne  doivent  pas  être  privez  de  la  lumière  na¬ 
turelle.  Or  il  eft  allez  difficile  de  fe  perfua- 
-der ,  que  des  gens  qui  ont  une  étincejle  de  bon 
fens  ,  renoncent  à  leurs  biens  ,  &  fouffrenc 
courageufement  la  mort  pour  défendre  une 
caufe,  s’ils  n’avoient  de  puiflantes  raifons  pour 
la  croire  bonne. 

Cette  confideration  doit  être  foürenuë  par 
deux  réflexions  très- importantes.  La  premiè¬ 
re  eft  ,  que  ce  ne  font  pas  feulement  ici  des 
gens,  qui  étant  nez  Chrétiens,  fuivent  aveu* 
glément  Ip  préjugé  de  la  naiflance  &  de  rédu- 
cation  :  il  s’agit  d’une  irfîniré  de  perfonnes  , 
qui  de  Païens  fe  font  Chrétiens,  &  qui  exempts 
des  préjugez  favorables  de  la  naiffince  &  de 
l’éducation  ,  &  en  aïanc  de  tout  contraires  à 
la  Religion  Chrétienne ,  veulent  mourir  pour 
elle  après  l’avoir  connue*. 

La  fécondé  eft  ,  que  la  vérité  de  la  Religion 
Chrétienne  eft  toute  fondée  fur  des  faîts^  Si 
Jésus-Christ  a  fait  des  miracles,  &  fi  Jesus- 
Christ  eft  reflufeité,  la  foi  des  Chrétiens  eft  vcii- 
table.  Si  Jésus- ChRist  n’a  point  fait  de  mira¬ 
cles  ,  &  s’il  n’eft  poirt  renTufcicé  ,  la  foi  des  Chré¬ 
tiens  eft  faufte.  Sans  mentir  il  faudroii  que'ces 
hommes  enflent  été  des  infenfez  ,  ou  des  frénéti¬ 
ques  ,  pour  fortir  d’une  Communion  ftoriffante, 
pour  revêtir  l’oprobre  &  le  nom  de  Chrétiens  ,  fi 
vil&fi  méprifé  en  ce  tcms-Ià  ,  pour  fouffrir  vo¬ 
lontairement  la  perte  de  tons  leurs  biens,  &  pour’ 
A  iiij  mourir 


^  Trahi  de  la  Vérité  i 

mourir  d\in  genre  de  mort  cpoiiventabic,  dani  i 
la  feule  intention  de  défendre  une  Religion  fon-  ' 
déc  fur  des  faits  qu*on  n’auroit  eu  aucune  raifon  j 
de  croire  véritables.  Des  gens  qui  font  nez  &  qui  | 
vivent  paifiblement  dans  une  Communion,  peu-  ! 
vjnt  croire  aveuglément  ce  qu*on  y  croit  :  mais  ! 
celui  qui  connoîtra  tant  foit  peu  comment  eft  fait 
Je  cœur  de  f  homme  ,  ne  pourra  s’imaginer  que  ^ 
des  gens  renoncent  aux  préjugez  de  la  nailTancc  | 
&  de  l’éducation  ,  &  fartent  violence  à  leurs  plus  i 
cheres  inclinations ,  pour  embrafler  une  foi  per- 
fécutée  par  les  puirtanccs ,  &  pourfuivie  par  le  ; 
feu,  fans  l’examiner  auparavant,  &  fans  (çavoii: 
bien  pourquoi  ils  rembrartént. 

C’efl  le  peuple  ,  dira*t-on  ,  à  qui  cela  eft  arri¬ 
vé  ,  &  fon  exemple  ne  tire  point  à  confcqucncc 
pour  les  perfonnes  fages.  Oui ,  mais  le  peuple  a 
accoücumé  de  fuivre  à  cet  égard  la  force  ,  la 
profperité,  la  pompe  &  l’autorité  i  &  de  haïr  la 
vérité  même  ,  lors  qu’elle  fe  trouve  dénuée  de 
tous  fes  fecours.  Comment  fe  dcment-il  lui-mc- 
me  dans  cette  occahon  Ou  pourquoi  le  fupofe- 
rions-nous  contraire  à  lui- même  contre  toute 
aparencc. 

Q^e  fi  nous  croyons  que  le  vulgaire  des  Chré¬ 
tiens  ait  entièrement  manqué  de  raifon  en  cela: 
je  ne  fçai  comment  nous  en  pourrons  aeufer  les 
premiers  Dodeurs  de  l’Eglife  ,  tels  que  font  Clé¬ 
ment,  Polycarpe,  Juftin,  Irenée,  &c.  Car  d’un 
cô:é  l’on  ne  peut  douter  que  ces  hommes  n’euf- 
fent  du  bon  fens  j  les  monumens  qui  nous  rcftenc 
d’eux  le  faifanr  trop  bien  connoître  :  &  l’on  fçaic  . 
dç  l’autre  ,  qu’ils  vivoient  dans  un  tems  fi  pro¬ 
chain  de  celui  des  Apôtres  ,  qu’il  eft  impofliblc 
qu’ils  ayent  été  trompez  à  céc  égard.  Polycarpe 
avoir  long-tems  converfé  avec  S.  Jean.  Irenée 
avoir  vii  Polycarpe,  Et  Juftin  eft  plus  ancien 
qu’Irenée, 


•  de  la  Religion  Chrétienne,  9 

Si  ces  Dodtcurs  s’ctoient  contentez  de  nous 
dire  ,  que  Jesus-C  H  R  i  s  t  &  les  Apôtres  ont  fak 
des  miracles,  nous  pourions  peut-être  nous  dîf- 
penfer  de  les  croire  fur- leur  parole.  Mais  lors 
qii*ils  (oufFrent  la  mort  pour  défendre  la  vérité 
de  certains  faits  ,  dont  il  eft  impolTible  qu’ils  ne 
fuHent  inftruits  j  lorfque  je  voi  que  Glement  & 
Polycarpe ,  difciples  Sc  contemporains  des  Apô¬ 
tres  ,  vont  à  la  mort  pour  défendre  une  Religion 
clîéntiellement  fondée  fur  ces  faits,  c’efl-à  dire  , 
pour  foütenir  que  les  Apôtres  avoient  reçu  le 
don  de  fake  des  miracles  ,  de  parler  des  langues 
étrangères ,  é'C  de  communiquer  même  ces  dons, 
des  faits  avec  Icfquels  la  Religion  Chrétienne  efb 
cffcntiellement  liée  :  j’avouë  que  je  commence  à 
être  convaincu-  Examinons  pourtant  la  choie  de 
plus  prés ,  &  voyons  fi  nous  n’y  trouverons  pas 
quelque* raifon  de  douter. 

CHAPITRE  IH. 

•Oh  Ton  continue  a  prouver  la  mérité  de  la  Religion 
par  des  faits  inconte  fables, 

QUi  nous  a  dit  que  Clement  &  Polycarpe  ont 
foufFert  le  marrire  ?  Et  quand  ils  l’auroient 
foufFcrt ,  qui  nous  alFurera  qu’ils  n’avoient  pas  été 
trompez  par  les  Apôtres  t  Qui  fçait  meme  s’ils 
ont  jamais  été. 

On  me  difpcnfera  bien  fans  doute  de  faire  de 
grands  raifonnemens ,  pour  montrer  que  Clement 
&  Polycarpe  ont  été  ,  &  qu’ils  ont  foufFert  le 
martyre.  Èiifcbe  qui  en  fait  l’hihoire ,  ne  peut 
avoir  fupofé  ce  fait ,  à  moins  qu’il  n’ait  corrompu 
tous  les  Livres  des  Peres  qui  l’ont  précédé  ;  car  ils 
en  font  tous  mention.  Irenée  ,  Juftin,  Clement 
Alexandrin  ,  &c.  en  parlent  comme  d’un  fait 
connu.  Le  premier  fc  y^nte  en  plulieurs  endroits 

Av  de 


10  T  Y  dite  de  la  Vente 

de  Tes  Ecrits ,  d’avoir  vu  en  fa  jeunefle  Poîyc^r- 
pe  :  &  ils  fouffrent  tons  le  martyre  à  l’exemple  de 
ces  premiers  Chrétiens.  *  J 

Que  les  Apôtres  ayènt  trompe  Polycarpe  &  \ 
Clément,  comme  aulTi  les  autres  difciples  ,  c’eft  ^ 
ce  cju’on  peut  encore  moins  fupoler  :  puifque  ! 
les  Apôtres  (e  vantent  de  pouvoir  faire  des  mi-  ! 
racles  ,  de  2;uerîr  les  maladies  ,  de  parler  toute  i 
forte  de  langues  ,  l<  de  communiquer  même 
ces  dons,  qu’ils  apellent  les  dons  du  S,  El'prir. 

11  eflabfolument  impoflible  que  Clement ,  Poly-  i 

carpe  &  les  autres  s’y  laifTaflent  tromper,  &  lur  | 
tout  jufqu’à  louffrir  la  mort,  pour  rendre  té¬ 
moignage  à  une  Keligion  fondée  fur  de  pareilles  [ 
impodutes.  j 

Mais  d’cii  paroît-il  que  les  Apôtres  fc  vantaf-  | 
fent  de  faire  des  miracles ,  &  de  communiquer  les 
dons  du  Saint-  Efprit  ?  Outre  que  cela  paroît  de 
leurs  Epîtres  mêmes,  qui  ne  peuvent  être  fupo- 
fées ,  comme  nous  le  montrerons  tantôt  5  cela 
paroît  encore  des  Ecrits  des  premiers  Dodlcurs 
de  l’Eglife  5  &  enfin  cela  cft  évident  de  lui-mc-^ 
me.  Car  comme  l’on  ne  peut  nier  qu’Alcxandte 
îe  Grand  u’aic  été  (ans  détruire  l’opinion  que 
f’on  a  ,  que  l’Empire  de  Darius  fut  renverfépar 
lui,  ou  que  les  Macédoniens  fubjuguerent  l’Afie 
fous  fa  conduite  j  parce  que  Pun  de  ces  faits  eft 
fondé  fur  l’autre  :  de  même  *on  ne  fçauroit  penfer 
que  la  Religion  Chrétienne  foie  célcfce  &  divine  , 
fans  croire  les  miracles  de  ]  e  s  c  s*C  h  R  i  s  T  ,  fa 
refurred-ion  ,  l’efFafion  du  S.  Efprit  fur  les  Apô-> 
très,  &  les  dons  miraculeux  qui  croient  commu¬ 
niquez  aux  Fidelles.  Car  que  ,feroit-ce  que  la 
Pvcügion  Chrétienne  fans  tous  ces  faits  ?  Où  fe- 
roic  fa  divinité  ?  En  quoi  confincroicnt  fa  force  , 
fes  promeffes  &  fon  efl'cnce  ?  Puis  donc  que  Clé¬ 
ment  &  Polycarpe  ont  foufFcrt  le  martyre  pour  la 
vérité  de  la  Religion  Chrétienne,  il  faut  qu’ils 

rayent 


de  la,  Kcl^gîon  Chféîienne.  if  ^ 

l’aycnt  foufFert  aiifîi  pour  défendre  la  vcrîtc  de 
CCS  faits  que  nous  venons  de  marquer.  De  forte 
que  CCS  faits  étant  très  fenfibles  ,  &  étant  facile 
à  Clement  &  à  Poîycarpe  de  fçavoir  b  les  Apô-^ 
très  avoicnt  le  don  de  parler  des  langues  étrai^ 
o;eres,  de  guérir  les  maladies  ,  &  de  commun'^ 
quer  hicme  ces  dons  extraordinaires  ,  &  de  les 
rendre  fort  communs  dans  TEglife  ,  puis  qu'ils 
ont  vécu  &  conversé  avec  les  Apôtres  :  on  ne 
voit  pas  qu’il  foit  polîible  d’en  révoquer  en  douie 
la  vérité. 

L’efpric  humain  ,  qui  efl:  fi  fertile  en  imagina¬ 
tions  ,  peut  former  à  peine  de  doute  que  nous 
puiflions  conferver  un  moment  fur  ce  fiijet.  Car^ 
s’il  me  vient  dans  TeCprit ,  qu’on  pourroit  m’a¬ 
voir  fait  un  faux  récit  du  martire  de  Clement  , 
dé  celui  de  Poîycarpe,  &  de  celui  des  fucceffeuis 
des  Apôtres  i  je  perds  cette  penfée,  en  confidéiart 
le  nombre  ,  la  qualité  &  le  confentement  des  té¬ 
moins  qui  m’aprennent  ce  fait.  Les  fucceffeuis 
de  Clement  &  de  Poîycarpe  foufFrir oient- ils  un 
martire  effeélif  à  l'exemple  de  ces  Martirs  ima¬ 
ginaires  }  Imiteroient-ils  fi  courageufement  un 
martire  fabuleux  qu’ils  auroicnc  inventé  ?  Si  jp 
erbi  que  Clement  &  Poîycarpe  ont  été  trompez  y 
que  les  Apôtres  leur  ont  fait  allufîon  :  on  me  fait 
voir  que  cela  ne  peut  être ,  puifque  les  faits  dont 
il  s’agit  font  des  faits  d’expérience  fi  palpables 
&  fi  fenfibles ,  qu’il  n'y  a  perfonne  qui  puifTe  s’y 
tromper.  Si  je  doute  enfin  que  les  Apôtres  en 
ayent  voulu  pçrfuadcr  la  vérité  :  on  me  montre 
qu’il  n’y  a  point  de  Chriflianifme  fans  ces  faits  j 
&  que  les  Apôtres  n’auroienc  jamais  établi  de 
Religion  Chrétienne  ,  s’ils  n’avoient  perfîiadc 
aux  hommes  que  ces  faits  ctoient  véritables- 
Cette  preuve  recevra  du  jour  de  tout  ce  que  nous 
dirons  dans  les  chapitres  fuivans.  • 

Mais  cependant  ne  pourrons- nous  pas  fçavoir 

A  vj  ce 


Il  Traité  de  la  Vérité  T 

ce  que  les  ennemis  des  Chréciens  en  difent  ?  Catf  jj 
il  femble  qu*il  n’eft  pas  jufte  d*ccoucer  les  feuls 
Chrétiens  dans  leur  propre  caufe.  La  chofe  n’eft  ! 
pas  bien  difficile.  Porphîre  ,  Celius  ,  Julien  i 
llirnommc  l’Apofiat  ,  fe  prefentent  d*abord  , 
pour  foiiccnir  que  J  e  s  u  s-C  h  R  i  s  t  a  fait  tous  ! 
les  miracles  par  une  vertu  magique  ,  &  que  c’eft  ' 
un  fantôme  que  les  Difciples  ont  vu  ,  au  lieu  de  ; 
Jesus-C  h  r  ist  rcfl'ufcité.  C’eft  fur  quoi  : 
je  croi  qu’on  doit  faire  quelque  reflexion.  Car  ; 
il  eft  tout  à-fait  remarquable,  que  des  hommes  1 
qui  croient  encore  plus  envenimez  contre  les  . 
Chrétiens,  que  les  incrédules  d’aujourd’hui,  &.  ! 
qui  etans  dans  des  ficelés  plus  proches  de  celui  î 
des  Apôtres  ,  pou  voient  être  mieux  inftruits  de  i 
la  vérité  ou  de  la  faufleté  de  ces  faits ,  n’ofent  | 
pas  les  révoquer  en  doute,  &  font  contraints  de 
recourir  à  des  fantômes  &  à  des  vertus  magiques 
pour  fe  tirer  d’embaras.  C’eft  une  chofe  digne  de 
confidération  ,  que  Celfus  ,  qui  doutoic  aupara¬ 
vant  qu’il  y  eût  des  Magiciens  ,  eft  contraint  d’a- 
tribuer  les  miracles  de  Jesus-Christ  à  une  vertu 
magique ,  comme  Oxigéne  le  lui  reproche  en  quel¬ 
que  endroit. 

Ain  fi  il  nous  paroîc  d’abord  ,  que  les  premiers 
Chrétiens  étoient  des  gens  de  bon  fens  &  des 
gens  de  bien  5  qu’une  partie  vivoitdans  un  tems 
fi  prochain  de  celui  des  Apôtres ,  pendant  la  vie 
defquels  toutes  ces  chofes  s’étoient  paiTcres  j  qu’i-I 
ne  fe  pouvoir  qu’ils  n’en  fçuflent  la  vérité  3  que 
cependant  ils  ont  loufîert  la  mort  pour  celer  la 
vérité  d’une  Religion  fondée  fur  ces  faits  ,  &  que 
leurs  ennemis  n’ont  ofé  entièrement  les  révoquer 
en  doute. 

Cependant ,  je  ne  me  rends  pas  encore  ,  il  faut 
s’élever  un  peu  plus  haut  ,  &  s’arrêter  à  la  fin 
du^remier  fiéclc  ,  qui  eft  le  tems  auquel  S.  Jean 
rivoit  encore  ,  le  dernier  des  Apôcres,  &  auquel 

Poli-; 


de  lit  Hellglon  Chrêdcnnê*  ij 

Polîcârpc  &  Clément  ,  dont  nous  avons  déjà 
parlé ,  fleurilToient  ;  aufli  ce  fera  là  nôtre  point 
fixe  dans  le  chapitre  fuivant. 

CHAPITRE  IV. 

Ou  Von  continue  d'établir  la  vérité  de  la  Keli^. 
gion  par  des  faits  qui  ne  peuvent  être 
conteftez» 

IL  y  a  cent  ans  qu’il  n’y  avoîc  point’ de  Chré¬ 
tiens  dans  le  monde  :  Sc  aujourd’hui  il  s’ert 
trouve  par  tout,  à  Rome  ,  à  Antioche,  à  Ale¬ 
xandrie ,  à  Corinthe,  à  Ephefe  ,  dans  rEfpa- 
gne ,  dans  les  Gaules.  Ce  progrès  me  furprend, 
mais  il  ne  me  convainc  pas  de  la  vérité  de  la  Re¬ 
ligion  Chrétienne  ,  -parce  que  la  Mahometane 
s’eft  établie  en  moins  de  rems  •encore.  Il  faut 
donc  porter  fa  vue  plus  loin,  &  confidérer  que 
non-lculement  la  foi  des  Chrétiens  n’a  pas  le  le- 
cours  de  la  politique  &  de  l’autorité ,  mais  qu’elle 
cft  embralTée  malgré  les  réfiflances  de  l’une  &  de 
l’autre. 

C’eft  une  chofe  bien  remarquable ,  que  toutes 
les  autres  Religions  fe  foient  établies  à  la  faveur 
des  profperirez  éclatantes,  comme  la  Mahome¬ 
tane  &  la  Païenne ,  &  par  l’adrefle  des  perfonnes 
élevées  en  dignité  ;  &  que  le  Chriflianifme  au 
contraire  fe  foit  rendu  le  maître  en  un  fi  petic 
efpace  de  tems  du  cœur  &  de  l’cfprit  des  hom¬ 
mes  ,  lors  qu’il  n’eft  acompagne  que  de  mifere  & 
d’oprobre  ,  &  que  les  Princes  de  la  terre  em- 
ploïent  toute  leur  adrefle  à  l’anéantir  dans  fa 
nailTance,  &  inventent  pour  cét  effet  des  maux 
&  des  fupÜces  qu’aucun  autre  interet  n’a  jamais 
fait  inventer. 

N  ms  polirions  douter  que  les  Chrétiens  ayenc 
foufferc  de  fi  cruelles  perfecutîons ,  fi  les  Livres 

des 


14  Traité  de  la  Veriîé 

des  Païens  ne  nous  en  inftruifoient' enx-mêmc$  f 
&  (i  nous  n'en  voïons  une  preuye  bien  claire 
dans  les  plaintes  c]uc  les  plus  anciens  des  Pères 
civformoient ,  lesquels  n'ccoient  pas  allez  extra- 
vagans  pour,  fe  plaindre  publiquement:  d’une 
perlccution  imaginaire  ,  lots  qu’il  écoit  m.cme 
dangereux  de  Te  plaindre  d’une  perfccution  vé¬ 
ritable. 

Là  deffus  je  veux  fçavoir  quelle  eft  la  foi  des 
Chrétiens ,  quelle  eft  cette  doélrine  qui  leur  fait 
tout  foufFrir  &  tout  abandonner  ;  Sc  je  trouve 
avec  une  furprife  extrême  j  qu’ils  croyent  qu’un 
Crucifie  eft  le  Fils  de  Dieu  ;  qu’un  homme  a  etc 
pendu  &  attache  à  une  Croix,  elt  le  Souverain 
Juge  du  monde,  &  l’objet  de  nôtre  adoration. 
C’eft  ici  ou  j’avouë  qu’il  m’eft  impofiîble  de  ne 
pas  reconnoître  quelque  chofe  de  furnaturel. 
Car  quand  des  hommes  d’une  aufli  petite  apa- 
rence  qu’etoient  ceux  qui  ont  les  premiers  an¬ 
noncé  l’Evangile,  anroicntpû  balancer,  fans  fai¬ 
re  aucun  miracle  ,  l’autorité  des  Pontifes  &  des 
Empereurs,  &  toute  la  gloire  &  la  magnificen¬ 
ce  du  Paganifme ,  qui  font ,  comme  chacun  fçait, 
des  objets  fi  proportionnfi  au  coeur  mondain 
de  ambitieux  des  hommes  :  comment  conçoit- 
on  qu’ils  enflent  pu  perfuader  fans  le  fecours  des 
miracles  un  paradoxe  aufli  choquant,  &  qui  pa- 
roît  d’abord  aufli  horrible  que  celui-ci  :  le  Fils  de 
Dieu  attaché  à  une  Croix  ? 

On  ne  peut  fe  perfuader,  fansfe  faire  violence,, 
que  des  hommes  qui  ccoient  acoiicumcz  dés  leur 
jeunefle  à  fe  reprefenter  leurs  Divinicez  comme 
ce  qu’ils  pouvoient  fe  figurer  de  plus  grand  &  de 
plus  glorieux  ,  &  qui  donnoient  le  nom  de  divin 
aux  chofes  qu’ils  vouloient.  reprefenter  comme 
fouverainement  belles  &  magnifiques ,  fubftituenc 
à  toutes  ces  grandes  idées  celle  d’un  Dieu  pendu  , 
ôc  mourant  d’un  genre  de  mort  infâme  5  quül  n*y 

ait 


de  laRefigton  Chrétienne»  if 

aît  pas  un^feiil  homme,  mais  une  infinité  d’hom¬ 
mes  qui  paffcnt  âinfi  dans  un  fcntiment  qui  dé¬ 
truit  d’abord  tous  leurs  préjugez  &  toutes  leurs 
idées  i  que  ce  ne  Toit  pas  peu  à  peu  ,  infenfible- 
mcnt ,  &  dans  l’eTpacede  pîufieurs  fiécles  que  ce¬ 
la  fefaiti  mais  dans  un  petit  nombre  d’années, 
&  avec  une  incroïable  rapidité  j  qu’il  refaffe  par 
le  miniftere  de  perfonnes  viles ,  fans  puiffance 
fans  autorité  ,  &:  que  rattachement  qu’on  a  pouf 
unedodrine  qui  paroît  d’abord  aux  hommes  fi 
monfireufe  ,  les  porte  à  fouffrir  la  mort  pour  fa 
dcfcnfe,  apres  avoir  renonce  à  leur  fortune,  à 
leur  réputation  ,  &  à  leurs  plaifirs. 

Mais  ne  préociipé- je  point,  croïant  voir  di- 
fiinûcment  ce  que  je  ne  voi  qu’avec  confufiionl 
Il  faut  encore  fe  défier  de  foi  5  &  biei>  que  je 
fafie  trop  d’honneur  à  Terreur,  par  Je  foupçon 
que  j’ai  qu’elle  peut  être  fi  bien  fuivie  ,  fi  liée  avec 
les  principes  du  (ens  commun  ,  &  envelopée  de 
tant  d’aparcnces  de  vérité;  je  neveux  pas  perdre 
néanmoins  mes  doutes  pour  tour  ce  qui  a  écédir. 

Je  voi  donc  que  la  Religion  Chrétienne  s’eft 
établie  dans  le  monde  depuis  cent  ans.  Je  fçaiquc 
les  Chrétiens  croïent  en  un  Jesus-Christ  cru¬ 
cifié.  Je  n’ignore  pas  que  cette  opinion  n’efi:  pas 
née  dans  leur  efprit  fans  qu’ils  en  aïent  oiii  par¬ 
ler,  Je  fuis  perfuadé  que  ce  ne  (ont  pas  les  Prê¬ 
tres  Païens,  ou  leurs  Conduêteurs  ordinaires 
qui  leur  ont  enfeigné  cette  dodtrine  ,  puisqu’ils 
s’en  déclarent  d’abord  les  ennemis.  Il  faut  donc, 
malgré  que  j’en  aïe  ,  que  j’ajoute  foi  ,  du  moins 
en  quelque  chofe ,  au  raport  que  me  font  una¬ 
nimement  tous  les  anciens  Docteurs  de  TEglife, 
qui  eft  que  cerrajpes  perfonnes  qu’on  apelle  les 
Apôtres  &  les  Disciples  de  J  £  s  u  s-C  H  R  i  s  T , 
s’en  allèrent  prêcher  par  tout  l’Univers,  que 
Jesus-cChrist  étoit  le  Fils  de  Dieu,&  le  Mcfiie 
que  Dieu  avoir  promis  aux  Juifs, 

Ces 


Tra'té  de  la,  Vérité 

Ces  vcricez  fondamentales  demandent  pour-  J' 
tant  un  plus  particulier  examen.  *11  faurfaire  voir  î 
un  peu  plus  diflin^lcment  li  les  Apôrres  ont  etc  i  ■ 
d  où  ils  font  fortis  >  ce  qu’ils  ont  prêche,  &  quel-  ^ 
les  ccoient  leurs  qualitez.  C*eft  ce  que  nous  al-  ; 
Ions  voir ,  en  prenant  pour  principe  certain ,  qu’au  1 
tems  que  nous  avons  choifi  pour  nô:re_  point  i 
fixe,  les  Chrétiens  avoient  entre  leurs  mains  TE- 
criture  du  Nouveau  Teftament.  Je  n’examinerai 
pas  maintenant  fi  cette  Ecriture  efl  Tupofce ,  ou 
fi  elle  ne  l’cft  pas.  Je  prétends  raifonner  quelque 
tems  indcpendemment  de  céc  examen.  Car  lu- 
pofce  ,  ou  non ,  elle  poura  nous  aprendre  certains  1 
faits  inconteftables ,  qui  nous  ferviront  cnfuite  de  I 
lumière  dans  nos  recherches. 

chapitre  y. 

Ou  Von  montre  que  tom  les  faits  de  VEcriîure  du 
Nouveau  Tejlament  ne  peuve^it 
être  fupofez* 

l’Eciiturc  du  Nouveau  Teftament  efl  fupo- 
O  fée,  le  deflein  de  ceux  qui  ont  fait  cette  îu- 
poficion  ne  pouvant  erre  que  de  la  faire  pafTer 
pour  véritable  ,  on  doit  préfumer  qu’ils  auront 
voulu  apuyer  leurs  fables  fur  quelque  fonde¬ 
ment  bon  ou  mauvais.  Aînfi  Ton  a  raifon  de  croi¬ 
re,  que  quand  ils  auroient  inventé  tout  ce  qu’ils 
raporrent ,  ils  n’ont  pas  du  moins  inventé  les 
noms,  la  patrie  Sc  la  perfonne  de  Jésus- Christ 
&  des  Apôtres,  fous  les  noms  defquels  ils  parlent  , 

&  à  qui  ils  atribuent  rétablifTement  de  la  Religion 
Chrétienne: 

En  éfet ,  avec  quelle  aparefice  voudroient  -  ils 
faire  adorer  un  homme  Juif  apelé  J  e  s  u  s  ,  fils  de 
Marie,  Galiléen,  qui  fut  crucifié  à  Jerufalem, 
qui  avoir  plufieurs  Difciples ,  dont  les  noms  font 

rapor- 


de  la  'Religion  Chreitenuo.  tf 

ÎTapoftex,  fi  les  Juifspouvoient  les  Convaincre* 
d’abord  de  la  fauffeté  de  tous  ces  faits,  en  pro- 
duifant  le  témoignage  des  gens  de  leur  Nation  ^ 
qui  leur  auroient  dit  en  foule  ,  que  Jésus  &  fes 
Difciples  n*ctoient  que  de  vains  noms  >  &  fi  Ton 
neüt  eu  qu*à  conCuIcer  tous  les  Kegiftres,  cii' 
Aue;ufie  avoit  fait  enrôler  tous  les  Juifs  du  îems 
de  Cirenius ,  &  où  J  e  s  u  s-C  h  R  i  s  x  devoit  fc 
trouver  enrôle,  aufli-bien  que  les  autres  ? 

Cell  comme  fi  Ton  failoit  aujourd’hui  un  Li¬ 
vre  rempli  de  beaux  préceptes  de  morale  qui  fe- 
roient  mêlez  avec  des  faits  fabuleux  ,  qu’on  vou^ 
lut  faire  palTcr  pour  la  dodlrine  d*un  homme  di¬ 
vin  &  extraordinaire  ,  qui  leffufcita  plufieurs 
morts  au  commencement  de  ce  fiécle,  guérit 
toutes  fortes  de  maladies,  calma  les  vents  &  la 
terrrpêre^  &  donna  à  plufieurs  de  fes  Difciples  le 
pouvoir  défaire  des  miracles,  qui  fut  pris  &  mis 
à  mort  en  Allemagne,  &  dont  les  Difciples  qui 
portoient  tcls&  tels  noms  ,  qui  étoîeflt  nez  dans 
un  tel  &  dans  un  telpaïs,  vinrent  en  France,  fe 
répandirent  dans  les  autres  parties  de  l’Europe 
pour  prêcher  fa  doArine,  &  moururent  tous 
pour  (a  defenfe.  penlcz-vous  de  cette  fa¬ 

ble  ?  Comment  croïez-vous  qu’elle  fut  regar¬ 
dée,  finon  comme  un  Sifiême  defauflerez  fenfi-^ 
b'es  ?  Comment  penfez-  vous  qu’en  parlaffenc 
ceux  qu’on  aceuferoit  d’un  participe  fi  execrable? 
Ils  diroîent  qu’on  veut  les  noircir  par  des  fiction 
Les  juifs  cependant  ne  fe  défendirent  jamais  par 
là.  Ils  avouent  que  Jesus-Christ  a  été  ,  &  que 
leurs  PeresTont  fait  mourir.  Ils  ne  nient  aucune 
circonfiance  de  fa  vie,  defon  mîniftere  ou  de  fa 
mort ,  que  celles  qui  peuvent  le  faire  paffer  pour 
le  Fils  de  Dieu.  Mais  voici  qui  eft  le  plus  clair 
&  le  plus  démonfiratif. 

Ou  cette  Ecriture,  que  vous  croirez  fiipofée  , 
ou  non  fupofée  >  a  feme  clic -meme  la  dodrine 

CnrC-f 


Trnttê  de  la  Vente  j 

Chrétienne  dans  le  monde,  ccaot  portée  en  ciï*  j' 
vers  lieux,  fans  qu’il  y  eut  auparavant  aucunsr  j- 
Apôjres  qui  eufl'enc  prêché  dansks  diverfespar-  j 
tics  du  monde;  ou  cette  Ecriture  a  etc  compofée  jv 
apres  que  les  Apôtres  curent  porté  leur  dodlriiie  r 
dans  les  diverfts  parties  de  l’üniveis.  je  ne  voi  | 
point  de  milieu.  | 

Si  l’Ecriture  a  inftruît  les  hommes  de  la  doc-  ! 
trine  Chrétienne  avant  qu'aucuns  Apôtres  euf-  j 
fent  été  prêcher  par  TUnivers,  comment  aura- j 
t’elle  peribade  aux  Romains ,  que  S.  Paul  qui  i 
n’eft  qu’un  nom  ,  leuravoit  écrit  uneEpître,  à  1 
Antioche  3  que  S.  Pierre  avoir  été  dans  leur  vil-  | 
le  ,  aux  Calâtes ,  que  S.  Paul  leur  avoir  évangé-  i 
lilé  i  à  toute  la  Judée  &  à  la  Galilée,  que  J  e  s  u  s-  i 
Christ  y  avoir  prêché  avec  fes  Difciples  j  à  | 
Jetufalem ,  qu’il  y  avoic  été  condamné  à  more 
par  le  Sanhédrin  ? 

Et  h  l’Ecriture  a  etc  recueillie  en  divers  Lî-r 
vrcs,  ou  ^t)mpofce  après  que  les  Dilcipks  de 
J  ESü  s- Christ  entent  prêché  dans  les  diveiCs 
parties  du  monde,  il  s’enluie  donc  qu’il  y  avoir 
eu  auparavant  des  Apôtres  r  qu’il  y  a  eu  un 
j  Esu  s- Christ  crucifié  ,  que  l’on  croïok  Fils 
de  Dieu  &  le  véritable  Meflie  félon  la  foi  des 
Chrétiens. 

Ainfi  y  foît  que  cette  Ecriture  foit  fLipofce; 
foit  qu’elle  ne  le  foit  pas,  je  fuis  affurc  qu’ellg 
raporce  certains  faits  fondamentaux  qui  font  né- 
ceffairement  véritables.  On  ne  peut  douter  que 
Jésus  n’ait  etc  ,  qu’il  n’ait  habité  à  Naza¬ 
reth  ,  &  qu’il  n’ait  été  crucifié  à  Jerufalcm.  je 
ne  doute  point  que  Pierre,  Jacques  &  Jean 
n’aïent  été  des  Pêcheurs  qui  le  fuivirent  de  Ga¬ 
lilée  y  &  qui  annoncèrent  l’Evangile  apres  fa 
mort  en  divers  endroits  de  la  terre.  Pourquoi 
douterois-je  moi  fcul  de  ce  dont  on  n’a  jamais 
douté  3  ni  parmi  les  Chrétiens  ni  meme  parmi 


âe  la  Religion  Chrétienne, 
les  Juifs}  &  donc  les  incrédules  ne  doutent  pas 
même  aujourd'hui  ? 

Arrêtons-nous  ici.  Jésus  Fils  de  Marie- 
?eut  pafler  pour  lé  Fils  de  Dieu  ,  ou ,  fi  l’on  veut, 
pour  l^Mefïie,  dans  un  coin  de  lajudée.  Il  cft 
furprenant  qu’un  homme  ne  dans  une  condition 
ebfcure  ,  &  qui  a  exercé  toute  fa  vie  le  métier  de 
Charpentier  ,  comme  Tes  ennemis  le  lui  repro¬ 
chent  ,  s’avife  de  vouloir  pafTer  pour  le  Mefite 
lequel,  félon  le  préjugé  de  ce  tems-là,  devoit 
être  environné  d’un  éclat  &  d’une  profperité 
temporelle.  Cependant  je  ne  croi  pas  que  nous 
devions  terminer  là  nos  recherches. 

Ce  J  E  s  ü  s  J  quel  qu’il  foie,  8c  quelque  idée 
qu’on  s’en  forme  ,  affemble  des  Difciples  les- 
prend  parmi  des  Pêcheurs  fur  les  bords  du  lac 
de  Générareth ,  dans  les  villages  de  la  Galilée, 

&  quelquefois  parmi  ies  Publicains,  qui  étoient 
l’cxecratîon  du*peuple ,  comme  l^s  premiers  en- 
nc;nîs  de  la  Religion  Chrétienne  le  lui  ont  re-  cmtra. 
proche.  Ces  hommes  qui  le  fuivenr,  n’ont  ni  Celf,- 
naîflance,  ni  éducation  ,  ni  lettres,  ni  policeCfc. 
lis  ne  cônnoiiTent  ni  le  coeur,  ni  les  inclinations 
des  hommes  ,  ni  i’intercc  politique  de  s  Grinces , 
ni  ce  qu’il  y  a  de  plusé’cvc  dans  la  morale  des 
Stoïciens,  ou  de  plus  caché  dans  les  maximcS' 
des  S.rges.  *  Ce  font  des  perfonnes  fîmples,  & 
nous  avons  là-deffus  l’aveu  des  ennemis  mêm, es- 
des  Chrétiens. 

Je  ne  veux  pas  examiner  ici  par  quel  mot^if  ils* 
s’attachent  à  Jesus-Christ  ,  ni  de  quelles  rai- 
fons  Jésus- Christ  fe^fert  pour  les  engager  à 
le  fuivre.  Ts  font  hommes  ignorans,  ils  atten¬ 
dent  le  Me/Tie  félon  le  préjugé  commun  de  ce 
tems-Ià}  &  par  conféquent  ^il  femble  d’abord 
qu’on  puiffe  les  aeufer  de  s’être  laiffé  tromper  à 
cét  égard. 

Mais  je  trouve  d’abord  ici  un  fujetdefuprîfe  ; 

c’efl 


'fQ  Traité  de  la  Vérité  5 

cci\  que  ce€  perfonnes  fimples,  qui  avoîent  faii^  1 
douce  conçu  une  idée  fort  magnifique  de  leur 
Meflie  ,  &  qui  s’imaginoicnc  qu'il  leur  diftribuë- 
loit  des  couronnes  ,  pour  ainfi  dire,  comme  nous  1 
aprenons  que  ç*a  etc  là  de  tout  tems  rentêcement  î 
des  Juifs  ;  que  cesperfonnes  (impies  fe  contentent 
de  Texterieur  &  de  la  baflcfTe  aparente  d’un  hom¬ 
me  ,  qui  prend  une  toute  autre  forme  que  celle  ’ 
d’un  Conquérant. 

On  ne  peut  nier  que  Jbsus  n’ait  été  dans  la  baf- 
fefle  &  dans  la  pauvreté ,  lors  qu’il  apela  (es  Dif- 
dples  5  puifque  c’e(l  là  un  des  reproches  que  lui 
fontCelfus,  Porphyre  &  julien  l’Apoftat  j  &  que 
ce  fait  efl  un  de  ceux  qu’on  ne  voudroit  point  fu- 
pofer  5  quand  on  le  pouroit  ,  &  qu’on  ne  pou-^ 
roic  point  rupofer,  quand  on  le  voudroit.  Il  eft 
fans  difïicuiré ,  que  les  Juifs  ateendoient  &  ont 
toujours  attendu  un  Meflie  triomphant.  Il  eft 
donc  vrai  que  les  Difciples  s’attachent  à  J  esu-s- 
Christ  malgré  les  préjugez  dont  ils  étoient 
prévenus  dés  leur  naiflaiice.  Cela  eft  allez  fur- 
prenant. 

Les  Difciples  ne  trouvant  point  en  Jésus  cette 
gloire  &  cette  puiflancc  temporelle  dont  ils 
étoient  perfuadez  que  leur  Meflie  feroit  revêtu, 
s’imaginent  lans  doute  que  ce  que  leur  Maître  ne 
pofleds  pas  encore  ,  il  Je  pofledera  à  l’avenir.  Ils 
ne  doutent  pas  qu’il  ne  doive  rétablir  le  Roïau- 
me  d’Kraël,  &  furmonter  les  ennemis  des  Juifs. 
C’eft  dans  cette  pensée  qu’ils  commencent  à  dif- 
puter  encr’eux  de  la  primauté.  Ils  veulent  (ça- 
voir  lequel  fera  le  plus  grand  au  Roïaume  des 
Cieux,  c’eft^à-dire  ,  dans  l’Empire  floriflantdu 
Meflie  ,  qu’ils  apellent  le  Roïaume  des  Cieux  ,  à' 
l’exemple  de  Daniel  le  Prophète.  II  y  en  a  meme 
qui  demandent  à  J  esus  d’etre  placez  à  fa  droite  & 
à  fa  gauche  ,  lors  qu’il  feroit  parvenu  à  cet  état 
de  gloire. 


Je 


de  U  Religion  chrétienne.  ii 

‘Je  ne  reçois  point  maintenant  ces  faits ,  parce 
c|uc  TEcritiire  du  Nouveau  Tcftament  me  les 
aprend,  mais  parce  que  je  les  trouve  conformes  à 
la  Tradition  des  Juifs  &  au  bon  Cens.  Le  fens 
commun  nous  dit,  que  les  Difciples  ne  s’attachè¬ 
rent  à  J  Esüs  que  fous  quelque  cfpcrance.  Oi 
que  pouvoient«iis  efperer  de  celui  qu’ils  regar- 
doient  comme  le  Metîie  ,  que  ce  qu’ils  atten- 
doient  du  Mefliemcme  ,  qui  croit  une  délivrance 
,&  une  profperitc  temporelle. 

Mais  pour  n’avancer  rien  de  douteux ,  ou  de 
tant  foit  peu  incertain,  je  dis  que  les  Difciples 
regardoient  Jésus-Christ  comme  un  Mefîie,  & 
qu’ils  ne  pouvoient  le  regarder  comme  un  Mclîie, 
que  dans  le  fens  des  Juifs,  ou  dans  le  fens  des 
Chrét'ens  ,  c’eft*à*dire  ,  comme  un  libérateur 
temporel  ,  ou  comme  libérateur  fpirituel  ;  Sc 
qu’ainfi  dans  quelque  fens  qu’on  le  prenne  ,  ils 
dévoient  efpcrer  quelque  chofe  de  lui.  Voïons 
où  nous  conduira  cette  double  vue. 

Comme  les  Difciples  font  préocupez  de 
pensée  que  Jésus  eft  leur  Medie,  c’eR-à  dire,  celui 
qui  doit  élever  leur  nation  au  comble  de  la  gloire 
&  de  la  profpérité,  on  prend  ce  j£sus3&  on  l’atta^ 
che  à  la  Croix  ,  lui  faifanc  fouffrir  une  mort  qui 
pafle  pour  infâme  parmi  toutes  les  nations ,  8ç 
qui  eft  particulièrement  maudire  dans  leur  Loi, 
Quel  coup  de  foudre  pour  des  gens  remplis  défit 
belles  cfperances  ?  Ils  font  perfuadez  depuis  long- 
tems ,  que  le  Mellie  doit  paroître  dans  un  écac 
glorieux  ,  qu’il  doit  renverCer  l’Empire  de-Cefar 
&la  grandeur  Romaine  ,  pour  rendre  les  Juifs  les 
maures  de  TUnivers.  Ils  attendent  tout  cela  de 
J  Esus  :  ^  J  Esus  eft  déshonoré  par  un  fupliçe  infa* 
me  qu’on  lui  fait  fouffrir.  La  nation  des  Juifs 
elle-même  le  facrifie,&  leJacrifie  à  Cefar  relie  le 
livre  aux  Romains  pour  le  faire  mourir.  Aucune 
puifl'ancc  ne  le  dclivx#de  la  main  des  bourreaux. 

îl 


Truité  de  la,  Vérité 

Il  meurt ,  &  Tes  DiCcipIes  l’aprennent,  on  en  (ont; 
les  ccmoiiis.  Certes  je  ne  voi  pas  qu’ils  puiflenc' 
djforma's  conferver  leurs  prétentions.  Ils  peu-»i 
vent  être  affligez  de  perdre  une  (i  belle  efperai:-  ! 
ce  ;  mais  enfin,  il  faut  qu’ils  la  perdent.  Ils  peuvent: 
haïr  la  paflion  des  principaux  Sacrificateurs 
du  Sanhédrin,  qui  leur  a  ôté  un  Maître  qu’ils  1 
aîmoient  :  mais  il  faut  qu  ils  fe  defabulent  de  l'o» 
pinion  qu’ils  avoie^n  de  lui.  Audi  n’y  a-t-il  rien 
14*  de  fi  vrai- femblable  que  ce  que  S.  Luc  leur  fait  j 
dire  dans  leur  affliêlion  &  dans  leur  étonnement.  ^ 
Or  ejpcricns-noî/js  que  ce  fut  celui  qui  devait  déli^  . 
vrer  ifraél  j  ^  avec  tout  cela  cefi  aujourd'hui  le  ! 
trorfiéine  jour  que  ces  chofes  font  arrivées. 

Mais  iis  n’auront  pas  eu  ce  préjugé  ,  fi  l’on  i 
veut.  Il  fnflic  que  les  Difcîples  aïciu  regardé  i 
J  E  s  0  s  comme  le  Meflîe.  Que  ce  Toit  au  fens  des  ' 
Juifs,  ou  au  fens  des  Chrétiens ,  il  n’importe.  Car  i 
fi  c’eft  au  fens  des  Juifs,  ils  s’imaginoîent  que  ' 
Jeîüs  éleveroit  la  gloire  des  Juifs  à  fon  plus  haut  | 
degré ,  bien  loin  de  concevoir  qu’il  put  être  mis  à  1 
mort  par  les  Juifs  mêmes.  Et  fi  c’efl:  au  fens  des 
Chrétiens  ,  ils  ont  du  croire  que  s’il  mouroit ,  il 
ïe  releveroit  dn  .tombeau,  &  en  releveroit  fes  Fi¬ 
dèles  ,  puifque  toute  la ReligionChrétîcnnc  roule 
cfl'cnrieliement  (ur  ce  fondement. 

Ainfi  les  Difciples  préocupez  du  préjuge  gé¬ 
néral  des  Juifs,  n’ont  pu  s’empêcher  de  le  per¬ 
dre  ,  en  voïant  mourir  J  esüs  :  &  les  Difciples 
préocupez  du  fens  des  Chrétiens,  n’ont  pu  s’em¬ 
pêcher  d’être  defabufez  ,  en  voyant  que  Jesüs- 
Christ  ne  rtfl'afeitoit  pas. 

Que  doii-on  penfer  de  quelques  pêcheurs  & 
gens  de  néant,  .comme  les  ennemis  du  Chriltianil- 
me  les  qualifient ,  qui  n’ont  pas  eu  l’aflurance  d’a- 
compa2:ncr  leur  Maître,  lors  qu’ils  le  croyoîent 
le  M  Aie  ;  mais  qui  Font  abandonné  aux  bour¬ 
reaux  ,  &  qui  voyent  malïtcnanc  qu’ils  s’étoient 

trompez 


de  la  Religion  Chre tienne, 
tromper  fur  fon  fujet  ?  Avec  quel  foîn  vont-ils 
fc  cacher ,  pour  dérober  aux  hommes  la  connoif- 
fance  de  leur  confiifion  &  de  leur  dcplaihr  ? 
Voyons  ce  qui  en  eft  ,  &  confulcons  revénemeni: 
pour  le  mieux  fçavoir. 

Quelques  lemaines  apres  la  mort  de  Jisc/s-^ 
C  H  K  I  ST  ,  Tes  Dilciples  paroiü'ent  publiquement 
à  leruCalcm  »  &  (oiîciennent  qu’ils  ont  vu  leur 
Maître  refl'ulcitc ,  qu’ils  ont  parlé  à  lui ,  qu’ils 
l’ont  touché  ,  qu’ils  ont  mangé  avec  lui,  &  qu’il 
a  conversé  avec  eux  refpace  de  quarante  jours 
depuis  fa  léfurredlion  ,  &  qu’enfuite  il  efl  monte 
au  Ciel  à  leurs  yeux.  Ou  ne  doutera  point  que 
ce  n’ait  été  là  le  témoignage  des  Difciples ,  fi  l’on 
confidére  que  c’eft  là  la  foi  des  premiers  Chre-s», 
tiens  fondée  fur  ce  témoignage. 

Certainement ,  on  ne  fe  fer  oit  jamais  attendu  à 
ce  retour.  Les  Difciples  difent  que  Jésus  eft  le 
Mcffic  :  mais  le  peuvent-ils  croire  encore,  eux 
qui  l’ont  vu  mourir  ?  Ou  s’ils  ne  le  croyent  point, 
-comment  font- ils  plus  hardis  à  foiitenir  uneim^ 
pofture,  qu’ils  ne  font  été  à  fuivre  leur  Maître, 
lors  qu’ils  le  regardoient  comme  le  vraiMefïie? 
Comment  des  pêcheurs ,  des  pêcheurs  conlier- 
nez,  des  pêcheurs  qui  doivent  reconnoître  avec 
confufîon  qu’ils  ont  été  trompez,  des  pêcheurs 
timides ,  pourroient-ils  inventer  une  fable  ,  la 
prêcher  avec  tant  de  confiance,  la  fôütenir  avec 
tanr  de  hardiefl'e,  &  s’expofer  aux  tourniens  &:  à 
la  mort  même,  pour  défendre  une  fidlîon  incroya¬ 
ble  ?  Peut-il  tomber  dans  refprit  d’un  fcul,  qu’ils 
pourront  féduire  les  hommes  ,  en  faifant  ce  faux 
raport  ?  Et  quand  cela  tomberoit  dans  l’efpric 
d'un  fcul  ,  les  autres  feroient-ils  affez  extrava- 
gans  pour  aprouver  fa  penfée  ?  Se  font-ils  ima¬ 
ginez  qu’on  les  croira  fur  leur  parole  ?  Ne  craî- 
g;nenr«ils  plus  ce  Sanhédrin  qui  a  fait  mourir  leur 
Maître  ?  Croyent-ils  pouvoir  due  impunément 

.aux 


i4  Traité  de  la  Vérité 

aux  Juifs  qu’ils  ont  fait  mourir  leur  Meflic  ? 
ce  qu’ils  ne  voïent  point  à  combien  de  maux 
de  traverfes  une  telle  fable  va  les  expofer  ?  Oule 
voïanr  >  deviennent- ils  tout  d'un  coup  courageux  j 
pour  loütenir  leur  impofture  ?  Eft-il  pofliblc. 
qu'aucun  d’eux  ne  fe  dedife  ,  qu’aucun  ne  fecou-’ 
pe,&  qu’ils  depofent  unanimement,  maigre  les'! 
i'uplices ,  un  fait  qu’ils  fçavcnt  bien  qui  cft  fauxi. 
&  chimérique  ?  C'eft,  lans  mentir,  ce  que  je| 
trouve  fort  furprenant  5  ou  plutôt,  c’efteequi' 
me  paroît  fi  abfurde,  que  je  doute  que  lesincrc-  i 
dules  puffent  fe  le  perfuader,  s’ils  voulolent  y 
faire  quelque  réflexion.  j 

Mais  continuons  à  nous  défier  de  nous- mêmes:  ji 
n’ai' je  point  fait  quelque  faufle  fupofition  dans  jii 
ce  que  je  viens  de  dire  ?  Repalfons  futiles  princi-i  i 
pes  que  nous  venons  d’établir.  i 

Plus  je  les  confidére ,  &  moins  je  voi  comment  I 
nous  en  pourrions  révoquer  en  doute  quelqu’un.!' 
Nierai- je  que  Jésus  ait  été,  qu’il  ait  eu  des  | 
Difciples  ,  &  que  ces  Difciples  l’aient  cru  d’a-  ' 
bord  le  M.flie  ?  Mais  douterai  «  je  moi  feul  d’un  ■ 
fait,  dont  les  Thalmudiftes,  Julien,  Porphyre,! 
Sc  tous  les  ennemis  du  Chriftianifme  font  toü-  | 
jours  convenus  ?  Et  puis  j’ai  déjà  fait  voir  l’ab-  i 
furditc  de  cette  penfee.  | 

Douteiai-jeque  fi  J  Esusefl  mort,&  n’efl  point  i 
reflufeite,  les  Difciples  ne  fe  foient  defabufez  par  i 
cela  même  de  l’opinion  qu’ils  pouvoient  avoir  eu, 
que  Jésus  croit  le  Meffie,  le  fils  de  Dieu  ?  Mais  ou  ' 
ils  n’oiK  rien  entendu  par  ces  deux  termes  ,  le  ; 
Meffie ,  Fils  de  Dieu  i  ou  ils  ont  entendu  toute  i 
autre  chofe  qu’un  homme  ,  qui  apres  avoir  etc  i 
crucifié  demeurât  pour  toujours  fous  l’empire  de  | 
la  mort.  I 

Nierai- je  que  les  Difciples  aïent  annoncé  la  | 
refurredion  de  Je^us-Christ  apres  qu’il  eut  ; 
été  crucifie  par  les  Juifs?  Mais  la  chofe  parle. 

Toute  I 


de  î/t  Religion  Chrétienne, 

*roiite’Ia  terre  a  oui  parler  de  la  prédication  des 
Apôtres  qui  annonçenc  Jesus-Christ  reffulciic: 
&  c*eft  fur  leur  tcinoignagc  qu*on  a  crû. 

Croirons-nous  que  les  Dilciples  de  Jésus  laif- 
fcrent  pafler  un  fort  long  efpace  de  tcms  y  com¬ 
me  vingt,  trente  ans,  après  que  leur  Maître  eue 
été  crucifié  i  &  qu’alors  s*étant  fortifiez ,  &  ayant 
eu  le  loifir  de  concerter  une  i-mpofiure  ,  ils  paru¬ 
rent  tout  d'un  coup  dans  le  mpnde  ,  &  prêche^ 
rent  que  Jésus  ctoit'reffufcitc  ?  Mais  fi  celaécoit, 
comment  ceux  qui  ont  éciit,  ou  fupofé  les  Livres 
du  Nouveau  Teftament ,  aurcient-ils  pü  faire 
acroire  queues  Difciples  de  Jésus  annoncèrent  fa 
rcfurredlion  quelques  feuiaines  après  qu*il  eue 
ctécrucific  ?  Comment  les  juifs  ne  fe  font- ils  ja¬ 
mais  avifez  de  démentir  nôtre  Ecriture  à  céc 
égard  ?  Comment  cclcbre-t-on  parmi  lesChre-»* 
tiers  deux  Fêtes  qui  fe  fuivent  ,  dont  l’une  fait 
commémoration  de  la  mort  &  réfurreétion  du 
Seigneur,  &  iauîre  de  la  defeente  du  S.  Efpric 
fur  les  Apôtres ,  qui  kur  fut  donne  pour  -aller 
Evangelifcr  en  tous  lieux  ?  Comment ,  û  les  Dif¬ 
ciples  avoient  annoncé  la  rcfurredlion  de  leur 
Maître  long- rems  apres  fa  mort  ,  ne  leur  auroit- 
on  point  dit  :  Qu’avez-vous  fait  depuis  que  vôcic 
Jisus  a  été  cruçifié  t  Pourquoi  ne  reffufcitoic-il 
plürôt  ?  Ou  pourquoi  annoncez-vous  fa  refur-- 
redion  fi  tard  ?  Comment  les  Juifs  auroient-ils 
etc  obligez  de  dire  que  fes  Difciples  avoient  en¬ 
levé  Ton  corps ,  fi  fa  réfurredion  eut  etc  fi  tard 
annoncée  ?  Comment  quelques  années  apres  la 
mort  de  J  esu  s- Christ,  voïcz-vous  par  tout 
des  Eglifes  Chrétiennes  établies  par  le  témoignage 
S:  la  prédication  des  Apôtres. 

Croirai-je  que  c’eft  par  un  efprit  de  vanité ,  ou 
parunefprit  de  vengeance ,  que  les  Difciples  de 
Jésus  ont  public  fa  refurredion ,  voulant  faire 
pafler  les  principaux  Sacrificateurs  6c  les  Scribes 
Tûme  IL  B  pour 


Traité  de  la  Vérité  i 

pour  des  parricides ,  ou  voulant  îmmortaliierj 
leur  propre  nem  ?Mais  cjui  pourroit  s’imaginer,; 
que  les  Difciples  penfent  à  fc  vanger  de  ceuxj 
qui  leur  ont  fait  voir  qu’ils  fe  trompoient  dans 
leur  préjuge  j  qu^ils  cioïent  pouvoir  fe  vanger, 
en  inventant  une  fable  qui  auroit  été  ridicule 
&  qu’ils  veulent  fe  vanger ,  en  s’expofant  à  une 
mort  certaine,  &  à  des  tourmens  infaillibles  ?  Et 
pour  les  pensées  d’ambition  qu’on  pourroit  leur 
atribuer  ,  qui  croira  qu’elles  naiflent  précisé¬ 
ment  après  la  mort  de  celui  qui  en  devoir  être 
comme  le  fondement  ?  N’auroient-ils  pas  etc 
bien  raifonnables  ,  d’afpirer  à  la  ^oirc  ou  aux 
grandeurs  ,  lors  qu’on  venoit  de  taire  mourir 
leurs  efperances  avec  leur  Meflie  }  Des  pêcheurs 
font-ils  capables  de  cette  réfolution  &  de  ces  (en- 
•timens  ?  Certes,  fi  ç’avoii  été  là  leur  but,  ils 
auroient  bien- tôt  reculé  ,  &  l’oprobre  qu’on 
atacha  d’abord  à  leur  profeflion  avec  les  maux 
&  la  perfécLition  qu’elle  leur  dtiroit ,  leur  auroit 
ôté  bien- tôt  un  defl'ein  fi  ridicule  &  fi  extrava- 


gant 


Pourquoi  veut- on  fe  tromper  foi-même  ;On^ 
fçaic  que  quand  on  donne  la  quefiion  à  un  crimi¬ 
nel  ,  on  lui  fait  confeflei  fon  crime  :  les  tourmens 
arrachent  l’aveu  des  aêlions  les  plus  fecretes  i  & 
c'eft  un  moïen  prefqu'infaillible  de  décefuvrir 
la  vérité,  que  la  juftice  humaine  met  aifez  fou- 
vent  en  ufage.  Comment  fe  pourroit- il  donc  , 
quêtant  d’impoftenrs  tant  de  fois  interrogez,  &• 
(ollicicez par  Jefer  &  parle  feu  de  fe  dédire  ,  per- 
févérafl'ent  fi  confiamment  dans  une  faulfe  dépo- 
fiiîon  ?  Car  ce  n’efi:  pas  ici  un  feul  témoin  j  en 
voici  un  très- grand  nombre.  On  ne  leur  fait  pas 
éprouver  un  fuplice,mais  toute  forte  de  fuplî- 
ces.  Ce  n’eft  pas  en  un  feul  lieu  qu’on  les  preffe 
par  les  tourmens  de  fe  rétraêler,  mais  prefque 
dans  tous  les  endroits  où  ils  prêchent.  Ce  n’efi  pas 

dans 


de  laRelipon  Chrétienne,  17 

Bans  un  feul  moment,  mais  dans  tous  les  mo- 
îîiens  de  leur  vie,  qu'ils  fe  trouvent  expofez  à 
cette  perfccution.  Iis  n’ont  pas  une  feule  partie, 
lisent  pour  adverfaires  les  Juifs  &  les  Païens  > 
les  Magiftrats  ,  les  Rois ,  les  Pontifes  &  le  peu¬ 
ple.  On  ne  les  attaque  pas  feulement  par  ks 
fouffrances,  on  les  couvre  encore  d’oprobre. 
Cependant  aucun  ne  fe  dédit.  Séparez,  ou  con¬ 
frontez  ,  ils  depofent  unanimement  que  Jésus- 
Christ  cft  rtliufcitc  ,  &  qu’ils  l’ont  vu  relevé 
du  tombeau.  Si  c’ell  de  cette  maniéré  qu’on  dé< 
fend  l’impolture,  qu’on  nous  aprenne  de  quel 
air  on  foütient  la  vérité. 

Mais  peut-être  que  les  Diiciples  ont  été  trom¬ 
pez  eux-mêmes  t  Peut-  être  que  I^rre ,  ou  quei- 
qu'aiitre  des  Apôtres  aïant  eu  l’adreffe  d’enleven 
le  corps  du  Seigneur  du  Sépulcre  où  il  avoitété 
mis,  fit  acroiie  aux  autres  Difciples  que  leur 
Maître  étoit  véritablement  reirufcité,  $c  que  ceux 
ci  l’aïant  crû  de  bonne  foi ,  l’allerent  prêcher  eu 
tous  lieux  ?  Tout  cela  fe  détruit  de  foi-même. 
Les  Apôtres  ne  témoignent  pas  leulement  qu’ils 
ont  vü  Jésus- Chîiist  reffùfcitc  ,  ïls  foùtiennenc 
encore  que  le  S.  Efprit  eft  tombé  fur  eux  en  for¬ 
me  de  langues  mi- parties  de  feu.  Ils  atteftent  ks 
autres  miracles  de  Jesüs-Christ  :  &  il  eO;  im- 
pofîible  qu’ils  aïent  été  trompez  à  l’égard  de 
tous  ces  faits  enfemble. 

Sur  tout  il  cft  néceffaire  de  faire  attention  à  ce 
dernier  miracle  :  c’eft  à  la  chute  du  S.  Efprit  fur 
les  Apôtres  en  form.e  de  langues.  Ces  Apôtres 
difent  que  par  ce  miracle  ils  furent  revêtus  du 
don  de  parler  toute  forte  de  langues.  Le  Grec  , 
le  Romain  ,  le  Parthe ,  le  Perfan ,  &c.  les  enten¬ 
dent  chacun  parler  en  leur  langues.  C’eft  un  fait 
fur  lequel  les  Apôtres  ne  peuvent  avoir  été  ni 
trompeurs,  ni  trompez.  Pour  trompeurs,  c’eft: 
ce  qui  ne  fe  peur  concevoir,  que  des  pêcheurs 

B  ij  aient 


'fe  ^  Traite  de  la  Ventk  | 

flïent  la  hardiclTede  fupofer  qu*ils  ont  le  don&l 
l'aller  toute  forte  de  langues,  cela  u’étant  pas>i 
puisqu’ils  s’expofoient  à  être  par  tout  &  fur  lej 
champ  convaincus  de  la  plus  infigne  fourbe  du| 
monde.  II  yavoitàRomc  des  gens  qui  parloicncji 
.Grec.  Il  y  avoit  en  Grece  des  gens  qui  parioieiicl 
latin.  Le  commerce  fait  qu’il  y  a  en  tous  païsj! 
des  gens  de  toute  langue.  S.  Paul  ne  fçachant  quel 
Ibn  Grec  de  Cilicie  auroit-il  eu  la  hardiefî'e  de 
dire  en  Afie  ,  qu’il  fçavoit  parler  Latin  &  toutes  j] 
les  autres  langues  étrangères  }  N’auroit-il  pas  P 
rencontré  des  gens,  qui  fur  le  champ  l’auroienc  j 
convaincu  de  fauffetc  ?  C’eft  un  fait  dans  lequel 
ils  ne  pouvoient  non  plus  être  trompez,  car  c’eft  i' 
une  affaire  de  fentiment  intérieur.  Je  puis  fouf-  | 
fririllufion  a^ehors,  &  croire  voir  un  homme,  j 
quand  je  ne  voi  qu’un  phantôme  :  mais  je  ne] 
•puis  pas  croire  parler  pluhe.urs  langues  difteren-  i 
tes,  pendant  que  je  n’en  parle  qu’une.  Et  qu-and  j 
je  voi  des  gens  de  differents  païs ,  &  qui  n’onc  1 
point  de  langue  commune,  m’entendre  cous,  il  ! 
•ne  peut  y  avoir  d'iilufion  là- dedans. 

La  validité  d’uii  tcmoignage  n’eft  plus  doureu-  i 
fe,  lors  qu’on  cft  affin  é  de  deux  chofes;  Pune,que  | 
Je  témoin  ne  fe  trompe  pas  lui-même  :  l’autrp,  j 
qu’il  ira  aucun  deffein  de  nous  tromper.  Or  c’eft  | 
ce  qu’il  eft  bien  facile  de  vérifier  touchant  les  Dif-  j 
ciples  de  Jésus.  Car  premièrement,  les  faits  fur  j 
lefquels  ils  depofent ,  font  fi  fcnfîblcs  &  fi  écla-  i 
tans,  qu’on  ne  peut  fe  tromper  à  leur  égard.  Le  ' 
moïen  que  les  yeux  croient  voir  ce  qu’ils  ne 
voient  pas  en  cfetiquelcs  oreilles  s’acordent  à  ’ 
pendre  un  témoignage  conforme  à  celui  des  yeux  ;  ; 
que  les  mains  rouchent  ce  que  les  yeux  &  les  | 
preille.<î  aperçoivenr  ,non  pas  une  fois  ,  mais  plu¬ 
sieurs  fois  i  non  les  yeux  ,  les  oreilles  &  les  mains 
ri’un  feul  homme,  mais  de  plufieurs  hommes  j 
faffenc  eux-memes  profeffion  d’être  rêvé- 


de  lit  'Religion  Chrêtîênnef  i  f 

d’une  puifl'ancc  extraordinaire ,  &  du  pouvois 
de  faire  des  miracles,  (ans  qu’ils  fçaehent  eux-** 
memes  ce  qui  en  eft  ?  Q^nd  on  fupoleroit  qu’un 
homme  fera  affez  mélancolique  pour  fe  faire  un& 
pareille  illufîon ,  on  ne  peut  s’imaginer  fans  ex-^ 
travagance ,  que  les  Apôtres  arent  perdu  le  fens 
par  un  meme  genre  de  folie  ;  que  cette  folie  ait 
commencé  précisément  apres  la  mort  de  Jésus- 
Christ  ;  qu’elle  ait  eu  ce  concert  admirable  qnî 
a  feme  l’Evangile  par  tout  l’Univers  ;  qu’elle  le 
trouve  jointe  avec  cette  morale  fi  belle  ,  fi  fubli- 
me  &  fi  pleine  d’équité,  que  les  ennemis  mêmes 
de  nôtre  Religion  ont  toujours  eftîmée  j  6s 
qu’enfin  toutes  les.  vertus  nailfent  du  fein  de  cette 
folie,  qui  change  le  monde,  &  fandlifie  le  genre 
humain  ,  acomplifTanr  les  oracles  qui  avoient 
prédit  la  vocation  des  Gentils^. 

Qjje  fi  ces  hommes  ne  fe  trompent  pas  eux- 
memes  ,  encore  moins  peut-on  les  foupçonner  de 
vouloir  tromper  les  autres.  Leur  fimpiieité 
leur  éducation  ne  leur  permettent  pas  de  conce¬ 
voir  ce  delTein.  Lt  confufion  de  fe  voir  déchus 
de  fi  belles  efperances  par  la  mort  de  leur  Maî¬ 
tre,  les  en  éloigne.  Leur  interet  temporel  s’y 
opofe.  La  honte  de  paroîcre  aprés^  ce  qui  s’elt 
paflé  ,  peut  route  feule  les  retenir.  Leur  coiffcien- 
ce  ,  qui  leur  reproche  leur  atachement  à  un 
phantôme  de  Mcfiie  ,  les  arrête.  Jamais  ils  ne 
s’acorderoient  tous  enfeinble  pour  concerter 
cette  étrange  &  fignalée  impofture.  Mais  quand 
ils  l’auroîent  entrepris,  les  tourmens  lesferoienc 
bien- tôt  repentir  d’avoir  conçu  ce  deffein  :  fa- 
veu  d’un  feul  (nfhroît  pour  les  découvrir  tous. 
Enfin  la  pauvreté  ,  l’oprobre  ,  les  prifons  ,  les 
chaînes  ,  les  coups  de  foiiet  ,  le  fer  &  le  fea 
qu’on  a  emploïez  pour  les  faire  dédire  ,  nous  ré¬ 
pondent  qu’ils  n’ont  pas  voulu  tromper.  Que  fi 
un  feul  homme  qui  feroiedans  cette  difpofition, 
E  iij  devroie 


Traité  de  la  Vérité  jli 

cièvroîc  pafTer  pour  un  prodige  fans  exemple  Sii 
'comment  y  auroit-il  une  focictc  d'honjmes  qui  j 
conçüflent  un  dcffcin  fi  infensc.  i 

Si  Je  témoignage  des  Difciples  eft  faux  ,  on 
ne  peut  fe  difpcnfer  de  croire  que  ces  hom-f 
mes  font  des  fous,  ou  des  fcelerais  ,  &  mc-!i 
me  l’un  &  l’autre.  Cependant  leur  prcdica-i 
lion  fait  paroître  Ja  gloire  de  leur  innocenceî 
&:  de  leur  fage/î'e  pour  confondre  cette  dou-»  1 
ble  calomnie.  Que  ne  lit'on  les  Livres  de  cesi* 
JEcrivains  admirables,  &  Ton  y  verra  la  bonne 
foi,  la  fîncéritc  &  le  defintereffement  joints! 
à  la  morale  la  plus  pure  &  Ja  plus  faine  quij 
fut  jamais,  , 

Cette  réflexion  m’avertît  qu’il  faut  fe  hâter 
d’examiner  TEcricurc  du  Nouveau  Teftamcnt , 
pour  voir,  non  fi  elle  eft  divine,  ou  huniain- 
ne,  (  cette  queftion  viendra  en  fon  lieu  )  maisi 
fi  elle  eft  fuposée  ,  ou  fi  elle  ne  l’eft  pas.  -Car| 
s’il  fe  trouve  qu’elle  n’eft  pas  fupofée,  nous] 
n’avons  qu’à  la  lire,  pour  voir  quel  eft  Je  té^  | 
moignage  des  Difciples  touchant  Jésus-! 
Christ.  Cette  vérité  fervira  à  coofirmer  ! 
tout  ce  que  nous  avons  déjà  dit.  C’eft  donc  | 
par  fon  examen  que  nous  commencerons  cette  ; 
fecorîde  Se^ftion.  ' 


à  e  Religion  Chrétienne»  51 

i  .  ’ 

II.  SECTION. 

Où  l’on  établit  la  Divinité  de  la 
Religion  Chrétienne  ,  en  exa¬ 
minant  l’Ecriture  du  Nouveau 
Teftament. 

CHAPITRE  I. 

cette  Ecriture  nefi  point  fitposée. 

Lorsque  j’examine  les  Livres  du  Nouveau 
Teftament,  je  ne  conçoisque  trois  foup- 
çons  ,  quelque  éforc  que  je  faüe  pour 
douter  là  de flus,  I.  SI  ces  Livres  n*auroient  pas 
fcte  compofez  par  quelque  impofteur  qui  les  eut 
attribuez  aux  Apôtres.  II.  Si  ces  Livres  aïanc 
etc  compofez  par  les  Apôtres,  n’ont  pas  cte 
corrompus  par  les  Chrétiens.  III.  Si  les  Apô¬ 
tres  qui  partent  pour  les  Auteurs  de  ces  Livres, 
ne  les  ont  pas  eux-memes  remplis  de  plulieurs 
fixions  glorieufes  à  leur  Maître  ,  &  avanrageu- 
Tes  à  leur  Religion.  Il  eft  jufte  d’examiner 'fi  ces 
trois  foupçons  font  bien  ou  mal  fondez. 

Il  cft  certain  d’abord  ,  qu’en  ébranlant  la  cer¬ 
titude  des  Livres  du  Nouveau  Teftament  ,  on 
détruit  la  certitude  de  tous  les  autres  Livres,  & 
que  l’on  rend  douteufe  la  mémoire  de  toutes  les 
chofes  paftccs.  Qui  me  répondra  enéfet,  que  les 
Harangues  de  Cicéron  font  de  Cicéron  ,  fi  je  ae 
puis  m’alFurcr  raifonnablcment  que  les  Epîcres 
de  S.  Paul  font  de  S.  Paul  ?  Mais  n’allons  pas  li 
vîte.  Peut-être  qu’il  a  été  plus  facile,  ou  plus 
avantageux  de  fupofer  les  Livres  du  Nouveau 
Teftament ,  qu’il  ne  l’cft  de  Cupofer  des'  Livres 
B  iiij  humains. 


il  T  faite  de  la  Veriîi 

liamaîns.  C  cft  ce  qu’il  importe  de  rechercRcï] 

icJ. 

La  facilite  que  Ton  trouve  à  fupofer  un  Ouvra»  i 

Îe,  dépend  de  plufieurs  circonftauccs  du  rems  ^  j 
U  lieu  ,  des  perlonnes,  des  chofes  qui  font  la  ma-  i 
ticrc  de  ce  Livre,  de  la  difpofition  des  efprits,' 
dis  differentes  vîiés,  &  des  divers  interets  q.u’il  * 
faut  ménager.  Or  à  tous  ces  égards  lafupofîcioa 
des  Livres  humains  nous  paroît  d’abord  mille  ' 
fois  plus  facile  ,  que  celle  des  Livres  qui  compo-  :i 
fent  le  Nouveau  Teftamcnt.  Car  I.  ceux  qui  lu-  1 
pofent  un  Livre  humain  ,  ont  ordinairement  pour 
celarcnr  le  tems  qu’ils  veulent  :  mais  ici  l’imagi-  ij 
nation  humaine  ne  trouve  point  de  tems,  pen-  i 
d-ant  lequel  elle  puifle  fe  figurer  que  l’Ecriture  du  i 
Nouveau  Teflameni  a  été  fupofée.  Si  nous  mon-  ii 
tons  de  fiécle  en  fiécle  ,  nous  trouverons  que  les  ’ 
Chrétiens  ont  toujours  eu  cette  Ecriture  devant  : 
les  yeux,  &  nous  la  voïons  citée  dans  les  plus  ' 
anciens  des  Pères  ,  qui  regardent  cette  Ecriture  | 
comme  divine. 

II,  Il  n’efl  pas  impcfliblc  de  fupofer  des  Livres  ' 
humains  ,  parce  qu’ordinairemcnc  perfonne  n’y  | 
prend  interet,  ou  n’y  en  prend  qu’un  fort  médio-  ■ 
cre  :  mais  il  auroit  été  difficile  de  fupofer  des  | 
Livres  qui  obligent  les  hommes  à  courir  au  mar-  ' 
lire,  tels  que  font  ceux  qui  compofent  le  Nou-  : 
veau  Tefamenr.  Si  un  homme  qui  prête  de  l’ar-  j 
gert ,  cherche  fi  bien  fes  furetez  :  que  doit  faire 
une  perfonne  ,  ou  plutôt  que  doivent  faire  une 
infinité  deperfonnes  qui  renoncent  à  toutes  cho», 
fes  pour  l’Evangile  ? 

III.  II  s’efi:  trouvé  des  gens  qui  ont  fupofe  des 
Livres  humains  :  mais  on  n’en  a  point  vu  qui  aient 
voulu  mourir  pour  défendre  la  gloire  de  leurs 
fixions.  Or  ici  l*on  ne  peut  foiipçonner  d’avoir 
fhpofe  l’Ecfiturc  du  Nouveau  Teftament  ,  que 
des  gens  qui  font  morts  pour  défendre  la  Religion 


!  •  de  la  KeUgion  Chrêtrennê,  ^5 

iChrcticnne,  &  par  confêquenc  pour  confirmer 
}a  vérité  des  faits  &  de  l’Ecriture  qui  fondent  le 
Chrifijanifme. 

'  IV.  Qn  peut  fupofer  un  Livre  humain  ,  mais 
I  non  pas  toujours ,  ni  dans  coures  les  circonftances: 
&  Ton  femocqueroit  d’un  honime  qui  fiipoferoîc 
des  Lettres  qui  devroient  avoir  été  écrites  il  n’y 
a  pas  long-tems  à  des  Societez  entières ,  des  Epî- 
tres  qui  devroient  fe  trouver  entre  les  mains 
d’une  infinité  de  perfonnes  ,  &  en  une  infinité  de 
lienx.  Or  c’eft  ce  qu’il  faudroir  dire  de  toutes 
celles  des  Apôtres  ^  qui  font  une^partie'’bien  con- 
lidcrable  de  l’Ecriture  du  Nouveau  Teftamentv 
Comment  auroit-on  fait  acroire  à  l’Eglife  de 
Rome,  que  S.  Paul  lui  avoit  écrit  uneEpî:re  j  à 
TEglife  de  Corinthe,  qu’elle  en  avoit  re^ü  deux 
de  lui  ?  &c. 

V.  Cela  cil  d’autant  plus  confidcrable,  que  ce* 
lui  qui  donne  un  point,  donne  tout  dans  cette  ma¬ 
tière  y  &  quand,  on  m’acordera  qu’une  feule  dos 
Epîtres  qui  compofent  l’Ecriture  du  Nouveau 
Tcftament  n’cft  point  fupofée ,  on  fe  verra  oblige 
de  m’acorder  la  même  chofeà  l’égard  de  tous  les 
autres  Livres  qui  la  compofent  3  ou  du  moins  il 
ne  fervira  de  rien  à  l’incrédulité  de  chicaner  là- 
deflus.  Je  veux  en  éfet  qu’on  croïe  les  quatre 
Evangiles  fupofez  :  le  Livre  des  Ades  ne  contient- 
il  pas  ,  ou  ne  fupofe-t-il  pas  néceffairement  les 
faits  elTeiuiels  qui  font  raportez  dans  les  Evangi¬ 
les  ?  Je  veux  qu’on  croïe  le  Livre  des  Ades  fupolé  : 
îesEpîtresde  faînt  Paul  ne  fuiïi Cent- elles  pas  pour 
nous  aprendre  que  Jïsus-Christ  a  fait  des  mira¬ 
cles  ,  qu’il  cft  rclTufcité  &  monté  au  Ciel ,  oC  que 
le  S.  Efprit  defeendit  fur  les  Diiciples  le  jour  de 
la  Pentecôte  ?  Et  cela  me  fuffic.  Enfin  je  confens 
qu’on  regarde  toutes  les  Epitres  de  S  Paul  com¬ 
me  n’étant  pas  de  cét  Apôtre  :  je  n’ai  befoin  que  de 
celles  de  S.  Pierre,  ou  de  celles  de  S,  Jean,  pour 

B  V  prou* 


jij.  Traité  de  la  Vérité  i 

prouv.er  la  même  chofe.  Il  n’y  a  point  d’Epître! 
dans  le  Nouveau  Teflamcncqui  ne  marque,  ou; 
ne  l’upol’e  ces  faits  efl'enticls,  fans  lefqucls  iln*y  i 
a  point  de  Chridianifnie,  1 

C*cfl  à  nous  à  voir  maintenant ,  fi  nous  pour-  | 
rons  nous  perfuaderquetoui;  les  Livres  du  Nou-  i 
veau  Teflament  font  fupofez,  fans  en  excepter  ] 
un  fragment,  une  feule  Epîcre ,  Sc  fi  nous  voulons  ' 
concevoir  un  foupçon,  que  jamais  heretique  ,i 
incrédule ,  ni  impie  n’a  conçu.  ! 

Et  en  effet,  comment  toutes  les  Epîtres  des  » 
Apôtres  feroient-elles  fuposces  ,  puis  qu’elles  i 
dévoient  être  entre  les  mains  d’une  infinité  de  i 
perfonnes,  qu’elles  y  ctoient  en  éfet  dans  les  pre-  i 
miers  rems  du  Chriftîanîfme  :  &  que  Tertulien  i'I 
nous  aprend  ,  que  de  fon  fiécle  on  gardoit  dans  ij: 
plufieurs  Eglifes  les  originaux  des  Epîtres  que  ji! 
les  Apôtres  leur  avoîent  écrites  ?  | 

Mais  encore  ,  en  quel  tems  &  en  quelle  occa-  i 
fion  cft-ce  que  cette  fupofition  fe  feroit  faite  ?  1 
Eft-ce  pendant  la  vie  des*  Apôtres.^  Non:  car  ii 
comment  auroic*on  reçu  comme  divins ,  des  Li-  I 
vres  que  les  Apôtres  n’auroient  pas  manque  de  1 
démentir  ?  Sera-ce  donc  immédiatement  apres  |: 
les  Apôtres?  Efl-ce  à  Clament,  à  Policarpe  &  ' 
aux  autres  Dodeurs  de  ce  fiécle  qu’on  en  cflrede-  i 
vable.^  Nullement  :  car  ces  Dlfciples  des  Apô-  ! 
très  fedivifent  eux-mêmes ,  dés  que  ces  grandes  ' 
lumières  n’éclairent  plus  le  monde.  Policarpe  va  ' 
à  Rome,  pour  régler  avec  un  Evêque  de  Rome  > 
le  different  qui  étoit  né  dans  l’Eglife  touchant  le 
rems  auquel  on  devoît  célébrer  la  Pique.  Ces 
deux  grands  hommes  ne  peuvent  s’acorder  fur  ce 
point  j  &  néanmoins  ils  conviennent  tous  deux 
à  recevoir  les  Ecrits  des  Apôtres  ,&  à  les  regar - 
der  comme  la  véritable  régie  de  leur  foi  &  de 
leurs  mœurs.  D’ailleurs  ,  le  moïen  dcTaire  rece¬ 
voir  un  fi  grand  nombre  de  faiiffe s  Epîtres  à  tant 

d’Eglifes 


de  Ia  Religion  chrétienne. 

^’EglifcS  fi  nombreufes,  fi  peu  de  tems  apres  ia 
more  des  Apôtres,  &  lors  qu’il  y  avoit encore  un 
tr  ès- grand  nombre  de  per  Tonnes  qui  avoient  con¬ 
verse  avec  eux  ?  En  vérité,  cette  pensée  efl  une 
extravagance  lî  outrée  ,  qu*on  eft  mal- heureux 
d’etre  obligé  de  la  réfuter. 

Mais,  dit- on  ,  les  premiers  Chrétiens  ont  dou¬ 
té  de  l’autorité  de  quelques  Epîtres  ,  telles  que 
(ont  l’Epître  aux  Hébreux  J  donc  TAuteur  a  tou¬ 
jours  été  incertain  i  la  fécondé  Epître  de  S.  Pier¬ 
re  ,  celle  de  S.  Jude  ,  &c.  j’en  conviens:  mais  je 
pretens  que  cette  confidération  nous  eft  favora¬ 
ble  i  étant  inconvenablc  que  les  Anciens  euffent 
tant  difputé  fur  quelques  Epîtres  en  particulier,  fi 
les  autres  cufl'cnc  etc  auffi  fufpeéles  que  cel¬ 
les-là. 

Mais  ne  femble-t-il  pas  qu’on  pourroît  feindre, 
^uc  pendant  ces  étranges  confu fions  qui  fuivir 
rent  îadéfolation  de  ]eruralcm,  quelques  Chré¬ 
tiens  ou  entièrement  fourbes ,  ou  demi  perfuadezj 
ont  pu  compofer  l’Ecriture  du  Nouveau  Tefta- 
ment  3  &  qu’aprés  y  avoir  mis  tout  ce  qui  leur 
aura  plü ,  ils  font  attribuée  aux  Apôtres  ,  pour 
ConfcilJcr  plus  de  refpeâ:  à  leurs  imaginations  î 
Non  fans  doute  :  car  Iadéfolation  de  la  Paleftînc 
n’empcchoic  pas  quM  n’y  eut  à  Rome  ,  à  Antio¬ 
che,  à  Thefl'ciilonîque  5  à  Phillipe  ,  &c.  de  très 
nombreufes  Eglifes ,  aufquelles  il  eût  été  impoflî- 
blc  défaire  acroire  que  les  Apôtres  leur  avoient 
écrit  des  Epîtres  qui  dévoient  être  entre  leurs 
mains.  Outre  qu’on  peut  connohre  que  l’Ecritu¬ 
re  du  Nouveau  Teftamenca  été  composée  avant 
la  riiine  de  Jerufalcm,  parce  qu'il  efl  fait  plufieurs 
fois  mention  dans  ces  Livres  de  Jerufalcm,  &  de 
J'Eglife  qui  étoit  à  Jerufalecn  ,  fans  qu’il  foit  rien 
cchapc  à  Ja  plume  de  ceux  qui  les  ont  compofez, 
qui  marque  que  Jerufalcm  étoit  alors  t innée  3 
que  d’ailleurs  il  cft  inconcevable  qu’on  s’avile 
B  vj  apres 


)(>  Trotté  de  lit  Verîtê  ! 

apres  larüîncde  JerLifalem,  de  fupofer  des  Livres  ' 
cjui  ne  tendent  qu’à  humilier  l’orgueil  des  juifs,  î 
à  les  porter  à  ne  haïr  plus  les  Gentils  comme  des  } 
errangers  ,  &  à  leur  perfuader  que  quoique  Dieu  | 
fil  portât  encore  le  culte  charnel  de  leur  Loi  ,  ce  | 
n'cft  point  par  là  qu’ils  dévoient  s’attendre  d*ctrc  || 
juflificz  5  (  tels  que  font  les  Livres  du  Nouveau  1 
Teftament  >  &  particulièrement  les  Epîcres  de  | 
5.  Paul ,  qui  paroît  asvoir  fort  à  cœur  de  réiinir  1 
les  efprîrs  des  deux  peuples.  )  Car  le  Ciel  s’etanc  î 
déclaré  fiiffifamment  contre  les  Juifs  par  la  defo-  !!| 
lacîon  de  leur  ville  ,  par  la  confufîon  de  leurs  \ 
Tribiis  &  de  leurs  familles,  &  par  cetre  difper-  ij 
fionqui  les  donna  pour  efclaves  à  toutes  les  na- 
tions ,  on  ne  cherchoît  plus  de  raifons  apres  cela,  || 
pour  prouver  que  les  Juifs  n’étoient  pas  fculs  |l 
apelez  à  la  cpnnoiflance  du  vrai  Dieu.  On  fe  j 
contentoit  de  cette  raifon  fenfîbîc  ,  que  la  juftice  | 
de  Dieu  avoir  écrire  en  quelque  forte  de  fa  propre  t 
main  en  punilfant  ce  peuple.  1 

II  faut  cependant  remarquer ,  qu’en  montrr,it  i 
que  le  Nouveau  Teftament  a  été  écrit  avam  la  ^ 
rüine  de  Jerufalem,  je  fais  voir  qu’il  ell  aulli  an¬ 
cien  que  les  Apôrres  :  ce  qui  forme  un  aflez  bon 
préjugé.  Ainfi  cette  obiediion  nous  étant  favora¬ 
ble  ,  au  lieu  de  nous  être  contraire  ,  rien  ne  nous 
empêche  de  paffer  à  l’examen  du  ^cond  foupçon 
que  nous  avons  bien  voulu  concevoir  fur  le  lujc2 
des  Livres  du  Nouveau  Tellamcnt. 

CHAPITRE  IL 

les  Libres  cjHt  compofent  V'EcYîture  du 
•veau  Tejlame'fit  n  ont  point  été 
corrompus, 

ÎL  efr  certain  que  depuis  le  fiécle  des  Apôtres 
jufqu’à  celui-ci  ,  on  a  regardé  le  Nouveau 

Tefta- 


lût  ReUglon  Chthlenne»  ^7 

Teftament  comme  une  Ecriture  facrce ,  &  qu’on 
ne  pouvoic  corrompre  fans  impiété.  Que  ce  (oit 
la  raifon,  ou  le  préjuge  qui  ait  perluadé  cela 
aux  Chrétiens ,  il  n’imporxe  :  c’eft  une  chofe  qu’il 
n’eft  pas  néceifaire  d’examiner  ici.  Il  fuiîit  que 
Je  rcfped  qu’on  a  pour  TEcriiurc  du  Nouveau 
Teftamenc  nous  paroîc  aufli  ancien  que  cette 
Ecriture  meme  i  &  que  les  hommes  la  regardant 
comme  le  fondement  de  leurs  cfperanccs ,  &  la. 
fource  de  la  Révélation  céltfte  ,  la‘*  lirant,  la 
fai  Tant  lire,  s’çn  entretenant  avec  leurs  famil¬ 
les  dés  le  héclc  de  Clément  &  de  Policarpe  ,  de 
Juflin  &  d’irenée,  il  ne  fcmble  pas  qu  on  ait  pu 
la  corrompre  dans  des  chofes  cflentielles.  Mais 
cette  vérité  vaut  bien  qu’on  l’examiDe  plus  par¬ 
ticulièrement. 

Comment  eft-cc  que  route  la  terre  pourroît 
avoir  confpiré  dans  ce  deflein  de  corrompre  cette 
Ecriture  ?  Quand  un  Dodleur  i’auroit  entrepris  , 
les  autres  s’y  feroient  opofez.  Quand  tous  les 
E'*deurs  Chrétiens  qui  étoient  répandus  dan« 
le  inonde  l’auroient  bien  voulu  ,  le  peuple  n’y 
auroit  jamais  confenti.  Q^nd  les  Docteurs  éc 
le  peuple  s’y  feroient  trouvez  difpofez,  ceux  du 
dehors  n’auroient  pas  manqué  de  leur  en  faire  le 
reproche  :  les  Juifs  Sc  les  Païens,  qui  ne  peu- 
foient  qu’à  leur  nuire  ,  ne  s’en  feroient  point 
tus  :  Julien  ,  Porphire  &  les  autres  ennemis 
particuliers  des  Chrétiens  en  auroienc  tiré  avan¬ 
tage.  Enfin  ,  quand  le  filence  des  adverfaires  du 
dehors  auroit  favorifé  cet  étrange  defléin  ,  les 
dîffercns  partis  qui  fe  formèrent  bien-tôt  après 
dansTEglife,  &  les  diverfes  héréfiesqui  naqui¬ 
rent  parmi  les  Chrétiens  ,  croient  un  obhacle 
invincible  qui  s’y  opofoit. 

On  fçait  qu’immédiatement  après  la  mort  des 
Apôtres,  l'Eglife  fut  troublée  par  pluficurs  dif¬ 
ferentes  conteftations.  Car  fans  parler  des  Gnofti- 

ques , 


3$  Traité  de  la  Vérité  •  i 

ques ,  cette  Sedle  abominable  qui  ne  doit  pas  être  î 
lionorce  du  nom  Clïrccien,  perfonne  ne  doute  j 
que  l’opinion  des  Millénaires ,  donc  Papiasparoîc  , 
avoir  ccc  l’inventeur  ,  &  qu’il  fondoic  fur  la  Tra-  j 
dition  Apoftolique,  quinze  ans  apres  la  mort  de  i 
S,  jean  ,  le  different  qui  furvint  bien- tôt  apres  au  ;i 
fujec  de  la  Pâque,  &  les  difputes  des  Orthodo- 
xes  contre  les  Origîniftes  fur  la  rcfutrdlion  &  ;|' 
fur  quelqu’autres  articles  de  la  Dodlrine  Chre-  li 
tienne ,  nVient  partagé  les  Chréaens  dans  les  i, 
premiers  âges  de  l’Eglife,  Enfuice  furvinrent  les  iii 
célébrés  difputes  des  Orthodoxes  contre  lesAr-  v 
riens,  qui  furent  acompagnez  d’une  chaleur  &  | 
d’une  aniraoficc  connue  de  tout  le  monde.  Or  ii 
quelques  funeftesque  ces  conteftacions  aïent  été  i 
à  TEglife,  elles  ont  produit  ce  bon  éfet  par  la  t 
direêlion  de  la  Providence  ,  qui  conduit  tout  à  |i 
de  bonnes  fins,  qu’elles  ont  confervé  la  Révéla-  ' 
tion  du  Nouveau  Teflament  pure  &  entière;  &:  ; 
qu’aujourd’hui  encore  elles  affurent  nôtre  foi  | 
contre  tous  les  foupçons  que  nous  pourrions  | 
avoir  à  cét  égard. 

Le  moïen  en  éfet ,  que  quand  les  Millénaires  , 
les  Originiftes  &  les  Arriens  auroienc  voulu  cor¬ 
rompre  TEcriture,  les  Orthodoxes  qui  écoient  fi 
cchaufFez  contr’eux  ,  l’cuffent  permis  ;  ou  que  fi 
Jes  Orthodoxes  eufTent  eu  cette  intention,  leurs 
adverfaires  qui  croient  fi  animez,  euflent  confpiré 
avec  eux  dans  ce  deffein  ? 

Je  veux  encore  que  céc  étrange  acord  a;t  pu 
fe  faire,  le  nombre  prefqii  infini  d’Exeniplaircs , 
d’Editîons  &  de  Ver  fions  qu’on  eut  d’abord  du 
Nouveau  Teftamenc ,  a  rendu  l’exécution  de  ce 
dc/fein  impofliblc.  Car  quand  un  homme  aura 
corrompu  un  feul  de  ces  Exemplaires ,  ou  qu’il 
fera  une  Verfion  infidelle  de  cette  Ecriture , 
comment  corrompra-t-il  tous  les  autres  Exem¬ 
plaires  de  ces  Livres  qui  font  dans  le  monde  ? 


de  lii  Religion  Chrétienne,  39 

Oii  commenr  changera- 1* il  tant  d’autres  Ver¬ 
rons  2^*011  en  a  fait  en  divers  tcms  &:  en  divers 
lieux. 

Mais  feignons  encore  que  cela  n’eft  pas  impof- 
fible.  Si  l’on  a  corrompu  les  Ecrits  des  Apôtres , 
il  faut  que  ç’aît  écc  dans  rcfl'entîel,  ou  en  des 
choies  de  peu  de  conféquence  :  j’apelle  l’effen- 
ticl  5  les  faits  miraculeux  qui  font  raportez  dans 
le  Nouveau  Teftament,  &  tous  ceux  qui  prouvent 
la  vérité  de  la  Religion  Chrétienne ,  s’ils  font  vé¬ 
ritables.  Si  l’on  n’a  pas  corrompu  cette  Ecriture 
dans  l’eflcntiel ,  il  s’enfuit  qu’elle  contient  affez 
de  faits  véritables  pour  établir  la  vérité  du  Chri- 
ftianîfmc.  Et  fi  c’eft  dansreflcntîel  qu’on  l’a  al¬ 
térée,  il  faut  qu’on  y  ait  ajoüté  les  miracles  de 
Jesus-Christ,  fa  réfurredfion,  fon  afeenfion  dans 
le  Ciel ,  l’efFüfion  du  S.  Efprit  fur  les  Apôtres  le 
jour  de  la  Pentecôte,  le  pouvoir  que  les  Apôtres 
avoient  de  parler  des  langues  étrangers ,  &  de 
communiquer  meme  aux'autres  les  dons  miracu¬ 
leux.  Or  je  fcüriens  qu’on  ne  peut  avoir  ajoute 
tous  ces  faits  à  l’Ecriture  du  Nouveau  Tcfta- 
ment,  fans  l’avoir  entièrement  luposce  3  puifque 
la  matière  du  Nouveau  Tefiatnent  n’eft  compo¬ 
sée  que  de  ces  faits ,  ou  de  chofesqui  feraportent 
évidemment  à  ces  faits ,  &  qui  feroient  faulTes ,  fi 
ces  faits  étoient  faux.  Joignons  l’expérience  à  la 
raifon,  d/  conficiérons  que  fi  les  Chrétiens  avoient 
■corrompu  îcs  Ecrits  des  Apôtres,  l’Ecriture  du 
Nouveau  Tefiament  leioic  aujourd’hui  toute 
differente  de  ce  qu’elle  étoic  dans  les  premiers 
fiécles  3  &  qu’aïanc  été  continuellement  altérée 
depuis  ce  tcms-là,  il  n’y  auroit  rien  de  fi  fenfible 
que  ce  changement.  Cependant  il  eft  aisé  de  s’a- 
pcrccToir  du  contraire,  &  il  paroît  par  ce  nom¬ 
bre  prefqu’infini  de  partages  du  Nouveau  Terta- 
ment  qui  fc  trouvent  citez  dans  les  Livres  des 
Peres-,  que  jamais  Ecriture  n’a  reçu  moins  de 

chan- 


40  Traité  de  Vérité 

changement  par  la  révolution  des  années  , 
ceJic'  là. 

Il  n’y  a  ,  ce  me  femble  ,  que  deux  chofes  à  ré¬ 
pondre  a  cette  preuve.  L’une,  qu’en  corrompant 
les  Livres  du  Nouveau  Teftament ,  on  peut  avoir 
aufli  change  les  paiï'ages  citez  dans  les  PereS. 
Mais  cette  penfée  ne  fçauroic  tomber  dans  un  ef- 
pric  raifonnabîe  ;  car  il  faudroit  Cuporer  un  hom¬ 
me  immortel,  qui  eut  eu  le  tems  d’alterer  tant  de 
Livres  qui  ont  été  compofez  de  fîécle  en  ficcle  ÿ 
êc  un  homme  tellement  maître  des  coeurs  &  des 
efprits  des  hommes  ,  qu’il  eut  pu'  corrompre  le 
Livre  le  plus  univerfellement  lu,  &  le  plus  chè¬ 
rement  conferve  qui  fut  jamais,  &  altérer  avec 
lui  tous  les  Livres  des  Anciens ,  fans  qu’on  s’en 
aperçut ,  ou  qu’on  s’y  opofât. 

La  fécondé  chofe  que  l’on  peut  répondre,  eft 
que  cerre  corruption  de  l’Ecriture  s’eft  faite 
avant  qu’aucun  Pere  eût  commencé  d’écrire  j 
c’elT-à-dire ,  quinze  ou  vingt  ans  après  la  mort 
des  Apôtres.  Mais  nous  n’avons  qu’à  rapeler  ici 
toutes  les  raîfons  qui  nous  ont  perfuadé  que  l’E¬ 
criture  du  Nouveau  Tcftament  n’avoit  pas  été 
fupofée  par  les  fuccefieurs  des  Apôtres  :  elles  ne 
concluent  pas  moins  en  ect  endroit.  Nous  n’a¬ 
vons  en  effet  qu’à  joindre  le  martiredes  premiers 
Chrétiens  ,  qui  fans  doute  n’ont  pas  été  d’hu¬ 
meur  à  mourir  pour  défendre  leurs  fixions  ,  l’at¬ 
tachement  des  peuples  aux  Ecrits  des  Apôtres, 
les  divifions  qui  ont  partagé  l’Eglife  immédiate¬ 
ment  apres  leur  mort ,  la  variété  des  Verfîons  ,  le 
nombre  des  Exemplaires  ,  la  Tradition  confiante 
&  perpétuelle  des  Anciens,  renchaînement  des 
faits  efrentî.e!s  de  rEvan2;iIe,  qui  cfl  tel ,  que  ce¬ 
lui  qui  reçoit  Tun  ,  eft  obligé  de  recevoir  l’autre: 
celui  ,  par  exemple  ,  qui  croit  rAfcenfîon  die 
Jésus- Christ  ,  étant  obligé  de  croire  fa  Réfur- 
reébion,  &:  celui  qui  nie  ces  faits  n  étant  plus  Chré¬ 
tien  5 


de  la  Religlân  Ctjrêuenné»  4^ 

tien  y  le  nombre  des  Livres  qui  compofent  le  NoU’‘ 
teau  Teftamenc ,  la  répétition  des  memes  faits 
dans  ces  Livres ,  le  defaut  de  tems  &  d’ocafions 
pour  les  fupofer,  ou  pour  les  corrompre  efl'enticl- 
jcment  ;  rimpofTibilitéqu’il  y  a  à  les  corrompre 
cflentiellemcnc ,  à  moins  qu’on  ne  les  fupofe  tout- 
à'faît  ;  la  multitude  ptodigieufe  des  perfonnes  à- 
qui  il  faloit  împofer  la  nature  du  fait  qu’il  leur 
faloit  faire  acroirc  ,  qui  eft  que  des  foeïetez  en¬ 
tières  avoient  reçu  des  Epîtres  des  Apôtres  qui 
contenoient  telle  &  telle  chofe  qu’ils  dévoient 
fçavoir  par  cœur  i  l’expérience  du  paffé ,  qui  nous 
montre  que  depuis  Ciement  &  Poiicarpe  julqu’à 
nous  ,  c’ef- à-dire  pendant  feize  Eécles ,  on 
point  corrompu  eifentiellcment  l’Ecriiure  du 
Nouveau  Tcflament  ,  la  diftance  des  lieux  ou  il 
auroit  falu  fupofer  ou  corrompre  ces  Ecrits ,  en 
meme  tems  rimpolîibilitc  qu’il  y  avoir  de  faire 
recevoir  comme  vraies  tant  de  fables  ,  dont  on 
auroit  aparemment  rempli  ces  Livres  (i  peu  de 
tems  apres  la  mort  des  Apôtres,  c’efl-à-dircj 
lorfque  la  mémoire  dé  leur  prédication  ctoic 
fraîche  &  récente  j  le  fîlence  des  ennemis  des 
Chrétiens ,  qui  n’ont  jamais  parlé  de  cette  fupo- 
fîtionj  la  dihindlion  que  les  premiers  Chrétiens 
firent  d’abord  des  Ecrits  des  Peres  qui  écrivirent, 
d’avec  les  Ecrits  du  Nouveau  TePament  ,  qu’ils 
regardèrent  uniquement  comme  la  régie  de  leur 
foi  :  toutes-ccs  confîdcrations  noue  montrent  , 
nous  montrent  évidemment  ,  qu’il  y  auroit  de 
l’extravagance  à  s’arrêter  à  aucun  de  ces  deux 
premiers  foupçons. 

Je  viens  donc  au  troifîémcqui  eflque  les  Apô¬ 
tres  eux-memes  ont  écrit  des  fables  pour  faire 
honneur  à  leur  Maître,  &  comme  c’efl  le  plus 
confidérable  ,&  celui  que  Julien,  Mahomet  ,  Sc 
prefquc  tous  les  incrédules  de  ce  tems  preflenc 
le  plus,  il  eft  juftequcje  m’y  arrête  particulière¬ 
ment  ,• 


Traité  de  la  Vérité 


m^nr  ,  &  que  je  l’examine  à  fond  dans  leschapî- 
.tres  luivans  j  car  aufîi  c’eft  là-defl'as  que  loùlc 
la  preuve  de  nôtre  Religion. 


CHAPITRE  III. 


§y^ie  les  Apôtres  ri  ont  point  écrit  des  chofes 


P  Our  comprendre  diflindlement ,  que  les  Au-*  j 
teurs  donc  nous  parlons  ne  nous  impofent  J 
point  dans  leurs  Ecrits  ,  il  eft  bon  de  confidcrcr  j| 
ces  Ecrits  en  particulier  les  uns  apres  les  autres.  | 
Cette  Ecriture  a  trois  parties  principales  ,  qui  i 
font  les  quatre  Evangiles ,  le  Livre  des  Ades,  &  j 
les  Epîcres  des  Apôtres. 

Saint  Mathieu  a  écrit  le  premier ,  &  fon  Evan¬ 
gile  ert  cite  par  Clemenc  Evêque  de  Rome,  Dif-  ‘ 
ciple  &  contemporain  des  Apôtres.  Barnabas-Ic 
cite  dans  fon  Epîcre.  Ignace  &  Policarpe  qui  vî- 
voicnt  du  tcms  de  S-  Jean ,  }uftin  &  Irenée  qui 
vécurent  peu  de  tems  apres  ,  Achenagore,  Ter- 
tulien  &  tous  les  autres  Docteurs  qui  les  ont  fui- 
visyle  reçoivent  unanimement. 

Nous  n’avons  pas  feulement  l’Evangile  fcfon 
S.  Mathieu  ,  fur  lequel  il  feroit  allez  difficile  de 
concevoir  des  foupçons  raifonnables  :  l’Evangile 
félon  S.  Marc  fut  composé  enfuice ,  pour  donner 
une  fécondé  aide  à  nôtre  foi.  Les  memes  Peres 
qui  rendent  témoignage  à  l’un  ,  en  rendent  à  l’au¬ 
tre.  Papias,  Clemenr,  Alexandrin,  J uftin,  en  font 
mention;  &  S.  Irenée  raporte  que  Marc  Difciple 
de  S.  Pierre ,  le  compola  des  chofes  qu*il  avoir' 
oiii  dire  à  ce  dernier. 

Saint  Luc,  qui  s’attacha  à  S.  Paul  dans  tous 
fes  voïages ,  écrivit  un  troifiéme  Evangile  ,  que 
les  Anciens  reçoivent  auffi. 


de  la  Religion  Chrétienne,  4f 

Çofa  un  quatrième,  fur  la  fin  de  Tes  jours  ,  com¬ 
me  nous  Taprenons  des  premiers  Douleurs  de 
TEglife.  Cet  Apôtrîdcclare^ur  la  fin  qu*il  en  efl, 
l’Auteur:  C'ejlicih  Difciple  qui  a  rendu  témoi¬ 
gnage  de  ces  chofes ,  qui  a  vu  ces  chojes* 

^  Il  eft  d’abord  remarquable  ,  que  les  quatre 
E)fcangelifi:es ,  qui  conviennent  dans  la  fimplicité 
avec  laquelle  ils  écrivent ,  font  pourtant  d’un  ca- 
radlere  different.  S.  Jean  s’exprime  d’une  maniè¬ 
re  qui  paroît  affezfimple,  fi  on  la  compare  avec 
celle  de  S.  Luc ,  qui  étant  Médecin ,  devoir  avÿt 
Je  fiile  un  peu  plus  élevé  que  S.  Jean,  qui  étoîc 
originairement  un  pécheur.  Ce  qui  nous  ôte  d’a¬ 
bord  le  foupçon  que  nous  pourrions  concevoir, 
que  tous  ces  Evangiles  aïent  été  compoCez  pat 
un  même  Auteur. 

Nous  remarquons  en  fécond  lieu,  que  bien  que 
ces  Ecrivains  conviennent  dans  rcffentiel  des 
chofes  qu’ils  raportent  ,  il  y  a'entr’eux  quelque 
petite  diverfité ,  qui  nous  montre  fenfiblement , 
que  ces  Ecrivains  n’ont  pas  composé  leurs  Evan¬ 
giles  de  concert:  la  providence  l’aïant  ainfi  per¬ 
mis  pour  affurer  nôtre  foi. 

L’incrédulité  pourtant  ne  s'arrête  pas  là.  Elle 
concevra  que  les Difci pics  de  Jesu  s  s’érant  a(- 
fembicz  à  Jerufalem  après  la  mort  de  leur  Maî¬ 
tres,  ils  prirent  des  mefures  pour  faire  acroîre  aux 
hommes  certains  faits  fabuleux  ,  qu’ils  marquè¬ 
rent  avec  beaucoup  d’exaditude  &  de  précifion  , 
de  peur  de  fc  couper  dans  le  t.émoignage  qu’ils 
en  rcndoîent  ;  &  que  comme  ils  eurent  enfuite 
fondé  pluficurs  Eglifes  par  leur  prédication  , 
quelques-uns  d’eux  eurent  le  foin  de  rédiger  par 
écrit  ces  memes  faits  qu’ils  avoient  prêchez  par 
tout,  apres  les  avoir  inventez.  Je  penfe  quec’eft 
là  ce  qu’on  peut  imaginer  de  plus  fpecieux  fur 
ce  fujet. 

Il  fuifiroit  peut-erre  de  fc  reflbuvenîr  ,pour 

réfuter 


44^  Traité  de  la  Vérité 

rcfuter  cette  imagination  ,  qu’il  eft  atfurcîe  $6  ; 
penfer  que  des  Pêcheurs  (impies  &  grofTiers  y. 
abatus  par  la  mort  ck  leur  ^üaîire,  defabulez  de  | 
l’opinion  qu*il  fur  leur  Meïlic ,  (i  timides  ,  qu’ils  i 
s*en  croient  fuis  lors  qu’on  Tavoit  pris  pour  le  j 
crucifier  ,  s’avifent  de  concevoir  le  deffein  ' 
tromper  les  autres  ,  lors  qu’ils  fe  trouvent  eux-  . 
mêmes  fi  miférablcmcnt  trompez  s  qu’iis  ofent  J 
i-nvenrer  un  fait  qui  doit  attacher  un  oprobre  i, 
éternel  à  leur  Nation  ,  &  qui  fera  regarder  les  i 
Jmfs  comme  des  meurtriers  exécrables  j  que  tous  ; 
lesDifcipIes  confpirent  dans  ce  deffein  :  qu’aucuii'  ji 
n’avouë  la  vérité  j  que  la  diftanre  des  lieux,  la  , 
rigueur  des  fuplices ,  la  force  de  la  vciitc ,  les  ; 
mouvemens  de  la  confcîence,  les  apas  du  monde  ! 
qu’ils  perdent  par  leur  proftfîion  ,  ne  foient  pas 
capables  de  rompre  ce  concert  de  menfonge  & 
d’impoüure  j  qu’ils  foiiffrent  avec  joïe  pour  con¬ 
firmer  des  fables  5- qu’à  la  confiance  ils  ajoutent 
les  bonnes  mœurs  j  que  des  impo (leurs  ne  prêchent  . 
que  la  vertu  ,  la  tempérance ,  la  charité  a  l’amour 
de  Dieu,  l’huiTiilité  j  qu’ils  nous  ordonnent  d’ai¬ 
mer  nos  ennemis  ,  ^  de  bénir  pour  l’amour  de 
Dieu  ceux  qui  ncns'mairdiffent  ;  que  le  menfonge 
enfin  fuît  pour  la  première  fois  à  répreuve  des 
tourmens  y  la  fimpücité  de  quelques  hommes 
grofiiers  fufceptible  de  cette  amhitipn  délicate, 
qui  confifie  à  vouloir  s’immorralifer  par  les 
tourmens  &  par  la  mort ,  &  la  malice  de  quelques 
împofieivrs  capable  de  faire  régner  la  charité, 
d’établir  dans  fUnivers  toutes  les  vertus,  de  dé¬ 
truire  l’idolârrîe  Païenne,  en  faîfant  adorer  par 
tout  le  vrai  Dieu,  &  d’acompHr  tous  les  oracles 
qui  regardent  la  vocation  des  Gentils. 

Cette  confidération  devient  beaucoup  plus 
force  &  plus  confidérable,  lorfque  l’on  confidére 
la  conduire  des  Apôtres  par  onofition  à  celle  des 
Hérétiques  qui  troublèrent  l’Eglife.prefque  dans 

fa 


de  Ix  Religion  Chrêtiânno.  4^ 

fâ  ndiiïance.  Combien  (î^org^eiI ,  d’intérêt  &c 
d’ambition  voii-on  d’abord  paioîcre  en  eux?  Ils 
ne  penfent  qu'à  faire  des  Sectes.  Chacun  s’érige 
en  Chef  de  parti.  Simon  fedifoit  la  grande  vertu 
de  Dieu  5  &  il  apeloic  fon  Heléne  le  S.  Efprit. 
Menander  vint  apres  lui ,  qui  pretendoie  être 
une  vertu  envoïée  du  Ciel  pour  lefaîut  des  hom- 
ines.  Bafîlides  fe  vantoit  d’annonçer  des  chofes 
plus  hautes  &  plus  admirables  que  ces  deux  pre¬ 
miers.  Et  Ton  doit  mettre  dans  ce  même  rang 
Ccrinthus,  Carpocrate,  Mardon  ,  qui  ont 
tous  enchéri  les  uns  fur  les  autres ,  dans  la  vue 
de  s’criever  eux-memes  3  fans  parler  maiintenant 
de  ce  qu’ils  feignoient  que  ceux  qui  étoient  par¬ 
venus  à  un  certain  degré  de  copnoiflance  ^  qui 
jccoit  5  (elon  eux ,  uu  état  de  peifedîon,  pouvoienc 
vivre  comme  il  leur  plaifoit ,  &  s’abandonner  à 
toute  force  de  pallions.  Voilà  quel  eft  le  'carac¬ 
tère  des  iniüofteurs. 

Si  les  Difciplçs  de  Jesus*Christ  ont  inventé 
les  chofes  qu’ils  ont  écrites  après  les  avoir  pre» 
chées,ilsonc  du  regarder  la  Religion  comme  une 
fable.  D*oii  vient  donc  qu*on  les  voit  fi  diffciens 
de  CCS  Hérétiques  dont  nous  venons  de  parler  J 
Pourquoi,  au  lieu  d’inventer  des  dodfrînes  favo¬ 
rables  à  leurs  pallions,  comme  les  Gnoftiques, 
|?rêchent  -  ils  une  morale  qui  tend  à  mortifiée 
toutes  les  mauvaifes  pafiions  ?  Q£e  ne  s’érigent- 
ils  en  Chefs  de  parti  ?  Pourquoi  chacun  ne  fe  fait- 
il  pas  honneur  à  lui  même  ?  Pourquoi  conTpirent? 
ils  à  élever  un  autre ,  étant  fi  unanimes ,  qu’ils  ne 
fe  contredirent  point;  fi  humbles,  qu’aucun  ne 
prétend  être  le  Maître  &  le  Chef  3  fi  definterel- 
fez  ,  qu’aucune  des  palTions  humaines  ne  paroîc 
avoir  de  part  à  leur  conduite  ? 

D’ailleurs ,  il  cfi  remarquable  que  ces  anciens 
Hctctiqiies  dont  nous  venons  de  parler,  inven- 
foient  bien  des  points  de  doêlrine  à  l’envi  les 


^  Traite  de  la  Vérité  j 

uns  des  autres.  Ils  imaginoienc  des  Eones  învîfî-, 
bîes.  Ils  raifonnoient  Ibr  le  principe  du  monde.  ! 
Ils  donnoient  des  idées  extrêmement  bizarres  de 
jEms-CHRisT  &  du  S.  Efprit.  Ils  établiflbienc  I 
une  fubordination  de  veftus  céleftes  :  &  comme  I 
c’ctoicnt-là  des  dogmes  qui  dependoient  delà  fpé-  i 
culation  ,  &  non  pas  de  Texpcrience ,  il  leur  ctoic  ! 
aisé  de  s*en  fervir  pour  féduire  les  fimples.  i 

Les  DiTcipIesde  Je  s u  s-C h  ri  s  t  au  contraire  i 
confirment  ce  qu’ils  dilent ,  non  par  des  Eones  &  > 
par  des  Spéculations  abflraîtes  &  impciKtrabîcs ,  ' 
comme  ces  impofteurs,  mais  par  des  faits  dont  la  il 
connoiffancc  dépend  des  Cens  :  &  les  fens  des  per-  I 
fonnesles  plus  fimples  font,  comme  chacun  fçaic ,  j 
auffi  éclairez  que  les  fens  des  perfonnes  les  plus  ) 
habiles  Ce  qui  marque  qiuiis  n’avoient  aucun  t 
deflein  de  tromper  les  hommes. 

Mais  ce  n’eft'  pas  affez  que  de  faire  voir  que  les  j; 
Difciples  de  J  e  st/s  ne  font  pas  d’un  çaraâere  à  | 
inventer  /es  chofes  qui  font  le  fujet  de  leur  predi-  •' 
cation  i  allons  plus  loin  ,  &  montrons  qu’il  eft  ab-  f 
jfolumeint  impoOiblc  que  les  Difciples  de  J  e  s  u  s-  [ 
Christ  aïent  invente  ces  chofes.  ; 

C  H  A  P  I  T  R  E  IV.  ,  i 

les  Difciples  de  fefus'Chrift  ne  pouvoient  ! 
impofer  fur  ce  qui  fait  la  matière  de  leurs  1 
Ecrits ,  OH  de  leur  prédication,  i 

COmme  le  premier  deJfTcin  d’un  impofleur  eft  I 
de  cacher  la  tromperie  qu’il  prétend  faire, 
il  eft  aflez  facile  de  remarquer  fon  intention  & 
fon  adrcfl'c  dans  le  choix  des  circonftances  qu’il  ! 
raporte. 

S’il  invente  un  fait ,  il  feindra  qu’il  y  a  long-  ! 
temps  qu’il  eft  arrivé  ;  ou  que  c’eft  dans  un  païs  ; 
eJoigné  quela  chofe  s’eft  pafl'ée  3  ou  qu’elle  n’a  | 


de  la  Religion  Chrétienne,  47 

été  vue*  que  de  peu  de  perlonncs  i  ou  que  ceux 
qui  en  ont  çté  les  témoins  font  mores  5  ou  que  c’eft 
un  fait  unique  &  fîngulier  qui  n'a  pas  eu  de  fuite 
&  dont  on  ne  fçauroit  plus  donner  une  preuve 
icnfible.  Enfin  quelque  chofe  qu’on  invente,  ou 
fe  referve  des  voies  de  fe  tirer  d’embaras,  en  cas 
qu’on  fut  trop  preffé  par  des  gens  qui  pourpienc 
s’inrereflér  dans  le  fait  qui  efl  raporté. 

Or  ici  nous  remarquons  d’un  côté ,  que  les  faits 
qui  font  raporrez  par  les  Apôtres  ,  intereflenc 
très  particulièrement  les  hommes ,  &  intereffenc 
tous  les  hommes.  Les  Juifs  qu’on  veut  faire 
palier  pour  des  parricides  execrab’es  ,  ne  feau- 
roient  les  conlidérer  avec  indilference.  Les 
Chrétiens,  que  la  vérité  de  ces  faits  engage  à 
foufFrir  le  martire ,  doivent  les  examiner  avec  at¬ 
tention.  LesPa’iens,  dont  ces  faits  une  fois  re¬ 
connus  vont  rüiner  de  fond  en  comble  les  mifle- 
rcs  ,  ont  un  très  grand  interet  à  ne  confentî^ 
point  à  leur  fupolîtion.  Les  Pontifes  jaloux  de 
leur  autorité ,  les  Magiftrats  ennemis  des  nouvel¬ 
les  Sedes ,  &  le  peuple  cfclavc  des  préjugez  de 
la  fuperftition ,  font  dans  une  toute  autre  difpoh- 
tion  que  dans  celle  de  recevoir  ces  faits  fans  exa¬ 
men. 

Nous  remarquons  d’un  autre  côte  ,  que  ces 
hommes  qui  les  annoncent ,  non- feulement  ne  fe 
ménagent  point  dans  le  choix  des  circonftances 
qu’ils  raporcent  ,  mais  qu’ils  en  marquent  de  li 
cxprelles  ,  en  li  grand  nombre  ,  &  qui  dévoient 
être  li  connues,  qu’il  faut  qu’ils  foient  d’abord 
démentis  ,  ou  que  nous  acquiefeions  à  ce  qu'ils 
nous  difent. 

Car  I.  li  vous  demandez,  Ou  eft-ce  qu’on  a 
rendu  témoignage  à  la  vérité  de  ces  faits  ?  On 
vous  répondra  ,  que  c’eft  fur  les  lieux  mêmes  cii 
les  ciiofes  fe  font  palTecs,  dans  la  Judée  ,  à  Je- 
iüfalcm.  Et  afin  que  vous  n’en  douticîf  point ,  on 

^yous 


4^  Traite  de  la  Vérité 

vous  fera  voir  par  le  témoignage  de  toute  raiitîw’ 
c]aicc,  que  les  Apôtres  étaDÎircnt  par  leur  prcdi-* 
cation  une  Eglife  à  Jerufalem.  j 

II.  Si  vous  vous  informez  du  tems  5  c’efl  dans 

Telpace  de  trois  ans  que  les  miracles  de  J  Esus-i 
Christ,  fa  Mort,  fa  Réfurrcdlion  &  fon  Afceii'- i 
fion  doivent  être  arrivez  ;  &  c*eft  quelques  fe- 
maines  apres  ce  dernier  evenement ,  que  les  Apô-i 
très  commencèrent  de  prcclier  publiquement  à 
Jerufalem.  i 

III.  Si  vous  voulez  fçavoîr  quels  font  cesi 
témoins  qui  dépofent  que  ces  faits  (ont  véritables,  j 
on  en  produit  un  tres- grand  nombre  qui  vivent ,  i 
&  qui  ont  convetfé  avec  J  e  s  u  s-Ch  R  i  s  t. 

I  V.  Si  vous  cces  en  peine  de  fçavoir  quelle  Ij 
efpece  de  faits  on  atefte  ici  :  on  vous  montre  que  | 
ce  font  des  faits  fenfîbles  &  cclatans ,  des  malades  !!■ 
guéris,  les  orages  de  la  mer  apaifez  ,  les  morts  | 
relevez  du  tombeau  ,  un  homme  qu’on  a  mis  à  | 
mort,  converfant  avec  fes  Difciplcs  ,  &  montant  | , 

Ciel  ,  &c,  i 

V.  Si  vous  regardez  au  nombre,  on  vous  fait  ji 

voir  que  toute  la  vie  de  Jesüs-C  h  R  i  s  t  n’a  été  î  : 
cju’une  fuite  continuelle  de  miracles.  i . 

VI.  Et  (i  vous  demandez  enfin  ,  quelles  font  j 
les  preuves  fenfiblcs  qu’on  peut  vous  en  donner  ?  : 
Les  Apôtres  fe  vantent  d’avoir  reçu  eux-mc-  ‘ 
mes  les  dons  miraculeux  3  &  nous  verrons  dans  1 
la  fuite,  que  c’eft  à  jufte  titre  qu’ils  *s’en  van-  | 
tent. 

UniflTez  maintenant  toutes  ces  circonftances,  &  1 
voïez  fi  vous  pouvez  réfifter  à  l’évidence  qui 
naît  de  leur  union.  Comment  les  Apôtres  au-  ! 
toient-ils  perluadé  tant  deper(bnnes  inrereflees  ,  | 
tant  de  perfonnes  qui  avoient  vu  &  connu  j 
J  Esu s- Christ  ?  Comment  ne  leur  auroic- on  * 
pas  ôrc  d’abord  toute  créance,  en  allant  fur  les  ■ 
lieux  ,  &  recherchant  fi  ce  qu’ils  difoient  croit  ^ 

vcii- 


âe  la  UeUpon  Chrétienne,  4^ 

V&rîtabîc  ?  Oa  plutôt ,  comment  ofant  publier 
ces  chofes  dans  les  lieux  où  il  faloit  qu’elles  fc 
fuflert  paflèes ,  les  Juifs  n’auroient-ils  pas  arreté 
les  piogrez  de  l’Evangile ,  en  découvrant  iineim- 
poOnre  fi  vifîble  &  fi  manifefte  ?  Car  enfin,  les 
Apôtres  n’annonçoient  pas  un  feul  fait  de  cette 
nature.  Ils  difoient  que  leur  Maître  avoir  rcfTiif- 
cite  Lazare,  le  fils  delà  veuve  de  Naïm,  la  fille  de 
Jaïriis  i  qu’il  avoir  guéri  un  nombre  prefque  infini 
de  démoniaques  J  de  fourds,  d’aveugles  h  de  pa- 
ralitiques  ;  que  fa  renommée  s’écoic  répandue  dans 
toute  la  Syrie. 

Les  Apôtres  ne  fe  contentent  pas  de  prê¬ 
cher  toutes  ces  chofes  ,  ils  les  écrivent  ;  &  leurs 
Ecrits  font  portez  en  tous  lieux.  Ils  ne  fe  ca¬ 
chent  donc  pas.  Ils  veulent  que  tout  le  monde 
connoifTe  la  vérité  des  chofes  qu’ils'témoignent  ^ 
&  qu’on  examine  tant  qu’on  voudra  les  faits 
qu’ils  raporrent.  Ils  les  donnent  &  les  produi- 
Icnt  de  toutes  les  manières.  Je  veux  qu’on  ait 
compofe  ces  Livres  quarante  ,  cinquante ,  foixan- 
te  ans  après  la  mort  de  J  e  s  u  s-C  h  R  i  s  T  :  tou  * 
jours  eft-il  évident  qu’avant  ce  tems  il  y  avoir 
une  Eglifc  à  Jerufalem,  qui  avoir  été  fondée  par 
la  prédication  des  Apôtres  ;  &  il  eft  certain  que 
les  Apôtres  avoient  annoncé  de  vive  voix  ,  les  mi¬ 
racles  &  la  réfurredioû  de  J  e  su  s- Christ,  c’efl- 
à-  dire  les  faits  eflcntiels  qui  font  contenus  dans 
cette  Ecriture. 

Car  le  moïen  fans  cela  de  faire  adorer  un 
crucifié  >  Comment  perfuader  fans  cela  ,  que 
Jesüs-Christ  étoit  le  vrai  Mcflie  ?  Comment  les 
Chrétiens  c^iiroicnt-ils  regardé  comme  divine, 
une  Ecriture  qui  auroit  fupofé  que  les  Apôtres 
leur  avoient  annoncé  ce  qu’ils  ne  leur  avoient 
jamais  annoncé  en  effet  ?  Par  quel  accord  quatre 
perfonnes  qui  écrivent  en  des  lieux  &  en  de 
tems  differens  ,  &  qui  ne  fc  copient  point  les 
Tome  11,  *  ^  yns 


JO  Tmité  de  Ist  Vérité 

uns  les  autres  ,  comme  il  cft  impoflible  qu’on  ne 
s'en  aperçoive,  lorsqu’on  les  lie  avec  tant- foie- 
peu  d ’aplication  ,  &  que  l’on  confidere  leur  dif¬ 
ferente  maniéré  de  raporter  les  memes  chofes, 
s’acorderoient-ils  à  nous  aprendre  les  mêmes 
faits,  fl  les  Apôtres  ne  ^s’étoienc  pr^nnierement 
acordez  à  les  prêcher  par  tout  ?  Comment  les 
Apôtres  auroient-ils  fait  des  Chrétiens  ,  s’ils 
n’euffent  annoncé  les  Miracles,  la  Réfurreêlion 
Bc  l’Afcenfion  de  Jésus- Christ  ,  puisqu’il  n’y  a 
plus  de  Chrinianifme ,  ü  ces  faits  ne  rubfiftenc 
plus  ?  Mais  volons  ,  les  impo (leurs  ont  beau  (’ç 
déguifer  ,  ils  fe  découvrent  ,  quoi  qu'ils  fal- 
fenr, 

chapitre  V. 

oh  Von  examine  plus  particulieyement  ^  fi  les 
Apôtres  ont  pâ ,  ou  voulu  tromper 
les  hommes, 

DEs  gens  qui  veulent  trompéi  TUnivers  ^ 
doivent  avoir  plus  d’efprit  ,  d’adrefl'e  ^ 
d’habilifé  que  les  autres  i  &  cette  adrefl'e  , 
cette  habilité  &  cét  efprit  paroiffent  dans  leurs 
Ouvrages,  en  dépit  de  leur  art  &:  de  leur  polU 
tique. 

Mais  lorfqüc  j’examine  les  Auteurs  que  nous 
apelons  Sacrez,  je  ne  trouve  ni  adreire,ni  af- 
fedation  dans  leurs  Livres.  Tout  m’y  paroîc 
fimplc,  nud  ,  ouvert.  Ils  raportent  fort'  exacîfe- 
ment  leurs  propres  défauts  &  leurs  propres  foi- 
bk.ffes.  Ils  ne  cachent  point  leur  ^ritable  ex- 
;raêlion  :  Ils  marquent  leur  propre  ambition  , 
dans  la  difpute  qui  s'émlit  enrr’eux ,  pour  (çavoic 
lequel  feroit  le  plus  grand  dans  le  régne  iîorif- 
fant  du  McnTie  1  leur  grofficrc  ignorance  ,  dans  la 
manière  dont  ils  inrcrrogcoienc  li  fouvent  leuç 
^  '  Maître, 


de  la,  Religion  Chrétienne.  f  £ 

îMa:î:re,  &  dans  celle  dont  ils  fc  demandoient  les 
•Uns  aux  autres ,  6^*e(l-ce  à  dire  cela,  rejfufciter 
des  morts  ?  leur  lâcheté  ,  dans  leur  fuite  à  la  ve¬ 
nue  des  foldats  qufvçnoient  prendre  leur  Maî¬ 
tre  5  &  leur  incrédulité  ,  dans  les  doutes  qu’ils 
formèrent  fur  lefujetde  fa  Réfurredion. 

Tout  cela  nous  marque  une  extrême  finccrité^' 
&  un  grand  défi n ter effement.  Mais  il  naît  ici  im 
foupçon  qui  peut  fembler  confidérabîe,  &  qui 
mérite  bien  que  nous  rcxaminioiisS  un  peu.  (^lî 
Içait,  dira-t-on  , iî  ce  n’eft  pas  là  une  bonne  toi 
afîcdée  j  S:  fi  ce  n’efi  pas  pour  nous  tromper 
plus  fürcment,que  ces  Ecrivains  fonc  paroîcre 
cette  naïveté  5  qui  nous  préocupe  en  leur  faveur?- 
Je  ne  dirai  pas >  pour  détruire  cette  penfée,qae 
les  Ecrivains  dont  il  SL*agit  font  originairement 
des  Pêcheurs  &  des  Péagers  ,  6c  qu’il  {croît  tout- 
à  fait  étrange  que  la  fimplicité  fin  aflFcdée  en 
des  perfonnes  de  cette  naiiflfance  6c  de  cette  édu¬ 
cation  ,  ou  qu’ils  dcvinflenc  capables  d’un  rafine- 
ment  6c  d’une  politique ,  donc  on  auroit  bien  de  la 
peine  à  nous  montrer  un  exemple  parmi  les  plus 
habiles  de  ceux  qui  ont  jamais  entrepris  de  trom¬ 
per  les  hommes. 

Je  ne  dirai  pas  non  plus ,  que  les  quatre  Evan- 
geliftes n’aïant nullement  écrit  de  concert,  il  fe- 
roit  fort  étonnant  qu’ils  fe  fufifenc  rencontrez 
dans  le  deflein  de  furprendre  la  crédulité  des 
hommes,  en  écrivant  d’une  maniéré  fimple  & 
ingénue  5  6c  que  non- feulement  les  quatre  Evan- 
geliftes  fufient  entièrement  conformes  à  cct 
égard,  mais  qu’ils  s’acordaflent  aufii  avec  les 
autres  Auteurs  du  Nouveau  Tefiamenr. 

Il  fu/fit  de  remarquer ,  qu'ils  raportent  quel¬ 
quefois  des  chofes ,  qui  à  une  première  vue  don¬ 
nent  des  idées  que  la  piété  rejette  ,  6c  dont  Tin- 
crédulité  fe  ferc  pour  combatre  la  Religion 
Chrétienne  en  attaquant  fon  divin  Chef  :  cc 

C  ij  qu’ila 


jt  Traité  la  Vérité 

qu’ils  n'auroient  jamais  faic ,  s’ils  euffenf  contre?*'  i 
fait  Jes  ingénus  par  politique.  Ainfi  on  demande,  j 
pourquoi  Jésus- Christ,  qui  croit  affujeti 
à  fa  laînte  &  bien-heureul^  Mcre ,  félon  lare-  | 
marque  des  Evangeliftes ,  lui  fait  cette  reponfe,  |j 
qui  lémble  avoir  quelque  chofe  d’affez  rude  ;  | 
femme,  quy  a-î-il  entre  toi  ^  moi  ?  Mon  heure  n  e[i  \ 
pas  encore  venue,  Ainli  J  ulien  TApofiat ,  Celfus ,  i’ 
Porphire ,  &  les  autres  ennemis  de  la  Religion  i 
Chrétienne,  ne  ceffent  de  dire  que  J  esus  donna  des 
marques  de  foibicfle  au  jardin  deGetfemané  ,  ou  1 
la  crainte  de  la  mort  lui  fit  Tuer  des  grumeaux  de  j 
fang  ,  &  où  il  s’écria  plufieurs  fois,  Vere  ,  s  il  e[h  I 
pofjîhle  ,  que  cette  coupe  pajfe  arriéré  de  moi  ,  fans  I 
que  je  la  boive  !  Et  ils  prétendent  que  cette  excla¬ 
mation  de  Jesus  ChRist  attaché  à  la  Croix,  Mon 
'Dieu  J  mon  Dieu  y  pourquoi  m  as-^tu  abandonné  ï  ! 
fur  une  expreffion  de  fou  defefpoir.  , 

Je  ne  fçai  ce  que  je  dois  le  plus  admirer  ici,  ( 
l’impudence  de  ces  fuperbes  ennemis  de  nôtre  .  j 
Religion ,  ou  la  force  de  la  vérité  ,  qui  renaît  de^  | 
efforts  que  l’on  fait  pour  la  détruire.  Car  pour  j 
la  première,  fi  les  ennemis  des  Chrétiens  n’ajoü-  | 
tent  point  de  foi  au  laporc  des  Evangcliflcs  i 
d’cii  fçavent-ils  que  Jésus- Christ  pronon-  | 
ça  ces  paroles  ,  qui  leur  donnent  lieu  de  pen-?  ! 
1er  qu’il  ait  manqué  de  confiance  ?  Et  s’ils  ajoü-  ' 
tent  foi  au  raport  des  Evangclifics  ,  pourquoi  i 
jxfufent-ils  de  croire  tant  de  faits  miraculeux  i 
que  les  Evangeliftes  écrivent ,  après  en  avoir  éic  , 
les  témoins  ?  ! 

Il  eft  certain  que  nous  trouvons  dans  nos  prin¬ 
cipes  dequoi  expliquer  ces  palfages  qu’on  nous  i 
objecîfe.  Le  difeours  que  Jesus-Ch  R  i  s  T  tient 
à  fa  bien-heureufe  Mere  ,  nous  fait  feulement 
comprendre  combien  il  étoit  jaloux  des  devoirs  !» 
de  fa  vocation.  II  lui  parle  comme  Médiateur 
entre  Dieu  gc  les  hommes,  celui  en  qui  elle  dç-  . 

voit  ! 


de  ta>  Kèltgion  Ùhrétîènnê.  ^ 
vôk  croire  pour  erre  fauvce  3  &  c]ui  doute  qu  eu 
cette  qualité  il  n*eat' de  J’empire  fur  elle  î 

Pour  la  triftelTe  qu’il  témoigna  dans  fon  ago<^‘ 
nie,  cJie  pouvoir  avoir  une  double  caufej  Tune  na^^ 
turclle,  &  l’autre  futnaturellc.  Il  pouvoit  crain¬ 
dre  la  mort  en  tant  qu’homme.  Il  pouvoit  donner 
quelques  plaintes  innocentes  aux  douleurs  de  fa 
nature.  Mais  ce  n’eft  pâs  là  ce  qui  fait  la  plus 
grande  rigueur  de  fes  tourmens.  I!  efl  chargé  des 
péchez  des  hommes ,  &  fournis  à  la  maledidion 
de  la  Loi.  II  regarde  Dieu  comme  fon  Pere  ,  Sc 
Dieu  Ce  prelente  à  lui  comme  un  Juge  irrité. 
Plus  il  aime  fon  Pere,  &  plus  il  fent  la  douleur 
d’en  être  éloigné.  La  mefurede  fa  vertu  fait  la 
mefure  de  fes  fouffrances  ;  Sc  c’eft  un  langage 
d’amour',  plutôt  qu’un  langage  de  defefpoir  , 
que  celui  qu’il  tient  à  fon  Pere. 

Que  (i  les  incrédules  me  difent  ici ,  qu’ils  ne 
font  pas  obligez  de  fouferire  à  mes  explications , 
parce  qu’ils  ne  fçavent  pas  fi  elles  ont  de  fonde¬ 
ment  que  dans  mon  imagination  :  je  leur  permet¬ 
trai  volontiers  de  Concevoir  ce  doute ,  &  de  le 
conferver,  jufqu’à  ce  qu’ctabliffant  mes  princi¬ 
pes,  j’aïe  le  moïen  de  fatisfaire  encore  plus 
pleinement  à  toutes  ces  difficulccz.  Mais  cepen¬ 
dant  je  pretens  qu’il  n’y  eut  jamais  rien  de  fi 
démonftratif  que  ces  paflages,  pour  faire  voir  la 
bonne  foi  des  Evangeliftes ,  &  je  foütiens  que  la 
bonne  foi  des  Evangeliftes  bien  démontrée  prou¬ 
ve  invinciblement  la  verite  de  la  Religion  Chré¬ 
tienne. 

En  cfet ,  ou  ceux  qui  ont  composé  les  Evan¬ 
giles,  ont  eu  deftein  de  tromper  les  hommes  en  fa¬ 
veur  de  Jesus-Christ  &  de  fa  Religion,  ou  ils 
n’ont  pas  eu  ce  deflein.  S’ils  ont  eu  ce  deffein  ,  ils 
fc  feront  bien  gardez  de  marquer  toutes  les  cir- 
coniftanccs  de  la  mort  de  leur  Maître,  qui  peuvent 
faire penfer qu’il  ait  manqué  de  courage,  ou  qu’il 

C  iij  fe 


^4  de  la  Vertiè 

le  foît  cru  abandonne  de  Dieu.  Ét  s’ils  n'oftC  paâ 
eu  Je  dcflein  de  tromper  les 'hommes  ,  en  écrivante 
les  faits  cjui'font  contenus  dans  TEvangile ,  il  faut) 
dent  les  regarder  comme  des  Auteurs  finceres  , 
c]ui  ne  nous  tromperont  point  ,  à  moins  qu’üs 
niaient  etc  trompez  eux-mémes.  De  forte  c]uc 
pat  là  toute  laqueftion  fe  réduit  à  (çavoirj,  li  les 
faits  dont  ils  nous  parlent  font  d'une  nature  à 
pouvoir  être  rèçiis  par  illufion.  Il  ne  faut  que 
conficîcrcr  fi  tous  les  Difciples  ont  pu  voir  uii 
nombre  prefqiie  infini  de  miracles  cclatans  &  fen-| 
libîes,  des  corps  reflufeitez,  des  malades  guéris  ,! 
&c.  &  croîfe  eux-mêmes  faire  des  miracles,  fansl 
que  tout  cela  foit  vrai.  j 

Ce  n’cfl  plus  ici  le  lieu  de  dire ,  que  les  Evan-  ‘I 
gelides  ont  affedé  de  paroîrre  fimples  &  naïfs, El 
pour  empêcher  qu’on  ne  fe  défiât  d’eux.  Siç’a-; 
voit  etc  là  leur  deljcin  ,  ils  fe  feroient  bien  donncH 
de  garde  de  fournir  aux  impies  ces  paflages  (urj 
lefqueJs  ces  derniers  bâtiflént  leurs  triomphes  iii 
imaginaires.  On  n’a  aucun  (ujet  de  croire  non  'i 
plus,  que  les  Evangeliftes  raporrcnc  ces  paroles , 
parce  que  leur  fimplicité  ne  leur  permet  pas  de  l! 
dilcerner  fi  clics  font  contraires  ou  favorables  à 
leur  caufe.  Car  comimcnt  des  gens  qui  ont  aficz  ' 
d’cfprir  pour  tromper  les  autres,  en  auroîent-ils  : 
fi  peu  dans  cette  ocafion  \  Faut- il  être  fort  ha-  ' 
bile  ,  pour  aimer  mieux  faire  fon  Maître  cpn- 
fiant  &  intrépide  ,  que  le  reprefenter  faifi  de  tri- 
fieiïe  jufqu’à  la  mort  1  Cependant  ce  n’efi  pas  i 
leulement  un  Evangelift'e  qui  raporte  l’hifloirc  *, 
de  fa  paflion  de  cette  maniéré  ,  ils  conviennent 
tous  à  cct  egard.  D’où  vient  cela  f  fi  ce  n’eft  de  ; 
ce  que  fe  propofant  uniquement  de  dire  la  vérité, 
ils  la  difent  fans  confidèrer  l’impreflion  qu’elle 
doit  faire ,  &  fans  examiner  li  les  incrédules  n’en  , 
prendront  pas  ocafion  de  calomnier  la  Religion 
Chrétienne. 


j  de  h  Religion  ChYetitmè.  ff 

j  Cependant ,  fi  tout  ce  que  nous  venons  de  dire 
ne  fuffit  pas ,  je  confens  que  nous  entrions  dans 
I  un  examen  plus  particulier  de  la  matière  qui  eft 
I  contenue  dans  les  Evangiles. 

CHAPITRE  Vr. 

Où  t  on  examine  les  chofes  qm  font  contenues  dans 
l'Evangile ,  four  voir  fi  elles  font  fufce^tibles 
d'illufion  &  dimpoflurei 

CEs  Livres  contiennent  une  infinité  de  chofes 
rares ,  divines ,  admirables  s  mais  les  prin¬ 
cipales  peuvent  fe  réduire  à  ces  quatre  chefs, 
î.  LanailTance,  la  généalogie  &  rédacation.de 
J  bsüs-ChrisTj  avec  toutes  leurs  circonliaa- 
ces  ,  dont  nous  ne  parlerons  pas  maintenant  y 
pour  être  moins  long ,  &  parce  que  nous  en  avons’ 
déjà  fait  mention  dans  nôtre  première  Partie.^ 
1 1.  L’exercice  de  fa  charge,  confirmé  par  une 
infinité  de  miracles  depuis  (on  Baptême  jurqu’a 
fon  Afeenfion.  1 1  î.  Sa  conduite  &;  fa  raintetc 
exercée  en  plufieurs  maniérés ,  Sc  brillante  par 
pluficnrs  difErrentes  allions.  I  V.  Ses  enfeigne- 
mens  &  fes  prophéties.  Dé  ces  quatre  diffeicns 
endroits  fortent  des  raïons  de  vériic  qui  répan¬ 
dent  un  beau  jour  dans  toute  cette  matière.  Sui-^ 
vons  les  par  ordre  i  de  fur  tout  n’oublions  point 
nôtre  metode ,  qui  cft  de  former  en  pafi'ant  le  plus 
de  difiicultez  que  nous  pourons ,  &  de  les  propofet 
dan^  toute  leur  force ,  afin  que  les  incrédules  ne  fe 
plaignent  pas  de  nous. 

On  peut  confidérer  dans  les  miracles  de 
Jésus-Christ,  leur  nombre ,  leur  variété  , 
leur  grandeur,  l’éclat  qu’ils  firent  ,  &  la  maniéré 
dont  ils  furent  reçus.  Les  Evangelihes  nous  en 
font  connoîcre  le  nombre  ,  la  variété  &  la  gran¬ 
deur ,  en  nous  aprenant  qu’il  changea  Tcau  en 


Traité  de  la  Vérité 

vin  à  Cana>  qu*il  rendit  la  vue  aux  aveugiC§;  ' 
roiiic  aux  fourds,  la  iQintè  aux  malades  >  quil 
guérie  des  lépreux,  des  paralitiijucs ,  une  per-^  ' 
fonoe  qui  avoir  Ja  main  lèche  ,  un  hidropiqu* 
une  femme  affligée  d*une  perte  de  fang  i  qu*il 
jecca  hors  piufieurs  diables ,  rejfiTufcîca  plufieurs 
morts,  calma  les  vents  &  la  tempête  &  raflafia 
miraculeufcment  les  troupes  dans  le  defert  en  i 
diverfes  rencontres.  Ces  miracles  font  en  grand  i 
nombre  ,  paroiflent  extraordinairement  divers  >  i 
&  r.r  peuvent  être  produits  que  par  uncpuiffaii-  J 
ce  divine.  J 

Il  faut  encore  ajouter  ,  qu’ils  font  d’une  nature  ' j 
à  ne  pouvoir  être  cachez,  &  a  fraper  ncceflai-  | 
lement  les  yeux  d’une  infinité  de  témoins.  De  | 
forte,  que  fi  les  Apôtres  les  avoient  inventez  ,  1 
ils  fe  feroient  expofez  à  être  contredits  par  une  i; 
infinité  de  perfonnes. 

Cependant  il  paroît  que  les  plus  mortels  en*  1 
nemisde  Jisus-Christ  n’ofoient  tout-à-fait  en  . i 
démentir  Tcvidencc,  puis  qu’ils  raeufoient  de  gué»-  .| 
lir  des  malades  au  jour  du  Sabbat  *,  &  qu’ils  i 
ptetendoienc  qu’il  jettoit  hors  les  diables  par 
Eceizebut  Prince  des  diables  ;  cette  maniéré 
de  le  calomnier  étant  un  aveu  forcé  de  fapuif-  - 
fance  infinie  ,  &  un  témoignage  qu’ils  ren- 
doient  en  dépit  d'eux-mêmes  à  la  vérité  de  fa 
vocation. 

Au  reflcjon  croira  facilement  que  les  Evan- 
gelifles  n'ont  pas  inventé  ce  qu’ils  font  dire  à  cét 
égards  aux  Scribes  &  aux  Pharifiens,  puis  qji'ils 
s'acordoient  tous  dans  le  raport  qu’ils  en  font^ 
qu’ils  reprefentent  Jesc/s-Christ  réfu¬ 
tant  cette  calomnie  ,  &  nous  aflurant  à  cette 
ocafion ,  que  le  blafphême  contre  le  S.  Efprit 
ne  feroie  jamais  pardonné  aux  hommes ,  ce  qui 
n'eft  pas  d'une  nature  à  venir  facilement  dans 
rcfpiic ,  &  qu’enfin  les  Juifs  qui  font  venus  en-. 


âe  la.  Religion  Chrétienne- 
filîte  ,  ctanr  contraints  de  reconnoître  cjue 
Jescs-Christ  avoir  fait  divers  prodiges ,  ont 
etc  obligez  de  dire  ,  qu*il  avoit  trouvé  la  vérita¬ 
ble  nfanicre  de  prononcer  le  grand  nom  defeho^  ai 
&  que  c’eft  par  la  force  de  cette  prononciation, 
dont  il  avoit  trouvé  le  modèle  dans  le  Temple  , 
qu’il  avoit  fait  tant  de  vertus.  Voïez  dans  quel¬ 
les  opinions  extravagantes  on  s’engage,  lors  qu’on 
fuit  la  vérité. 

Mais  fans  s’arrêter  à  toutes  fes  cbimercs ,  ü 
me  femble  qu’on  ne  peut  raifonnablement  nous 
contefter  ces  deux  véritez.  L’une  ,  que  Jésus- 
Christ  prétendoit  avoir  fait  divers  miracles. 
C’eft*  là  en  cfet  ce  que  fes  ennemis  lui  repro¬ 
chent,  lors  qu’étant  au  tour  de  fa  croix,  ils 
difent  :  S’il  a,  fauve  les  autres ,  ({ue  yiefe  fauve^ 
t-il  lui-  même  ?  §luil  defeende  de  la  Croix,  &  nous 
croirons  en  lui.  L’autre  eft,  que  les  Difcipks 
qui  l’avoient  fuivi  fçavoîent  fort  bien  s’il  avoir 
fait  des  miracles ,  ou  s’il  n’en  avoit  pas  fait. 
Car  s’âgiftant  ici  de  miracles  fenfibles,  écla- 
tans,  &  qui  étoient  vifîblement  au  deftus  des 
forces  humaines  ,  ils  ne  pouvoient  ignorer  ce 
oui  en  croit. 

Cela  étant,  je  confîdére  que  d’un  aftez  grand 
nombre  de  Difciplcs  qu’avoit  J  e  s  u  s-C  h  R  i  s  T , 
il  ne  s’en  trouve  que  deux  qui  lui  foîent  infidè¬ 
les  î  mais  on  les  voit  bientôt  tous  deux  donner 
gloire  à  la  vérité  ,  quoique  d’une  maniéré  difFe- 
re«tc.  L’un  eft  touche  d’un  regret  tendre  ,  Sc 
pleure  amerement.  L’autre  eft  pourfuivi  par  les 
remords  de  fa  confcience,  qui  i* obligent  à  fe  don¬ 
ner  la  mort. 

Je  voudroisbien  fçavoir  d'oû  vient  le  repentir 
de  S,  Pierre,  &  le  defefpoir  de  Judas,  fi  Jésus 
n’eft  qu’un  impofteur.  Car  s’il  fc  vante  à  faux  de 
faite  des  miracles,  il  eft  impoffible  que  ces  deux 
hommes,  ces  deux  témoins  perpétuels  de  fes 
C  V  allions , 


J  8  T  Y  dite  de  la  Ver  hé  | 

adions  ,  ne  le  fçachent  j  &  s’ils  fçavent  que  Jésus- j 
Christ  le  vante  à  faux  de  faire  des  niirades,' 
d’e  II  peuvent  venir  le  repentir  de  Tun  ,  &  le  de- 
fclpoir  de  Tautre  f  • 

Il  ne  ferviroit  de  rien  de  chîcanèr  fur  rhifloirc  j 
de  Judas,  que  les  Ecrivains  du  Nouveau  Tefta-  : 
luenr  nous  reprelentent  comme  publique  &  con-  i 
nue  de  tout  le  monde.  Lui  donc ,  dit  S.  Pierre  au  | 
chap.  I.  du  Livre  des  Ades ,  $  étant  acquis  un  | 
chanjpdu  falaire  de  méchanceté  ^  cèt*  s' étant  pré  dpi-  i 
ié  y  s  e fi  crevé  par  le  milieu  y  ^  fc  s  entrailles  ont  été  \ 
répanduès.  Ce  qui  a  été  connu  y  ajoiire-t-il  y  de  tous  ! 
leshabitans  dejerufalcm  :  de  forte  que  ce  champrlà  j 
ft  été  apellé  en  leur  propre  langue  ,  Haceldatna  >  ü 
c'efi-à-direy  le  champ  du  fang.  Peut- on  mieux  Ij 
particnlarifer  les  chofes  ?  Et  ne  faudroit-il  pas  j 
que  l’Auteur  du  Livre  des  Ades  eût  perdu  !«  I 
fens,  s’il  avoir  prétendu  pouvoir  inventer  toutes  ' 
ces  cîrconflanccs,  &  les  mettre  en  la  bouche  de  i; 
faînt  Pierre,  fans  être  d’abord  démenti,  ou  fans  i; 
expofer  celui qu*il  fait  parler,  à  la  mocqueric  de  |ji 
tout  le  monde  ?  ii 

Les  Evangeliftes  circonPantîent  de  meme  la  } 
mort  &  la  rcfuriedîon  de  Jesus-Ch  RI  s  T.  Ils  | 
difent  que  fa  mort  fut  acompagnee  d’une  éfroïa-  ij, 
ble  obfcurîté,  &  d’un  tremblement  de  terre  ,  que  l|' 
les  pierres  fe  fendirent,  &  que  le  voile  du  Tem-  j* 
p;e  fut  déchire  depuis  le  haut  jurqu’au  bas.  Il  | 
f.iut  avoiier  que  h  tout  cela  eh  inventé  ,  ces  |i 
Ec'  ivaîns  ont  perdu  la  raifon  ,  de  choifir  ainfude  j 
pareiPes  circonftances  pour  vouloir  les  faire  j 
acroîre*  Eft-ce  une  chofe  bien  facile,  que  de 
p-Tfuader  à  tous  les  habitans  de  Jerufalem  ,  que  j 
le  jour  que  Jésus- Christ  fut  crucifié  ,  le  voile  j 
de  leur  Temple  fe  fendit  ÿ  &  qu’on  vit  divers 
prodiges  éclatans  ?  N’eh-ce  pas  là  un  bon  moïen  j 
de  trouver  créance  parmi  les  hommes  ?  Et  des  'i| 
gens  qui  raporcer oient  ces  chofes  contre  la  con-  'i 

noififancc  I 


r  de  lit  Keligion  Chréiîenne.  Ç9 

f  noîtTance  publique  ,  &  (i  peu.  de  tems  apres  qu*el- 
I  les  dévoient  s’étre  paflccs,  pouvoienc-ils  gagner 
I  plu  fleurs  milliers  de  perfonnes  ? 

Pour  la  Réfurredion  de  J  f  s  u  s-C  h  R  i  s  T ,  les 
Evangeliftes  raportenc,  que  Ton  tombeau  fut  Ice'- 
]c;qu*on  y  mit  des  Gardes  ;  que  les  Gardés  dirent 
le  lendemain ,  que  les  Difciples  de  J  e  s  u  s  ctoienc 
venus  enlever  fon  corps  lorsqu’ils  dormoient,  &c. 
Si  vous  doutez  que  les  foldats  gagnez  par  les- 
piincipaux  Sacrificateurs  n’aïent  raporté  que  le 
corps  de  Jésus- Christ  avoir  été  enlevé  par  fes 
Difciples ,  S.  Mathieu  vous  le  dira  d’une  maniéré 
qui  vous  empêchera  d’en  douter.  Or,  dit-il., 
qaes-  uns  delà  Garde  vinrent  dans  la  ville ,  ra- 
portèrent  aux  principaux  Sacrificateurs  toutes  les 
chofes  qui  étoient  arrivées.  Ceux-ci  donc  s  étant 
ajfemhlcz,  avec  les  Anciens ,  ^  ayant  tenu  confeil^ 
donnèrent  une  grande  fomme  d' argent  aux  foldats, 
en  leur  difant ,  T>ites ,  fes  Difciples  font  venus  cette 
nuit,  Lont  emporté  comme  nous  dormions, 
fi  le  Gouverneur  vient  à  ff  avoir  cela  ,  nous  le  lui 
perfuaderons ,  '^'ous  mettrons  à  couvert*  'Eux 
donc  aiant  reçu  1* argent ,  firent  comme  ils  avoient 
été  en  feignez  :  Ô*  t:ette  parole  a  été  divulguée  par^^ 
milesfurfsjufqHacejour, 

L’Evangile  n’a  garde  de  vouloir  impofer  au 
public  fur  des  choies  qu’il  prétend  que  le  public 
a  fçu.  Il  faut  donc  avouer  qu’on  mit  dès  Gardes 
au  tombeau  de  Jésus  ,  &  que  ces  Gardes  firent  le 
raport  qui  cil  marqué  par  les  Evangeliftes,  ou  du 
moins  qu’on  crut  que  ç’avoît  été  là  leur  raport. 
Toute  la  queftion  donc  fe  réduit  à  fçavoîr ,  fi  les 
Difciples  ont  efFedivement  enlevé  le  corps  de 
Jesus-Christ  au  milieu  de  plufieurs  Gardes  qui 
étoient  là.  l*on  confidére  un  peu  la  perfon- 

nc  de  ces  Difciples  ,  qui  étoient  de  pauvres  Sc  de 
timides  pécheurs ,  leur  difperfion  ,  leur  abate- 
tnent ,  la  triple  abnégation  du  plus  courageux 
G  vj  .  d’entre 


Truite  de  la  Vérité 

d  cntr’eux ,  avec  toute's  les  autres  circonflan- 
ces  de  cct  événement  ;  &  l’on  trouvera  que 
bien  loin  d’cxccuter  une  entreprile  fi  ‘dange- 
reufe,  il  eft  impoffibic  qu’ils  en  euflent  conçu 
le  deffein. 

AufTi  Pilate  fut -il  fi  perfuadcdela  vérité  de 
la  Réfurredtion  de  Jesus-Christ,  qu’il  en  écri¬ 
vit  à  Tibere  j  &  ce  fut  fur  la  Lettre  de  Pilate 
que  cét  Empereur  étant  allé  au  Sénat,  propofa 
de  mettre  Jesus-Christ  au  nombre  des  Dieux. 
L’on  n’a  aucun  lieu  de  tenir  cette  hiftoire  pour 
lufpedle,  fi  l’on  confidére  que  c’eft  Tertulien 
qui  la  fait  dans  une  Apologie  qu’il  adrefle  au 
Sénat  &  aux  Empereurs  Romains,  qui  n’avoient 
qu’à  faire  chercher  dans*leurs  Regiftres  pour  y 
trouver  les  Adles  de  Pilate,  comme  tous  ceux 
qui  faifoient  des  Apologies  pour  les  Chrétiens, 
les  y  exhorwDÎent  fi  fouvent. 

Cependant  nous  n’avons  pas  grand  be foin  de 
ce  témoignage  du  dehors.  Rien  n’eft  plus  lié  que 
les  véritez  le  font  ici  5  &  il  ne  faut  que  lire  les 
Evangiles ,  &  les  lire  avec  attention ,  pour  en  de¬ 
meurer  d’acord.  Nous  avons  vu  les  miracles  de 
Jesus-Christ  avec  leurs  circonftanccs,  &  nous 
allons  montrer  que  fa  fainteté  a  été  bien  digne 
de  fes  miracles. 

CHAPITRE  VIL 

Tte  U  fainteté  de  J  E  S  V  S‘C  H  R  I  STj 

SI  Jesus-Christ  n’étoît  point  véritablement 
le  Mefiie&le  fils  de  Dieu  >  &  s’il  fe  vantoît  à 
faux  de  faire  des  miracles,  fes  Difciples  ont  du  le 
regarder  comme  un  impolleur  j  delabufez  d’ail¬ 
leurs  par  fa  mort  ne  voïant  point  d’exécution 
de  fes  piomcfiTes.  Et  s’ils  l’ont  regardé  comme  un 
impofieur,il  n'y  agueres  d’aparenec qu’ils  aient 

conçu 


;  •  de  la  'Religion  Chretlennë.  ét 

l^onçu  le  Jcfl'ein  d’en  faire  un  modèle  de  vertu  & 
de  perfedion  c]u*ils  dévoient  piopofer  en  exem¬ 
ple  à  tous  les  hommes. 

Maisfupofons  qu’ils  aient  eu  ce  deflein ,  il  eft 
vrai-feniblablequenViantni  tant  de  lumière,  nî 
tant  d.’cloquence  que  les  Auteurs  du  ficcle,  ils 
n’auroient  pas  mieux  rcüfli  à  faire  à  plaifir  un 
portrait  de  leur  Maître ,  que  ceux-là  à  peindre  les 
grans  hommes  qu’ils  ont  eu  interet  deflater.  Ce¬ 
pendant,  que  l'on  prenne  tout  ce  qu’il  y  5tde  mieujs 
écrit  dans  ce  genre,  les  vies  qui  ont  étc^compo- 
sces  avec  le  plus  d’art,  les  Panegiriques qu’on  a 
été  trente  ans  à  achever^  qu’on  affemble  toutes  les 
idées  de  vertu,  que  la  conduite  des  Sages  &  l’efpric 
de  ceux  qui  les  ont  loiiez  avec  plus  de  palïion 
nous  fourniffent  5  qu’on  joigne  enfemble  les  Ca» 
ions&  les  Arihidcs3  qu’on  (épare  •même  leurs 
vertus  de  leurs  défauts,  &  qu’on  leur  prête  tou¬ 
tes  les  bonnes  qualitez-que  l’on  voit  répandues 
dans  les  autres  hommes  :  je  foûtiens  que  routes 
ces  idées  n’aprocheront  point  de  cette  perfection 
que  les  Evangeliftes  nous  font  concevoir  en 
Jesus-Christ  fans  hiperbole  &  fans  arc,  mais 
par  un  récit  naïf  &  (impies  de  fes  adtions. 

Les  Héros  dont  l’Antiquité  Païenne  nous  van¬ 
te  de  la  vertu ,  raportoient  tout  à  la  gloire  de 
l’Etat,  ou  à  leur  orgueil  3  ne  connoiffant  pas  même 
de  fin  plus  élevée  de  leurs  actions  :  au  lieu  que 
Jesus-Christ  raporte  tout  à  la  gloire  de  Dieu, 
On  peut  dire  que  ceux-là  ,  qu’ils  n’afpîroient ,  à 
proprement  parler,  qu’à  donner  à  une  infinité  de 
perfonnes  unies  en  focietc  dequoi  afiTouvîr  leurs 
pafhons  les  plus  déréglées ,  comme  nous  l’avons 
déjà  remarque  ailleurs  fur  le  fujet  de  Caton  :  au 
lieu  que  J.  C.  ne  tendoit  qu’à  détruire  les  mauvai- 
fes  padionsdansle  cœur  des  hommes.  Les  Sages 
de  rAiniquitc  renorçoient  quelquefois  aux  ri- 
chcflcs  &  aux  dignitez  i  mais  iis  dcvcnoienc  les  ef-. 

clavcs 


ét  Traité  de  la  Vérité  •  i 

ves  de  la  gloire  qui  naiflbit  de  ce  renoncement.! 
Vaincre  fes  paifions  n’étoic  donc  en  eux  ,  que  s*a-  ; 
franchir  des  plus  petires  pour  fe  foümettre  aux  i 
pkis  grandes.  Ils  ne  faifoient  par  là  qu’immoler  ^ 
à  l’orgueil  Sc  à  l’amour  de  la  gloire  leurs  autres; 
affedions.  Ils  écoient  même  tellement  enyvrcz  , 
de  l’opinion  de  leur  fagefle ,  qu’ils  fe  croïoicnt 
plus  heureux  que  les  Dieux  :  s'imaginant  que  la 
difpofition  de  leur  ame  ne  relcvoît  d’aucune  puif- 
fance  fupreme  ,  qu’ils  croient  fuffifans  à  eux-  ■ 
mêmes  ,  qu’ils  n’avoient  point  de  paiïions ,  &  > 
que  tout  leur  êtoit  véritablement  fournis.  Jésus-  i 
Christ  au  contraire  nous  enfeigne  à  renoncer  i 
premièrement  a  la  vaine  gloire.  C’eft  îà  le  pre-  . 
mier  clément  de  fa  Religion.  D/eu ,  dit- il ,  réj/fie  j 
aux  orgueilleux  y  mais  il  fait  grâce  aux  humbles.  Et  i 
bien  loin  delious  laiflêr  croire  que  nous  puilTions  :! 
être  heureux  indépendamment  de  Dieu,  il  nous  j 
aprend  que  l’homme  n’eft  que  néant,  foibleÏÏe,  i' 
corruption ,  féparé  de  Dieu.  C’efl:  ce  que  l’ufage 
continuel  de  la  priere,  qu’il  nous  enfeigne  par  (| 
fon  exemple  ,  nous  aprendroit  affez ,  quand  fa  i’ 
morale  &  fa  belle  vie  ne  nous  en  inflruiroîent  pas  : 
fuffifamment.  Les  Sages  de  l’Antiquité  étoient ,  < 
ou  paroiffbient  des  modèles  de  juftice  :  mais  Jésus-  j 
Christ  eft  le  Dodeur  &  le  modèle  de  la  charité ,  ' 
&  c’eft  par  la  charité,  plutôt  que  par  la  juftice,  ; 
que  l’on  reflcmble  à  la  Divinité ,  qui  fait  du  bien,  ; 
fans  devoir  rien  à  perfonne.  i 

II  eft  facile  d’exercer  la  vertu  au  milieu  de  la  | 
prof'peritc ,  &  lors  qu’on  s’aquiert  par  ià  l’eftime  : 
l^cnérale  des  hommes ,  comme  cela  eft  arrivé  aux  i 
Héros  du  Paganifme  :  mais  il  n’eft  pas  aifé  de  s’a-  : 
tacher  à  la  pratique  de  la  vertu  au  milieu  de  la 
pauvreté ,  dans  la  bafleftej  parmi  les  difgraces  &  les 
contradidions ,  comme  a  fait  Jesus-Christ.  En 
éfet ,  il  fembic  que  l’cftime  foit  l’aliment  du  cœur 
humain.  Si  les  hommes  fcconfultent  eux- mêmes  , 

ils 


de  la  Religion  Chreticnnê,  ■  éy 
jrts  trouveront  qu’ils  ne  peuvent  fe  paffer  de  ce 
bien  ,  &  quand  ils  ne  croïent  pas  pouvoir  l’ob¬ 
tenir,  ils  s’abandonnent  à  un  defefpoir  qui  les  rend 
capables  des  allions  les  plus  noires:  ce  qui  fait  cet¬ 
te  aliance  que  l’on  a  toujours  vûë  en  la  cruauté  , 
qui  rend  les  Princes  odieux  5  &Ia  volupté  qui  les 
oblige  à  fc  falir  d’avantage  ,  lors  qu’ils  fe  croïent 
trop  hoirs  dans  l’efprit  des  homiues  pour  pouvoir 
fe  rétablir  dans  leur  eflîme.  Cependant  vous  n’a¬ 
vez  qu’à  conlidérer  Jésus- Christ  haï, méprisé, 
contredit  par  tout  ce  qu’il  y  avoit  d’illuftre  &  de 
grand  parmi  les  Juifs ,  &  ne  pouvant  trouver  d’a- 
probation  ni  d’ePime  que  ‘parmi  quelques  pê¬ 
cheurs  (i  grodiers^  qu’ils  ne  comprennent  pref- 
que  rien  de  ce  qu  il  leur  enfeigne:ne  diroit-on 
pas  qu’il  doit  concevoir  une  efpece  de  defefpoir  : 
&  qu’erant  entièrement  mortifié  du  côté  de  fa 
gloire,  il  va  fe  tourner  du  côté  des  plaifirs,  & 
fauver  ce  qu’il  peut  du  naufrage  ?  Cependant 
vous  le  voïez  dans  cette  bafTeffe  &  cét  oprobre 
qui  le  fuir,  pratiquer  toutes  les  vertus  avec  auflé-^ 
rite.  Q^on  l’outrage,  il  ne  laifle  pas  d’être  doux 
&  débonnaire.  Q^on  lemcprifcj  il  ne  perd  rien 
de  Ton  aêlivicé  &  de  fa  confiance.  CJ^il  ne  foit 
fuivi  que  par  des  perfonnes  fimples&  grofîieres  9» 
il  en  remercie  Dieu.  Pere ,  dk-i\ ,  j  e  te  rends 
ces  de  ce  que  tu  as  caché  ces  chofes  aux  f âges  ^  aux^- 
entendus  y  les  a  recelées  auxpetitsenfans. 

Mais  ce  fetoic  faire  tort  à  Jésus- Christ  ,  que 
de  le  comparer  avec  ce  qui  a  fait  l’admiration  des 
ficelés  :  ne  le  comparons  qu’à  lui-même. 

En  efet  on  n’a  qu’à  faire  quelque  réflexion  fur 
fa  vie  &  fur  Tes  avions ,  &  voir  fi  l’on  peut  trou¬ 
ver  un  nombre  de  vice,  un  feiil  veflige  des  pafTions 
humaines  en  Jesus-Christ  ,  tel  qu’il  nonseftre- 
prefenté  par  les  Evangelifles. Voulez  vous  f çavoir 
s’il  efl:  fujet  à  la  volupté  :  confidérez  que  fes  enne¬ 
mis  mêmes  n’ofoient  lui  faire  reproche  à  cét 

égard. 


'^4  Treiîté  de  Ict  Vérité  | 

egard.  J’avoue  que  les  Pharifîens  difoîent  de  lui, 
CV/?  un  mangeur  ^  un  buveur  ^  un  ami  des 
gersà^des  7nal  viv ans  :  mdds  ils  ne  pretendoient 
pas  par  là  raciifer  de  boire  ou  de*manger  trop.  Ils 
vouloient  dire  qu’il  ne  devoir  pas  manger  avec  des 
pécheurs,  tels  qu’croient  les  Peagers  :  reproche 
que  Jésus- Christ  confond  par  cette  reponfe 
egalement  digne  de  fa  fagefle  &  de  fa  bonté  :  Ceux 
qui  font  en  fanté  n  ont  pas  befoin  de  Médecin  ,  mais 
ceux  qui  feportentmaLSï  vous  avez  quelque  foup- 
çon  qu’il  fut  ambitieux  :  voïezl’ufage  qu’il  fait  de 
la  creance  qu’il  a  dans  l’cfprit  des  peuples.  Il  fc  i! 
retire,  lors  qu’on  le  veut  faire  Roi;  &  il  déclare  ' 
inceflamment  que  fon  régne  n’eft  point  de  ce  | 
monde.  Il  cherche  peut-être  la  vaine  gloire. 
Voïez,  pour  vous  en  inftruire,  s’il  va  mendier  l’a-  i' 
probation  de  Jean-Baptihe.Flate-t-il  les  Dodeurs  : 
de  la  Loi  ?  A*t-il  quelqu’un  de  ces  menagemens  , 
que  nôtre  orgueil  a  toujours  pour  ceux  de  qui  i 
nous  voulons  être  eflimez  ?  Comment  foudroie-, 
t-il  les  vices  des  Scribes  &  des  Pharifîens  3  &  avec  ; 
quelle  autorité  parJe-t-ilau  peuple  ?  Si  vous  le  : 
foupçonnez  d’intérêt  ;  vous  n’avez  qu’à  voir  le  : 
gain  qu’il  veut  faire.  Et  s’il  vous  vient  dans  l’ef- 
pritque  c’eft  un  bizarre  ,  un  mélancolique  :  lifcz  1 
ce  Sermon  excélent  qu’il  fit  aux  troupes  fur  la 
montagne  3  examinez  la  foliditc  des  réponfes  qu’il  ' 
fait  à  ceux  qui  l’interrogent,  &  la  beauté  de  fes 
maximes,  qui  femble  toutes  fortir  du  fcîn  de  la 
pieté  &  de  la  charité,  &cetrc  morale  fi  fublimc 
&  fi  belle ,  qui  eft  prefque  toute  contenue  dans  les 
cnfeîgnemens  qu’il  donne  aux  troupes  fur  la 
montagne. 

Il  parle  d’une  maniéré  fimple  &  noble  ,  digne 
de  la  fageffe  éternelle  de  Dieu,  &  proportionnée  à 
là  fîmplicité  de  tous  les-hommes.  Et  comme  s’il 
ne  refpiroitque  pour  faire  du  bien,  il  ne  fe  lafTs 
peint  d’exhorter  les  hommes  à  bien  vivre;  il  par¬ 
court 


I  ie  Ià  "Rèligton  Chrétienne. 

iPotirt  les  bourgades  de  la  Galilée  avec  une  patieiï- 
|ce  infatigable  i  il  pafle  les  jours  à  inftruire  les 
jltroupes,  &  les  nuits  à  prier  Dieu.  Il  ne  rejette  per- 
Ifonnede  ceux  qui  feprefentent  à  lui.  Il  n’a  point 
1  d’égard  à  l’aparence  des  perfonnes.  S’il  délire 
I  qu’on  le  fuive,  ce  n’cfl  pas  pour  avoir  le  plaitir  d’ê- 
!  tre  bien  efeorté  ,  mais  pour  enfeigner  les  troupe&. 

'  S’il  mange  &  s’il  boit ,  c’eft  avec  des  gens  qu’il  a 
envie  de  convertir.  S’il  parle  des  aiFaires  temporel¬ 
les,  ce  n’eft  que  pour  en  prendre  des  images  &  des 
emb!cmes  propres  à  reprefenter  (jes  biens  fpirî- 
luels.  S’il  reprend  aigrement  fés  Difciples ,  c’eft 
lors  qu’il  le  veulent  empêcher  d^executer  l’œuvre 
de  fan  minifere.  Si  on  lui  parle  ^  manger,  il  dit 
que  la  viande  eft  qu’il  faffe  la  volonté  de  Ton  Pere. 
•S’il  a  foif,  &  qu’il  f^  trouve  prés  d’une  fontaine,  i-l 
penfe  bien  plutôt  à  offrir  fa  grâce  fous  l’image  de 
l’eau,  qu’à  étancher  la  foif  qui  le  preffe.  Tout  ce 
qui  prefenreà  fes  fens  l’eleve  à  Dieu.  On  n’a¬ 
perçoit  en  lui  aucun  mouvement  de  cette  curiofî- 
té  quieft  fi  commune  dans  le  monde,  aucune  pré* 
-fcrcncedc  foi-même  aux  autres  ,  aucun  mouve» 
ment  de  cette  fauffe  modeftie  ,  ou  de  ces  autres 
vertus  affetftées,  qui  ne  découvrent  pas  moins  le 
fonds  de  nôtre  corruption  ,  que  nos  vices.  L’inie- 
rê:  de  fa  famille  ne  le  touche  point  au  prix  de  l’in¬ 
térêt  du  régne  de  Dieu.  Ce  n’eft  point  l’amour 
propre,  mais  l’amour  divin,  qui  eft  la  régie  de  Tes 
affedions  ;  puisqu’il  apelle  fon  pere,  fa  mere  &  fef 
freres  ceux  qui  font  la  volonté  de  fon  Pere.  S’il  fe 
fâche ,  c’eft  pour  la  gloire  de  la  Divinité  :  &  il  eft 
rongé  de  zélé  ,  quand  il  voit  qu’on  fait  de  (à  mai- 
fen  une  caverne  de  brîgans.Il  fouffre  mille  injures 
&il  les  pardonne.  Ils’impofe  même  la  néceftite 
d’aimer  fes  ennemis,  en  ordonnant  à  cous  fes  vrais 
Difciples  défaire  cct  éfort  fur  eux- mêmes. Enfin 
fondez,  examinez  le  cœur  humain,  vous  n’en  tire¬ 
rez  jamais  des  vertus  telles  que  font  celles  de 
J.  C;  Confiderez  bien  la  conduite  de  Jésus- 


Traité  de  la  Vérité 

Christ  :  &  vous  n*y  trouverez  aucune  des  paf- 
fions  dcrcglccs  du  cœur  humain  Confidérezi 
Tun  apres  l’autre  tous  les  biens  du  mondes  6c ' 
vous  verrez  que  Jésus  Christ  n’en  a  recherché, 
aucun.  Examinez  l'un  apres  l’autre  toutes  Tes 
dcm.arches  &  toutes  [es  adions  :  &  vous  verrez  ! 
qu’elles  ne  vont  nullement  au  monde. 

Comment  croit- on  que  le  Fils  cternel  de  Dieu; 
a  dii  vivre  ,  fuposc  qu'il  foit  venu  au  monde,  fi  cci 
n’efl  comme  Jésus- Christ  ?  Quel  langage  doit- 
il  avoir  parlé,  que  celui  de  Jesus-Christ  ? 
Q^lles  vertus  doit-il  avoir  pratiquées,  que  les  i 
vertus  de  Je.s%*jChrist  ?  Qi^eîle  charité  doit- i 
ilavoitfair  éclater  ,  que  celle  de  Jesus-Christ^  i 
Et  à  qui  aura-t-il  du  ctrecpnforme  ,  fi  ce  n’eft  à'j 
cet  hommeen  qui nous  ne  trouvons  point  l’hom- ! 
me  ,  mais  les  vertus  d’un  Dieu  cachées  fous  le  < 
voile  d’une  chair  infirme. 

On  ne  peut  pas  foupçooner  Jesus-Christ  d*a- 1 
voir  eu  en  vue  de  s'élever  injuftement  à  un  rang'  ! 
fuprême  dans  la  Religion ,  &  d'avoir  agi  par  une  | 
ambition ,  qui ,  aufli  bien  que  (es  autres  qualiccz,  1 
rélevoitaudeflus  des  autres  hommes  j  II  faloit  | 
pour  cela  que  Jésus  prévît  ce  qui  arriva  daiis 
la  fuite,  &que  fa  croix  feroit  reconnue  pir  tout  : 
rUniveis,  &pour  le  prévoir,  il  faloit  qu'il  fût 
Prophète.  Mais  quand  il  auroit  prévu  tout  cela, 
il  faloit  avoir  aflez  de  force  pour  fe  vaincre  ,pour 
Te  vaincre  à  tous  égards ,  pour  fe  vaincre  conti¬ 
nuellement,  pour  renoncer  à  toutes  les  douceurs 
de  la  vie,  &  pour  s’expofer  aux  plus  cruelles  (ouf- 
frances:&  Ja  confideration  d’une  gloire  én  idée 
&  d’un  avenir  éloigné  ne  pouvoir  pas  donner  per¬ 
pétuellement  cette  force  à  fon  aine.  Enfin  nous 
fçavons  à  peu  prés  quelles  vertus  font  capables  de 
fortir  du  fond  d’un  cœur  mondain  &  orgueilleux, 
ôc  nous  connoilTonsdifiîndlcment  qu’une  vertu  fi 
folide,  fi  univerfelle,  fi  éloignée  d’hîpocrifie  &  de 

toute 


!de  la  Religion  Chrétienne,  ^1 

tôute  affedation  ,  fi  contraire  aux  vertus  mon¬ 
daines  ,  d’un  caradlere  fi  peu  capable  d’êcre  imî* 
(tcc,  &qui  cft  fi  fort  audcfius  des  idées  mêmes 
Ique  les  hommes  s*cn  ctoient  formées,  ne  peut 
non  plus  fortir  de  ce  principe ,  que  la  lumière  du 
fein  des  tenebres. 

Maisquinous  aflurera  que  les  Evangeliftes  ne 
Hâtent  point  leur  Maître  par  un  portrait  de  fes* 
vertus  fait  à  plaifir  ?  Cette  pensée  eft  encore 
moins  folidc  que  la  première.  Car  fi  c’eft  ici  un 
jeu  de  rcfprit  de  ces  Ecrivains ,  on  demande  com-‘ 
ment  des  pêcheurs  (impies  &  grofiiers  ont  inven¬ 
té  un  modèle  de  vertu,  tel  qu'on  n/en  vit  jamais  ,  ' 
&  qu’on  n’en  conçût  jamais  de  pareil ,  &  dont  l’i¬ 
dée  eft  fi  éloignée  de  celle  que  toute  l’Antiquicc' 
nous  donne  de  fes  Héros  ?  D'ailleurs,  les  Evange¬ 
liftes  ne  font  pas  l’éloge  de  leur  Maître,  ils  n’e- 
xagerent  point  fes  vertus ,  ils  n’affcârent  point  de 
faire  regarder  fes  adions  du  bon  côté  :  ils  fe  con¬ 
tentent  d’en  faire  un  récit  nud  &  fimple,  (ans  étu^ 
de  &  fans  art.  On  voit  meme  que  par  finceritc  ,* 
ou  fi  l’on  vent  par  défaut  de  difeernement  (  car 
nous  permettons  aux  incrédules  dt  fupofer  tout  ) 
ils  raportentdes  chofes  qui  donnent  d’aboid  des 
idées  choquantes  &  horribles,  &  fur  lefquelles  les 
impies  infiftent  beaucoup  5  comme  cette  plainte 
de  Jesüs-Christ  ,  Eloï^  Eloï  ,  $cc.  Outre  que  les 
circonftances  avec  lefquclles  ils  raportent  les 
adions  de  leur  Maître,  nous  répondent  de  leur 
bonne  foi.  Ya  t-il  biende  raparenceenéfet,que 
les  Evangeliftes  aient  fuposé  le  murmure  des 
Scribes  &  des  Pharifiens ,  qui  leur  difoient ,  Pour-- 
quoi  eft- ce  que  vous  mangez.  que  vous  buvez 
avec  les  Péagers:  &c.  Et  cette  difpute  des  Difciples 
ambitieux,  à  l’ocafion  de  laquelle  Jescs-Christ 
aïant  pris  un  petit  enfant ,  les  avertit  qu’ils  doi¬ 
vent  être  comme  cét  enfant,  s’ils  veillent  être 
bien  difpofcz  pour  le  Roïaume  des  Cieux  ?  &:c. 

difeours 


Tratfé  de  la  Vérité  ^  j 

difcours  admirables  danÿ  fa  brièveté  &  cîan^  f;^ 
fîmplidté,&  c]ui  ruffiroic  pour  nous  faire  counoî-] 
tre  I*ame  de  Jïsüs-Christ  I  Ce  n'cft  pas  un  feül 
de  ces  Ecrivains  cjui  raporte  ces  adions  :  il  y  en  a 
trois,  trois  qui  ont  écrit  d’une  manière  qui  fait 
voir  manifeftemenc  qu*ils  ne  fe  copioient  point,» 
Et  fi  vous  voulez  encore  pouflér  les  recherches 
plus  loin,  les  Apôtres  nous  prouvent  fenfible-^ 
ment  la  fainteté  de  leur  divin  Maître  ,  en  imf-. 
tant  (es  allions.  Les  premiers  Chrétiens  nous 
font  voir  que  les  Apôtres  ont  bien  vécu  en  (uî-, 
vant  leur  exemple.  Et  fi  vous  demandez  qu’on | 
Vous  produire  des  témoignage  autentiques  de  la| 
lainteté,  de  la  vertu,  de  la  douceur  &de  la  de-j 
bonnaireté  des  premiers  Chrétiens  :  vous  en 
trouverez  de  tfés-beau  dans  les  Ecrits  de  leui's  ! 
propres  ennemis.  Il  ne  faut  qu’avoir  une  fort 
médiocre  connoilTance  de  l’Antiquitc  pour  ne  j 
douter  point  là-dciTus.  i 

Ainfi  la  vérité  fort  de  tous  les  côtez.  Je  fa  j 
trouve  &  je  la  fens  toutes  les  fois  que  je  me  re^  ' 
prefente  la  vie  &  les  avions  de  Jésus- Christ. 
Je  confens  pourtant  que  les  incrédules  ne  fe  rè¬ 
glent  pas  fur  mon  goût  :  &  fi  cette  preuve  ne  les 
touche ,  comme  elle  me  touche  extremement ,  ils 
n’ont  qu’à  pafTer  plus  outre. 

chapitre  VIII. 

"Des  Prophéties  de  fefus-Chrifl* 

ILs  feront  peut-être  plus  frapez  des  prophéties 
qu’on  trouve  dans  l’Evangile,  II  y  en  a  plu- 
fieurs  qui  font  alTez  exprefles  :  mais  nous  en  choi- 
firons  une  entre  les  autres,  pour  nous  attacher  àf 
Ion  examen  ;  c’eft  celle  qui  regarde  la  derniere 
riiine  de  Jerufalem. 

Il  n’cft  pas  difficile  de  s’apercevoîî-d’abord , 
qu’elle  eft  marquée  fort  clairement  par  les  Evan- 

gélifiés , 


!■  de  la  Religion  Chrétienne. 

iiclif^es ,  c]ui  la  mettent  en  fa  bouche  de  J  ê  s  u 
jij'HRisT,  &  qu’cile  a  eu  un  acompliflement  fore 

J  La  Prophétie  cfl:  exprimée  en  ces  paroles, 
>^\llors  fefî44  refondant  lui  dit  ^  Voii-tu  feu  tom  ces 
)\frmds  hâtimens  f  11  ne  fera  laijfé  pierre  fur  pierre 
ne  foit  démolie ,  Scc.  Or  quand  'vous  entendrez, 
fes  guerres^  des  bruits  de  guerres  ^  ne  foyez  point 
roublcz ,  car  il  faut  que  ces  chofes  arrivent ,  malt 
ncore  ne  fera-ce  pas  la  la  fin,  Ç  arnation  s  élever  a 
outre  nation ,  Roiaume  contre  Roiaume  ;  ^  il  y 
Mira  des  tremhlemens  de  terre  en  tous  lieux  >  ^  des 
amines  y  ^  des  troubles:  car  toutes  ces  chofes  font  un 
\  ommencement  de  douleurs ,  &c.  Or  quand  vous 
'Serrez  l abomination  de  la  defolation  ,  (  qui  a  été 
iite  par  Daniel  Prophète  )  être  établie  la  ou  elle  7ie 
i  iit  point  l’être  (  qui  lit  l'entende  )  alors  que  ceux, 
jui  fon^en  Judée  s  enfuient  aux  montagnes  J ^  que 
ztlui  qui  fera  fur  la  maifon  ne  defeende  point  yScc, 
\hlals  malheur  fur  celles  qui  feront  enceintes  ^  fur 
Vielles  qui  allaiteront  en  ces  jours-là.  Car  en  ces  jours 
\d y  aura  une  telle  affliction ,  quil  ny  en  a  point  eu 
^c  pareille  depuis  le  commencement  de  la  création 

Ees  chofes ,  que  Dieu  a  créées ,  jufquà  maintenant , 
^  il  ns  en  aura  point  de  pareille  :  ^  fi  le  Seigneur 
'eut  abrégé  ces  jours-là  à  caufe  des  élus ,  &c,  Rt 
[alors  fi  quelqu'un  vous  dit  :  Voici  le  Chrifi  efl  ici  3 
\ou  voici  il  efl  là  ,  ne  le  croïez  point.  Car  il  y  aura 
\de  faux  Chrifls  ^  de  faux  Prophètes  qui  s'élève-^ 
\ront  y  quiferont des  fignesà^  des  miracles  pourfé-^ 
^duire  même  les  élus ,  s'il  ésoit  pojfible.  Mais  don^^ 
nez-vou6'  en  garde.  Voici  je  vous  ai  prédit  tout. 
i  II  ne  faut  pas  être  fort  verse  dans  THiftoire  des 
Juifs ,  pour  voir  que  cette  prophétie  a  etc  exa- 
êfement  acomplic.  Ceux  qui  en  douteront  n*onc 
qu’à  jetter  les  y^tix  fur  Tnihoire  qu*en  fait  Jo- 
feph.  On  y  trouvera  des  troubles  ,  des  guerres, 
fi;s  bruits  de  guerres ,  des  famjnes,  des  trcmblc- 

incng 


70  Traité^de  la  Vérité 

mens  (le  terre  de  lieu  en  lieu  qui  devancèrent  d< 
quelques  années  la  derniere  délolation  de  la  Ju-| 
dé^.  Ou  y  remarquera  Jerufalem  environnée 
d'armées^  &  foulée  par  les  Nations.  On  y  verra 
un  temSjOii  le  meilleur  étoit  pour  les  habitaiu^ 
de  ce  malheureux  païs  d’abandonner  le  féjoui' 
des  Villes ,  &  de  fe  retirer  aux  montagnes.  Or.l 
y  verra  le  Temple  de  Jerufalcm  brûlé  &  démo-| 
li,  fans  qu’il  y  refiât  pierre  fur  pierre.  On  fera 
convaincu  qu’il  n’y  eût  jamais  d’afiliélîon  égale 
à  rafd!(fl:‘on  de  ces  jours-là.  On  ne  fera  plus  en 
peine  de  fçavoir  quelle  eft  cette  abomination  de’ 
la  defolarion  établie  au  lieu  faint ,  don:  parle  Da-| 
nîel  le  Prophète  ,  puis  qu‘on  verra  les  Juifs  s’enl 
aller  dans  le  Temple ,  &  là  s’égorger  les  uns  les 
aimes  un  jour  de  Fête  folenneîle.  Que  fi  l’oa 
veut  ensuite  confulternos  Hifloriens  Ecclefialli-’ 
ques,  ou  les  premières  des  PereSjOn  trouvera 
qu’ils  raportent  tous  unanimement ,  que  les  fidé-| 
les  Dîfciples  de  Jésus- Christ  qui  étoient  à' 
Jerufalem  ,  fe  retirèrent  dans  une  petite  ville' 
nommée  Pella,  après  en  avoir  été  avertis  di¬ 
vinement  j  &  l’oncefTera  de  trouver  obfcures  ce^ 
paroles  de  Jésus- Christ  ,  Priez  que  'votre  fuite 
rC arrive  point  en  hiver ,  &c.  Il  y  a  peu  de  gens 
qui  ne  voient  la  conformité  de  cette  Prophétie 
avec  l’événement  s  &  ce  n’efl  pas  là  ce  qui  peut 
nous  arrêter  :  mais  il  n’eft  pas  fi  certain  que  cette  ! 
Prophétie  n’ait  été  faite  après  révenemenr,  ÔC 
c’efl  là-deffus  qu’il  importe  d’infifter  un  peu.  j 
II  paroît  d’abord  que  les  Evangiles  où  elle  eft 
raportée^  ont  été  compofez  avant  la  ruine  de 
Jerufalem  ,  puîfqae  S  Luc  n'écrivit  le  Livre  des 
Adles  qu’aprés  avoir  compofé  fon  Evangile,! 
comme  il  le  témoigne  lui-même  en  ces  mots  ;  - 
Nous  avons  fait  le  premier  Traité  y  o  Théophile  ^  1 
touchant  toutes  les  chofes  que^'BSXSs  s*efi  iris  a  faire  i 
iér  a  enfeigner  y  &c.  &  que  d’ailleurs  S.  Luc  pa-  ji 

roîc  ï 
'  i: 


i-  de  la  Keligton  Chrettcnne.  -7;i 

\yit  avoir  écrit  le  Livre  des  Acfles  avant  la  ruine 
Jetulalem  ,  puifque  bien  loin  de  faire  quel- 
■  lie  mention  de  cct  événement  ^  il  parle  de  Je- 
lul'alem  comme  d'une  ville  qui  l'ubfiilroit  encore  , 

'  b  cii  il  y  avoir  une  Eglife  Chrétienne  qui  fleu- 
||ifloit. 

P  Mais  ce  n’eft  pas  là  ce  qui  fait  de  la  peine, 
W  l’on  demande  li  cette  Prophétie  n’auroit 
pas  été  inferée  dans  l’Evangile  par  quelques 
Chrétiens  zâlez  ,  qui  ayant  vu  la  dei'olatioa 
le  Jerufalem,  en  euflent  pris  occahon  de  faire 
lonneur  à  leur  Maître,  en  fupolant  qu’il  Tavoic 
iDi'édite  ? 

;  Pour  nous  éclaircir  là-deffus  ,  nous  remar¬ 
querons  I.  Que  cette  Prophétie  étant  la  meme 
jen  fubftance  dans  les  trois  Evangiles  oii  elle  eft 
jraportéc  ,  efl  exprimée  pourtant  d’une  maniéré 
differente ,  &  qui  nous  perfuade  que  ce  n’eft  pas 
(un  meme  Auteur  qui  l’a  inférée  dans  l’Evangile 
félon  S.  Mathieu,  dansTEvangile  félon  S.  Marc, 
&  dans  l’Evangile  félon  S.  Luc.  Car  ,  pour  n’en 
!  examiner  que  l’entrée  &  le  commencement ,  voici 
I comment  faint  Mathieu  la  laporte.  E?  J  es  us 
leur  dit  y  Ne  pas  toutes  ces  chof es  ?  Ew. 

vérité  je  vous  dis  ,  qu  il  ne  fera  ici  laiffé  pierre  fur 
\pieYre  qui  ne  foit  démolie,  "Et  lui  étant  affts  fur 
f  montagne  des  Oliviers  ,  les  Difciples  vinrent  a  lu$ 

I  fl  part  y  difant  y  Dis  nous  quand  ces  chofes  arrive^ 
\rorHy^c.,  Voici  maintenant  de  quelle  maniéré 
cc  commencement  efl:  exprimé  en  faint  Luc. 
Et  comme  quelques-uns  difoient  du  Temple  ,  quil 
étoit  orné  de  belles  pierres  y  il  dit  ,  Efi-ce  là  ce 
,  que  vous  regardez  ?  Les  jours  viendront  ,  auf^ 
quels  il  ne  fera  laiffé  pierre  fur  pierre.  Alors 
(  il  ne  dit  pas  ,  lors  qu  il  étoit  aflis  fur  la  mon¬ 
tagne  des  Oliviers  ,  comme  S.  Mathieu  )  ils 
r interrogèrent  y  difant.  Maître,  quand  fera-ce 
donc  que  ces  chofes  arriveront  \  &c.  Enfin  c’eft 


71  Truité  de  Itf,  Vérité 

de  cette  Lorte  que  S.  Marc  dans  cette  narration;' 
Et  comme  il  parlait  du  Temple  ,  urt  de  fes  Difciples 
lui  dit  ,  Maître ,  regarde  quelles  pierres  quels 
bÂtimeiîs.  Alors  Jefm  répondant  ^  luidityNe  'vois- 
tu  pas  ces  grands  hâîimens  ?  Il  ne  fera  laijfé  pierre 
fur  pierre  qui  ne  foit  dé?nolie.  Et  comme  il  étoit  ajfis^ 
au  mont  des  Oliviers ,  vis-à-vis  duTemple  ,  Pierre 

Jacques  ,  Jean  André  P  interrogèrent  à  part^ 
difant  :  Dis-nous  quand  ces  chofes  ,  &c.  Ce  dernier 
explique  &  acorde  parfaitement  les  deux  autres, 
en  faifant  connoître  toutes  les  circonftances  du 
fait ,  fçavoir  que  Jésus  eft  deux  fois  interroge  (ur 
Je  fujet  des  bâtimens  du  Temple,  &  que  la  der¬ 
nière  fois  il  ctoit  affis  fur  la  montagne  des  Oli¬ 
viers ,  d’eû  Ton  voïoît  le  Temple,  &  cii  cette 
vue  donna  occafion à  fes  Difciples  de  le  faire  ex-! 
pliquer  lur  ce  qu’il  avoir  déjà  dit  de  fa  démoli¬ 
tion  ,  lors  qu'il  étoit  dans  le  Temple  meme.  Ce¬ 
pendant  il  faut  avoikr  que  cette  petite  diverfité  i 
qui  fe  trouve  à  cét  égard  entre  les  Evangeliftes ,  ! 
détruit  entièrement  le  foupçon  qu’on  peut  avoir  ,  \ 
que  cette  prophétie  ait  etc  fupolée  par  quelqu’un  i 
qui  l’ait  inférée  dans  les  trois  Evangiles. 

II.  Il  eft  très  remarquable  que  les  Difciples  j 
aïant  confondu  deux  evénemens  très  éloignez 
dans  la  demande  qu’ils  font  à  leur  Maître ,  (çavoir 
ha  riiinc  de  Jerufalem  &  la  fin  du  monde  ,  lui  di¬ 
fant  :  Vis  nous  quand  ces  chofes  Arriveront  ^  ^  quel 
fera  leftgne  de  ton  avenement  ^  de  la  fin  dumon^^ 
de  j  Jesus-Christ  répond  fans  détromper  { 
les  Difciples,  &  fans  diftingucr  ce  qu’ils  avoient  Ij 
confondu.  Or  quelle  aparence  y  a-t-il  qu’un  i 
homme  qui  voit  la  riiinc  de  Jerufalem ,  &  qui  ne  j 
voit  pas  qu’elle  foit  fuivie  de  la  fin  du  monde, 
mette  cette  queftion  dans  la  bouche  des  Difci-  I 
pies ,  fans  faire  rien  dire  àjzsu  s- Christ  qui  I 
i’éclaircifle 

III.  Mais  plutôt;  comment  joindra-t-il  dans 

cette  ' 


«  de  la  Keligion  Chrétienne^  75 

f  icctte  précîiclion,  à  la  ruine  de  Jerufalem,  la  venue 
(iidii  Fils  de  1  Homme  fur  les  nuées  avec  puiffance 
|8c  grande  gloire  ?  Comment  un  homme  quiau- 
roic  etc  le  témoin  de  la  riiine  de  Jerufalcm  ,  di- 
roic-ii  qu'incontinent  après  rafâidion  de  ces 
jours- là  ,  le  Soleil  feroit  obfcurci ,  &que  la  Lune 
perdroit  (a  lumière  5  que  les  Etoiles  tomberoient 
luCiel,  &  que  les  vertus  des  Cieux  feroient  ébiaa- 
îcesjque  toutes  les  nations  leroicnt  comme  rendant: 
Tame  de  peur  en  le  voïant ,  qu'elles  lamenteroîenc 

ren  fe  frapant  la  poitrine  ?  Comment  auroit-il  mêle 
à  l’hiOoirc  de  ce  fait  toutes  ces  circonflances,donc 
I  la  faufleté  lui  auroit  été  bien  connue,  puis  qu'Ü 
j  auroit  compolc  la  Prophétie  après  révencmenc  ? 
îj  Mais  ne  tombons-nous  pas  ici  d'une  difficulté 
fidans  une  plus  grande  ?  Car  fi  tous  ces  fignes  qui 

[  devoient  acompagner  la  riiine  de  jerufalem,  ne 
font  pas  réellement  arrivez ,  où  eft  la  vérité  de 
cette  Prophétie  ? 

i  II  y  en  a  qui  répondent  à  cette  objeélion,  en  di- 
fant  que  Jesüs-Christ  s’exprime  en  cét  endroit' 
!  à  la  maniéré  des  Prophètes  ,  qui  difent  que  Dieu 
j  vient;  qu’il  fait  trembler  la  Nature;  qu’il  émeut  la 
I  terre  &  les  Cieux,  lors  qu’il  viüte  les  hommes  ex¬ 
traordinairement  dans  fa  bonté  ou  dans  fa  jufti- 
ce.  Ils  ajoutent ,  que  les  jugemens que  Jesüs- 
Christ  exerça  fur  les  J uifs ,  nous  font  repre- 
fcntA  comme  une  venue,  &  comme  une  venue 
éclatante  ,  à  caufedes  fléaux  épouventables  qu*il 
fit  tomber  fur  eux.  Mais  j’aime  mieux  m’arrêter 
à  une  autre  penfée  ,  qui  meparoîc  &  plus  raiion- 
Inablc  &  plus  naturelle  :  c’eft  que  Jesus-Christ 
I  ne  trouvant  pas  à  propos  de  defabufer  fes  Difeî- 
!  pics,  qui  préocupez  favorablement  pour  leur  Na¬ 
tion,  s’imaginoient  que  Jcrufalem  &  le  Temple 
ne  périroient  jamais  qu’avec  le  monde ,  il  entre 
dans  leur  penfée  ,  &  leur  repreiente  ces  deux 
evénemens  par  les  traits  communs, 

IL  Tome.  D 


Cer- 


74  Traité  de  la  Vérité 

Certainement  je  conçois  qa’il  pouyoîc  y  avoir 
pliifieurs  railbns  qui  obligèrent  Jesüs-Çhrist 
d’en  ufer  de  la  forte.  Car  fans  dire  ici ,  que  l’ob- 
fcLiritc  eft  le  caradlere  des  Prophéties,  &  qu’il  ( 
faloic  que  celle-ci  fut  méice  de  quelques  ombres  ' 
comme  les  autres  i  afin  que  perfonne  ne  put  coii- 
noître  par  avance  le  tems  de  fon  acompliflement , 
Dieu  s’étant  refervé  cette  connoiffance,  ce  qui 
cft  marque  dans  cette  meme  Prophétie  5  J  e  s  u  s- 
Christ  ne  devoit^i  pas  fuivre  la  coutume  de 
tous  les  Prophètes ,  qui  eft  d’unir  des  événemens 
très- éloignez  dans  une  feule  vue  prophétique  j' 
pour  marquer  que  les  chofes  éloignées  fe  tou* 
chent  aux  yeux  de  Dieu  ?  D’ailleurs,  la  ruine  de  je-j. , 
rufalem  aïant  été  la  plus  grande  8c  la  plus  par¬ 
faite  image  qui  fut  jamais  de  la  fin  du  monde  J 
qu’y  avoit-il  de  plus  fage ,  que  de  nous  faire  voir, 
l  un  au  travers  de  l’autre,  en  fuivant  la  viie  dcfi 
Difciples  qui  mêloient  des  deux  événemens  ^  i 
Il  y  eut  des  pelles ,  ces  guerres  &  des  famineSi 
qui  précédèrent  la  riiine  de  Jerufalem ,  il  y  en  au-' 
ra  de  même  qui  précéderont  la  fin  du  monde.  Leî 
lignées  qui  habitoient  la  Terre  Sainte, fe  frapoienti 
la  poitriRe,en  voïanc  tous  les  effets  de  la  maledic» 
tion  célefle  tomber  fur  leur  Nation  :  tontes  le^ 
Tribus  de  la  terre  feront  confternées  lorfque  Dicc 
détruira  ce  bas  monde,  pour  juger  les  hommes 
La  riiine  de  Jerufalem  n’arriva  que  lorfquê  TE- 
vangilc  eût  été  prcchée  par  toute  la  terre, c’cfl-à- 
dire  dans  toutes  les  parties  du  monde  qui  ctoien' i 
alors  connues  :  la  fin  du  monde  n’arrivera  poin^ 
non  plus,  félon  toutes  les  aparences,  jufqu’à  c< 
que  toutes  les  Nations  barbares  qui  croient  de¬ 
meurées  cachées  &  iDconnués,aïent  été  apelées  ; 
croire  en  Jesüs-Christ,  II  y  eut  de  faux  Chriftî, 
&  de  faux  Prophètes  qui  parurent  avant  la  der 
nicredcfolation  des  Juifs  j  il  y  aura  de  même  d(  | 
faux  Docteurs  qui  tâcheront  defeduire  les  hom-. 


Il  de  la  Keligion  Chrêttennô.  7/ 

I  mes,  &  Ton  doit  dire ,  Le  Chrifi  e/l’ici ,  é’  H  1^9 
ïlTant  .le  dernier  jour.  Avant  la  ruine  de  Jerufa- 
Llcm  5  J  ESC  s*  Christ  affeinbla  en  des  Eglifes 
I  Ch  retiennes  les  élus  des  quatres  vents  des  Cieux  , 
cela  parla  prédication  de  Tes  Anges  miftiques 
[  qui  croient  les  Apôtres  ;  à  la  fin  du  mondejEsus- 
?:(  hrist  enverra  les  Anges  de  (a  gloire,  pour  ape- 
[ler  fesélus  de  la  poudre,  &  pour  les  relever  de 
li’obfcurité  de  leurs  tombeauXs  Car  le  Seigneur  lui- 
meme  décendra  du  Ctel  avec  cri  d' exhortation  ô* 
voix  d* Archange, ô*  ceux  qui  font  morts  enChrifi 
rt  fufciteront.  Il  y  eut  des  Comètes  Si  des  figues 
3  freux  qui  annoncèrent  la  riiine  de  Jérufalem  3  la 
fumée  de  îa  Ville  &  du  Temple  embrafez  dérobe- 
;  rent  le  jour,  &  obfcurcirent  le  Soleil  &  les  Etoiles. 
[Il  ne  faut  pas  douter  que  la  del'olation  de  toute  la 
■t:rr^^  foie  acompagnée  de  lignes  encore  plus 
afrJHpt  plus  éfraïans. Saint  Pierre  dir,qiie/^  terre 
i'^r/i^^que  les  élemens  feront  diffous  par  chaleur, 

I  &c.  La  dernière  defolation  des  Juifs  furvint  d*une 
maniéré  aflez  inopinée  j  le  dernier  jour  lurvien- 
dra  comraele  îarron  en  la  nuit.  Jerufaiem  &  le 
Temple  furent  entièrement  détruits ,  lorfque  les 
Juifs  eurent  rempli  la  mefure  de  leurs  péchez  :  ce 
inonde  011  nous  habitons  doit  périr  lorfque  le  tems 
des  Nations  fera  acompli,  comme  parle  Jésus- 
Christ  dans  cette  prophétie  que  nous  examinons 
Au  reffe ,  il  femble  que  les  Difciples  foient  de¬ 
meurez  toujours  préoçupezde  cette  penféc^que 
la  ruine  de  Jerufaiem  feroit  immédiatement  fui- 
viokde  la  fin  du  monde.  Car  lors  qu’il  courut  ua 
bruit  entre  les  Difciples,  que  S,  Jean  ne  mou- 
roît  point ,  fonde  fur  ce  que  Jesüs-Christ  avoit 
dit  à  quelqu’un  en  parlant  de  lui.  Cfu  en  a  s- tu  affai¬ 
re  fi  je  veux  quîl  demeure  jufqu  a  ce  que  je  vienne^ 
II#ctendoient  cç  jufqu*à  ce  que  je  vienne la 
fin  du  monde &ils  ppuvoicnt  le  borner  à  la  ruine 
de  Jerufalem,qui  cft  un  rems  que  cet  Apôtre  vit  eu 
•  D  ij  effet , 


7  <5  Tj.fîîté  de  la  Verdie 

cfec ,  &  auquel  J  Esos-CHRisx-vifica  les  Juifs  en  fa 
juftice.  D’ailleurs  cette  tradition  s’ctanc  répan¬ 
due,  que  le  jour  du  Seigneur  aprochoic  IcsThef- 
faloniciens  en  furent  un  peu  troublez  3  &  c’eft 
pour  lesraflurer  ,  que  S.  Paul  leur  tient  ce  langa¬ 
ge.  Nous  vous  prions  )  Freres  t  que  vous  77e  foïez 
point  ébranlez,  d* ente'ndement  ^ni  troublez  d* cfprit , 
ni  par  parole  ,  ni  par  Fpitre  comyne  de  notre  part  y 
comrre  fi  la  journée  de  Chrifi  étoit  prochaine, 
nul  ne  vous  féduife  en  quelle  forte  que  ce  foi  f',  car  ce 
jour-la  ne  vieyidra  point,  que  premièrement ,  Scc, 

Et  en  éfet  ,  il  ne  faut  pas  s’étonner  fi  cette 
Prophétie  de  Jésus- Christ  ,  que-  fes  Dilciples 
raportoient  fidèlement  ,  laiflbit  cette  impreflion 
dans  les  efprits.  Car  d’un  côte  J  e  s  u  s-C  h  R  i  sT 
caradférifoit  fa  venue  d’une  telle  forte,  qu’elle 
fcmbloit  devoir  être  fuivie  du  Jugement  dernier, 
dilknt  qu’il  paroîtroic  comme  l’éclair  q^^orc 
d’Orient ,  &  fe  montre  en  Occident,  &  de  f^tre,- 
il  avoit  déclaré  plufieurs  fois ,  que  toutes  ces  chc«» 
fes  arriveK)ient  à  cette  génération  3  que  plufieurs 
de  ceux  qui  étoient  prefens  devant  lui ,  ne  goû¬ 
ter  oient  point  la  mort ,  jufqifà  ce  qu’ils  euflenc 
vu  toutes  ces  choies. 

Je  su  s-C  H  RI  s  T  unifTant  deux  évenemensdans 
une  meme  defeription,  mais  deux  evenemens  fub- 
ordonnez,  femblables  ,  &  qui  étoient  l’image  & 
l’original ,  fa  Prophétie  devoir  avoir  deux  acom- 
plifTemcns ,  l’un  prochain  &  l’autre  éloigne.  Voi¬ 
là  ,  ce  me  femble  ,  le  vrai  dénouement  de  toutes 
ces  difficultez.  Les  Difciples  confondoient  efeux 
evenemens  éloignez  ,  &  Jesus-Christ  les 
laiflc  dans  cette  préocupation.  Il  faut  que  l’évc- 
nement  juftifie  les  Prophéties ,  &  non  pas  que  les 
Prophéties  s’opofent  à  l’évenement.  Il  faut  donc 
qu’elles  foient  obfcures  avant  que  d’etrç  accwii- 
pües ,  &  claires  lorsqu’elles  le  font. 

Mais  quelques  vrai-femblab]c$  que  forent  ceS 

^rin- 


.  I  delà  'Religion  Chyétienne,  77 

Jpnncîpes,  je  feroisbien  fâche  qu*on  penfât  que 
rapuïe  Jà-deffüs  la  force  de  mon  railonnemenc. 
fe  diftingueda  conjedure  des  principes  certains. 
[Je  iaifle  toutes  ^es  explications  que  je  viens  de 
donner  au  jugement  du  Lecteur.  Q^*on  prenne 
j.Ties  vues ,  ou  celles  d*une  autre  ,  pour  fatisfairc 
^  là  quelques  difHcuIcez  qui  s’y  trouvent  il  n’im- 
Iporte,  je  m’arrache  à  deux  véritez  ,  qui  font ,  à 
jmon  avis,  fans  difficulté.  L’une  efl:  ,  que  de  la 
paniere  que  cette  Prophétie  ell  circonftancice  , 

'  il  eft  entièrement  abfurde  de  penfer  qu’elle  aie 
î  fcté  compofee  après  révenement  :  de  forte  qu’un. 

[homme  ait  pris  ocahon  de  la  riiine  de  Jerufalem  , 
où  l’on  ne  vit  pâroîtreque  Tite&  fon  armée  ,  de 
,  faire  dire  à  J  E  s  u  s-C  h  R  i  s  t  en  prédifant  cette 
idefolation  ,  qu’il  viendroit  fur  les  nuées  du  Ciel  j 
,.,qu’il  enverroit  fes  Anges  pour  aflemblcr  fes  élus 
|des  quatre  vents  du  Ciel  j  qu’on  le  verroic  venir 
'  avec  puiflance  &  grande  gloire  j  qu’il  fçtoit  viàr 
de  meme  qu’un  éclair  qui  part  d’Orient,  &  fe 
montre  en  Occident  j  que  toutes  les  lignées  de  la 
derrefe  fraperoient  la  poitrine  en  le  voïant  ve¬ 
nir  J  que  ce  jour  viendroit  inopinément ,  comme 
celui  de  l’embrafement  de  Sodome. 

La  fécondé  vérité  qui  me  paroît  (inconteÜa- 
b!e,  eh  que  nonobhant  ces  petites  ombres  que 
Ja  fageffe  de  Dieu  a  trouvé  bon  de  mêler  à  cette 
Prophétie ,  elle  eh  pourtant ,  à  tout  prendre  ,  ex-  ^ 
tremement  circonftanciée,  &  fi  clairement  acom- 
plic ,  qu’on  eh  obligé  de  reconnoîcre  que  fi  eüe 
étoit  avant  l’évenement,  elle  ne  pouvoir  fortir  que 
d’un  efprit  prophétique.  Que  trouve- t-on  en  ef¬ 
fet  dans  l’hiftoire ,  qu’on  ne  trouve  d’abord  dans 
la  Prophétie  ?  Les  commencemens  ,  les  degrez  & 

Ja  perfedliondu  malheur  des  Juifs,  tout  s’y  trou¬ 
ve.  On  n’y  prédît  plus  une  captivité  particulière 
de  ce  peuple,  mais  une  difpcrfion  générale  de  la 
Nation  ;  feront  menef^  captifs  partantes  les 
Diij  Nations* 


7  s  Traité  de  la  Vérité  j 

.  Jesus-Chri.^t  pleure  en  une  autrej 
ocafionfur  jerufalem  en  y  entrant ,  &  prononce] 
ces  paroles  touchantes.  O  fi  toi  aujfi  euffes  conniiy 
dît  moins  en  cette  tienne  journée  >  Iss  chofes  qui  apar^ 
tiennent  a  ta  pa  ix  !  Mats  maintenant  elles  font  ca-  j 
chées  de  devant  tes  y  eux.  Car  les  jours  viendront  fur  j 
toi  ,  que  tes  ennemis  t  affiégeront  de  îrenchées  ,  \ 

t  environneront ,  ^  te  ferreront  de  tous  cotez  5  ^^1 

rafer*ont  y  toi  les  enfans  qui  font  en  toi  y 
laifferont  en  toi  pierre  fur  pierre 3  parce  que  tu  n'as] 
point  connu  le  tems  de  ta  vifitation.  ' 

.  En  verite,  croit-on  qu*on  ait  inféré  dans  l’E¬ 
vangile,  que  Jésus- Christ  pleura  fur  les  mal- 
iicurs  qui  dévoient  arrivera  Jerufalem  ?  Y  a-j 
t-on  infère  encore  toutes  ces  fimilitudes  prophe-| 
tiques,  dans  lefqbielies  J  e  s  u  s-C  h  R  i  s  T  menace 
les  Juifs  de  leur  perte,  leur  difant  tantôt  que  le 
pere  de  famille  loiiera  fa  vigne  à  d*autres  vigne¬ 
rons  après  les  avoir  exterminez  comme  des  fer- 
viteurs  infidèles  3  tantôt  que  le  Roi  qui  les  a  in¬ 
vitez  aux  noces  de  fen  fils,  enverra  fes  Gendar-| 
mes  pour  les  faire  périr,  &  pour  biüler  leur  ville/* 
Mais  fans  aller  chftrcficr  fi  loin  les  chofes ,  un 
des  caractères  aufquels  on  devoie  coonoître  que 
révénement  prédit  par  Jésus- Christ  apro- 
choit ,  ètoit  quand  les  peuples  auroient  été  ape- 
Icz  à  la  connoilfance  du  vrai  Dieu.  C’eft  ce  qui 
cft  dit  cxprefTcment  dans  les  endroits  que  nous  | 
avons  déjà  citez.  Il  faut  donc  que  celui  qui  a  | 
inféré  cette  prophétie  ,  s’imaginât  que  de  fon  | 
tems  les  Nations  avoient  éié  apellécs  à  la  con-  | 
noifiance  de  Jésus- Christ.  Il  y  avoir  donc  une  j 
infinité  de  Chrétiens  difperfcz  dan^  le  monde  3 
les  Ecrits  des  Apôtres  étoient  entre  les  mains  j 
d’une  infinité  de  perfonnes:  comment  y  changer  ,  \ 
y  ajoiiter  pJufieurs  fimilitudes  ,  plufieurs  Cha¬ 
pitres  ;>&  corrompre  trois  Evangiles  dans  trois! 
endroits  efl'entiels  ?  Si  011  la  fait  dans  l’Afie  ,  | 

comment  ii 


ide  la  Religion  Chrêtlennê.  7,9 

omment  à-t-onfait  paflfer  cette  fupofitîon  dans 
Europe,  où  il  faloit  qu’il  y  eut  une  infinité 
‘exemplaires  de  ccr  Evangile  ?  Car  les  Evan- 
;ilcs  ont  été  les  premiers  compofez  de  tou*s  les 
-ivres  du  Nouveau  Tefiamcnt. 

Les  incrédules  ne  s’aperçoivent-ils  pas  que  la 
critc  détruit  plus  de  doutes  qu’ils  n’en  peuvent 
.jrmer,  qu’ils  font  continuellement  violence  à 
'  jlcur  raifon  ,  en  réfiftant  à  une  vérité  qui  renaît 
îde  tant  de  cotez  j  &  que  fi  leur  raifon  plie  &  fe 
détourne  au  gré  de  leurs  paflîons ,  pour  ne  re¬ 
garder  jamais  du  bon  côté ,  les  objets  ,  la  nature 
I  des  chofes,  &  la  vérité  qui  eft  immuable,  ne  gau- 
chiffent  point  pour  fuivre  les  caprices  de  leur  cf- 
prit ,  ou  les  penchans  de  leur  cœur. 

CHAPITRE  IX. 

Ou  Von  entre  dans  r examen  des  chofes  qui  font 
contenues  au  Livre  des  A^es. 

La  matière  de  ce  Livre  peut  fe  réduire  â  ces 
trois  chefs  :  î’d|j|pnfion  de  Jesus-Christ  , 
la  décente  du  S.  Efprit  fur  les  Apôtres ,  &  i’éta- 
blifiement  des  lÿlifes  Chrétiennes  par  le  fuccez 
de  la  prédication  des  Apôtres.  Toutes  ces  cho¬ 
fes  font  d’une  nature  à  ne  pouvoir  être  fupofécr. 

L’Afçenfion  de  Jesus-Christ  eft  trop  circon- 
flancice^  pour  nous  laifleriieu  de  croire  que  les 
Difcîples  y  aient  été  trompez.  L’Auteur  dit  ex- 
prefl'ément,  que  Jésus  converfa  quarante  jours 
avec  fes  Difcîples  depuis  fa  rélurrecftion;  qu’il  leuj: 
promit  qu’ils feroient  bâtifez  du  S.  Efprit,  Scieur 
ordonna  d’attendre  à  Jerufalem  l’elFet  de  cette 
promelEc  ;  qu’il  les  mena  à  la  montagne  des  Oli¬ 
viers  ,  qu’il  fut  enlevé  fur  une  nuée  qui  l’empot  ra 
de  devant  leurs  yeftx  j  &  que  comme  ils  le  re-gar- 
doient  montant  au  Ciel ,  deux  hommes  fe  prefen- 
D  iiij  terenc 


1 6  *T fuite  de  la  Verne  1 

terent  à  eux  en  vcccmens  blancs,  éc  leur  prCH^; 
mirent  que  J  e  su  s-Ch  r  i  st  reviendroit  dei 
la  meme  maniéré  qu’ils  Tavoient  vu  s’en  allant  1 
au  C^cl.  De  forte  que  la  difficulté  ne  confifte 
pas  à  fçavoir ,  fi  les  Difciples  ont  etc  trompez  àj 
cet  egard  :  mais  bien  s’ils  n’ont  pas  voulu  trom-  i 
per  les  autres,  en  faifant  un  faux  raport  d’unj 
événement  chimérique. 

Pour  le  connoître  il  fuffit  de  remarquer  le 
tems  où  les  Difciples  commencent  à  Tannoncer.  I 
'Et  comme  le  jour  de  la  Eentecote  s*  acomplijfoit ,  dit  1 
S-  Luc ,  ils  étoient  tous  d* un  acord  en  un  même  lieu,  j 
Alorsîl)  eut  fubitementunfon  duCiely  comme  d!  un  i 
njentqui  fouffle  avec  véhémence  y  lequel  remplit  la  1 
maifon  ou  tls  étoient  ajjis.  Et  il  leur  aparut  des  I 
^langue  s  mi-parties  comme  de  feu,  ^  elles  fepoferent 
fur  chacu7i  d" eux  y  ils  furent  tous  remplis  du  | 
S,  .Efprity  ^  commencèrent  a  parler  des  langues  ; 
étrangères,  comme Tefprit  leur  donnoit  à  parler.  Or 
il  y  avoit  des  Juifs  féjournant  à  J erufalem ,  gens 
dévots  detoute  nation  qui  eji  fous  le  Ciel.Aprés  dont  \ 
^uele  bruit  s  C'a  fut  répandu  ,  une  multitude  deper^  j 
fonnes  vint ,  qui  fut  toute  ^^uf,  parce  que  chacun  ! 
îes  enttndoii  parler  en  fa  propre  langue ,  Scc,  Mais  \ 
Pierre  fe  preftntant  avec  les  onze  ,Jleva  fa  voix,  ' 

leur  dityéec. Ceux  donc  quire  curent  d'un  franc  cou-  \ 
rage  fa  parole,  furent  baptifez  y  éo  il  y  eut  en  ce  jour- 
là  enviro7i  trois  mille  âmes  qui  furent  ajoutées ,  &C. 
Or  toute  perfonne  avoit  de  la  crainte  ,  ^  beaucoup 
de  merveilles  fefaïfotent par  les  mains  des  Apôtres, 

On  peut  voir  que  ce  fait  n’a  pas  été  invente 
pjir  la  fimple  vue  du  fait  meme,  puifque  c’efticî 
une  chofe  qui  a  dü  fe  pafTcr  à  Jerufalem  pen¬ 
dant  une  Fête  folennelle,  devant  des  gens  de  tou¬ 
tes  les  Nations  ,  &  pour  ainfi  dire  ,aux  yeux  de 
tout  rUnivers  î  &  qui  par  confequent  eft  d’une 
nature  à  ne  pouvoir  pas  cire  fupeffee. 

Que  pouroit-oii  dire  pour  ébranler  la  certitude 

de 


!de  Ict  Keli^'ion  Chrétienne,  8r 

le  cette  hiftoire  ?  Dira-t-on  que  ce  fait  a  cce 
nfcrc  dans  l’Ecrit  de  S.  Luc  long-tems  apres  la 
mort  de  cet  Auteur  ?  Mais  il  faut  donc  avoiier 
Ijlcn  même  rems  ,  que  tout  le  Livr-e  a  etc  Cupofé  , 
jipuiCque  c*cft-Ià  un  fait  eflentiel  &  fondamental  , 

.  ifiir  lequel  roulent  <outes  les  autres  choies  qui 
K  (font  contenues  dans  le  Livre  des  Aékcs.  La  pré- 
ijiication  des  Apôtres  &fon  fuccez  en  dépendent, 
f  Tout  ce  que  nous  trouvons  dans  leurs  Epîcres, 
ts’y  raporte.  Et  tout  enfin  eft  fupofé  dans  le 
[Nouveau  Teftament,  fi  la  defeente  du  S.Efpric 
J!  fur  les  Apôtres  eft  fupofee. 
i  Croirai-je  que  S.  Luc  meme  a  invenié  ce  fait  5 
I  &queperfonne  n’en  avoit  parle  avant  lui?  Mais 
qu’eft-ce  donc  que  les  Apôtres  ont  dit  à  ceux  à 
qui  ils  font  allez  prêcher?  Sur  quoi  fe  font-il^ 
apuïez,  fi  ce  n’eft  fur  cct  envoi  du  S.  Efprit  f 
Sur  quel  autre  droit  leur  vocation  eft-clle  fon¬ 
dée  ? 

Eft-ce  que  les  Apôtres  eux-mêmes  ont  feint 
pour  tromper  les  hommes,  qu’ils  avoient  re¬ 
çu  le  S.  Efprit?  C*eft-là  tout  ce  que  l’incrédulité 
1  peut  concevoir  de  plus  aparent,&  c’eft  pourtant 
!  ce  qui  eft  tout-à-fait  abfurde.  Car  en  quel  tems 
eft- ce  qu’ils  le  feignirent  ?  Il  faut  ncceftaireraent 
que  ce  fut  ou  apres  avoir  fondé  une  Eglifeà  Jeru- 
falem,  ou  avant  qu’ils  l’y  fondaffent.  Si  c’eft  après 
l’y  avoir  fondée,  comment  aura-t-on  fait  acroire 
enfuite  à  cette  Eglife  de  Jerufalem ,  que  les  Apô¬ 
tres  avoiènt  reçu  le  S.  Efprit ,  qu’ils  avoient  pu¬ 
bliquement  parlé  toure  forte  de  langues ,  &  que 
c’eft  par  leur  prédication  acompagnée  de  divers 
prodiges  que  cette  Eglife  avoit  etc  formée  ? 

fl  les  Apôtres  feignirent  d’avoir  reçu  le 
S*  Eiprit, avant  qu’il  y  eut  aucune  Eglife  Chrétien¬ 
ne  à  Jerufalem  i  &  fi  c’eft  même  en  ateftant  fauf- 
fement  ce  fait  &  pluficurs  autres  qu’ils  établirent 
cetfc  Eglife  ,  il  faut  que  les  Apôtres  aïent  apris 
D  V  toutes 


8.1  Traite  de  la  Vérité 

toutes  les  langues  du  monde  depuis  la  mort  de 
leur  Maître,  Sc  avec  cela  le  fecrct  de  faire  mar¬ 
cher  des  boiteux,  &  de  guérir  les  malades, 
pnifque  c’eftdà  ce  qu  ils  apeilenc  avoir  reçu  les 
dons  miraculeux  du  S.  Efpric. 

Mais  peut-être  doute-t-o«  qu*il  y  ait  eu  une 
Eglife  Chrétienne  à  jerufalem  ?  Si  cela  eft,  il  faut 
que  les  anciens  Doêleurs  de  i’Eglife  vivant  en  di¬ 
vers  cems  &  en  divers  lieux,  aient  conTpiré  pour 
nous  tromper  à  cét  égard,  &  que  les  Juifs&lcs 
Païens,  &  tous  les  ennemis  de  nôtre  Religion , 
anciens  &  modernes,  qui  n*ont  jamais  contcflc 
la  vérité  de  ce  fait ,  aïent  entièrement  perdu  la 
rai  Ton. 

Enfin ,  quand  on  s’imagineroic  que  le  Livre  des 
Adlcs  a  été  compofe  long-tems  après  la  riiinc 
de  Jcfufalem  ,  c’eft'  à-dire  lors  qu’il  n’y  pouvoir 
^  plus  avoir  d’Eglife  doriffantcdans  cette  ville,  on 
ne  gagne  rien  j  car  il  eft  toujours  vrai  que  les 
Apôtres  ont  raportc  le  fait  dont  nous  parlons, 
&  leurs  Epîtres  font  remplies  de  chofes  qui  y 
ont  une  relation  vilibîe. 

Je  n’ajouterai  pas  ici,  que  le  LiVre  des  Ades 
ne  dit  rien  delà  mort  des  Apôtres  j  ce  qui  marque 
qu’il  fut  compofe  pendant  leur  vie,  &  par  confé- 
quent  dans  un  tems  oiî  l’Eglifç  de  Jcrufalera 
fleuriffoit  encore,  qu’il  n’y  eft  fait  aucune  men¬ 
tion  delà  derniere  riiinc  de  Jerufalem  ,  ni -même 
d’aucun  de  fes  préludes  qui  devancèrent  la  der¬ 
niere  defolation  de  la  Judée  :cequi  nousdif'pofc 
fort  .à  croire  que  ce  Livre  fut  compofé  avant  ce 
grand  événement,  étant  tout-à-fait  vrai-fem- 
blable,  que  l’Auteur  de  ce  Livre  nejl’aïant  com¬ 
pofé  que  pour  la  gloire  des  Apôtres  &  de  la  Re- 
ligiori  Chrétienne,  comme  lesincrédules  fe  l  ima-* 
ginent  fans  doute,  n’auroit  pas  manque  d’y  in¬ 
férer  rhihoire  des  malheurs  épouventables  qui 
fondirent  fur  les  juifs,  &  que  les  Chrétien^re- 

gardenc 


}\  de  lât 'Religion  Chrétienne.  8^ 

ï  gardent  comme  un  effet  de  la  reje6lion  du  Meflie. 
r  Mais  comme  je  neveux  pas  laifler  an  ledeur 
une  ombre  de  doute ,  je  lui  promets  de  lui  fake 
j  voir  bien-toc ,  que  les  Apôtres  ont  reçu -&  com¬ 
munique  les  dons  miraculeux.  Mais  en  atten¬ 
dant  que  Tordre  de  mes  matières  me  permette  de 
le  montrer,  il  eft*bonque  je  faffe  quelques  ré¬ 
flexions  fur  le  fuccezde  la  prédication  des  Apô¬ 
tres  ,  qui  eft  le  point  effentiel  auquel  toutes  les 
chofes  qui  font  contenues  dans  le  Livre  des 
Ades ,  fe  raportenr. 

chapitre  X. 

,  oh  Von  conftdére  le  fuccez.  de  la  Rrédlcatîon 
des  Apôtres, 

CE  fait  eft  raportc  avec  des  cîrconftances 
tout -à -fait  remarquables.  Vous  voïez 
I.  ces  hommes  qui  prêchent  TEvangile  les 
premiers,  font  des  Pêcheurs ,  c*eft-à-dire,  des  per- 
fonnes  (impies ,  fans  aparence  &  fans  autorité* 
II.  Que  ces  hommes  vous  prêchent  qu*ils  ont  vüi 
Jésus- Christ  reffufeité  &  montant  au  Ciel ,  Sc 
qu’ils  avoiejic  été  auparavant  les  témoins  oculai¬ 
res  de  fes  miracles.  lil.  QVils  choquent  "par  leur 
Prédication  toutes  les  puiffances  de  la  terre,  ëc 
s’expofent  à  un  nombre  infini  de  dangers  &  de 
maux.  IV.  Qffils  les  fouffrent  fans  fe  rebuter  , 
avec  patience  ,  ou  plutôt  avec  joïc.  V.  Que  le 
liiccés  de  leur  Prédication  eft  (i  promt  &  fi  rapi¬ 
de  ,  qu’on  a  de  la  peine  à  le  concevoir. 

Il  eft  certain  que  S .  Luc  ne  nous  dit  rien  en 
cela,  que  le  bon  fens  ne  nous  aprenne  aufli.  On 
fçait  que  ce  ne  furent  pas  des  gens  d’une  grande 
qualité,  ou  d’un  grand  crédit  dans  le  monde, 
qui  prêchèrent  les  premiers  TEvangile,  Sc  per- 
Tonne  n’a  jamais  rien  dit  de  pareil. 


Il 


84  Traité  de  la  Vérité  ■;  1 

Il  efl:  évident  que  ces  hommes  ont  du  rémor- 
gner  qu’ils  avoient  vu  J  e  s  u  s-C  h  R  i  s  t  faifann 
des  miracles ,  Jesus-Christ  refiufcitc  ,  &  Jésus-  i 
Christ  montant  au  Ciel 3  puisqu’ils  n’auroient  1 
pas  converti  tant  de  Nations,  s’ils  s’ccoient  con-  | 
tentez  de  prêcher  qu’ils  avoient  oui  dire  toutes  < 
ces  chofes  j  &que  d’ailleurs  les  Epîcres  des  Apô-  ' 
très  nous  aprennent  quec’eft-là  ce  qui  avoir  fait  ; 
le  (ujet  de  leur  prédication.  *  ! 

11  n’y  a  pas  de  doute  que  les  puîflances  de  la  ! 
terre  ne  fe  foîent  cmüës  contre  ces  hommes  , 
puifque  la  politique  eh  ennemie  des  nouvelles  i 
5e<5Ies,  &  que  les  peuples  font  toujours  jaloux  1 
de  leur  Religion. 

On  peut  encore  moins  douter,  que  les  Apô-  I 
très  n’aïent  foufFcrt  avec  beaucoup  de  courage  ( 
les  effets  de  cette  perfccution  ,  puifque  s’ils  ; 
s’étoient  relâchez &  s’ils  avoient  recule  par  i 
la  crainte  des  fuplîces  ,  leur  deffein  avortoit  1 
dans  fa  nai (lance.  | 

Enfin  qui  peut  nier  que  le  fuccez  de  leur  pré-  1 
dication  n’ait  été  extraordinairement  prompt  &  1 
rapide,  puis  qu’on  voit  dans  un  fort  court  elpacc  ; 
de  rems  des  EghTes  plantées  dans  tout  Je  monde  ! 
connu C’cft-làunechofe  de  fait,  &  qui  ne  fut  ! 
jamais  conteftée. 

.  Ainfi  S,  Luc  &  le  bon  fens  nous  raportent 
toutes  ces  circonftanccs.  Le  Livre  des  Aéles 
nous  aprend  qu’elles  font  véritables  j  &  la  na¬ 
ture  des  chofes  ne  nous  permet  pas  de  douter 
qu’elles  ne  le  foient.  Ce  qui  détruit  le  foupçon 
que  nous  pourrions  avoir  qu’elles  eulfenc  été 
inventées. 

Cependant  je  ne  fçaurois  confidérer  tous  ces 
faits ,  les  unir,  &  voir  la  proportion  quils  ont 
les  uns  avec  les  autres ,  fans  croire  d'abord  la 
vérité  de  la  Religion  qu’ils  ccablilîent. 

'  CHA^ 


de  U  Religion  Chrétienne»  S  J 

chapitre  XI. 

oh  Von  entre  dans  V examen  des  chofes  qui  fonÿ 
contenues  dans  les  Rpitres  des  Apôtres» 

QUand  les  Epîcres  de  S.€^aul  ne/eroient  pa$ 
reçues  d’un  commun  conlentement  par  les 
Anciens,  quand  Cîenient ,  Poîycarpe  ,  Barnabas 
ne  feroient  pas  mention  de  la  fécondé  Epîtrede 
S.  Pierre  ;  il  fuffiroic  de  femarquer  qu’elles  ont 
etc  écrites  à  des  Eglifcs ,  c’eft*  à-dire,  à  des  fo’* 
cietez  entierçs,qui  en  ont  long- tems  conferve 
les  originaux  ,  pour  pouvoir  du  moins  nous  affû¬ 
ter  qu'elles  ne  font  pas  luposces, 

C’efl  à  nous  maintenant  à  voir  fi  nous  y  trou¬ 
verons  quelques  caraderesde  la  divinité  de  nôtre 
Religion.  On  n’y  fçauroit  jetter  les  yeux  ,  fans 
y  remarquer.  I.  La  pieté  &  la  charité  de  cét  Apô¬ 
tre.  II.  Son  defintércfl'ement,&  le  mépris  qu’il 
fait  des  biens  du  monde.  III.*  Son  courage  à  fu- 
porter  les  affligions,  qui  loin  de  le  rebuter,  Icrc- 
joüiffent.  IV.  Une  répétition  continuelle  du  té¬ 
moignage  que  les  Apôtres  ont  rendu  à  la  vérité 
de  la  réfurredion  du  Seîgneurv  V.  Des  chofes 
qui  marquent  que  S.  Paul  avoit  reçu  les  dons 
miraculeux  du  S.  Efj^ric  ,  &  que  les  Eidcles 
les  recevoient  en  ce  tcms-là  fort  com.munc- 
ment. 

La  pieté  de  cét  Apôtre  y  éclate  en  tant  de  ma¬ 
niérés  ,  qu'on  ne  peut  la  croire  fauffe  &  affedée 
fan#fc  faire  violence.  Car  quand  un  homme  fe 
contraindtoic  dans  une  occafion  ,  le  moïen  qu’il 
fc  contraigne  de  la  même  forte  ,  pendant  tout  le 
cours  de  fa  vie  ,  dans  toutes  fes  avions ,  dans  tou¬ 
tes  fes  paroles,  dans  la  manière  de  dire  les  chofes, 
qui  cft  fouvent  plus  capable  de  découvrir  le  fond 
du  cœur ,  que  les  choies  memes  que  l’on  dit  ?  Je 


Tyntté  de  la.  Vérité  ! 

fçai  que  Thipocrifie  fe  couvre  de  l’extérieur  &  des  ) 
aparenccs  de  la  vertu  :  mais  en  vérité  il  y  a  tou*  j 
jours  un  je  ne  (çai  quoi ,  un  air  fîmple  &  naturel  j 
dans  la  véritable  vertu  ,  qui  ne  le  trouve  pas  dans 
riiipocrilie  j  ou  plutôt  ,  Thipocrilic  n’eft  pas  fi 
habile  &  fi  éclairée  ,  qu*elle  ne  fe  découvre  d’uu 
côté  oud*un  autre  3^  qn’une  parole  qui  lui  écha-  ! 
pe  ne  la  faflé  voir.  ! 

Je  confens  cependant  qu’on  examine  lesEpîtres  ! 
de  S.  Paul  ,  pourvoir  fi  l’on  y  remarquera  rien  î 
que  de  naturel  &de  fincere.  Seroit-il  pofiibleque  ; 
du  fein  delà  malice  &  de  la  perfidie  d’un  homme  i 
qui  vient  aculer  fa  nation  d’un  crime  qu’il  fçait  i 
être  faux,  fortilTent  tant  d’exhortations  à  crain-  ! 
dre  Dieu  ,  fi  fortes ,  fi  touchantes  &  fi  répetéef,  i 
qu’elles  rem plilTent  les  Ecrits  de  S.  Paul;  cette  f 
humilité  quirapoite  tout  à  Dieu  comme  au  cen-  | 
tre  du  bien  ,  nous  difant  avec  tant  de  vérité  ,  i 
as^-'Ut  quetu  ne  V  aies  reçu  'i  'Et  fi  tuVas  refà ,  i 
pourquoi  t  en  glorifie s^tu  ?  Nous  fommes  a  vous  ,  ] 
vous  êtes  a  Cnrifi ,  Çhrifi;  e/l  à  Dieu  ;  &  qu’ou  | 
en  vîcfortir  cette  horreur  pour  le  vice,  qu’il  ne  i 
perd  aucune  ocafion  de  témoigner,  &  qu’il  ex¬ 
prime  d’une  maniéré  fi  vive  &  fi  farte  ? 

Sa  charité  ne  le  découvre  pas  moins  fenfibîe- 
ment  dans  ces  foins  fi  palfionncz qu’il  a  de  fan- 
êlîficr  fes  Freres.  Toutes  fes  Epîtres  ne  font 
qu’un  tilfu  de  tendres  exhortations  ,  ou  plutôt 
de  prières  ardentes  qu’il  leur  fait  à  s’aimer  les 
uns  les  autres.  II  veut  qu’ils  vivent  fobrement , 
vjftcment  &  relio-ieufcment.  Il  s’adrelfe  auxfer- 
viteurs  &  aux  maîtres,  aux  pauvres  &  aux  rifhcs, 
aux  pères  &  âux  enfans,  aux  jeunes  gens  &  aux 
vieillards.  N’étant  préocupé  pour  perfonne  ,  & 
ne  haïflant  perfonne,  il  s’épanche  en  allions  de 
grâces  &  en  benediélions  pour  tous,  il  kur  tient 
un  langage  tendre  &  touchant,  il  les  apellefes 
petits  enfans  ,  fes  bicn-aimez ,  fes  entrailles ,  fa 


i^e  la  Religion  Chrétie^ine,  S  7 

gloire  &  fa  couronne.  Et  quel  eft  Ton  but  en  leur 
parlant  en  cetre  maniéré  3  Ceft  de  leur  infpirer 
Tamour  de  Dieu  &  celui  du  prochain. 

Combien  relevc-t- il  l’excellence  de  la  charité  î 
€^and  je  parltrois  ydiiAl  J  lela?igage  des  hommes 
même  le  langage  des  Anges  i  fi  jen  ai  point  la' 
charitéyjefuis  comme  V airain  qui raifonne.^luand 
je  diflribuerois  tout  mon  bien  aux  pauvres ,  cè’ 
je  livrerois  mon  corps  pour  être  brûlé  y  fi  jen  ai 
point  de  charité  y  cela  ne  me  profit  de  rien»  La  ch  a-» 
rité  cji  d'un  efprit  patient  lellefe  montre  benigne» 
La  charité  n  efi  point  envieufe,  La  chanté  nufe 
point d' in folence  ;  elle  ne  s'enfle  point  elle  ne  fe  con-^ 
dtiit  pas  malhonnêtement  I  elle  ne  cherche  point 
fon  propre  profit  :  elle  ne  fe  t^piîe  point  :  elle  ne  pe7îfé 
point  à  mal:  elle  ne  fe  réjouit  point  de  finjujlice  9 
mais  elle  fe  réjouit  de  la  vérité  Elle  endure  tout , 
elle  croittout  >  elleefpére  tout.  Voilà  quelle  eft  Ti- 
déc  que  S.  Paul  avoit  de  la  charité.  On  y  voit  la 
force  du  bon  Cens  &  de  la  vraïe  vertu  ,  &  non  pas 
les  foiblefles  5^  labizareric  de  la  fuperftitioii.  Il 
préfère  la  charité  aux  dons  miraculeux.  On  voie 
bien  là  TcCprit  de  la  vraïe  Religion. 

Cette  confidération  du  caraàere  &  de  la  vertu 
de  cét  Apôtre  eft  d’autant  plus  confidérabîe , 
qu’on  eft  obligé,  malgré  qu’on  en  ait,  de  dire  quel¬ 
qu’une  de  ces  deux  chofes  5  ou  que  S.  Pau!  a  été 
un  méchant  homme  &  un  infigne  impofteurj  ou 
qu’il  avoit  oui  Jisüs-Christ  furie  chemin  de 
Damas ,  qu’il  avoit  reçu  fon  E(prit ,  &  qu’il  croit 
véritablement  fon  Apôtre.  De  forte  que  celui 
qui  montre  que  S.  Paul  n’étoit  pas  un  méchant 
homme  ,  prouve  par  cela  meme  la  divinité  de 
la  Religion  Chrétienne. 

Je  prie  donc  le  Ledeur  de  faire  bien  réflexion 
fur  le  caradere  de  f?k  Epîtres ,  qu’il  les  examine 
depuis  le  commencement  jufqu’à  la  fin-,  qu’il  en 
découvre  le  gcriic  ôc  le  caradere. 

QiPeft- 


SS  Traité  de  la  Vérité 

Qu’efl-cc  que  ccc  Apôtre  demande  à  Dieu^> 
ceux  à  qui  il  parle  vivent  bien  ,  &  que  Dieu 
lüic  glorifie  par  leurs  oeuvres.  Dequoi  le  plaint- 
il  ?  Du  vice.  Qu'eft-  ce  qu’il  loue  ?  La  vertu. Quel 
motif  Je  fait  agir,  &  1  oblige  à  parler  comme  il 
fait  ?  Tout  autre  que  celui  de  l’intcrét. 

Saint  Luc  nous  avoit  déjà  apris  au  Livre  des 
Adles,  qu’il  travailloic  de  fes  mains  pour  gagner 
l'a  vie  ,  &  qu’il  s’ocupoit  à.faire  des  tentes.  Sur- 
quoi  il  faut  fait? deux  remarques  :  Tune  ,  que 
S.  Paul  aïant  été  Pharifien ,  &  élevé  aux  pieds 
deGamaliel,  auroitciü  fe  ravaler  extrêmement 
en  exerçant  une  fi  vile  profefîion  ,  pour  peu  qu’il 
eût  eu  le  cœur  mondain  &  ambitieux  :  l’autre, 
que  cet  Apôt.e  fe  réfcJüt  à  travailler  de  fes  mains 
pour  gagner  fa  vie ,  dans  une  ocafion  que  d’au¬ 
tres  auroient  embraffée  avec  avidité  pour  s’ac¬ 
quérir  des  richefl'es.,  Qu’auroit-on  refusé  en 
cfet  à  des  gens  qui  ouvroient  le  Ciel  aux  hom¬ 
mes,  &qui  leur  donnoient  Pefpérance  certaine 
d’un  falut éternel  ?  Caron  ne  peut  nier  que  ce  ne 
flic  là  la  pensée  ou  le  préjugé  des  premiers  Chré¬ 
tiens  à  l’égard  des  Apôtres. 

Si  vous  craignez  que  S  Luc  ne  nous  ait  trom¬ 
pez  en  nous  aprenant  ce  fait,  il  ne  faut  qu’écou¬ 
ter  Saint  Paul  lui- même,  qui  fans  doute n’au- 
roit  pas  entrepris  de  le  faire  acroire  contre  la 
connoiflance  qu’en  avoient  ceux  à  qui  il  parle* 
1.  CoriVoict ,  àh-W  2iV\x  Corinthiens,  Voici  four  la  troi^ 
îî-*  fiéme  fois  que  je  fuis  prêt  d’aller  à  vous  y  ^  je 
ne  vous  ferai  point  à  charge ,  car  je  ne  demande 
point  le  votre ,  mais  vous-mêmes.  Auffi  les  en^^ 
fans  ne  doivent  point  faire  d*  amas  pour  leurs  per  es  y 
mais  les  peres  pour  leurs  enfans  i  pour  moi 
je  depenferai  volontiers  ferai  dépensé  pour  vos 
âmes  y  &c.  Et  puis.  Vous  %i'je  pris  par  fineffef 
At~je  donc  fait  mon  profit  devons.  Et  d’ailleurs. 
Ai- je  commis  une  off en  fe  yen  ce  que  je  me  fuis  abaifié 

moi*. 


j  de  la  Religion  Chrétienne*  tp 

;  ffjoi^njéme ,  afin  que  vous  fufflez  élevez,  parce  que 
fans  rien  prendre  je  vom  ai  annoncé  l'Evangile  de 
i  Dieu  f  ^ 

i  S.  Pâul  n’auroit  pas  tenu  ce  langage,  s’il  avoît 
;  prêché  par  intercc ,  félon  la  coüriime  de  ceux  qui 
i  portant  un  cœur  mondain  dans  le  Sanduaire, 
font  un  commerce  honteux  de  cequ*ii  y  a  de  plus 
Éacrc  &  de  plus  augufte  dans  la  Religion. 

Mais  fl  S.  Paul  n’agiffoit  point  par  cét  interet, 
dont  la  plupart  des  hommes  font  pofledez,  qui 
nous  répondra  qu’il  n’avoit  pas  en  vue  un  interet 
plus  délicat ,  &  qui  naît  meme  quelquefois  de  cét 
autre  dehntcrclTement  ,  c*eft- à-dire ,  un  intérêt 
d’orgueil  ? 

J e  fçai  qu’il  dépend  du  caprice  d’un  homme,  d’a- 
tribuer  les  meilleures  adions  à  l’orgueil ,  &  de  trai¬ 
ter  d’hipocrifie  la  plus  folide  vertu  :  car  qu’eft-cc 
qui  peut  fixer  les  agitations  éternelles  d’un  efprit 
qui  ne  cherche  que  des  doutes  ?  Mais  je  foüticns 
auffi  qu’il  y  a  des  caraderes  dans  la  conduite  6c 
dans  les  paroles  de  S.  Paul,  qui  montrent  malgré 
l’incrédulité ,  que  le  fonds  de  fa  vertu  cft  folide,  6C 
fon  dcfintcrefTement  finccte.  C’efi:  ce  qui  paroitra, 
comme  i’efpere ,  par  les  réflexions  fuivantes. 

Il  ne  faut  avoir  qu’une  trés-médiocre  connoif- 
lance  du  cœur  &  des  inclinations  des  hommes  , 
pour  n’ignorer  pas  que  comme  il  y  a  deux  difFe- 
rens  états  dans  lefquels  ils  peuvent  fe  trouver  ,  il 
y  a  aufli  deux  differentes  fortes  de  paflions  qui 
naiflent  dans  leur  ame  j  la  profperité  fait  naître 
l’orgueil  avec  les  vices  qui  l’acompagnent  ;  la 
pauvreté  &  la  mifere  font  naître  l’avarice  avec 
toutes  fes  dépendances.  Ce  n’eft  pas  que  l’avari¬ 
ce  ne  fe  trouve  aufli  dans  la  profperité  ,  &  que 
l’orgueil  n'acompagne  auflTi  quelquefois  la  mi¬ 
fere  :  mon  fens  n’efl:  pas  celui-là.  Je  veux  dire 
feulement,  que  la  profperité  cfl:  comme  le  régne 

l’orgueil,  6c  la  pauvreté  le  régne  de  l’avarice  : 
*  parce 


9Ô  Trahé  de  la  Vérité 

parce  qii*an  homme  qai  a  du  bien  ,  crant  fatis-» 
fait  de  ce  côtc-Jà,  cherche  ordinairement  la 
gloire  j  au  lieu  qu’un  hêmme  qui  a  delà  peine  à 
vivre  ,  ne  s’avife  -gueres  de  travailler  pour  la 
gloire  ,  &  chercher  premièrement  lesmoïens  de 
ïubSIler,  D’où  il  s’enfuit ,  que  bien  loin  de  s’ima¬ 
giner  que  S,  Paul  ait  voulu  fe  réduire  à  une  ex¬ 
trême  pauvreté  ,  &  travailler  de  fes  propres  mains- 
pour  acquérir  de  la  gloire  ,  il  eft  beaucoup  plus 
naturel  de  penfer ,  qu’il  n’a  pü  fe  propofer  la 
gloire  comme  Tunique  fin  de  fes  aêfions ,  que  lors 
qu’il  s’efl  vu  au  defl'us  de  la  mifere  &  de  la  iK- 
ceflîtc. 

Cependant  cela  ne  paroîc  pas  encore  tout-à- 
fait  convaincant ,  parce  qu’il  y  a  eades  hommes 
qui  ont  méprisé  les-  richeffes  pour  s’aquerir, 
Teftime  des  hommes.  II  faut  donc  ajoüter  , 
pour  dihinguer  S.  Paul  de  ces  derniers,  que 
non •  feulement  il  eft  pauvre,  que  non- feule-  ■ 
ment  il  eft  réduit  à  travailler  de  fes  mains  pour 
gagner  fa  vie,  mais  qu’il  fouffre encore  tous  les 
maux  &  toutes  les  difgraccs  aufquelles  on  peut 
être  expefé.  L’adverfitc  abat  les  fentimens  trop 
élevez  de  nôtre  cœur  j  tout  le  monde  ea  con¬ 
vient  :  &  Ton  peut  dire  hardiment  ,  que  fi  ces 
Philofophes  donc  nous  avons  parle  s’étoicnc 
trouvez  acablez  par  une  fuite  de  maux  qui.re- 
naiflbient  les  uns  des  autres ,  chargé  de  chaî¬ 
nes,  déchirez  à  coups  de  fouet,  expofez  aux 
naufrages ,  en  bute  aux  outrages ,  à  la  moquerie 
des  Sçavans ,  à  la  raillerie  des  Princes ,  à  la  haine  * 
des  Magiftrars,  à  la  fureur  du  peuple  ,  comme 
nôtre  S.  Pàul  5  leur  orgueil  éperdu  &  déconcerte 
auroit  fait  place  bien-rôt  à  Tamour  du  repos ,  & 
à  Timpatîcncc  de  fe  retirer  fi  promptement  d’un  fi 
déplorable  état. 

D’ailleurs  ,  ces  Philofophes  qui  meprifeisnt  les 
richcfl'es  &  les  dignicez,  les  méprifoient  pour 

Tamour 


Il  de  la  ReUpon  chrétienne.  91 

I  l’amour  d’eux-m^mes  ,  &  non  pas  pour  Tamour 
'  des  autres:  puifque  fans  fe  foucier  de  Tctat  de 
•j  lcur  prochain  ,  ils  fe  retiioientdans  des  folitudes, 

I  ou  en  Ja  compagnie  d  autres  Sages,  avec  qui.  leur 
orgueil  fefelicitoit  d’avoir  renoncé  à  toutes  chc- 
fes  pour  redonner  tout  entiers  à  Tétudede  lafa- 
gefle.  Mais  ici  les  Apôtres  abandonnent  toutes 
chofes  pour  courir  travaillera  la  converfion  des 
hommes.  S.  Paul  fait  des  teates ,  comme  Abdolo- 
miiuis  bcchoit  dans  un  jarcin  :  mais  S.  Paul  ne 
cefled  induire  les  hommes  en  prêchant  TEvan- 
gile  5  &  Abdolominus  nepenfoitqu’à  fa  tranqui- 
litc  &  à  fon  repos. 

Enfin  les  Sages  dont  nous  avons  parlé  avoîent 
cetee  ^nfolacion,  qu’en  renonçant  aux  richef- 
fes  iis  croïoient  poffeder  le  fonds  de  la  véritable 
vertu.  Car  trompez,  comme  ils  étoient ,  par  leur 
propre  orgueil,  ils  n’avoient  garde  de  penfer  que 
leur  vertu  ctoic  fanfTe  s  «Sc  ce  n’eft  que  l’idée  qu’ils 
,  avoientde  (on  excellence  qui  le.^  confoloit  de  ce 
qu’ils  perdoient  :  au  lieu  que  S.  Paul  &  les  autres 
Apôtres  étant  des  impofteurs ,  comme  l’impiété 
H  fupc^ ,  ne  pouvoic  pas  avoir  cette  confo- 
laiion  qui  naît  du  fentiment  de  fa  vertu,  ôc  ils 
étoient  privez  de  ce  poids  qui  affermit  l’amc  des 
hommes  dans  les  grandes  afflictions  &  dans  les 
entreprifes  périlleufes.  Tournez  la  chofe  derous 
les  côrez  ,  vous  trouverez  quelque  choie  de  fin- 
gulicr  dans  la  conduite  de  S.  Paul  j  &  aucun  ca- 
raélcre  n’aprochera  jamais  du  caraeffere  Apofto- 
lique. 

Maïs ,  dira-t-on,  on  trouve  que  S.  Paul  fe  vante 
quelque  part  de  l’excellence  de  fes  révelation'è*  II 
écrit  aux  Galates  que  les  plus  excellens  des  Apôtres 
ne  lui  avoient  rien  donné  :  que  f  acquêt  >  Cephas 
Jean,  qui  [ont  eflime^lcs  colommes,  lui  av  oient  don^ 
né  la  main  d' aJfociation:qu  après  avoir  été  fait  Apo^ 
ire  [il  ne  prit  point  confeil  de  la  chair  ^duf %ng  pour 

retour'^. 


$1  Traité  de  la  Vérité  S 

retourner  a  ferufalem  y  ^  là  fe  faire  agréer  de^  ; 
autres  yîpôtres  :  quil  rcfifa  à  Pierre  en  face,  Ô*  l^l 
reprit ,  parce  qu  il  méritait  d' être  repris.  -  i 

Cela  ne  peut  faire  aucune  peine  à  ceux  qui  con-  i 
noîtront  l’occafion  qui  a  oblige  S.  Paul  à  parler  | 
&  à  agir  de  la  forte*  II  y  avoit  parmi  les  Galatcs  ii- 
de  faux  Doéleurs ,  qui  tâchoient  de  détruire  le  1 
fruit  de  la  prédication  de  céc  Apôtre ,  en  aflbeiani  i  ; 
les  cérémonies  Judaïques  à  la  foi  Chrétienne,  8c  !■ 
qui  difoient  pour  cét  effet ,  qu’ils  tenoient  leur  ;j 
pratique  de  Pierre*  Jacques  &  Jean  ,  qu’ils  avoient  iii 
vus  à  Jerufalcm.  L’Apôtre  craignant  que  fous  le  i 
prétexte  de  fuivre  îa  dodlrine  des  trois  principaux  |: 
Apôtres  de  nôtre  Seigneur ,  on  ne  détruifit  fou  !; 
ouvrage,  entreprend  de  faire  voir  que  rex^élencc  f 
de  Ton  miniftere  ne  cede  à  celle  d’aucun  autre,  i 
C’eft  dans  cette  vue  qa’il  fe  compare  avec  les  au-  | 
très.  Apôtres  dans  fon  Epître  aux  Galates ,  corn-  'j 
niençant  par  ces  paroles  :  Paul  Apôtre  y  non  point  n 
de  par  les  hommes ,  ni  de  par  V homme ,  mais  de  par,  il 
fEStVS-CHRlST  y  ^  de  par  Dieu  le  Pere  y  &c.  J 
Et  c’eft  pour  le  meme  interet  que  fe  comparant  il 
dans  fa  fécondé  Epître  aux  Corinthien^  quel^  1 
ques  Dodfeurs  qui  tâchoient  de  le  trouDJcr  dans  | 
fon  miniftere,  il  s’exprime  de  la  forte.  Sont- ils  i 
Hebreux  ?  Je  le  fuis*  Sont-ils  ifraélites  ?  Je  le  fuis  1 
fiuffl»  Sont-ils  delà  femence  d*  Abraham  ?  Je  le  fuis,  f 
Sont-ils  Miniftres  de  JESVS-  CHRIST  ^  [jeparle  ' 
cotnme  imprudent  )  Je  le  fuis  en  travaux  davanta^  ■ 
ge  y  en  battnres  par  deffus  eux,  J*  ai  reçu  des  Juifs  \ 
par  cinq  fois  quarante  coups  moins  un,  J' ai  été  batu  | 
de  verges  trois  fois.  J'ai  été  lapidé  une  fols.  J*  ai  fait  î 
naufrage  trois  fois  :  en  voyages ,  en  périls  de  fleuve  y 
en  périls  de  brigansy  en  périls  de  ma  nationy  en  pénis 
de  Gentils ,  en  périls  entre  faux  Freres  ;  en  peine  ^ 
en  travail ,  en  veilles  fouvent,  en  faim  ép  en  foi f y  en 
jeunes  foHventy  en  froid  ^  en  nudité.  Ou  tre  les  chofes 
de  dehors,  ce  qui  m' afftege  jour  nuityC  efl  le  foin  de 

îoutes^ 


j  àe  la  "Religion  Chrétienne*  >5 

Routes  les  'Egltfes.^^i  efl  affaibli,  que  je  ne  fois  affaibli 
\  aufft  ?  §ljji  efl  fcandalisé,  que  je  n  en  fois  auffi  brulé't 
Croit-on  que  S.  Paul  eût  ose  parler  de  fes  af- 
!:flid:ions  avec  tant  de  confiance,^  les  raporrer 
en  detail  pour  rinterct  de  l’Eglife  ,  que  des  (édu- 
dleurs  vouloiçnt  détourner  de  la  foi,  fi  ces  affli- 
d:ions  n’eufl'ent  etc  véritables,  &  meme  connues 
de  tout  le  monde  ?  Si  ce  qu’il  dit  eft  faux  ,  com¬ 
ment  ne  s’apèrçoit-il  pas,  que  bien  loin  de  faire 
taire  fes  ennemis  par  là  ,  il  leur  fournit  une  nou¬ 
velle  matière  de  le  décrier  ?  Et  fi  ce  qu’il  dit  eft 
véritable,  qui  peut  douter  que  faint  Paul  ne  foit 
perfuadé  de  la  vérité  de  la  Religion  Chrétienne , 
lors  qu’on  voie  ce  qir’il  fonffre,  &  la  maniéré 
dont  il  le  fouffre  ?  Où  eft  l’erreur  qui  infpire  au» 
tant  de  confiance  que  cet  Apôtre  en  fait  paroi-  ^ 
tre  ?  Q^’on  nous  faffe  voir  un  méchant  homme 
devenir  le-martire  perpétuel  ePune  impofture  fi- 
gnalée,  &  ne  lefpirer  pourtant  dans  fes  Ecrits 
que  confiance,  zélé  &  charité.  Q^on  nous  mon¬ 
tre  un  méchant  homme ,  qui  étant  forti  de  prî- 
fon  ,  fe  hâte  en  quelque  forte  d’y  rentrer  ,  &  qui 
va  prêcher  l’Evangile,  apres  avoir  été  déchiré  à 
coups  de  foiiet  pour  l’avoir  prêché  ;  un  ennemi 
de  fa  nation  ,  un  perfide  fédudeur  ,  qui  apres 
avoir  renoncé  à  tout  ce  qu’il  poffédoit  pour  piê»? 
cher  aux  autres,  n’en  veut  pas  même  recevoir  la 
nourriture  &  le  vêtement  j  qui  en  prêchant  l’E¬ 
vangile  immédiatement  aptes  ce  traitement  > 
ne  veut  pas  même  s’exemrer  du  travail  du 
corps  ,  de  ce  travail  vil  &  abjed  qui  fert  à 
gagner  (a  vie  j  qui  le  déclare  dans  fes  Epîtres 
à  des  gens  qui  lui  donneroient  fans  doute 
tout  ce  qu’il  leur  demanderoit  ;  qui  refufe  enfin 
après  tout  cela,  &  rejette  fans  alFedation  ,  la 
gloire  qu’il  femble  qui  lui  revient  de  la  prédica¬ 
tion  de  l’Evangile,  &  de  fon  renoncement  à  tou¬ 
tes  chofes  ;  &  qui  nous  nipiuxc  le  grand  principe 

auquel 


5?  4  Traite  de  la  Vérité  ! 

auquel  cette  gloire  doit  fe  terminer  ,  pour  faire  | 
voir  que  rien  n*eft  plus  légitime  que  le  refus  | 
qu’il  en  fait.  De  même aujft  ,  dit-il,  le  Seigneur  \ 
a  ordonné  (fu^ceux  qui  annoncent  rEvangilcy  'vi-  i 
'uent  de  r Evangile.  Néanmoins  je  nai'uféaan-  | 
cunes  de  ces  chofes.  Or  je  n  ai  point  écrit  ceci ,  afin  i 
qu  on  en  ufe  de  même  envers  moi.  Car  bien  que  i 
j* évangelife  ,  je  nWi  pas  dequoi  me  glorifier  y  pav^  | 
ce  quelanécefflté m*en  ejl  impofée.  Malheur  à  moiy  \ 
fi  je  n  évangelife.  *§lue  fi  je  le  fais  volontiers  yj*en  i 
ai  la  récompenfe  y  fi  je  le  fais  a  contre- cœur  y  la  \ 

difpenfaîion  nelaijfe  pas  dem^en  être  confiée.  G^uel 
falaire  donc  en  ai- je  ?  C*efi  qu  en  prêchant  l’Evan^  1 
gileijefaisque  V  Evangile  de  Clprifi  n  aporte  point  i 
de  dépenfey  afin  que  je  7z'abufe  point  du  pouvoir  que  I 
j*ai  endEvangile.  Et  ailleurs.  Certes  fcjiime  que  1 
toutes  chofes  me  font  dommage  pour  V excellence  de  i 
la  connoijfance  de  J.  C.  monseigneur  y  pour  fi  a^^  ! 
mour  duquel  je  me  fuis  privé  de  toutes  chofes  les  \ 

ejiime  comme  de  VordurCy  afin  que  je  gagne  Chrifi,  I 
Saint  Paul  coupe  Iqi-mcme  toute  racine  à  fa  1 
vanité.  Ce  n'e<^  point  après  des  aparences  bril- I 
lantes  de  vertu  &  démérité  qu’il  court.  Il  cher-  ; 
chela  rémifîion  de  les  péchez.  Toute  fa  force  eftj 
en  Chrift.  II  dit  que  Dieu  a  envoie  fon  Fils  au  | 
monde  pour  fauver  les  pécheurs ,  dont  il  eft  le  j 
premier.  II  avoué  quh'l  a  blafphemé  le  facré  nom  || 
par  lequel  il  nous  faut  être  fauvez;  qu’il  a  per-i 
fecuté  Je  s  üs-C  h  r  i  sxenfes  membres.  Il  attri-  I 
bué  toute  fa  converfion  à  la  grâce:  il  ne  parle  j 
que  de  la  grâce.  Et  quels  objets  furent  jamais  ij 
capables  d’humilier  les  cosurs  des  hommes,  fi  l 
ce  n’eft  pas  la  grandeur  immenfe  de  .Dieu ,  la  i 
profonde  mifere  des  hommes  ,  leur  corruption  i 
defefpcrce,  &  Tinfînie  mifericorde  de  Dieu  ma- j 
nifefié  en  fon  Fils  ,  qui  font  les  obicts  qui'! 
rempIüToient  les  dilcours ,  les  Epîtres  &  refprît  il 
de  S.  Paul,  lequel  renfermant  toutes  ces  vüési!i 

dans  i 


de  la  Religion  Chrétienne.  $  f 

^ans  une  feule,  ne  fopropofoit  de  fçavoîr  que  _ 
jE<ius-CHRisT ,  &  Jesüs-Christ  crucifîé* 

Mais,  dic-on ,  n’cft-il  pas  vrai  que  S,  Paul 
agifï'ant  comme  iJ  a  agi ,  s*eft  aquis  une  gloire 
immortelle  ?  L*évcncment  Ta  fait  voir  :  &  pour¬ 
quoi  ne  croirons  nous  pas  que  S.  Paul  a  agi  par 
un  principe  de  vaine  gloire,  aïant  prévu  ce  qui 
arriveroic  ? 

Certes  Timagination  feroît  belle,  de  penfer 
que  Saul  prcocupé  contre  les  Chiétiens,  Phari- 
fien ,  orgueilleux,  cherchant  à  s’immortalifer, 
s’avifera  d’apuïcr  une  impofture  aiifTi  choquante 
que  le  feroit  celle  des  Difcîples,  fi  les  incrédules 
avoîent  raifon ,  croira  tromper  TUnivers  &  la 
pofterité  par  des  menfonges  grofllers  5  tirera  la 
force,  le  courage  ,  la  confiance,  la  charité,  la 
pieté ,  de  ce  projet  chimérique  &  de  ce  deflein 
perfide  j  combatra  les  bêtes  en  Ephefe  par  l’ef- 
pcrance  de  cette  immortalité  en  idée  ,  quinepeun 
pas  un  jour  fiater  fes  cendres  dans  le  tombeau  t 
que  cét  orgueil  vivra  au  milieu  de  la  honte  &  des 
douleurs  j  &  qu’une  idée  qui  n’a  acoütumé  de 
naître  que  dansToifiveté,  &  qui  eft  le  fruit  de  la 

{>ro(perité  &  de  l’abondance,  triomphera  pour 
a  première  fois  des  fentimens  de  la  nature  les 
plus  réels  Sc  les  plus  vifs. 

Mais  quoi  î  S.  Paul  eft  un  pblîtîque  ,«un  mon¬ 
dain  qui  a  une  fecrcte  envie  de  travailler  pour 
foi-même.  Ne  connoîtra-t-on  pas  fon  caraéfere  5 
Ne  fc  dcmcntira-t-il  point  ?  Son  orgueil  ne 
poura-t-il  pas  fe  découvrir  un  peu ,  lors  qu’étanc 
*cn  Licaonie',  on  veut  lui  facrifier,  le  prenant 
pour  Mercure?  Et  à  force  de  méditer  fur  Jes 
Epîtres  ,  n’y  trouverons-nous  pas  quelque  mar¬ 
que  de  cette  prodigieufe  vanité  qui  le  fait  agir  ? 
Pourquoi  les  incrédules  ne  fe  confultent-ils  pas 
eux- mêmes  là-defTus  , 

Ils  pouront  trouver  dans  leurs  cœurs  quelque 


5^  Traité  de  là  Vérité 

difpofîtion  à  être  impoilwirs  /  mais  ils  n’y  ciï 
trouveront  point  à  foufFrir  pour  leur  impoftuie.  , 
Ils  pourront  peut-être  fe  fentir  dilpofcz  à  fouf-  1 
frir  pour  une  ioipoftute ,  qui  pourroit  dans  la  I 
fuite  leur  procurer  de'^grandes  richeffes  :  mais’ 
non  pas  à  foufFrir  pour  une  impoftüre  qui  les 
oblige  à  renoncer  à  toutes  chofes,  à  foutrrir,  & 
à  perdre  même  la  vie  pour  couronnement  de  : 
leurs  foufFrances.  On  peut  fe  trouver  difpofc  à, 
renoncer  à  toytes  chofes ,  &  à  foufFiir  la  mort  i 
pour  le  bien  de  fa  patrie  ,  ou  pour  conferver  fou 
honneur,  ou  pour  quelqu’autre  fujet qu’on  croit j 
légitime  :  mais  non  pas  pour  défendre  ce  qu  on  i 
fçait  bien  qui  eft  un  menfonge.  L’idée  du  fouvenir  1 
de  la  poOeriré  peut  dater  rorgueil;  mais  non  j 
pas  jufqu’à  l’obliger  à  faire  un  prefent  affreux  || 
&  épouvenrable,  &  jufqu’à  facrifier  à  cette  idée  i 
ce  qu’on  polFcde  de  plus  réel.  On  peut  fe  fentir  ji 
de  la  difpofîtion  à  tromper  les  hommes,  &  à  | 
aceufer  fa  nation  d’un  crime  imaginé  j  mais  non  ' 
pas  lorsqu’on  lui  témoigne  une  charité  extraor-  ' 
dinaire ,  &  qu’on  fait  tous  fes  éforts  pour  la  fan-  1 
êlifîer.  Ôn  peut  concevoir  le  defTein  de  féduire  | 
les  hommes  :  mais  on  ne  peut  pas  faire  éclater  en  j 
même  tems  mille  vertus  par  fes  actions ,  &  une  | 
confiance  admirable  dans  fes  paroles.  Qu’on  [ 
cherche  dans  le  coeur  de  tous  les  hommes ,  on  n’y  ; 
trouvera  jamais  l’union  de  toutes  ces  qualitez. 
Comme  on  n’en  fçauroit  donner  un  exemple  dans  ■ 
la  vie  &  dans  les  actions  d’aucun  homme,  l’idée? 
n’en  étoit  peut-être  jamais  montée  dans  rcfprit  ' 
des  hommes.  Qi^llc  foiblcfFe  n’cft-ce  pas,  de  , 
pçnfer  que  cela  lé  trouve  rccilement  en  la  per-  j 
fonne  de  S,  Paul  &  de  quelques  pêcheurs?  Sur-*  j 
quoi  peut-être  fondée  une  pareille  imagination  ,  ; 
que 'fur  une  envie  defefpcrée  de  fe  tromper  foi-  ; 
même  ? 

Mais  afin  qu’on  ne  nous  acuCs  pas  d’avapcer  i 

fans 


[  de  la  'Religion  Chrétienne* 

"ans  fondement  ce  que  nous  difons  de  la  confian- 
:c  de  ccc  Apôtre  il  faut  l’ccoucer  lui'  même^ 
Car  notre  Icgere  affliciton ,  dit-il ,  qui  ne  fan  que 
)afer ,  produit  en  nous  un  poids  éternel  d'une  gloire 
kxcélcmmenî  excélente  diiWtms.  f  e  fuis  plein  ^ 

\dc  joie  en?2otre  afJiiôlion.Car  comme  n  ms  fumes  ve-  ^ 
\*}us  en  Macedoine ,  notre  chair  neût  aucun  rdâche* 
Ah  contraire ,  nom  avons  été  affligez  en  tomes  fa^ 
^fons  ;  combats  par  dehors ,  craintes  par  dedans: 
^^nais  Dieu  qui  con foie  les  abatus ,  nous  a  confolez, 
;&c.  Et  au  ch.  II.  de  cette  meme  Epîcre,  'Et  partant 
ji'e  prens  plaifir  en  infirmités  yen  injures, en  nécejfîtésy 
\en  perfecutions ,  en  angotjjes  pour  Chrifl  ;  ^  quand 
UfuisfoibUyalorsje  fuis  fort.  II  prétend  même  que 
Itous  ceux  qui  font  animez  du  même  efprit  que 
lui  ne  peuvent  s’empcclicr  de  fe  réjouir  fainte- 
|mer.t  en  leurs  foufFrances.  Mais  le  fruit  y  dit-il  i 
r  Efprit  efl  charité  y  joie ,  paix ,  efprit  patient,  he^ 
^mgni.éy  bonté  y  fidélité,  douceur ,  tempérance,  C’ed 
!lc  caraélere  véritable  du  Chrétien.  Les  Apôtres 
neprcchoient  que  pour  faire  naître  ces  vertus. 
Mais  voïons  encore  quelques  traits  de  lajoïeSC 
delà  confiance  de  S.  Paul.  Voici  de  quelle  ma- 
•minière  il  s'exprime  quelque  part.  Etant  oprejfcz 
en  toutes  fortes  y  mais  non  point  réduits  à  l'étroit  y 
\étantm  perplexité ,  mais  non  point  deflituez  5  étant 
perfécutez,  mais  non  point  abandonnez  >  étant  aba^ 
tus,  mais  non  point  perdus  ;  portant  toujours  en  notre 
corps  la  mortification  du  Seigneur  fef us  y  afin  aufil 
que  la  vie  defefus  fait  mantfejiée  en  nous.  Et  ail¬ 
leurs.  ^ie  fi  je  me  fers  d' afperfion  fur  le  facrifice  de 
[vôtre  fût  y  je  m'en  réjouis  avec  vous  tous.  Vous  aufji 
Wéjo'ùifi'ez^vous  avec  mot.  D'où  peuvent  fortir  ces 
imouvemens  de  joî'c  que  S.  Paul  exprime  fi  naïve- 
iment ,  que  l’art  ne  peut  imiter ,  qui  régnent  dans 
toutes  ks  Epîtres  depuis  le  commencement  juC- 
^qu'à  la  fin,  &  qui  femblcnt  fi  bien  venir  d'un 
'  cœur,  qui  ne  pouvant  renfermer  fa  joïe  &  fa  fa- 
Tome  11*  E  cisfa- 


98  Traité  de  la  Vérité  1 

tisfadion ,  s’oavre  &  s’épanche  au  dehors  pomi 
la  laiiTcr  paroître  ?  , 

Affurément  ces  fentîmens  ne  viennent  poînti 
de  la  nature.  La  nature  le  plaint ,  elle  gémit  / 
lors  qu’elle  fouffre.  Les  Stoïciens  qui  ont  voulu: 
ctoufFer  fes  plaintes  innocentes  ,  ont  prétendu 
que  l^n  pouvoit  fe  vaincre  jufqu’à  confcrveii 
toutel^a  tranquiiité  au  milieu  des  tourmens  :  maiîi 
les  Stoïciens  n'étoient  pas  allez  jufqu’à  croire 
que  la  joïe  devoir  naître  des  maux  mêmes  que 
l’on  fouffroit.  Il  n’y  a  que  les  Chrétiens  qui  trou¬ 
vent  le  principe  d’une  confolation  &  d’une  joïe, 
inexplicable  dans  les  affiiêlions.  Qui  eft  donc  ce 
Paul  qui  a  des  fentimens  h  élevez  ?  C’eft  ,  dit^ 
l’incrédulité  ,un  impofleur.  Par  quelle  force  va-! 
t-il  plus  loin  que  toute  la  vertu  des  Stoïciens  nci 
s’eft  vantée  d»aller  ?  Par  la  force  de  la  plus  gran-' 
de  impofture  qui  fut  jamair.  En  vérité,  peut-on 
bien  fe  perfuader  cela?  Pour  moi  >  je  ne  trouve 
de  difficulté  qu’à  me  perfuader  que  les  furpérbea; 
partifans  de  la  raifon  humaine  foient  fi  detai-, 
fonnables  &  fi  extravagans, 

chapitre  XII.  I 

ch  Von  continué  dV examiner  Us  Epitres  de 
SainVTauL 

IA  troifîéme  chofe  qu’il  importe  de  remar- 
^quer  dans  les  Epîrrcs  de  S.  Paul  ^  eft  qu^clles 
ne  font ,  pour  ainfi  dire,  qu’une  continuelle  ré-; 
pétition  de  la  mort,  de  la  rcfurrcêfîon  &  de  l’af- 
cenfion  de  J  esus-Christ  ,  ou  du  moins  des  chofes 
qui  s’y  raportent  cfléntiellemcnt  :  de  forte  que 
cjuand  les  quatre  Evangiles  feroient  perdus,  on; 
trouveroit  la  moelle  &  l’cftenticl  de  l’Evangile 
dans  les  Ecrits  de  S.  Paul,  On  voit  cela  dans  le 
commencement  de  prcfquc  toutes  fes  Epîcres 
*  Touchan  ' 


;  de  la  Religion  Chr etienne. 

Touchant  fon  fils,  dit-il  aux  Romains,  chap. 

W/  a  été  pleinement  déclaré  Fils  de  Dieu  en 
fonce  félon  dEfprit  de  fancir fi  cation  par  la  réfur^ 
\reciion  des  morts  ,  à  ffa^votr  de  notre  Seigneur 
fcfus^Chnfv.  Mais  on  le  voie  plus  exprefTemenc 
len  pluiieurs  autres  endroits.  Voici  comme  il  en 
Ipaile  au  chap.  15  de  la  première  Epïcre  aux  Co- 
rini  biens,  /c  vous  ai  donné  ce  quefavois  aujfi  recâ^ 
\ff avoir  que  Jefus^Chriji  eft  mort  pour  nos  péchez, 
félon  les  Ecritures  j  qtitla  été  enjévelt^  quil 
kfî  réfnfciîé  le  trcifiéme^our  félon  Les  Ecritures > 
jd'’  qtitl  a  été  vâ  de  Cep  ha  s  y  &  puis  des  douze  ^ 
Depuis  il  a  été  vu  de  plus  de  cinq  cens  F  reres  a  une 
\fois ,  def quels  plufienrs  font  vivons  jufqud  prefent^ 
Ô*  quelques-uns  dorment^  Après  il  a  été  vu  de 
'ffdques ,  puis  de  tous  les  Apôtres  ,  après  tous 
fil  a  été  vu  aujfi  de  moi  comme  un  avorton*  ^ 

Voila  quelle  eft  la  confiance  avec  laquelle  cét 
jAporre  parle  de  la  Réfurredlion  dejEsus- 
iC  H  R  I  s  T.  Il  ne  dit  pas  feulement  en  termes  va¬ 
gues  &  g^rnéraux  ,  qu*on  a  vu  J  e  su  s*C  h  R  i  s  r 
'après  fa  rèfurredlion,  il  dit  que  J  e  s  u  s-C  H  R  1  sT 
ia  été  vu  deCephas ,  de  jaques ,  des  ancres  Apô- 
itres ,  dclui-mémcj  qu'il  a  été  vu  par  cinq  cens 
jF.-ere  à  la  fois  ,  dont  une  bonne  partie  vivoic  en- 
'corc  :  les  prenant  parla  à  témoins  ,  &  s’expofanc 
■vifiblement  à  être  centredit ,  fi  cela  n'eüt  pas  été 
I  véritable.  S’il  cft  vrai  qu’il  y  ait  un  fi  grand  nom- 
^jbre  de  perfonnes  qui  témoignent  qu'elles  ont  vii 
I Jesus-Christ  rcffulcitc,  ce  fait  ne  fçauro:t  être 
Ifaux.  Car  le  moïen  que  cinq  cèns,  trois  cens, 
cinquante  perlonncs  confpiraffent  à  foütcnir  cet¬ 
te  fable  nonobilant  les  luplicés  ?  Et  s’il  n’eft  pas 
vrai  qu’il  y^it  un  nombre  de  perfonnes  qui  dépo¬ 
nent  qu’ils  ont  vu  Jesus-Christ  rcflufcicc  ; 
Comment  S.  Paul  Tofe-t-il  écrire  aune  infinité 
jde  gens,  qui  ne  pouvoient  avoir  vu  les  Apôtres 
'Uns  fçavoir  ce  qui  en  écoit  >.  Comment  ofe-t- il 
E  ij  marque.»: 


2  00  Traité  de  la  Vérité 

marquer  par  leur  nom  ceux  à  qui  J  e  s  u  S-Chri§T 
cft  apaiu  apres  i'a  rclurrcâ:ion  ?  Q^lle  eft  fa  har» 
dielle  ,  de  defigner  un  fi  grand  nombre  de  témoins 
de  cette  vérité,  &  de  dire  que  la  plupart  font 
encore  vivans  ?  Comment  dit-il  cela  en  paflant, 
par  manière  d’aquic  ,  &  comme  une  ch'ofe  con¬ 
nue  de  tout  le  monde  f  II  le  dit ,  &  fe  contente  de 
le  dire,  fans  faire  comme  les  impofteurs  ,  qui  fc 
fervent  du  tour  &  de  radrefle  de  leur  efprit  pour 
donner  plus  de  couleur  aux  chofes  qifils  veulent  i 
faire  acroire ,  &  qui  emploient  plus  d’art,  à  mefu-^ 
le  que  ce  qu’ils  veulent  perfuader  efi  incroïablc. 
Mais  pourquoi  ne  rendoit-il  pas  un  témoignage 
plein  de  confiance  à  la  vérité  de  la  réfurredlion  de, 
J  ES  us- Ch  r  I  ST,  puis  qu’il  prétend  que  rEfprit 
meme  du  Seigneur  en  rendoit  un  bien  fenfible  & 
bien  éclatant  ? 

En  éfet ,  faînt  Paul  dans  fes  Epîtres  parle  des 
dons  miraculeux  comme  de  quelque  chofe  de 
très  connu.  Il  les  apelle  les  dons  du  S.  Efprit ,  &  ; 
quelquefois  fimplcmcnt  le  S.  Efprit.  Celui  qui 
voudroît  ôter  de  fes  Epîtres  tous  les  endroits  où 
iî  en  parle ,  en  ôteroit  fans  doute  une  des  plus 
Cor.  confidcrables  parties.  A  l'un  y  dit-il,  efi  donné  \ 
far  rEJprlt  la  parole  de  fapience ,  ^  à  l' autrey  félon' 
le  même  EJprit  y  la  parole  de  connoiffance  j  à 
l'autre  la  foi  en  ce  même  Efprit  j  ^  à  Vautre  les 
dons  de  guerifon  en  ce  même  Efprit  ;  ^  d  Vautre  des 
operations  de  vertus  i  'd  Vautre  la  prophétie 
Vautre  le  don  de  difeerner  les  efprits  ;  d  Vautre  la 
diverfité  des  langues  :  mais  cefeul  même  Efprit  ' 
fait  toutes  ces  chofes ,  difrihuant  particulièrement 
d  chacun  félon  ^uil  veut^ 

Vous  voïcz  comment  S.* Paul  fupofe  en  paf- 
fant  ce  fait  comme  un  fait  d’expérience  ,  &  que 
chacun  connoiflbit.  Cependant  il  efl  remarqua¬ 
ble  qu’il  ne  s’agit  pas  là  d’un  feuî  de  ces  dons,  i 
mais  c}e  pluficurs  dons  miraculeux,  &  qui  iont| 

même 


Il  de  la  'Relhton  Chrétienne.  loi 

rttocme  a  couvert  d’illufion  &  d’artîfice.  Car 
[  juandon  auroit  piîfuporer,  que  certaines  gens 
^«ivoicnt  reçu  le  don  de  parler  des  langages  j  quand 
:;:cs  gens  n'auroicnt  pas  été  démentis  d’abord  par 
'  des  pcrfonnes  qui  (çavoicnt  véritablemcnc  ces 
angues-là  :  comment  y  en  pouvoit-il  avoir  d’au- 
!  ;:res  qui  expliquoient  les  langues,  &  qui  encen- 
’loicnt  les  gens  de  toufes  les  nations ,  &  d'aiurcs 
:i']ui  guériflbicnc  les  malades  ,  &’d’autres  quifai- 
Moier.t  des  venus,  &  qui  avoient  la  foi  des  mira- 
I  :1e  ?  Scc. 

\  Mais  peut-être  qu’on  ne  fe  contenteroîc  pas 
le  ce  fcul  paflage.  En  voici  donc  un  tout  pareil. 
^a)Td  bienjefarlerois  lelangage  des  hommes  ,  ^ 
\meme  le  langage  des  Anges ,  &c.  quand  f  aurois  les 
ions  de  prophétie  i  connoîtrois  îom  les  feçretSyScc. 
yquandf  aurois  toute  lafoiytellement  que  je  tfanf^or^ . 
ta jfe  les  montagnes  y  Scc.  Tous  font-ils  Prophètes  ^ 
[lit.  il  dans  le  chapitre  précédent.  Tous  ont-ils 
'  des  vertus  ?  Totu  ont- ils  les  dons  de  guéri fon  ? 
Tous  parlent  -  ils  des  langages  ?  Tous  interpré^ 
îcnt-tls  ?  Mais  foïez  convoiteux  de  pUts  excélens 
(tons  :  je  vas  vous  enfeigner  un  chemin  qui 

furpajfe  de  beaucoup.  C’eü  alors  qu'il  cominence 
à  faire  l’clogc  de  la  charité  ,  &  qu’il  la  prcfcie  à 
tous  les  dons  miraculeux.  Il  parle  tout  de  luéme 
;cn  céc  endroit  indircdfemeiu  &  en  palTiat  de 
ces  dons  j  &  la  manière  dont  il  s’exprime  fait 
ibicn  voir  que  ce  fait  ctoit  d’une  notoriété  pu- 
ibliquc; 

Qiie  h  l’on  veut  encore  une  plus  grande  preii- 
I  ve  de  cette  vérité ,  mais  une  preuve  qui  me  paroît 
jaudcHus  de  la  fubtilité  &  des  exceptions,  il  fuf- 
ifira  de  confidércr  ,  qu’entre  ces  dons  celui  de 
parler  des  langues  étoit  devenu  fi  commun  ,  étant 
communiqué  fort  fouvent  par  l’impofition  des 
mains  des  Apôtres,  qu’il  furvint  un  grand  trou¬ 
ble  &  une  grande  confufîon  dans  l'Eglife  de  Co- 
£  iij  rinihc 


JC  Z  y  mite  de  lu  Vérité 

linthe  à  cette  ocafion  ;  parce  que  Ceux  qutj 
avoient  reçu  ce  don ,  voulant  tous  parler  des  lan- 
e;ue3  crrangercs  dans  TEglife ,  raffemblcc  n’en 
ctoic  point  édifice.  C’eft  ce  qui  obligea  S.  Paul 
à  leur  écrire  fortement  là^deflus  i  &  c’eft  à  quoi 
il  empîoïe  particulièrement  le  chap.  14.  de  ia 
première  Epître  aux  Corinthiens,  Je  deftre  bien  j 
leur  dit-ii ,  que  vous  forlicz,  tous  des  langages:] 
mais  beaucoupplus  que  vous pYophetifieZj  afin  que 
L'Hgltfe  en  reçoive  de  V édification.  Prophetiler; 
dans  le  (ens  de  cet  A  pôtre  ,  cft  annoncer  la  parole 
de  Dieu  ,  écTcxpliquer  au  Je  rends gYacei\ 

d  mon  Dieu  y  ajoute-t-il,  que  je  parle  plus  delan-^ 
gages  que  vous  tous  -.mais  j' aime  mieux  prononcer^ 
én  VEglife  cinq  paroles  en  mon  intelligence ,  afin  que 
j* infirmée  au Ifi  les  autres ,  que  dix  mille  paroles  er 
une  langue  inconnue.  C^efi  pourquoi  ,  ajoürc-t-i’ 
o[icl(]utzems2LŸtt&y  les  langages  font  pour  figne  \ 
non  point  aux  croians  y  mais  aux  infidèles  :  au  con'\\ 
traire  la  prophétie  ne  Ce  fi  point  aux  infidèles ,  mat^ 
AUX  croians.  C’eft- à- dire  ,  comme  chacun  kl 
conçoit  fans  peine,  que  le  don  dés  langues  que; 
Dieu  acordoit  miraculculémcnc  à  TEglife  ,  ctoii;' 
deftiné  à  confondre ,  ou  à  convertir  les  Înfidélcî' 
par  ce  témoignage  fenfiblcdc  la  divinité  du  Chriv; 
ftianiline  :  au  lieu  que  le  don  de  prophetifer,  c’eft'  ! 
à  dire ,  d’annoncer  ia  volonté  de  Dieu  ,  &  de  l’ex-  ' 
pliquer  au  peuple,  avoir  été  donne  pour  le  hier, 
&  pour  Tédification  des  Fidèles.  C’eft  à  ces  done; 
miraculeux  que  regarde  S.  Paul,  lors  qu’il  dit  aux 
Ephefiens  ,  N'éteignez  point  CEJpnt:  &  c’eft  d( 
ces  memes  dons,  de  ces  vertus  éclatantes  ,  qu i  " 
dit  aux  Gàlatcs  ,  O  Galates  ïnfenfez  ,  &c.  Celui\ 
qui  vous  fournit  CEjfirit ,  ^  qui  produit  les  vertm  > 
en  V0U4  y  le  fait' il  par  les  œuvres  de  la  Loi ,  ou  par 
la  prédicatîen  de  la  Toi  t  Enfin  c’eft  de  ces  donsjil 
T.  Cor.  miiaculeux  que  céc  Apôtre  parle*,  lorsqu'il  dit ,  1 
^te  Us  en  feignes  de  [on  Apoflolat  ont  été  acompUes 

entre 


fi  de  la  Religion  Chrétienne,  loj 

\^h‘e\ts  Corinthiens  avec  toute  patience  ,  avec  fi-- 
ines\  merveilles  vertus, 

1*1  Voici  les  incrédules  un  peuembaraflez  :  quel¬ 
le  (que  mine  qu*ils  faifenc ,  il  n*y  a  que  deux  partis 
!à  là  prendre.  Il  faut  dire  que  S.  Paul  avoit  perdu 
ijle  fens,  lors  qu’il  ccrivoit  tout  ce  que  nous  vc- 
;  nons  de  lir^  i  ce  que  ces  gens^Ià  font  bien  cloi- 
ijgnez  de  prétendre,  s’imaginant  au  contraire  , 

^  que  S.  Paul  a  été  allez  habile  pour  tromper  une 

l' iinfinitc  de  perfonnes  :  Ou  il  faut  avoiier  queles 
jFidcIcs  recevoient  aflez  communément  les  dons 
imiraculciix  dansTancienne  Eglife  ^  que  ces  dons 
Ictoient  divers  5  qu’il  y  avoit  eu  aduellement  des 
perlonncs  dans  PEglife  de  Corinthe  qui  avoîent 
causé  une  efpccc  de  defordre  en  parlant  diverfes 
jfortes  de  langues  par  le  S.  Efprit  :&  par  confé- 
}qvient  il  faut  rcconnoîtrc  la  divinité  de  nôtre 
i  Religion. 

CHAPITRE  XIII. 

:  nous  devons  regarder  comme  divine  rEcrimre 

;  du  Nouveau  T eflament, 

ILeft  certain  que  nous  croïons  trouver  des  ca- 
^  raderes  inconteftables  de  divinité  dans  cette 
!  Ecriture.  Car  pour  ne  pas  répéter  ce  que  nous 
j  avons  déjà  dit  dans  nôtre  première  Partie,  des 
I  Livres  qui  compolcnt  la  Révélation  des  juifs ,  & 
qui  n’cft  pas  moins  véritable  fur  le  fujet  des  Li¬ 
vres  du  Nouveau  Teftamcnt!  peut-on  ne  pas  ad¬ 
mirer  le  parfait  acord  de  ces  Auteurs  avec  Moïfe 
&  les  autres  Prophètes  ?  Peut-on  s’empêcher  ’ 
d’être  furpris  ,  en  voïant  le  confentement  de  ces 
Ecrivains  entr’eux  ,  foit  dans  les  chofes  qu’ils 
raportent  ,  foit  dans  le  but  des  exhortations 
qu'ils  adreflent,  foit  dans  le  témoignage  qu’ils 
lendciu  ?  Et  vit-on  jamais  un  Auteur  être  fi  bien 
£  iiij  conforme 


l«4  ^Traité  de  U  Vérité 

conforme  à  lui- meme,  que  ces  divins  Auteurs  le 
font  les  uns  aux  autres ,  dans  rcflentiel  de  leur  do- 
dlrîne  ?  Où  a-t-on  vü  ce  caradere  de  douceur ,  dc  l 
débonnaireté,  de  /implicite,  tant  de  charité  pour' 
les  hommes ,  &  de  févérité  pour  les  vices ,  tant  de 
motifs  de  s*humilîfer  foi-meme,  &  tant  de  paf-j 
fions  à  glorifier  Dieu  ?  Où  eft-ce  cu'on  trouve 
cette  fublimitcdans  les  chofes  avec  une  telle  fim-  ' 
plicité  dans  rexpreffion ,  les  affligions  jointes  : 
avec  lajoïe,  une  confiance  héroïque  avec  l’état 
de  perfonnes  miferablcs  &  fans  fecours,  une  hu- 
.milité  profonde,  une  élévation  de  cœur  &d’ef-| 
prit  fi  grande  \  que  leur  morale  cft  la  plus  belle  i 
qui  fut  jamais ,  &  leurs  fentimens  plus  élevez: 
que  ceux  de  tous  les  autres  hommes  5  le  plus! 
grand  deflein  qui  monta  jamais  dans  le  cœurj! 
de  perfonnes  mortelles  ,  qui  eft  celui  de  ga¬ 
gner  tous  les  hommes  à  Dieu  ,  joint  à  fi  peu  ' 
de  ra finement  &  de  politique  ,  un  ardent  défit 
de  réüfTir  dans  leur  miniflcrc  ,  &  extrême  defin-' 
tereffement  ?  ! 

Je  fçai  que  c’efi:  ici  une  matière  de  fentiment  j,  j 
plutôt  que  de  dcmonftration  i  &  que  je  ne  puis;  1 
pas  obliger  les  incrédules  à  trouver  dans  îes  Li-*l  1 
vrcs  du  Nouveau  Teflament  cette  fublimité  Sc 
cette  magnificence  divine  que  j’y  aperçois  au  ^ 
travers  de  ce  langage  fi  groflier  &  fi  rebutant  qui  : 
en  fait  l’écorce  :  mais  toujours  ne  nieront-ils 
pas  CCS  quatre  vcriccz ,  quelques  cbfiincz  qu’ils 
puifTent  être*  I.  Que  jamais  aucun  des  impofteurs  ; 
qui  nous  font  connus  ,  ne  nous  a  lailTc  défi  cxcé- 
Jens  Livres,  que  les  Apôtres;  non  pas  meme  Ma¬ 
homet,  qui  auroit  pii  emprunter  leurs  fentimens  ; 
pour  fc  mieux  deguifer.  IL  Que  leurs  Ecrits  pa-  l 
loilTent  mille  fois  plus  exempts  des  pafiions  & 
des  foiblcfTcs  humaines ,  que  les  Livres  des  plus 
fa ges  des  Païens,  où  Torgneil  du  moins paioîffoic 
comme  fur  fon  trône.  III.  le  caraclere  de 

i’Ecii- 


r 

de  la  Religion  Chrétienne.  îoj 

Ecritare  du  Nouveau  Teftament  eft  infiniment 

defius  des  Ecrits  de  cous  les  Petes  qui  font 
* 'enus  (uccefiivement  depuis  les  Apôtres  jufqu’à 
ous ,  où  vous  remarquez  l’afFedlacion  ,  Tenvic 
:  Ile  faire  paroicre  de  Terudition  ou  de  rcfpric^  & 
quelquefois  beaucoup  d’aigreur  &  d’emporte- 
;nent  ,  parce  qu’ils  croient  bien  éloignez  de  la  * 
v»erfeélion  Chrétienne  &  de  l’état  Apoftoliquè. 
‘V.  Que  tout  ce  qu’on  a  fait  de  meilleurs  Li- 
-  rres  de  pieté  parmi  les  Chrétiens  depuis  les  Apô- 
fres  î  c’eft- à-dire,  les  Livres  qui  écabliffent  le 
mieux  le  repos  de  la  focieté  ,  &  qui  tendent  le 
:)Ius  à  la  gloire  de  Dieu ,  a  etc  fait  fur  le  modèle 
’ies  Livres  (àcrez,  d’où  Ton  a  même  pris  les  ina- 
jreriaux  pour  les  compofer.  Voilà  ce  qui  me  paroît 
certain. 

Ce  qui  eft  confiant  encore  ,  eft  que  fi  les  Apô-, 
très  ne  font  pas infpirez  divinement ,  il  faut  qu’ils 
foient  desimpolleurs,  &  même  des  hommes  exé¬ 
crables  qui  veulent  deshonorer  leur  Nation  ,  & 
jimmoler  à  une  idée  de  gloire  qui  les  flace  ,  la  vie 
,&  le  fang  d’une  infinité  de  perfonnes  qu’ils  apel- 
I  lent  au  martire. 

C’êtl  à  nous  maintenant  à  voir ,  fi  nous  pou- 
lions  nous  perfuader  que  les  plus  excélens  Li¬ 
èvres,  c’eft-à-dire  les  plus  propres  à  infpirer  la 
;  pieté  &  l’amour  de  Dieu  &  du  prochain  qui  foient 
) entre  tous  les  Livres  qui  nous  font  connus,  la 
fource  des  meilleures  chofes  qu’on  ait  écrites,  & 

I  le  premier  principe  de  la  pieté  &  de  la  vertu  de 
i  toutes  les  perfonnes  qui  en  ont  etc  converties ,  ne 
1  foient  que  l’invention  des  plus  méchans  hommes 
qui  furent  jamais. 

Et  certes , -puifq ne  tous  les  Chrétiens  ont  dans 
tous  les  ficelés  regarde  cette  Ecriture  comme  di¬ 
vine  &  comme  la  régie  de  leur  foi ,  la  diflinguanc 
par  là  de  toutes  les  autres  j  il  faut  que  tous  les 
Chrétiens  fc  foient  trompez  dans  l’cffentivl  ,  & 

E  v  que 


10^  Trstité  de  lii  Vérité 

<|Lie  leur  foi  foie  entièrement  fauffe  ,  ou  que; 

cette  Ecriture  Toit  divine  en  effjc  ;  une  Tiadi- 

tion  univerfelle,  contante  ,  &  li  ncceffaircment 

lice  avec  le  but  de  U  Religion ,  ne  fçauroit  nous 

tromper. 

La  providence  a  pourvu  par  des  voïes  que  nous 
avons  déjà  marquées ,  à  ce  que. cette  Ec:icure  nous' 
fut  lailfée  aufii  entière  qu’elle  fonit  des  mains  des 
.Apôtres  i  &  les  premiers  Chrétiens  qui  nous 
aprennent  en  foule  qu’elle  efl  divine  ,  nous  apren- 
nent  ce  que  la  droite  raifon  les  oblige  à  recon-* 
noîcre  ^  &  nous  avec  eux.  Car  la  parole  préchéc 
pat  les  Apôtres  ,  &  la  parole  écrite  par  leur  plu¬ 
me,  ne  different  point  cfTentielIemcnc  :  de  forte 
que  fi  l’une  eft  divine,  il  faut  que  l’autre  la  foitj 
aufîi-  Or  qui  peut  douter  qu’on  n’ait  du  regar¬ 
der  comme  divine,  une  parole  que  Dieu  autori- 
foit  par  tant  de  miracles  \ 

On  me  dira  fans  doute,  qu*il  feroic  fouyent 
dangereux  de  raifonner  de  la  forte,  &  que  fi  un 
faux  Prophète  faifoic  des  prodiges ,  il  ne  faudroic  i 
pas  le  fuivre ,  fous  prétexte  que  Dieu  ne  préic 
pas  à  unimpofteur  le  fccours  de  fa  puiffancc  infi-  j 
nie.  Je  l’avoue  ,  &  je  tiens  qu’il  faut  examfner  la  : 
dodrine  &  les  miracles ,  pour  voir  par  cette  corn-  i 
paraifon  le  véritable  principe  de  l’un  &  de  l’autre,  j 
Aufli  avons-nous  cét  avantage,  que  non- feule-  j 
ment  nous  trouvons  ici  des  miracles  qui  furpaf-  . 
fent  tout  le  pouvoir  des  enfers  ,  tel  qu’eff ,  par  - 
exemple ,  la  rcfurrc(fl:ion  d’un  mort  j  mais  que  la 
doctrine  y  porte  tous  les  caraôlcrcs  d’une  doôtri-  : 
nevcru'édu  Ciel.  D’uncôtéccs  miracles  fi  grands  . 
&cn  fi  grand  nombre,  qui  font  diie ,  C*efi  teile  j 
doigt  de  Dieu  y  nous  permettent. pas  de  croire 
que  la  dodrine  qu’ils  confirment  foit  fauffe  & 
pcrnicicufe.  Le  bras  de  Dieu  ne  fc  déploïe  pas 
aînfîcn  faveur  du  menfonge.  £c  de  l’autre,  cette 
dodrinefi  faintc ,  qui  rend  fi  paifaicement  au  bien  , 

&  à 


...  lu  Religion  Chrétienne.  107 

■k  à  runion  des  hommes,  &  qu4  efl  fi  digne  de  ]’a~ 
îiOLir  que  Dieu  a  pour  eux,  nt>us  répond  que  les 
lîiracles  qui  la  confirmcnc  ne  viennent  point  de 
a  puiffance  des  ténèbres,  comme  les  ennemis  du 
IChriftianirme  ont  fait  femblant  de  le  croire. 
L’enfer  ne  s’interefïc  point  dans  la  fainteté  des 
ihommes,  ni  dans  leur  union. 

Les  Apôtres  déclarent  tous  exprefTcment,  que 
ila  parole  qu’ils  annoncent  ne  vient  pas  d’eux- 
imemes  ,  mais  de  Dieu.  Or ,  Freres ,  dit  S.  Paul  au 
IChap.  I.  dd’Epîcre  aux  Gilatcs ,  je  vom  déclare 
\cjue  l*Evangile  que  j*ai  annoncé  n  efi  point  felort 
homme;  cxr  je  neVai  point  aprisni  reçu  d'auc^m 
Ihomme  y  ?nais  par  la  révélation  de  Jefus-Chrifi. 
‘Ainfi  les  Apôtres  étant  aOTernblez  à  Jerufalcm 
Mans  le  premier  Concile  qui  fut  jamais  tenu,  & 
iécrivantaux  Eglifes  furquelques  queftionsqu’e  a 
jagitoit  en  ce  cems-Ià,  ils  fe  fervent- de  cette  fa- 
jçon  de  parler,  Car  il  a  femblé  bon  au  S,  Ef'prit 
I  à  nous. 

Les  Apôtres  parloient  donc  par  l’ordre  &  par 
!  la  révélation  de  Dieu  ;  ce  qui  fe  faifoit  en  plu- 
■  fiènrs  maniérés  :  en  vifion  ,  comme  lorfque  fair t 
Pierre  vit  un  linçeul  lié  par  les  quatre  bouts  qui 
décendoit  du  Ciel,  &  oii  il  y  avoit  de  toute  for¬ 
te  d’anîmau-x  immondes  ,  &  qu’il  lui  fut  dit  , 
Pierre ,  tfté  y  &  mangoyipouï  marquer  qu’il  dé¬ 
voie  cvangelifer  aux  Gentils  qui  n’ctoienc  plus 
un  peuple  immonde  aux  yeux  de  Dieu:  en  fenge  , 
comme  lors  qu’ftn  homme  Macédonien  fe  pre- 
fenta  à  Sv  Paul,  liii  commandant  de  paffer  en 
Macédoine  pour  y  prêcher  l’Evangile  :  en  extafe; 
c’cfl  ainfi  qu’il  y  a  de  l’aparcncc  que  S.  Paul  fut 
ravi  jufqu’au  rroifiéme  Ciel  :  mais  beaucoup  plus 
fouvent  encore  par  le  langage  intérieur  que  le 
S.  Efpric  formoit  dans  leur  amc  5  comme  lorfque 
l’Efprit  dit  à  Pierre  fur  le  fujet  des  fcrviceurs 
de  Corneille  qui  arri voient ,  avec  eux  y 

E  vj  fans 


loS  Traite  de  la  Vérité  j 

fans  671  faire  difficnUé ,  car  cefi  moi  qui  les  ai  en^  \ 
voicz,  ? 

On  auroit  quelque  fujct  cîe  foupçonner  ces; 
révélarions  ,  fi  c^étoic  un  leul  homme  qui  le  van-  j 
tât  de  les  avoir  j  mais  en  voici  pluficurs.  Ce  n^eft  i 
pas  en  une  feule  maniéré  que  Dieu  (e  rcvcle  à  ' 
eux,  mais  dans  toutes  îes  maniérés.  Ils  ne  (e  con-  i 
tentent  pas  dédire,  que  Dieu  leur  a  révéle  quel-  i 
que  chofe  pour  la  faire  acroire  ;  ils -font  des  mi¬ 
racles  j.  Ih  parlent  des  langages  ;  ils  commnni-  ; 
quent  ces  dons  j  ils  convertiflent  par  là  l’Univers  , 

&  acomplilTcnt  les  oracles  de  Dieu,  Cét  Efpric 
qui  les  remplit ,  &  qui  doit  les  remplir  ,  puifque  | 
le  tems  de  la  vocation  des  Païens  eft  arrivé  ,  fe  | 
produit  au  dehors  par  des  éfets  qui  confondent  j 
rincrcdulité.  1 

Cerrainemenr,  s’il  eft  vrai  que  Dieu  répandît  | 
fon  Erprit  fur  les  Apôtres  le  jour  de  la  Pentecô-  ; 
te ,  comme  il  Tcft  fans  doute ,  ce  ne  fut  que  pour  i 
parler  aux  hommes  par  leur  miniftere  ;  à  moins  | 
qu’on  ne  prétende  que  la  langue  des  Apôtres  i 
qui  ctoit  furnaturellement  élevée  jufqu’à  parler  i 
toute  forte  de  langues  ,  devoir  fe  borner  à  cét  i 
emploi ,  &  ne  pas  révéler  aux  houimes  îe  con-  i 
feil  de  Dieu*  Que  fi  nous  devons  regarder  com-  ; 
me  divine  la  parole  que  cette  langue  a  annoncée  >.  ! 
nous  ne  fçaurions  nous  empêcher  auiïi  de  regar¬ 
der  comme  divins  le^  Ecrits  qui  contiennent  cette  ' 
parole, 

J’efpere  que  Celui  qui  confidérera  bien  l’en-  | 
chaînement  de  tous  ces  principes,  fera  alTeï  per-  j 
fuade  qu’il  n’y  a  lien  de  plus  indiffoluble  que  ' 
leur  union.  S’il  y  avoît  une  Ecriture  du  Nouveau 
Tcfiament  du  tems  de  Clement  ,  de  Policarpe 
&  des  premiers  Peres,  comme  il  y  en  avoir  une 
aflurément,  cette  Ecriture  ne  fçauroit  avoir  été 
fupofée.  Si  l’Ecriture  du  Nouveau  Teftament 
n’eft  point  Tupofee  ,  il  eft  impofîible  que  certains 

fa’\s 


de  la  Religion  Chrétienne.  Ï09 

faits  publics  ,  &  que  Ton  pofe  dans  cette  Eciiture 
erre  d'une  nocorietc  publique  encre  les  Chrétiens  , 
ne  foient  vrais.  Si  ces  faits  font  vrais,  on  ne  peut 
nier  que  les  Apôtres  n’euffent  reçu  le  S.  El'pric. 
Si  les  Apôtres  ont  reçu  le  S,  Efpric,  il  eft  incon- 
tcfîable  que  leur  Ecriture  doit  erre  regardée 
comme  divine.  Je  ne  choifis  que  ces  principes 
entre  plufieurs  autres  que  j’ai  étabh’s  5  &  afin 
qu’on  ne  s’imagine  pas  qu  ils  ne  fubfi fient  que 
par  leur  enchaînement,  je  prie  le  Ledeurde  fe 
îbuvenir  que  j’ai  prouve  chacun  d’eux  en  plufieurs 
differentes  maniérés. 

Il  efi  donc  vrai  que  l’Ecriture  du  Nouveau 
Tcftamcnt  eft  divine,  &^ue  nôtre  Religion  l’eft 
auffi  j  car  ces  deux  veritez  n’en  font  proprement 
qu’une.  La  Religion  des  Chrétiens  ne  peut  pas 
être  divine,  fi  la  parole  ou  l’Ecriture,  qui  eft  la 
régie  de  leur  foi ,  eft  humaine  5  &  TEcriture  ne 
peur  être  divine ,  fans  que  la  Religion  des  Chré¬ 
tiens  foit  célefte  &  venue  de  Dieu.  Mais  il  eft 
bon  de  confidércr  les  difficultez  qu’on  opofe  à  ce 
grand  principe. 

CHAPITRE  XIV. 

Oh  Fon  examine  les  difficultez,  qui  peuvent  étr0 
opofées  aux  vérité!^  précédentes, 

La  vérité  haït  les  menagemens  :  voïons  donc , 
mais  brièvement ,  ce  que  nous  polirions  con¬ 
cevoir  de  doutes  (ur  les  véritez  précédentes  ,  & 
donnons  un  libre  effor  à  nôtre  irragination  fur  le 
fu  jet  de  la  perfonne  de  Jésus- C  h  R  i  s  x,  fur  celles 
de  fes  Dirciples>  fur  leurs  miracles,  fur  la  rclur- 
redion  du  Seigneur,  fur  les  dons  extraerdinaires 
&  miraculeux  qui  ctoient  communiquez  par  les 
mains  des  Apôtres. 

I.  Pour  commencer  par  la  perfonne  de  Jésus» 

Christ, 


Il  O  Traité  àe  la  Vérité 

Christ,  il  y  en  a  qui  croïent  que  Jesus-ChrisT 
^roic  Eflcüien  ,  &  que  c’cft  de  cette  Sede  qu’il  ! 
avoir  emprunté  ce  qu’il  y  avoir  de  meilleur  dans  • 
fes  moeurs,  &  de  plusiain  dans  (a  dod^rine.  Et  : 
eneifjt,  il  paroîc  par  îcs  portraits  que  PhiIon8c 
JoCephe  nous  en  ont  laifl'cz ,  que  les  Efleniens  vi- 
voient  dans  une  très-grande  union  ,  qu’ils  poffe- 
doient  leurs  biens  en  commun  j  qu’ils  fe  regar- 
doient  comme  autant  de  frcres,&  qu’ils  avoient 
des  idées  trés-faires  &  très-pures  de  Dieu  &  de 
Ja  Religion  i  ce  qui  ne  s’acorde  pas  mal  avec  le  i 
Cliriflianifmc.  D’aiUeurs  ,  il  ne  paroîc  pas  que 
Jesus-Christ  lésait  iamais  combatus ,  pendant  i 
qu’il  fuiminoit  contre^Ies  Scribes  &  les  Pharî-  1 
fiens.  Cependant ,  fî  J  esüS“Ch  R  I  s  ravoir  em- 
pruntc  fa  dodlrine  de  cette  SeéEc ,  il  faudroic  i 
moins  s’étonner  des  merveilles  de  fa  morale ,  &  il 
delafaintetc  de  fa  vie.  Mais  il  fera  difficile  que  ; 
Ton  ne  méprife  cette  fpcculatîon ,  Ü  l’on  confi-  t 
dére  qu’il  n’y  avoir  point  d’ElTeniens  dans  la  i: 
Galilée,  qui  ctoit  la  patrie  de  Jesus-Christ,  i 
que  les  Effieniens  haïffoient  le  commerce  des  i 
hommes ,  qu’ils  regardoient  comme  fouillez  &  ' 
profanes,  &  ne  vouloient  point  habiter  pour  cet-  : 
te  raifon  dans  de  grandes  villes  j  au  lieu  que 
Jesus-Christ  parcouroit  les  villes  &  les  bour-  ^ 
gardes,  enfeignoit  les  troupes,  prcchoit  dans  les 
Sinagogucs  :  que  les  Effeniens  avoient  en  hor-  ' 
reur  le  mariage  ;  au  lieu  que  Jesus-Christ 
choîfitdes  Difciples  qui  croient  mariez  j  &  qu’en- 
fîn  on  lui  voit  des  Pécheurs,  &  non  pas  des  Ef¬ 
feniens  à  fa  fuite.  \ 

K.  Peut-être  que  Jesus-Christ  doit  fa  con^ 
noiflancc  &  fes  lumières  à  l’éducation  ?  Com¬ 
ment  cela,  puisqu’il  a  etc  élevé  dans  la  boutique 
d’un  Charpentier  ,  de  l’aveu  même  de  fes  enne¬ 
mis  qui  le  lui  reprochent. 

III.  C’eft,  dira-t-on^  le  chagrin  qu’il  avoît 

contre 


de  la  Keligion  Chrétienne .  iri 

contre  les  Scribes,  les  Pharifiens  ,  &  ks  antres 
Cünclu<^eurs  des  Juifs,  c]ui  rengagea  première¬ 
ment  à  parler  contr'euxj  &  enfuice  pour  iescon- 
trecarcr  ,à  inventer  une  Religion  toute  contraire 
à  la  leur.  Mais  cju’eft-çeque  h  Fils  de  Marie 
avoit  à  démcler  avec  ces  Docteurs,  n’éranc  ni 
Sacrificateur  ,  ni  Lévite,  ni  prétendant  à  au-? 
■cune  dignité  ?  D  cù  leroit  venue  leur  concurren¬ 
ce  ?  Outre  c]u*il  ncfuffic  pas  de  dire,  que  Jesüs- 
Chp.ist  paroît  animé  contre  la  conduite  &  la 
doélrinc  de  ces  Doéteurs,  il  faut  voir  s*ilne  Tcft 
point  avec  rai  Ton. 

IV.  Mais  peut-être  qu’il  fe  lai  fit  aller  à  l’am¬ 
bition  de  paflérpour  Prophète  ;  ou  qu’entendant 
mal  certains  oracles  qui  fembloient  déterminer 
la  venue  du  MefTie  à  cecems-là,  il  croit  être  ce 
Mcfîie  de  bonne  foi. 

On  ne  peut  dire  ni  l’un  ni  l’autre.  J  b  s  u  s- 
Christ  n’a  pii  croire  être  le  Mefîîe  par 
(implicite  6c  par  ignorance ,  ni  le  faire  croire  par 
malice  &  par  impoPure.  Sa  morale  &  fes  enîeî- 
gnemers  ne  nous  permeccenr  point  de  croire  le 
premier  3  &  fa  fainteté  ne  nous  laifl'e  aucun  lieu  de 
penfer  le  fécond.  C’efl:  réduite  l’incrédulité  àPab- 
furditédu  monde  la  plus  fcnfible  ,  que  de  la  met¬ 
tre  dans  la  néceflitc  de  dire,  que  Jésus- Christ 
ctoit  le  plus  grofîîer,  ou  le  plus  méchant  des 
hommes  j  le  plus  groflicr ,  s’il  croïoit  être  le 
Mcflic ,  fars  l’é^rc  vcrirablcmicnt  j  ou  le  plus  mé¬ 
chant,  s’il  le  vouloit  faire  croire  an^  autres,  ne 
le  croïant  pas  lui-même  3  parce  qu’il  faut  s’ar¬ 
racher  les  yeux,  pour  ne  point  voir  que  la  Reli¬ 
gion  Chrétienne  part  d’un  principe  éclairé  ôC 
d’un  bon  fonds  tout  enfcmble. 

V.  Mais  ne  peut-on  pas  dire  la  même  chofede 
Mahomet  r  C’eft  le  paralclle  que  les  incrédules 
preflent  ordinairement.  Ils  prérendent  que  Jesus- 
Chri.t  Ôc  Mahomet  peuvent  avoir  été  aniijnez 

du 


lli  Traité  de  la  Vérité 

du  même  efprit.  E>e  toutes  les  défaites  de  Timpîe^ 
té,  celle-ci  tft  la  plus  mifcrable  ;  c*e(l  marquer 
qu*on  n’a  aucune  idée  des  chofes  dont  on  parlé  , 
que  de  s’arrêter  à  cette  comparaifon. 

Voici  en  éfet  bien  des  différences  effenticlles 
entre  Jesüs-Christ  &  Mahomet,  Mahomet  n’a 
point  prétendu  établir  fa  Religion  par  des  mira¬ 
cles  ,  encore  qu’on  lui  en  ait  attribué  quelqu’un  : 
au  lieu  que  Jesüs  Christ  ne  veut  pas  qu’on  croïe 
en  lui,  li  fes  œuvres  magnifiques  ne  lui  rendent 
témoignage  j  voulant  convaincre  les  yeux  &  les 
fens  de  fes  Difciples  par  des  faits  fenfibles ,  &  par 
des  miracles  qu’il  leur  donne  le  pouvoir  de  faire 
eux- memes ,  &  les  envoïant  prêcher  fa  rcfurrec- 
tion  Sc  fes  miracles  ,  dans  le  même  tems  qu’il  les 
menace  d’une  mort  &  d’une  condamnation  éter¬ 
nelle  ,  en  cas  qu’ils  trompent  perfonne  ,  qu’ils 
mentent,  ou  qu’ils deguifent  la  vérité.  Mahomet 
n’a  point  laîffé  des  Prophéties  dont  on  voïc  l’a- 
compliffcment  :  au  lieu  que  nous  en  avons  de  Jesus- 
Christ  ,  dont  l’événement  a  déjà  etc  un  commen¬ 
taire  bien  juftc.Ni  les  anciens  oracles,  ni  l’Ecriture 
du  Nouveau  Tefiament ,  ne  rendent  aucun  Té¬ 
moignage  à  Mahomet  :  au  lieu  que  les  Prophètes 
avoient  prédit  la  venue  de  J  e  s  u  s-C  h  R  i  s  t  com¬ 
me  d’un  Mcflîc  qui  devoir  réiinir  les  deux  peuples, 
&  étendre  l’alliance  de  Dieu  jufqu’au  bout  de 
l’Univers.  Mahomet  s’eft  établi  par  la  force  & 
par  la  violence  ,&  Jesüs-Christ  par  la  patience 
&  par  les  affligions.  L’un  cft  environné  de  foldats, 
&  l’autre  acompagné  de  marcirs.  L’un  donne  la 
mort,  &  l’autre  la  reçoit  pour  nous.  L’ambition 
de  Mahomet  ,  qui  établit  un  Empire  floriflant  , 
paroît  d’abord  dans  le  fuccez  de  fon  deffein.  Le 
defintereffement  de  Jesüs-Christ  Ce  montre,  en 
ce  qu’il  fe  retire ,  lors  qu’on  veut  Je  faire  Roi  j  qu’il 
déclare  que  fon  régne  n’eft  point  de  ce  monde  j  & 
q'i’au  lieu  de  s’acommoder  au  préjuge  charnel 


de  la  Religion  Chv etienne ^  îi? 

de  fcs  DiTciples  ,  il  prend  le  foin  de  les  defabafer , 
&  de  leur  prédire  tous  les  n:iaux  qui  les  acendenr. 
Et  quand  on  voudroic  concefter  tous  ces  faits, 
iceîa  parole  alTez  par  la  fin  &  par  le  fuccez  de  Ton 
Evangile,  qui  ne  fe  termine  qu^à  la  fancifîcacion 
du  cœur,  &  à  la  paix  de  Tarne.  Mahomet  a  in¬ 
vente  une  Religion ,  qui  fans  avoir  de  grande  con¬ 
trariété  avec  la  raifon  corrompue  ,  a  une  extrême 
convenance  avec  le  cœur  corrompu.  Il  a  fupri- 
me  le  (candalc  de  la  Croix ,  &  mis  en  fa  place  une 
grandeur  &  une  magnificence  mondaine  y  comme 
il  a  retranche  ce  qu’il  y  a  de  plus  fpirituel  &  de 
plus  dificile  dans  la  morale ,  pour  repaître  TeCpric 
de  fes  DiTciples  d’idées  lenfuelles  &  charnelles. 
Il  n’^n  eft  pas  de  même  de  Jesus-Christ  ,  qui 
propoTc  Ta  Croix  au  cœur  &  à  l’elprir  des  hommes 
corrtme  un  paradoxe  étonnant  ,  &  comme  une 
fource  de  mortification  &  de  repentance.  Maho¬ 
met  fait  régner  fa  Religion  à  la  faveur  des  ténè¬ 
bres  &  de  l’ignorance  ,  par  la  Tuprefiion  des  Li¬ 
vres  qui  pouroient  éclairer  les  hommes ,  &  par 
une  foumifiion  aveugle.  ].  C.  ne  veut  pas  qu’on 
croie  à  fa  doélrine  ,  fi  elle  n’eft  conforme  à  celle 
des  Prophètes.  Enquerez-vom  diligemment  des 
Ecritures^  nous  dit-il,  car  par  elles  vous  croïez  avoir 
la  vie  éternelle»  Mahomet  s’établit  par  le  déguife- 
ment  &  par  la  difiimulation  :  il  promet  au  com¬ 
mencement  de  tolerer  les  autres  Religions  :  il 
fait  bonne  mine  aux  Chrétiens  ,  Sc  enfuice  il  t⬠
che  de  les  détruire.  J.  C-  déclare  d’abord  Ton 
dclfein  ,  qui  eft  de  Tauver  les  perTonnes  ,  Sc  de 
détruire  la  Tugerfiition  :  Sc  ni  lui  ni  Tes  DiTciples , 
n’ufent  d’aucune  politique  ni  d’aucun  ménage¬ 
ment  à  cet  égard.  Mahomet  meurt  &.  ne  refiuT- 
cite  ,  ni  ne  prétend  relTuTciter  ,  pour  montrer 
qu’il  (oit  aprouvé  de  Dieu.  J.  C.  meurt,  &  l’on 
croit  qu’il  eft  reflurcirc  fur  le  témoignage  de 
ceux  qui  l’ont  vii  apres  Ta  rcTurrcdtion  ,  &  qui 

atefr 


114  Traité  àe  la  Vérité  li 

areflcnr  cc  fait  aux  yeux  de  tout  riTnîvcrs  auXi 
dépens  de  leur  lang  èc  de  leur  vie.  La  Religion  ' 
de  Mahomet  a  etc  inventée,  aidée  &  (bütenuë  par  ! 
Ja  politique  ;  celle  de  Jesüs-Christ  a  choque  j 
toutes  les  puiflances ,  &:  s*eft  établie  nonobflanc  ,i 
tous  leurs  cForts.  La  Religion  de  Mahomec  pa-  > 
roît  d*abord  ,  pour  ainfi  dire,  le  triomphe  de' 
l’habilité  humaine  &  de  la  cupidité  :  la  Rclicrion  i 
de  Jesüs-Christ  eh:  celui  de  la  droiture,  de  la  1 
juOice  &  de  Ja  Religion  naturelle  dans  la  pureté 
&  la  fîmpiieité  qui  lui  cft  propre,  &  qui  cft  ré¬ 
tablie  par  la  charité,  Mahomet  a  jetté  les  fon-  , 
demens  d’une  Monarchie  particulière ,  &  a  auffi  !j 
établi  des  loix ,  qui  ne  font  bonnes ,  à  parler  meme  |i 
humainement  ,  que  dans  les  lieux  où  il  a  établi  fa  ji 
domination.  a  donné  de  nou-  1 

veaux  principes  d’union  &  d’intelligence  utiles  1 
au  biende'la  focieté  en  général ,  &  propre  à  ci-  \ 
mcnterl’ union  de  tous  les  hommes  ,  enfaifantré-  j 
gner  l’cfpritde  la  charité.  La  venue  de  Mahomet  | 
n’a  point  fanélifié  les  hommes  :  celle  de  Jésus-  i 
Christ  a  été  fuivic  d’un  nombre  innombrable  de  ! 
perfonnes  qui  ont  renoncé  au  monde  .par  la  Foi  | 
qu’ils  ont  eue  en  lui.  Ce  n’eft  point  Mahomet  , 
mais  Jesüs-Christ  qui  a  acompli  les  Oracles 
qui  regardent  la  vocation  des  Païens  i  puifque 
c’eft  dej.  C.que  Mahomet  avoit  tiré  la  connôif- 
fancedu  vrai  Dieu ,  comme  nous  l’avons  déjà  vu. 
Enfin  la  profpcrîtc  temporelle  eft  le  caraélerc  de 
la  vocation  de  Mahomet:  on  peut  dire  que  Ma¬ 
homet  cftun  homme  divin,  s’il  eft  vrai  que  tous 
ceux  qui  font  dans  la  profperité  dans  ce  monde 
foient  aimez  de  Dieu,  c*eft-à-dire*,  à  condition 
que  les  méchans ,  les  injuftes&  les  titans  foient 
les  favoris  de  Ja  Divinité.  Le  caraélere  de  la  vo¬ 
cation  de  J.  C.  eft  au  contraire  la  patience,  le 
defintereftément ,  l’innocence  &  la  fimplicitedes 
moeurs  5  c’eft-à-dire  qu’il  eft  aprouve  de  Dieu  , 


de  la  Relipon  Chrétienne,  îif 

's’il  cft  vrai  cjue  les  hommes  vertueux  ,  patiens, 
ihumbics  ,  charitables  Je  foienc.  On  n*a  qu’à  nous 
ifatisfaire  fur  toutes  ces  dîferences;  &  alors  nous 
[recevrons  ce  paralclle:  mais  jufqu’alors  nous  le 
I  icjeccons  comme  ridicule  &  extravagant. 

CHAPITRE  XV. 

Ch  Von  continue' d* examiner  les  difficulteT^ 
des  incrédules» 

LTncréduîitc  ne  forme  pas  moins  de  doutes  fut 
les  miracles  de  Jésus- Christ ,  que  fur  fa 
perfonne  ;  parce  que  de  toutes  les  preuves  qui 
cfablifTent  la  vérité  de  fa.  Religion ,  il  n'y  en  a 
point  qui  frape  davantage  que  celle  qui  efl  prife 
des  vrais  miracles. 

I.  Elle  dira  d’abord ,  que  Jésus  Pils  de  Marie 
a  pü  opérer  deux  ou  trois  gucrifonspar  hazard  , 
ou'par  la  vertu  des  caufes  fécondés,  &  que  ce 
bon  fuccez  a,  pu  lui  acquérir  la  réputation  de 
Prophète  par  l’ignorance  du  peuple,  qui  attri¬ 
bue  s  des  caufes  furnatureîles ,  tout  ce  qu’il  ne 
connoîc  point.  On  répond  qu’il  s’agir  ici  d’un 
grand  nombre  de  miracles  de  diferentes  efpeces , 
de  miracles  fenfiblcs,  &  qui  par  leur  nature  font 
audelTusde  toute  imitation  &  de  toutes  fourbe¬ 
rie  j  tels  que  font  la  réfurreélion  des  morts,  la 
gucrifon  des  aveugles,  des  boiteux,  des  para- 
litiques  ,  &c.' 

Il,  On  a  peut-être  des  témoins  apoflez  pour 
attefter  des  miracles  fabuleux  ?  Comment  cela  \ 
Puilque  Jésus- Christ  n’avoir  ni  argent  à 
donner,  ni  dignitez  à  promet  re;  &  que  l’ha¬ 
bilité,  le  rafinement ,  politique,  les  richefles 
&  le  crédit  croient  entièrement  du  côte  des  Scri¬ 
bes  ,  des  Pharihens ,  des  Doéleurs  de  la  Loi ,  fes 
ennemis  implacables,  qui  ne  perdoient  aucune 

ocafion 


îî^  Traité  la  Vérité 

ocafion  de  lui  nuire ,  &  dont  il  ccnfuroît  hautes  î 

ment  riiipocrifie  en  toutes  rencontres. 

I I I.  J  esüs-Christ  avoir  cette  prudence ,  dît-  j 
on ,  de  ne  faire  fes  miracles  que  devant  trois  ; 
Difciples  choifis,  Pierre  ,  Jaques  &  Jean.  Qui  ' 
fçait  fi  ces  trois  Difciples  gagnez  par  l’ambition 
de  leur  Maître  ,  n*atteftoient  point  comme  vc-  ’ 
ritables  des  miracles  qui  ne  Tutoient  point  ? 

Il  ne  faut,  pour  perdre  ce  foiipçon  ,  que  faire 
icflcxion  fur  tant  de  miracles  que  J.  C.  a  fait  en  | 
la  prefence  de  (es  autres  Difciples.  11  reflufeite 
le  fils  de  la  veuve  de  Naïm  comme  on  le  portoîc 
dans  le  fepulcre.  Il  reltve  Lazare  de  fon  tom-  | 
beau  en  prefence  de  plufîcurs  Juifs,  qui  écoient  là  > 
venus  pour  confolcr  les  fœurs  de  ce  mort.  Il- 1 
attend  quatre  jours,  afin  qu’on  ne  puifle  point  j 
dire  qu’il  n’etoir  pas  vcrirablement  décédé.  Il 
permet  que  Lazare  converfe  parmi  ceux  de  fa  i 
connoifiance  apres  fa  rciurrcdl’on ,  &  que-  les  ' 
Juifs  aveuglez  de  rage,  confpircnt  de  renvoïcr 
au  tornbeau  celui  que  le  tonibcau  leur  envoïc 
pour  les  convertir^ 

IV.  Mais  eft'il  poflible  que  des  miracles  fi 
grands ,  qu’ils  font  fans  exemple,  faffenc  fi  peu 
d’imprefiîon  fur  les  efprits  ?  Les  hommes  font 
bien  méchans ,  &  bien  remplis  de  préjugez  au¬ 
jourd’hui  :  cependant  quel  éclat  ne  feroic  point 
la  refurredion  d’un  mort  ?.  Combien  de  gens  y 
auroit-il  qui  voudroient  s’înftruire  de  ce  fait  ? 
Combien  peu  qui  doutaffent  apres  en  avoir  con¬ 
nu  la  vérité  ?  Je  répons ,  que  de  ceux  qui  oüircnc 
ce  miracle,  la  plüpart  ne  le  crurent  point  ;  les 
autres  l’atribuerent  à  la  puiflance  de  Beelzebut  > 
les  autres  à  quçlqu’autre  çaufe  ;  les  autres  ne 
fçurent  qu’en  penfer  ,  &  refuferent  de  s’en  in- 
firuire  j  les  autres  crüient  que  Lazare  &  J.  C. 
éroient  de  concert  pourféduire  le  peuple  ,  &:  c’é- 
toit  vrai-fcm’Dlablcment  la  difpofition  de  ceux 


y,  de  la  Religion  Chrétiennë.  tVf 

i  juî  cherchoient  apres  Lazare  pour  le  mettre  à 
t  norc  ,  les  autres  qui  cioient  en  beaucoup  plus 
i  petit  nombre  ,  en  prirent  ocafîcn  de  donner  gloî- 
\  ,:e  à  Dieu.  Or  afin  qu*on  ne  foir  pas  furpris  du 
ipeu  d*impreiïîon  que  ce  miracle  fit  fur  des  hom- 
Ties  préocupez  &  fupcrftitieux  ,  il  fufira  qu*ou 
îÎFalle  deux  reflexions  fur  ce  fujet.  La  première, 

?  qu’il  y  a  eu  des  Juifs  qui  ont  avoiie  les  miracles 
de  j.  C.  fans  ccfl'er  detre  incrédules  j  aimant 
rjmieux  les  atribucr  (uperflitieufement  à  je  ne  fçai 
f|quelle  prononciation  du  nom  de  feho'tHy  que  de 
Iles  raporter  à  leur  véritable  caufe;  ce  qui  fait 
,voir  que  Tèvidence  des  miracles  ne  lufîc  pas  pour 
vaincre  reiidurciflemcnt  des  cfprits  préocupez. 
La  fécondé  efl  ,  que  la  furperftition  efl:  allée  quel¬ 
quefois  jufqu’à  anéantir  toutes  les  lumières  de  la 
raifon,  &à  révoquer  en  doute  ce  qu’on  voit,  pour^ 
ne  pas  renoncer  à  fes  préjugez.  Mais  il  n’eft  pas 
nécefl'aire  de  poufler  plus  loin  cette  derniere  pen- 
fcc.  On  trouvera  donc  des  g;ens,qui  par  preo- 
cupation  ,  ou  révoqueront  en  doute  des  véritez 
palpables,  ou  raporreront  à  des  caufes  bizarres 
&  extravagantes  des  faits  véritablement  miracu¬ 
leux  :  mais  vous  n’en  trouverez  point  qui  veuil¬ 
lent  mourir  pour  (oütenir  qu’ils  ont  vîi  ce  qu’ils 
n’ont  pas  vu  en  éfet ,  lors  qu’ils  font  profeflion  de 
croire  que  l’impoflure  efl  un  crime  digne  de  mort, 
&  lors  qu’ils  peuvent  être  démentis  par  un  fl  grand 
nombre  de  témoins,  que  ce  feroit  une  pure  folie 
que  de  prétendre  impofer  aux  hommes  à  ect 
égard.  Les  Dodlcurs  Juifs  avoient  aflez  decrédit 
&  d’autorité  fur  le  peuple,  pour  étoufer  en  par¬ 
tie  la  connoiflance  de  ces  faits  y  ou  ne  pouvant  les 
étoufer ,  pour  en  donner  des  raifons  qui  flatoienc 
la  pafliondemelurée  que  tous  les  Juifs  avoient  de 
voir  non  un  Meflie  crifle  &  abjeâ:,  mais  un  Mcf- 
fle  glorieux  &  triomphant.  Mais  les  Disciples 
étûicnc  trop  foibks  pour  foütenix  la  rigueur  des 


11 8  Traité  de  la  Vérité  i 

tourmens.,  s’ils  avoicnc  des  impofteurs  ;  &  n’é-y 
toient:  pas  aflez  infenfcz  pourfc  mettre  dans  TeC- 
prit  ,  qu'ils  pourroient  pcrfuadcr  des  faits  telsj 
que  la  rcfurredlion  de  Lazare.  Car  pour  vou-' 
loir  cacher  un  fait  de  cette  nature  ,  il  ne  faut  que 
de  la  prévention  &  de  la  méchanceté  :  mais  pour 
vouloir  le  faire  acioire,  il  faut  une  folie  &  une 
extravagance  dont  on  ne  fçauroic  aporter  d'e¬ 
xemple. 

V.  Mais  >  direz-vous  J  qüclqu’opinion  que  les,' 
Juifs  eufl'em  des  miracles  de  Jesus-Chri.^t  ,  eft-ilj 
püllible  qu'ils  n’en  euflent  un  peu  mieux  conlérvc  j 
la  mémoire  5  &  que  ‘Jofephe,  par  exemple  ,  quij 
raportc  les  moindres  évenemens  ,  &  qui  n’oublic' 
point  de  faire  mention  des  fcduéleursqui  avoienii' 
paru  de  rems  en  tems  avant  lui  ,  *ne  fade  pas 
mention  des  miracles  de  J  es  us  Christ  ?  Onl! 
fupofe  que  le  fameux  témoignage  qu’il  lui  rend,'! 
eft  une  fraude  pieufe.j  ou  une  invention  des- fié- i 
clesfuivans.  Si  celaeft,  ou  fi  cela  n’eft  pas,  c’efti: 
ce  que  nous  n’examinons  pas  maintenant.  Nous'; 
voulons  bien  prendre  la  chofe  au  pis,  &  il  nous  j 
refte  trois  reponfes  à  faire  à  l’objcdion  qu’on  H 
peur  prendre  du  filcnce  de  Jofephe.  La  prcniiete  'l 
eft,  que  ceux  qui  auront  inféré  dans  les  Ecrits 
de  céc  Auteur  le  célébré  pafl'age  qui  fait  le  fujet  1 
de  la  critique  des  Sçavans  ,  peuvent  par  une  fuite 
de  leur  deffein  en  avoir  cfacc  ce  que  Jofephe  en  i; 
avoir  véritablement  raportc  ,  &  qui  étoit  peut- 
être  moins  avantageux  à  nôtre  caufe,  mais  fuffi- 
fant  pour  montrer  que  Jesus-Christ  avoit  paffé 
pour  faire  des  miracles.  La  fécondé  ,  que  Jofephe 
étant  Pharifiende  feéle,  a  pu  taire  les  merveilles 
de  la  vie  de  nôtre  Sauveur  ,  par  la  haine  qu*il 
avoir  pour  nôtre  Religion.  Et  la  dernière  ,  que  ; 
comme  cét  homme  avoir  fait  fa  cour  à  Veipaden,  : 
en  lui  prédifant  qu’il  feroit  Empereur  ,  &  qu’il  ' 
lui  avoit  apliqué  les  Oracles  de  l’Ancien  Tefta-  ; 

ment  ! 


%19 

^  viendroit 
CCt  Auteur  de  belle 


de  luRellgwn  Chrétienne, 

Tient ,  ejui  promet coicnc  que  ie  Roi 
^  l’Orient  :  il  cft  très  probable  que 
iCourtifan  ne  voulut  point  ,  par  complaifance 
pour  Vefpafieii  &  pour  (es  enfans  ,  faire  iren- 
■  ition  d’un  homme  qui  avoir  prétendu  être  le  Mef- 
fie,  &  auquel  quelques-uns  apliquoient  ces  fa¬ 
meux  Oracles  dont  il  avoit  fait  fa  cour  à  l’Empe- 
.  Ireur.  Et  certainement  il  n’y  a  aucune  apaience 
f  ;qu‘un  homme  qui  avoit  raporté  jufqu’aux  moin^. 

Ijdres  circonhances  de  la  vie  d’Herode  le  Grand, 

Meut  oub'ic  le  meurtre  des  enfans  de  Bethléem  ,  fi 
^|cn  découvrant  la  caufe  de  ce  meurtre  ,  il  n’eut  eu 
jpeur  de  découvrir  la  crainte  qu’Herode  avoit  eue 
tde  la  naiflance  d’un  Mciïîe ,  &  l’opinion  qu’on 
lavoit  parmi  les  Juifs  que  le  Mcffie  devoir  naître  à 
Bethléem. 

i  II  efi  certain  en  éfet ,  que  cét  Auteur  n’a  pu 
itairc  de  pareils  evénemens  que  par  ignorance  , 

;  ou  par  politique.  Ce  n’efi  point  par  ignorance. 
(L’incrédulité  meme  n’oferoit  penfer,  que  Jofe- 
iphe  ignorât  que  Jésus  Christ  avoit  été  mis  à 
'mort  à  Jcrufalcm,  aculé  de  féduire  le  peuple  5 
'  qu’il  avoit  eu  plufîeurs  Difciplcs  i  que  le  nombre 
!  s’en  augmentoit  tous  les  jours  de  fon  tems  >  8c 
:  qu’il  y  avoit  eu  à  Jerufalcm^nêmc  une  fort  nom- 
!  breufe  Eglifc  compofée  de  perfonnes  de  cette  Sc- 
I  ^c.  Et  comment  n’y  auroit-il  pas  eu  des  Chré- 
I  tiens  dans  la  Judée  j  puifquc  fous  l’Empire  de 
Claude  il  y  en  avoit  un  nombre  aflez  confidéfa- 
blc  à  Rome  ,  comme  on  peut  le  recueillir  de 
l’Hifioirc  de  Suétone  ?  Il  faut  donc  que  ce  foie 
par  politique  que  jofephe  n’.cn  a  point  fait  men- 
tion  :  &:  l’on  ne  le  foupçonnera  point  du  deffein  Claudt 
de  cacher  du  voile  de  fon  filencc  les  impofteius 
qui  s’éroient  élevez  parmi  les  Juifs  puis  qu’il  fait 
mention  de  tous  les  autres  5  ni  celui  d’épargner 
quelque  honte  &  quelque  confufion  à  fa  nation  , 
puis  qu’il  s’eft  particulicrcmcnt  attaché  à  décoii- 


310  Truiît  de  la  Vérité 

vrir  la  fureur  &  les  dcbordemens  de  ce  peuplé^! 
Que  l’on  ccnlidérc  bien  toutes  ces  choies ,  & 
l’on  avouera  que  la  politique  qui  fait  le  filencc 
de  joréphe,  ne  peut  ctre  qu'avantageufe  à  nô-j 
tre  caille. 

V  I.  Mais  enfin,  direz-vous,  il  n’y  a  rien  de 
il  commun,  que  de  voir  des  gens  qui  veulent 
faire  acroire  des  miracles  qui  n’ont  jamais  été* 
On  Içait  quel  a  été  de  tout  tems  l’entêtemenr  du 
peuple  à  cét  egard,  &  quelle  facilite  il  y  a  à  lui  | 
impoler.  Tacite  raporte  que  Vefpafien  étant  à 
lib.  Alexandrie  ,  guérit  deux  aveugles  J  &  que  ce  fait 
feroit  incroïable ,  fl  toute  la  Cour  n’en  avoit  été  1 
le  témoin. 

On  répond,  qu’il -y  a  affez  de  vraî-(emb]ancC|i 
que  Vefpafien  voulut  paroître  faire  des  mira-iî 
des,  pour  le  rendre  plus  conforme  aux  oracles  I 
qui  lui  promettoient  l’Empire  de  l’Univers ,  félon  ; 
la  faufle  aplication  que  lui  en  avoit  fait  }ol’éphe.  n 
Il  trouva  bon  d’abord  que  ce  Juif  le  datât  par  i; 
cette  agréable  promefle  :  mais  enfuite  étant  à  1 
Alexandrie ,  comme  il  vit  fes  affaires  en  bon  train, 
il  crut  qu’il  lui  importoit  deperfuader  au  peuple  ii 
qu’il  croit  divinement  apelc  à  l’Empire  y  Scccà  . 
fans  doute  dans  ce  (kfiein  qu’il  fe  fit  amener  de  ! 
faux  aveugles ,  pour  faire  de  faux  miracles  fur 
leur  fujet.  Mais  prenant  l’objcdfîon  dans  une 
plus  grande  étendue ,  je  répons  qu’il  n’y  a  point 
de  miracles  que  je  ne  croïe  véritables  ,  Ôc  qui  ne 
meparoiffent  devoir  être  reçus  fans  contradic¬ 
tion,  s’ils  ont  ces  dix  cara&cres  qu’on  peut  re- ; 
marquer  dans  les  miracles  des  Apôtres.  I.  Si 
comme  ces  premiers ,  ils  ont  été  prédits  dans  les 
anciens  oracles.  II.  S’ils  font  frequens ,  en  grand 
nombre,  divers  &  fenfibles.  III.  S’ils  font  operez  ; 
par  des  perfonnes  fimples  &  defintereffées ,  qui 
n’aïent  évidemment  ni  2 fiez  de  malice  pour  vou¬ 
loir  tromper ,  ni  aficz  de  iumicre  pour  Je  poU'» 

voir. 


de  la  Rellglm  Chretiennâ.  liî 

îi’oir,  ni  a  fiez  de  hardiefle  pour  Tentreprendre , 
I |i:i  alTcz  de  crédit  pour  le  foîitenir^  TV.  Si  ces  mira- 
)  :les  font  éprouvez  par  riiabiletc  &  la  prudence 
:  Iles  plus  habiles  hommes  du  monde ,  qui  ne  pou- 
:  l^anten  nier  tout- à-fait  la  verîte,  font  oblige?  de 
I  es  raporter  àdiverfes  caufes  bizarres.  V.  S’il  y  a 
>  iinc  foule  de  témoins  qui  meurent,  &  fe  ré- 
5  ouiffent  de  mourir,  pour  attefter  non  pas  qu*ils 
:  es  ont  oiii  dire ,  mais  qu’ils  les  ont  vus  Sc  opérez. 
iliVI.  Si  ces  miracles  tendent  non  à  dater  fa  cu- 
|j?idité,  mais  à  fandifier  les  hommes,  &  à  régler 
Ijeurs  mœurs.  VII.  S’ils  font  atteliez  &  reçus 
'  par  des  perfonnes ,  qui  d’un  côté  ne  paroifl'enfc 
[  ivoir  en  vüc  que  leur  falut  Sc  le  falut  de  leurs 
sFreres,&quide  Tautre  font  perfuadez  que  le  falut 
:.i:ll  incompatible  avec  l’impodure.  VIII.  Si  ceux 
qui  les  attellent  offrent  d’en  faire  de  pareils  3  s’ils 
Iprctcndent  communiquer  à  plufîeurs  les  donsmi- 
Iraculciix  3  &  ü  par  cette  voïe  fenfible  &  ceîte 
preuve, qu’ils  apellentla  démonllration  del’efprir, 
iils  font  de  plus  grands  progrès,  que  les  Conque- 
*|L'ans  les  plus  heureux  n’en  ont  fait  par  la  force 
des  armes. IX.  Sià  ntoîns  que  de  recevoir  ces  faits 
miraculeux,  on  tombe  dans  une  infinité  de  contra- 
jdidions  palpables  3  comme  de  croire  que  les  plus 
ifages  des  hommes  foient  les  plus  fous,  &  que 
jlcs  plus  condaris  foient  les  plus  fourbes.  X.  Si 
jtous  ces  faits  font  fi  étroitement  liez  enfemble  , 
Iqu’on  ne  peut  avouer  l’un,  fans  convenir  de  l’autre, 
éc  fî  enchaînez  avec  d*autrcs  faits  incontellables  ^ 
:qu*on  ne  peut  les  révoquer  en  doute  fans  renoncer 
aubonfens;&  enfin,  s’ils  font  terminez  par  la  ré- 
ifurreclion  d’ un  homme  qu’on  cherche  en  vain  dans 
jfon  tombeau  apres  fa  mort ,  encore  que  fon  fépul- 
cre  eut  été  fcellé  &  environne  de  Gardes  3  d’un 
homme  que  plus  de  cinq  cens  témoins  difent  avoir 
vil,  &  qui  a  conversé  avec  les  Difciples  pendant 
quarante  jours  apres  fa  refurredion, comme  ils  le 
Tome  II,  F  dépo 


11 1  Traité  de  la  Vérité  j 

dcpofent  unanimement,  nonobftant  tous  les  ru*j 
plices.  Il  faut  qu*on  nous  montre  que  nousnou 
fommes  trompez,  en  attribuant  tous  ces  caradc'i 
res  aux  miracles  de  Jésus- Christ  ,  ou  qii’oi, 
ceÎTe  de  faire  toutes  ces  comparâifons.  | 

CHAPITRE  XVI.  ! 

Ou  1*017'  continué  a  examiner  les  difficultez  quoh 

peut  opofer  à  nos  principes.  i 

CEux  qui  ne  confidcrent  point  Je  pere  de  fa¬ 
mille,  n*onr  garde  de  refpedfer  les  pcrfonnci 
de  Tes  domeftiques.  Les  incrédules  feront  toute! 
ces  queftions  fur  le  fujet  des  Difciples  de  Jésus-, 
Christ.  Ils  demanderont ,  pourquoi  il  enprenc 
un  G  petit  nombre  :  d’oii  vient  qu’il  les  choifii 
pauvres  &  ignorans ,  puifquc  des  Doéleurs  illu- 
ftrcs,  tels  qu’ctoient  les  Pharilicns  parmi  les  Juif: 
ou  les  Stoïciens  dans  le  Paganifme,  auroient  con¬ 
cilié  plus  de  crédit  &  de  confidération  à  fa  Sedc 
pourquoi  on  voit  à  fa  fuite  des  Péagets  &  des  mal* 
vivans  Sc  des  femmes  qui  ont  vécu  dans  la  débau¬ 
che  pourquoi  enfin  on  #îoit  plutôt  ajoütei 
foi  au  témoignage  que  les  Difciples  de  Jésus  ren¬ 
dent  par  tout  à  leur  Maître  ,  qu’au  témoignage; 
de  ceux  que  les  Juifs  envoïent  par  tout  déclarei 
que  Jésus  Gâliléen  ctoit  un  impofleur ,  &  que  feîj 
Difciples  avoient  enlevé  de  nuit  fon  corps  du; 
tombeau  oii  il^voit  etc  mis.  C’eft  J ufiin  qui  faiil 
mention  de  ces  Envoïcz  de  la  Synagogue  danîj 
Ion  Dialogue  contre- Triphon.  | 

Il  ne  nous  fera  pas  difficile  non- feulement  dc| 
répondre  à  toutes  ces  objedlions,  mais  mémCj 
d’en  tirer  des  avantages  confidcrables.  | 

On  répond  à  la  première,  qu’outre  les douztj 
Difciples  qu’on  nomme  Apôtres ,  Sc  que  Jésus*) 
Christ  s’eroit  choifis  au  commencement^,  il  cri 
envoïa  encore  foixantefic  dix,  qui  nori-feulemcni| 

furenî]! 


f!. 


de  la  'Religion  Chrétienne, 
f  ent  les  témoins  de  fes  aiflions  ,  mais  encore  les 
litrumens  dont  il  fe  fervic  pour  avancer  fou 
llVianme  j  qae  la  vérité  de  fa  rérurreiflion  a  ea 

Jjiir  témoins  les  yeux  de  cinq  cens  Freres  à  la 
!  s  ;  &  que  les  dons  miraculeux  qui  defcendirent 
jir  les  Difciples  après  Ta fcenfîon  de  leur  Maître  , 

U\  les  vertus  que  Dieu  opéroit  par  leurs  mains  ,  ' 
ijt  eu  autant  de  témoins ,  qu’il  y  a  eu  de  perfon^ 

'i  s  qui  ont  cru  à  leur  prédication. 

^  !  On  répond  à  la  fécondé  ,  que  le  choix  de  ces 
ijoïens  fi  bas  Sc  fi  abjets  ,  dont  il  a  plu  à  .Di'eu  de 
ïfcivîr  dans  Texecuiion  du  plus  grandi:  du  plus 
^jagnifïque  deffein  qui  fut  jamais,  nous  montre 
lieux  que  toute  autre  chofe ,  que  c’eft  le  doigt  de 
-|ieu  qui  a  agi  dans  cette  rencontre.  S’il  avoir 
:is  pour  fes  Minières  des  Princes  &  des  Grands 
j:  la  terre ,  on  auroit  peut-  erre  attribué  les  mer- 
, pilles  de  la  Morale  Chrétienne,  à  la  politique 
(au deffein  de  retenir  les  peuples  dans  leur  de- 
pîr,  en  les  obligeant  à  s’unir  par  la  charité.  S’il 
/oit  choifi  des  Philofophes,  on  auroit  attribué 
urdefîntereffement  héroïque  à  la  fingu^arité  & 
l’orgueil  de  leur  Scdle,  ou  à  la  fublimicé  des 
:ntimens  que  la  Phiipfophie  peut  infpirer.  S’il 
/oit  choifi  des  Orateurs,  on  auroit  crii  qu’ils 
uroient  feduit  les  hommes  par  les  attraits  de 
ur  éloquence.  S’il  en  avoir  pris  de  fort  puifTans 
•j:  de  fort  riches ,  on  auroit  pensé  que  le  fuccez  de 
>ur  prédication  feroit  dü  à  leurs  liberaiitez.  Il 
(  donc  choifi  quelques  perfonnes  baffes  &  abjec- 
jès ,  qui  avoient  toujours  vécu  dans  la  fimplicî- 
é  &  dans  les  incommoditez  d’une  condition  ob- 
cure ,  afin  qu’il  parut  que  cette  force  vient  de 
;)icu  ,  &  non  point  des  hommes. 

On  dira  pour  fatisfairc  à  la  troifiéme  objection, 
|uc  fi  l’on  voit  des  pécheurs  &:  des  mal- vi vans  à  la 
uitc  de  j£büs- Christ  ,  ce  font  des  pécheurs 
convertis  par  l’efficace  de  fadoébrine,  des  maU- 
i  '  F  ij  vivans 


I 


114  Traité  de  la  Vérité 

vivar.s  rcgcncrcz ,  c]ui  rendent  iin  tcmoîgnao: 
d’amant  plus  aucencique  à  la  Religion  Chrctier' 
ne  J  qu’il  n’y  a  que  cette  deiniere  quûfanc^ifie.vc 
licablement  les  hommes.  Et  certainement  je  r' 
voi  rien  qui  marque  davantage  la  Divinité  de  ] 
vocation  de  nôtre  Sauveur,  que  de  le  voir  ag 
avec  tant  d’efficace ,  que  des  femmes  pécherel 
fes  viennent  lui  laver  les  pieds  des  larmes  de  Ici' 
repentance,  &  les  eiTuïer  de  leurs  cheveux,  qu 
ne  lui  faut  cju’iin  mot  pour  arracher  Levi  du  lit* 
de  fon  Péage  ,  pour  obliger  Pierre  &  André  à 
fuivre ,  en  abandonnant  leurs  filets  &  leur  nacell 
&  leur  pere  Zébédée.  ' 

On  diraque  fi  Jesüs-Christ  oblige  fesDifcipl- 
à  renoncer  aux  avantages  du  monde  ,  c’eft  par  l’(t 
pérance  qu’il  leur  fait  concevoir  d’une  vie  été  j; 
nelle  &  bien-heurcure,&:  pat  conféquenede  lesd'i 
dommager  avantageu(ément.  Je  l’avoue  :  mais  'i 
prétends  q'ue  cette  confidération  nous  eft  favori || 
ble,  &  qu’elle  fuffic  pour  prouver  invincibM 
ment  la  vocation  de  noire  Sauveur.  Car  fi  l'i 
Düciples  ont  véritablement  efpéré  dejESu'i 
Christ  la  vie  éternelle,  &  fi  c’eft  céc  inter’ 
le  plus  grand  de  tous,  cette  cfpérance  plus  foi! 
que  leurs  paflions,  qui  leur  a  tant  fait  fou ffii 
pour  le  nom  de  J  e  s  u  s,  comme  il  faut  le  croînil 
ou  prendre  les  Difciples  pour  desinfenfez  :  fi,di' 
je,  les  Difciples  ont  attendu  de  lui  la  vie  été' 
nelle  ,  il  s’enfuit  qu’ils  l’ont  cru  de  bonne  foi 
qu’il  fe  difoic  ctre  :  puis  qu’on  n’attend  point  i 
vie  éternelle  d’un  impofteur.  Et  s’ils  ont  cru 
vocation  véritable,  ils  ont  pensé  que  fes  miraci  , 
i8c  fa  rcfurredlion  Petoient,  Ets’ils  ont  pensé-q  ; 
fes  miracles  &  fa  réfurreélion  croient  véritable! 
il  s’enfuît  qu’ils  l’ont  été  :  étant  impoftible  q: 
les  Difciples  fe  trompaflent  fur  des  faits  qui  ' 
demandoîent  point  d’autre  examen  que  la  vü<;J 
rouie  Ç^r^ttouchement. 

Q 


de  lût  Religion  Chrétienne.  iij- 

Pue  les  incrédules  chicanent  tant  qu’üs  vou¬ 
lu ,  j*ofe  dire  qu’ils  ne  répondront  jamais  qud 
abfurditez  &  des  impertinences  à  cét  are;u- 
[;nt,  que  nous  prétendons  ccre  démonftratif  & 
[•incîblc.  Si  les  Apôtres  ont  attendu  la  vieécer- 
le  de  Jesus-Christ  ,  il  s’enfuit  qu’ils  n’ont  pu 
le  regarder  comme  un  impofteur,  ni  fécondée 
1  impoflure  ,  ni  être  des  impofteurs  eux- mêmes, 
mme  il  faudroit  qu’ils  le  fufTcnt ,  fî  la  Reli- 
m  Chrétienne  n’étoit  point  véritable.  Or  il 
certain  que  les  Dilciples  ont  attendu  de  Jesüs- 
iRiST  la  vie  éternelle  ,  puifque  Jesus-Christ 
jamais  propofé  d’autre  objet  à  la  foi  de  fes 
fciples,  qu’il  ne  leur  prédît  que  croix  &  tribu- 
ions  dans  ce  monde ,  déclarant  hautement  que 
n  régne  n’eft  point  de  ce  monde,  puifque  l’cx- 
riencc,  l’exemple,  Jaraifon  leur  enfeignenr  la 
Emechofe,  &  que  les  Apôtres  eux-mêmes  dans 
;utes  leurs  Epitres  déclarent  qu’ils  n’attendent 
pe  traverfes  &  affliêlions,  comparant  leur  vie  à 
À  combat ,  à  une  lutte ,  le  monde  à  un  champ  de 
mbat  ;  fe  difant  les  Athlètes  de  Jesus-Christ, 
fc  réjoiiiflant  de  fouiffrir ,  par  l’efp'èrance  de  la 
uronne  qui  leur  ed  réfervée. 

On  répond  à  la  quatrième,  que  Ton  confent  de 
\)h  cœur  à  mettre  en  paralelle  les  témoins  de  ’a 
nagogue  avec  les  témoins  de  J  e  s  u  s  Christ. 
es  témoins  de  la  Synagogue  arteftent  ccqu’iisnc 
ivent  point ,  ce  qu’ils  n’ont  point  vu,  Sc  donc  i's 
T  fcaui  oient  avoir  aucune  connoifTance.Car  quel- 
j  foi  doit- on  ajouter  au  raport  des  Gardes  > 

'  ils  ont  vil  enlever  le  corps  de  J  e  s  u  s ,  que  n’em- 
!choicnt-iIs  cette  aêlion  ?  Et  s’ils  ne  l’ont  poirt 
i ,  quelle  eft  la  force  de  leur  témoignage  ?  Mais 
nir  les  Difciples  du  Seigneur,  ils  atteflent  dts 
ils  dont  ils  ont  eu  leurs  fens  pour  témoins.  Ce 
ic  nori<  c'oons  và  ,  difcnt-ils,  de  ncs propres  p’^iiXy 
que  nows  avons  oài  de  nos  oreilles ,  que  notss 
F  iij  avons 


11 6  Traité  de  là  Vérité 

a'vons  touché  de  nos  mains  de  la  parole  de  vie  ,  niop' 
vous  V annonfons.  Les  uns  font  des  témoins  a  i 
mez,  &  les  autres  des  témoins  fouffrans.  Lt 
uns  veulent  perfuader  par  force  ,  &  les  autre 
perfuadenc  maigre  la  violence.  Pour  rendre  ! 
témoignage  c]ue  les  Apôtres  rendent ,  il  faut  de  li 
perfuafion  &  de  la  fermeté.  Pour  rendre  le  te  : 
moignageque  rendent /es  miniftres  de  la  Synago; 
eue ,  il  ne  faut  que  de  la  fureur  &  de  la  violent  : 
Mais  n’y  en  aura-t-il  point  quelqu’un  qui  fc  rr 
tradfe  parmi  les  uns,  ou  parmi  les  autres?  Oi' 
fans  doute  :  &  celte  confidération  fufHt  pour  d( 
cider  le  difFcrent.  i 

Saul miniftre delà  Synagogue s*cn  allant  à  D; 
mas,  non- feulement  pour  témoigner  que  Jésus 
Christ  avoit  été  utf  lédu(fbeur ,  mais  encore  afi: 
de  poiirfuivre  ceux  de  cette.Sede,  eft  changé  toil» 
d*un  coup  y  Sc  devient  un  Difciple  de  celui  qu’.: 
alloit  perfécuter  avec  tant  d'ardeur  Judas  Dili 
tiple& Apôtre  de Jesüs-Christ  avoit  renié  fo 
Maître,  &  Tavoit  livré  aux  Juifs  qui  l'avoier! 
fait  mourir.  Voilà  deux  témoins  qui  fcmblent  li 
rétraéler.  Confidérez-en  la  fin  differente. 

Saul  eft  Pharifien,  fils  de  Pharifien,  &  par  cor 
féqnent  d’une  Sedte  très  particulièrement  anime' 
contre  Jesus-Christ.  Il  aobtenu  des  Lettres  d! 
grand  Confeîl  qui  eft  à  Jerufa'em,  adrcffinte 
aux  Synagogues  qui  font  à  Damas ,  pour  y  trou 
ver  des  fecours  tous  prêts  contre  les  Chrétien 
qui  y  font,  &  qu’il  fe  propofe  de  traîner  en  pri Ton 
èc  de  faire  mourir,  comme  cela  lui  eft  déjà  arrive 
Il  s'eft  mis  en  dhemin  ,  il  aproche  de  Damas,  i 
eft  fur  le  point  de  larisfairc  fa  fureur  :  mais  voil 
qu’il  eft  change  tout  "d'un  coup.  Quieft-ce  qu 
fait  rétraefter  ce  témoin  ?  Où  font  les  offre 
qii’pn  lui  fait ,  Ou  qu’on  eft  en  état  de  lui  faire  1 
Q^llc  force  inopinée  détruit  tous  les  deffeins  S 
tous  les  préjugez  d'un  homme  qui  alloit  répan 


■  -  '  de  la  Religion  Chrêfienne»  i%y 

!fe  le  fan^  des  Chrétiens  Il  vient  cnfuîce  nous 
prêcher  qu’il  ^vü  Jésus- Christ,  c^u’une 
^Tandc  lumière  arcTpIcndi  au  tour  de  lui  ,que  les 
biftercs  du  Roïaume  desCieux  lui  ont  été  ré^é- 
:2.  Il  dit  que  Dieu  l'a  mis  en  montre  à  toutes 
r  espuiflanccs ,  &  qu’il  a  été  rendu  Je  ipedaclc 
I  es  hommes  &  des  Anges. 

■j  Si  les  hommes  ne  veulent  pointajoûter  foLà  ce 
;||U*il  dit  :  qu’on  l’cprouve  par  les  tourmens  ,  Sc 
l’on  verra  quelle  en  fera  rilTuc.  Q^on  le  charge 
jlc  chaînes ,  qu’on  le  mette  en  prifon  ,  qu’on  l’e^i- 
I  Lofe  aux  betes  à  Ephefe,  qu’il  ait  à  comb^tre 
,  iout  à  la  fois  les  élemcns ,  les  hommes  &  les  dé- 
tmons,  qu’on  le  fafle  foiieter  ,  qu’on  le  traîne, 
ii^u’on  le  lapide,  qu’on  le  conduife  de  Jerufalem  à 
'  Cefarée  ,  de  Cefarée  à  Rome,  pour  rendre  Tes 
épreuves  plus  longues  8c  plus  douloureufes  :  Saul 
Jicmoin  de  la  Synagogue  s’eft  dédit ,  mais  Paul  té- 
:  Imoîn  de  Jésus  ne  le  dédit  point. 

I  Mais  après  avoir  viî  le  changement  qui  eÜ  arri- 
^^é  en  la  perfonne  du  Miniftre  de  la  Synagogue  , 
voïcz  celui  qui  cft  furvenu  en  celle  de  l’Apôtrc 
dde  Jésus- Christ.  Judas  livra  Ton  Maître,  &  re- 
fjçoit  pour  cela  trente  pièces  d*argent.  Pourquoi 
jcft-il  troublé  apres  cette  aébion?  les  Juifs,  les 
Romains ,  le  peuple,  les  Doéleurs,  les  Juges  &  les 
iMagiriracs,  tous  favorile  Ton  crime  ,  &  luipro- 
inicc  l’impunité.  Cependant  il  elt  tourmenté  par 
|fcs  remords  ,  jufqu’à  ne  trouver  du  repos  nulle 
ipart  j  &  ne  pouvant  enfin  être  le  maître  de  fonde- 
liefpoir  ,il  fe  donne  la  mort  :  Sc  la  fageffede  Dieu 
I permet  que  les  juifs  eux-mêmes  confervent  la 
I  memoire  de  céc  événement,  en  achetant  de  cct  ar- 
î  gent  un  champ  qui  eP  apellé  Hacelda??^a> ,  parce 
qu’il  croit  un  prix  de  l'ang.  Q^IIe  furprenante 
> différence  remarquez- vous  ici  ?^das  fe  tue  dans 
la  profpériié  :8c  les  autres  fe  réjoüiffent  au  miiit  a 
des  afff étions.  Judas  gagné  par  îa  Synagogue  ne 
f  iiij  ^  peut 


12,8  ITrifiti  de  la  Verhé 

peut  être  confolê  par  la  Synagogue,  &  meurt  rfc- 
l'cfpcrc.  Paul  devenu  Difciple  &  témoin  de  Jésus  , 
fait  le  fujet  de  fâ  joie  de  la  Croix  de  Jésus.  A 
Dieu  neplaifct  dit-il ,  que  je  me  glorifie  ^  finon  en  la 
Croix  de  mon  Sauveur ,  par  laquelle  je  fuis  crucifié 
au  monde ,  le  monde  m'efi  crucifié •  Croira-t-on 
c]ue  le  remords  d’avoir  livre  un  impofteur  aux 
Juifs  ait  arme  Judas  contre  lui- même  f  ou  que  S. 
Paul  ait  tiré  du  fentiment  de  fon  infidélité  la  con¬ 
fiance  qu’il  fait  paroître  en  foufFrant  ?  Certaine* 
menton  peut  dire  qu’ils  font  tous  deux  les  Mar» 
lyrsde  Dieu  :mais  Judas  l’eft  malgré  lui,  &  Paul 
volontairement.  Si  la  confiance  de  l’un  témoigne 
en  faveur  de  Jésus- Christ,  le  dcfcfpoir  de 
l’autre  lui  rend  un  hommage  éclatant  :  &  il  n’y  a 
en  cela  d’autre  différence ,  finon  que  Paul  cfi  un 
Martyr  proprement ,  &  Judas  un  témoin  inv©- 
lontaire  de  la  vérité  de  la  Religion.  j 

chapitre  XVII.  ! 

£)u  Von  continué  à  fatisfaire  aux  difficultés  de 
V  incrédulité. 

De  tous  les  objets  que  la  Religion  Chrétienne 
nous  propofe,!!  n’y  en  a  point  qui  ait  paru 
pins  choquant  à  la  raifon  incicJule  &  préocupéc 
que  la  mort  du  Mefiie.  La  Croix  de  Jésus- Christ 
a  été  ,  fuivant  l’exprefiion  d’un  Apôtre ,  le  fcandale 
du  J  uif  &  la  folie  du  Grec.  Mais  il  n’y  a  point  aufli 
d’objet  qui  porte,  félon  nous ,  plus  de  carad:eres 
de  grandeur  &  de  divinité ,  que  celui-là^  Les  in¬ 
crédules  nousdifent,  que  fi  nous  pouvions  nous 
défaire  de  nos  préjugez  ,  nous  aurions  honte  d’a¬ 
voir  des  idées  fi  pi  odigicufes  de  Dieu  :  &  nous  leur 
dirons.,  que  s’ils  s’cioient  une  fois  défaits  des  paf-  • 
fions  qui  font  les  ténèbres  de  leur  efprit  ,’ils  a*dmi- 
leioient  avec  nous  les  aicrveillcsd  un  objet  fi  di- 


de  Religion  Chrétienne.  119 

7În.  Q^lont  ceux  qui  fe  trompent  \  Cela  paroîcra 
î  par  Topofition  de  nos  réponfes  à  leiusdifficulcez. 

'  On  trouve  d*abord  en  Jesus-Christ  un  hom¬ 
me  qui  le  lailTe  (aifir ,  &  qui  enOaire  eft  attache 
à  la  Croix ,  fans  que  perfonne  le  delivre  de  la  puif- 
fancc  de  Tes  ennemis.  C*eft  ,  dit-ou  ,  une  marque 
de  fa  foiblefle.  5*il  eft  le  Roy  des  Juifs,  que  ne 
defcend-il  de  fe  Croix,  &  tout  le  monde  croira 
en  lui  ?  Il  meurt  condamné  par  le  grand  Confeîl 
des  Juifs,  quiavoit  etc  établi  de  Dieu  meme.  Le 
vvoilà  donc  jugé  coupable.  II  eft  faifi  de  triftef- 
fe  jufqLfà  la  mort  la  veille  de  fes  foufFranccs , 
&  il  poufle  des*  cris  douloureux  en  mourant  : 
vous  voïez  fa  mifcrc.  On  lui  fait  foiiffrir  le  fu- 
plice  des  efclaves.  On  ne  peut  donc  pas  douter 
qu’il  ne  meure  d’un  genre  de  mort  infâme.  Qui 
croira  que  la  foibleftc ,  le  crime  ,  ou  du  moins  la 
condamnation  ,  la  miferc  &  l’infamie  puiflent  être 
les  cara(ft:ercs  du  Fils  de  Dieu  ?  C’eft  le  raifonne- 
ment  de  l’incrédulité.  Voici  ce  que  nous  lui  opo- 
fons.  J  E  s  U  s-C  H  R  I  s  T  fouifre  par  le  confeil  de 
Dieu,  puifque  les  oracles  ont  prédit  qu’il  dévoie 
être  navré  pour  nos  crimes  ,  &  froifte  pour  nos 
iniquirez,  mettre  fon  ame  en  oblation  pour  le 
peche ,  être  retranché ,  mais  non  pas  pour  foî ,  & 
que  Jean- Baptifte  le  voyant  venir  à  lui,  l’apelle 
dans  un  rems  où  il  n’y  avoir  aucune  aparence  qu’il 
dut  foufFrir,  l'Agneau  de  Dieu  qui  ote  les  péchez  du 
monde.  Jésus- Ch  r  i  s  t  foufFre  volontairement, 
puis  qu’il  prédit  lui-mcme  fes  foufFrances  ,  &  qu’il 
en  avertit  fes  Difcîples,  les  apellantâ  porter  leur 
croix  après  lui.  Il  leur  aprend  qu^il  fait  comme 
un  parti  de  mifcrables  &  de  foufFrans  dans  le  mon¬ 
de  ,  qui  doivent  pourtant  vaincre  le  monde  ,  & 
établir  par  leurs  foufFrances  le  Roïaume  des  Cieux 
fur  la  terre.  Il  leur  dit  qu’il  n’cft  point  venu  met¬ 
tre  la  paix  dans  le  monde,  mais  l’épée  j  que  Dieu 
frapera  Je  berger ,  &  que  les  brebis  du  troupeau 

F  Y  leronc 


130  Traité  de  la  Vérité  I 

feront  éparfes;  qu'ils  doivent  boire  Ton  CalîcfE 
&  être  baprifez  de  Ton  Baptême  j  c^eft*  à- dire  j 
boire  dans  la  coupe  de  -fcs  affliêlions  ,  &  ctrci 
bapiifez  avec  lui  d’un  Baptême  de  lang.  11 
mêle  Tes  Touffrances  avec  les  leurs  ,  afin  qu’ils 
en  confervent  mieux  le  fouvenir.  Que  fi  nous' 
pouvions  douter  que  Jesus-Christ  n’eüt  prc^ 
dit  Tes  foufFrances  ,  nous  n’aurions  qu’à  confidc- 
rer  quelle  eft  la  fin  du  Sacrement  de  l’Eiichari-' 
flie,  &  en  quel  rems  cette  ceremonie  fut  crablic.j 
Car  à  moins  qu’on  ne  s’avife  derévoq.uercn  doute 
la  vérité  de  rinfticucion  de  rEuchariftie ,  &  de 
foutehir  que  les  Difciplcs  ont  feint  par  une  bizar-‘ 
rerie  &  une  extravaganceîncompréhenfible ,  quci 
Jesus-Christ  avoir  inftituc  cette  cérémonie  ,| 
encore  qu’il  ne  l’eut  point  inftitué  en  effet,  il  nous 
paroîtra  que  Jesus-Christ  piévoïoit  fa  mort 
qu’il  s’y  préparoit  3  qu’il  pretendoit  la  fouffrir' 
volontairement,  &  pour  le  falut  du  monde.  Le  Sa-j 
crement  de  l’Euchariftie  qu’il  inftituë  de  fensfroid,! 
nous  dit  toutes  ceschofes.  Or  comme  uqe  mort! 
involontaire  marqueroic  en  effet  quelque  efpe^îe  | 
de  foiblcffe ,  il  eft  certain  aiifli  que  rierfne  mon-  i 
tre  davantage  la  force  &  la  grandeur  de  Jésus- | 
Christ,  que  ce  qu’il  prévoit  les  horreurs  d’une  j 
HiorT  infâme  &  douloureufe  ,  &  que  néan-  il 
moins  il  s’y  expofe  avec  une  volonté  fi  ferme  &  j 
une  réfolution-fî  merveilleufe ,  qu’il  cnfcignelui- ! 
même  à  fcs  Difciples  la  maniéré  dont  ils  doivent  i 
faire  commémoration  de  fes  foufftances.  ! 

Jésus- Christ  eft  condamné  par  un  peuple  fc-  i 
ditieufement  cmü  ,  &  par  un  Sanhédrin  envieux 
de  fa  gloire  3  mais  il  eft  juftifié  par  la  confcicnce  ■ 
de  Judas,  qui  fe  tue’ par  le  remords  de  l’avoir  livré3  | 
&  par  la  déclararicn  folemnclle  de  Pilate  ,  qui  la-  | 
vefes  mains  en  la  prefencc  des  Juifs,  pour  mon¬ 
trer  qu’il  eft  innocent  du  fang  de  ce  jufte  :  il  f  eft 
par  la  voix  du  Centenier ,  qui  vit  les  prodiges  qui 

fuivircnc 


de  la  ReU^îon  chrétienne.  13 1 

ijîvîrent  fa  morti  &  il  le  fera  bien  tôt  par  là. 
OQche  de  ccux-là  memes  qui  avoienc  demandé 
fi  a  perte,  &  qui  ciicronc  aux  Apôtres  avec  com- 
|?onélion  de  ccelu*  ,  Hommes ,  Freres  que  ferons-^ 
\  \ious  J  Or  c*ed  une  grande  ojloire  pour  nôtre  Méf¬ 
ie  ,  qu’il  n’y  a  pas  jufqù’à  la  confcience  la  plus 
Àupab’e,  jufqu’au  Juge  le  plus  injulle,  jufqu’à 
lies  gens  de  guerre  durs  &  infenfibles ,  &  iufqu’i 
|:ics  meurtriers  barbares,  qui  ne  rendent  temoi- 
tunage  à  Ton  innocence. 

Jeufs-Christ  (oufFre  ,  mais  c’eft  pour  nous  î 
1  amis  fon  ame  en  langueur  ,  &fa*vie  en  cb!a-^ 
|tion  pour  le  péché.  Si  les  plaïes  cy.i’nn  fujet  rc- 
^  çoit  .en  combatant  aux  yeux  de  fon  Monarque, 
[font  honorables,  &  fi  celle  qu’un  Monarque  re- 
riçoit  pour  le  falut  de^  fes  fujers  ,  font  encore  plus 
îjglorîeufes,  quelle  eft  la  grandeur  de  J  esus- 
|C  H  R  I  s  T ,  qui  fouffre  aux  yeux  &  par  la  vo- 
llontcde  fon  Pe  re  pour  le  falut  de  fes  fnjets  &  de 
[fesenfans  ,  &  qui  en  fouiFrant  s’établit  un  Empi- 
jrequi  ne  doit  jamais  être  dillipé  ? 
j  Enfin  Jehis-Christ  loufFre  le  fuplîce  des  cf- 
(claves  ;  mais  nous  fçavons  aufii  que  dans  le  raêmé 
!  tems  qu’il  foufFre  ,  il  fe  montre  le  Maître  de  la 
Nature  ,  puifque  les  fépulcres  s’ouvrent  à  fa 
'  mort.5  que  les  pierres  fe  fendent  5  que  le  jour  fe 
perd  ,  que  le  voile  du  Temple  eft  déchiré  ,  les 
Difciples  du  Seigneur  ne  pouvant  avoir  fupofe 
des  faits  fi  fenfibles  &  fi  éclatans  contre  la  con- 
noilFance  refcente&  publique  que  les  hommes  de 
leur  tems  avoient  3e  ceschofes,  fans  ^ne  extra¬ 
vagance  qui  n’eft  point  humaine. 

Nous  demanderons  donc  ici  à  nôtre  tour  aux 
incrédules,  fi  une  mort  volontaire  , une  innocen¬ 
ce  reconnue  ,  des  douleurs  &  des  angoilFes  que  la 
charité  fait  foufFrir  ,  l’hommage  que. des  créa¬ 
tures  infenfibles  rendent  à  celui  que  les  hommes 
traitent  avec  tant  d’indignité,  ne  font  point  des 

E  vj  carac- 


13 1  Traité  de  lu  Vérité  , 

caraderes  dignes  du  Mcflie  qui  nous  avoit  ete  i 
promis  ?  ; 

Si  vous  detruifez  les  preuves  qui  établiffent  j 
que  Jésus- Christ  eft  le  Fils  de  Dieu  ,  vous  ! 
avez  droit  de  nous  objecler  fa  Croix  comme  un 
objet  de  mépris  ;  mais  tandis  que  vous  laiflTercz  > 
ces  preuves  dans  leur  entier  ,  fa  Croix  ne  (ervira  ' 
qu’à  nous  faire  mieux  connoître  fa  grandeur,  &  ; 
nous  ne  dirons  pas  feulement  que  cette  mort  a 
été  volontaire,  qu*elle  avoit  été  prédite  5  mais  ; 
n^us  montrerons  de  plus ,  qu’elle  eft  comme  un 
miroir  qui  nous  reprefente  toutes  les  vertus  de 
l’homme  &  tous  les  attributs  de  Dieu,  Vous  y  j 
trouverez  la  patience  d’un  homme  qui  foufFre  de 
la  part  de  fes  femblables ,  &  de  ceux  qui  dévoient  j 
être  fes  ferviteurs  &  fes  D.ifciples  5  la  charité  j 
d’un  homme  qui  prie  pour  ceux  qui  le  mettent  à  i 
mort  5  la  fermeté  d’un  homme  jufte  ,  qui  fupor-  1 
te  le  faix  de  toutes  les  iniquitez  du  genre  1 
humain  5  êc  la  conftance  d’un  homme  innocent,  j 
qui  lutte,  pour  ainfi  dire  ,  avec  la 'fureur  des  1 
hommes  &  avec  la  jufticede  Dieu  en  meme  tems.  ' 
On  y  voit  le  chef-d’œuvre  de  la  fagefl'e  divine,  | 
puis  qu’on  y  trouve  les  deffeins  des  ennemis  de  i 
nôtre  falut  trompez ,  &  les  defleins  de  Dieu  réüf- 
hr  au  préjudice  des  projets  des  hommes  5  la  pro-’  ' 
pitiation  du  péché  fe  faire  à  l’ocafîon  du  plus  exe^  i 
crable  parricide  qui  fut  jamais ,  ni  commis  ni  con-  1 
çii  :  la  Synagogue  enferelie  dans  le  tombeau  de  J 
celui  qu’elle  a  mis  à  mort  pour  défendre  fes  pri-  * 
vileges  :  le^  Romains  facrer  un^oy  qui  va  domi-  ; 
ncr  fur  toutes  les  Nations ,  lors  qu’ils  lui  mettent  ' 
un  rofeau  pour  feeptre  à  la  main  :  la  chair  &  le 
fang  produire  ,  en  mettant  Jésus- CHRtsr’à  mort  ;  1 

Je  modèle  fur  lequel  les  hommes  feront  obligez  de 
mortifier  les  affcdioirs  de  la  chair  &  du  fang  j 
3  Esu  s- Christ  mourant  fuivi  d’un  nombre 
prefquc  infini  de  Martyrs  qui  veulent  mourir  à  fon  ^ 

imita- 


J  de  la,  Religion  Chrétienne.  15^ 

‘mîtatîon ,  vainqueur  du  monde  par  ion  oprobre , 

,  rriicifiant  la  chair  par  la  prédication  de  fa  Croix, 

'  5c  portant  le  repos  &  la  paix  dans  Tame  de  tous  les 
’  jbiourans  par  les  angoifles  de  fon  agonie. 

.  '  Nous  aurons  encore  le  droit  de  fupofer,  qiieîa 
^  (uftice  &  la  mifericordcde  Dieu  y  paroifleht  dans 
:  fleur  jour.  Q^Ilevidime  pouvoir  mieux  montrer 
i(a  haine  que  Dieu  a  pour  le  péché  ?  Et  quel  pré¬ 
sent  fait  aux  hommes  pou  voit  mieux  faire  con- 
'jnoîtrc  l’amour  que  Dieu  a  pour  eux  ?L’incréduli- 
*ltc  nous  reproche  donc  la  balTeflc  d’un  objet,  où  les 
î  vertus  de  l’homme  ,  &  les  attributs’mcnies  de 
i  Dieu,  font  comme  fur  leur  trône. 

P  Que  celui  qui  en  doute  confîdére  la  rcfurrec- 
tion  de  Jisüs-Ch  R  i  s  T,  qui  eft  la  véritable  clef 
qui  nous  fera  entendre  tous  ces  événemens.  Car 
, il  eft  vrai  que  mourir  pour  demeurer  fous  l’empire 
de  la  mort ,  eft  une  marque  de  foiblefle  &  de  mife** 
re  :  mais  mourir  pour  vaincre  la  mort  en  fe  rele¬ 
vant  du  tombeau  ,  en  eft  une  d’une  puiflance  fur- 
naturelle  &  d’une  gloire  divine.  Jesüs-Christ 
nedefcenddans  le  feiirde  la  terre  que  pour  monter 
dans  le  Ciel  j  c’eft  ce  qu’ateftent  ceux  qui  ont  été 
'  les  témoins  oculaires  d’un  ft  grand  événement. 

Mais  l’incrédulité  fe  défie  de  leur  raport.  Elle 
i  prétend  trouver  dans  l’Hiftoîre  l’exemple  d’un 
témoignage  alTez  femblable  à  celui-là  ,  &  qui 
:  néanmoins  a  pafTé  fans  contredit  pour  une  im- 
pofture.  On  lit  qu’aprés  la  mort  de  Romulus ,  il  Vlutar» 
fe  trouva  un  Sénateur,  qui  ayant  toüjours\écu  q^^edans 
dans  la  réputation  d’un  homme  de  probité,  airiira 
que  Romulus  étoit  monté  au  Ciel ,  où  il  avoit  été 
mis  au  nombre  des  Dieux  5  &  que  ce  Monarque 
lui  étoit  aparu*,.&c.  Ce  fait  n*eft-il  pas  tout  pa¬ 
reil  à  celui  que  les  Difciples  ont  été  attefter  par 
tour  rUniveis  ? 

Oui  3  il  eft  tout  femblable ,  à  toutes  ces  diifferen- 
ces  pics.  Ceft  que  là  c’eft  un  feul  homme  qui  at- 

tefte 


1^4  Trmte  de  la  Vérité  | 

tcfie  qu’il  a  vu  Romirius  montant  au  Ciel:  icîl 
c’cft  un  très  grand  n#mbre  de  perfbnnes  qui  té-! 
moignent  qu’ils  ope  vu  Jésus- Christ  apres  fai 
refurredtion.  Là  on  feint  qu’un  Roi  magnifique! 
&  triomphant  pendant  fa  vie  ,  a  etc  mis  au  nom¬ 
bres  des  Dieux  apres  fa  mort  5  ce  qui  ne  s’acordc  1 
pas  mal  -avec  les  idées  du  vulgaire  :  ici  on  tc-l 
moigne  d’un  homme  qui  eft  mort  du  fuplice  des  i 
clclaves ,  qu’il  eft  reflufeite  &  monte  au  Ciel  j  ce  | 
qui  ne  feroit  jamais  venu  dans  refprir.  Là  un  Sé-j 
nateur  fc  Iprt  d’une  fidlion  pour  fe  (auvcrtoiU; 
le  Sénat  aeufe  d’avoir  fait  mourir  fon  Roi  j  &  ici  ( 
Ton  voit  des  hommes  qui  s’expofent  à  la  mort, 
&  à  des  fouffrances  plus  infuportables  que  la  mort  i 
meme,  pour  rendre  témoignage  à  ce  qu’ils  re¬ 
gardent  comme  une  vérité.  Là  c’eft  un  habile 
homme  qui  adoucit  la  multitude  irritée  du  meur¬ 
tre  de  fon  Roi,  en  la  trompant:  ici  ce  font  des  i 
hommes  fimples  &  greffiers  qui  perfuadent  les 
plus  habiles  par  leur  témoignage,  &  les  engagent 
à  courir  à  la  mort.  Là  c’eft  un  homme  qui  attelle  \ 
l’aparîtion  de  Rcmulus  fans  preuve  :  ici” vous» 
trouvez  des  témoins  qui  vous  convainquent  de  1 
Ja  vérité  de  leur  témoignage  par  les  preuves  du  I 
monde  les  plus  réelles  &  les  plus  fenfîbles,  qui  i 
font  les  dons  extraordinaires  &  miraculeux  du  l 
S.  Efprir  qu’ils  ont  reçus ,  &  qu’ils,  communi- il 
juent  meme  aux  autres.  !; 

Maison  cbjeclera  en  dernier  lieu,  qu’il  y  a  au-  ;! 
jonr’S’hui  des  Trembleurs  &  des  Entoufiaftes  j 
qui croïent  être  animez  du  S.  Efpritqui  les  infpi-  I] 
re,&Ieur  jcvele  ce  qu’ils  ont  à  faire  &  à  croire,  ; 
encore  que  ce  ne  foit  là  qu’une  vifion  reconniië  de  j 
toutes  les  perfonnes  fenfées,  &  que  peut-être  les  } 
Difciples  du  Seigneur  fe  font-ils  aiifli  vantez  à  j 
faux  titre  d’avoir  reçii  les  dons  du  S.  Efpric.On  de-  i 
meurera  d’acord  qu’il  n’y  a  rien  de  plus  frivole  que  \ 
cette  olajcdionjfi  l’on  remarque  qu’cncore  que  les  | 

Entoi^-  ' 


de  la  Religion  chrétienne. 

Entoufîaftes  fe  vanrenr  d’crreinfpirez  par  le  S.  EL- 
>rir,  ils  ne  prcrendent  point  confirmer  leur  doc- 
•  .rine  par  des  mirales ,  ils  ne  prétendent  point  par¬ 
ier  des  langues  étrangères,  &c.  Ils  croïent  feule* 
ment  être  infpirez  à  l’égard  de  la  doctrine com¬ 
me  ils  parlent  ordinairement  d’une  maniéré  affez 
iconforme  à  l’Ecriture  Sainte,  qu’ils  ont  continuel¬ 
lement  devant  les  yeux  ,  il  ne  faut  pas  s’étonner 
s’ils  prennent  pour  infpitation  ce  qui  n’eft  qu’une 
icontinuelle  répétition  de  ce  qu’ils  ont  lu.  Mais  ici 
ic’cil  toute  une  autre  choie.  Les  Apôtres  préten- 
:dent  non-fcuîement  être  infpirez  du  S.  Efpric , 
pour  ne  rien  avancer  qui  ne  (oit  orthodoxe  &  con¬ 
forme  aux  Ecrituresimais  ils  prétendenrt  avoir  re¬ 
çu  des  dons  furnaturels  &  miraculeux,  8c  le  jufti- 
;ficr  par  leurs  oeuvres.  Et  fi  vous  en  doutez,  confi- 
dérez  qu’ils  le  prouvent  non  par  des  fpéculations  , 
imais  en  prenant  à  témoin  de  ce  qu’ils  difent,  les 
fensde  ceux  à  qui  ils  s’adrefi'ent ,  les  yeux  memes 
des  Juifs  leurs  ennemis,  8c  les  ennemis  de  leur 
î  Maître.  Ltiidoncy  difent-i!s>  s^éta7it  ajfts  dla  droi¬ 
te  du  Fercyd  répxndu  ce  o[ue  inmnienantvous  'voïez 
Ô»  oïez.  Si  vous  doutez  que  S.  Pierre  ait  tenii^e 
Tangage  aux  Juifs,  nous  vous  doimerons  pour  ga- 
rans  de  )a  vérité  de  ce  fait ,  cette  multitude  de 
ProiCiîtes  qui  fe  convertît  par  l’évidence  de  cette 
démonfitation  >  nous  vous  montrerons  toute  une 
Eglife  fondée  par  l’eificace  de  cét  argument.  Si 
vous  croïez  que  les  Difciples  aïent  trompé  la 
multitude  ,  nous  vous  ferons  fouvenir  qu’ils 
a  voient  à  faire  à  des  adverfaires  fort  habtles  8c  fort 
éclairez  ,  &  qu’ils  éroient  eux.- mêmes  des  idiots  & 
des  ignorans.  Si  vous  allez  vous  imaginer  que  la 
populace  a  pris  piaifir  à  fe  laifiér  féduire ,  nous 
vous  remettrons  en  mémoire  qu’il  n’y  avoir  point 
d’objet  de  foi  plus  trille  &  plus  affreux  ,  félon  le 
jugement  de  l’homme  ,^uc  celui  qu’il  faloit  cm- 
bralk*^  en  devenant  Chtéticni  qu’on  avoir  un  puif- 


Truité  de  la  Vérité 

fane  interet  à  examiner  des  faits, dont  la  perfuafîoB 
obligeoit  d’abord  les  hommes  à  coutir  au  marty¬ 
re  ;  que  ceux  de  Berce  qui  av.oient  le  foin  de  con¬ 
fronter  chaque  jour  les  Ecritures ,  pour  fçavoir  fi 
les  chofes  ctoient  comme  Paul  les  leur  difoir  ,  n'a- 
voient  garde  aufli  de  manquer  à  confulter  leurs 
yeux  &  leurs  oreilles  ,  pour  fçavoir  fi  les  Apôtres 
le  vantoient  avec  juftice  de  faire  des  vertus  &  des 
iignes ,  ce  dernief  examen  étant  beaucoup  plus  (iir 
&  plus  facile  que  le  precedent  j  que  ce  n*eft  point 
ttne  fois  ou  deux  que  S.  Paul  fe  vante  de  s*étre 
tendu  aprouve  par  les  fignes,  les  vertus  &  les  mer¬ 
veilles  qu’il  a  opéré  au  milieu  de  ceux  à  qui  il  écritj 
que  toutes  fes  Epîtres  font  pleines  de  pareilles  dé¬ 
clarations,  ou  des  chofes  qui  s’y  faportent ,  qu’ili , 
prend,  &  fes  argumens  &  les  motifs  de  fes  exhorta¬ 
tions,  de  cette  effufîon  connue  &  non  conteftee  des 
grâces  furnaturelles  du  S.  Efprit.  Et  certainement  * 
on  ne  croira  pas  que  S.  Paul  ait  été  alTez  infenfé 
pour  écrire  aux  Corinthîbns  en  ces  termes ,  Vour- 
tant  y  Treresj  defirez.  de  prophetifer  ,  ^  ri  empêchez 
point  de  parler  des  langages, il  ces  dons  n’eulTen  t  etc 
dans  l’Eglife.  Il  n’auroit  pas  aufli  pris  le  foin  de 
remédier  à  des  defordresqui  naiffoient  decequ’dn  . 
abufoit  des  dons  miraculeux  ,  comme  cela  a  été 
déjà  remarqué.  II  n’avertiroit  point  ,  comme  il 
fait,  que  la  Prophétie eft  pour  édifier  les  Fidèles  j  ; 
mais  que  les  dons  des  langues  ,  comme  étans  mi-  i 
racuîeux  ,  fcKit  deftinez  à  convaincre  les  incrédu¬ 
les.  Enfin,  il  n’entreprendroit  point  de  corriger  le 
defordre^de  ceux  qui  faifoient  plus  d’état  de  ces 
dons  extraordinaires  que  de  la  charité,  comme  il 
fait  lors  qu’il  remarque  quequant  aux  Prophéties 
elles  feront  abolies,  &  quant  aux  langages  ils  cef. 
feront  3  mais  que  la  charité  ne  déchet  jamais.  Et 
qui  ne  voit  dans  fon  langage  la  pcrfuafion  de  fon 
efprit  ?  Il  eft  tellement  ^mpli  d’admiration  pour 
tant  de  vertus ,  de  fignes  &  d’œuvres  magriifiques, 

que 


dé  la  Religion  Chrétienne,  15  7 

•  UC  rcfprit  de  Dieu  opère  à  la  vue  des  hommes, 
1  u’ilne  rçaitqucl  nom  donner  à  ce  divin  principe. 
\  c  excellence  de  la  force  de  Dieu  j  tan- 

foc  c*cft  r excellente  grandeur  de  fa  puijfance  3  tan- 
iôt  c*eft  r excellence  de  la  puijfance  de  fa  force  :  ex- 
;refîïons  aufli  naturelles  que  forces  ,  &  qui  nous 
narquent  mieux  que  tous  les  raifonnemens,  Tidcc 
que  S.  Paul  avoic  des  dons  miraculeux,  &  par 
ronféquent  celle  que  nous  en  devons  nous-meme» 
avoir. 


III.  SECTION. 

Où  l’on  tâche  de  poufTer  les  preu¬ 
ves  de  fait  &  de  fendaient  juf- 
qu’au  degré  de  la  démonftra- 
tion. 

C  H  A  P  I  T  R  E  I. 

-De  r  état  de  V ejprit  ^  du  cœur  des  Difciples  ^ 
quels  étaient  leurs  préjugez ,  lorfque  J  £  §  u  s* 
Christ  s^ ef  fait  oonnoltre  à  eux, 

♦ 

ON  ne  peut  mieux  connoître  Pimprefliott 
que  les  faits  de  l’Evangile  ont  du  ou  pii 
faire  fur  refpric  des  Difciples  ,  qu*en  con- 
fiderant  quels  avoient  etc  leurs  préjugez  jufqu’a-? 
Jors.  C’eft  par  là  qu*il  faut  commencer  cette  troi- 
fiéme  Seéfion. 

Les  Difciples  de  Jésus- Christ  étans 
nez  Juifs  ,  avoient  nccelTairemenc  ces  cinq 
préjugez.  I.  Iis  écoienc  perfuadez  que  le 
régne  du  M  lTie  fcroîc  acompagné  de  la 
prorperitc  temporelle.  1 1.  Ils  penfoient  que 
le  MelTie  rccabliroic  le  Roïaume  d’Ifracl  ,  & 

Riok 


Traite  de  la  Vérité 

fcroîr  une  fécondé  fois  régner  la  Maifon  de  Da*i 
vid  qui  croit  dans  Toubli  &  dans  rabaiflemenr* 
III.  Ils  regardoienc  leur  Loi  comme  devant 
•duifr  crerntllement  :  &  par  la  Loi  j’entens  ici'; 
non  la  Loi  Morale  feulement ,  mais  la  Loi  Ccrc- 
monicHc  ,  ou  plutôt  la  Loi  en  general ,  qui  com-' 
prenoît  la  Loi  Ccrcmonîelle  &  la  Loi  Morale.' 
IV  Ils  regardoient  leurs  Sacrifices  comme  cei 
qu*il  y  av.oît  déplus  (acre  &  de  plus  inviolable 
dans  leur  Religion  ,  &  ils  n’avoient  garde  de  pen- 
fer  que  le  fang  des  victimes  légales  dut  ceffer  de 
couler  tout  d*un  coup  ,  lors  qu*un  homme  auroit 
été  mis  à  mort.  V.  Enfin  ils  ne  pouvoient  regar-i 
der  les  Gentils  que  comme,  des  hommes  foiüLIcz  ; 
&  entièrement  execrables  à  leur  égard.  Car  fansj 
conter  le  crime  d’idolâtrie  eftime  fi  capital  par-  j 
mî  eux ,  &  fl  digne  d’un  éternel  abandon  de  Dieu  ,  1 
les  Païens  étoient  foiiillez  Sc  impurs  plufieurs, 
maniérés  diferentes  félon  les  idées  de  leur  Loi,' 
puis  effi’ils  ne  faifoient  rien  de  ce  qu  il  faloic  faite  | 
pour  fandifîer  cxteiieuremenc  en  évitant  les  im-  i 
puretez  légales,  •  ' 

A  l’égard  de  la  profperîté  temporelle  ,  on  ne  ' 
peut  douter  q.ue  les  Juifs  ne  rattendiffent  de  leur  i 
MefTie.  Car  outre  que  les  Prophètes  fembloicnt , 
les  y  avoir  préparez  par  liant  d’oracles  fi  beaux  ' 
&  fi  magnifiques,  qui  ne  fçaît  qu’ils  avoient  été  ; 
tentez  de  regarder  Hcrode  le  Grand  ,tout  Idu- | 
méen  qu’il  était  d'origine,  comme  le  MelTie  qui 
devoir  venir,  frapez  par  l’éclat  de  fes  Vidloircs, 
&  de  la  profperirc  fi  confiante  qui  acompagna  i 
fon  .régne  ?  ' 

Il  femble  qu’Herode  lui-même  ait  eu  defTein  ! 
de  pafTer  pour  -MefTic ,  &  que  ce  foie  pour  cela 
qu’il  fît  démolir  le  Temple  de  Jcrufalcm  pour 
lui  donner  une  forme  plus  belle  &  plus  magnifî-  ; 
que  :  le  préjueé  des  Juifs  de  ce  tems-là  étant  que  ' 
le  Meflîe  devûiu  faire  la  gloire  de  cette  Maifon, 

confoi- 


0 


de  la  Rellpo7J  Chrétienne,  1^9 

Iffonformcmcnt  aux  Oracles  des  Prophètes  qui 
'J  avoient  ainfi  prédit. 

I  Mais  (oit  que  cette  conjedure  foie  fondée ,  foie 
qu'elle  ne  le  (oit  pas,  il  eft  vrai  du  moins  que  Téclac 
■de  Tes  viéloires  &  de  fa  profperité  fit  une  (i  forte 
lîmpTcfTion  fur  rcfpric  des  Juifs  ,  qu'il  y  en  eut  un 
Inombre  alTez  confidérable  qui  s*imagincrenc  que 
[  Hcrode  étoit  le  Meflie  qui  avoic  été  promis  par  les 
i  Prophètes  ,  &  qui  devoit  élever  leur  nation  au 
j  comble  du  bonheur  &  de  la  profperité.  Car  c’eft  ce 
'qui  donna  la  nailfance  à  la  Sede  des  Herodiens 
dont  il  cfb  fait  mention  dans  l’Evangile. 

11  ne  faut  point  s’en  étonner.  Le  coeur  des  hom¬ 
mes  eft  tellement  corrompu,  qu'il  né  ti;ouve  de 
charmes  que  dans  lagrandehr  &  dans  la  profperi- 
té  temporelle.  C’eft  là  ce  qui  fait  ks  délices  or¬ 
dinaires  &  des  grands  &  du  peuple.  Si  l’on  en  doii- 
toit ,  on  n’auroir  qu’à  conhJérer  Mlilioire  du 
genre  humain,  &  à  voir  que  depuis  la  naiflancs 
du  monde  les  focîecez  diftinguées  par  l’éclat  des 
honneurs  &  des  biens  temporels  l’ont  toü jours 
emporté. 

C’écoit  un  fécond  préjugé  des  Juifs  ,  que  îeiii: 
hhftie  rétabliroit  le  Roïaurae  d’Ifraël.  Car  d’un 
cô:é  ils  avoient  apiis  de  leurs  Prophètes,  que  le 
régne  de  la  maifon  de  David  devoit  être  un  ré¬ 
gne  éternel  ;  qu’il  dureroit  aufti  long- tems  qu’il 
y  auroit  un  Soleil  &  une  Lune.  Ils  voïoient  de 
l’autre,  que  la  famille  de  David  étoit  en  partie 
perie  ,  &•  en  paitie  tombée  dans  l’abaiffementr 
Ils  en  attendoient  donc  le  récabliflement.  Le  peu¬ 
ple  avoit  eu  une  longue  fuite  de  Rois  qui  n’ctoienc 
pas  même  de  la  Tribu  de  Juda,  fansqu’oneüt  re¬ 
noncé  à  cette  efperance. 

Mais  fur  tout  les  Juifs  ctoient  fortement  per- 
fuadczque  leur  Loi  feroit  éternelle ,  c’eft-à-dire, 
qu’on  aborderoit  toujours  de  toutes  parts  à  la 
montagne  de  Sion  i  que  l’on  olfriioit  loii jours 

diver.es 


î40  Traité  de  la  Vérité 

divcrfcs  efpcces  de  facrîfices  dans  la  Terré-*" 
Sainte;  Car  c’cfl  de  cette  Loi  qu’ils  avoient  en¬ 
tendu  parler  dans  leur  enfance ,  que  leurs  peres , 
leurs  mcres ,  leurs  anciens  ,  leurs  maîtres  les 
avoient  tant  entretenus. 

Ils  enteridoient  parler  de  Jerufalcm  avec  re(- 
pedl.  C’ccoit  un  grand  ferment  que  de  jurer  par 
la  ville  du  grand  Roy.  Ils  regardoient  les  Lévi¬ 
tes  comme  des  perfonnes  facrées ,  &  les  Sacrifica¬ 
teurs  comme  les  Officiers  vifibîes  d’un  Dieu  invi- 
fibîe  qui  vouloit  bien  habiter  parmi  eux.  Ils  en- 
vo‘A)ient  tous  les  ans  à  Jerufalcm  la  dîme  de  leurs 
biens.  Ils  y^menoient  une  infinité  de  vi(Slimes  difc- 
rentes  pour  y  être  offertes  à  Dieu.  Ils  ne  croïoienc 
point  être  agréables  à  Dieu ,  ni  fuportablesles  uns 
aux  autres  s’ik  ne  pratiquoient  tous  les  ufages  que 
la  Loi  leur  preferivoit  pour  leur  pureté  &  leur 
fandlification  extérieure. 

Ils  avoient  vu  punir  du  dernier  fuplice  les  vio¬ 
lateurs  de  cette  Loi  :  &  les  quatre  genres  de  fu- 
plices  preferits  par  la  Loi  ,  qui  ordonnoît  qu’ou 
étranglât)  ou  qu’on  fit  mourir  par  le  glaive,  ou 
qu’on  brûlât  ,  ou  qu’on  lapidât  ces  violateurs 
félon  le  degré  du  crime  qu’ils  avoient  commis , 
étans  prefens  continuellement  devant  leurs  yeux 
par  tant  de  jugemens  qu'ils  voïoient  exercer 
chaque  jour,  ne  leur  permettoient  point  de  re¬ 
garder  ces  chofes  que  la  Loi  preferivoit  ,  que 
comme  des  devoirs  trés  faints  &  très  inviolables. 
On  fçait  combien  ces  impreffions  font  fortes  fur 
Tefprit  du  vulgaire. 

Ils  avoient  l’cfprit  rempli  de  leurs  Fcces  &  de 
leurs  Solemnitez ,  fi  capables  d’attacher  leur  cf- 
prit  par  ce  grand  nombre  de  .circonfiances  &  de. 
cérémonies  dont  elle*:  croient  acompagnées.  Il  fa- 
loic  monter  trois  fois  l’année  à  Jerufalcm  dans  des 
rems  facrez  &  qui  dévoient  être  ccUbicz  avec 
une  dévotion  particulière.  Il  faloi:  s’entretenir 

peniant 


âe  la  Religion  Chrétienne.  ï4f 

pendant  les  jours  de  P^ue  de  la  trifte  captivité 
cjue  les  anciens  Ifraëliccs  avoienc  (buffert  en  Egy¬ 
pte.  Exod.  15.  8.  &  pour  marquer  le  pain  d’affli- 
dion que  leurs  Peres  avoient  mange,  ils  dévoient 
manger  pendant  fepe  jours  du  pain  fans  levain. 
Il  faloic  égorger  autant  d’agneaux  qii’il  y  avoir 
de  familles  à  Jerufalem  ,  pour  marquer  i’ancieu 
paffage  de  l’Ange  deft.ruéleur  par  deflus  les  mai- 
îbnsd’iriaël.  La  Fcte  de  la  Pentecôte  devoît  cwre 
cclcbrce  avec  une  dévotion  peu  diferente.  On  de¬ 
voir  alors  ofrir  à  Dieu  les  prémices  des  fruits  dt 
la  terre.  Il  faloit  célébrer  un  jeune  folemnel  le 
dixiéme  jour  de  Septembre.  On  ctoîttobligé  de 
fc  repofer  de  toute  forte  de  travail  le  premier  & 
le  dernier  jour  de  la  folemnitéde  Pâque,  &  le  jour 
apelé  Kipur  ,  auquel  iln’étoit  permis  ni  de  man¬ 
ger  ,  ni  de  boire ,  ni  de  s’ôindre ,  ni  de  fe  laver.  On 
ccoit  dans  l’obligation  d’habiter  pendant  fept  jours 
dans  des  tentes  pendant  la  Fête  des  Tabernacles. 
Et  cette  ceremonie  étoit  deftinceàfaire  commé¬ 
moration  du  féjour  que  les  anciens  Ifraëliics 
avoient  fait  dans  le  defert. 

Or  qui  ne  fçait  que  le  grand  nombre  de  Fêtes  & 
de  Solemnitez  attache  d  autant  plus  l’cfprit  du 
peuple,  qu’il  fait  fouvent  confifter  la  Religion 
en^des  chofes  extérieures  ? 

La  multitude  &  la  variété  de  facrifîces  pref- 
crits  dans  la  Loi  de  Moïfe  ,  &  pratiquez  parmi 
les  Juifs,  étoit  bien  capable  de  produite  Ic.mê- 
mc  efet.  Tout  "devoit  être  ofert  à  Dieu.  On 
lui  ofroit  les' perfonnes  :  Ce  qui  s’apeloit  Confé~ 
crafionl  On  lui  prefentoit  des  fruits  delà  terre: 
Ce  qui  fe  nommoit  Oblation,  On  lui  ofroit  des 
liqueurs  :  Ce  qui  s’apeloit  Libation.  On  lui 
prefentoit  des  aromates  que  l’on  faifoit  fumer 
en  fi  prefence  :  Ce  qui  fc  nom^ioit  Encenfe- 
ment.  On  lui  ofroit  des  bccesrCe  qui  s’apeU 
loi:  propicmenç  des  Sacrifices,  On  ofroit  des  ho- 

iocauftçs 


l'Æi  Tr/ttîé  de  ÏA^VeYîti 

locaufles  S:  des  facrifices  ordinaires.  On  ofFroît  î 
des  Sacrifices  pour  le  péché  ,  &  des  Sacrifices  pa-  ^ 
cifiqces.  On  ofFroic  des  Sacrifices  réglez  ,  &  des  | 
Sacrifices  accidentels  &  occafionnels.  On  en  ) 
ofFioit  tous  les  jours  deux  ,  Tun  le  matin  ,  l’au*  i; 
tre  le  loir  i  un  extraordinaire  chaque  remaine,^ 
un  autre  extraordinaire  chaque  mois  ,  &  de  i 
nouveaux  à  toutes  les  Fêtes  folcmnelles.  On  les  i 
ofFroit  ou  pour  les  péchez  du  peuple  en  général  , 
ou  pour  les  péchez  des  particuliers.  Et  au  jour  ; 
tie  rexpiation  folcmnelle  on  .ofFroit  deux  Sacrî-  ’ 
fices,  Fun  que  le  fouverain  Sacrificateur  ofFroit 'î 
pour  lui*tnême  &  pour  Fa  maifon  à  Fes  propres! 
dépens  ,  l’autre  qu’il  ofFroit  aux  dépens  du  1 
peuple  ,  &  pour  les  péchez  du  peuple.  Car  j 
alors  on  choififFoit  deux  boucs  :  l’un  étôit  ofFert  | 
en  facrifice  pour  le  péché  ,  &  ctoit  brûlé  hors! 
du  camp  ou  de  la  ville  :  Fautre  ctoit  envoie  I 
dans  le  defert  vers  une  montagne  nommée  Ha-  > 
lazel  ,  là  où  il  étoit  précipité.  Après  quoi  le  | 
fouverain  Sacrificateur  vêtu- de  vétemens  blancs  i 
ericroit  dans  le  lieu  très  Saint  ,  tenant  en  fes  | 
mains  un  encenfoir  ,  où  il  y  avoit  des  charbons  Ij 
ardens  fur  lefquels  il  jettoit  des  aromates ,  dont  la  j 
fumée  faifoit  une  nuée  qui  couvroit  le  Propicia-  j 
toire  J  fur  lequel  il  verfoit  le  l'ang  du  bouc  qui  ! 
avoit  été  immolé  dans  le  Parvis.  En  Fuite  le  Fou-  ! 
verain  Sacrificateur  dépoüilloît  fes  habits  facrez*,'? 
&  aïant  repris  fes  habits  ordinaires  ,  il  s*cn  re-  S 
tournoit  en  Fa  maifon  acompagné  de  tout  le  peu-  ? 
pie  ,  qui  faifoit  des  feftins,  &  fe  réjoüifibit  de  ^ 
ce  que  le  Fouverain  Sacrificateur  étoit  FortF  fain  ! 
&  Fauf  de  la  prefencc  de  Dieu.  Ce  nombre  &  j 
cette  variété  de  cérémonies  &  de  Facrifices  ne  | 
pouvoir  naturellement  qu’atacher  beaucoup  FcF.  I 
prit  de  ceux  qui  dés  leur  enfance  avoienttous  ces  , 
objets  devant  les  yeux.  ' 

On  doit  faire  le  même  jugement  de  leurs  diiFe-  ' 

rentes  i 


f  ^.e  la  Religion  chrétienne,  i4j 

j^fcntes  cfpcces  de  purification.  Si  la  coutume 
fi:  l’éducation  nous  font  regarder  la  nudité 
ilommc  un  état  honteux  &  indécent^  la  ooütu- 
|ic,  Tcducation  &  la  Religion  ,  plus  forte  lou¬ 
ent  que  l’une  ni  f autre  ,  leur  faifoienc  le- 
*  [arder  comme  immondes  tous  ceux  qui  avoient 
f  ,Dntrad:é  quelqu’impurcté  légale.  Le  camp  des 
l  [fraclices  dans  le  delert ,  &  depuis  la  ville  de  Je- 
ufalcm ,  curent  trois  parties:  La  première  étoic 
i  demeure  de  Dieu  meme,  qui  habitoic  dans  le 
f  jrabernaclc  ,  ou  dans  le  Temple  :  La  fécondé 
^  toit  la  demeure  des  Lévites  ,  qui  habitoienc 
ijju  tour  du  Sanctuaire  :  Et  la  troifiéme  étoic  la 
^  jcmeure  du  peuple  ,  qui  étoic  féparée  du  Tem- 
;  i)Ie  par  la  demeure  des  Lévices*  Il  y  avoir  de 
\  ineme  trois  fortes  de  perfonnes  immondes  :  les 
î  insqui  ivétoient  exclus  que  du  Temple  ou  de  la 
;  temeure  de  Dieu  >  tels  qu’étoienc  ceux  qui 
î  .voient  touché  un  corps  mort,  ou  qui  avoient 
'leur  prépuce;  les  autres  plus  (oiiillez  qui  écoient 
i  jiannîs  de  la  première  &  de  la  fécondé  demeure , 
jçavoir  du  Temple  Sc  de  la  demeure  des  Lévites  ; 
!;'cft-à-dirc  ,  de  toute  la  montagne  de  Sion  , 
j:oirjme  les  femmes  après  leur  enfantement ,  les 
jiommes  &  les  femmes  qui  avoient  quelqu’impu- 
fctc  naturelle  ou  accidentelle  :  Enfin  d’autres 
plus  immondes  encore  ,  qui  étoienc  bannis  de 
toutes  ces  trois  demeures,  &  fequeürez  entiere- 
iment  de  Fa  focieté  &  de  la  communion  du  peuple , 
;cls  qu’étoîent  les  lépreux  ,  qui  non- feulement 
ctoient  fciiil'ez,  mais  qui  étoient  fenfez  foiiilkr 
les  autres,  &  qui  pour  fe  diftinguer,  &  pour  fc 
^aire  connoîcie  dans  les  lieux  mêmes  où  iis  ha- 
jbitoient  à  part,  écoient  obligez  fuivant  la  Tra- 
jdition  des  Hébreux,  de  porter  des  habits  dc- 
jehirez,  de  laiflcr  croître  leurs  cheveux,  &  de 
jmarcher  le  vifage  voilé ,  comme  s’il  eut  pii 
j fouiller  les  autres  par  fes  regards  ,  ou  que  les 
I  autres 


144  Tr/ulté  de  la  Vérité 

autres  enflent  craint  de  fciiiller  leurs  yeux  en  L’ 
regardant ,  comTne  cela  paroît  par  Tallulion  qu< 
le  Prophète  Efaïe  fait  à  cette  coutume  dans  l’O-' 
lacie  qui  eft  contenu  au  Chapitre  55.  d’Efaïe  ' 
Nous  nonsfommes  détournez: arriéré  de  lui ,  commv, 
l'on  cache  fa  face  arriéré  d'un  lépreux,  1 

On  ne  peut  douter  que  tant  de  précautioflii  ‘ 
qu’on  devoir  prendre  pour  ne  point  contradci 
d’impuretc  legale,  cette  fequeftration  des  im«i 
inondes  ces  foins  qu’on  devoir  prendre  de  f<iS 
purifier,  foit  par  des  ablutions ,  foitpar  des  fa- 
crifices,  foie  par  les  cendres  d’une  vache  roufle  ' 
&  les  préjugez  que  cette  pratique  foîitenue  de’ 
l’éducation  &dela  Loi  de  Dieu  qui  la  prefcrivoii' 
faifoit  naître  fi  naturellement  dans  l’efprit,  ne 
•donnaflent  aux  Juifs  une  invincible  averfîon 
pour  les  Gentils  qui  étoient  fouillez  à  leur  égardli 
en  tanfde  maniérés,  &  pour  toute  Religion  qui; 
pouvoir  ou  permettre  ou  négliger  ces  impurçtcz 
corporelles  &  extérieures.  I 

Ajoutez  à  tout  cela  le  refpeéi:  du  Temple,  du-' 
quel  les  anciens  Kraelites  avoient  acoütumc' 
de  dire  avec  des  rranfports  de  confiance  &  d’ad¬ 
miration  ,  Le  Temple  de  l'Eternel ,  Le  Temple  di 
V Eternel  :  le  refpeél  qu’ils  avoient  pour  les  Lé-', 
vîtes  &  pour  les  Sacrificateurs  à  qui  Dieu  avoir 
commis  le  foin  du  Temple  ,  Nombr»,  i^.  de  ces: 
Sacrificateurs  qui  dévoient  être  fi  purs  dans  ( 
leurs  perfonnes ,  qu’ils  ne  dévoient  jamais  faire 
leurs  fondions  dans  le  Temple  fans  laver  leurs 
pieds  &  leurs  mains,  qui  beniflbientle  peuple  ,> 
quifaîfoient  l’encenfement  &  ofroient  les  facriS-  j 
ces  ordinaires,  &  qui  étoient  oints  aufli  bien  j 
que  les  Rois  &  les  Prophètes,  pour  manquer  j 
combien  ils  étoient  agréables  à  Dieu.  ‘  j 

Joignez  y  les  foins  que  le  Legiflateur  avoic  il 
pris  de  marquer  leur  Religion  dans  leurs  parois  < 
&dans  leurs  habits,  ou  iis  dévoient  porter  écrire  ; 

leur  i 


;  fie  la  Religion, Chrétienne,  T-ff' 

ÉrLoî,  du  moins  en  partie  ,  les  foiis  que  ce 
BÎme  Lcgilliceur  avoic  pris  4e  fandlifier  les 
li.-ns  des  riches,  en  leur  donnant  les  moïens 
les  confacrcrà  Dieu,  &  de  confoler  rindi- 
Ijincc  des  pauvres,  en  faifant  de  fi  belles  loix 
i  ur  leur  fubliftancc  ,  Lcviciq.  Deuteron* 
7.8.14. 

f  :  Enfin  on  peut  ajoûter  à  tout  ccla  ces  loîx  ad’»' 
lljirables  de  juftice  &  d'equite  -par  Icfquelles  lo 
krgiflateur  avoic  régie  le  droit  qui  dévoie  s*ad- 
piniftrer  au  milieu  de  ce  peuple,  ces  loix  qui 
|r:.roiffent  n’erre  que  les  premières  &  plus  juftes 
^luerminations  de  la  loi  naturelle  ,&  qui  doî-- 
j:;nc  &  peuvent  fervir  de  régie  à  toutes  leS' 
:,,ix  civiles  &  politiques  qui  font  établies  dans 
i,  monde. 

; ,  Or  de  tout  cela ,  il  s’enfuit  premièrement ,  que 
IJs  Difcipics  n’ont  pu  regarder  J  e  s  u  s-C  H  R  i  siT 
[j)mme  le  Mefïie  qui  dévoie  venir,  &  que  leur 
üition  ateendoie  avec  une  fi  grande  impatience  p 
ms  attendre  de  lui  un  bonheur  &  une  profpérito 
mporelle.  C’eft  aufTi  ce  qui  paroic  affez  par  la 
/*mandeque  la  mere  des  enfans  de  Zébédée  vienc 
-i^irc  à  Jesus-Christ  ,  lui  difantii  Seigneur,  or- 
\)nne  que  mes  deux  fils  quifontici  {^efens  [oient 
\  j; ,  Vun  à  ta  main  droite ,  ^  C autre  a  ta  main  gati’^ 
oe  y  lorfque  tu  feras  venu  en  ton  régne.  Il  ne  fe 
eut  donc, à  parler  naturcllemeut ,  que  les  pif-» 
iples  ne  foient  extrêmement  choquez  entendant 
iuc  leur  Maître  n’eft  point  venu  pour  comman- 
{er,mais  pour  fervir,  &  pour  donner  fa  vie  ea 
jançon  pour  pluficurs  ,  que  celui-là  fera  le 
|lus  grand  dans  Ton  Roïaume ,  qui  fe  fera  le  plus 
jbaürc  :  que  le  plus  grand  doit  erre  comme  le 
]Ius  petit  à:  comme  celui  qui  fert, 
j  Mais  d’ailleurs  il  ne  fe  peut  qu’ils  ne  foient 
hfiniment  choquez  ,  lors  qu’ils  voient  qu’il» 
'y  a  que  milerc,  pauvreté  &  affligions  à 
Tome  II.  G  atten- 


14^  Traité  de  la  Vérité  ! 

aacndrc  de  la  profcfTion  qu'ils  font  de  fuivrj 
J  E  s  U  s-C  H  R  I  s  T.  ; 

Il  faut  qu'ils  trouvent  en  leur  Maître  quelcju 
choie  qui  balance  la  prorpcritc  ternporelle,  &  qu, 
leur  fait  fuporter  patiemment  les  affligions  :  ^|l 
ce  contre-poids  ne  peut  ccre  que  la  dcdrine,  ou  le; 
miracles  de  Jesüs-Christ.  Ce  n'cfl:  pas  fa  do  i 
«ftiiiic  :  car  ils  ne  rentendent  point  pendant  lon^ 
tems,  comme  cela  paroîc  par  tant  dequeflions  o . 
vaines  &  frivoles,  ou  abfurdes  &  ridicules ,  ou  me  : 
me  choquantes  &  peu  refpedueufes ,  qu'ils  fon,' 
à  leur  Maître.  D^ailleurs  ce  qu'il  y  a  de  plu,; 
faint  &  de  plus  capable  d'atirer  les  hommes  dan;! 
fa  dodlrine  ,  eft  ce  qu'il  y  a  de  fpiricuel  :  &  c'elj 
précifénient  ce  qu'il  y  a  de  fpiricuel  qui  leur  el; 
cache  &  qu'ils  ne  fçauroient  entendre,  n’aïani 
Tefprit  rempli  que  des  idées  charnelles  &  groij 
fieres  du  monde  ,  comme  cela  paroît  par  le  lan-; 
gage  qu'ils  tiennent  en  parlant  à  leur  Maître,  é 
qu’ils  raportent  eux-mêmes  d'une  maniéré  fi  naïv: 
&  Il  ingenuë.  Il  fatit  donc  qu'ils  trouvent  en  Jem 
sus- Christ  des  miracles,  qui  leur  tiennent  lieil» 
de  tontes  chofes. Et  c'eft  aufli  par  là  principalement 
que  Jesus-Chrüt  leur  prouve  la  vérité  &  la  divi  t 
nitc  de  fa  vocation.  Il  dit  que  le  Pere  ne  l'a  poin! 
laiflTé  feul ,  mais  que  les  ccuvrcs  qu'il  fait ,  temofi 
gnent  que  c'eft  le  Pere  qui  l'a  envoie.  Dans  une  au 
tre  rencontre  il  protefte  qu'il  a  un  plus  grand  te  , 
moignage  que  celui  de  ]ean-Baptifte  ,  ajqütan  i 
que  les  oeuvres  que  le  Pere  lui  a  données  à  faire  i 
font  celles  qui  rendent  témoignage  de  lui. 

On  nous  dira  ici,  que  Jean-Baptifte  a  bien  pi'; 
attirer  la  multitude  ,  &  pafler  pour  Prophète  par¬ 
mi  les  juifs,  fans  avoir  fait  aucuns  miracles ,  di 
moins  qui  nous  foîent  connus ,  &  qui  foient  rapor-!i 
tcz  dans  l'Evangile ,  &  qu'il  ne  feroit  pasétonnani;; 
•que  Jesus-Christ  ,  auffi  bien  que  Jean-Baptifte  1 
ciit  trouve  le  moïen  de  s’attirer  un  grand  nom¬ 
bre! 


àe  lu  Keligion  Chrétienne.  147 

jifc  de  Dlfciples  fans  faire  aucuns  rriiracl^s ,  mais 
^iirlcclac  de  là  fainteté  ,  ou  par  la  promefle  de 
r|)nncrla  vie  éternelle.  Je  répons  premièrement  , 

^  |.i’cncore  que  nous  ne  lifîons  point  que  Jean-» 

•  !aptirtcn*ait  fait  aucuns  miracles  pendant  tout  le 
‘  ‘)urs  de  fa  vie  ni  de  fon  miniftere ,  il  fufEc  que  fa 
liflance  ait  été  fignaice  par  un  prodige  furpre- 
i.iintqui  ne  peut  manquer  d’être  connu  de  tout  le 
r  iiondc  ,  pour  avoir  fait  attendre  de  grandes  cho- 

Ijsdelui.  Je  dis  en  fécond  lieu,  que  fi  Jean-Bapti- 
cn*a  point  fait  dès  miracles,  ilifa  pas  aufli  etc 
•garde  comme  un  Prophète  qui  en  diit  faire.  Il 
'croit  point  ce  Mefiie  duquel  il  avoit  été  dit 
[  u’il  feroit  le  defirc  des  nations ,  qu*on  Tar 
jclleroit  le  Dieu  &  Sauveur  de  toute  la  terre  > 
:  qu’a  fon  arrivée  Dieu  émouveroît  le  Ciel,  la 
•rre,  le  fec  &  T  humide.  Cétoit  feulement  fou 
reçut feur  :  C' étoit  voix  de  celui  qui  crie  uw 

âfert ,  Aplaniffez  le  chemin  du  Seigneur,  fuites 
roits  fes  [entiers  X  En  troifiéme.  lieu  ,  Jean-  Baptî- 
:c  ne  faifoit  qu’annoncer  la  venue  du  Mefiie  :  ce 
■ui  ne  pouvoit  que  plaire  aux  Juifs  ,  &  qui  s’a- 
ordoit  parfaitement  avec  leurs  préjuge:^  &  leurs 
fpcrances.  Son  mîniftere  n’avoit  rien  que  d’a- 
ircable.  Ilnefaloit  pas  faire  des  miracles  pour 
jnnoncer,  &  faire  recevoir  la  plus  agréable  nou- 
»cllé  que  les  Juifs  poiivoîent  jamais  recevoir, 
dais  il  n’en  cft  pas  de  meme  de  J  esus-  Christ,  qui 
jevoie  leur  montrer  le  Mefiie  en  fa  perfonne,  &  un 
defiie  fi  contraire  à  l’idée  qu’ils  s’en  étoient  faite 
les  leur  enfance.  Il  ne  pouvoit  manquer  de  les 
joülcvcr  contre  lui.  Ecc’eft  à  cela  (  pour  le  dire  eu 
jafiant  )  que  Ton  doit  raporter  le  different  fuccez 
!u  mîniftere  de  Jcan-Baptifte,&  de  celui  de  Jésus- 
Christ, marque  dans  les  oracles  des  Prophètes, 
puisqu’il jivoir  étéditque  Jean-Baptî,fteréconci- 
féroic  les  cœurs  des  percs  envers  les  enfatis  5  & 
'c  Jesüs-Christ  au  contraire,  qu’il  feroit  une 
G  ij  picrie 


i 

I4S  Traité  de  la  Vérité 

pierre  jd’achopem^nc  &  de  fcandale  en  IfraeT.  i\ 
LesJ  uifs  attendant  le  1  egne  du  Mellie  avec  im-^j 
patience,  ils  s*en  faifoienc ,  comme  ils  font  cnconij 
aujourd’hui.,  une  idée  très  agaéable,  ils  le  revc->. 
toient  de  tout  J’cclac  &  de  toute  la  gloire  qu’ils  ftl 
fouhaitoienc  à  eux-mêmes  ;  ils  le  peignoient,  pouj  :! 
ainfî  dire,  des  couleurs  de  leur  orgueil  &  de  leui'ii 
ambition.  Iis  s’atrendoient  à  avoir  bîen-tôt  leî 
Rois  de  la  terre  pour  nourriciers,  &  les  Princeffei!’ 
pour  nourrices  ;  ils  croïoient  les  avoir  bien- toi; 
pour  ferviteurs  &  pour  fervantes.  C’etoit  là  cc 
qu’ils  avoient  oiii  dire  depuis  leur  enfance  :  &  ce 
Meflie  charnel  &  temporel  étoit  comme  ridolcii 
de  leur  cœur.  Là-  deffus  Jean-  Baptifte  paroît ,  le-  ^ 
quel  marquant  le  régne  du  MefTie  par  un  terme  j 
que  Daniel  avoir  emploie  avant  lui  ;  dit  haute-!| 
ment  que  le  Royaume  des  deux  efi  aproché»  A  ccttciii 
voix  agréable  tout  le  peuple  acourt  en  foule  de  | 
Jerufalem  ,  de  Décapolis ,  de  la  J  udée  ,  de  la  Gali-'a 
lée  ,  &  des  pais  qui  étoient  au  delà  du  Jordain.jil 
Jean  leur  prêche  la  repentance  ,  comme  une  pré-  i 
paration  néceflairc  pour  être  participans  de  tous  ^ 
les  biens  qu’ils  doivent  attendre  fous  le  régne  du 
Meifîie  :  ils  écoutent  fa  prédication.  Il  les  exhorte  j 
à  fe  reconcilier  les  uns  avec  les  autres  pour  être  ^ 
les  fujets  d’un  même  Roy  célefte  :  ils  renoncent  à  ; 
leurs  differens  &  à  leurs  querelles  ;  une  efpérancc  i 
fl  chcre  étoufftnt  dans  leurs  cœurs  leurs  pallions 
&;  leurs  reffentimens.  Mais  lorlque  Jean-Baptifte 
les  a  menez  comme  par  la  main  à  J bsüs- Christ,  < 
ilsfoDt  furpris  de  ne  trouver  en  lui  rien  moins  que 
ce  qu’ils  cherchoient.  Ils  voïent  la  pauvreté  là  où  ' 
ils  avoient  crû  trouver  l’abondance  ,  &  l’oprobre  ■ 
&  les  affliêtions  là  où  ils’croïoicnt  trouver  un  éclat 
8c  une  gloire  temporelle.  Voilà  pourquoi  ils  le  re¬ 
mettent  avec  horreur  &  avec  deteftation,  toutes  ' 
leurs  palTions  fe  changeant  en  horreur  &  en  em-  i 
portement  contre  celui  en  qui  tout  es  leurs  pallions  ' 
ont  efperc.  Mais  i 


de  la  Religion  Chrétienne»  14^ 

;  i  Mais  fl  le  général  de  la  nation  le  ré  jette  ^  il  y  a 
»  |in  certain  nombre  de  perfonnesqai  s’attache  à  le 
iuivre  5  &  ce  nombre  croît  à  mefure  que  Jesus- 
|Z  H  R  1  s  T  cft  affligé.  On  n’en  voit  d’abord  que 
‘  jlouze  qui  font  les  premiers  qu’il  apelle.  Il  en  en- 
;’oïc  enluite  foixante  &  dix.  Il  s’en  trouve  davan* 

•  'age  après  fa  mort.  Et  ce  nombre  croiflant^vec  la 
ILircurdu  Sanhédrin,  on  en  voit  enfin  plufleurs 
■  |LU  rendent  témoignage  à  ce  Crucifie. 

Comment  ces  Difciples  fe  font-ils  attachez  à  la 
iiiitc  d’un  Meflie  fi  contraire  à  leurs  idées  &  à 
:  leurs  préj ugez  ?  Comnient ,  fi  J esüs-C  h  r  i  s  t  ne 
:eur a  point  promis  des  miracles,  n’onr-ils  pas  étc 
i-cbutez  de  fa  Croix  :  Comment  ont-ils  été  trois 
ms  &  demi  avec  lui  nuit  &  jour,  fans  s’éclaircjr  de 
:e  fait  û  important ,  &  lans  fçavoir  s’ilfaifoit  des 
miracles,  ou  s’il  n’en  faifoit  point  ?  Ou  comment 
r  yoïant  qu’ils  s’écoient  trompez  ,  que  Jesus- 
jC  H  R I  s  T  ctoit  un  homme  ordinaire  ,  &  qu’il  ne 
faifoit  aucuns  lignes  ni  aucunes  vertus  >  ne  l’ont- 
i  ils  pas  laifl'c  là  comme  un  vifîonnaire  ou  comme 
un  impofteur  ?  Comment  leur  efprit  &  leur  cœur 
pnt-ilsété  changez  tout  d’un  coup,  pour  regar¬ 
der  la  bafTefle  ,  la  mifere  &  les  affligions  comme 
jn  caraderc  du  Meflie ,  eux  à  qui  l’éducation  n’a- 
Voit  donné  que  des  idées  charnelles  du  régne  florif- 
ant  du  Mciffie  ?  Comment  fur  tout  auront-ils  vii 
crucifier  leur  Maître ,  fans  être  dans  le  dernier 
abatement  &dans  la  derniere  confufion  ? 

En  effet ,  la  fécondé  conféquence  que  l’on  peut 
cirer  des  principes  qui  ont  été  déjà  établis,  c’efl: 
que  les  Difciples  aïant  toujours  cru  avec  leurs 
pères,  leurs  meres  ,  leurs  freres  ,  leurs  fœars  , 
leurs  Maîtres,  leurs  Anciens,  &  en  général  toute 
leur  nation  ,  que  leur  Meflie  devoit  rétablir  le 
Roïlume  d’ifracl ,  &  entendant  tout  cela  à  la 
lettre ,  il  efl  impoffible  au’ils  n’aïent  érc  honible- 
ment  feanda  ifez  de  lui  voir  fur  la  Croix  une 

G  iij 


cou- 


ï^ù  traite  âe  Veriie 

ronronne  d’épines  fur  la  tête  ,  &  un  rofeau  po^j 
feeprre  à  la  main  :  &  il  eft  moralement  &  humai-i 
nement  impoifTible  que  cet  objet  n’ait  arrache  cfl 
fond  de  leur  cœur  toutes  les  penfees  d’orgueil 
d’ambition ,  &  toutes  les  prétentions  de  grandcu  ■ 
&  de  prorperitc  temporelle  que  leur  aveuglemcn  t 
Jeur  ajoit  fait  concevoir  à  Toccafionde  cet  hom  ( 
jne  :  à  moins  qu’il  ne  foit  arrivé  depuis  fa  luor 
des  chofes  fi  furnaturclles  &  fi  extraordinaires  ' 
qu’elles  aient  fait  renaître  ces  efpcrances  magnifi¬ 
ques  dans  leur  cœur. 

Nous  concluons  en  troîficme  lieu  des  prîncî  i 
pes  que  nous  avons  déjà  établis  ,  que  les  Dirciple:;j 
ie  trouvant ,  aufTi  bien  que  les  autres  Juifs ,  atta^,^ 
che;^  à  leur  Religion  par  les  yeux ,  par  les  oreif*;; 
les ,  par  l’efprit,  par  le  cœur,  par  l’interet,  pa:!j 
la  pieté ,  par  la  coutume ,  par  l’éducation,  par  Ta-ij 
vantage  dont  ils  pouvoient  (e  dater  d’avoir  étî  | 
diftînguez  de  tous  les  autres  peuples  de  la  terre  l 
^  fe  trouvant  arrêtez  &  attachez  parce  grane| 
nombre  d’obfervances  &  de  pratiques  qu’ils  ndl 
pouvoient  douter  qui  nefuffent  &  juftes  &  fain-'ij 
tes,  puis  qu’elles  avoient  été  fi  exaêlement  prcf-> 
crircs  par  la  Loi  de  Dieu  :  il  ne  fe  peut  qu’il:|i 
n’aïent  regardé  leur  Loi  comme  éternelle  jqu’il;; 
n’aïent  eu  de  l’éloignement  pour  tout  culte  nou-ii 
veau ,  &  aparemment  contraire  au  culte  de  Moï-  ! 
fe  j  qu’ils  aïcnc  pîî  changer  tout  d’un  coup  dt  i 
fentimenr  à  cét  égard  j  &  qu’il  foit  arrivé  une  f 
fnrprenante  révolution  dans  le  cœur  &  dans  l’ef- 1 
prit  de  tant  de  perfonnes  attachées  par  tant  d’en-  i 
droits  à  la  Loi  de  MoîTe  }  qu’en  fi  peu  de  teiniij 
î’ame  de  ces  Juifs  ait  été  tellement  renversée /j 
qu’ils  aïent  commencé  de  regarder  la  Religîor  l 
Judaïque  comme  une  Economie  provifionnelle-ij 
&  qui  devoit  prendre  fin ,  &  même  qui  ctoit  de-| 
formais  entièrement  inutile.  i , 

J’avoue  que  ce  principe  ne  fut  pas  d’abord  reçu  i 

fanî'! 


de  là  Religion  Chretten>7e;  Tji 
ns  conteftntion  &  fans  difficulté ,  &  qu’il  y  e  ut 
îndant  quelque  tems  des  Chrétiens  Judaïlans 
ui  cnfeignoientque  la  Loi  deMoiTe  étoic  encore 
tcceflaire,  &  qu’il  faloic  joindre  la  foi  de  Jesüs- 
’hrist  avec  les  ordonnances  de  la  Loi  pour  ob- 
^nîr  le  falucrmais  on  fçait  auffi  que  ce  n’étoienc 
U  que  des  ennemis  de  Jesüs-Christ  qui  emou- 
cient  ces  queftions  pour  me||re  la  divifion  dans 
Eglife  du  Seigneur,  ou  des  Chrétiens  convertis 
U  Judaïfme,  encore  foibles  &  peu  confirmez  ^ 
ijui  faifoient  i^aître  ces  conteftations  par  les  (cru- 
ules  d’une  pieté  aveugle.  Mais  au  fond  on  fçaic 
'uc  les  vrais  Dîfciples  de  Jesus-Christ,  &  fur 
!biit  les  Apôtres ,  ne  vécurent  pas  bien  long- rems 
ans  l’erreur  à  cét  égard  ,  &  qu’ils  foütenoienc 
lue  la  foi  feule  en  Jésus- Christ  jnftifioic  les 
ïommes  fans  les  œuvres  de  la  Loi.  On  fçait  qu’au 
•rcmier  Concile  qui  fe  tint  à  Jerufalem  ,  les  DiG- 
iples  du  Seigneur  abolirent  les  ufages  de  la  Loi 
‘Cérémonielle. 

Mais  enfin  ,  que  la  Loi  Cérémonielle  ou  îa 
î^tligion  de  Moïfe  ait  été  abolie  dix  ans  plutôt , 
:=iix  ans  plus  tard  ,  cela  ne  fait  rien.  Il  cil 
oujours  certain  qu’elle  a  été  abolie  ,  ou  pour 
nrler  plus  exadement  &  plus  véritablement, 
lu’eile  a  étéacomplie,  qu’elle  a  ceffic  de  s’ob- 
rrver  ,  &  que  c’eft  l’Evangile  qui  a  produit 
pét  effet. 


Or  je  demande,  comment  fe  peut-il  que  des 
:^cns  qui  étoîenc  attachez  par  tcùs  les  endroits 
pc  leur  cœur  à  cette  Loi  ,  qui  en  faifoient  l’objet 
leurs  penfées  &  de  leurs  entretiens  les  plus 
ordinaires  ,  renoncent  en  fi  grand  nombre  ,  en  fi 
peu  de  tems ,  &  d’un  commun  acord  à  cette  Loi  , 
que  la  pieté,  &  meme  l’interet  l’honneur,  leur 
|fendoit  fi  précîcufe  $c  fi  vénérable  ?  Tant  de  fic¬ 
elés  qui  fe  font  partez  avant  Jésus- Christ  n’ont 
IpüTlcur  faire  perdre  l’attachement  qu’ils  ont  eti 

G  iiij  pour 


in  de  Ia  Verîti  1 

pour  (îette  Loi.  Car  bien  cju’ils  Taïcnt  fouvei , 
violée,  on  peut  dire  qu’ils  Tont  pourtant  prcfqu 
toujours  regardée  comme  inviolable.  Tant  d 
/îécles  qui  ont  coule  depuis  la  mort  de  J  es  us 
Christ  n’ont piî  leur  ôter  cette  perfuafion  i 
profondément  enracinée  dans  leur  efpricjqu 
leur  Loi  devoir  être  éternelle  :  &  quelques  année  i 
auront  perfuadé  cjfte  grande  multitude  de  Dilf 
ciples  qui  furent  convertis  par  la  prédication  de 
Apôtres,  que  toutes  ces  ordonnances  avoient  per  ^ 
du  leur  force  dans  la  mort  d’un  homme  que  1  : 
Sanhédrin  avoît  condamne  comme  un  malfai- i 
^feur ,  fans  qu’il  fe  foît  rien  pafle  d’extraordinai-,» 
le  &  de  furnatiirel  qui  leur  ait  donne  toutes  ce; 
idées  particulières,  &  fi  contraires  à  leurs  pre- , 
.miers  préjugez  ?  ' 

Certainement  on  peut  dire  que  les  incrédules  fonij 
trop  d’honneur  à  l’impoflure  &  à  l’ignorance.  Ili 
font  trop  d  honneur  à  i’impofture  ,  lors  qu’ils  pré¬ 
tendent  qu’un  concert  de  menfonge&de  maüvaî-| 
*fefoi  ait  converti  les  nations ,  fanclific  les  hom-  t 
mes ,  &  répandu  par  tout  l’Univers  la  connoilfan- 1 
ce  de  Dieu  conformement  aux  anciens  oracleS'.  > 
Mais  on  fait  bien  de  l’honneur  auffi  à  l’ignorance  >  : 
de  penfer  que  des  hommes  (impies  &  grofliers  j  i 
quelques  pêcheurs  qui  ne  fçavent  que  prendre  des  : 
poiflons  &  racommoder  des  filets,  auront  trouye  { 
les  defauts  &  les  imperfedions  de  la  Loi  Ccrémo-  * 
nielle,  lui  auront  préfcrc  le  culte  Ipkituel,  comme  ; 
étant  en  éfer  plus  conforme  à  la  nature  de  Dieu 
qui  efi:  efprit ,  &  plus  digne  de  l’homme  qui  eft  j 
une  créature  raifonnable,  que  ces  hommes  fim- i 
pies  &  ignorans  auront  trouve  le, feus  des  facrifi- 
cesdelaLoi  dans  la  mort  d’un  homme  qui  a  été 
condamné  comme  un  malfaideur  5  qu’ils  au¬ 
ront  attribué  cette  penféc  à  Jean-Baptifie ,  & 
la  lui  auront  fait  exprimer  par  ce  (cul  mot  , 
Voici  l*  J gnean  de  Diefi^qni  ôte  les  Péchez,  du  mondcy 


de  U  Religion  Chrétienne. 
iirole  fl  pleine  &  ii  fignifîcative  ,  qu’elle  eu- 
J'irme  toute  la  Religion  ChreLienne  ;  Sc  auront 
ifîn  invente  des  mifteres  qui  font  fi  éloignez 
i!S  conjectures  ordinaires  ,  &  fi  élevez  au  defîus 
*,■  l'icme  de  Ja  pèrtéc  des  plus  grands  hommes, 
u’on  peut  dire  avec  raifon  que  ce  font-là  des 
'  'a  point  vues  ^  que  V oreille  n  Ua 
ne  montèrent  jametis  au  cœur 


1,  Enfin  on  fçaît  par  expérience  quelle  difficul- 
•  il  y'  a  pour  des  perfonnes  déjà  avancées  en 

f  ■ 


-|ge  ,  de  renoncer  à  des  ufages  communément 
j  jfçüs,  fur  tout  lorfquc  la  Religion  &  l’éduca- 
on  s’acordent  à  les  autorifer.  Quelle  peine 
i’aurions- nous  pas  à  nous  réfoudre  de  vivre 
rjomme  les  Juifs  ?  Cependant  nous  n’aurions 
I  joint  tant  de  peine  à  vivre  comme  eux,  qu’ils  ont 
|fü  en  avoir  à  vivre  comme  nous.  La  raifon  en 
fi,  que  nous  regardons  leurs  ufages  comme  af- 
:z  indiiFerens  en  eux- memes  ,  au  lieu  qu’ils  ont 
joiijours  regardé  les  nôtres  comme  étant  &  hon- 
ilcux  &  illicites.  Comment  donc  fe  fait-il  que  non'- 
ï:“ulcinent  un  Juif  ou  deux,  mais  des  milliers  de 
t  juifs  convertis  au  Chrîftianifme ,  ne  fefaffent  plus 
I  lucun  fcrupule  de  converfer  avec  les  Gentils,  & 
i  ineme  de  vivre  à  la  maniéré  des  Païens  ,  qui  leur 
'  toient  auparavant  un  objet  d’abomination  ? 
j  Vous  me*  direz  que  cela  a  fouffert  plufieurs 
r  ilifficultcz,  &  a  été  la  matière  de  plufieurs  grail¬ 
les  contefiations.  Je  l’avouë  :  mais  enfin  on  a 
/U  la  Loi  Cérémonielle  abolie  peu  apres  la 
nort  de  Tesüs-Christ  \  les  Apôtres  ont 
décidé  qu’elle  avoir  été  accomplie  en  la  mort  de 
Jésus- Christ,  &  qu’il  nefaloit  point  afl'ocier  des 
ufages  charnels  de  la  Loi  avec  le  culte  fpirituel 
'de  l’Evangile.  Or  je  foütiens  que  fi  les  Apôtres 
h’avoient  &  témoigné  les  miracles  &  la  réfurrcc- 
tion  de  J bsus-Christ  ,  &  fait  eux-memes  de  gran- 

G  V  des 


ÎJ4  Traité  de  la  Vérité  J 

rnerveîlles,  il  ctoit  narurcllemcnt  împcfTible  qu’il* 
vinflent  à  bout  d’un  fi  grand  dcflcin,  &  fur  toul 
en  un  fi  petit  nombre  d’annees. 

Certainement  fi  Ton  confidere  les  Difcipl®  ' 
comme  des  Juifs  ,  on  trouvera  qu’ils  devoicn 
être  attachez  à  leur  Loi. 

Si  on  les  regarde  comme  de  pauvres  gens ,  oi  , 
comprendra  qu’ils  dévoient  aimer  cette  Loi ,  qu 
donnoir  des  préceptes  fi  admirables  pour  l’admini  i 
fixation  de  la  juüicc>  &  pour  le  foulagemcnt  de 
pauvres.  1 

Si  vous  les  confiderez  comme  des  perfonne  ' 
fimples,  vous  trouverez  qu’ils  dévoient  s’acta-  ' 
cher  à  leur  Loi,  félon  le  caradlccre  des  perfonne  i 
vulgaires  ^  ignorantes ,  de  s’attacher  à  i’exterieu , 
de  la  R^cligion. 

Si  vous  les  confidércz  remplis  des  préjugez  or  ’ 
dînaires  de  la  Nation ,  vous  comprendrez  qu’ils  nti 
pouvoient  attendre  qu’un  Mcffie  triomphant  ,  & 
qui  établiroît  par  toute  la  terre  la  Loi  de  Moïfc  i 
au  lieu  de  habolir. 

Cependant  vous  n’avez  qu’à  confidérer  l’cvé-  'j 
nement  pour  voir  ce  qui  en  eft.  Nous  ne  voulonSij 
pourtant  pas  nous  arrêter  à  toutes  les  réfiexionsi 
que  l’on  pouroit  faire  fur  ce  fujet.  Ilfuiîic  d’avoii 
marqué  ces  chofes  en  pafTant ,  parce  qu'elles  peu-  ; 
vent  nous  fournir  quelque  jour  dans  la  difeution  s 
particulière  des  faits  miraculeux.  •  \ 

Nous  les  avons  déjà  confidérez  dans  une  vü2  ^ 
générale ,  qui  fuiïiroit  pour  convaincre  des  efprits  ^ 
laifonnables  5  mais  il  nous  fcmble  que  pour  con-  1 
fondre  les  opiniâtres ,  &  leur  fair'e  du  moins  fcnrîr  & 
leur  égarement ,  fi  l’on  ne  peut  point  les  en  icti-  ] 
rcr,  il  eft  bon  d’y  irfifter  davantage.  ,j 

Pour  y  mieux  réüilir  ,  nous  établirons  quatre 
faits  miraculeux  ,  qui  feront  comme  muant  ' 
de  centres  de  la  vérité  eue  nous  recherchons  ,  j 
parce  qu’il  y  a  diverfes  lignes  d’cviJence  &  de  i 

lumière  ; 


i  I  de  Ia  Religion  Chrétiennê»  igg 

«  mîcre  qui  nous  condui(cnt  à  la  vérité  de  chacun 
-II:  CCS  faits,  &  cnfuitenous  les  réunirons  pour  en 
f  brmer  une  dcmonftracion. 


chapitre  II. 


InmieY  centre  de  vérité •  Con/idération  particulière 
des  miracles  ^^Jesos^^  Christ. 

ON  peut  dire  que  ccs  miracles  font  tels  ,  que 
ceux  qui  ont  écrit  TEvangile  ,  n’auroient  ni 
fé ,  ni  pu,  ni  voulu  les  fiipofcr  ,  s’ils  étoient  faux, 
pi  Je  dis  qu’on  n’auroit  ofé  les  fupof^r  ,  parce 
.j]u'ils  dévoient  être  d’une  notoriété  publique,  j’en 
fTarqucrai  quatre  exemples  ,  qui  font  Thiftoire  de 

Iiacharie  pere  de  Jean-Baptifte,  Thiftoiredu  maf- 
acrc  des  enfans  de  Bethléem  ,1e  raflafement  de  ce 
z;rand  nombre  de  perfonnes  que  Jésus -Christ 
[éput  miraculeuiement  par  diverfes  fois  dans  le 
lefert  avec  un  petit  nombre  de  pains  &  de  poif- 
bns  i  &  enfin  les  prodiges  furnaturels  qui  arrive-^ 
ent  à  la  mort  de  J  e  s  u  s-C  h  R  i  s  t. 

A  l’éf^ard  du  premier  ,  il  eft  bon  de  remarquer 
ue  le  lu  jet  fur  lequel  il  fc  fait  un  grand  miracle  , 
‘jert  un  Sacrificateur  ,  un  Sacrificateur  qui  fait  les 
jfondions  de  fou  miniücre  ,  &  qui  eft  adueîle- 
[ment  ocupc  à  faire  rcnccnfcment  dans  le  Temple 
|de  Jcrufalem  ,  cians  un  tems  remarquable  ,  &  au- 
jquel  le  peuple  qui  Tatrendoit  ctoit  ocupc  à  prier 
iDieu  dans  le  Parvis,  pendant  qu’il  é  toit  lui-même 
f  dans  le  Lieu  faim. 

i  Quand  rHiftoricn  n’auroit  remarqué  autre  cho- 
ife  fur  le  fujet  de  la  naiflancc  de  Jean-Baptiftc,fi  ce 
i  n’eft  que  Zacharie  &  Elizabeth  croient  alors  avan- 
I  cczcn  âge,  &  que  la  dcrnicre  avoir  été  jufqu’alors 
î  fterile,  cet  événement  anroit  quelque  chofe  de  ra¬ 
re  &  de  furprenant  ,  &  l’on  feroit  piefquc  afl'urc 
que  J’Evangelifte  ne  i’aurbic  point  ofé  fupofer  con- 

G  vj  ire 


ï^6  Traité  de  Îa  Vérité 

tic!a  connoiflance  que  tout  Je  monde  en  devoîii 
avoir.  Comment  donc  ,  je  vous  prie,  auroit-onl 
ofc dire, que  Zacharie  dans  leTemplcde  Jcrufa-î 
Jcm  perdit  Tufage  de  la  parole;  que  tout  le  peuple 
fut  témoin  de  ce  prodige,  &  qu’il  ne  céda  d’êtrct':; 
muet ,  que  lors  qu*il  faiut  impofer  le  nom  à  cét  cn-i 
faut  miraculeux  que  Dieu  lui  avoit  donne  dans  fai 
vicilledc,  &  nonobdant  la  derilitc  de  fa  femme  }\ 
Je  veux  que  l’Evangile  qui  le  raporre  ait  été  ccrit  i 
îong-tems  apres  cet  événement;  il  eft  toüjoursa 
vrai  que  S.  Luc  a  écrit  Ton  Evangile  avant  que  l 
d’écrire  Ton  Livre  des  Adtes  des  faims  Apôtres,;! 
&  qu’il  a  écrit  le  Livre  des  Ades  avant  la  rüinell 
dejerufalem,  comme  cela  a  été  déjà  remarqué, 'i 
&  comme  ce’a  ed  tout-à-faic  incontedable.  Je 
veux  donc  qu’il  y  eût  quarante,  cinquante,  foixan- 
te  ans  d  l’on  veut,  que  ceschofes  dévoient  s’etre 
palTées ,  lorfque  S.  Luc  écrivoît  Ton  Evangile: 
quarante ,  cinquante  ni  foîxante  ans  font- ils  ludi- 
fans  pour  perfuader  à  plufîeurs  millions  de  per-  j] 
donnes,  à  tous  les  habitans  de  cette  grande  &  ^ 
floriflante  ville  de  Jerufalem  ,  qu’ils  avoient  vu  h 
ou  de  leurs  propres  yeux  ,ou  par  les  yeux  de  leurs  fl 
peres,  un  de  leurs  Sacrificateurs  privé  de  rufage  ^ 
delà  parole, après  une  révélation  quh’l  avoit  eue  i: 
dans  le  Lieu  faîiir ,  &  qu’il  l’avoit  recouvert  pré-  ^ 
eifement  &  à  point  nommé  lors  qu’il  falut  impo-  H 
fer  le  nom  à  fon  enfant  ? 

Certainement,  quand  il  n*y  auroît  eu  que  la  ü 
parenté  de  Zacharie  qui  eut  fçii  comme  lescho-  i 
des  s’étoient  paffées  ,  il  yauroitcu  de  la  témérité  i 
de  fupofer  des  délions  à*cét  égard  ;  mais  il  y  • 
auroit  eu  de  l’extravagance  à  les  fupofer  contre  : 
la  coni)oifrance  de  tout  un  grand  peuple  aficm-  i 
blé  folemnellement  ,  attentif  à  cét  é<^énement  ,  i 
fu'^riis  de  ce  prodige  ,  ou  qui  fçavcît  que  tout  * 
cela  n’étoit  que  chimère  &  que  fiélion.  Or  le  ' 
peuple,  dit  l’Hiftorien  ,  attendoit  Zacharie  ,  ^  ils 

iélon^  ' 


de  la  Religion  Chrétienne,  1/7 
h:  éionnotent  qu  tl  îardoit  tant  au  Temple.  Rt  quand 
1J7  fut  forti  y  il  ne  pouvait  parler  à  eux.  Alors  ils 
ïpnnurent  quil  avoit  vu  quelque  vifion  au  Temple, 
ûCar  il  le  leur  donnait  a  entendre  par  fignes.  Et  il 
demeura  muet. 

La  maniéré  dont  Zacharie  fut  guéri ,  n’eft  pas 
moins  (urprenante.  Et  il  arriva  ^  ditTEvangelifte, 

’iu  au  huitième  jour  ils  vmrent  pour  circoncir  le  petit 
enfant  y  ^  ils  l* apeloient  Zacharie  du  nom  de  fon 
pere.  Mais  fa  mere  prit  la  parole  ^  dit:  Non,  mais 

H  fera  apelé  Jean,  Et  ils  lui  dirent.  Il  ny  a  nul  en 
ta  parenté  qui  fait  apelé  de  ce  nom.  Alors  ils  firent 
figne  au  pere  comment  il  voulait  quil  fut  apelé. 
Lequel  aïant  demandé  des  tablettes  y  écrivit,  Jean 
eji  fon  nom  i  dont  ils  furent  furpris.  Et  immédiate^ 
ment  après  cela  fa  bouche  fut  ouverte  ^  ^  fa  lan^^ 
gue  déliée  :  tellement  quil  parlait  en  louant  Dieu, 
Etions  les  circonvoifins  furent  faifis  de  crainte.  Et 
toutes  ces  paroles  furent  divulguées  par  toutes  les 
I  montagnes  de  Juda. 

'  Ainfî  cette  hiftoîre  ^  deux  parties  ,  dont  la 
première  fut  connue  de  toute  la  ville  de  Je- 
rufalem  ,  &  dont  Tautre  fe  répandit  dans  tou¬ 
tes  lés  montagnes  de  Juda.  Il  eft  certaine¬ 
ment  impoflible  qu’on  ait  feulement  conçu  le 
deflein  d’impofer  à  céc  égard  contre  cette  double 
notoriété. 

L’Evangelifte  auroît  ôté  toute  forte  de  créan¬ 
ce  à  fon  récit  par  le  choix  des  circohftances  qu’il 
infère  dans  Ton  hiftoîre.  Or  il  n’eft  point  naturel 
qu’un  Auteur  qui  écrit  pour  faire  l’hiüoire  de 
Jesüs-Christ  &  de  fes  miracles ,  dans  un  tems  où 
l’on  examine,  où  Ton  juge  ,  &  ou  l’on  condamne 
ceux  de  fa  Sedfe  avec  tant  de  féverite  5  dans  un 
tems ,  où  comme  il  le  fait  dire  lui-même  fur  la  fin 
du  Livre  des  Adlcs  aux  Juifs  de  Rome  qui  parlent 
à  faint  Paul ,  c'efl  une  chofe  connue  que  Von  contre-*  Cfjap^ 
ditpartoutà  cetteSeéle:  il  y  dis- je,  point  na- 

tuiel 


lyS  T  Y  dite  de  îd  Vérité 

turel  que  ce  meme  Auteur  quife  fçaic  ,  qui  le  rc*» 

marque ,  aille  débiter  des  faits  qui  feront  demen*- 

tis  fur  le  champ  par  deux  millions  de  perfonnesi 

qui  doivent  s*êcre  trouvez  dans  le  Temple  avec 

Zacharie ,  ou  qui  Tont  oiii  dire  à  ceux  qui  s*y  (ont 

trouvez. 

Une  des  illufîons  les  plus  dangereufes  que 
les  incrédules  fc  falTent  à  eux-memes  ,  confiüci 
en  ce  'qu*ils  s'imaginent  que  le  meme  éloignc-| 
ment  qui  cft  entre  nous  &  ces  faits  qu’on  nour 
raporte  ,  fc  trouve  entre  ces  faits  &  ceux  qu;; 
les  ont  raportez.  Ils  ne  voïent  point  qu’au  lied 
qu’à  nôtre  égard  il  y  a  plufieurs  ficelés  que  ceî!i 
chofes  fe  (ont  pafices  j  à  l’égard  des  Difciplcil 
qui  les  ont  ou  écrites  ou  annoncées  ,  il  n’y  avoiii 
que  quelques  années  que  tout  cela  devoir  étrçl 
arrivé.  i 

Il  faut,  afin  que  S.  Luc  fupofe  des  faits  pa¬ 
reils  ,  ou  qu’il  lait  voulu  extravaguer  de  gaïci 
té  de  cœur  ,  ou  qu’il  fe  foie  imaginé  que  tom 
les  hommes  de  fon  tem^  avoient  perdu  la  rai?: 
fon.  P 

L’hîftoîre  que  les  Evangelifies  nous  font  ,  j 
de  l’arrivée  des  Mages  d'Ôrîent  dans  la  viflc  deji 
Jerufalcm  ,  &  du  trouble  d’Hcrodc  ,  &  des  bar-jij 
barcs  précautions  qu’il  prît  pour  mettre  fa  cou-  (j 
ronne  en  fureté  ,  en  faifant  mourir  tous  les  en-ji 
fans  qui  étoient  dans  la  ville  de  Bethléem  &  danîlîi 
fes  limites  ,  depuis  l’âge  de  deux  ans  &  au  def4! 
fous  5  (elon  le  tems  dont  il  s’étoit  enquis  avec  F 
les  Mages  :  cette  hiftoire,  dis- je  ,  eft  à  peu  préî^î^ 
du  meme  caradlere  que  celle  que  nous  venonsb 
d’examiner.  !, 

Si  l’Evangelifie  s’étoit  contenté  de  nous  dire 
que  des  Mages  virent  une  Etoile  en  Orient,  qu’ilîj) 
crûrent  êtro  l’Etoile  du  Roy  des  Juifs,  cela  feroitî 
plus  fufpedl.  S’ils  nous  difoient  feulement  ,  queif 
CCS  Mages  vinrent  à  Jeiufalem  ,  ceU  ne  feroîtj}: 

pas  : 


l'i  àe  la  Religion  Chrétienne,  ifp 

É|5as  fî  pofîtif.  Mais  iis  nous  difcnt  qu’ils  vinrent, 
fequ'iJs  ne  (e  cachèrent  point,que  toute  la  ville  de 
i|l|erufalem  en  fut  émüë  &  troublée.  Eft-il  bien 
j|naturel  qu’un  homme  Te  mette  dans  la  tête  de 
ripcrfuader  à  une  aufïî  grande  ville  que  celle  de 
J  ijerufalem  ,  qu’elle  avoir  été  toute  troublée  par 
I  lia  venue  de  certains  Mages  qui  venoîent  faluër  le 
f  Roi  des  Juifs  ?  Et  un  homme  qui  fe  propofe  de 
jreciter  des  fables  qu^il  lui  importe  de  faire  paffer 
ilpour  véritables,  choifira-«t*il  ces  cîrconftancei 
jpour  les  débiter  à  un  peuple  qui  en  connoît  fi 
jbïcn  la  fauffetc  ?  Car  qui  cft  celui  qui  écrit  ces 
richofes  ?  C’eft  Mathieu  ,  un  Juif.  Et  à  qui  fair- 
jj il  cette  hîiioîre  A  pîufîeuts  milliers  de  Juifs 
Idevenus  Chrétiens,  qui  étoient  à  Je.ruralem,& 
Iqui  fçavoient  ce  qui  s’y  étoit  palTé  de  leur  tems 
l&dutemsde  leurs  peres  ,  aufîi  didî:ndl:ement 
[que  l’on  fçaità  Paris  ce  qui  s’y  faifoit  du  tems  du 
(Cardinal  de  Richelieu  5  que  Ton  fçait  à  Londres, 
(ce  qui  s’y  paffoit  du  rems  de  Cromwel ,  ou  a: 

I  Stokolm  ce  qui  s’y  palToic  du  tems  de  Gu  Pave  ; 
&  voïcz  ,  je  vous  prie ,  fi  Ton  pouroit  faire  acroi-^ 
redes  faits  pareils  dans  ces  grandes  villes,  avec 
un  tel  fuccez  de  cette  impofture,  qu’on  rangeât 
dans  fon  parti  plufieurs  milliers  de  perfonnes  par 
la  force  de  ces  fixions. 

.  Mais  je  veux  que  les  Evangeliftcs  aient  ofe 
marquer  cette  venue  des  Mages  ,  &  l’impreffion 
qu’elle  fît  fur  tous  les  l\abitans  de  Jerufalem 
contre  la  notoriété  publique ,  contre  la  mémoire 
aflTcz  récente  de  ces  chofes  :  du  moins  ne  peut- 
on  point  nier  que  les  fuites  de  cette  venue,  & 
les  dépendances  de  ce  premier  événement ,  ne 
foient  d’une  nature  &  d’un  caraêlere  à  ne  pou¬ 
voir  être  fupofées  par  l’Ecrivain  le  plus  éfronter 
&  le  plusimpudent. 

En  éfer ,  il  y  a  deux  ou  trois  circonftanccs  qui 
fc  lient  fi  bien  Sc  fi  naturellement  les  unes  avec 

les 


l6o  Traité  de  Vérité 

les  autres  dans  ce  fait ,  qu’on  ne  peut  douter  de 
l’une,  lors  qu’on  eft  convenu  de  la  vérité  de  l’au** 
tre.  On  ne  doutera  point  de  la  venue  des  Miges ,  i 
ii  l’oii'  demeure  d’acord  que  cette  venue  oblige  ! 
Herode  à  affembler  le  grand  Confeil  des  Juifs i 
pour  fçavoir  où  leur  Melîie  devoir  naître  j  &  l’on  | 
ne  doutera  point  de  la  reponfe  qui  lui  fut  faite 
par  le  Sanhédrin,  lorfque  l’on  conviendra  qu’Hc-  ! 
rode  envoïa  fes  gens  à  Bethléem  pour  y  maHa-;! 
crer  les  enfans  depuis  Tagede  deux  ans  &  au  dcl-j 
fous.  Ainfî ,  quand  on  montrera  que  ce  dernier 
fait  eft  véritable  ,  on  ne  kra  point  en  peine  de' 
prouver  les  deux  autres. 

Or  je  dis  que  l’Evangclifte  n’auroit  ofc  rupoferll 
•ce  dernier  fait ,  s’il  étoit  faux.  Car  quoi  1  le  ré-; 
gne  d’Herode  furnomme  le  Grand  ccoit  affez' 
connu  ;  on  fçavoit  jufqu’i  la  moindre  de  fes  ac-» | 
rions  :  &  comment  auroit-on  ofc  lui  attribuctl 
fauffement  un  maflacre  auflî  remarquabk  &ÎI 
auflî  extraordinaire  que  celui-là  ?  La  ville  de|| 
Bethléem  n’avoit  pas  été  détruite,  lorfque  !’£-■; 
vangeliflc  ccrivoit  ces  chofes*  Il  y  avoir  doncj^ 
autant  de  témoins  de  cette  impofture  ,  qu’il  yj 
avoir  d’habitans  dans  cette  ville  ,  fi  ce  fait  n’cücîj 
pas  etc  véritable.  Cette  ville  n’étoit  pas  fi  cloi-|ü 
^née  efe  Jerufalem  ,  que  les  Chrétiens  qui  ctoientjj 
dans  cette  derniere  ,  püffent  ignorer  ce  qui  enj 
étoit.  II  y  avoir  un  affez  grand  commerce  entrel* 
l’une  &  l’autre.  Et  le  tems  qui  s’etoit  paffe  de-h 
puis  la  naiffance  de  J  e  s  u  s-C  h  R  i  s  T  jufqu’aui 
tems  où  cét  Evangile  fut  écrit,  n’étoit  pas  fi  long, h 
qu’il  put  donner  lieu  à  une  Edfion  fi  peu  rece-i 
vable.  Je  voudrois  bien  qu’on  nous  fît  acroî-j. 
re  aujourd’hui  ,  qu’un  des  Monarques  qui  rc-h 
gne  en  Europe  ,  ou  ,  fi  l’on  veut ,  un  de  ceuxj^ 
qui  régnoient  il  y  a  trente  ou  quarante  ans,jT 
fit  maffacrer  deux  ou  trois  mille  enfans  dans  Icj 
berceau  ;  pour  enveloper  dans  ce  maffacre  uni 

Enfanç; 


'  de  la,  Religion  Chrétienne^ 
jinfant  dont  il  craignoit  la  deftince  :  il  y  a  peu 
!*aparencequc  nous  cruflions  de  pareilles  fables  ^ 
i  qu’on  ofâc  nous  les  débiter ,  ni  qu’on  en  eue 
1  penfee  3  mais  il  yen  a  bien  moins  qu’on  les  fît 
^'.croire  à  ceux  qui  vivroienc  dans  le  Roïauma 
A)U  dans  les  lieux  où  ces  choies  devroient  s’etre 
i  baflees. 

Mais  aprochons-nous  plus  près  de  la  mort  de 
1 1  esüs-Christ.  Les  EvangeliUes  nous  reprefen- 
‘  'ent  Jesus-Christ  comme  partant  trente  ans  dans 
in  état  artezobfcur  &  ignore  dans  tout  le  monde. 
S’ils avoient  voulu  nous  débiter  des  fables,  rien 
}|ie  les  empcchoir  de  nous  faire  acroire  que  Je- 
î^jsus-CHRist  pendant  tout  ce  tcms-là  avoit  etc 
ijiranfportc  ou  dans  le  Ciel  pour  y  voir  Dieu  , 
DU  dans  des  païs  éloignez  où  il  avoit  fait  de 
grandes  merveilles,  ou  même  de  nous  dire  que 
[pendant  trente  ans ,  il  avoit  fait  des  miracles  fen- 
liblcs  &  cclatans  au  milieu  des  Juifs  ;  car  il 
|D*ctoit  pas  plus  dificile  de  fupoler  cela,  que 
f  de  fupoler  le  rerte.  Cependant  les  Evangeli- 
[  fies  renferment  tous  Tes  miracles  dans  les  trois 
dernicres  années  de  fa  vie.  D’où  vient  cela  ?  û 
cen’crt  de  ce  qu’ils  écrivent  la  vérité.  ■  Mais  ce 
n'eft  pas  cette  confideration  qu’il  faut  le  plus 
prclTer  dans  cet  endroit. 

Ce  qui  eft  certain  ,  c’eft  que  les  Evangelîrtes 
écrivans  que  J  e  s  u  s-C  h  R  i  s  t  a  fait  de  grands, 
miracles  devant  un  grand  nombre  de  témoins  , 
&  citant  les  lieux  &  le  tems  ,  il  faut  qu’ils 
aient  perdu  toute  honte,  &  même  toute  raifon  , 
s’ils  raportent  des  chofes  faufl'es.  Ils  raportent 
que  Jesus-Christ  nourit  &  repaît  miraculeu- 
fementdans  undefert,  &  avec  peu  de  pains  &  de 
poirtbns  tantôt  cinq  mille,  &  tantôt  trois  mille 

Îerfonnes ,  (ans  les  femmes  &  les  petits  enfans. 

e  ne  fçai  s’il  eft  naturel  qu’un  homme  entre¬ 
prenne  de  faire  acroire  à  plufieurs  milliers 

de 


1(^2,  Traite  de  la  Vérité 

de  perfonncs  qu  elles  ont  etc  miracuîcufcmenl! 
raflafiées  5  qu’on  ne  fe  contente  pas  de  raporicj] 
le  fait,  mais  encore  qu’on  reprefentejEsus- 
Christ  reprochant  aux  troupes  qu’elles  le  fui' 
voient,  non  parce  qu*elle§  avoientvüdes  lignes 
mais  parce  qu’elles  avoient  etc  repues  de  pains 
les  troupes  fe  défendant,  &  difant  que  MoiTc  si 
repu  leurs  Peres ,  &  qu’il  doit  les  nourir,s’i 
veut  qu’on  croïe  en  lui  i  &  J  £  s  u  s-C  H  R  i  s  T  leur 
difant  à  cette  ocafion  j  Travaillez. ,  non>  poin: 
apres  la  viande  qui  périt ,  mais  après  celle  qui  eft 
permanente  en  vie  éternelle  ;  &  à  ce  propos  leuii 
prometant  de  leur  donner  fa  chair  à  manger, 
ion  {kngàboire  :  exprelîions  extraordinaires ,  &; 
dont  les  hommes  ne  s’étoient  jamais  fervis  ju( 
qu’alors.  Mais  ce  ne  font  pas- là  les  faits  les  plu:! 


cclacans  dont  l’Evangiîe  nous  falTe  mention.  I 


1 


n’y  a  rien  de  plus  marqué  ni  de  plus  frapant  qu(i 
la  defeription  que  les  Evangeliftes  nous  font  de: 
prodiges  qui  acompagnerent  la  mort  de  J.  C.  Eh 
voilà  ,  difent-ils,  le  voile  du  Temple  fe  fendit  en 
deux  depuis  le  haut  j uf qu  en  bas  :  ^  la  terre  trem~\ 
bla  y  les  pierres  fe  fendirent  y  ^  les  fepulcres  s*  ou-  , 
vrirenty  ^  plufeurs  corps  des  Saints  qui  avoienépi 
été  endormis  fe  levèrent  y  lefquels  étans  forîis  dur 
fupulcre  aprét  fa  réfurreciion  y  entrèrent  en  la\ 
fainte  Cité  y  ^  aparurent  à  plufieurs.  i 

Nous  ne  voulons  point  ici  nous  arrêter  à  con-^Cl 
lidcrer  toutes  ces  circonftances.  Nous  n’exami-ji 
nerons  point  la  réfurredion  de  ces  Saints  donij 
les  corps  fortirent  hors  de  leurs  tombeaux, 
aparurent  à  plufieurs  dans  la  ville  de  Jcrufalem? 
Nous  ne  nous  arrêterons  que  fur  ces  prodiges  quij 
fraperentles  yeux  de  tout  le  monde,  &  qui  dii-f* 
rent  faire  une  impreflion  publique.  Je  disqu’ilj. 
n’entre  point  naturellement,  je  ne  dirai  point] 
dans  l’elprit  d’un  homme  fincere,  mais  mêmd 
dans  l’clprit  d’un  împoftenr ,  qu’il  puiffe  jamaisj 

fairej 


f! 

àe  la,  Kellgîon  Chrétienne,  16^ 

'  .-fire  acroire  des  chofes  qui  font  d’une  auili 
.  ande  notoriété  que  celle  dont  iJ  s’atiit  main- 
î  :nanr. 

;l  II  y  a  quelques  années  qu’on  exécuta  a  Paris 
■  Il  homme  qui  fc  difoit  le  S.  Efpric,  &  qui  avoir 
)  iicme  quelques  Difciples  &  quelques  Sefta- 
;  urs.  Cette  Sede  fut  enterrée  avec  lui.  Mais 
?!iporons  que  Tes  Difciples  eulTent  dogmatife 
ïipres  fa  mort,  &  qu’ils  enflent  écrit  un  nouvel 
i  évangile  compofé  des  enfeignemens  de  cet  hom- 
;  qui  auroit  pafle  parmi  eux  pour  un  homme 

?jivin:  je  demande  fi  quelqu’extravagance  qu’on 
lupofc  dans  refprit  de  ces  hommes,  on  s’imagi¬ 
nera  qu’ils  puiflent  fe  mettre  dans  latcte  de  per- 
juader  au  peuple  de  Paris ,  que  le  jour  que  cét 
nomme  fe  difant le Sainr-Efprit  mourut,  l’Eglifc 
r^ôtre-Dame  fut  ou  renverfée,  ou  démolie ,  ou 
]uc  fes  Autels  furent  démolis  ,  ou  fes  images  bri- 
l'ces  5  qu’il  fe  fit  une  Ecüpfe  de  Soleil  la  plus 
brande  qu’on  eut  jamais  vüë  ,  acompagnée  d’un 
pcmblcment  de  terre  fi  extraordinaire  ,  que  les 
f't’ochers  ^  les  pierres  fe  fendirent  j  &  que  ces 
rmcrveilles  firent  une  telle  impreflion  fur  un 
pitainc  qu’il  gardoit  le  corps  de  ce  fuplicîé  ,  qu’il 
crut  en  lui  ?  Certainement  ilfufit  que  dans  l’E- 
vangile  que  ces  vifionnaires  écriront ,  ils  infè¬ 
rent  de  pareilles  circonflanccs  qui  choquent  la 
notoriété  publique,  &  une  mémoire  aflez  récente 
de  ce  qui  s’efl:  pafle,  &  qu’ils  avancent  des  chofes 
qui  feront  fi  facilement  démenties  par  le  témoi¬ 
gnage  public,  pour  empêcher  que  perfonne  n’a- 
joüte  foi  à  leurs  paroles  ,  &  même  pour  defa- 
biifer  ceux  qui  pouroient  avoir  été  prévenus  juf- 
qu’ alors  en  faveur  de  cette  Seêfe.  On  peut  apli- 
qiier  tout  ceci  aux  Difciples  de  Jésus- Christ. 
Q^nd  ces  Difciples  feroient  des  impofleurs  , 
on  ne  pouroic  leur  atribner  raifonnablemenc 
d’autre  deflein  que  celui  de  vouloir  tromper 

les 


I 


t«4  Traité  de  la  Vérité 

les*^hommes  en  leur  faifant  prendre  Terreur  pouf 
la  vérité.  Or  il  fufic  qu’ils  aïent  ce  dellcin,  éf 
qu’ils  n’extra vaguent  pas  ,  pour  nous  donner  lie  > 
de  penfer  qu’ils  n’auront  point  ofe  lupofer 
pareilles  circonftances.  | 

Au  fond  n’y  avoir- il  pas  une  Eglife  très  nom| 
breufe  à  Jerulalem  dans  le  teins  qu’on  ccrivoil 
ccc  Evangile  t  Et  cette  Eglife  n’ccoit-elle  pa’ 
compofee  de  pluûeurs  milliers  de  perfonnes  qii 
habitoient  à  Jcrufalem,  &  qui  fçavoient  ce  qi'! 
s’etoit  paffé  à  la  mort  de  Jesüs-Christ  ?  O 
n’en  peur  point  douter  fans  vouloir  fe  trompe* 
volontairement  foi- meme.  Ces  memes  Chre' 
riens  de  Jerufalem  avoient  donc  vu  ce  qui  s’ccoi’. 
pafle  à  la  mort  de  JibUs  Christ.  Car  c’ctoicrl 
eux  qui  avoient  été  convertis  par  les  prcdicai 
lions  de  S,  Pierre  &  des  antres  Apôtres  ,  &  qii 
avec  componôlion  de  coeur  s’étoient  écriezi 
Hommes  freres  y  que  ferons-nom  f  Ils  avoient  vi 
que  le  Soleil  ne  s’étoit  point  cclipfé ,  que  kt 
pierres  ne  s’etoient  point  fendues  ,  qu’il  iT 
avoir  eu  aucun  tremblement  de  terre  ,  ni  enlii 
aucun  prodige  furprenant  &  furnaturel  à  I;« 
mort  de  J  e  s  u  s-C  h  R  i  s  t.  Il  faloit  donc  qu 
ces  Chrétiens  regardafl'ent  la  parole  des  Evange' 
liftes  comme  une  parole  de  fédudion  &  de  meii  ' 
longe;  Au  refte  il  eft  remarquable ,  que  ce  n’clli 
pas  un  Evangelifte,  mais  trois  Evangcliftes  ,  quj 
n’aïant  point  écrit  de  concert ,  comme  cela  pa*i 
roît  évidemment ,  s’acordent  à  nous  raportc  ;. 
cette  circonftance  remarquable  de  la  mort  d: 
J  E  s  ü  s-C  H  R  I  s  T  :  ce  qui  ne  nous  perme*^ 
point  de  douter  qu’ils  ne  fe  fulfent  accordez  à  h 
raporter ,  lors  qu’ils  annonçoient  l’Evangile  d(; 
vive  voix. 

croira  donc  que  les  Difcîples  de  J  e  s  u  s* 
Christ  évangclilant  dans  la  ville  de  Jem- 
falcm  ;  &  commençant  par  là  Tctabliflémen, 

d(| 


f 


de  lût,  Religion  Chrétienne. 
j|  TEgliTe  Chrétienne,  s’avifent  de  vouloir  fai- 
tacroire  aux  Juifs  que  ce  qu’ils  ont  vu  ,  n’eft 
Js  ce  qu’ils  ont  vu  ?  Qm  poura  croire  que  ces 
4-nnes  Juifs  qui  oot  affiltc  à  la  mort  de  J  e  s  ü  s- 
iHRisT,  fe  perihadent  que  ce  récit  fabuleux 
,1  un  récit  véritable,  &  qu’ils  croïenr  que  ce 
fc’ils  fçciventn’ctre  point  arrivé ,  eft  arrivé  en  ef- 

ft  ?  Qm  poura  s’imaginer  que  les  Apôtres ,  cruf- 
pt  obliger  les  Juifs  à  prendre  un  Crucifié  pour 
5»bjet  de  leur  adoration  ,  en  leur  propofant  les 
lenfonges  les  plus  éfrontez  &  les  plus  fenfibles 
t|ii  eyffent  été  imaginez  depuis  la  naiflance  du 
ijondc  f 

I  II  faut  faire  fur  tout  quelqu’atention  à  la  ru- 
Jure  du  voile  du  Temple,  Car  cette  circon- 
ance  eft  fi  finguliere,  qu’elle  fufic  pour  fermer 
bouche  aux  incrédules.  Q^nd  ceux  -  cî 
ouroicnt  s’étourdir  &  fe  faire  iilufîon  à  eux- 
icmes,en  fupofanc  que  le  jour  que  Jésus* 
i  H  R I  s  T  mourut  il  fe  fit  par  hazard  ,  cù  plutôt 
:lon  le  cours  ordinaire  des  caufes  fécondés  ,  une 
gclipfe  qui  parut  furnaturelle  aux  ignorans  ,  mais 
[i  Lii  n’avoit  rien  de  furnaturel  en  effet  :  que  dira- 
f-on  de  ce  voile  du  Temple  déi^hiré  depuis  le  plus 
i  laut  jufqu’au  bas  ?  Y  avoir- il  bien  quelque  caufe 
^naturelle  qui  pût  déchirer  ce  voile  précifément  Sc 
'i  point  nomme  lorfque  Jésus- Christ  fou- 
roit  la  mort  ?  Les  ténèbres  extérieures  avoient- el¬ 
les  bien  cette  vertu  ? 

On  me  dira  que  les  premiers  Chrétiens  ctoienc 
des  gens  firnplcs ,  &  aufquels  il  n’écoit  pas  difi- 
cîle  de  faire  iilufîon.  J’en  conviens.  Mais  faut- 
il  être  bien  habile  pour  fçavoif  fi  tous  ces  pro¬ 
diges  fi  fenfibles  &  fi  éclatans  étoient  arrivez  en 
effet  le  jour  que  Jesus-Christ  mourut? 
Nous  avons  fait  voir  que  parmi  tant  dé  circon- 
fiances  mîraculcufes  de  la  vie  &  de  la  mort  de 
Jésus- Christ >  il  y  en  a  que  les  Difciples  n’^ii- 

roienc 


166  Traité  delà  Vérité 

roicnt  ofc  fupofer  ,  fi  elles  n'avoient  pas  été  vc,' 

rirables.  '  ! 

Il  faut  ajouter  en  fécond  lieu  qu’il  y  en  a  u| 
très- grand  nombre  que  les  Difciples  n’auroîer 
piifupofer,  quand  ils  l’auroienc  voulu.  Jelaif] 
à  parc  en  effet  ce  grand  nombre  de  boiteux  qu 
fit  marcher,  de  paralicique  à  qui  il  redonna 
mouvement,  de  fourds  qu’il  fit  oüîr,  &  c 
malades  détenus  de  diverfes  maladies  qu’il  guc| 
rit  au  grand  étonnement  des  troupes  qui  s’cl 
crioient  ^famaisrien  de  pareil  ne  fut  vâ  en  Ifral 
jem’aTCteaux  morts  qu’il  rcfl'ufcite. 

La  rcrutreflion  d’un  mort  eft  ce  que  rcfpi 
humain  conçoit  de  plus  furprenant ,  &  ce  qi 
dans  tous  les  païs  &  dans  tous  les  ficelés  on 
acoütumé  de  regarder  comme  de  plus  impolïibl 
On  n’en  trouve  qu’un  ou  deux  exemples  da 
fAncien  Teftament  j  &  l’idée  meme  n*en  etc 
gueres  venue  dans  refpric  des  hommes.  D’âi 
leurs,  cen’efi  point  là  un  miracle  équivoque, 
faut  demeurer  d’acord  qu’il  n’y  a  qu’une  puiffai 
ce  fu rnaturclle  qui  puifle  l’opercr.  | 

Cependant  c’efl  par  la  rélurreclion  des  mor! 
que  Jésus- Christ  a  voulu  fc  rendre  témoigna! 
à  lui- meme.  Les  Evangclifics  n’ont  pu  impof 
aux  hommes  à  cet  égard.  Ils  auroient  peut-ct^ 
pu  tromper  des  hommes  d’un  climat  &  d’un  ter 
fort  éloigné  du  leur  :  mais  ils  ne  pouvoienc  tronl 
perdes  Juifs,  &  furie  fujet  de  chofes  qui  s’ 
toient  pafiféesdeleur  tems  &  devant  leurs  yeu! 
On  en  fera  encore  plus  perTuade,  fi  l’on  conîidc 
que  les  Evangclifies  ,  qui  n'ccrivart  point  | 
concert,  s’acordent  fans  concert  à  écrire  à  p!^ 
prés  les  memes  faits  &.  les  memes  miracles,  < 
tent  les  tems,  les  lieux,  les  perfonnes  ,  le^  tlî 
moins,  toutes  les  circonfiances  des  faits  quVi 
ateftent.  A  Nam  Jesus-Christ  refiufcite 
mort  qu’on  portoit  déjà  au  fepulcré.  Il  fait  a:j 


de  la  'Religion  Chrétienne.  ï  67 

Î.  îabiere,  &  le  mort  (c  relevé  à  rinflaïu.  Ce 
Drt  ctoic  le  fils  d'une  veuve.  La  fille  de  Jaïrus 
int  décédée,  il  entre  dans  fa  chambre,  &  la 
c  paroître  vivante  aufli-tôt  qu’il  luiaadrefTc 
parole  ,  bien  que  les  joueurs  d’inftrumens ,  les 
eneftriers  &  les  autres  perfonnes  qui  avoient 
foin  desobféques  ,  félon  la  coütume  de  cetems 
,  fe  fufl'ent  moquez  de  lui  au  commencement, 
ifin  il  reflufeite  Lazare  à  Bethanie  devant  plu- 
urs  Juifs,  &  en prefencc  de  Marthe  &  de  Ma- 
.  II  le  reflufeite  quatre  jours  après  fa  mort , 
^  lors  qu’il  fentoit  déjà.  Voilà  ce  qu’aprend  aux 
jyifs  un  Livre  qui  s*ccrit  de  leur  tems ,  &  qui 
|ir  fait  riiiftoire  d’un  homme  qu’ils  ont  vu 
Courir  attaché  à  la  Croix,  &  de  fes  miracles  qui  Ce 
dnt  faits  au  milieu  d’eux. 

^Ces  faits  font ,  ce  me  femble  ,  cîrconflan- 

1z  d’une  forte  à  découvrir  bien-tôt  l’illufion  , 

I  y  en  a.  On  cire  les  noms  des  lieux  ou  des 
rfonnes.  On  fçait  où  eft  la  Ville  de  Naïn  j  & 

J  réfurredion  d’un  mort  eft  un  évènement  af- 
confidérable  ,  pour  qu’on  ne  foît  pas  oblige 
1  demander  plufîeurs  perfonnes,  &  à  chercher 
ing-tems  pour  fçavoir  ce  qui  s’efl:  pafle. 

;  ,ïrus  eft  un  homme  connu  ,  &  même  qui  vit 
i.ns  la  confidération.  Il  a  des  parens  ,  des 
nîs.  Rien  n’eft  fi  facile  que  de  s’informer  fi 
fille  a  été  véritablement  refliifcitée.  Bc- 
'.anie  n’eft  qu’à  quinze  ftades  de  Jerufalem  , 
Lazare  eft  de  Bethanie.  Il  eft  encore  vivant 
i  fes  foeurs  le  font  3  où  s’ils  ne  le  font  ni 
.3  uns  ni  les  autres,  il  y  a  aflez  de  Jtiifs  qui 
nn  vu ,  &  ont  converfe  avec  lui  apres  fa  léfur- 
jélion. 

Si  toutes  CCS  refurreélions  que  nous  venons  de 
arquer  ont  été  faufl'es  ,  les  Doélcurs 'Juifs  qui 
ht  pris  tant  de  peine ,  foit  pour  chercher  de 
'ux  témoins  coniic  j£sus-C  h  R  i  s  x  ,  foit  pour 

corrom’*^ 


1^8  Traité  àe  la  Vérité 

corrompre  un  de  Tes  Difciples  ,  foit  pour  le  faî-! 
re  pafl'cr  pour  un  mangeur  &  un  buveur  ,  ui' 
ami  des  peagers  &  des  mal-vivans,  foie  pour  \] 
faire  pafler  pour  un  Magicien  qui  nejettoi! 
hors  les  diables  que  par  Beelzebuc  Prince  de' 
diables,  ne  peuvent  pas  avoir  manque  de  con' 
vaincre  ces  Evangiles  d’impofture  aufll-tôc  qu  ilij 
auront  paru.  Ils  n*avoient  que  faire  pour  cclij 
de  fortir  hors  de  la  ville  de  Jerufalem.  Il  y  a^ 
voit  dans  cette  derniere  des  gens  de  Béthîcem  ,  d 
Gadara ,  de  Naïn  ,  de  Béthanie,  de  Capernaum, 
de  tous  les  endroits  oii  ces  prétendus  miracle;.: 
avoient  du  être  faits.  Mais  quand  la  haine  de 
ennemis  capitaux  des  Chrétiens  n’auroient  pasét 
capables  défaire  connoîcre  TimpoPure  ,  ces  Pro' 
félites  Chrétiens  qui  étoient  à  Jerufalem  ,  il 
qui  compofoient  cette  floriffante  Eglife  qui 
ctoit ,  ne  pouvoient  manquer  de  curiofité  ou  pou 
voir  ces  morts  que  J  e  s  u  s-C  h  R  i  s  t  avoir  reffu' 
citez  ,  ou  pour  voir  ceux  qui  avoient  été  les  té  ' 
moins  oculaires  de  leur  réfurrcârion,  ou  pour  par! 
1er  à  leurs  parens  &  à  leurs  amis,  ou  pour  voir  1(| 
lieux  où  ces  chofes  s'etoient  paffées.  Et  en  efet 
J’Evangile  nous  parle  d’un  grand  nombre  d 
Juifs  qui  allèrent  à  Béthanie  pour  voir  Lazaj 
re  qui  avoir  été  reffùfcité.  Nous  n’en  doutti 
rons  pas  nous  qui  avons  vu  depuis  ce  tems  -  ]| 
une  infinité  de  perfonnes  faire  le  voïage  c| 
la  Terre  -  Sainte,  non  peur  voir  des  perlonntj 
reffùfcirées ,  ou  des  villes  entières  rendre  temo' 
gnage  à  cét  événemenr,  mais  fimplement  poi; 
voir  les  lieux  où  ces  chofes  fe  font  paffées ,  &  poil 
confidérer  des  montagnes  &  des  rochers  qi;i 
l’on  croit  avoir  été  honorez  de  la  prcfence  du  Fij 
de  Dieu.  On  aîloît  chaque  jour,  de  Jerufalem '' 
Béthanie.  Ce  qui  fe  faifoit  à  Béthanie  n’éto'; 
pas  plus  ignoré  à  Jerufalem  ,  que  ce  qui  i 
fait  dans  les  autres  parties  de  rifle  de  Fran«  1 


de  ÎA  Keltpon  Chrhîennê.  l 

Iurroît  Tccre  à  Paris.  Quand  donc  ni  hs 
ifs  ennemis  des  Chrétiens  ,  ni  les  Chrétiens 
flionnez  pour  la  mémoire  de  leur  divin 
aître  ,  n’auroienc  pris  aucun  foin  de  s’in- 
^uire  à  cet  égard  ,  il  croit  impoflible  qu’c* 
|!nt  habitans  de  Jerufalcm  ,  ils  ne*  fçüdcnt  très 
(dindement  ce  que  Jesüs-Christ  avoit  fait  à 
L,:thanic ,  &  qu’ainfi  ils  ne  rejettadfcnt  fur  1« 
pmp  comme  une  manifcRe  impofture  Thiftoire 
a,  la  réfuTredion  de  Lazare ,  ü  elle  n’avoit  pas 
ïic  véritable. 

:  Cela  efl  d’autant  plus  fort  &  plus  dcmonftra- 
rf,  que  les  Evangcliftes  ne  raportent  pas  un  on 
^iix  miracles  de  J  esus-Christ?  leur  Evangile 
fieft  qu’un  tiffu  de  circonüances  mîraculeufes  5  ce  . 
cft  qu’un  catalogue  de  malades  guéris  ,  d’a- 
‘•uglcs  illuminez  ,  de  morts  reffu  (citez  :  &  la 
.rcmiere  imprc(îion  que  cét  Evangile  fait  dans 
vfprit,  efl  que  Jesus-Christ  dans  rcfpace  de 
jois  ans  ou  trois  ans  &  demi  qu’a  duré  Ton  mi- 
•ftere,  a  fait  plus  de  miracles  &  déplus  ccla- 
jns  (ju’on  n’en  avoit  vu  depuis  fa  nailTance  d\i 
lionde.  De  force  que  croire  i’Evangile  ,  c’eft 
.foire  qu’il  a  fait  ces  miracles  tant  de  fois  ré-* 
Tétez  ,  fi  circonftantîez  ,  fi  liez  avec  les  au- 
tjes  accidens  de  fa  vie.  Il  ne  faut  donc  pas  di- 
P  que  les  premiers  Chrétiens  font  devenus 
jiirétiens  fans  s’informer  autrement  des  mira-^ 
jcs  que  J  E  s  ü  s-C  H  R  I  s  T  a  faits.  Cela  eft  coa* 
(adidoire.  Il  ne  faut  pas  dire  auili  qu’ils  ont 
pu  les  miracles  de  Jesus-Christ  fans  les 
^aminer.  Il  ne  faut  pas  un  grand  examen  pour 
pte  forte  de  chofes  :  &  de  plus  je  dis  que  quand 
(s  auroîcQt  voulu  éviter  cét  examen,  ils  n’ont 
II  n’cft  pas  en  ma  liberté  de  fçavoir  ou  ne 
icavoir  pas  ce  qui  fe  palfe  dans  les  lieux  où  j’ha- 
[icc.  Il  ne  dépend  pas  de  moi  de  croire  ou  de 
le  croire  point  certains  faits  qui  choquent  la 
Tome  II.  H  noto- 


î  7  O  T raxté  de  la,  Vérité 

riotorietc  publique  :  &  quand  un  homme  {o| 
piccexte  de  Religion  ou  autrement  voudra  i,i 
faire  acroire  qu’il  a  rcffurcicc  un  mort  dans  u  ^ 
bourgade  à  quelques  lieues  du  lieu  où  j’hall 
te  5  que  j’ai  pii  voir  &  connoîcre  ce  mort 
puis  fa  rcfurredion  ,  ou  que  fi  je  ne  lai  p:| 
vu  moi- meme  ,  pluheurs  autres  l’ont  vù  .1 
connu ,  que  plufieurs  y  font  allez  pour  le  voîi^jj 
tout  cela  ne  dépend  non  plus  de  mon  choi>| 
qu’il  dépend  de  moi  d’extravaguer  t)u  d’avei 
du  (eus  commun.  Il 

Pour  mieux  comprendre  de  quelle  force 
cette  preuve ,  il  eft  bon  de  faire  une  fupofiticij 
Supofons  qu’avec  les  préjugez  que  nous  avony 
c’e(l-à-dire,  bien  perfuadez  que  Jesus-ChriI 
a  fait  tous  les  miracles  qui  font  raportez  da  ; 
l’Evangile,  nous  nous  tranfportons  dans  la  vii 
de  Jerufalem  &  dans  le  tems  des  Apôtres,  i 
que  nous  arrivons  dans  cette  ville  la  veille  de  | 
jour  de  la  Pentecôte,  auquel  S.  Pierre  convci 
tit  un  fi  grand  nombre  de  perfonnes  en  leur  fai 
^ant  voir  qu’il  avoir  reçu  le  S.  Efpric  :  je  foijj 
tiens  premièrement,  que  nous  ne  pourrons  no. 
empêcher  d’examiner  des  chofes  qui  font  tant  j 
bruit  y  &  je  foüciens  de  plus  que  quelque  emj 
que  nous  aïons  de  nous  tromper  nous- meme  j 
nous  ne  ferons  pas  vingt-quatre  heures  à  Jerù 
falemfans  fçavôir  très  diflindlement  la  vérité  ] 
res  faits.  Il  nous  coûtera  beaucoup  de  demaii 
deî  des  nouvelles  de  Lazare  Sc  de  fes  deux  focui 
Marie  &  Marthe  j  Sc  quand  ces  trois  perfonr, 
feroient  mortes ,  de  demander  à  parler  à  leuj 
païens  &  à  leurs  amis,  à  ceux  qui  doivent  avcj 
vù  Lazare,  &  mange  avec  lui  avant  &  après  , 
rcfurredion.  Je  pourrai  parler  facilement  à  di 
parens  &  à  des  amis  de  Jaïrus,  &  des  autr  i 
que  Jésus- Christ  a  guéris  ou  leflufciccz  daii 
les  divers  quartiers  de  la  Judée  Sc  de  la  Galilée| 


de  ht  'Religion  Chrétienne, 

É:ela  d’aurant  plus  facilement ,  que  le  com- 
#:cc  étoît  plus  grand  entre  cette  Capitale  de  la 
«ce  &  les  autres  viJIes\,de  la  Terre  Sainte  , 
irntre  la  Capitale  &  les  autres  villes  des  autres 
Kts  ;  les  Juifs  aïanc  acoütumc  de  monter  à  ]e- 
pilem  du  moins  aux  Fêtes  folemnelles.  Je  pour- 
B  d’ailleurs  m’inüruire  de  la  vcricc  ou  de  la 
^flctc  de  ces  prodiges  cclatans  qui  acompagne- 
jt  la  mort  de  Jésus- Christ,  félon  le  recîc 
t  m*en  fait  l’Évangile  :  &  comme  il  eft  impoC-* 
je  que  plulieurs  millions  de  témoins  fe  trom-* 
fit  fur  un  fi  grand  nombre  tîe  faits  tiés-  fenfi- 
is ,  il  fera  abfolument  impofTible  que  je  fois 
Jrctien  feulement  vingt-quatre  heures  après 
||î)ir  demeuré  à  Jerufalem. 

J’ai  fait  voir  qu’il  y  a  des  cîrconftances  mira-» 
jfeufes  dans  la  vie  &  dans  la  mort  de  Jésus- 
k  R I  s  T  que  les  Evangeliftes  n’auroient  ni  ofc 
enter  fi  elles  avoient  etc  fauflcs  ,  ni  pu  fu- 
Ifcr  ou  faire  acroire  à  une  feule  perfonne  , 
anl  ils  anroient  eu  deflein  de  tromper  les 
fmmcs.  Il  ne  reftc  pour  une  plus  parfaite 
jividion  ,  que  de  montrer  qu’ils  n’auroient 
î  voulu  les  fupofer ,  quand  cela  leur  auroic  etc 
ifTible. 

jje  ne  dirai  pas  ici  que  les  miracles  de  J  e  s  u  s- 
HtRiST  dans  le  récit  des  Evangeliftes  font 
fcompagnez  d’événemens  &  de  circonftances 
l’il  n’eft  pas  concevable  que  les  Difciples 
î!it  pris  plaifir  d’inventer  :  telle  eft  la  tenta- 
Ifn  de  Jesüs-Christ  j  événement  furpre- 
iint  &  fcandaleux  à  ceux  qui  ii’cn  compren- 
jht  point  le  miftere  ,  puis  qu’il  nous  fait  voir 
Jsu.s-Christ  entre  les  mains  du  diable  ,  qui 
I  joue  de  l'a  foiblefle  fans  pouvoir  vaincre  fa 
îjrtu  ,  &  le  tranfporte  tantôt  fur  les  cre- 
(qux  du  Temple  ,  d’où  il  lui  confeüle  de  fe 
[  ter  eu  bas  j  tantôt  fgr  une  haute  montagne  , 
H  ij  "d  où 


%  Traité  de  lût,  Vérité 

dcii  il  lui  fait  voir  tous  les  Roïaumes  ■ 
monde  &  leur  gloire.  Voir  un  homme  en’ 
les  mains  du  démon  eft  un  fpedlacle  choquan' 
y  voir  un  homme  juhe  feroit  un  objet  hor 
b!e  3  y  voir  un  Prophète  fcioit  un  prodi 
d’horreur  ;  qu’eft-ce  donc  qu’y  voir  un  hoi' 
me  divin  ,  ou  plutôt  un  Homme-Dieu,' 
jufte  par  excellence  ,  le  féparé  des  pécheui| 
&  le  plus  grand  des  Prophètes  ,  le  Fils  de  Di*î 
lui-même  ?  C’eft  fe  tromper  que  de  s’imagineï 
que  de  pareilles  penfees  viennent  naturellem<i!i 
à  un  homme ,  encore  moins  à  des  gens  ümpij 
&  qui  juge  des  chofes  par  les  préjugez  ordintj 
res.  Il  eft  vrai  que  Jesus-Christ  nous  eft  ij 
prefenté  dans  l’Evangile  comme  étant  enviroj 
né  d’Anges  qui  le  fervent  apres  fa  tentacioil 
mais  cette  circonftance  ,  loin  d’ôter  ce  qu’il  !' 
a  de  furprenant  &  d’aparemment  choqus 
dans  cét  événement ,  achevé  de  le  rendre  étra:‘ 
ge  &  incompréhenhble  i  n’y  ayant  rien  qui  fc 
aparemment  moins  aflorti  que  l’arutoriré  d*i 
homme  qui  fe  fait,  fervir  par  les  Anges  ,  | 
qui  naguercs  ctoit  entre  les  mains  du  démi' 
qui  le  tranfportoît  là  ou  bon  lui  femblo! 
On  peut  raporter  à  cela  même  Punion  de  ta' 
de  circonftances  bafles  &  de  tant  de  circo:’ 
fiances  glorieulcs  qui  fe  trouvent  dans  fa  na! 
fan  ce  ,  dans  fa  vie,  dans  fa' mort  3  J  êsu 
Christ  fe  trouvant  dans  une  crèche  ,  lo  ? 
qu’il  eft  loüé  par  des  armées  célcftes  ,  n’aïant  c) 
il  puifle  repoCer  fa  tête ,  pendant  qu’il  ordoni' 
aux  poiflbns  de  la  mer  de  lui  aporter  Farge; 
qu’il  doit  païer  pour  le  tribut  qu’on  lui  dê 
mande  3  faifant  paroître  de  la  fraïeur ,  &  mej 
me  de  la  foiblefle  aparente  ,  pendant  qu’il  ébrani 
le  la  machine  du  monde  ,  qu’il  fait  tremble 
la  terre  ,  &  qu’il  obfcurcit  le  Ciel  3  demarl’- 
dant  à  fon  Pere  que  la  coupe  de  Tes  fouffran‘,f 

cc 


de  la  Keltgton  Chrétienne»  17  J 

paffe  arriéré  de  lui  ,  bien  qu*il  fc  foie  prépare 
more  ,  jufqu’à  avoir  établi  un  Sacrement 
ir  en  faire  commémoration  jufqu’à  la  fin  du 
nde,  fc  pleignanc  qu’il  eft  délaiüé  de’fon  Pe- 
:elcfie,  pendant  qu’il  promet  le  Paradis  à  un 
[jand  qui  lui  donne  gloire  fur  la  croix  i  & 
je  autres  concrarieccz  mifterieufes  que  la  Pro¬ 
vence  divine  leur  a  fait  écrire  contre  leurs  pré- 
cz,  contre  leurs  affcâiions  &  leurs  idées  na- 
elles ,  pour  donner  à  leur  Evangile  un  cara-^ 
Ire  plus  extraordinaire  &  plus  divin.  ^ 

Mais  ce  ne  font  point  ces  circonftances  dont 
iitens  parler  ,  lorfque  je  dis  qu’il  y  a  des  cir- 
iftances  extraordinaires  dans  la  vie  dejfisus- 
|[  rist  que  les  Difciples  n’auroient  point  voulu 
lofer.  Je  parle  de  tous  les  miracles  fenJfibles 
|:clatans  que  J  Esu  s-Chri  ST  à  faits,  &  que 
Difciples  ont'raportez,  Je  dis  que  les  Evan- 
iftes  n’onr  eu  garde  de  vouloir  les  fnpofer  , 
s  ont  été  faux  ;  &  je  me  fonde  fur  deux 
|fons  invincibles.  La  première  c*cft  qu’en  les 
portant ,  &  fur  tout  en  citant  les  lieux  &  les 
l'fonnes  comme  ils  ont  fait ,  ils  s’engagent  ma- 
feftement  à  en  foütenir ,  &  meme  a  en  faire  re- 
inoîcrc  la  vérité.  Ils  n’onr  point  dii  douter 
j’on  ne  leur  fit  une  affaire  là-deifus,  eux  qui 
jivcnt  les  peines  qu’ils  ont  eues  à  fe  fauver  lors 
j’on  a  fait  mourir  leur  Maître.  Ils  ne  doutent 
|int  qu’ils  ne  foient  obligez  de  foütenir  ce 
ij’ils  avancent  ,  &  ils  fçavent  bien  qu’ils  ne 
lurront  point  foütenir  leur  împofture  lors 
i’on  les  confrontera  avec  les  témoins  qu’ils  al¬ 
louent.  Ce  n’eft  pas  là  une  choCc  bien  difficile 
prévoir.  Il  ne  faut  pas  une-fagefl'e  confommee 
un  homme  pour  lui  faire  faire  cette  réflexion  , 

\  il  fuffic  qu’il  ne  foit  pas  fou  ,  pour  n’ccre 
js  bien  aife  d’avancer  des  chofes  qu’il  ne  pourra 
|int  foütenir,  &  dont  la  fauffeté  fera  d’abord 
H  iij  découverte 


5  7  4  Traite  de  la  Vérité 

dccouverre  par  les  témoins  qu*il  cite  >  les  lie' 
qu’il  marque,  &  les  autres  circonftances  du  f| 
qu’il  expofe.  i 

La  fécondé  raifon  qui  fait  que  les  Evangelif 
n’auroîent  point  voulu  fupofer  ces  faits  ,  $ 
euflent  été  faux  ,  cft  qu’en  les  fupofant  ils  i 
mettoient  dans  la  néccllitc  de  tomber  eux-m' 
mes  dans  une  mortelle  confufîon ,  ou  de  faire  0 
miracles  tout  pareils.  Car  outre  qu’il  ctoit  ni 
rurel  de  leur  dire  :  Si  vôtre  Maître  a  fait  dei 
grands  miracles  ,  il  vous  aura  donné  le  pouv(! 
d’en  faire  de  fcmblablcs  5  on  fçaic  que  le  prem,' 
élément  de  leur  Evangile  étant  que  Jesu' 
Christ  les  avoir  envoïçz  avec  le  pouvoir  ( 
faire  des  œuvres  pareilles  aux  fiennes ,  il  n> 
avoir  pas  à  balancer  ,  &  qu’il  faloit  ou  fupriml 
ce  qu’ils  fçavoient  des  miracles  de  jESUs-CHRiSi 
ou  s’engager  à  en  faire  de  femblabîes.  J  e  su  s 
Christ  envoyant  Tes  Difciples  prêcher  dans  di 
vers  quartiers  de  la  Judée ,  leur  dit ,  Guerijfez  h 
malades  ^  nettoyez,  les  lépreux,  rejfufcitez  les  morv 
jetiez  hors  les  diables.  Vows  l*a<vez  reçu  pour  néan 
donnez^lepournéant.  Et  voici  les  caradleres  qu 
donne  de  la  vocation  de  Tes  Disciples.  Ce  font  /! 
les  fignes  qui  acompagneront  ceux  qui  auront  cri. 
ils  jetteront  hors  les  diables  par  mon  nom ,  ils  parle 
font  nouveaux  langages,  ils  chajferont les ferpen^ 
^  quand  ils  auront  bu  quelque  chofe  mortelle,  el\ 
ne  leur  nuira  nullement  ils  impoferont  les  mah^ 
fur  les  malades ,  ^  ils  fe  porteront  bien  ,  &c.  Ew: 
donc  étant  partis  ,  prêchèrent  par  tout  le  Seigneté 
agiffant  avec  eux ,  ^  confirmant  la  parole  pardi 
fignes  qui  s^ en fuiv oient-  ' 

Ainfi  ils  ne  pouvoient  raporter  ce  que  Jésus 
Christ  avoir  fait ,  fans  dire  ce  qu’ils  étoient  obi:’ 
gcz  de  faire  eux- mêmes  pour  confirmer  l’Evan 
gile.  Ils  ne  raportoient  aucun  miracle  qu’ils  n/ 
dilTtnt,  Nous  en  faifons  autant.  Il  faloit  don.,! 


ide  Religion  Chrétienne,  17  f 

aînement  de  deux  chofes  Tune,  ou  que  ces 
nmes  euffent  perdu  la  raifon ,  ou  qu*iis  crLÎflent 
irables  les  miracles  de  ]  e  s  ü  s-  C  h  R  i  s  T. 

Tils  les  avoient  crus  faux ,  ni  ils  n’auroient 
ilu  s’engager  à  foüteuir  une  fîv^ion  infoürena- 
,  en  marquant  tant  de  cîrconftances  fi  capables 
idcccuvrir  la  vérité  3  ni  ils  n^auroient  voulu 
nber  en  confufion,  en  raportantdes  miracles 
lils  n’auroîent  pii  imiter,  dans  un  tems  où  ils 
oient  profeflion  de  pouvoir  faire  abfolumenc 
it  ce  que  leur  Maître  avoir  fait. 

Ainfi  il  nous  paroît  que  les  miracles  de  Jésus- 
iRisT  font  des  faits  que  les  Difciples  n’auroient 
Dfé ,  ni  pii ,  ni  voulu  fupofer ,  s’ils  étoient  faux. 
;n  cft  aflez  pour  nous  convaincre  là  d-cllas  , 
ur  nous  faire  regarder  ces  miracles  qui  ont  illu- 
c  la  vie  &  la  mort  de  J esus-C  h  r  i  s  t  ,  comme 
centre  de  vérité  qui  nous  perfuadera  infaiili- 
;ment  la  vérité  &  la  divinité  du  Chiiftianifme 
e  nous  profcfTcns, 

CHAPITRE  II 1. 

tond  centre  de  ^vérité,  Conft dération  particulière 
de  la  Réfurrection  de  ]  Esu  s- Christ. 

i  Prés  les  miracles  de  J  e  s  »  s-C  h  R  i  st  vîejifi^ 
xfa  Réfurreélion  ,  qu’il  faut  confiderer  dans 
nehaînement  qu’elle  a  avec  ces  miracles.  Car 
jeeette  réfurredlion  eft  véritable,  il  cft  incontefta- 
|cque  ces  miracles  le  font  :  &  fi  ces  miracles  font 
jais,  il  fera  difficile  qu’on  doute  de  la* vérité  de 
t  réfurredlion. 

Or  pour  ne  point  conferver  de  doutes  fur  la 
Jrrité  de  la  réfurredlion  de  Jesus-C  h  r  i  st  ,  il 
j:  faut  que  faire  des  réflexions  fur  J  esus- 
iHRisT  ,  fur  les  Dodleurs  Juifs  qui  prennent  des 
•  écautions  pour  empêcher  qu’on  ne  dife  apres 

H  iiij  fa 


Traité  de  la  Vérité  J 

mort  qu’il  cft  reiTufcitc  ,  fur  le  raport  desGardw 
t]u’6n  mec  auprès  defon  tombeau  ,  fur  îe  proci  l 
cic  des.  Apôtres ,  fur  le  langage  des  Difciplcs  <1 
general  ,  &  fur  la  difpofîtion  de  ce  grand  nombiS 
de  Juifs  qui  fe  font  Chrétiens  à  Jerufalem  quci^ 
ques  fcmaines  apres  la  mort  de  Jesus-Chrisi'*4 
&  dans  un  temps  où  il  ctoic  fi  facile  de  s’éclaire  ^ 
de  la  vérité  de  fa  réfurreôlion.  ^ 

A  l’égard  de  J  e  s  u  s  -C  h  R  i  s  T ,  les  E  vangnj; 
Jiües  nous  aprcnncnc  unanimement  qu’il  avo 
piufieurs  fois  prédit  à  fes  Difciplcs  fa  mo  xi 
■&  fa  réfurredbion.  Il  eft  meme  remarquabkib 
que  ces  prédirions  fc  trouvent  aflez  fouvei'l 


mêlées  ou  de  circonfranccs  qui  ne  vienncid 
pas  facilement  dans  l’cfpric  ,  ou  de  circor/Tî* 
îlances  qui  ne  femjbloicnt  point  fe  raporter  it'i3 
«nés  avec  les  autres,  &  qui  par  là  meme  pa  ; 
loiflenc  fenfiblemcnt  n’ccrc  point  le  jeu  d’ur'l 
imagination  qui  invente  des  fables  compofees 
plaifir.  Il  n’y  a  pas  beaucoup  d’apa'rcncc  qn  | 
les  Evangeliftes  aient  fupofé  l’entretien  qu' 
Jésus-Christ  eut  avec  Saint  Pierre  fur  le  fa  a 
iec  de  fes  fouffrances  en  montant  à  Jcrufalenir 
Il  ed  bon  de  remarquer  que  Saint  Pierre  veno  ^ 
de  faire  une  admirable  confeiïion  de  Jésus  < 
Christ  en  prefence  des  autres  Difciplcs  S| 
lui  difant,  Tu  és'He  Chrifh  le  Fils  du  Dieu  'url 
njant  :  &  que  Jesus-Christ  avoit  couronni 
cette  belle  coi>fcflion  par  cette  magnifique  prol 
méfie  :  Tu  es  hien^  heureux ,  Simon  fils  de  yon^.\ 
Car  la  chair  ^  le  fang  ne  dont  point  révélé  ce\ 
chofes  y  mais  mon  Pere  qui  efl  aux  deux,  Aufft  j  \ 
îedis  que  tu  es  Pierre ,  ^  fur  cette  pierre  je  bâtirt  * 
mon  Fglife,^  les  portes  d*  enfer  ne  prévaudront poin* 
centr  elle  ,  &c.  Immédiatement  apres  J  e  s  u  s 
Chri5t  prédit  la  mort  qu’il  doit  foufFrir  de  ]j| 
part  des  principaux  Sacrificateurs  &  des  Scribes  ' 
mais  il  ajoute  qu’il  doit  reflùfcicer  au  troificm< 

jour 


de  la  Religion  chrétienne •  177 

|ir#  S.  Pierre  Tarrcte  &  lui  dit ,  Seigneur  ,  ceci 
it  arrivera  point  ;  aies  foin'de  toi-même  Ec  j  esus- 
H  R  I  ST  loin  d  aprouver  cette  picccnduë  mar- 
l'^le  d’amour  en  fon  DiTciple,  foudroïe  fon  in- 
n  cretion  par  -ces  paroles  ,  Va  ,  Satan  ,  arriéré 
^Jmoi»  Tu  ?n^  en  fca7idale.  Car  tu  ne  comprens 
ijjnt,  &c.  Cette  hidoire  a  un  air  naturel  &  fin- 
prc.  Cét  afforcimenc  de  circonftances  qui  ont 
îfiaremment  fi  peu  de  raport ,  ne  vient  poinc 
:  *|ns  rcfprir.  La  confeflion  de  S.  Pierre  eft  bel-^ 
til.  La  promefle  de  Jesüs-C  h  r  ï  s  t  eft  magnifi- 
Kic.  L’expreflion  a  meme  quelque  chofe  de  dif- 
'fcf:ilc  &  de  furprenanc.  Mais  fur  tout  il  feinbîe 

i’abord  que  Jescjs-Chri  ST  cenfure  trop  forte- 
'ent  le  bon  zclc  que  Pierre  lui  fait  paroîcre 
»f)ur  fa  perfonne ,  &  il  n’cft  pas  naturel  que  celui 
Jii  lui  a  dit,  Tu  es  bien- heureux  ^  Simon  fils  de 
^ma ,  &  qui  lui  a  promis  de  le  rendre  un  colom- 
I::  de  fon  Eglifc ,  lui  dife  d’abord  après  ,  Va  ,  Sa^ 

J  f» ,  arriéré  de  moi.  On  fent  bien ,  malgré  qu’on 
|ji  ait ,  que  c’eft  la  force  de  la  vérité  ,  &  non  le 
Ijiport  naturel  de  ces  circonftances  ,  qui  a  oblige 
IjEvangclifte  à  les  joindre  dans  un  même  récit, 
fje  qui  nous  donne  néceffairement  cette  penfée  ,• 
t  fjc  j  E  s  U  s-C  H  R I  s  T  a  vérirablemcnt  prédit  fa 
[hort  &  fa  réfurredion  avant  qu’il  ait  foulFerc 
llune,  &quc  l’autre  foie  arrivée. 
l|  Mais  ce  qui  nous  le  montre  beaucoup  mieux  , 

►  feft  que  Jesus-Christ  de  fens  froid  la  veille  de 
k  Paflion  fait  une  chofe  qui  n’avoit  jamais  été 
jbite ,  &  qui  ne  fe  fera  jamais  fans  doute  ,  qui  eft 
l’établir  un  mémorial  de  la  mort  qu’il  eft  fur  le 
|>oint  de  fouffrir.  ]  e  s  üs-C  hr  i  s  t  prédit  qu’il 
fouffrira  la  mort  de  la  part  des  principaux  Sa- 
èrificateurs  ,  des  Scribes  &  des  Docteurs  de  la 
^oi  :  il  pourroit  donc  l’éviter  ,  s’il  vouloir ,  en 
i’en  allant  en  un  autre  lieu.  Il  cenfure,  ou  plu- 
îot  il  foudroïe  l’indifcretion  de  Pierre  qui 
H  V  vouloir 


178  ^Traité  de  la,  Vérité 

voiiloic  ledcrourner  de.  mourir  :  H  regarde  dont! 
fa  mort  comme  devanc  avoir  des  fuites  heureuic»; 
&  falutaires.  Et  quelles  fuites  heureufes  &  falu-i 
taires  pouroit  avoir  fa  mort ,  fi  clic  ne  devoir  ctrci: 
aconipagnce  de  fa  rcfurredion  ?  ' 

Jesüs-Christ  établit  un  mémorial  de  fa  morrji 
il  la  fouffre  donc  volontairement.  Il  ordonne; 
qu*on  en  faffe  commémoration  :  il  regarde  donc 
fa  mort  comme  nous  étant  falutaire.  Il  prcvoii, 
qu*on  en  fera  commémoration  :  il  prévoit  donc 
ce  qui  arrivera  infailliblement,  &  cela  dans  ur 
rems  où  il  n’y  a  guéresd’aparcnce  que  cela  arrive 
Il  ne  dit  point  qu’on  doit  faire  commémoratioi  ^ 
de  fa  mort  jufqu’à  ce  qu’il  reflùfci te,  mais  jufqu’i, 
ce  qu’il  vienne  :  il  prévoir  donc  qu’il  rcirufcitcrs;.^ 
bien-tôt ,  &  qu’aprés  fa  réfurredtion  il  fe  retireriii 
pour  revenir  fur  la  fin  des  ficelés. 

Au  refie,  il  ne  fçauroit  tomber  dans  l’efprit  d’ut 
homme  fenfé,  que  les  Evangelifies  aïent  inventât 
J’iiifioire  de  l’inftitution  de  l’Eucharifiie.  Car  iii; 
y  a  de  la  différence  entre  un  dogme  &  une  prati-  t 
que.  Un  dogme  ne  peut  guercs  être  fupofé  1'^ 
quand  il  faut  pour  cela  le  concert  de  plufieuri  'j 
perfonnes  :  mais  une  pratique  fenfible,  un  ufa-  i 
ge,  une  dodrine  parlante,  le  peut  être  beaucouf  ij 
moins.  Et  certainement  cc  fetoit  une  fi  grandrtj 
extravagance  de  fupofer  qu’une  douzaine  d(;j 
pauvres  pêcheurs  ,  confternez  par  la  mort  d< J 
leur  Maître,  &  defabufez  de  l’opinion  qu’il  d«i  > 
rétablir  le  Roïaume  d’ifracl ,  qui  ne  fçavcnt  poînlii| 
ce  qui  doit  arriver  par  la  dodrinc  de  cc  Crucifié;  \ 
s’ailleiu  avifer  d’inventer  l’infiitutîon  de  l’Eucha-  I 
rifiie  avec  Tes  circonfianccs  ,  &  faffent  dire  à.as 
J  ïsus-C  H  R  I  s  T  ,  Ceci  e fl  mon  corps  rompu  pom  i 
'vetts.  Ceci  efl  la  nouvelle  alliance  en  mon  fang:  pa'  i 
rôles  qui  ont  quelque  ebofe  de  nouveau  &  dcil 
farprenant  ,  l’objet  de  tant  de  contefiations  &  : 
de  diiferens  commentaires  :  paroles  que  S.  Pastlf^ 

&  lesi 


î 

de  la  Religion  Chreüenne,  179 

les  Evangeliftes  raporrent  d’un  commun  acord  , 
j[<iais  fans  concert,  comme  cela  paroît  par  la  petite 
V verficc  qui eft  dans  leur  recir.  Ce  feroîc,  dis-je, 
tie  fi  grande  extravagance  de  s’imaginer  que  les 
fûfciples  cuncnc  feulement  eu  la  penice  d’inventer 
.  îs  paroles  ni  cette  hiftoire  de  i’infticucion  de  l’Eu- 
'  bariftie,  qu’il  cft  inutile  de  s’arrêter  plus  long- 
;  .*ms  a  le  faire  voir.  C’eft  ce  que  nous  avons  déjà 
?  ouchc  en  paffant  en  un  autre  endroit  &  fur  un  au* 
^  e  fujet.  La  conféquencc  que  nous  en  tirons  dans 
♦  ehiî- ci  clt,  que  Jesus-Christ  a  prévu  fa  mort; 
ta*il  Ta  fonfFerte  volontairement  ;  qu’il  s’y  efl: 
Créparc  ,  &  là-deffus  je  raîfonnc  ainfi. 
f:  Si  Je<us-Christ  a  prévu  qu’il  mourroît,  Sc 
1  il  s’eft  lui- même  offert  à  la  mort  ,  ou  il  a  pré- 
l  û  qu’il  reflufciccroit ,  ou  il  ne  l’a  point  prévu, 
«  ’il  ne  l’a  point  prévu  ,  de  quelle  efperance  a-t-il 
llonfolé  fes  Difciples  ?  Que  leur  a-t-il  promis  ? 
t  ^ies*eft-il  propofé  lui-meme  ?  Pourquoi  n’a-t-il 
|ioint  Fiiï  la  mort ,  le  pouvant  encore  lors  qu’il 
oüpoit  avec  fes  Difciples  ?  Que  veut- il  dire  en 
ifticuant  le  mémorial  de  fon  corps  mort,  fî  ce 
,  orps  mort  devoit  demeurer  fous  le  pouvoir  de  la 
nort ,  être  prefent  aux  regards  de  fes  Difciples, 

'  !•:  pourir  à  leurs  yeux  ? 

i  i  Q^  fl  Jésus- Christ  a  cru  reffufeiter  apres  fa 
Inort  ,  comme  c’eft  la  penfée  la  plus  raifonnable 
''jiic  l’on  puifTe  avoir  fcr  ce  fujet  ;  je  dis  que 
ÎBsus-C  H  R  I  s  T  n’a  pu  le  croire  que  fur  l’expé- 
iencc  qu’il  avoit  déjà  faire  de  cette  puifTaneequi 
ivoit  rendu  la  vüëaux  aveugles,  la  fantéaux  ma- 
ades ,  ôc  la  vie  aux  morts.  Jesus-Christ  n’a  pu 
noire  fes  rhiracles  faux,  &  s’imaginer  qu’il  ref- 
ufeiteroit  véritablement.  S’il  a  crii  refrufeiter, 
1  a  cru  fes  miracles  véritables  :  &  s’il  a  crît  /cs 
miracles  véritables  ,  il  faut  que  fes  miracles  aïenc 
été  véritables  en  éfec  ;  parce  qu’ils  font  d’une  na¬ 
ture  à  ne  pouvoir  point  etre  fufceptibles  d’illu- 
H  vj  Con , 


i8o  Traite  de  la  Vérité  T 

(îon  ,  du  moins  à  Tcgard  de  ceux  qui  les  foni  j 
Jésus-Christ  n*a  pas  crû  avoir  repu  cinq  millil 
hommes  à  une  fois ,  trois  mille  à  une  autre,  avoi '  ^ 
rcffufcicé  le  fils  de  la  veuve  de  Naïn  ,  la  fille 
Jaïrus,  Lazare  de  Bethanie ,  avoir  fait  marche  )« 
5.  Pierre  fur  les  eaux,  &c*  fi  tout  cela  n*a  poin  j 
étc  véritable. 

Certainement  on  ne  doutera  point  que  Jésus  î 
Christ  n*ait  prédit  qu*il  reflufeiteroit ,  fi  i’oi  .  j 
confidére  que  ce  n*eft  que  fur  ce  fondement  qu<  >4 
les  Dodfcurs  Juifs  mettent  des  Gardes  auprès  d<  g 
fon  tombeau  ,  &  qu'ils  en  font  fceller  la  pierrcil 
Seigneur  ^  difcnt-ils  à  Pilate  ,  il  nous  fouvient  J 
ce  féducieur  quand  il  vivoit  encore  y  dit  ,  Dan  % 
trois  jours  je  reffufeiter ai.  Commande  donc  que 
fefulcre  foit  gardé  jufqu* au  troifiéme  jour  :  de  peu}  \ 
que  fes  Difciples  ne  'viennent  de  nuit  ^  le  dérobent  j 
difent  au  peuple ,  Il  eft  rejjufcité  des  morts  j  don  4 
le  dernier  ahm  fera  pire  que  le  premier,  Pilate  leuvi 
dit  y  Vous  avez  des  Gardes,  Allez  ,  vous  affu^ifi 
rez  comme  vous  Y  entendez,  "Eux  donc  s*  en  allèrent  a 
affurerentlefepulcre  avec  des  Gardes^  enfcellan,  \ 
la  pierre.  C*eft  là  un  fait  que  les  Difciples  n’au-  ' 
loientjii  pu,  ni  oie  fupofer  contre  la  notorîctc  ■ 
publique ,  &  qui  d’ailleurs  s’acordc  très-bien  avcd  s 
les  fuites  de  cct  événement.  Car  comment  le  bruii  À 
fc  répand-il  à  Jerufalem,  que  les  Gardes  dormoicni  1 
lorfque  les  Difciples  enlevèrent  le  corps  de  Jésus  ,  l 
ïi  l’on  n'y  avoir  point  mis  des  Gardes  en  effet  t  El  : 
pourquoi  étoit-il  néceflaire  qu’on  y  mit  des  Gar¬ 
des  ,  fi  ce  n’cft  pour  empêcher  fes  Difciples  de  fai-; 
rc  courir  le  bruit  qu’il  étoic  reffufeité. 

Que  fi  Jésus  Christ  a  crû  reffufeiter ,  il  n'a  pu 
le  croire  que  fur  la  vérité  de  fes  miracles,  ni  croire  j 
fes  miracles  véritables,  à  moins  que  (es  miracles  *> 
n’aïent  été  véritables  en  effet.  Ainfi  renchaîne- 
mcntde  ces  cîrconffances  ,  quand  op  le  confidc- 
rc  de  prés ,  forme  une  cfpccc  de  demonfiration 

môralc 


de  U  Ueliglcn  Chrétienne»  iSt 

ooraîe  donc  il  eft  impofliblc  à  un  cfprit  droit  & 
iifonnable  de  n’ccre  pas  convaincu. 

Mais  ne  paiTons  pas  fi  legerement  fur  ce  fait,  8c 
près  avoir  vu  la  difpofition  de  Jesus-Christ  , 
oions  celle  des  Scribes  &  des  Pharifiens ,  &  le 
aport  des  foldats  qui  ont  etc  mis  autour  du  toin- 
eau  de  Jesus-Christ  pour  le  garder.  Car  la 
onfidération  deces  circonftances  eft  bien  capa- 
le  de  nous  éclairer  dans  la  decouverte  de  ce  fait 
e  plus  elTéntiel  &  le  plus  important  qui  ait  etc  8c 
ui  fera  jamais. 

Premièrement  les  Scribes ,  les  Pharifiens,  &  gc- 
.  icralement  ceux  qui  compofent  le  Grand  Con- 
eil,  pouffez  par  le  meme  cfprit  qui  les  a  portez  à 
aire  mourir  Jesus-Christ,  aprehendent  que 
es  Dilciplcs  n'cnlevenc  fon  corps  ,  &  qu*ils  ne 
iifent  enfuite  qu*il  eft  reffufeite  des  morts.  Il 
. 'âut  juger  de  rinterêc  cju*ils  croïent  avoir  à 
’cmpccher ,  par  les  cforts  qu*ils  ont  déjà  faits 
30ur  faire  mourir  Jesus-C  h  r  i  s  t.  II  y  a  de  Ta- 
oarcnce  que  comme  ce  n’eft  que  pendant  trois 
jours  qu’il  faut  garder  le  tombeau  de  Jésus- 
Chri  ST,  ils  prendront  des  précautions  pour  ne 
pas  permettre  que  les  Gardes  par  négligence  ou 
lutrement  laiffcnc  emporter  ce  corps ,  qu’il  leur 
importe  fouverainement  de  conferver. 

Mais  voïons  ce  qui  en  arrive.  Les  Gardes  ne  peu¬ 
vent  ciTipccher  que  ce  corps  ne  forte  hors  de  fon 
tombeau»  Eft-ce  que  ces  Gardes  ont  eu  peur  f  Ou, 
eft- ce  qu’on  les  a  obligez  à  fc  taire  à  force  d’ai> 
gent  ?  Si  les  Gardes  ont  etc  gagnez,  on  peut  croîr 
rc  que  ce  n’eft  pas  en  faveur  des  Difciplcs  :  ils  rif- 
quoient  de  perdl^  la  tête  pour  expier  le  crime  de 
leur  négligence  ou  de  leur  trahifon.  Sont-ils  timi¬ 
des  ?  Mais  comment  les  Gardes  deviendront-ils  ti¬ 
mides  ,  lorfquc  les  Difciples  deviennent  tout  d’un 
coup  courageux  ,  &  qu’ils  ont  la  hardieffe  d’en¬ 
treprendre  d’enlever  le  corps  mort  de  celui  dont 


ïSi  Traité  de  la  Vérité  I 

ils  avoient  abandonne  la  pcrionne  vivante  ?  D*ail  * 
leurs,  comment  des  Gardes  peuvent-ils  faire  I  : 
raport  qu  iis  font  fans  fe  contredire  manifefte  i 
ment  ?  Car  s’ils  dormoient ,  comment  fçavent-üik 
que  ce  font  les  Difciples  de  Jésus-Christ  qu 
ont  enlevé  fon  corps  ?  Mais  pourquoi  le  Sanhedri 
pour  fon  honneur  &  pour  la  gloire  de  la  vérité,  n  î 
fait-il  point  mettre  ces  Gardes  à  la  quehion  ?  Si  ce  ( 
la  ne  leur  vient  point  dans  la  penfee  fur  le  champ  i 
n’eft-il  pas  naturel  qu’ils  le  faflfent,  lorfquequcl  j 
que  tems  apres  ils  voïent  toute  la  ville  de  Jeru«  i 
(alem  dans  le  penchant  d’embraffer  la  foi  de  c<‘'1 
Crucifie,  &  qu’il  fe  trouve  jufqifà  fix  mille  per-  j 
Tonnes  qui  croient  en  un  jour  en  ce  Crucifié  cin-;i 
quante  jours  après  fa  mort  ?  Certainement  le:  ’ 
Gardes  croient  encore  à  jerufalem.  Le  Granc’  1 
Confeil  avoir  la  meme  puiffance  &  la  meme  auto  J 
rite.  Il  importoit  de  punir  la  négligence  de  ccî  \ 
Gardes  ,  ou  de  leur  arracher  le  fecret  de  leur  \ 
perfidie,  &  de  leur  faire  dire  qui  eft-cc  qui  I 
avoir  fubornez.  Il  importoit ,  diS'j:e  ,  de  faire  céi  i 
examen ,  &  pour  juftificr  la  conduite  du  Sanhe-  ^ 
drin  ,  &  pour  empêcher  la  perte  d’une  rnfinké  dei  : 
perfonnesquî  fe  rangeoîent  du  parti  des  Difciples  j 
de  ce  prétendu  impofteur.  Je  dis  bien  davantage  ;  ; 
lorfque  le  jour  de  la  Pentecôte  ,  c’efl: -à-dire ,  cin^* 
quante  jours  après  la  mort  de  J  esus-Christ,  ' 
les  Apôtres  paroiffent  dans  la  ville  de  Jerufalem 
pour  témoigner  qu’ils  ont  vii  J  e  su  s-Christ  re¬ 
lève  de  fon  tombeau  ,  &  qu’aprés  leur  être  aparu 
diverfes  fois ,  &ccrc  monté  au  Ciel ,  il  a  répandu 
fur  eux  les  dons  extraordinaires  &  miraculeux 
du  S.  Efprit  ,  pourquoi  le  Saniftdrin  ,  qui  a  un  fi 
puifiant  interet  à  découvrir  qui  (ont  les  auteurs 
de  cét  enlèvement  du  corps  de  Jesus-Christ  ,  ne 
faifit-il  les  Apôtres  pour  leur  jFairc  dire  les  cho- 
fes  comme  elles  fe  font  paffées  ?  ne  les  con- 
frontC't^on  avec  les  Gardes  ?  Que  ne  mcttent*ils 


V 


de  U  Religion  chrétienne.  îS^ 

?  ofcph  d’Arimathce  &  ccs  hommes  en  prifon, 
ifqa’à  ce  qu’ils  leur  aïent  fait  avouer  ce  qu’ils 
r'-nefaiede  ce  corps ,  avec  toutes  les  autres  cir- 
L  onftanccs  de  leur  impofture  ? 

Déjà  il  n’y  a  gucres  d’aparcnce  que  fi  les  Dif- 
îpJes  de  Je'sus-C  h  r  i  s  t  font  venus  de  nuit  ,  ÔC 
■nt  emporté  ce  corps ,  ils  ofent  fe  montrer  &  pa- 
oîrrc  hardiment  devant  tout  le  peuple ,  &  confef- 
-*r  fans  façon  qu’ils  font  Tes  Difciples.  eft  bien 
;  lus  croïable  qu’ils  fe  cacheront  apres  avoir  fait 
:  e  coup ,  &  que  s’ils  prêchent,  ce  fera  à  des  peuples 
i  icn  éloignez,  &  non  pas  dans  les  lieux  ou  les  cho- 
.  es  fc  font  pafices ,  à  Jerufalem  ,  aux  yeux  de  ce 
‘  ianhedrin  qu’ils  ont  tant  craint  &  tant  offènfé. 

.  Mais  que  ce  Sanhédrin  ne  fait-il  les  diligences 
î  ]u’on  a  accoutumé  de  faire  pour  la  decouverte 
î  les  criminels  ?  On  veut  bien  obliger  les  Apôtres 
»î  )ar  les  tourmens  &  par  les  menaces  à  ne  point 
ïarlcr  en  ce  nom  :  mais  ils  ne  les  aeufent  point  d’a- 
*.  i^oir  enlevé  le  corps  de  leur  Maître  pendant  que 
•es  Gardes  dormoient.  Ils  n’ofoient  entrer  dans 
ette  difcufiïon.  Ils  fçavent  ce  que  les  Gardes  leur 
!  >nt  rilportc ,  ôc  c’eft  là  ce  qui  fait  leur  juüe 
•  ipréhenfion. 

i  On  .fçait  bien  de  quelle  maniéré  les  hommes  agif- 
:  ent  dairs  ces  rencontres.  Si  la  chofe  s’étoit  paflee 
comme  les  Gardes  le  raporterent  dans  la  fuite ,  ces 
tardes  n’auroient  pas  manqué  eux- memes  de 
rhcrcher  par  toute  la  ville  de  jerufalem  quel¬ 
qu’un  des  Difciples  de  Jesus-C  h  r  i  s  t  pour  lui 
faire  confcfl'cr  la  vérité  par  la  force  des  tourmensi 
les  Scribes,  les  Pharifiens  ôc  les  Doéleurs  de  la 
Loi  auroient  fait  une  recherche  trés-exaéfe  ,  8c 
l’on  auroit  trouvé  enfin  ou  des  témoins,  ou  des  iii- 
•dices  de  cet  enlèvement.  Cela  ne  leur  auroit  pas 
été  difficile  ;  ptiifquc  c’étoicnt-là  les  jours  d’une 
Fête  folemnclle  j  que  le  peuple  de  Jerufalem  n’a- 
voit  jamais  été  plus  attentif  à  aucun  fpcdacîc 


lS4  Trutté  de  la  Vérité  j 

qu’à  celui  des  foufFrances  de  ]  e  s  u  s-Christ  ;  &  3 
que  ce  qui  venoic  de  fc  pafler  au  fujec  d’un  hom-  4 
me  Cl  extraordinaire,  avoir  rempli  tout  le  mondc’/i 
d’étonnement ,  témoin  ce  que  l’Evangelifte  fait  t| 
dire  à  uu  Difciple'fur  le  chemin  d’Emmaiis,  lors  -i 
qu’il  s’entretient  avec  Jésus- Christ  fans  le  con»  J 
tiohxc.Es^ta  lefeul  étranger  à  ferufalem  qui  neffa-À 
ches  pointée  qui  s*efi  pajfé  au  fujet ,  &c.  ?  Comme! 
d’ailleur^eux  qui  avoient  donne  ordre  aux  Gar-  i 
des  de  fe  tenir  autour  du  tombeau  de  Jésus-  ! 
Christ,  leur  avoient  fans  doute  très  fortement  i 
recommande  d’empêcher  que  fes  Difciples  nci 
vinflent  de  nuit,  &  n’emportaflent  fon  corps  hors)  i 
du  fepulcre  :  Il  eft  contre  toute  raifon  &  contrt|  ■ 
toute  aparence  defupofer,  que  la  fécondé  nuit  que;  i 
les  Gardes  ont  été  là  ,  ils  fe  foient  tellement  plongczj . 
dans  le  fommeil ,  qu  on  ait  ofé  fe  hazarder  à  fairCj 
cet  enlèvement ,  ni  qu’on  ait  pii  rouler  la  pierrci  : 
du  fepulcre  ,  rompre  le  fceau ,  &  qu’on  ait  eu  Ic[  i 
tems ,  le  loihr ,  &  affez  de  liberté  &  affez  peu  de| 
crainte  pour  délier  Jesüs-Christ  ,  ôter  le  linceiiili  ; 
&  le  couvre-chef  ,  &  tous  les  linges  dont  il  étoit, 
cnvelopc.  Car  les  Evangelifles  raporten^  una¬ 
nimement  que  le  fepulcre  fut  trouvé  en  cét 
état. 

Cependant  de  ne  font  pas  là  les  plus  fortes  preu- 1 
ves  que  l’on  puîfTe  donner  de  la  vérité  de  ce  fait.;: 
Il  faut  pafler  de  la  confîdération  des  Gardes  à  celle  ' 
des  Apô:res  de  J  e  s  u  s-C  h  R  i  s  t.  Si  les  Apôtres 
témoignent  qu’ils  ont  vii  J  es  us-Christ  refluf- 
cité  faulfement ,  &  fans  que  cela  (oit  véritable,  ou 
c’efl  avec  concert  ,  ou  c’eft  fans  aucun  concert  t 
qu’ils  rendent  ce  témoignage.  Ce  n’eft  pas  fans  i 
concert  :  car  l'erreur  qui  n’efl:  point  concertée  ne  ^ 
fçauroit  fubfiflcr  ;  &  il  arriveroit  que  l’un  diroit 
que  J.  C.  eft  leflufcité  ,  l’autre  qu’il  'n’eft  point 
reflufeité  5  l’un  diroit  qu’il  eft  aparu  à  plufleurs, 
&  l’auue  qu’il  n’eft  aparu  qu’à  un  feul  ;  &  l’autre  î 


7 


de  la  Keligton  Chrétienne, 
ail  n’eft  aparu  à  perfonne  j  Tun  diroic  lachofe 
'une  manière  ,  &  Tautre  d’une  autre  ,  &  les 
r  lus  finccrcs  avoüeroient  franchement  qu’iln  ya 
i  lien  de  tout  cela. 

!  Que  fi  c’eft  ici  une  împofture  concertée,  il  faut 
ionc  qu’il  y  ait  ici  plufieurs  perfonnes  qui  cou- 
'iennent  de  laporrcr  confiamment  &  unanîme- 
nent  un  fait  qu’elles  fçavent  &  qu’elles  convien- 
lent  ccre  entièrement  faux.  Or  cela  eft  tout- à- 
i  ait  impofTiblc. 

;  Premièrement ,  il  ne  tombe  point  dans  le  fens 
rommun  ,  qu’un  homme  veuille  s’expofer  aux 
^aiplices  &  à  la  mort,  pour  rendre  un  témoigna¬ 
ge  à  un  fait  qu’il  (çaura  tres-diftindement  être 
’  aux.  II.  Q^nd  il  y  auroit  une  feule  perfonne, 
par  un  prodige  furprenant  fut  dans  cette  dif- 
i  bofition ,  on  ne  peut  fans  extravagance  s’imagi- 
|  !ier  qu’il  y  ait  un  grand  nombre  de  perfonnes  qui 
‘prennent  tout  d’un  coup  cette  dangereufe  refo- 
ution,  fur  tout  apres  avoir  agi  d’une  manière 
'oure  opolce  à  celle-là  ,  &  avoir  marqué  non- 
■'eulement  de  la  prudence ,  mais  meme  de  la  ti- 
,  'midité  dans  les  autres  rencontres.  III.  Q^ndun®^ 
multitude  de  perfonnes  pouroit  s’accorder  à  ren¬ 
dre  ce  faux  témoignage ,  on  ne  pourroît  point  le 
penfee  ‘de  ceux  qui  regardent  le  menfonge  &  la 
trahifon  comme  des  crimes  incompatibles  avec 
le  falut  i  de  ceux  qui  ne  peuvent  convenir  que 
la  icfurredion  de  Jesus-Christ  eft  une  fîdion, 
fans  demeurer  d’accord  qu’ils  n’ont  fuivi  qu’un 
fantôme  de  Meiïie ,  ni  demeurer  d’accord  qu’ils 
n’ont  fuivi  qu’un  fantôme  de  Meflîe ,  fans  con¬ 
venir  de  leur  mutuelle  extravagance.  IV.  Ce 
concert  ne  peut  fe  faire  fans  qu’il  y  en  ait  quel¬ 
qu’un  5  qui  pour  éviter  le  fuplicc  ,  découvre 
l’impofture  aux  Juifs  avec  toutes  fes  çîrconftan- 
Ces;  étant  fansdouteque  fi  Jesus-Christ  vivant 
a  etc  trahi,  Jesus-Christ  mort  le  lcroit  enco¬ 
re 


jîè  Traité  de  la  Vérité 

le  plutôt.  Car  on  pouvoir  attendre  quelque  cho¬ 
ie  de  Jesus-Christ  vivant  :  mais  on  ne  pcuti 
lien  attendre  de  Jesus-Christ  mort  que  la  mi-  | 
fere  &  les  fuplices,  avec  la  honte  &  le  remords; 
d’avoir  fuivi  un  impoHeur.  V.  Enfin  il  n’y  a  ; 
point  de  doute  que  les  mêmes  principes  qui  : 
avoient  rompu  le  concert  de  leur  fidélité  ,  rom- 
proîent  à  plus  forte  raifon  le  concert  de  leur 
perfidie.  Si  l’amour  qu’ils  avoient  pour  leur  Mai-  i 
tre  ,  foütenus  de  la  perfuafion  qu’ils  avoienti 
qu’il  étoit  véritablement  le  Mefîie,  ne  peut  fou*  ^ 
tenir  ce  concert  de  leur  fidélité  ,  qui  leur  faifoit  î 
dire  quelque  tems  auparavant  j  Allons-y  auj{i\\ 
afin  que  nous  watsrions  avec  lui  :  de  forte  qu’ils  ’ 
s’enfüïrent  &  l’abandonnèrent  à  fes  ennemis 
pouroit-on  bien  fe  perfuader,  que  defabufez  de  j 
l’opinion  qu’ils  avoient  de  leur  Mefîie  ,  leur  hon-,^ 
te  ,  leur  crainte  &  leur  abatement  puffent  à  pre-ii 
fent  foütenir  ce  concert  de  perfidie  &  d’impofture,  ; 
qui  leur  fait  foiitenir  un  menfonge  horrible  pour  j 
flétrir  leur  nation  par  un  crime  imagine  5  jufques-ii 
là  qu’aucun  ne  fe  dédit ,  ne  fe  coupe  ,  &  que  toas^^ 
unanimement  fouffrent  rextrêmite  des  tourmens , 
pour  foütenir  qu’ils  ont  vu  ce  qu’ils  n’ont  point  a 
vu  en  effet  ?  !  | 

Au  reOe  ,  il  efî  infiniment  remarquable  j-qne  ce  à 
û’eft  pas  ici  un  concert  entre  douze  Apôt.res ,  mais  | 
entre  les  Difcîples  de  J.  C.  en  général  qui  font  en  i 
fort  grand  nombre.  J.  C.  apres  fa  rérurreclion  > 
aparoit  tantôt  à  des  femmes,  à  qui  il  ordonne  de 
raporter  à  fes  freres  qu’il  va  devant  eux  en  Ga-*  i 
lilce,  tantôt  à  Pierre  féal,  tantôt  aux  douze,  j 
Tantôt  il  va  les  trouver  lors  qu’ils  pêchent  fur  < 
la  mer  ,  &  rend  leur  pêche  tics  abondante,  i 
Tantôr  il  fe  trouve  dans  leur  affemblée  lors  qu’ils  i 
s’afî'emblcnt  pour  prier  Dieu.  Tantôt  il  fe  met  i 
à  table,  &  mange  &  boit  avec  eux.  Tantôt  il  ] 
leur  donne  divers  enfeignemens ,  ôc  les  fait  fou-*  i 

venir  '  j 


de  la'  Religion  Chrétenne.  ÎIS7 
r  enîr  des  chofcs  qu’il  leur  enfeigtroic  avant  fa 
^  lort.  Tantôt  il  (e  manifcfle  à  une  aU'emblce 
é  e  plus  de  cinq  cens  Difciplcs.  Tantôt  il  con- 
^  aine  un  Difcipic  d’incrédule,  en  lui  faifant  tou- 
'  herfes  pics  Sc  Tes  mains.  Mets  ton  doigt  ici^  voi 
^  nes  mains  Scc.  ^  ne  fois  point  incrédule  y  mais 
^  idéle.  Tantôt  il  aparoît  à  deux  Difciples  quîal- 
î- oient  à  Emmaiis ,  les  entretient  &  leur  explique 
J  es  Ecritures.  Tantôt  il  les  ademble  ,  &  leur 

I  ordonne d’enfeigner toutes  les  nations,  les  bâti- 
j  ant  au  nom  du  Pere  ,  du  Fils  &  du  S.  Efpric. 

'  Il  eft  bon  de  confidérer  la  multieude  des  Dif- 
λ';îpîes  qui  viennent  témoigner  que  J.  C,  eft  ref- 
J  ufeité  d’entre  les  morts.  S.  Paul  dans  quelque 
îindroit  de  fes  Epîtres,  dit  que  J.  C.  eft  aparu  à 
dnq  cens  Freres  à  la  fois,  &  il  ajoüce  que  de  ce 
i  aombre  la  plupart  font  vivans ,  &  que  quelques- 
fl  lins  dorment.  Il  eft  certain  que  S.  Paul  n’auroîc 
[;;ii  ofe,  ni  pu ,  ni  voulu  parler  de  la  force ,  s’il  n’y 
^avoit  eu  un  très  grand  nombre  de  Difciplesqui  té- 
?  moignoienc  avoir  vü  J.  C.  depuis  fa  rcfurreélioa.. 
i  Dr  je  demande  s’il  eft  poftible  qu’un  fi  grand 
i  nombre  de  perfonnes  concertent  une  impofture 
■ ’iufti  énorme  que  feroit  celle-ci,  fi  ce  fait  qu’on 
>  mec  en  avant  n’étoit  point  véritable  l  Cela  n’eft 
hi  humain  ,  ni  poftîble,  ni  imaginable. 

!  Afin  que  tant  de  Difciplcs  aïent  rendu  ce  té-* 
iimoignage  au  menfonge,  en  foiirenant  contre  la 
[  ./cricé  qu’ils  avoient  vii  J.  C.  rcirufcicé  ,  il  faut 
■aire  une  lupofition  la  plus  violente  qui  fut  jamais. 

II  faut  fupofer  que  ce  grand  nombre  d’hommes 
h’étoient  point  des  hommes  :  &  qu’aprés  Pavoir 
etc  pendant  toute  leur  vie,  ils  ont  cefle  de  l’ctre 
rjmmédiatcment  après  la  mort  de  Jesus-Christ. 

(j  ]t  dis  qu’ils  avoient  été  des  hommes  jufqu’a- 
tors.  Leur  conduite  fait  voir  qa’ils  avoient  des 
Ifcntimcns  aflez  conformes  à  ceux  que  l’amour  de 
iaous-memes  &  de  nôtre  confervacion  nous  in- 


ÎS8  T  Y  dite  de  Id  Vérité 

fpirc  ordînaîrement.  Ils  erperoient  &  ils  attcfl-^ 

dolent  quelque  chofe.  Ils  ne  s’attachent  à, 

J  Esu s- Christ,  que  parce  qu’ils  attendent  de 
lui  ce  que  les  Juifs  en  general  attendoient  de  leur  i 
MefiTie  en  idée.  Ils  craignoient  la  mort.  Ils  re¬ 
doutent  le  Senhedrin.  Ils  fe  datent  de  refperan-  ; 
ce  de  fe  voir  rétablis.  Ils  demandent  à  Jesus- 
Chrit  de  les  délivrer  du  péril  qui  les  menace, 

•  lorfqu’üs  font  en  danger,  ou  expofez  à  quelque  ; 
tempête. 

Mais  depuis  la  mort  de  Jésus-Christ,  ils  ne  i 
font  pIusdcs*hommes.  Leurefprit  &  leur  coeur  ne  : 
font  plus  faits  comme  ceux  des  autres,  üsn’atteii-  j 
dent  &  n’efpercnc  plus  rien.  Car  qu’attendroient-j  : 
ils  de  la  profclTion  qu’ils  font  d’etre  Difciples  de  ; 

*  Jésus -Christ  ,  s’ils  fçavent  que  Jésus- Christ  '  i 
n’eft  point  reffufeite,  comme  il  le  leur  avoir  pro-  . 
mis  ?  Q^efpercroîent-ils  ,  fi  celui  qui  leur  avoir  \ 
promis  la  vie  éternelle  ,  &  qui  s’étoit  dit  la  refur- 
redlion  &  la  vie ,  eft  demeuré  fous  le  pouvoir  de  la  i 
mort  i  ils  craignoient  lors  qu’ils  erperoient  en 
Jesus-Christ  ,  &  maintenant  qu’ils  n’efpercnt 
plus  en  lui ,  ils  ceffent  de  craindre.  N’aïant  plus  ; 
rien  à  efperer  de  Tautre  vie,  ils  commencent  à  ne 
s’interclîer  plus  dans  ce  qui  regarde  celle-  ci.  Quel  ■ 
eft  ce  renverfement  5  lors  qu’ils  croïoicnt  faire  un  j 
fervicc  à  Dieu  en  foufrant  pour  Jeslîs-Christ  ,  ' 
qu’ils  croïoknt  leur  Meftie,  ils  fe  trou  voient  &  l⬠
ches  &  timides  :  &  à  prefent  qu’ils  fçavent  bien 
qu’ils  ne  font  aucun  fervice  à  Dieu  en  s’attachant 

à  l’Evangile,  &  qu’au  contraire  ils  ne  font  que  fe 
deshonnorer  par  une  véritable  impofture ,  les  voi¬ 
là  confiant ,  courageux  ,  intrépides  dans  les  plus  j 
grands  dangers  ,  invincible  au  milieu  des  plus  , 
violentes  tentations.  Qm  le  comprendra  ?  •  ’ 

Ils  n’ont  pas  une  étincelle  de  ftns  commun ,  s’ils  ' 
ne  voïent  point  qu’une  impofture  fur  un  fait  au/Ii 
palpable  âufli  fcnfible  ,  ne  peut  être  concertée 

entre 


âe*la  Religion  Chrétienne»  jS^ 

gfltre  pîuf΀!srs  centaines  &  pkifieurs  mîilîers  de 
Ijerfonncs,  parce  que  fi  Tun  efi  d’humeur  à  men- 
||ir  ,  l’aiure  fera  d’humeur  à  dire  la  vérité  :  vu  fuu 
Ijouc  qu’à  mentir  on  ne  gagne  que  les  prifons ,  les 
I  ourmens  &  la  mort  j  8c  qu’à  dire  la  vérité  on  peuc 
{  e  concilier  du  crédit,  de  i’apui,  &  aquerir  du  bien, 
i  n  plaifant  à  ceux  qui  font  les  maîtres  des  richef- 
:  es  &  des  charges  de  l’Etat.  S’il  y  en  a  un  qui  aie 
i  ettepenfée  que  les  antres  le  démentiront,  il  n’efi: 
t -as  en  crac  par  là  même  d’entrer  dans  ce  concert  8c 
fl  efi:  naturellement  impoflîbleque  cette  penfee  ne 
}  iiailTe  dansl’efprit  de  tous:  &  par  conféquent  il  ne 
i  c  peut  qu’il  y  ait  jamais  un  pareil  acord  ou  un  pa- 
:  cil  concert ,  à  moins  que  toute  cette  multitude  ne 
}  lerde  Je  fens  tour  d’un  coup  par  un  memè  genre  de 
^''olic  ,  qui  les  faififife  à  point  nomme  lorfquc  Je-. 

I  jus- Christ  a  rendu  l’efprit. 

I  Encore  faut-il  qu’ils  foiént  fans  afFedicn  natu¬ 
relle,  qu’ils  foient  devenus  înfenfibles  aux  coups 
fie  foiiet  dont  on  les  déchire  ,  8c  aux  maux  dont 
^bn  les  acable  ;  &  il  faut  non- feulement  que  cette 

!jnfenfibilité  &  cette  extravagance  foient  généra-^ 
(es,  il  faut  qu’elles  foient  les  plus  longues  8c  les 
plus  foütenuës  qui  furent  jamais. 

Il  c  H  A  P  I  T  R  E  IV. 

I  ^  ro'rfiéme  centre  de  •vérité.  Confédération  farticn» 

I  liere  de  PAfcenfion  de  ]  e  s  u  s- C  H  R  i  s  T. 

L’Afeenfion  de  Jesus-Ch  r  i  s  t  efi  un  troîficJ 
me  centre  de  vérité  que  nous  devons  avoir 
continuellement  devant  les  yeux ,  pour  confidé- 
iicr  les  preuves  qui  y  font  renfermées  de  la  vérité 
de  la  réfurredion  de  Jesus-C  h  r  i  s  t  nôtre  Sau¬ 
veur- 

Ce: te  Afeenfion  fut  précédée  par  diverfes  apa- 
jridons  de  Jesus-C^irist,  8c  fuivie  d’une efFufion 

extraor- 


ipo  Trotté  de  la  VeYite 

cx'raorcîinaîre  des  dons  miraculcux^qiû  fe  rendît 
(en fl bic  à  tous  les  habirans  de  la  ville  de  Jcrufâ-  ' 
lem.  Ainfi  elle  cf} ,  pour  ainfi  dire  ,  environncci 
de  iumicre  de  tous  les  cotez. 

Au  rcfte  l’Afcenfion  de  J.  C.  fcmble  fe  prouver  | 
elle-mêmc  &  par  fes  propres  caradleres.  Il  cfl 
inouï  que  plufîeurs  perfonnes  confpirent  à  rendre  ' 
un  pareil  témoignage  à  une  impoflure  aufli  figna- 
Ice  que  le  feroit  cJlc-ci,  fi  TAfeenfion  de  C. , 
n’étoic  pas  un  événement  véritable.  Mais  confidé-  ’ 
rons-en  bien  tomes  les  circonfiances. 

Comme  la  réfurredion  de  J  e  s  u  s-C  h  R  i  ST 
juflifie  les  merveilles  de  f'a  mort,  aufii  rAfcen-; 
fion  de  Jesus-Chri  st  juftific-t-elle  les! 
merveilles  de  fa  réfurredion.  Si  l’on  avoir  con-i 
çü  le  foupçon  que  les  yeux  des  Difciples  avoient' 
éic  éblouis  tout  d’un  coup,&  qu’ils  aient  crû' 
voir  ce  qu’ils  ne  virent  point  en  éfet ,  ils  ont  eu  ,/ 
le  tems&les  moïens  de  revenir  de  cét  cbloiiifTe- '! 
ment  ;  car  voici  le  quarantième  jour  depuis  que  j 
Jésus- Christ  eft  refTufeité.  Si  c’eft  un' 
fantôme  qui  leur  efi  aparu ,  ils  ont  eu  letemsde' 
fe  reconnoître,  &  de  remarquer  que  ce  fantôme', 
n’etoie  pas  leur  Maître.  Ils  l’ont  vu.  Ils  font  < 
entendu.  Ils  l’ont  manié.  Ils  ont  mangé  &  bü  1; 
avec  lui.  Si  c’efl  l’obfcurité  de  quelque  nuit  épaif-  j 
fe  qui  leur  eut  prefente  quelque  reffemblance  f| 
de  leur  Maître  ,  au  lieu  d’ofrir  à  leurs  regards  i 
leur  Maître  même ,  on  auroit  peu  de  peine  à  for- c 
tir  d’erreur.  Mais  c’eft  en  plein  jour  qu’ils  ont  :; 
vu  la  pierre  du  fepulcre  roulée.  C’eft  en  plein 
jour  qu’il  s’eft  tant  de  fois  manifcfic,  &  qu’il  les  , 
a  fi  fouvent  entretenus.  Et  c’eft  en  plein  jour  g 
gu’il  veut  monter  au  Ciel  à  leurs  yeux.  j 

Si  c’êtoit  la  violence  de  leurs  defirs ,  ou  de  leursi^ 
craintes,  ou  de  leur  afc-dion,qui  eut  troublé  leurs' 
fens, ons’en  étonneroit  moins,  quoi  qu’en  ce  cas' 

memel  i 


r 

de  h  'Religion  Chrétienne* 

•:  icme  la  chofe  paroîtroic  incomprchenfible  , 
•jrain  humainement  impofTible  que  les  fens  d’une 
lulcitudc  de  pcrfonncs  foient  liez  &  troublez  de 
'  ,i  forte  tout  à  la  fois  :  mais  ils  ont  eu  le  loifîr 
’  e  revenir  de  leur  émotion  3  &  iis  font  tranquil- 
&  de  fens  froid  ,  lorfque  Jésus  les  prend 
our  témoins  de  fa  glorieufe  Afeenfion.  Enfin 
il  s'agiffoit  d'une  aparicion  muette  &  fecrete, 
n^pouroit  douter  davantage  3  mais  J  e  s  u  s- 
.'hrist  aparoît  à  Tes  Difciples  pour  leur  par- 
:r.  Il  leur  donne  des  préceptes  3  car  il  leur  dé- 
iend  de  s'éloigner  de  la  ville  de  Jerufaîem  juf- 
u'à  de  qu’ils  aient  reçu  la  vertu  du  S.  Efpric. 
1  leur  fait  des  promefles,  &  meme  des  promeC- 
CS  n  és  furprenantes  5  &  qui  font  plutôt  les  pro- 
'  neflés  d’un  Dieu  que  les  promefTes  d’un  homme. 
Taril  leur  promet  qu’il  demeuTcra  avec  eux  juC- 
'’u’à  la  confommation  des  fiécles.  Il  inhituë  des 
iacremens  3  car  il  leur  ordonne  de  bâtifer  toutes 
'es  Nations  au  Nom  du  Pere  ,  du  Fils  &  du 
;>•  Efpric.  Ce  n’eft  pas  tout.  Il  a  des  entretiens 
ongs  &  fuivis  avec  eujç.  Il  leur  parle,  &  ils  lui 
épondent.  Ils  étoient  incrédules,  &  il  les  con- 
aine  de  la  vérité  de  fa  'KéfurreéFîon  malgré 
leurs  doutes  &  leur  incrédulité.  Il  leur  fait  des 
.eproches  à  cet  égard ,  ou  du  moins  ils  le  difenc 
^  le  raportent  ainfr.  Les  Evangeliftes  raportent 
te  que  J  e  su  s-C  h  R 1  s  x  dit  à  Thomas,  ce  que 
Thomas  répond  à  J  e  s  u  s-C  h  R  i  s  x  3  &  l’un  & 
’airrre  éff  afTez  furprenant  pour  n’écre  pas  fi-tôc 
nublié,  Thomas  frapé  par  la  merveille  de  fa  rc- 
'urredtion ,  lui  donne  le  premier  un  nom  que 
Jesus-Chrisx  n'avoic  pas  acoûrumé  de  porter 
fans  l'état  de  fon  abaiflément ,  lui  difant,  Mon 
Seigneur  ^  fvon  Dieu. 

Les  ‘Difciples  lui  demandent  fi  ce  fera  en  ce 
|:cms-Ià  qu’il  rétablira  le  Roïaume  à  Ifrael  5& 
[1  leur  répond  que  ce  n’eft  point  à  eux  à  coniioî- 

tre 


7Ÿ/tité  de  lit  V eyxte  I 

rre  les  tems  &  les  faifons  que  le  Maître  a  mis  eil 
fa  propre  puîOTance.  Enfin  les  Evangeliftes  n<p 
nous  font  pas  moins  Thifioire  de  J£siis-Chrisi'| 
reflufcitc,  que  celle  de  Jesus-Christ  vivant  &  c 
converfant  avant  fa  mort  parmi  les  Juifs  j  & 
nous  foütenons  que  nous  n’avons  pas  moins  d< 
raifon  de  croire  Tune  que  Taucre.  Car  enfin  pour¬ 
quoi  croïonî-nous  qu’il  y  a  eu  un  Jésus' 
Christ  ?  Nous  le  croïons ,  parce  qu’il^cf 
humainement  &  moralement  impoïïîble,  que  tan' 
de  perfonnes  nous  difent  l’avoir  vu ,  l’avoir  en¬ 
tretenu  ,  avoir  mange  &  bîi  avec  lui ,  lui  avoi 
vu  même  foufFrir  la  mort  à  Jerufalcm  ,  fans  qut 
cela  foit  véritable.  Mais  cette  même  raifon  n(, 
doit-elle  pas  aufli  nous ,  perfuader  que  Jésus- 
Christ  a  vécu  &  converfé  pendant  quarante' 
jours  avec  fes  DiCciplcs,  puifque  tant  de  perfon¬ 
nes  l’ont  vu,  l’ont  entretenu  ,  ont  mangé  .&  bi' 
avec  lui ,  l’ont  vü  prefent  au  milieu  de  leur  affein* 
blce  >  l’ont  touche,  l’ont  manié  > 

Mais  5  dira  quelqu’un  ,  fi  cela  cfi:  de  la  forte 
pourquoi  y  avoit-il  en  ce  tcms-Ià  même  tant  d(^ 
perfonnes  qui  ne  vouloient  point  croire  l’Afcen- 
fion  de  1  E  s  U  s-C  h  R  i  s  T  }  La  raifon  n’eft  pai 
bien  difficile  à  trouver  :  c’efl:  que  la  vérité  d< 
l’Afccnfion  de  Jesus-ChRist  une  fois  avcrce 
les  obligeoit  à  fouffrir  la  mort  &  à  courir  au  mar- 
tire  j  &  que  les  hommes  éroieht  mondains  en  o 
tems-là  comme  en  celui-ci. 

Mais  enfin  il  paroît ,  ce  me  femble  ,  fort  clai¬ 
rement  jufqu’ici ,  que  les  Difciples  de  Jesus- 
C  h  RI  ST  n’ont  pii  fe  tromper  eux- mêmes,  n 
fouffrir  aucune  illufion  fur  la  vérité  du  fai 
qu’ils  ateefient.  Il  cft  difficile,  pour  ne  pasdin,; 
impoffible  ,  qu’ils  fe  trompent  fur  le  fujet  de 
miracles  de  Jesus-Christ  qu’ils  raportent 
puis  qu’ils  en  marquent  les  circonfiances  ^^qu’îl 
citent  les  noms ,  les  lieux ,  les  perfonnes ,  &  qu’if 

preten- 


j;  de  la  Religion  Chrétienne  »  15  J 

irrerdcnc  avoir  etc  envcïez  eux- memes  dans 
divers  quartiers  de  la  Judée  de  la  parc  de 
r  Maître  pour  faire  ces  miracles  qu’Üs  at- 
tent.  Mais  quand  ils  fe,  tromperoient  àTé- 
:d  des  miracles  de  Jesus-Christ,  il 
fc  peut  qu’ils  ne  fe  trompent  à  l’égard  de 
réfurreeftion.  Car  ils  fçavenc  Ce  que  c’ed 
SDun  corps  mort  &  un  homme  vivant,  &  la 
«Ference  qui  eft  entre  l’un  &  l’autre  :  &  ce 
ïit  là  des  chofes  qui  ne  font  point  fufeepti'- 
d’illufion.  Mais  quand  on  pourroic  fupo- 
i  que  les  Dilciplcs  fc  feroient  trompez  fur 
1  fujet  de  la  reCurreftion  du  Seigneur  Jesc/s, 
ine  fe  peut  qu’ils  l’aïent  été  fur  le  fujet  de 
rte  derniere  merveille.  Il  ne  fe  peut  qu’a- 
jés  avoir  vu  un  fantôme  ,  ils  converfent  avec 
1  pendant  quarante  jours  :  que  ce  fantôme  fc 
fTe  manier  ,  qu’il  leur  donne  des  préceptes , 
Éir  faffe  des  promeffes,  &  qu’enfuite  il  foie 
jlîlevé  dans  le  Ciel ,  eux  le  voïant ,  le  regardant  ^ 

1  dorant  comme  il  monte  au  Ciel  ,  &  encen- 
ÿnt  le  langage”  des  Anges  qui  leur  promettent 
'i.’il  reviendra  de  la  même  maniéré  qu’ils  l’ont 
s'en  allant  au  Ciel. 

P  ne  ferviroît  de  rien  ici  de  dire  avec  Spînofa, 
te  les  Evangcliflcs  n’ont  pas  exprime  toutes 
Sî  circonftances  des  evénémens  qu’ils  rapor- 
N^t,  &  que  s’ils  l’avoient  fait,  nous  trouve- 
:ons  peut-être  que  les  circonftances  qu’ils  ont 
'touvé  bon  de  taire,  nous  font  comprendre  que 
.js  autres  n’ont  rien  que  de  naturel.  Car  ,  je 
)us  prie,  qu’y  a-t-il  de  plus  expreflément  énonce 
Ij  de  plus  répété  dans  l’Evangile  que  la  réfurrcc- 
f  on  &  l’Alcenfion  de  J.  C.  dans  le  Ciel  >  Et 
jcl  moïen  de  s’imaginer  qu’il  foit  naturel  &  fe- 
i  n  le  cours  réglé  des  caufes  fécondés  ,  de  voir  un 
^  omme  qui  a  été  crucifie  &  mis  dans  un  tombeau 
r ^cc  des  Gardes  pour  le  garder,  fe  relever  de  ce 
Tome  II,  I  tombeau. 


I5?4  Traité  delà  Vérité 

torr.beau  ,  aparoître  vivant  à  des  hommes  qull- 
touchent  &  le  manient,  &  puis  monter  dans  1' 
Ciel  à  leurs  yeux  ?  î 

Cette  Alcenfton  de  Jésus- Christ  ne  laifll 
plus  aucun  lieu  de  douter  que  tout  ceci  ne  foi^ 
purement  divin  &  furnaturel.  Sans  cela  Tincrc: 
dulitc  auroit  pu  s’imaginer  (  comme  elle  corço;, 
des  doutes  à  l’infini  que  le  corps  dejEsusi 
Christ  auroit  pii  être  defeendu  de  la  Croix  avar 
qu’il  eut  achevé  d’expirer  5  que  Jofeph  d’Arima: 
théc  Ton  Difciple  (écret  auroit  pii  le  penfer,]' 
faire  revenir  à  force  de  remèdes,  rupofer  un  au, 
tre  corps  mort  qu’il  auroit  enterré  en  la  place ,  (j; 
qu’enfuite  Jesus-Christ  fe  feioit  montré  en  fe! 
cret  à  Tes  Dilcîples ,  ne  voulant  plus  paroître  ej: 
public  ,  de  peur  de  retomber  entre  les  mains  d( 
Juifs,  &  de  fouffrir  une  mort  effcdlive  apre  ; 
avoir  fouffert  une  mort  imaginaire.  | 

Cette  fiêlion  eft  abrurde  &  încroïable  pour  plu . 
fîeurs  raifons.  Premièrement  les  Evangeliftes  ra 
portent ,  que  J  es  u  s-C  h  le  côté  pcrc|: 

par  la  lance  d*un  foldat  :  ce  qui  fçul  fuihfoit  poi: 
lui  donner  la  mort.  En  fécond  lieu  ,  il  n’y  a  au  1 
cune  aparcnce  que  le  Grand  Confeil  des  Juifs  q  2 
l’avoit  condamné  ,  foufrit  qu’on  emportât  fc  1 
corps  jufqu’à  ce  qu’il  eut  expite  ,  vii  fur  toi  J 
qu’il  a  la  précaution  de  mettre  des  Gardes  à  fij 
tombeau.  Et  enfin  il  ne  fe  peut  qu’un  homii  i 
qui  a  été  pendu  à  une  Croix  pendant  pjufieu  t 
heures,  en  puîffe  encore  rechaper,  &  fe  mo  i 
trer Tain  &  fauf  à  fes  Difciples. 

Mais  voici  qui  difiipe  tous  ces  doutes  :  c’eft  qi,'  : 
J  esüs-Christ  n’efl  pas  feulement  rérufeite  a 
mais  il  eft  monté  au  Ciel  à  la  vüë  de  fes  Difciple  j 
3c  c’eft  ici  un  fait  fenfiblc  fur  lequel  ils  n’ont  |j| 
foufrir  d’illufion. 

Ainfi  on  peut  dire  que  la  preuve  de  la  vérité  ï 
la  Religion  Chrétienne  roule  fur  cét  examen  in  : 

portai' 


de  lût  "kellglon  Chrittevïnê. 

;)lrtant ,  fçavoir  fi  les  Difciples  font  des  infidèles 
ai  nous  trompent  &  nous  faflerrt  un  faux  ra- 

Iprc  :  &  fi  nous  ccabliiTons  claircmenr  que  ccla  . 
cft  pas,  nous  piouvons  dcmonftracivenaent 
vincibicment  la  vérité  de  nôtre  foi. 
j,  Attachons-nous  donc  à  I*cxamen  de  ce  fait ,  le 
ilus  cifentiel  &  le  plus  important  qui  fut  jamais  , 
r:  voïons  s’il  cft  poflîble  que  nous  aïons  étc 
rompez  par  des  gens  qui  ne  fe  trompoient  point 
I. IX- mêmes, 

!'  Pour  pouvoir  fupofer  que  les  Difcipîes  de 
^xsus- Christ  nous  ont  trompez  par  un  faux. 
iport,îl  faut  néceflairement  trois  chefes.  I, 
leur  impofture  foit  pofTibîc.  II.  Qu^ellc 
oit  bonne  à  quelque  choie.  III.  Qu/eilc  foie 
jumaine.  Or  il  eft  certain  que  celle  dont  il  s’agi- 
pit  ici  n’auToit  aucune  de  ces  trois  qualitez.  Elle 
i’eft  pas  pofiible:  parce  qu’elle  dévroît  être  con^ 
Icrtée  entre  plufîeurs  perfonnes  qui  toutes  içavenc 
P  vérité  du  fait.  Elle  n’eft  pas  utile  :  l’imagination 
iiumaine  ne  peut  trouver  à  quel  deilcin  ils  inven- 
‘Icroient  une  telle  fauflété.  Elle  n’sfi  point  humai-' 
ic:  parce  que  depuis  la  naiflancedu  monde  on  n’a 
|:amais  vü  d’hommes  qui  invantalTent  des  menfon- 
‘rcs  pour  avoir  le  plaifir  de  fc  faire  prendre,  foüet- 
|fcr ,  brûler,  &  pour  monter  fur  l’échafauc. 

'  A  l’égard  du  premier,  je  veux  que  Pierre  $C 
^quelques  autres  Difciples  aïent  enlevé  le  corps 
8c J  £sus-Christ  hors  de  fon tombeau, en  trom^ 

[•ant  la  vigilance  des  Gardes ,  en  profitant  de  Icj^r 
ommcil ,  ou  en  les  corrompant,  à  force  d’argent  5 
c  veux  qu’ils  aïent  enfuîte  perfuadé  à  la  multi- 
(jtude  des  Difciples  trop  crédule  &  trop  avide  de 
[|nouvcautcz ,  que  J  e  s  u  s-Christ  croit  véricable- 
jment  aparu  ,  Sc  qu’il  étoit  rélufciré ,  je  veiK  que 
jjlà-deflns  plufieurs  autres  Difciples  aïent  crû 
'lavoir  des  révélations,  ou  fe  foienr  imaginez 
Idç  le  voir  en  plufieurs  rencontres  differentes  : 

"  ■  .  l.ij 


Trattê  de  la  Venté 

Je  demande  comment  ils  peuvent  demeurer  d’a 
cord  de  la  vérité  de  fon  Afeenfion  ?  Par  <]uc, 
charme  Pierre  &  les  autres  Apôtres  leur  auront’ 
-ils  fait  voir  ce  qu*i!s  ne  voïoient  point ,  &  enten- 1 
dre  un  homme  qifils  n*entcndoîent  point  en  efet  ' 
Par  quelle  machine  auront-ils  fait  defeendre  leî1 
nuées?  Par  quel  enchantement  feront*  ils  venii, 
deux  hommes  en  vétemens  blancs,  qui  leur  di- ' 
fent  ,  Hommes  Galiléens  ,  que  regardez^  vous 
Ce  JES'VS'^  CHRIST  que  vous  votez  monter ,  voui  d 
le  verrez  pareillement defeendre.  Par  quelle  vertu, d 
fecrete  auront- ils  grave  dans  la  mémoire  des  Difl 
ciples  les  paroles  que  Jesus-Christ  leur  adrelTaj 
après  fa  refurredfion  ,  les  reproches  qu’il  leuijj] 
fait  de  leur  incrédulité,  la  promefle  de  leur  cn«;’;j 
voler  le  S.  Efprit  ,  la  defenfe  de  s’éloigner  de 
ville  de  Jerufalem  ,  &  l’ordre  de  bâtifer  toutes  Ici,  j 
nations  au  nom  du  Pere ,  du  Fils  &  du  S.  Efprit  ; 
fi  toutes  ces  dioCes  n’etoient  que  les  jeux  dc; 
leur  imagination  ?  j 

Certainement  quand  S.  Pierre  ôu  quelqu’au-  i 
tre  Difcîple  de  Jésus -Christ  auroit  formé  ür,;.1 
plan  de  cette  împofture  fignalée  ,  &  qu’il  eut  miM 
par  écrit  les  articles  qu’il  faloit  faire  acroire  aus  fi 
hommes  contre  la  vérité,  jamais  il  n’auroit  ofi>^ 
le  propofer  à  des  hommes  préocupez  de  la  pen- 1 
fée  que  le  menfonge  ctoit  un  grand  crime,  &  lajî 
fîncérité  une  grande  vertu.  Il  eft  impolTible  mc«  1 
me  qu’il  lui  foit  venu  dans  la  penfée  de  bâtir  une. 
fi  fignalée  foiubeiie  fur  un  auHî  trifte  cvéncmeni 
^uela  mort  de  Jesü  s-Christ.  On  ne  voit  poîni 
que  le  deCr  &  la  penfée  en  aïain  pu  naître  dam  I 
fon  efprit.  Mais  quand  il  auroit  été  tenté  pouih 
fc  venger  des  Scribes  &  des  Pharifiens,  d’inven- 1 
ter  c£  menfonge,  il  ne  fe  peut  qu’il  foit  afler j 
abanaonné  du  fens  commun  pour  s’imaginer  ou,  ' 
que  les  autres  voudront  confeniir  à  cette  impoli 
fiiire,  ou  qu’ils  feront  d’humeur  à  la  foütenir 


de  la  "Religion  Chretknné.  r^7 

)  uoi  qu’il  leur  en  coûte ,  par  coniplaîfancc  pour 
’  !ii. 

•  j  Le  genre  humain  eft  aînfi  fait,  qu’il  ne  confent 
J  limais  au  faux  ,  à  moins  qu’il  ne  foiccnvelopé  de 
:  ucique  aparencede  vérité.  De  forte  que  quand 
:  ne  chofe  eft  d’une  fanfletc  qui  frape  tout  Je 
londe,  il  ne  nous  vient  point  dans  la  penfee  de 
ouloir  la  faire  acroire  j  comme  je  ne  m’aviferai 
oint  de  vouloir  faire  acroire  que  j’ai  des  ailes, 

,  ue  je  vole,  &c. 

On  peut  répéter  ici  ce  qu'on  a  dit  fur  le  fu  jet  de 
:i  refurredion  de  Jesus-Christ  :  ouïes  Difci- 
les  avant  la  mort  de  Jésus- Christ  l’ont  reg¬ 
ardé  comme  le  Mc  Aie  ,  ou  ils  ne  le  rcgardoîenf' 
oint  comme  le  Meflie,  S’ils  regardoient  Jesüs- 
HRiST  comme  le  Mcftie,  ils  ont  donc  cru  à  fes 
aroles,  ils  ont  donc  penfé  qu’il  réfiifciteroît  vé- 
'  Ltablcment5  &  s’ils  ont  êfpéré  qu’il  rcfurciceroît 
îlcricablemcnt ,  ils  ont  cru  qu’il  fortiroit  hors  de 
pn  tombeau  ,  &  n’ont  eu  que  faire  de  l’enlever, 
jj^e  s’ils  ne  l’ont  point  regardé  comme  le  Melfte 
fendant  fa  vie,  il  s’enfuit  qu’ils  ont  etc  des  féduc- 
burs  &  des  impofteurs ,  meme  avant  que  Jesus- 
j-HRiST  mourût.  Or  comment  eft-il  concevable 
ue  des  fédudeursne  foient  étonnez  par  le  Tupli- 
jc  de  leur  Maître  ,  que  leur  éfronterie  ne  foit  rc- 
jrimee  par  un  fi  terrible  exemple  de  la  jiifiice 
In’onlcur  prépare  ?  Mais  fur  tout ,  comment  ces 
j)ifcip]es  fcelerats  &  perfides  ofent-ils  aller  pre- 
i^ofer  à  ces  antres  Difciples  qui  font  de  bonne  foi  , 
je  témoigner  qu’ils  ont  vu  Jesus-Christ  mon- 
fint  au  Ciel. 

I  En  cfet,  je  ne  voi  pas  que  l’on  puîfie  dire  que 
tuclqu’une  de  ces  trois  choies,  ou  qu’ils  font 
fous  des  gens  de  bonne  foi ,  ou  qu’ils  font  tous 
|cs  foutbes,  ou  que  les  uns  font  de  bonne  foi, 
i‘'equc  les  autres  font  des  fouibes.  S’ils  font  tous 
îles  gens  de  bonne  foi  ,  comme  certainement 

I  iij  leurs 


jpè  Traite  de  la  Vérité  1 

Jcius  mccnrs  5  leur  langage  ,  leur  conduite , ’s  l 
mille  ancres  caradlercs  Je  donnent  manifcftcmcni,  ' 
à  connoître,  il  elt  impollible  que  ce  concert  d’im-j 
pofture  fe  l'oit  jamais  forme  entr’eux.  S’ils  fon  1 
tous  fourbes  &  fcelerats  ,  il  faut  que  pour  1; 
première  fois  il  fe  forme  une  focictc  de  four¬ 
bes  &:  de  fcelerats  qui  ne  paroiJTent  avoiii 
d’autre  delTein  que  celui  de  fandifîer  les  hom'i 
mes.  Mais  quel  efprit  renverse , ,  quelle  raifoiif 
dcrcgice  peut  fupofer  que  tant  de  perfonne  i 
iimples  éc  débonnaires  deviennent  des  perfide  | 
&  des  fcélérats  fans  autre  deflein  que  celui  d'i 
fe  perdre  ?  Si  les  uns  font  perfides  ,  6c  les  au  j 
très  de  bonne  foi  j  &  que  ceux-ci  foient  trom-ii 
pez  par  ceux-là ,  comme  c’eft  aparemment  tou  i 
ce  que  l’incrcdulité  peut  penfer  fur  ce  fujet  '  r 
|e  dis  encore  que  ce  concert  d’impofturc  n’au- 1 
ra  jamais  pu  fe  former.  Car  que  Pierre  foit  1>| 
habile  qu  il  vous  plaira  ,  comment  perfnadera-'ii 
t-il  à  un  fi  grand  nombre  de  perfonnes>  qu’il 'i 
ont  vü  ce  qu’ils  n’ont  point  vu  s  qu’ils  ont  tou-'| 
chc  ce  qu’ils  n’ont  point  touché  en  effet  ÿ  qui*^ 
Jesus-Christ  apres  leur  avoir  donné  des  prc«i'; 
cepres  &  des  înflrudfions  qui  font  gravez  dan:  ’i 
leur  memoire^eft  monté  dans  le  Ciel  à  leurs  yeuX;  i 
Je  veux  qu’il  leur  perfuade  fa  réfurredlion  y  com-i 
ment  leur  pcrfuadera-t-il  la  vérité  de  fon  afcen-1 
fion  f  /I 

Si  S.  Pierre  en  fait  feulement  la  propofitîon  si  ( 
ceux  qu’il  veut  tromper ,  il  eft  impoflible  que  paii 
là  meme  ils  ne  s’aperçoivent  de  fes  impoftures.  ' 
Niiln’ofera  leur  propofer  de  concerter  ce  men-  i 
fonge  }  ni  quand  il  l’oferoit,  il  ne  trouveroit  per-  i 
fonne  qui  voulut  le  féconder  dans  un  delfcin  fi  in-  i 
fensé  J  ou  apuïcr  fon  extravagance ,  &  moins  en-  » 
corc  s’expofer  à  mille  fuplices  pour  la  foûtenir.  ' 
J’ai  remarque  en  fécond  lieu,  que  cette  impo- 
flure ne  feroit  d’aucune  utilité.  Il  fuffic  qu’il  foit 

impoflibb 


de  la  Keliglon  Chrétienne-  199 
^ijlipofTiblc  de  la  foûtcnir ,  afin  qu*on  voïe  bien  d'a- 
'jli  )rd  qu’il  cft  entièrement  inutile  de  l’avancer.  II 
H  è  rive  dans  tous  les  tems  &  dans  tous  les  lieux  , 
^f  Su’on  feroit  bien  aife  de  faire  acroire  certains 
“îlaienfongcs qui  feroient  utiles,  s’ils  étoienc  pofli- 
i.es  :  mais  parce  que  cela  ne  fe  peut  faire  fans  iftn 
S’^i'^  mcertdemenfonge&d’impofture  quiefl:  tout-à- 
^  î  ic  impoflible,  cela  fait  qu’on  n’a  pas  meme  fé- 
4  eufement  de  cette  forte  de  pensées. 

.  Il  feroit  bon  pour  ces  Princes  qui  défirent  avec 
^  i  int  de  paffion  d’attirer  le  refped:  &  la  vénération 
:  f|c  leurs  peuples  ,&  qui  pour  cette  raifon  ne  for- 
!nt  que  rarement  en  public  ,  &  ne  fe  font  prefque 
limais  voir  à  leurs  fujets;  il  ieroit  bon,  dis- je  , 
I  u’ils  pûflent  perfuader  au  peuple,  qu’ils  font 
î  efeendusdu  Ciel  :  mais  comme  ils  jugent  ce  def- 
fm  impoflible,  ils  efiiment  aufli  qu’il  eft  tout  à- 
jaîc  inutile  de  l’entreprendre. 

D’ailleurs  je  dis  que  ce  deflein  de  faire  acroire 
-jAfeenfion  de  Jesus-Christ  contre  la  vérité  Sc 
f!:ontre  les  fentimens  de  fa  confcience ,  auroit  été 
ttiutile  :  parce  qu’on  ne  voit  pas  que  les  Difciples 
pïentpüfe  propofer  quelque  but  railonnable  en 
Ifoütcnant  une  fi  incroïable  fiction, 
ij  On  ne  peur  pas  dire  feulement  que  cette  impo- 
pure  eft  inutile, ii  faut  encore  ajouter  qu’elle  n’eft 
[bas  humaine,  II  ne  peut  tomber  dans  l’efprit  d’un 
[pomme,  bien  loin  de  tomber  dans  l’efprit  de  tant 
'id’hommes  difFcrens,  qu’on  puifle  jamais  perfua- 
jder  aux  autres  un  menfonge  qui  feroit  fi  cfFion- 
:ic, ni  qu’on  ofc  entreprendre  de  le  faire  acroire^ni 
^u’on  doive  réiiflir  dans  cét  étrange  deflein, ni  que 
les  autres  veuillent  confpirer  avec  nous  dans  ce 
deflein  perfide  ,  ni  qu’on  puifle  foütenir  la  rigueur 
■des  tourmens  &  dés  plus  cruelles  &  plus  rigou- 
ireules  épreuves,  nique  ce  concert  de  menfonge 
'doive  ctre  cru  &  reçu  de  tout  l’Unîvers,  moins 
encore  quel’on  doive  fe  fanétifier  pour  l’amour 

I  iiij  •  d’ua 


20  0  Traité  de  la  Vente  1 

€i»an  împofteur  J  &  que  par  une  trahifon  fîgnall|l 
on  doive  établir  la  vertu  &  la  faintecc  ilans  touC'jl 
les  parties  de  l’Univers.  il 

Mais  i’ajoüce  encore  qu’en  un  autre  Cens  cet  â 
împofture  n’eft  point  humaine  :  c’eft  qu’il  eftim  l 
j:ib(rib!e  de  trouver  un  homme  afTez  ennemi  de  foi® 
meme,  pour  vouloir  perdre  repos,  liberté ,  parens* 
amis,  connoiflanccs ,  pour  défendre  un  mcnlongil 
qui  ne  peut  avoir  que  des  fuites  fi  crifies.  La  na'  ( 
ture  n’eft  pasinfenfible  à  la  douleur.  Ellcfoulfre  S 
elle  pleure  elle  gémit.  Elle  ne  s’acoûtume  poir(i| 
au  mépris  ni  à  l’infamie.  Rien  ne  rinquicte  &  n  i| 
îa  (oülcve  davantage  que  les  mortifications  &  lc  j| 
difgraces.  Comment  fe  vcic-il  ici  un  fi  gran!^ 
nombre  de  perfonnes  qui  tout  d’un  coup  renon!>l 
cent  à  ces  fentimens inviolables  de  la  nature,  pou 
foütenir  qu’ils  ont  vu  ce  qu’ils  n’ont  point  viiei'É 
éfet  ?  C’eft  une  çonfidération  qui  ne  peut  jamail 
être  trop  répétée.  îl 

Elle  n’eft  pas  humaine  enfin  ,  parce  qu’il  n  cl'l 
point  naturel  ni  poftible  de  foütenir  le  menfongf’S 
avec  cette  fermeté.  Un  impofteur  qui  (c  croit  im-;iî 
pofteur,  &:à  qui  la  confcience  reproche  qu’il  tra  '  î 
hit  continuellement  fes  fentimens,  neva  pasbier  d 
loin.  Le  remords  le  prend.  Sa  confcience  fe  ré-  ^ 
veille.  11  tremble  ,  il  s’ouvre  au  moindre  dangcijJ 
qui  fe  prefentc.  Ileft  fur  le  point  de  tout  confel- 1 
fer,  aufti- tôt  qu’il  fe  voit  devant  fes  Maîtres,  &  i 
qu’il  craint  le  bras  féculier,  &  il  ne  manque  jamais  i 
de  fe  trahir ,  ou  en  confeffant  tout ,  ou  en  foüte- 
nant  ce  qu’il  a  avance  d’une  maniéré  fi  foible  &  fi  3 
timide,  qu’il  ne  tardera  gucres  ,  s’il  eft  prelTé  à 
découvrir  toute  la  vérité.  Les  hommes  font  faits’ 
ordinairement  de  la  forte.  Un  homme,  un  feul  ' 
homme  qui  ne  feroit  point  dans  céc  état,  feroic 
un  prodige  :  combien  plus  une  multitude  d’hom-  ' 
mes  ?  Le  moïen  de  penfer  que  tant  de  perfonnes 
renoncent  tout  d’un  coup  à  l’humanité ,  &  qu’elles 

foient 


de  la  Religion  Chrétienne.  loi 

<:cnt  faites  autrement  que  les  autres  hommes  ne 
fnt  etc  depuis  Ja  nailTancc  du  monde  ?  Non  ,  ce- 
îi  n’eft  point  concevable  :  &  entre  les  vcritez  les 
|is  évidences,  celle-ci  doit  fans  doute  tenir  le 
■jemîer  rang.  Mais  pouffons  plus  loin  encore  la 
fiivii^ion  ,  en  fuivant  les  vues  que  îa  fageffc  de 
|icu  nous  donne  fur  ce  fujer. 

chapitre  V. 


\MatY\éme  centre  de  vérité.  Confidéraüon  par- 
tf|  ticuUere  de  rejfufton  du  S.  Efprit  fur  les 
Difciples» 


/Oici  le  dernier  degré  de  révîdcnce  que  ron 
trouve  dans  Ja  démonflratîon  qui  nous 
rouve  la  vérité  de  la  Religion  Chrétienne  c’eft 
i  ;  vérité  d*un  quatrième  fait  qui  fe  prouve  natu- 
iijllement  par  lui-mcme  &  par  fes  propres  cara* 
tjcres,  fçavoîr  Teffufiondu  S.  Eipritfurles  Dif* 
Iples  de  J  isus-Ch  ri  st^ 

;  Cette  dcmonftration  delà  vérité  de  la  Religion 
:hrétienne  a  trois  degrez  differens  qui  confiftenç 
ins  les  trois  parties  du  témoignage  des  Apôtres, 
t  premier  cft  celui-ci  5  Jésus*  Christ  fils  de 
larie  a  fait  des  adlions  qui  ne  peuvent  être  que 

t' rnaturclles  &  miiaculeufes  ,  telles  que  font,  par 
cmple ,  la  réfurreêlion  des  morts,  dont  nos  yeux 
|nt  été  les  témoins.  Le  fécond  eft  :  Nous  avons  re- 
,ü  nous- meme  Je  pouvoir  de  faire  des  miracles  > 
ous  en  pouvons  faire  d’auffi  grands  que  Jésus- 
christ,  comme  il  nous  Ta  lui-mcmc  prédit  & 
éclaté.  Le  troîfiémc  efl  :  Ce  ffeft  pas  feulement 
ous  qui  faifons  ces  miracles:  nous  communî- 
uons  encore  le  pouvoir  de  les  faire ,  &  ceux  que 
ous  convertirons  pourront  connoîcrc  qu*ils 
ont  les  Difcipics  de  Jesus-Christ,  en 
ce  qu’ils  feront  des  (ignés  pareils  aux  nôtres, 

I  V  ec 


a©i  Traité  de  ÏA  Vérité 

&:  fcmbîabîfs  â  ceux  que  Jésus- Christ  a  faiti 
Le  premier  degré  de  cette  évidence  frap] 
C’eit  une  chofe  convainquante  &  dcmonfhc! 
tive  que  d'avoir  devant  les  yeux  ,  &  lîicn» 
entre  fes  mains  &  en  fa  puiffance,  des  rcmoi:i 
des  miracles  de  J.  C.  &  des  témoins  oculaires qii 
ont  oiii  tout  ce  qu  il  a  dit ,  qui  ont  vii  tout  <| 
qu’il  a  fait  J  qui  ont  converfé  familieremcil 
avec  lui ,  &  Tont  mille  &  mille  fois  interrogé  fijl 
toutes  les  difficultez  qui  fe  prefentoient  à  lei  S 
efpric  s  &  des  témoins  qui  dépofent  unanimç  J 
ment  la  meme  chofe  ,  &  la  foütienntnt  au  m'i 
lieu  des  plus  cruels  tourmens.  1 

Mais  c’eft  quelque  chofe  de  plus  encore  d’erj| 
tendre  de  ces  gens  ,  que  non-feulement  ils  ont  vj^ 
les  miracles  de  J  e  s  u  s-C  h  R  i  s  t  ,  mais  encoi'fl 
qu'eux- memes  ils  font  en  état  de  faire  des  œu,’4 
vies  toutes  femblables.  De  tous  les  témoiril 
ceux-là  fans  doute  font  les  plus  recevables  ,  qiil 
s'oiFrent  à  faire  voir  ce  qu'ils  atteflent.  1 
Mais  voici  félon  mon  fens ,  le  dernier  degré  d;| 
l’évidence  :  C'eft  que  ces  memes  témoins  s'ofFrerja 
â  vous  convaincre  des  chofes  qu'ils  vous  difétjtiij 
non-feulement  en  raportant  les  miracles  qu'ils  or,  j 
vii  faire  à  Jesüs-Christ  ,  non- feulement  en  s'olji 
fiant  d’en  faire  de  pareils,  mais  encore  en  pro  i 
mettant  de  mettre  en  état  ceux  qui  croiront  d'ci 
faire  de  tous  femblables.  Ils  communiquent  ;l 
leurs  Profélites  les  dons  extraordinaires  &  mira  ij 
culeux  du  S.  Efprit,  comme  cela  paroît  parre  i 
xemple  du  Centenîer  Corneille.  Ces  dons  dcvîcn  ?j 
nent  fi  fenfibles ,  que  Simon  le  Magicien  veut  le  tl 
acheter  à  prix  d'argent.  I!s  font  fi  remarquables  J 
qu'ils  font  des  imprefTuü^s  publiques  fur  ceux  d;^ 
Ja  Circoncifîon  qui  s'etoient  déjà  convertis  a'  > 
Seigneur  Jésus  ,  &  qui  louent  Dieu  qui  a  aufli  re  j 
gardé  les  Gentils.  Enfin  l’Evangile  que  ces  Diljl 
cîpics  annoncent  aprend  que  ce  font  ici  les  fi/,i^f' . 


J|'  de  la  Religion  Chrétienne.  lO} 

iMiî  accompagneront  les  Di(ciples  die  J  e  s  o  s- 
R  I  ST,  c\'fi  qi4îîs  guériront  les  malades  ,  &c., 
H  En  vérité,  <]uelie que  foie  l’opiniâtreté  des  in- 
flédules,  il  faut  qu’ilsrercndcntanxtraitspref- 
i  [ns  de  cette  triple  vérité.  II  ne  fe  peut  que  les 
üifciples  rendent  témoignage  aux  miracles  de 
esus-Christ,  s’ils  font  faux  :  ni  ils  ne  l’ofe- 
'  )icur ,  ni  ils  ne  le  pourroient,  ni  ils  ne  le  vou- 
roient.  Il  ne  fe  peut  qu’ils  concertent  une  impo- 
||urc  fans  exemple,  en  s’acordant  à  publier  une 
lirfiirreâiion  &  une  afeenfion  de  Jésus  -  Christ 
[loin  ils  n’auroîent  point  été  les  témoins. 

[■  Mais  il  cft  extravagant  de  s’imaginer ,  que  les 
t. Apôtres  fe  vantent  de  faire  des  miracles  pour 
f  aire  croire  ceux  de  Jesus-Chrtst  j  &  beaucoup 

ijlus  extravaguant  encore ,  qu’ils  promettent  à 
(oiis  ceux  qu’ils  convertiront  de  les  mettre  en 
jrat  de  faire  des  miracles  tous  pareils  à  ceux 
]u*ils  atteftent. 

Au  refte,  on  peut  diftinguer  deux  chofes  dans 
I  être  révélation  qui  fefit  le  jour  de  la  Pentecôte  : 

I  es  fimboles  de  la  préfcncc  du  S.  Efpric ,  &  les  ef- 
I  jets  ou  les  dons  du  Saint-Efprit.  Il  cft  difficile  que 
^|es  Difciples  aient  été  trompez  fur  les  uns  ni  fur 
lies  autres.  Je  veux  pourtant  qu’ils  l’aïentétéfar 
ne  fujet  de  ces  fimboles  extérieurs  &  corporels , 
ïhu’üsaïent  cru  entendre  un  vent  impétueux  qui 
Ipc  foufla  point  en  effet  j  qu’ils  aïent  pris  pour  du 
ce  qui  n’étoit  point  du  feu ,  par  l’cfet  de  quel- 
jque  ébloüiffcmcnt  inopiné.  Cette  fupofition  eft 
aflurément  un  peu  violente.  Car  quand  on  pour- 
toit  voir  du  feu  par  quelque  foiblefle  de  l’orga- 
jne  ,  ou  quelque  illufion  du  dehors  ,  là  où  il  n’y  a 
Ipoint  de  feu  en  éfet ,  il  eft  bien  difficile  de  join* 
■dre  le  feu  &  le  Ton  dans  une  imagination  qui  s’é- 
igarc;  &  plus  difficile  encore  d’apercevoir  ce  feu 
idans  la  forme  qui  a  le  plus  de  raport  avec  le 
'  fniniftcrc  des  Apôtres  ;  &  ce  feroit  une  étrange 

I  vj  cas 


10  4-  Trmté  delà  Vérité 

cas  fortuit  quf  celui  qui  auroic  ainfi  modifie  r 
feu,  ôc  Tauroic  fait  paroîrrc  en  forme  de  lai) 
gués  mi-parties,  (e  pofant  fur  chacun  des  Dili 
dpJes  qui  ctoient  là  alTemblez:  D  ailleurs  il  fi;! 
roit  étonnant  que  tous  fc  rrouva/Tent  enfembij 
fulceptibles  de  la  même  ilîufion.  Mais  tout  cel  - 
re  fert  de  rien.  Cette  fupofition  efi  violenter 
n’importe  :  tout  cela  fera  véritable,  fi  l’on  vcui;*f 
Mais  qu’on  nous  dife  de  quelle  maniéré  on  peiii^ 
exprimer  les  effets  de  cette  éfufion  :  ces  effet  i 
durables  &  permanens  qui  fubûftcnr  lorfque  cj 
vent  ne  fouffle  plus  ,  qu’on  n’entend  plus  cefoi'tl 
qui  avoit  rempli  la  maifon,  &  que  ce  feu  &  ce  ^l 
langues  ont  difpatu.  i  ^ 

Car  enfin  on  ne  prétend  point  cacher  cîes  effenlft 
furprenans.  Les  Apôtres  parlent  d’abord  routeJrf 
ies  langues  du  monde  ,  &  les  parlent  devant  tou-iai 
tes  les  Nations  de  la  terre.  Ils  convertîffenc- tan-i| 
tôt  fix  mifle  perfonnes,  tantôt  trois  mille,  pai|| 
une  feule  prédication,  &  en  difant  feulement  à'I 
ceux  qui  les  écoutent,  donc  s*  étant  "a  Jfis  ai 

la  droite  de  Dieu  y  a  répandu  ce  ^ue  maintenant]^ 
•vous  voïez  oïez*  !  ; 

Jesus-Christ  n’aura  point  fait  des  miracles,;^ 
‘fi  l’on  veut  j  cela  n’importe  :  mais  les  Apôtres  cu'i 
font.  Ils  choîfiffent  même  les  malades  les  plus  j 
connus,  un  boiteux  ,  par  exemple  ,  connu  de  tou-j 
te  la  ville  de  Jerufalem,  pour  le  faire  marcher  ; 
&  fauter  devant  tout  le  peuple  de  cette  floriffantc  ' 
ville. 

Cela  feroît  admirable,  que  les  Apôtres  cntrcprîf-ii 
fent  de  faire  voir  de  faux  miracles  à  des  gens  mille.; 
^  mille  fois  plus  fubcils  &  plus  habiles  qu’eux:  |< 
mais  cela  feroit  plus  furprenant  ,  qu’aprés  avoir '! 
annorcé  une  fauffe  réfurreôtîon  de  leur  Miîcre,  ils  !* 
entrepriff;nt  de  la  prouver  en  faifant  un  faux  mi-  t 
racle  qui  ne  pouvoir  manquer  d’être  reconnu.^  ; 
Je  veux  encore  que  leur  'Extravagance  ait  , 


de  la  'Religion  Chrétienne,  10/ 

•  :c  jufques-Jà  ,  &  que  les  Juifs  qui  avoient  tant 
interet  à  découvrir  leur  fourberie  &  leurs  ar- 
ifîccs,  aïent  etc  abandonnez  du  fens  commun 

•  jirqu’au  point  de  ne  rien  rechercher,  de  ne  rien 
cagiiner  à  cet  egard.  Que  repondra-t-on  à 
!ci ,  qui  eft  ,  à  mon  avis  ,  invincible  &  démon- 
ratif  ?  C’eft  que  les  Apôtres  prétendent  non- 
ulement  faire  des  miracles ,  mais  donner  à  leurs 
hTcipîes  le  pouvoir  d*en  faire. 

P  A«t-on  jamais  vu  une  focictc  fe  former  par 
prédication  de  quelques  impofteurs  qui  don- 
î  tnt  ce  caractère  de  la  vérité  de  leur  prédica- 
on,  qu’ils  donneront  le  pouvoir  de  faire  des 
liracles  i  qu’ils  confèrent  les  dons  miraculeux  à 
îux  qu’ils  bâtifent ,  mais  des  dons  miraculeux 
în  fenfibles  ,  qu’ils  ne  peuvent  douter  qu’ils  ne 
I  ,s  aïent  reçus ,  &quc  les  autres  ne  peuvent  aufîi 
ikmer  aucun  doute  légitime  &  railbnnableà  céc 
2çard  ? 

i  'Cctte  confidéraiion  efl  d’autant  plus. forte,  quc 
ds  dons  dont  il  s’agit  ici  font  des  dons  durables 
permanens,  du  moins  pendant  le  premier  âge 
é  TEglife,  J’avoue  que  le  S.  Efprît  prédit  que 
.  Prophétie  fera  abolie,  &  que  les  dons  des  lan- 
.  acs  cefferont  i  ce  qui  doit  nous  empêcher  d’etre 
irpris  que  ces  dons  ne  fubfiftent  plus  de  nos 
purs.  Il  n’y  a  que  la  foi ,  l’efperancc  &  la  charité 
ùi  aïent  du  durer  jufqu’à  la  conCommacion  des 
écics.  Mais  je  fçaiaulTi  que  les dons'miraculeux 
nt-duré  autant  que  les  Apôtres,  &  même  plus 
png-temps  qu’eux ,  jufqu’à  ce  que  Dieu  eût  cta- 
|?i  par  tout  des  Eglifcs  Chrétiennes  j  les  écha- 
jinda^es  n’aïant  été  renverfez  que  lorfque  l’é- 
ffice  eut  été  bâti.  C’eft  dequoi  il  rv’eft  pas  pof- 
jble  à  un  homme  de  bon  fensde  douter ,  lors  qu’on 
joit  les  iilufions  que  les  Apôtres  font  à  ce  fait ,  li 
■  équentes  ,  (i  naïves ,  fi  naturelles.  Les  dons  des 
jïngues,  &  les  autres  dons  miraculeux;  croient 

donc 


10^  Traite  de  la  Vérité 

donc  des  dons  durables  5c  permanens  à  régarc! 
de  ceux  qui  les  avoienc  reçus.  Le  pere  s*cn  entrc-j 
tenoit  avec  l’enfant ,  &  l’enfant  avec  Ton  pcrei 
Les  Juifs  s’étonnent  que  le  Saint-Efprit  foit  aufl! 
communiqué  aux  Gentils  ,  5c  en  prennent  gea  ■ 
Eon  de  glorifier  Dieu.  | 

Je  confens  qu’on  falfe  les  fupoficions  les  pillai 
violentes  que  l’on  poura  5  mais  du  moins  ne  tn  || 
niera-t-on  point  que  les  Apôtres  qui  prétendcn|| 
communiquer  le  Saint-Efprit  par  l’impofition  d  a 
leurs  mains,  &  qui  ofrent  de  le  faire  defcenditi 
fur  leurs  Profélitcs  en  lesbâtifans,  &  qui 
prêcher  par  tout  que  le  tems  eft  venu  auquel  ! 
félon  la  Prophétie  de  Joël ,  le  Saint-Efprit  doit  (i^ 

Evanj'. 
de  II 
froid  i 

Ce  font  ici  les  fignes  qui  accompagneront  ceux  qu‘ 
ailront  crû  ,  &c.  que  ces  gens-là  ne  croient  d| 
bonne  foi  5c  avoir  reçu  5c  pouvoir  communique ^ 
le  S.  ECprit  ?  Ils  fe  trompent,  E  vous  voulez:  c| 
n’eft  pas  là-deflus  que  je  difpute  maintenanti^ 
Mais  qu’ils  fe  trompent  ,  ou  qu’ils  ne  fe  tronfei 
pent  pas  5  il  eft  bien  évident  que  s’ils  n’ctoici  jfi 
pas  de  bonne  foi  dans  cette  erreur  ou  dans  c  i 
préjugé  ,  ils  ne  fe  hazarderoient  pas  à  faire  ccti! 
promeffe.  Cela  faute  aux  yeux.  Un  homme  qiit 
ne  croit  pas  avoir  les  dons  miraculeux  ,  ne  pre  J 
mettra  point  de  les  communiquer  aux  au  ’ 
très. 

Orque  l’on  prenne  bien  garde  à  ce  dernier  prir  '1 
cipc;  car  je^n’ai  affaire  que  de  lui  pour  prouvt  < 
invinciblement  5c  démonftrativement  la  vcriii; 
du  Chriftianifme.  En  effet ,  E  les  Apôtres  croïei^’ 
de  bonne  foi  parler  toute  forte  de  langages,  • 
avoir  reçii  les  dons  miraculeux  5c  extraordina  1 
rcs  du  Saint-Efprit  je  dis  qu’il  ne  fe  peut  qu’i  J 
foient  des  impofteurs  5c  des  fourbes  fur  le  reft  i 


répandre  fur  toute  chair,  5c  qui  dans  les 
giles  ,  dans  les  hiftoires  qu’ils  compofent 
vie  de  leur  Maître,  ofent  vous  dire  de  fang 


:  Traîté  de  lu  Vérité  207 

|j  cft  împofïiblc  qu’ils  croient  avoir  reçu  les 
[  Dns  miraculeux,  à  moins  qu’ils  ne  croïent  les 
l-jiiracles  ,  la  Rcrurrc<î;iion  &  TAfcenfion  de 
esus-Christ  vcricabics  ,  &  il  eft  impoflible 
i’ils  croïent  les  miracles  ,  la  Rcfurredion  & 
Afcenfion  de  Jesus-Christ  véritables  5  à 
loins  que  ces  évcnemcns  ne  (oient  véritables  j 
arce  que,  comme  nous  Tavons  fait  voir  cvi- 
i  emment ,  il  n’eft  pas  pofliblc  que  ces  faits 
lent  etc  fuCceptiblcs  d’illulion. 

CHAPITRE  VI. 

)u>  ton  ré  finit  tous  les  fuits  miraculeux  pour 
former  une  démonfraüon* 

^  I  nous  confiderons  tous  ces  évcnemcns  ch 
J  gros  ,  nous  pouvons  faire  une  dcmonltratîon 
(ivinciblc,  en  fupofant  ces  trois  principes ,  qui, 
mon  avis,  fc  trouvent  déformais  prouvez  avec 
|)caucoup  d’cvidencc. 

Le  premier  ert- ,  que  les  Apôtres  &  les  autres 
jDifcipIes  de  Jesus«Christ  ont  véritablemenc 
jcmoîgnc  les  miracles  de  J  i  sus -Christ  î  fa 
kcfurreélîon  ,  (on  Afcenfion  ,  &  l’cfufîon  du 
iaint-Efprit  fur  les  Apôtres.  Le  fécond  eft  ,  qu’ils 

f')nt  crû  de  bonne  foi  ce  qu’ils  ont  témoigne.  Le 
roifiéme  ,  qu’aïant  crû  que  Jésus -Christ 
ivoit  fait  des  miracles  ,  qu’il  ctoit  refufeite, 
ju’il  ctoit  monte  au  Ci^I,  &  qu’il  avoit  envoie 
on  Efprit  à  fes  Difciples ,  qui  font  tous  des  eve- 
lemens  dont  ils  ont  été  témoins ,  il  faut  nccefTai- 
cment  que  toutes  ces  chofes  foient  véritables. 
Le  premier  de  ces  principes  eft  incontcl^able. 
l  paroît  que  ces  quatre  évcnemcns  ont  fait  l’ob- 
ct  &  la  matière  de  Ja  prédication  des  Saints 
f\pôrres.  Cela  paroît  ,  parce  que  les  Apôtres  le 
jüléat  dans  leurs  Ecrits,  ou  plutôt,  que  leurs 

Ecrits 


io8  TYiXttè  de  la  Vérité 

Ecrits  ne  font  c|uc  l’hiiloire  de  ces  quatre  evh 
nemens  j  parce  que  dans  leurs  Epures ,  dans  ce 
Epîtres  écrites  à  des  focictez  toutes  entières  qui 
les  gardoient  précieufement ,  ils  ne  parlent  pref  , 
que  d’autre  chofe  que  de  ces  quatre  grands  evei! 
nemens  j  parce  qu’il  n’y  a  point  de  fragment  it 
point  de  page  ,  ni  prefque  de  ligne  dans  ces  Ecrits:| 
ou  qui  ne  raportc  ces  chofes ,  ou  qui  ne  les  fu*l| 
pofe  évidemment  ;  •parce  qu’il  if  y  a  point  d(j.^ 
Chriftianifme  fans  cela  ,  parce  que  tout  celîi| 
nous  efl  confirme  par  ceux  qui  ont  vécu  âpre  | 
les  Apô:res ,  qui  les  ont  entretenus,  &  qui  oni^i 
été  familiers  avec  eux  i  parce  qu’on  plante  paijg 
tout  des  Eglifes  ,  &  de  nombreufes  EgliCes,  dijj 
tems  des  Apôtres,  en  annonçant  ces  chofes  j  parf^ 
ce  que  le  fens  commun  nous  dir  aflez  ,  que  le;jy 
Juifs  Sc  les  Gentils  ne  pouvoient  pas  croire  en  ui| 
crucifié  en  tant  que  crucifie  ,  fi  Ton  n’eüt  dit  qu’i  J 
ctoît  refufeite  des  morts  5  parce  que  les  fidéle;ij 
n’cfpcrent  la  refurredion  derniere  ,  que  parc(| 
qu’ils  font  perfuadez  qu’ils  doivent  être  rendiiîj 
conforme  à  la  réfurredion  glorieufc  de  leur  di-jl 
vin  Rédempteur  >  parce  qu’il  cft  évident  que  kîjjj 
Ecrivains  du  Nouveau  Tefiament  ne  fe  fonij)' 
point  copiez,  &  que  néanmoins  ils  s’acordcniJ 
parfaitement  à  nous  raporter  ces  quatre  grandîi^ 
«vénemens,  comme faifanc  reffentiel de  leurpré-'î 
dîcation  ;  parce  que  les  premiers  Chrétiens  ne  fci> 
font  fantîfiez  ,  &  n’ont  renoncé  au  monde,  que  j 
par  l’efperance  qu’ils  onr  eue  en  un  homme  re-i 
levé  d’entre  les  morts,  &  qui  éroit  irîontc  au 
Ciel  ;  parce  que  jamais  les  plus  obfiinez  Si  lesplus'  ’ 
fiers  ennemis  des  Chrétiens  n’ont  formé  de  dou-j> 
tes  fur  ce  fu  jet ,  &  n’ont  ofe  nier  que  les  DifcipJeSi(| 
de  Jesus*Christ  n’aïcnt  rendu  ce  témoignagciJ 
à  leur  Maître  ,  qu’il  étoit  refufeité  d’entre  leS|^ 
morts ,  &  qu’il  éroit  monté  dans  le  Ciel  ;  parce  *! 
que  les  Juifs  ont  toujours  avoué  que  ç’avoit  été; 


de  la  Religion  Chfétienne> 
ili  le  témoignage  des  Apories  >  Sc  parce  enfin 
,i|te  Tamas  de  ces  circonfianccs  &  de  pluficurs 
■Jitrcs  que  nous  avons  déjà  touchées  ci-devant , 
^jnd  la  chofe  incontefiablc  &  d*unc  fouveraine 
îiiidcnce,  de  forte  qu*il  eft  prefquc  inutile  de 
urrcccr  à  prouver  ce  premier  principe. 

Le  (ccond  n’cft  pas  moins  certain.  II  eft  évi- 
I  nt  que  les  Apôtres  ont  cru  de  bonne  foi ,  que  ce 
•fils  raportoient  étoit  véritable  ,  puifque  ces 
«iiofes  qu’ils  annoncent  font  les  motifs  de  leur 
Tfu,  de  leur  défintereflement ,  &:  de  leur  pâ- 
r:nce  tant  de  fois  éprouvée  ;  puis  qu’ils  y  font 
is  allufions  fi  naïves  &  fi  naturelles ,  qu’il  eft 
iipofiible  de  ne  pas  voir  qu’ils  en  étoient  par- 
îitement  perfuadezj  puifque  c’eft  la  perfuafion 
l’iis  ont  que  toutes  ces  chofes  font  véritables , 
«fii  les  perfuade  que  leur  condition  fera  heureu- 
malgré  toutes  les  railons  qu’ils  ont  de  la  croi- 
bien  triftej  puifque  c’eft  de  cette  perfuafion 
lii’ils  tirent  le  courage  qu’ils  ont  de  s’expofer 
^;x  plus  grands  dangers,  &  de  foiitenîr  les  p’us 
ides  épreuves  ^  puis  qu’ils  fe  félicitent  les  uns 
.1  les  autres  de  tant  fouffiir  pour  une  fi  bonne 
ijule,  bien  qu’ils  düflent  fçavoir  Ifimpofture  qu’ils 
.f oient  concertée  ,  fi  ce  qu’ils  difoient  n’étoit  pas 
tritable  3  &  fur  tout  puis  qu’ils  prétendent  faire 
■)ir  des  preuves  fenfibles  &  miraculeufes  des 
hofes  qu’ils  annoncent. 

!  Enfin  le  dernier  de  ces  principes  eft  >  s’il  eft  per-» 
fis  de  le  dire  ,  encore  plus  évident  que  les  autres, 
•ar  il  ne  fe  peut  que  les  Difciples  du  Seigneur 
^  s  U  s  aïent  été  trompez  ,  premièrement  fur  des 
fits  fi  palpables  &  fi’fenfibles  ,  qu’il  ne  s’agit  que 
«■  voir  &  de  toucher  3  en  fécond  lieu  ,  fur  un  fi 
{■and  nombre  de  faits  dijfferens  les  uns  des  autres 
-jr  les  circonftances  en  troifiéme  lieu  ,  fur  des  faits 
ijfuivis  &  fi  enchaînez,  qiie  celui  qui  aftîrme  l’un, 
4  obligé  de  confencir  à  la  vérité  de  l’autre. 


iîo  Traité  de  la  Vérité 

Qo^on  rcpafle  bien  ces  chofes  dans  fon  efprîti 
&  je  fuis  affurc  qu*on  ne  doutera  point  d'aucu; 
de  ces  trois  principes.  Qu^on  mette  la  contrai 
diâ:oire  négative  en  la  place  de  Taffirmative ,  i\ 
je  fuis  alTuré  que  nôtre  cfprit  la  rejettera  dV 
bord.  Si  vous  dites  ,  les  Apôtres  n’ont  point  ar‘i 
nonce  les  miracles ,  la  Rcfurrcdlion  &  TAfcerl 
fion  de  Jesüs-Christ  dans  le  Ciel ,  ni  réfuficj 
du  Saint- Efprit  furies  Apôtres:  vous  dites  urî 
choie  qui  vous  paroît  aufTi  fauffe  ,  que  fi  vot' 
difiez ,  les  Apôtres  n’ont  jamais  etc  ,  ou  ils  n’oij 
point  etc  les  Difciples  de  Jesus-Christ  ,  oui 
n’ont  point  prêché  qu’il  faloit  croire  en  lui  ;  ^1 
il  eft  confiant  que  vous  rejettez  d’abord  touti 
ces  propohrions  comme  extravagantes. 

Si  vous  dites ,  les  Apôtres  n’ont  point  cru  c 
bonne  foi  les  miracles  ,  la  Rcfurredlion ,  l’AlI 
cenfion  de  J  e  s  u  s-C  h  R  i  s  t  ,  &  l’cfuficm  de 
dons  du  S.  Efprit  :  vous  dites,  les  Apôtres  nori 
point  prétendu  ni  faire  des  miracles  ,  ni  parl(! 
des  langages  etrangers  i  ni  pouvoir  communique! 
ces  dons  aux  autres  hommes  :  vous  avancez  ]! 
même  chofe  que  fi  vous  difiez ,  les  Apô:res  n’on| 
écrit  aucune  des  Epîtres  qu’on  leur  attribue  5  Ici 
Apôtres  n’ont  point  prêché  publiquement  à  Jei 
rufalem  le  jour  de  la  Pentecôte  ;  ils  n’y  ont  poirj 
établi  une  Eglife,  &  ils  n’ont  point  enfeigné  I 
croire  l’Evangile. 

Enfin  fi  vous  dires  ,  les  Apôtres  ont  cru  C(| 
chofes  ,  mais  ces  chofes  n’étoîent  pourtant  pri 
véritables  :  vous  dites,  les  Apôtres  n’ont  ni  d(|: 
yeux  ni  des  oreilles ,  ni  une  mémoire  j  & 
meme  concert  de  folie  pIuHeurs  centaines  ,  t] 
même  plufieurs  milliers  de  perfonnes  ont  pei| 
du  l’efprit  :  &  ceux  qui  embrafient  la  doclriri 
qu’ils  enfeignenr,  la  perdent  à  point  nommé  aufin 
tôt  qu’ils  les  ont  entendus;  &  cependant  cettj 
folie  cfl  le  principe  qui  ;ious  fait  bien  vivre ,  <1 


?! 

h  delà  'ReVtpon  Chrêùenne,  ili 

ÿ  a  fandlific  le  genre  humain 
rjll  cft  certain  que  quand  on  confidére  Tamas 
flccs  objets  &  de  ces  circonftances  ,  il  en  rc- 
Itc  une  ^cmonftration  morale  qui  vaut  toutes 
|<  dcmonftratîons  mathématiques.  Mais  pour 
jbreger  autant  qu’il  fc  peut ,  je  dis  que  toute 
4  rc  démonftration  confiüe  au  fond  en  ces  deux 
ÿ;)ts.  Les  Dhciples  de  J  e  s  us- Christ  ;  ont  crû 
P  bonne  foi  les  miracles ,  la  Refurredion  ,  TAf- 
ifîon  de  Jésus-Christ,  &  l’éfuhon  des 
ns  du  Saint- ■Efprit.  Donc  cesquatres  evénemens 
nt  véritables.  La  conféquence  eft  évidence, 
^rce  que  ce  ne  font  point  ici  des  faits  qui  puif- 
[fot  être  jamais  fufceptibles  d’illufion  ,  ni  fur 
il’qûels  il  foie  poflible  de  fe  tromper.  En  efet, 
(and  les  Difciples  auroient  pu  le  tromper  fur 
y  feuî  miracle  ,  comment  fe  leront-îls  trompez 
t  plufieurs  miracles  ?  Quand  ils  fe  feroiciu 
Él)mpez  fur  le  fujet  des  miracles  de  Jesus- 
I^RiST,  ils  n’ont  pu  fe  tromper  fur  le  fujet 
^  fa  Rérurred:fon.  Quand  ils  auroient  pu  fc 
t^mper  fur  le  fujet  de  l’a  Réfurreâ;ion ,  îlsn’au- 
i(ient  pu  fe  tromper  fur  tant  de  marques  fenfî- 
que  Jésus -Christ  refufeite  leur  donna 
*  fa  prefcnce,  &  fur  tout  furie  fujet  de  fon  Af- 
*nfion.  Quand  ils  fe  feroient  trompez  fur  le  fujet 
j  fon  Afeenfion  ,  ils  n’anroient  pu  fe  tromper 
jfr  le  fujet  de  l’cfufion  du  S.  Efprit  fur  les  Apô- 
usj  car  ils  faifoient  une  expérience  continuelle 
li  ce  dernier  miracle,  lis  fçavoient  bien  s’il  leur 
«oit  aparu  des  langues  mi-parties  de  feu  ;  maïs 
i| fçavoient beaucoup.mieux  encore,  s’ils  avoient 
jçü  les  dons  des  langues  reprefentez  par  ce  hm- 
Me  extérieur  :  le  S.  Efprit  aïant  choifi  ce  don 
nre  tous  les  autres  pour  le  rendre  particulierc- 
|cnt  remarquable  ,  parce  que  c’eft  de  tous  les 
■>ns  celui  qui  peut  ccre  le  moins  imité  ,  &  qui 
i  le  moins  fufceptible  d’erreur  &  d’illuhon. 

Car, 


ifi  Traité  de  la  Vérité 

Car,  je  vous  prie,  Jemoïenqueje  mcperfi 
de  que  je  parle  Perfan  ,  le  Chinois  &  l*Arabe,  ! 
que  j’entens  toutes  ccs  langues ,  lors  qu’on  rf 
les  parle?  Et  s’il  eft  fijare  de  voir  unieul  hoil 
ine  attaque  de  ce  genre  de  folie  ,  il  eft  certain; 
ment  impoftible  qu’il  y  ait  un  grand  nombre  : 
perfonnes  qui  s’imaginent  tout  d*un  coup  par!; 
toutes  les  langues  du  monde,  fans  que  cela  ft* 
véritable. 

Il  faut  donc  demeurer  d’accord,  que  quai- 
les  Difcipics  de  Jesüs-Christ  auroient  pü  ctj 
trompez  fur  tous  les  autres  faits,  ilsne  pouvoie. 
jamais  l’étre  fur  le  fnjet  de  celui-ci.  Unbomn; 
ne  peut  ignorer  s’il  parle  ou  ne  parle  pas  des  la( 
gués  qui  auparavant  lui  étoienc  inconnues  j  dci 
hommes  le  peuvent  encore  moins  i  douze  moi;! 
encore,  foixante  &  dix  le  peuvent  encore  moii! 
ignorer  ,  &  chacune  de  ces  perfonnes  fçichaj 
ce  qui  fc  pafle  en  elle,  il  eft  impoftible  que  tou 
croïent  avoir  reçu  le  don  des  langues  5  fi  ce, 
n’cft  point  véritable.  ’ 

La  conféquence  de  nôtre  argument  eft  dor^ 
certaine,  évidente  &  inconteftable  ,  s’il  en  fil' 
jamais.  Le  principe  ne  i’eft  pas  moins.  i 

Les  Difciples  de  Jésus-Christ,  ont  crû  d! 
bonne  foi  les  miracles  ,  la  Refurredion ,  l’Alj 
cenfion  de  J  e  s  u  s-C  H  R  i  s  x ,  &  l’cfLifton  de! 
dons  du  S.  Efpiit.  Si  vous  voulez  en  être  cor' 
vaincu  ,  vous  n’avez  qu’à  lire  le  Nouveau  Te' 
llement  depuis  un  bout  jufqu’à  l’autre.  Vou'* 
trouverez  cette  bonne  foi  &  cette  perrua{io|i 
dans  leur  definterefl'ement ,  qui  naît  de  ce  qu’ilf^ 
fçavent  que  Jesus-Christ  qui  eft  lcu;l 
trefor  eft  monte  au  Cjcl  j  leur  joïc  dans  les  af  i 
Aidions  ,  qui  vient  de  ce  qu’ils  rendent  temoi-  j 
gnage  à  la  vérité  j  leur  charité  &  leur  pieté,  qu  ' 
lont  incompatibles  avec  le  caradere  des  féduc-^' 
leurs  i  leur  humilité,  leur  pureté,  leur  patien-i 

ce 


de  la  'Religion  Chretiennêi^ 
j,  leur  zélé,  &  le  defîr  ardent  de  faire  naître 
litcs  ces  vertus  dans  Tamc  des  autres  :  ces'deux 
^Dfes  étant  inconteftables  j  premièrement ,  que 
I  Difciples  de  Jesus-Christ  font  paroître 
(t  naturellement  tous  les  fentimens  de  la  pie- 
de  la  vertu  ;  en  fécond  lieu,  que  la  pieté 

Sla  vertu  ne  naiflent  point  de  l’impofture  &  de 
perfidie.  Vous  trouverez  la  bonne  foi  des 
Tciples ,  &  la  finccrité  de  leur  peiTuafion  , 
is  le  caiadlere  de  leur  langage.  Car  fi  leslan- 
‘S  expriment  le  génie  &  les  mœurs  des  peii- 
? ,  on  peut  dire  que  la  langue  des  Difciples 
Jesüs-Christ  exprime  les  merveilles  de 
jîjv^angile  par  une  énergie  toute  finguliere  ,  qui 
ijingue  le  fiilc  de  ces  Auteurs  non- feulement: 
Ijlangage  des  autres  hommes ,  mais  meme  du 

ICtage  de  la  Loi.  Vous  trouverez  cette  bonne 
dans  ce  grand  nombre  de  paflages  obfcurs  & 
ïciles  que  raportent  les  Evangelifies.  Car 
n  côté  il  n’efi  pas  pofiible  que  les  Evange- 
!S  aïent  fupofé  &  inventé  ces  enfeignemens , 
ces  chofes  d^'fSciles  &  obfcures  qu’ils  font  dî- 
Jisüs-Christ  j  &  de  l’autre  il  eft  certain 

I!  prefque  toujours,  ces  pafiages  obfcurs  &  dif- 
les  enferment  quelque  fait  miraculeux  ,  ou 
ièîquc  allufîon  à  ces  merveilles  furnaturelles. 
fidîs  premièrement,  que  les  Evangeliftes  n’onc 
ijnt  inventé  ces  chofes  obfcures  &  difficiles 
qjils  font  dire  à  Jesus-Ckrist  ,  &  qui  font  en 
Ijfz  grand  nombre.  Car  comment  ces  pauvres 
fjheurs  feroicnr**ils  aflez  habiles  pour  inven^ 
lij  ce  que  les  Doefteurs  de  feize  fiécles  font  à 
fijnc  allez  habiles  ou  pour  entendre  ,  ou  pour 
ffe  entendre  aux  autres  ? 

:JIÎ  eft  vrai  d’ailleurs,  que  ces  palTages  obfcurs 
êjlifficiles  enferment  ou  rhiftoirede  cesfaits  mi- 
fJuleux  dont  nous  difputons,  ou  contiennent 
i  allufions  fi  naïves  &  fi  naturelles  à  ces  faits, 

qa’on 


2,  T  4  Traité  de  la  Vérité 

cju’on  n*a  aucune  peine  à  s’apercevoir  qüe  'Cc' 
qui  rdporte  ces  partages  fupofc ,  &  que  ces  fai 
font  véritables ,  &  que  ces  faits  (ont  publiqui 
ment  connus.  Par  exemple  ,  pourquoi  ]ea' 
Baptifte  cft-il  le  plus  grand  qui  foit  ne  de  fei’ 
me,  comme  J  e  s  u  s-C  h  R  i  s  T,  s’exprinj 
Ce  n’efl:  point  par  Tes  miracles  ;  car  il  n’eni; 
point  fait.  Ce  n’efl  point  par  fa  faintetc,  Moïii 
qui  a  été  apclé  le  plus  débonnaire  des  hommcj' 
Tco^aloit  bien  en  cela.  C’eft  donc  à  Pèf^ard  de  1 
vannage  qu’il  avoir  eu  de  voir  &  d  cniendie 
Mertic.  Mais  comment  eft-il  ajouté  que  le  moi| 
dreauRoïaumedes  Cieux  cft  plus  grand  que  lin 
Entendez  vous  par  le  Roïaume  des  Cieux,  || 
Roïaumedont  Jean  difoic  lui- même  ,  Le  R6iA^\ 
me  des  Cieux  eft  aproché  ^  N’eft-ce  point  pailf 
que  Jean  ne  vit  point  toutes  les  merveilles  de 
Roïaume  que  virent  les  moindres  Düciples  *: 
Jésus- Christ  .?  Ce  qui  fait  dire  à  ce  Sauvcij 
Or  vos  yeux  font  bien- heureux  ,  car  ils  voient  \  'i 
vos  oreilles  y  car  elles  entendent.  Car  en  vérité' 
vous  dis  que  plu/leurs  Rois  ^  plufieurs  ?rofhi\^ 
ont  defire  de  voir  ces  chofes  ,  ^  ne  les  ont  po'^ 
vues  j  d*ouir  ces  chofes  ^  les  ont  point  oüim 

Or  tout  cela  fupofe  les  miracles  de  jEStl 
Christ,  &  les  autres  merveilles  qui  conll 
ment  nôtre  lainte  Religion.  . 

Ce  qu’il  dit  au  fujet  du  blafphême  contre  i 
S.  Efprit ,  eft  tout-à-fait  furprenant.  Le  n(J 
même  qu  il  donne  à  ce  péché  a  quelque  chofel 
(ingulier  &  d’extraordinaire.  Car  jamais  * 
hommes  n’avoient  ainfi  parlé.  On  fçavoit  bien!': 
que  c’ctüit  que  pécher  contre  Dieu  i  mais  oni 
fçavoit  pas  ce  que  ç’étoit  que  pécher  contriU 
S.  Efprit,  &  moins  encore  ce  que  c’étoic  (je 
blarphcmcr  contre  le  S.  Efprit,  Ce  langage  m 
veau  vient  nécefldirement  de  ce  qu’il  y  a  ici  i 
révélation  nouvelle  &  des  objets  nouvcar 


!  Religion  Chrétienne*  2,Tf 

!  s  Juifs  ne  fçavoient  point  ce  que  c’croit  que  Je 
Efpric ,  à  prendre  ce  terme  dans  le  fens  des 
angeJiftes.  11  y  eüc  meme  quelques-uns  de 
IX  qui  avoienc  etc  convertis  à  Jesus-Christ 
Iji  ne  fçavoient  pas  encore  le  fens  de  cette  exprel* 
(jn.  Cependant,  lorfquc  nous  confultons  les 
Ipngiles,  les  Ades  des  Saints  Apôtres,  &  les^ 
>îcres  de  ces  hommes  extraordinaires  ,  nous 
ji  fommes  pas  lon^-tems  à  fçavoir  que  par  le 
ij Efpric  dans  la  plupart  de  ces  endroits  ,  il  faut 
Rendre  les  dons  extraordinaires  &  miraculeux 
^i  ctpient  comrSuniquez  aux  hommes  en  ce 
il|ns-Ià  ;  &  blafphémer  contre  le  Saint-Efprit , 
lifphcmer  contre  le  divin  &  glorieux  principe 
liji  faifoit  de  fi  grandes  vertus  en  Jesus-Christ, 
if  qui  donnoit  un  tel  pouvoir  aux  hommes. 
ijAînfi  il  y  a  dans  ce  paflage  premièrement  une 
^pfeurité  qui  fait  que  jamais  les  Evangelifies 
fc  feroient  avifez  de  le  fupofer  ,  fi  en  effet 
[■5US-Christ  n’avoit  pionor^cé  ces  memes,  pa- 
ijles  >  &*en  fécond  lieu,  ce  paflage  fupofe  in- 
*i.ntcftab]ement  les  faits  miraculeux  que  les  Pha- 
'  iTiens  atribuoient  à  la  puiflfance  de  Beelzebut  : 
A  quoi  confiftoit  proprement  le  blafphéme  con- 
[if  le  S.  Efprit. 

[  'Tout  de  meme  ce  paflTage ,  Si  quelqu'un  ne  re^ 
Hît  d'eau  ér*  d'efprity  a  une  obfcurîtc  embaraf- 
.;.ntc  ÿ  parce  que  jamais  les  hommes  ne  s’etoient 
^i;primez  de  la  forte.  11  efi  bien  difficile  d’en- 
.ibdrc  Je  fens  de  ce  paflTage  :  mais  il  cfi  beaucoup 
jus  d’fficile  encore  de  l’inventer  i  &  Ton  pouroit 
Icn.bîcr  tous  les  Docfleurs  qui  font  au  monde, 
p’ils  n’inventeroienc  rien  de  feinblable.  Sur 
lut  il  n’eft  point  naturel  que  les  Juifs  trouvent 
|cn  de  pareil ,  parce  qu’ils  n’ont  point  parmi 
îx  des  objets  qui  leur  donnent  toutes  ces  idées, 
^ais  lorfquc  vous  fupofez  le  bârcme  de  l’Efpric 
;ic  reçurent  les  Difciples  de  J  esus  -  Christ  , 
•  vous 


T  faite  de  la  Vente  1 

vous  n’avcz  plus  de  peine  à  comprendre  le  rej 
de  cette  exprefîion  mifterieule  &  remaïquabli 
On  peut  ajouter  à  çe  paflage  celui  qui  fait  mcil 
tion  du  bâteme  d’efprit  &  de  feu.  | 

La  fagefle  de  Dieu  a  voulu  de  meme  que  ccr| 
qui  nous  font  i’hinoire  de  la  Rcfurieâiion 
Jésus- Christ  y  nous  difent  des  chofes  que  no  | 
ne  comprenons  point  d’abord,  &  qui  ont  un  fc  i; 
raifonnablc  en  effet,  pour  qous  faire  compre  | 
dre  que  comme  il  efl  impofîible  que  ces  chof  l 
obfcures  &  difficiles  à  entendre  qu*ils  font  dire  j 
Jésus -CHRrsT  leur  foient  venues  dans  l’erpti| 
fl  Jésus- Christ  ne  les  avoit  dites  en  effet,  il 
fe  peut  par  conféquent  pas  qu’ils  aïent  invenjl 
ni  l’hiftoire  de  la  Refurredion  de  jEsu  ja 
Christ,  ni  les  entretiens  qu’ils  ont  eu  av»'-. 
ce  glorieux  rcfurcitc,  comme  par  exemple  ,  c,, 
paroles  que  Jésus- Christ  dit  à  Marie  : 
touche  point.  Car  je  ne  fuis  point  monté  a  mon  Pef  ^ 
On  pou  1  oit  faire  un  nombre  prefque  infini  de  c  | 
remarques,  lefquelles  fi  elles  n’ont  pa^  une  cv 
dence  démonlfrative  ,  font  pourtant  tiés-prtjh 
près  à  nous  faire  fentir  la  vérité  des  faits  dont 
s’agit  ici.  , 

Vous  trouverez  la  bonne  foi  des  Difcipl  ;) 
dans  ce  grand  nombre  de  circonfiances  qui  acon,;!, 
pagnent  leur  récit ,  dont  les  unes  font  fi  fingi  ai 
îieres,  qu’elles  ne  viennent  nullement  dans  Vc  \ 
prit  5  les  autres  paroifl'ent  fi  peu  refpedueiif''* 
pour  leur  Maître,  ou  fi  defavantageufes  poij 
eux- memes,  qu’il  n*y  a  aucune  aparence  qu’iî  < 
aïent  voulu  les  inventer  5  les  autres  (ont  fi  lié' 
avec  des  evenemens  qui  dévoient  être  fort  cor,» 
nus,  qu’ils  n’auroientofé  feulement  avoir  la  per, 
fee  de  les  fupofer  contre  la  connoiflance  publj  t 
que,  comme  nous  l’avons  fait  voir  amplemcn  r 
Mais  enfin  nous  ne  voulons  point  nous  arre 
ter  à  des  raifons  probables,  quelques  probab!', 


de  la  'Religion  Chrêtierinô*  ii7 

n’cîîes  foient  ,  &  quelques  capables  qu’elles 
iflcnt  de  former  une  véritable  dcmonltradon , 
ant  unies  &  raiTemblées.  Je  viens  donc  à  quel- 
UC  chofe  de  dcmonftracif. 

Toute  la  dcmonftracion  de  la  vérité  de  la  Re- 
TÎon  Chrétienne  roule  fur  cét.  argument.  Les 
pôtres  &  les  Difciples  de  Jésus- Christ  onc 
ü  de  bonne  foi  les  miracles  ,  la  réfurreclion , 
i/Vfcenfion  de  Jésus  -  Christ,  &  Tefrufion  des 
{)ns  de  Ton  Efpric.  Donc  tous  ces  faits  font  vé¬ 
ritables. 

I  Nous  avons  prouve  invinciblement  la  confé- 
jucncc  de  cct argument,  en  faifanc  voir  qu’il  eft 
inpoffible  que  les  Dilciplesie  foient  trompez  fur 
)us  ces  faits  enfemblesquc  quand  ils  fefcroîenc 
lompez  fur  le  fujet  des  miracles  de  JesuI- 
j  H  R I  s  T ,  ils  n*ont  pu  fe  tromper  fur  le  fujet  de 
i.  refurredion  ,  que  quand  ils  fe  léroîent  trom^ 
i’z  fur  le  fujet  de  fa  réfurredion ,  ils  n’ont  pu  fe 
jomper  fur  le  fujet  de  fon  Afeenfion  j  &  que 
band  ils  fe  feroient  trompez  fur  le  fujet  de  fon 
;jfcenfion  ,  ils  n’ont  pu  l’étre  fur  le  fujet  des  dons 
(iraculeux,  qui  croient  des  faits  d’une  connoif^ 
incc  intime  &  d’une  expérience  continuelle. 

Je  prouve  le  principe  de  cét  argument,  fçavoîr 
iic  les  Difciples  de  Jésus- Christ  ont  cru  ces 
[its  de  bonne  foi  s  &•  je  le  prouve  par  la  même 
’i'adation.  Je  dis  que  les  Difciples  n’ont  pu  trom- 
|:r  les  hommes  à  l’égard  de  miracles  de  Jesüs- 
HRisT  ,  non- feulement  parce  qu’ils  les  atte¬ 
int  aux  dépens  de  leur  repos ,  de  leur  fang  & 
b  leur  vie,  mais  aufli  parce  qu’ils  en  citent  les 
|:ux  ,  les  fujets ,  le  temps ,  &  généralement  tou- 
s  les  circonftances  néceflaires  à  la  découverte 
c  la  vérité  ,  &  qui  rendent  le  menfonge  im- 
pflibîe  ;  &  que  d’ailleurs  ils  confirment  ces 
firacles  par  des  miracles  aufli  grands,  ou  plus 
rands  ,  qu’ils  pictcndcnc  faire  en  prefcncc 
Tome  11,  K  de 


îiS  Traité  de  la.  Vérité 

de  ceux  à  qui  ils  cvangelifenc ,  ne  leur  diTaril 
pas  feiilemcnc  :  Ce  que  nous  avons  vu  de  «cl 
yeux  y  ce  que  nous  avons  oui.  de  nos  oreilles  ,  ci 
que  nous  avons  touché  de  nos  mains  ,  (  fai  Tant  al  j 
lufion  à  ce  que  Jésus*  Christ  fe  fie  touchfj 
apres  fa  refurredtion  J  ce  que  nous  avons  tou\ 
ché  de  nos -mains  de  la  parole  de  vie  ,  nous  vott<i 
V annonçons  j  mais  encore.  Lui  donc  a  répand i 
ce  que  maintenant  vous  votez  oiez  :  y  aïant  en'  i 
core  ceci  de  très  remarquable  en  cela  ,  c’eft  qu’i& 
prétendent  que  le  S.  Efprit  n’eft  defccndudaE| 
une  très  grande  mefure  fur  eux  que  depuis  quVj 
Jésus ‘Christ  efl  glorifie.  Ils  font  de  cett;^ 
vérité  un  article  capital  de  leur  Evangile.  £| 
•S*.  Efprit  y  difcnt-ils  ,  nétoit  point  encore  donné\^ 
farce  que  /ES VS  CHRIST  n  étoît  pas  encofif^ 
glorifié.  Vous  voïcz  ce  qu’il  entend  par  le  5j||| 
Efprit  ,  non  fimplement  la  grâce  de  Dieu  ii 
car  ils  l’avoient  déjà  reçue  dés  le  temps  qu« 
J  E  s  U  s-C  H  R I  s  T  étoit  avec  eux  :  non  quciqull 
mefure  des  dons  miraculeux  j  car  ils  Tavoierjo 
reçue  certainement ,  lors  qu’ils  furent  envoïC|) 
dans  les  divers  quartiers  de  la  Judée  pour  prc  j 
cher,  &  pour  faire  des  miracles  au  nom  de  leu' 
Maître  :  mais  cette  mefure  extraordinaire  i\y 
abondante  des  dons  miraculeux  qu’ils  rcçûrer'i 
le  jour  de  la  Pentecôte.  Car  comme  alors  i|;: 
dévoient  parler  à  toutes  les  nations,  ils  rcçtDt 
rent  le  don  de  parler  tonte  forte  de  langages 
furent  bâtilcz  &  inondez  de  cét  Efprit  doij 
ils  n’avoient  reçli  qu’une  petite  mclurc.  C ’c  • 
ce  qu’ils  apellcnt  recevoir  Veffet  de  la  promef  ] 
C’eft  ce  que  chacurv  des  Evangeliftes  nomm: 
être  hâtifez  du  S,  Efprit  de  feu. 

Mais  quand  on  ne  pourroit  pas  jufiifier  qu| 
les  Difciplcs  croïent  de  bonne  foi  le  mira, 
des  de  Jesus-Christ  ,  il  faudroît  demeurer  d’a 
€ord  qu’ils  croïent  de  bonne  foi  fa  réfurxeélion, 

n’etan 


de  la  Religion  Chréttennêé  ilj» 

i'éraîit  pas  pofîible  ni  qu’ils  s’acordcnt  à  la  tc- 
loigncr  malgré  tant  de  rudes  épreuves  dans 
n  temps  où  ils  dévoient  être  fi  abatus ,  ni  qu'iis 
ufi'enc  foütenir  ce  concert  comme  ils  font.  Je 
jis  la  meme  chofe  de  rAfeenfion  glorieufe  de 
IESUS-ChRI  ST, 

Certainement ,  quand  la  bonne  foi  des  Difci- 
Ics  feroit  (ufpedle  fur  le  fujet  de  run&dcTau- 
,*c  de  ces  deux  derniers  évenemens  5  il  ne  fc 
|sut  qu’elle  le  foit  fur  le  fujet  des  dons  mi- 
iculeux.  Car  fi  les  Difciples  de  Jésus-Christ 
;e  font  pas  dans  la  bonne  foi ,  ils  fçavent  donc 
u’ils  font  menteurs ,  qu  ils  ne  peuvent  point 
iiirc  des  miracles ,  ni  parler  toute  forte  de 
ingages  :  &  fi  cela  cft  ,  il  efl:  impolïible  qu’ils 
î  vantent  de  l’un  &  de  l’autre,  &  qu’ils  en 
aflent  une  article  effentiel  de  leur  Evangile.  Ils 
’cn  peuvent  pas  avoir  feulement  la  penfcc. 
lais  il  fc  peut  encore  moins  que  dans  cette 
erfuafion  cii  ils  font  qu’ils  ne  peuvent  point 
lire  des  miracles,  Sc  qu’ils  ne  parlent  que  leur 
ingue ,  iis  déclarent  que  Dieu  les  a  envolez 
Dur  faire  des  miracles  ,  &  pour  parler  à  tous 
:s  peuples  du  monde  à  chacun  en  fa  langue  ; 

:  il  fc  peut  beaucoup  moins  encore  ,  qu’ils 
romcticnt  à  leurs  Profélites  de  leur  faire  fai- 
b  des  miracles  ,  Sc  de  leur  faire  parler  toutes 
h  langues  d’une  telle  forte  qu^eux  &  les  au- 
*cs  s’en  apercevront  fur  le  champ.  Car  fi  les 
pifcipics  fçavcnt  par  leur  expérience  qu’ils  ne 
atlcnt  point  des  nouveaux  langages,  ils  vcïent 
UC  par  cette  meme  expérience  leurs  Proféli- 
;s  fçauront  bien  connoître  qu’on  leur  a  pro- 
lis  vainement  &  fauflement  de  leur  faire  par- 
71  des  nouveaux  langages. 

Q^and  un  feul  Difciple  de  Jésus- Christ  au- 
oit  pu  extravaguer  jufqu’à  ce  point  ,  il  eft 
■npofiible  que  tous  cnfcmbJc  aient  tout  d’uii 

K  ij  coup 


lie  Traite  de  la  Vérité  j 

coup  &  de  concert  extravagué  de  la  forte,  ij 
Mais  pofons  encore  que  tous  les  Difciplescnj 
trcprennent  de  perfuader  à  leurs  Profclites  qu’il 
leur  ont  confère  Je  don  de  parler  des  nouveau; 
langages  :  il  ne  fe  peut  que  cps  Prôfclités  îj 
croïent  contre  l'expérience  continuelle  qu’il 
font  du  contraire.  Car  fi  les  Difciples  fçaveij 
par  expérience  qu’ils  ne  parlent  pas  des  nôuj 
veaux  langages  ,  par  cette  même  expérience  ccj 
Profélites  fçauront  qu’ils  n’ont  par  reçu  le  do( 
de  parler  des  langages.  Et  fi  un  feul  pouvoir  (j 
le  perfuader,  Ç  ce  qui  meme  eft  impoflible  )  il  e 
impofiible  que  la  multitude  fe  le  perfuade,  l 
plus  impofiible  encore  que  cette  illufiôn  devicn 
lic  fi  univerfelJe  &  fi  durable,  que  S.  Paul  I 
trouve  non-feulement  établie,  mais  la  fupofe 
mais  entreprenne  de  corriger  des  defordres  qii 
naifloient  dans  des  Eglifes  particulières  à  fégarj 
de  Tufage  des  dons  miraculeux.  Mais  quand  Ici 
Difciples  de  Jésus- Christ  pourroient  avoir  1 
penfée  de  promettre  des  dons  çniraculcux  qu’il  i 
içavcnt  bien  n’avoir  pas,  &  de  faire  parler  de 
langages  qu’ils  n’entendent  ni  ne  parlent  cux| 
mêmes  ;  quand  cette  multitude  de  Profélitcj 
&  de  Difciples  pourroit  fe  perfuader  qu’il 
entendent  ce  qu’ils  n’entendent  point  ,  qu’ij 
parlent  des  langues  qu’ils  ne  parlent  non  pluj 
qu’avant  leur  vocation,  contre  leur  expérien: 
ce  &  contre  leur  fentiment  :  il  ne  fe  peut  qu 
CCS  éfers  qui  n’exifient  que  dans  rimaginatioiâ 
Jes  uns  des  autres  ,  frapent  les  yeux  des  alïïjj 
Pans,  &  que  les  Juifs  glorifient  Dieu  de  voif 
l'E fprit  de  Dieu  defeendre  fur  les  Gentils.  Maijfi 
quand  tour  cela  feroit  pofiibîe  ,  il  ne  fe  peaj 
que  fi  l’on  éprouve  cette  ilIufion  fur  Je  don  dh  i 
parler  des  langages  ,  on  l’éprouve  encore  fu  i 
le  don  de  les  interpréter,  encore  moins  fur  tcuii,' 
les  autres  doiis.  i 


délit  Religlm  Chrétiennê.  iii 

?|  Apres  cela  ,  je  joints  à  cette  confidcratîon  cel- 
ij:  de  la  patience  des  Difciples,  de  leur  faintetc, 
lie  leur  charité,  de  leur  zcle,  de  la  maniéré  donc 
Ils  parlent,  de  la  maniéré  dont  ils  agiiTenr,  de 
l|ur  defintereffemenr  ,  de  leur  finccritc  &  de 
t’j.'ur  naïveté  :  &  il  me  fembic  que  tous  ces  carac- 
;res  enfemble  me^  perfuadent  avec  tant  de  lu- 
liere  &  d’évidence  que  les  Difciples  font  dans 
bonne  foi ,  &  qu’ils  n’ont  pas  deffein  de  me 
i  ioniper  ,  que  je  ne  fuis  plus  en  peine  de  démon- 
;  ration  pour  en  être  convaincu. 

Il  eft  bon  maintenant  de  fatisfaire  à  quelques 
nites  difficultcz  qui  pourroient  n’aître  de  ce  qui 
été  dit  fur  les  faits  miraculeux. 

La  première  difficulté  confifte  à  fçavoir  ,  corn- 
î'ent  les  ennemis  de  l’Evangile  ont  pii  étoufer  la 
,|)nnoi(rance  de  tant  de  faits  extraordinaires  Sc 
ifiraculeux  qui  fembloient  être  capables  de  con- 
hrrtir  tout  le  orenre  humain  ,  ou  du  moins  les 
f|ii5  ou  CCS  chofes  s’ctoient  pauees. 
j  Je  réponds  premièrement  ,  que  ces  faits  n’ont 
\':c  en  aucune  façon  ni  étoufez  ,  ni  cachez 
aucune  forte.  Ils  l’ont  été  fi  peu  ,  qu’ils 
tnt  converti  un  nombre  infini  de  Juifs  &  de 
;  entils,  Sc  en  très- peu  de  temps.  Je  réponds 
n  fécond  lieu  ,  que  diverfes  eau  Tes  extérieu¬ 
rs  ont  pourtant  contribué  à  en  affoiblir  l’im- 
ieffion.  Premièrement  les  Doêleurs  Juifs  fi- 
mt  ce  qu’ils  piirent  pour  faire  acroire  au  peu- 
ile  que  c^s  miracles  étoient  Téfet  de  quelque 
lagie  ou  de  quelque  efpcce  de  commerce  avec 
ç  démon. 

■En  fécond  lieu  ,  les  puIlTances  féculieres  étoient 
ellement  déchaînées  contre  cette  Sedle,  qu’il 
Uoit  fe  préparer  à  être  jetté  dans  un  cachot  , 

U  à  monter  fur  un  échafaut  ,  ou  même  à 
iuelque  chofe  de  plus  trifte  &  de  plus  funefte, 
:uand  on  vouloir  s’atachcr  à  J  £  s  u  s-C  hr  i  s  t. 

K  iij  Et 


1 

i 

’i'it  Tratti  de  Vérité 

Et  "comme  rîen  ne  faic  plus  d'impreiïion  fur  la  ( 
hommes  queîes  fuplices,  les  peres  defendoient  S)  i 
leurs  enfaos  d'avoir  aucune  communication  avci 
les  Chrétiens  i  par  la  crainte  qu’ils  avoient  de  le;  i 
voir  expirer  dans  les  tourmens  :  &  ils  fe  dé- 
fendoient  cette  focictc  à  eux- memes  avec  beau-  ; 
coup  de  fcvciirc.  Or  ccc  éloignement  qu’oi^ 
avoir  pour  les  Chrétiens  >  faifoit  qu’on  fermoi, 
les  yeux  &  les  oreilles  pour  ne  point  oüir  ku; 
parole,  ni  voir  leurs  miracles. 

'  En  troifiéme  lieu  ,  la  dodtrine  des  Apôtre 
choquoic  tellement  leurs  préjugez,  qu’ils  n 
pouvoient  manquer  de  la  fuir  &  de  la  haïr.  L  . 
croix  de  Jésus-Christ  ctoit  le  fcandalc  du  Juii 
&  la  folie  du  Grec.  , 

E2nfin]a  Rclîgio-n  Chrétienne  abolilTant  la  Pé¬ 
dagogie  Légale  &  la  Religion  Païenne ,  un  Jui; 
ne  pouvoir  devenir  Chrétien  ,  fans  renoncer  à  c 
qu’il  avoir  toujours  regardé  comme  de  plus  in  ^ 
vîolable  :  &  le  Païen  ne  pouvoit  croire  en  Jésus  i 
Christ,  fans  regarder  comme  profane  ce  qu’; 
regardoie  auparavant  comme  de  plus  facrc.  D 
là  vient  que  l’Ecriture  nous  parle  des  cïets  d, 
l’Evangile  acompagné  de  la  vertu  du  S,  Erprit, 
comme  de  la  ci  cation  de  nouveaux  Cieux  l  > 
d’une  nouvelle  terre. 

Ajoütcz  à  cela  les  foins  infinis  que  les  Pretre:  ^ 
Juifs  &  Païens,  &  les  Magiftrats  de  l’un  &  d 
l’autre  peuple  prenoient  d’éroufer  la  lumière  d 
TEvangile  ÿ  &  lesfoiblcflcs ,  les  paflionsdes  hom 
mes  incapables  feulement  de  foütenif  par  eux 
memes  l’idée  des  tourmens  qui  furent  invente 
pour  empêcher  les  progrez  du  Chriftianifme  :  ^| 
vous  ne  ferez  plus  étonnez  de  ce  qui  vous  a  fur 
pris  d’abord. 

On  peut  demander  en  fécond  lieu,  pourque 
les  Hiftoriens  Païens  né"font  aucune  mention  c| 
ces  grandes  merveilles  de  l’Evangile ,  qui  mcril 

toierj 


de  la  Keliglon  Chrettennê;  ilj 

V  «lient  pourtant  bien  de  tenir  un  rang  confidérable 
•  ’irmi  tant  d’autres  cvcncmens  qu’ils  raportenr. 

On  répond  que  cette  confidcrarion  ne  fait 
“  tn  contre  la  vérité  des  faits  que  nous  avons 
ablis  :  premièrement  ,  parce  qu’on  ne  peut: 
rer  que  des  coiiiéquences  cxceflives  de  ce  prin- 
!  pe  qui  prouve  trop.  Les  Auteurs  profanes 
‘  ont  rien  dit  de  Jésus- Christ.  A  peine  con- 
)iflent-ils  fon  nom.  Suetone  en  parle  ainfi: 
jidâi  îumultuati  funt  ^  Chrifio  impulfore*  S’en- 
i:iit-il  de  ce  que  Suetone  ne  connoît  pas  bien 
nom  de  Jesvs- Christ  j  que  Jésus  -  Christ 
ait  point  etc,  ou  qu’il  ne  fe  nommât  point 
hriftus  }  Les  Auteurs  profanes  ne  difent  pas 
u’il  s’établit  en  tres-peu  de  temps  des  Eglifes 
'  hrctîcnnes  à  Rome  ,  à  Corinthe  ,  à  Ephéfe  , 
u\  Sardes,  à  Smirne,  à  Philipes  ,  à  Thefi'a- 
jbnique,  &c.  s’enfuit-il  de  là  que  tout  cela 
fj’cft  pas  véritable  j  Certainement  s’il  y  a  quel* 
rue  fait  certain  dans  le  monde  ,  celui-ci  l’cfl 
■ms  difficulté.  Je  veux  que  les  miracles  ,  la 
éfurreélion  Sc  l’Afcenfion  de  J  e  s  u  s-C  h  Ri  s  T, 

^  uflent  des  faits  douteux  :  on  peut  dire  du 
:  inoins  que  l’établifTement  de  ces  Eglifes  Chré- 
Jiennes  compofées  de  gens  qui  croïoient  ces 
îhofes,  eft  un  fait  très  certain.  C’eft  un  fait 
jjui  étoit  d’ailleurs  très  important  &  très  re- 
Siarquab^e.  Cependant  il  n’a  point  été  raportc 
')ar  les  Hiftoriens  du  fiécle.  L’objeiftion  va  donc 
trop  ît>in.  Elle  prouve  trop,  &  par  là  elle  ne 
prouve  rien. 

'  Je  dis  en  fécond  lieu,  que  les  Hiftoriens  du 
fiécIe  ont  parlé  avec  tant  d’ignorance  des  affai¬ 
res  des  Juifs,  qu’il  ne  faut  point  s’étonner  qu’ils 
paroiffent  peu  inftruics  de  celles  des  Chrétiens  , 
iqu’ils  regardoient  comme  une  Secte  des  Juifs. 
Car  fl  l’on  trouve  que  rHiftoirc  de  ces  Auteurs 
ne  s’acorde  pas  bien  avec  l’Evangile  des  Apôtres  ; 

K  iiij  qu’o^ 


ai 4  Traite  delà  Vérité  1 

r^u’on  la  compare  avec  rhiüoire  de  Jofephc> 
on  verra  qu’elle  ne  s’acorde  pas  mieux  avec  cellc  |  - 
ci  qu’avec  l’autre.  | 

Enfin  les  Auteurs  Païens  ont  regardé  la  Rcvl 
lîgîon  Chrétienne  comme  une  efpcce  de  magil; 
&  de  fiiperfiicion  dcteftable  qui  alloic  à  la  rüin(!^ 
du  genre  humain.  Il  eft  certain  que  les  homme 
faiioient  tout  ce  qu’ils  pouvoient  pour  en  donil- 
»er  cette  idée  aux  hommes  du  temps  des  Apô-jj<^ 
très,  &  long-temps  apres  eux  ,  &  qu’il  ctoi,;^' 
dangereux  de  parler  autrement.  Tout  le  mondij^ 
croit  ami  ou  ennemi  des  Chrétiens.  Les  ami;t| 
des  Chrétiens  ont  été  Chrétiens  eux-mêmes  ;  &  \- 
ceux-ci  ont  parlé  Sc  écrit  ce  qu’ils  fçavoient  de:! 
merveilles  du  Chriftianifme.  Les  autres  n’au-j/. 
roient  ni  pu ,  ni  voulu ,  ni  ofé  écrire  comme  ceux-!  • 
ci.  Ils  ne  l’auroient  point  voulu  ,  de  peur  d(', 
faite  tort  à  leur  parti,  &  de  déshonorer  leuij>| 
Religion.  Ils  ne  l’auroient  pü  ,  parce  qu’ilîij 
étoient  eux-mêmes  mal  inftruits  des  meîveillcîlj 
du  ChriftianiTme  5  aïant  toujours  craint  la  lo-^l 
ciccc  des  Chrétiens  ,  &  regardé  comme  une-; 
perl'uafion  bien  trille  &  bien  dangereufe  la  foil 
de  ces  hommes  ,  qui  ne  gagnoient  à  profelTciit 
leur  Religion  que  les  fuplices  &  que  la  mort,  j 
Enfin  ils  n’auroicnr  ofé  écrire  les  chofes  conl-,V 
me  elles  croient  ,  quand  ils  les  auroient  fçüës  ’A 
parce  que  fur  leurs  propres  Ecrits  on  les  auroit 
aeufez  d’être  Chrétiens  :  crime  qui  ctoit  puni  û 
ligoureufemcnt  en  ce  temps- là ,  &  qui  ne  pou¬ 
voir  pas  manquer  d'attirer  ou  leur  perte  particu- < 
liere  5  ou  s’ils  étoient  déjà  morts,  la  honte  & 
l’oprobre  de  leur  famille. 

On  demande  en  iroificme  lieu,  pourquoi  les 
Apôtres  aïant  la  vertu  de  guérir  les  malades  & 
de  réfiifciter  les  morts  ,  n’ont  &  refufeite  tous! 
les  morts,  &  guéri  tous  les  malades  qui  étoient 
dans  la  Judée,  parce  (^u ‘alors  tout  le  monde' 

auroit 


4 


de  U  Religion  Chrétienne*  iif 

llturoît  etc  oblige  ,  maigre  qu’on  en  eut ,  de  croi- 
Ji:c  en  Jésus- Christ.  On  répond  que  cette  de- 
g  Uande  efl:  toute  feinblable  à  celle  que  les  meur- 
K  Iriers  de  Jésus- Christ  faifoient  lors  qu'ils  le 
^  rrucifioienc ,  Il  et  fauvéles  autres,  difoient-ils , 
\He  ne  fe  fauve-î^il  lui-même ,  ^  nous  croirons  eru 
Ht  ',  &  toute  pareille  à  celle  que  nous  feroit  quel¬ 
qu’un  ,  s’il  nous  difoit ,  Pourquoi ,  s'il  y  a  un 
Dieu  ,  ne  fe  fait- il  voir  &  connoître  fenlible- 
ment ,  en  parlant  d'une  voix  claire  &  immédiate 
lu  haut  des  Cieux  ?  &  alors  tous  les  hommes 
reroient  obligez  de  le  connoître  makre  eux. 

C*eft  que  Dieu  ne  veut  point  être  connu  mal¬ 
gré  nous  j  &  qu’ainfî  il  faut  qu’il  fe  manifefie 
non  comme  il  plaît  à  nos  pallions ,  mais  comme 
il  plaît  à  fa  fagefle.  Si  J  e  s  u  s-  C  h  R  i  s  t  ou  les 
î  Apôtres  avoient  t^fufeité  tous  les  morts ,  la  Foi 
^fe  feroit  changée  en  vüë,  &  Dieu  n’suroit  point 
I  rcülîi  dans  le  delTein  qu’il  a  de  nous  conduire 
‘•fpar  la  foi.  Il  fufïic  que  Jésus- Christ  &  les 
1  Apôtres  ont  guéri  un  nombre  prelqu'infini  de 
malades  ,  &  rcfuTcité  non  pas  un  mort ,  mais 
pîulîeurs  morts.  Il  faloit  cela  pour  confirmer 
:Ja  vérité  de  leur  vocation.  Cela  étoit  ncceffai- 
re  ,  puis  qu’il  ne  s’agiffoit  pas  de  moins  que  de 
ifaire  recevoir  un  crucifié  ,  &  de  le  faire  ado- 
irer  comme  le  Fils  de  Dieu  ,  &  d’obliger  les 
j  hommes  à  courir  au  martire.  Mais  il  n’en  fa- 
loir  pas  d’avantage,  puis  qu*il  ne  s’agilToit  pas 
de  changer  l’œconomie  de  la  Foi ,  mais  de  la 
perfedionner  j  ni  obliger  les  hommes  à  croire 
malgré  eux  ,  mais  de  les  obliger*à  croire  con¬ 
formément  à  leurs  lumières. 

Mais  je  veux  que  toutes  ces  difficultez  foienc 
en  efet  plus  grandes  qu'elles  ne  le  font  :  on  doit 
régler  des  opinions  fpcculativcs  par  des  preuves 
de  fait  ,  &  non  pas  régler  les  preuves  de  fait 
par  des  opinions  fpcculatives.  Et  cette  vérité 

K  V  cft 


tié  Traité  de  la  Vérité 

cft  une  maxime  generale  qui  a  lieu  Tur  toute, É 

les  chofes  du  monde.  J 

II  y  avoic  d  allez  grandes  diificultez  à  recori^ 
Eoître  qu*il  y  eut  des  Antipodes.  Les  uns  pré  | 
tendoient  que  cela  choquoic  Je  bon  lens  :  &  Je,^ 
autres  prétendoient  que  cela  ne  s'acordoit  poiii 
avec  les  principes  de  la  Religion.  On  faifoitde;^ 
difficultez  &  des  objections  confidcrabîes  contn  iv 
cette  opinion.  Mais  quand  la  preuve  de  fait  cl  : 
venue ,  on  s’eft  ipocquc  de  ces  objeCtions  &  de  cc  5 
difficultez.  . 

Quelques  Phîlofophcs  font  voir  par  leur  raî  t 
fonnemenr,  que  le  mouvement  eft  impolïible,}^ 
Mais  comme  c’eft  un  fait  d*expcriencc  qu’il  y  al 
un  mouvement,  on  laifle  dire  ces  PhilofopheSjp. 
&  on  en  croît  ce  qu’on  en  voit. 

Et  je  dirai,  fans  craindre  4’cn  trop  dire,  qu’iljji 
n’y  a  jamais  eu  de  faits,  &  qu’il  n^y  en  aura  a 
point  fur  lefquels  on  n’aît  pü  former  des  dif-;| 
ficultez  de  fpcculation  aflez  fpecieufes  &  aflcz  Û 
confîdcrables.  On  en  fait  fur  le  flux  &  fur  le  rc-  T 
/iux  de  la  mer ,  fur  TatraClion  de  Taîman  par  le  fer, 
fur  la  fourcc  du  Nil,  fur  les  météores,  fur  les 
peuplades  &  la  propagation  du  genre  humair?.; 
Nous  convenons  avec  les  incrédules  ,  qu’on 
peut  faire  des  diificultez  ,  &  de  grandes  di  fficul- j 
tcz  fur  les  mifteres  de  la  Religion,  comme  Ton 
en  fait  qui  ne  font  pas  moins  confîdcrables  fut  ; 
les  mifteres  delà  Nature.  Mais  je  fontiens  qu’il , 
faut  renoncer  au  fens  commun  ,  pour  préférer  ; 
des  difficultez  de  fpéculation  à  des  preuves  de 
fkît. 

Q^nd  nous  ne  ferions  que  raifonner  fur  la  na¬ 
ture  des  chofes,  &  fur  les  principes  de  la  Re-; 
iigion  naturelle,  nous  trouverions  que  faifanc 
comparaifon  de  nos  lumières  &  de  nos  difficul¬ 
tez  ,  les  premières  rcmporteroîcin  de  beaucoup 
fur  les  autres  i  &  c’eft  une  vérité  que  nous 

croïons 


de  la  Keligion  Chrétienne.  21.7 

ifoïons  avoir  très- bien  prouvée  dans  la  premie- 
je  Partie  de  cét*  Ouvragée.  Mais  quand  nous  ne 
irouverions  que  des  dilHcuhcz  fans  lumière  dans 
CS  principes  naturels,  il  faudroit  faire  céder  ces 
outes  de  fpéculation  au  fentiment  des  pieuves 
c  fait  j  à  moins  qu’au  ne  veuille  faire  ici.  une 
hofe  qui  cft  fans  exemple  &  toui-à-faît  contrai- 
c  au  fens  commun. 

Mais  apres  avoir  fait  connoître  la  vérité  de  ces 
aits  cflénticis  qui  font  contenus  dans  les  Ecrits 
!cs  Apôtres  ,  il  ne  nous  relie  qu’à  les  faire  fen- 
ir  par  des  remarques  abrégées  que  nous  ferons 
ur  divers  endroits  du  Nouveau  Tellament,  & 
|ui  fe  raporteront  toutes  ou  à  nous  perfuader 
]iie  les  Apôtres  ont  véritablement  enfeîgnc  ces 
aits  miraculeux ,  ou  à  nous  montrer  qu’ils  ont 
:tc  perfuadez  de  bonne  foi  des  chofes  qu’ils 
innonçoient,  ou  à  nous  faire  voir  qu’ils  n’éne 
|)U  fe  tromper  fur  ces  faits.  Car  ces  trois  prin- 
n’pcs  forment  la  démonllration  de  la  vérité  du 
Chriftianifme. 


'Réflexions  fur  rEvangile  félon  S.  Matthieu. 

CHap.  2.  I,  Orfefus  étant  né  en  Rethléem  , 
voici  venir  des  Mages  ,  &c.  Ces  Mages  font 
CS  prémices  des  nations  qui  viennent  rendre 
lommagc  à  Jésus  -  Christ.  Les  Dodeurs  Juifs 
ronfultcz  rcconnoilTcnt  que  le  MelTie  doit  naître 
ï  Bethléem ,  &  font  dans  un  ^utre  fentiment 
|]uc  les  Juifs  de  nos  jours  ,  qui  détournent  l’o- 
raclc  de  Michée  j.  à  un  autre  fens.  Au  refie 
:cttc  hiftoire  de  la  venue  des  Mages  ne  peut 
5trc  inventée.  I.  Parce  qu’elle  a  un  admirable 
raporc  avec  l’oracle  de  Balaam ,  lorfque  ce  der¬ 
nier  s’écrie,  fe  le  voi  y  mais  non  pas  maintenant  y 
'^e  le  regarde ,  mais  non  pa»s  de  prés  :  Vne  étoile  efl 
'^recédée  defacob,  un  feeptre  s'e/l  élevé  d'Jfraél. 

K  vj  Étoile 


ii8  Traité  de  la  Vérité 

Etoile  cîes  Mages ,  fceptre  de  J  e  s  u  s-  C  h  R  l  s  ts| 
1 1,  Les  Evangeiiftes  ne  pouvoient  pas  faîrîî 
acroire  à  route  la  ville  de  Jerufalcm  ,  qu’elli 
avoir  etc  troublée  par  la  venue  de  ces  Mages  :  5 1 
moins  encore  pouvoit-on  perfuader  contre  I;iv 
notoriété  publique  ,  qu’Herodc  eut  fait  une  iî; 
barbare  cfufiorr  de  fang  innocent.  III,  Il  fauil 
bien  qu’on  lui  eut  répondu  que  c’étoit  en  Bcth*  . 
lécm  que  le  Chrift  ou  le  Meflic  devoir  naître  • 
puifque  c’eft  là  qu’il  envoïe  les  miniftres  de  f.  :î 
fureur.  IV.  Jofeph  fe  fauve  en  Egypte.  Ii 
craint  de  retourner  en  Judée,  aïant  oiii  qu’Ar-'V 
chelaiis  régnoit  en  la  place  de  fon  pere  :  cir|f 
confiance  qui  fe  raporte  tres-bien  avec  toute j 
les  autres.  i 

Chap.  5. 1.  Or  en  ce  temps- là  vint  Jean  Baptifie-^ 
Jean  prédit  ici  la  ruine  des  Juifs  en  ces  termesü 
Bace  de  vipères ,  qui  vous  a  aprïs  à  fuir  l'ire  qu  * 
eji  à  venir  ?  Or  la  hache  eft  déjà  mife  à  la  racin 
des  arbres  :  cejl  pourquoi  tout  arbre  qui  ne 
point  de  ben  fruit ,  s'en  va  être  coupé  ^  jeîU\^ 
feu,  &c.  Jean  prédit  réfiiCon  du  S.  Efpiit  fuij 
les  Apôtres,  lors  qu’il  parle  ainfi. //  eft  vrai  qui\ 
pour  moi  je  vous  batife  d'eau  en  repentance  :  matiV 
€elui  qui  vient  après  moi  eft  plus  fort  que  moi ,  &C  . 
four  lui  il  votes  bâti  fer  a  du  S,  Efprit  ^  du  feu  \ 
Enfin,  Jean  vit  le  S.  Efprit  defeendre  fur  Jésus  ^ 
Christ  fous  une  forme  qui  marquoit  le  ca* 
ladlere  de  douceur  &  de  débonnaireté  dont  £3 
rie  feroic  marquée,  &  il  entendit  cette  voix  dti 
Ciel  ,  Cettui^ci  eft  mon  Fils,  Sic,  Trois  faitij 
qui  ont  une  liaifon  nécefl'aîre  avec  les  principe  ; 
de,  la  Religion  ,  s’ils  font  véritables  ,  comtn<|i: 
ils  paroîrront  à  tous  ceux  qui  confidéreront  kji 
chofe  d’afTez  prés.  En  vain  foupçonnera-t-o; 
l’Evargelifle  d’avoir  invente  cette  prédiélion  d' 
la  ruine  de  Jerufalem  ,  qu’il  met  en  la  bou*j 
che  de  Jésus  -  Christ  ,  puifque  cct  Evargif 


de  la  Religion  Chrétienne,  sip 

;  été  écrit  avant  ccc  cvcncment.  En  vain  fein- 
i  ra-t-on  que  la  prcdidlion  du  baptême  du  S.  Ef- 
irit  &  de  feu  a  été  ajoütce  à  Thiftpire  de  Jean- 
laptifte  ?  Car  comment  les  Difciples  Tauroienc 
is  mis  en  la  bouche  de  Jean-Baptifte  ,  s’ils  n’a- 
oient  rien  vu  d’aprochant  ?  Ou  fi  en  effet  ils 
nt  etc  bapcifez  du  S.  Efprit  &  de  feu  ,  pourquoi 
tfufera-t-on  de  croire  que  Jcan-Baptifte  Ta 
-redit  > 


!  Ch  AP.  4.  I.  u^lors  Jisus  fut  emmené  par 
[Efprit  au  defert ,  &c.  Si  les  Evangelîftes  fui- 
'oient  une  autre  régie  que  la  vérité  dans  leurs 
icrirs  ,  ils  n’auroient  jamais  mis  Jesus-Chris’T 
ntre  les  mains  du  diable  ,  qui  le  tranfporte  tan- 
ôt  fur  les  créneaux  du  Temple  ,  &  tantôt  fur 
inc  haute  montagne.  Nous  trouvons  icj  une 
I  narque  inconteflable  de  leur  fincérité. 

Verf.  ip.  Et  il  leur  dit ,  Venez,  après  moi ,  ^  je 
.  ‘Wus  ferai  pêcheurs  d'hommes,  Qq[  eft  celui-ci  j 
^  |ui  fans  richefles ,  fans  armes,  fans  autorité  ,  & 
ans  aucun  fecours  humain  ,  veut  changer  les 
jccheurs  de  poiffons  en  pêcheurs  d’hommes  ? 

lui  a  mis  au  coeur  cette  penfée  ?  Quel  def- 
Icin  !  Quelle  entreprife  !  Qi^lle  confiance  avec 
*^ant  de  foibleffe  !  Pour  prédire  &  pour  exécuter 
pc  projet  ,  il  faut  que  Jesüs-Christ  Toit  le  Maî¬ 
tre  de  ces  Difciples ,  pour  les  changer  miraculeufc- 
ment ,  Maître  de  leur  efprjt ,  pour  Téclairer  3  Mai- 
:rc  de  leur  coeur ,  pour  Je  détacher  des  objets  du 
imonde  3  Maître  de  l’avenir,  pour  le  prédire  3  Maî- 
He  du  prefent ,  pour  en  difpofer  :  Maître  des  incli- 
hâtions  des  hommes  qui  doivent  être  pris  :  Maître 
Idc  leur  réfifiance,  &  des  obfiacles  qu'ils  doivent 
opofer  de  leur  part  :  Maître  des  ennemis  de  fon 
nom  :  Maître  des  evénemens  &  des  conjontî^ures* 

'  Verl.  14.  Alors  fa  renommée  courut  par  tou^ 
te  la  Syrie.  Les  Evangclifics  n’ont  pii  faire  acroire 
que  Jesus-Christ  s’étoic  rendu  célébré  par  des 

miracles, 


Tr^Jté  de  la  Vérité  I 

miracles ,  fi  en  efFec  il  n’en  a  fait  ni  prétendu  fai'  I 
rc  aucun.  Ajoutez  à  ccJa ,  que  jEsos-tHRisT  ciB 
diftinguc  de"  Jean-Baptiüe  ,  en  ce  que  runafaijl 
plufîeurs  vertus  éclatantes,  &  que  l’autre  ne  s’tiw 
diftingué  que  par  la  pureté  de  fes  mœurs.  Qu® 
fl  Jésus  -  Christ  a  paffc  pour  faire  des  mira  i 
des  ,  il  ne  s’agit  plus  que  de  (çavoir  ,  fi  ccsmib 
racles  font  vrais ,  ou  faux  :  Ce  qui  dépend  d»  ' 
l’examen  des  témoins  qui  les  ont  vus  ,  delana'  r 
turc  des  faits,  des  ennemis  qui  fc  font  opofczjl 
&c.  il 

Chap.  j.  I.  Or  Jésus  votant  les  troupes  y  n7on  % 
ta  fur  une  montagne  y  &c.  ^  aïant  ouvert  fa  hou'^^^ 
che ,  il  les  enfeignoit.  Je  ne  dis  rien  fur  ce  Set*)? 
mon  cxccicnt  que  Jesus-Christ  fit  furlamon^is 
tagne.  II  faut  le  lire  ,  &  demeurer  d’accord  cn*)t;' 
fuite,  que  c’ell  un  abrégé  de  tout  ce  qui  fut  ja-lÿ 
mais  conçu  de  plus  fain,  de  plus  pur,  dé  plu  II 
fpiritucl ,  de  plus  definterefle,  de  plus  furprenan  !| 
&  de  plus  fublime.  Lifez-lc ,  &  vous  ferez  éton-|r 
né  de  fa  doctrine,  auflî-bien  que  les  troupes 
Chap.  8.  i.  Bt  quand  il  fut  defeendu  de  îa\>. 
montagne  ,  &c.  Vous  trouvez  dans  ce  Chapî*|r 
tre  les  lépreux  ncttoïcz  ,  les  malades  abfens  &  a 
éloignez  de  lui  guéris  par  fa  parole,  les  orageîjjj 
de  la  mer  apaifez,  les  démoniaques  délivrez  ,  &  1 
les  Gadareniens  confternez  par  la  perte  de  IcuijI 
troupeaux,  &  furpris  de  voir  les  dcmonîaqucî  j 
guéris  :  qui  font  tous  des  faits  qu’on  ne  pouvoit  s 
avoir  fait  acroirc  aux  Evangclifics  par  illufionj:] 
&  que  les  Difciplcs  n’ont  pu  faire  acroirc  coi^|i 
tre  la  notoriété  publique.  ! 

Verf,  II.  Mais  je  vom  disque  plufieurs  vlen-'j 
dront  d^ Orient  éf*  d* Occident,  Qui  cft-ce  qui  A  i 
éclairé  rEfprit  de  Jesus-Christ  ,  pour  lui  fai- ^ 
re  prédire  la  vocation  des  Gentils  ? 

Verf.  11.  Bt  Jésus  lui  dit  y  Sui^moiy  ^  laijft\' 
les  morts  enfevelir  leurs  morts*  Cette  expreflion 


àe  la  Religion  Chrêtlennê^ 
i:  d'un  homme  qui  a  prcfondcmenc  médite  fur 
I  vamtédes  choies  humaines,  tôc  qui  eft  parfai- 
iTicnt  pcrfuadé  de  Ja  mifçre  &  de  la  corruption 
r*s  hommes.  Jamais  homme  avoit-il  parle  de 
icrr  maniéré  f 

Verf.  54.  Er  voici  toute  la  ville  fortit  au  devant 
I  Jésus,  avant  vu,  le  prièrent  qu  il  fe  reti- 
\ty  Scc,  Voilà  un  affez  bon  nombre  de  témoins 
4!ii  pouvoient  démentir  les  Evangelifks,  fi  ce 
i:t  n*cüt  pas  etc  véritable. 

C  H  A  P.  9,  I .  Alors  étant  entré  dans  la  nacelle^ 
i:.  Dans  ce  Chapitre  Jésus -Christ  arrache 
athieu  du  lieu  de  fon  Péage  ,  guérit  une  fem- 
lî  malade  d’une  perte  de  fang  depuis  douze  ^ 
5 s,  rend  Javuë  à  deux  aveugles,  réfufeite  une 
jtitc  fille  ,  délivre  un  démoniaque.  Mathieu  , 
ni  cfi  celui  qui  fait  i’hiftoirede  ces  chofes  ,  & 
l’aucun  interet  n’obligeoit  à  fuivre  J  i  s  ü  s- 
R  1  ST  au  préjudice  de  fon  repos ,  ne  pou- 
'•it  ignorer  la  force  &  l’empire  qui  l’avoient 
nligé  à  fuivre  Jesus-Christ.  Jaïrus  fçavoit  fi 
:  fille  avoit  été  réfuTcitée  :  fes  parens  en  étoicnc 
;ftruitsi  les  voifîns  &  les  joiieurs  d’inflrumcns 
iii  étoient  déjà  venus  pour  honorer  fes  funcrail- 
lî ,  ne  rignoroient  pas.  Les  aveugles  &  les  mala¬ 
is  de  la  ville  dévoient  avoir  éprouvé  cette  ver- 
!  falutaîrc  qui  fortoit  meme  de  fes  habits.  Corn¬ 
ent  tant  de  perfonnes  autoicnt-clles  du  fçavoir 
vérité  de  la  chofe  ,  fans  que  les  Difciples  aïcnc 
ix-memes  fçû  cequîen  étoit  ?  Ou  comment  fça- 
lant  le  fait,  auront-ils  pu  s’accorder  à  troin- 
.*r  l’Univers  à  leurs  dépens ,  &  contre  leurinic- 
:c  temporel  ? 

Verf.  J.  Car  lequel  efl  le  plus  aifé  de  dire  y  Tes 
\chez  te  font  pardonnez  ,  ou  de  dire  y  Leve-toi  y 
arche}  Il  n’y  a  rien  de  fufpcdl  dans  le  procédé 
un  homme,  qui  prefuve  par  des  miracles  fenfi- 
les  &  falutaires  l’autorité  qu’il  s’attribue. 

Verf.  ij. 


132  Traité  de  la  Vérité 

VeiH  13.  Mais  allez.  >  aprenez  ce  que  c  efl  :  b 
•veux  mifericorde  y  ^  non  point  facrifice»  Le  ciilV' 
fpiricuel  eft  le  fcul  que  Dieu  puifl'e  agréer.  Li  - 
cérémonies  de  Moïïe  ne  lui  étoient  agréablesll 
que  parce  qu’elles  étoient  fondées  fur  robéïflaijq 
ce  qui  efl  due  à  Dieu.  Cette  obéïfl'ance  tire  toil^ 
te  fa  perfcdioiî  de  la  charité:  car  ce  n’efl  pas*-  - 
obcïfTant  par  contrainte  &  par  force  qu’on  ô 
agréable  à  Dieu.  Ce  qu’il  y  a  de  plus  excéicf - 
dans  la  charité,  c’cfl  la  mîfericorde,  quipardo 
ne  les  outrages,  &  fait  du  bien  fans  attendre 
retour.  Car  on  peut  faire  du  bien  par  princiÉ 
de  vaine  gloire  :  mais  les  oeuvres  de  la  mifericci 
de  ont  vin  motif  noble  &  defintereffé.  La  mifer?  ' 


corde  efl  donc  tout  ce  qu’il  y  a  d’agréable  à  Dii 
dans  la  Religion.  L’Ecriture  nous  l’enfeîgne, 
raifon  nous  l’aprend  j  mais  cette  vérité  étoit  ' 
profondément  ignorée  ,  lorfque  Jésus  -  Chri 
efl  venu  la  prendre  poür  maxime  fondamemaifi 
de  fa  Religion  ,  que  rienn’efl  plus  furprenantq 
le  langage  que  J  e  s  u  s-C  H  R  i  s  T  tînt  à  cét  égarh 
Verf.  13./^  ne  fuis  point  venu  apeler  les  jull\^ 
mais  les  pécheurs  à  repentance.  Deux  mots  q  r 
foudroient  l’hipocrifie,  anéantiffent  lafauflecoiN 
fiance,  humilient  l’homme ,  glorifient  la  mifcri; 
corde  de  Dieu  ,  vous  font  comprendre  la  nécefliÿ 
té  &  l’hutilité  de  la  repentance,  &  vous  fo' 
voir  le  defintereiTement  de  J  e  s  u  s-C  h  R  i  s  T.  ’ 
Ch  A  P.  10.  I.  Alors  diant  apelé  à  foi  IV 
douze  Difciples  ,  il  leur  donna  pouvoir  ,  &c.  L’IL 
vangelifle  ne  craint  point  de  s’expofer  à  la  coi' 
tradition  de  ces  douze  Difciples  du  Seigneui!  1 
qu’il  nomme,  lorsqu’il  dit  que  Jésus  -  Chri  - 
leur  avoir  donné  le  pouvoir^de  guérir  toute  fcj  : 
te  de  maladies  entre  le  peuple. 

Verf;  J.  Jésus  envoïa  ces  douze  là ,  ^ 
commanda  ,  difant ,  N'allez  point  vers  les  Gentili 
6cc.  mais  plutôt  allez  aux  brebis  perics  de  la 


? 

de  lu  Religion  ChréŸtennO.  255 

|I  d'Ifrûtel,  Voilà  qui  éloigné  le  foupçon  que 
Il  incrédules  pouroienc  concevoir  ,  que  TAuteur 
ÿcéc  Evangile  a  voulu  favorifer  les  Nations  au 
l'judice  des  Juifs. 

I  TVerf.  7.  Rî  quand  vous  ferez,  parties  ,  prêchez  , 
ii'ant  y  Le  Roïaume  des  Cieux  e/l  aproché,  Jesüs- 
lîRtST  ctoic-il  en  état  de  fe  faire  rcconnoîrre 
r^ur  le  Monarque  qui  devoit  venir,  s’il  n*cüc 
y  etc  revécu  d’une  puiflance  infinie  l 
i  Verf.  8.  Guérijfe^  l'es  malades ,  nettoïez  Us  lê*^ 
[jtux  ,  réfufcite:^les  morts,  jetiez  hors  les  diables  : 
mtuV avez  refüpournéant y  dmnez-le  pournéant. 
vmment  Jesus-Christ  pouvoir- il  faire  acroi- 
■a  à  fes  Difciples ,  qu’ils  avoient  reçu  pour  néanc 
m:  qu’ils  n’avoîent  reçu  en  aucune  forte  ?  Q^llc 
Üi.rdie  énumération  cft  celle-là  t 
1  iVerf.  Ne  faites  point  provi/î on  ni  d*ory  ni 
^%rgen\ ,  ni  de  monnaie  en  vos  ceintures ,  ni  de  ma- 
mte  pour  le  chejnin ,  &c.  Ce  n’eft  pas  affez  que 
Esus  -  Christ  choififfe  pour  Tes  Difciples  des 
{^[livres;  il  les  oblige  à  fe  rendre  plus  pauvres 
^  'l’ils  n’éroient.  Il  ne  veut  point  qu’ils  falfent 
^is  provifions:  fa  providence  veut  les  nourir  mi- 
:jculeurement  j  &  fon  Efprit  tirera  du  cœur  de 
|;|uxqui  croiront  à  leur  parole,  leur  nourriture 
t|  leur  vêtement.  C’eft  bien- là  parler  en  Maître 
f  la  Nature. 

jVerf.  11.  Et  vous  ferez  hais  de  tous  à  caufe  de 
Ion  Nom.  Jésus- Christ  ne  fiace  point  fes  Dif- 
iples.  Il  leur  prédit  tous  les  maux  qui  les  at- 
(ndenc ,  &  meme  au  commencement  de  leur  mi- 
illere  :  qu’y  a-t-il  de  fufpeéf  ? 
jVerf.  15.  Or  quand  ils  vous  per fêcuteront  en  cette 
ille  y  fuïez  en  une  autre*  Car  je  vous  dis  en  vérité, 
ue  vous  n  aurez  point  achevé  d' aller  par  toutes  leS' 
\ill^  d' Ifraél ,  que  le  Fils  de  P  homme  ne  fait  venu. 
l'e  texte  eft  difficile,  parce  cju’il  ne  paroît  pas  (que  la 
iroplietie  qu’il  contient  ait  eu  fon  acomplifTe- 

meac» 


134  Trme  de  la,  Vente  | 

ment.  Maïs  cette  difficulté  même  fert  à  confit, J 
mer  nôtre  foi.  Car  pourquoi  ccc  Evangclift|3 
ccric-ii  cela  ,  lui  qui  avoir  vu  le  fuccez  de  .cctt  ï 
affaire?!!  fçavoit  que  de  fon  temps  TEvangilc  avoiil^ 
etc  prêché  non- feulement  dans  toutes  les  villciuî 
d’Ifraël,  mais  dans  prefque  toutes  les  contréci'il 
du. monde  5  fans  neanmoins  que  Jésus- Chris i-: 
fiit  venu  dans  fa  gloire.  C*eft  qu’il  récite  ici  i 
chofes  comme  elles  font,  &  n’attribue  à  fon  dii 
vin  Maître  que  prccifément  le  langage  qu’il  ;  i 
tenu.  Au  tefie,  bien  que  par  la  venue  de  Jésus  13 
Christ  les  Ecrivains  Sacrez  entendent  pour  l’or  a 
dinaire  la  derniere  venue  de  J  e  s  u  s  -  C  H  R  i  s  i| 
en  gloires  cette  exprcfîion  fignifie au iïi  quelquch 
fois  les  jugemensque  Dieu  exerça  fur  les  Juifsfi 
lors  qu’il  envoïa  les  Romains  contre  leur  ville  :  . 
ce  qui  refout  la  difficulté. 

Verf.  34.  Ne  penfez  pas  <jue  je  fois  venu  wettni 
la  paix  en  la  terre  :jeny  fuis  point  venu  mettre  L\i^ 
paix,  mais  répée.  Terrible  déclaration  pour  de  i 
gens  ,  qui ,  félon  rerreiir  commune  des  Juifs ,  s’ii  i 
maginoient  que  le  Meflic  devoît  s’élever  au  corn':  1 
blë  du  bonheur  &  de  la  profperité  temporelle 
Mais  qui  eft  celui-ci  qui  ofe  prédire  que  foij 
Evangile  troublera  la  paix  de  l’Univers?  Que  n|| 
prévoit-il  pliuôt  que  cét  Evangile  tombera  dan| 
les  ténèbres  du  filence  &  de  l’oubli)  aïant  dcl|« 
foibics  défenCeurs,  &  des  adverfaîres  fi  redou  ;! 
tables.^  Eft-il  naturel  qu’un  homme  qui  h:ibiC|f 
les  rives  du  lac  de  Génezareth,  prétende  foule; 
ver  les  hommes  les  uns  contie  les  autres,  fan 
armées,  fans  richeffes ,  fans  autorité,  maisfim 
plcment  par  fa  parole  ÿ  encore  que  dans  fes  corn 
menccmens  il  fe  trouve  feulement  à  la  cccc  d 
dix  ou  douze  miférablcs  qui  ne  fçavent  que  ra 
coramoder  leurs  filets  ?  • 

Verf,  "Et  qui  ne  prend  fa  croix ,  vient  âpre 
moi  ^  n  efl  pas  digne  de  moi  ] homme  sac' 

tira-t'i 


Il  de  l(%  Religion  Chrétienne .  ijj 

'tÎ  x-c-il  des  Difciples  par  de  femblables  déclara- 
îftins  ? 

Chap.  II.  4.  /,  Jésus  répondant  ,  leur 
,  ér*  raportez^à  fean  les  chofes  que  vous 
'  JpZf  que  vous  voïez  :  les  aveugles  recouvrent  la 
'“fi  é  9  les  boiteux  marchent  ^  les  lépreux  font  nettoïez, , 
fourds  oient ,  les  morts  font  réfufcltez  > 

^Ungile  efl  annoncé  aux  pauvres.  Jesüs-Christ  , 
Mn  convainc  pas  Tes  Difciples  par  des  fpccala- 
ïï  ons,  mais  par  des  chofes  qu*ii  leur  fait  voir 
^1  toucher, 

O  Verf.  II.  Or  depuis  les  jours  de /ean-Baptifie  ^ 
m  Roïaume  des  deux  eft  forcé  ,  ^  les  vtolens  le 
\lvijfent.  Jamais  ifn  homme  dans  la  baflefl'e  Sc 
ins  la  mifere  parla-t-il  de  cette  maniéré  î  D’oii 
i  vient  cette  confiance  ?  Q^l  eft  ce  langage  ? 
Verf.  ZI,  Malheur  fur  toi  Corazin  ,  &c.  Q^el- 
"  aparence  que  ]  esus-Christ  eut  fait  ce  re- 
-  oche  aux  juifs  qui  habitoient  ces  contrées,  fi 
’fî  effet  il  n’enc  fait  aucun  miracle  au  milieu 
eux  ? 

Verf.  28.  Venez  à  mol,  vous  tous  quiètes  tra-- 
nillez  ,  &c.  II  s’eft  formé  bien  des  fociétezdans 
'  monde  depuis  fa  naiflance  :  majsilnes’en  for- 
jia  jamais  une  comme  celle-ci ,  &  Tonne  vit  ja- 
hais  perfonne  afiembler  les  pécheurs  repentans 
t  chargez  par  le  fentiment  de  leurs  crimes. 

Chap  ii.  13.  Alors  il  dit  a  cét  homme ,  Etends 
a  main:  éf*  il  V étendit  ,  &c.  Comment  Jesüs- 
iiHRisT  pouvoit-il  impofer  à  ceux  qui  étoient. 
â  prefens  fur  un  fait  fi  fenfible  ?  Ou  comment 
'Evangelifte  auroit-il  choifi  de  telles  chofes, 
K-iir  les  faire  croire  contre  la  connoifiance  que 
ant  de  perfonnes  en  avoient: 

'  Verf.  ly.  Et  grandes  troupes  le  fulvirent ,  il 
es  guérit  tous.  Voilà  bien  d^s  témoins  : 

Verf.*  24.  Mais  les  Thar'tftens  difoient ,  Celui-' 
û  ne  jette  hors  les  Diables ,  fi  cenefi  parBeelzebut 

Prince 


T  faite  de  la  Verîîê 

Prince  des  diables ,  &c.  Cette  aeufation  eft  Uj 
hommage,  forcé ,  que  ces  faux  Douleurs  font  j 
Jesüs-Christ.  En  dilant  qu  il  fait  des  miraclcl 
par  Béelzebut ,  ils  reconnoiffent  qu*il  en  fai^. , 
Verf.  JO,  Car  tout  homme  qui  fera  la  volonù 
de  mon  Fere  qui  efl  aux  deux ,  celui-là  efl  monfn  i 
r-e  J  (^mafæur  ,  ma  mere.  Les  hommes  orcii|f> 
naires  n’ont  point  d’autre  régie  ni  d’autre  prin^it 
cipe  de  leurs  affedions,  que  l’amour  qu’ils  or^  j 
pour  eux  mcmcs.  Ils  fe  cherchent  ,  pour  ain)|p 
dire  ,  dans  les  autres  objets.  Ils  n’aiment  dans  l(ft 
prochain  que  la  proximité  qui  les  lie  avec  euxji^ 
I!s  ont  plus  ou  moins  de  tendrefle  pour  les  per^ij 
fonnes ,  félon  qu^elles  leur  font  plus  ou  moins  pro*|« 
ches  i  parce  que  l’amour  d’eux-memes  mefure  . 
fait  naître  leurs  autres  affedions.  Celui-ci,  paruif 
prodige  étonnant,  aime,  ou  haït  les  objets  noiit 
par  raport  à  foi-méme  ,  mais  par  raporc  à  DicU'f< 
L’amour  de  Dieu  eft  la  régie  de  fes  alFedions.  If" 
cherche  Dieu',  &  ne  fe  cherche  point  loi- même,, 
Il  aime  les  perfonnes  non  à  mefure  qu’elles  lu: 
apaniennent  par  la  proximité  de  la  nature,  maina 
à  mefure  qu’elles  fe  raportent  à  Dieu  par  ur./ 
effet  de  grâce.  Q^lle  fublimité  î  quelle  ékva^f' 
tion  qui  eft  ici  renfermée  dans  un  mot  l  K 
C  H  A  P.  15.  16.  Or  vos  yeux  font  bienheureux.^ 
Sic.  Quand  on  parle  de  cette  maniéré  ,  on  a  l'cf-js 
prit  bien  plein  Si  bien  perfuadéj  &  ce  n’eft  qu’un j 
cœur  qui  trefïaillit  par  la  conlidération  d’un* 
grand  objet  qui  peut  s’exprimer  ainli.  - 

Vert.  31.  Le  Roïaume  des  Cteux  ejh  femhU* 
hle  à  un  grain  de  femcnce  de  moutarde  que  quel^\ 
qu  un  a  pris'y  ^  femé  en  fdn  champ  ,  qui  eft  bien  laV 
plus  petite  de  toutes  les  femences  y  ?nais  quand  ila\ 
cru  ,  il  eft  plus  grand  que  les  autres  herbes  ,  ^  de^i 
vient  arbre ,  tellement  que  les  oifeaux  du  C iel  vien-  ! 
nent,  ^  font  leurs  nids  dans  fes  branches.  Les  pro-  ; 
grez  du  Chriftianifmc  qui  a  eu  de  h  foibles  com-! 

mencemens 


dt  la  Religion  Chrétiennè:  237 

^Mi^emens ,  (ont  admirables  ,  &  la  prédidion 
P  furprenaute.  , 

f|CH  AP.  14.  21.  Or  ceux  qui  avoient  mangé 
pent  environ  cinq  mille  hommes  ,  &c.  Voilà  cinq  ^ 
ijile  témoins. 

^Verf.  36;  Rt  tous  ceux  qui  le  touchèrent  furent 
l’V/j.  Il  ccoit  facile  de  rcfacer  TEvangile,  &  de 
iivaincrc  d’impofture  ceux  qui  annonçoicnr  de 
|!:  cilles  chofes  ,  fi  Ton  n’eüt  craint  d'en  faire  la. 
r.lifrrche,  &  d'y  trouver  la  vérité. 
n'HAP.  ly.  30.  Alors  de  grandes  troupes  vin-' 

Y-î  à  lui  y  aiant  avec  eux  des  boiteux ,  des  aveu- 
des  muets  y  des  manchots  ,  plu/leurs  autres: 
pilles  guérit;  tellement  queles  troupes  s  étonnoienty 
P  ant  les  muets  parler  y  les  manchots  être  fains,  les 
Vtetix  marcher  y  les  aveugles  voir;  ^  glorifioient 

pu  qui  avoit  donné  un  tel  pouvoir  aux  hommes^ 
SMathieu  a-t-il  pu  fe  tromper,  étant  le  témoin 
biliaire  de  ces  chofes.^  Ou  n'a- t-i! quitté  le  lieu 
ifon  Péage,  &  embraffé  la  pauvreté  &  la  mi- 
pic,  que  pour  nous  faire  acroire  des  fables  ?  Ofe- 
l4  dire  des  chofes  qui  feront  contredites  par  une 
fenité  de  témoins  ?  Ne  craint- il  point  qu'oin 
eifaflTe  enquête  fur  les  lieux  ?  N'a^t-il  pas  honte 
ijcrirc  de  pareilles  chofes,  dans  un  temps oii  la 
Unioirc  en  doit  être  toute  fraîche  ?  Comment 
|>ifuadera-t-il  fes  Confrères ,  qui  ont  été  les  té- 
BÜns  de  ces  événemens  ?  Voudront-ils  bienfoü- 
im  la  même  impofturc  ?  Et  fans  écrire  de  con- 
t\t  y  s'acordcront-ils  à  laraporter,  &  invente¬ 
nt-ils  le  menfonge  le  plus  impudent  qui  fut  ja- 
C;is ,  pour  obliger  les  hommes  à  être  fidèles , 

Cnts  &  juftes  ?  Credaî  Jud&iu  Apella. 

P- H  A  P.  16.  18.  Et  les  portes  d'enfer  ne  pré- 
tudront  point  contr  elles.  Toutes  les  puifïances 
IrUnivcrs  fc  font  foülevées  contre  l’Eglife,  tou- 
les  pa  (Fions  lui  ont  fait  la  guerre,  tous  les  fie¬ 
rs  lui  ont  aperté  de  nouvelles  épreuves,  tous  les 

fuplices 


Traité  de  la  Vérité  , 

fuplîces  ont  exerce  la  patience  de  fes  enfanS,  te 
les  apas  du  monde  lui  ont  etc  propofez  pour 
feduire;  &  malgré  toutes  ces  puifl'ances  ,  ce 
Eglife  J  qui  cft  la  focictc  des  perionnes  qui  i; 
noncent  au  monde,  s'efi:  confervee  ,  &  (ouvr 
accrue  par  fes  propres  défaites.  Il  faloît  que  < 
la  fût,  il  Ta  prédit. 

Verf.  13.  Mais  lui  s  étant  retourné  dit  à  Pier\^à 
Va  arriéré  de  moi^Satan  :  car  tu  ne  comprends poi^ 
les  chofes  qui  font  de  Dieu  ,  mats  les  chofes  qilifii 
des  hommes.  Pourquoi  S.  Mathieu,  apres  av(j| 
reprefentc  Pierre  faifant  une  fi  belle  confefliorl 
fon  Maître  ÿ  &  recevant  de  fon  Maître  un  ii* 
moîgnage  fi  avantageux  ,  nous  le  reprefeiij| 
t-il  foudroïé  par  ces  terribles  paroles  ?  Cette  itE 
galité  eft*ellc  naturelle  aux  perfonnes  qui  inve'r 
tent  ce  qu’ils  écrivent  ?  Qj^l  cft  le  miftere  jj 
cette  grande  fevérité  de  Jesü s- Christ 
Verf,  z8.  En  vérité  je  vous  dis  ,  quil  y  a  qtu\ 
qm  s-uns  qui  font  ici  qui  ne  goûteront  point  la 
jt^quà  ce  qutls  aient  vu  le  Eilsd^  V Homme  verf 
en  fon  régne,  Laiflant  aux  Inrerprctes  à  refo  <5 
dre  les  difHcultez  de  ce  texte,  &  à  décider  fi  J 
n’eft  pas  des  jugemens  que  J  e  s  u  s  -  C  h  R  i  if; 
exerça  fur  la  ville  de  Jerufalcm  ,  qu’il  cft  pai, 
en  cet  endroit  comme  d’une  tenue,  nous  en  it 
rons  cette  confcquence,  que  cette  Evangile  a 
écrit  du  vivant  des  Difciplcs.  Car  comment  apr . 
la  mort  des  Difciplcs  auroit-on  écrit  ces  parole 
fans  les  expliquer  ?  | 

Chap.  17.  1.  Et  il  fut  transfiguré  en  leur  P  ^ 
fence.  Jamais  événement  ne  fut  plus  fingulii^ 
que  celui-ci  dans  toutes  fes  circonftanccs ,  &  j 
mais  événement  ne  tomba  moins  dans  l’imagir  jj. 
tion.  •  ' 

Verf.  4.  Et  Pierre  prenant  la  parole  ,  dit  f 
Je^üs  ,  Il  efl  bon  que  nous  fdions  ici  ,  faifons-y  tn* 
tabernacles.  Q^He  profonde  ftupidité  :  &  cor! 

bic! 


de  lor  Religion  Chrétienne • 

(’n  des  gens  qui  ccoienc  naturellement  fi  grof- 
|s,  croienr-ils  peu  en  ctac  de  concevoir  le 

Efein  d*en  ^aire  acroirc  aux  autres  î  D’ail- 
rs ,  pourquoi  S.  Mathieu  raporte-c-il  cette 
pnftance  ?  Qnel  honneur  fait-elle  à  Pierre? 
jmment  lui  eft-clle  venue  dans  Tefprit  ? 

!  î/erf.  ip*  Et  je  l'ai  prefenté  à  tes  Difciples  :  mais 
tne  Vont  pu  guérir^  Il  y  a  en  cela  de  la  fincc- 
Perfonne  n’obligeoit  S.  Mathieu  à  raporter 
|:e-circonfiancc ,  ni  à  lui  faire  rcconnoître  les 
iauts  &  rincrcdulicc  d*une  compagnie  dont  il 
|)ic. 

IZhap.  i8.  5.  En  vérité  je  vous  dis  ^  que  fi  vous 
^•es  changez  y  ^  ne  deveneg^comme  les  petits  en- 
tus,  vous  n  entrerez  point  au  Roïaume  des  Cieuxm 

!,!c  les  enfans  foient  fimples ,  perfonnes  n*en  doit 
r  furpris  ;  c’eft  un  defaut  de  connoiflance ,  & 
lefFcc  de  Tâge  :  mais  qu*il  faille  que  les  hom- 
reviennenc  de  ce  rafinement  mondain  &  de 
l:c  habileté  criminelle  qu’on  voit'en  eux  ,  à  un 
t  d’une  fainte  &  aimable  fimplicitc,  qu’ils 
tnt  prudens  &  fimples  ,  éclairez  &  juftes  ? 
ijl  ce  que  les  hommes  ne  connoîffent  gueres  , 
ï]ui  nous  fait  connoître  la  grandeur  &  Pélcva- 
de  ce  Docteur,  qui  donne  aux  hommes  des 
ceptes  fi  hauts  &  fi  fubümes. 
l’crf.  4.  C'eft  pourquoi  tout  homme  qui  fe  fera 
ilié  )  Ô*  fe  fera  rendu  femblable  a  ce  petit  en- 
t ,  cefl  celui-là  qui  e/l  le  plus  grand  au  Roïaume 
#  deux.  Quelles  idées  fi  éloignées  des  idce§ 
©ünaircs  ?  Que  le  Roïaume  des  deux  eft  dif- 
tènt  des  Empires  temporels  î  Et  que  toutes 
t  maximes  fi  furprenantes  paroiffent  peu  venir 
l’efprit  humain  ? 

.  [^erf,  p.  Er  fi  ton  œil  te  fait  manquer  arrache 
h  Les  yeux  font  le  fymbole  de  tout  ce  que  nous 
aons  de  plus  cher.  Jésus- Christ  nous  aprend 
qe  nous  n’avons  rien  de  fi  précieux  que  nous  ne 

devions 


14®  delà  Vente  î 

devions  facrîfier  à  la  gloire  de  Dieu.  Jan 
Docteur  flata-t-il  moins  que  celui-ci  ? 

VcrL  11.  Je  ne  te  dis  point  j^fqtdà  fept  fi 
mais  jufquà  fept  fois  feptxnte  fois.  C’eft  un  ne 
bre  certain  pour  un  incertain.  Cela  veut  ( 
qu’il  faut  toujours  pardonner  5  que  la  miferic' 
de  n*a  point  de  mefure  ,  &  que  la  charité  doit  c* 
fans  bornes.  A  ce  foin  de  réunir  leurs  cœurs , 
de  faire  ceffer  toute  forte  de  mcfinteliigence 
tre  les  hommes,  en  donnant  une  telle  étendu; 
la  charité  &  à  la  mifericorde  ,  ne  reconnoiff 
vous  point  le  maître  des  cœurs ,  &  le  pere  de  v 
les  hommes  ? 

Chap.  21.  43.  C*ejl  pourquoi  je  'vous  dis  ,  < 
le  Koïaume  de  Dieu  vom  feraoté,  donné  àt 
autre  Nation.  Voilà  une  prcdidlion  bien  cxpr( 
de  la  vocation  des  Gentils.  ^ 

Verf.  46.  Et  cherchant  de  le  faifir  y  iîscraig\ 
rent  les  troupes  ,  parce  quon  le  tenoit  pour  Propl 
te,  Qu’eft-ce  que  Jesus-Christ  avoir  de  rem; 
quablt  pour  pafler  pour  Prophète ,  fi  ce  n' 
l’efficace  de  fa  Dodrine,  &  les  miracles  par  L 
quels  il  la  confirmoit  ? 

Chap.  13.  56.  .En  vérité  je  vous  dis ,  c 
foutes  ces  chofes  arriveront  fur  cette  générati 
Jerufalem  !  Jerufalem  !  qui  tués,  &c.  Il  marc 
avec  beaucoup  de  clarté  la  ruine  de  Jerufalc^ 
Chap.  24.  28.  Caria  ou  fera  le  corps  mm', 
là  s'ajfemhleront  les  aigles.  Jesus-Christ  cft  ; 
forpsmort.  Les  ctendarts  des  Romains  font  (j 
aigles  qui  dévoient  fondre  fur  Jerufalem  où  ét 
le  corps  mort.  ji 

Verfi  34.  E»  vérité  je  vous  dis ,  que  cette  gé%\ 
ration  ne  pajjera  point  y  tant  que  toutes  ces  cho\ 
foient  faites.  Il  faut  faire  en  cét  endroit  les  m- 
mes  réflexions  que  nous  avons  fait  ci-deflus.  j 
Chap.  26.  13.  En  vérité  je  vous  dis  y  qui 
quelque  endroit  du  monde  que  fait  prêché^  cétEvf 


de  la  'Religion  Chrétienne.  14.1 

'e ,  cela  auffi  qu  elle  a  fait  fera  récité  en  mémoire 
die.  Prophétie  acomplie. 

A^crf.  i8*  Car  ceti  efl  mon  fang  ,  le  fan  g  du 
oiiveau  Tefament  y  lequel  efi  répandu  pour  plu-- 
urs  en  rémijjion  des  péchez.  Jamais  homme  fic-il 
le  adion  h  extraordinaire,  &  tint-il  un  langa- 
;  fi  iurprenant  ?  Où  font  ceux  qui  non-feule- 
entprcdifent  leurs  foufFrances,  mais  même  qui 
abliflent  par  avance  des  memoriaux  d’une  more 
i*ils  pouroient  éviter  ?  Et  quel  autre  homme  a 
^itiais  prétendu  verfer  Ton  fang  pour  la  rcmifîioa 
s  péchez  du  genre  humain  ? 

!  VerC  38.  5^.  Alors  il  leur  dit  y  Mon  ame  cfo 
ïi/ie  de  trtfefje  jufqu  d  la  mort  y  Scc.  'Et  s  en  al-- 
\nt  un  peu  pltu  outre  ^  il  fe  jeita  en  terre  fur  fa 
\cey  priant  &  difanty  Mon  Pere^  s*il  efl  poJJJ-- 
'e  y  que  cette  coupe  paffe  arriéré  de  moi.  Oa 
jeft  point  en  peine  d’expliquer  cette  trifteffe  6c 
|tte  agonie  de  Jésus  -  Christ  5  &  néanmoins 
s  faut  avoüer  qu’elle  prefente  d’abord  à  Terptit: 
ji  objet  afftz  furprenant  y  &  qu’on  ne  fçauroic 
'jincevoir  que  des  gens  qui  inventent  des  chofes 
ivorables  à  Jesus-Christ  ,  fafient  ce  portrait 
I*  fes  foufFrances.  Nous  trouvons  du  moins  ici 
^  fincéritédes  Difciples  :  6c  cette  fincérité  nous 
jjic  voir  ,  que  nous  devons  recevoir  fans  ferupu- 
l  les  autres  faits  qu’ils  raportent. 

I  Chap.  17.  41-  Il  a  fauvé  les  autres  y  ilnefe 
fauver  foi-même.  S* il  e(l  le  Roi  d*lfraél ,  quil 
jcende  maintenant  de  la  Croix  y  ^  nous  croirons  en 
[i.  Vous  voïez  que  Jesüs-Christ  pafloic 
but  avoir  fait  des  miracles. 

;  Verf.  4  J,  Mais  depuis  fix  heures  il  y  eut  téné- 
\es  fur  tout  le  pais  jufqu  d  neuf  heures.  Le  moïen 
\  faire  acroire  une  pareille  chofe  ? 

Vcrl.  ji.  yi.  3-5.  Et -voild  le  voile  du  Temple  fe 
^dit  en  deux  depuis  le  haut  jufqu  au  h  as  y  &  la  ter- 
ticmbla  y  & 'les  pierres  fe  fendirent  y  6cc.Com- 
Tome  II.  L  rnent 


142'  Traité  de  la  Vérité 

ment  S.  Matthieu  peut- il  faire  acroirc toutes  ce 
chofes  contre  la  connoifl'ance  puplique  ?  Le  voi-' 
le  du  Temple  s*eft-ildcchiȎ  ,  les  pierres  Te  font-i 
elles  fendues ,  la  terre  a- 1- elle  tremble  ,  &  les  fc- 
puîcres  fe  font-ils  ouverts,  fans  que  les  Juifs  ci 
fçüffent  quelque  chofe  ?  A  qui  va-t-il  conter  cou 
tes  ces  chofes  ?  Il  écrit  avant  la  liiine  de  Jeriifa- 
1cm.  Il  écrit  meme  pendant  la  vie  des  Apôtres 
Il  écrit  dans  un  temps  où  i  I*  y  avoit  par  conféquen 
plus  de  cent  mille  témoins  des  chofes  qu’il  écrit 
Comment  auroit-il  feulement  pü  concevoir 
deffein  de  tromper  à  cét  égard  tant  de  témoins  in 
tereflez  aufquels  ils  prêche,  qu’il  veut  attirer  dan 
fon  parti ,  dont  une  partie  a  embrafle  l’Evangile 


1.1 


Cl 


&  formé  une  Eglife  nombreufe  &  conlidérable  i" 


Jerufalem  ,  où  ces  chofes  fc  font  paflees,  &  ot^^‘ 
il  prétend  auili  perfuader  ces  chofes? 


chapitre  VII. 


■ft’l 

oh  Von  continué  à  produire  des  autres  "Evangile^ 
des  endroits  propres  à  faire  fentir  la  divinité 

de  la  Religion  Chrétienne.  "" 

SAINT  MARC,  Chap.  ï.  14.  Et  apti 
ijl^ue  feaneut  été  mis  en  prifon  y  fefus  vint 
Galilée  ,  prêchant TEvangile  du  Roïaume  de  Dieu 
Toutes  ces  expreflions  font  extraordinaires | 
Evangile  ou  bonne  nouvelle ,  Evangile  du  Roiau\ 
me ,  Evangile  duRoïaume  deDieu,  Nos  oreilles  i 
font  accoutumées  :  cela  fait  que  nôtre  cfprit  n’| 
fait pasaflezde  réflexion.  Quel  eft  ce  concerté' 
plnficurs  pécheurs  qui  vont  piccher  par  toute  I; 
terre  ,  &  qui  donnent  à  leur  parole  le  nom  d’E; 
iVangilc  ?  ' 

f  J  ij 

Chap.  4.  ip.  Mais  les  foins  de  ce  mondes  dj 
la  tromperie  des  richefjts ,  &  les  convoitifes  des  aui 
très  chofes  étoufent  la  femcnce.  Les  autres  homme. 


de  la  Religion  chrétienne»  24| 

jlcclarent  point  la  guerre  ainfi  aux  paflîonsj 
is*ils  le  forît,  ils  Te  découvrent  bien- tôt,  & 

'  voit  leur  hipocrifie. 

^erf.  41.  difoient  l* un  à  1* autre ,  §lui  efi  ce¬ 

ci  J  que  la  mer  cè»  Us  vents  lui  obéirent  ?  Oa 
rroit  dire  avec  autant  de  raifon  ,  eft  ce¬ 
ci,  que  la  mer,  les  vents,  les  maladies ,  les 
jibeaux  ,  la  mort,  Tenfer,  la  terre,  les  hom- 
&  les  démons  lui  obéïiTent  ?  Carîleftre- 
•quable  qu'il  fait  des  miracles  dans  toutes  ks 
ties  de  la  Nature. 

!hap,  6.  1.  i»T>*ou  vie?7nent  ces  chofes  à  celui- 
^  quelle  e fl  cette  fageffe  qui  lui  efi  donnée  ? 

\i  vient  que  de  telles  vertus  fefont  par  fes  mains  ? 
ut- ci  nefi-il  pas  charpentier  fils  de  Marie  I 
i  Mais  plütôt,  d*où  n*aît  céc  étonnement ,  8c 
|:1  eft  ce  reproche  ,  fi  Jesus-Chkist  n’a  fait 
funs  miracles? 

i'erf.  4,  J.  Alors  Jefus  dit  y  Vn  Prophète  n  efi 
s  honneur ,  fi  cenefienfonpaïs,  Pt  il  neputfat- 
d  aucune  vertu ,  fi  ce  n  efi  qu  il  guérit  quelques 
§lades  y  leur  avant  impofé  les  mains ,  ^  il  s*ét^n^ 
de  leur  incrédulité.  Tout  cela  n’a  point  l’air 
In  fait  fupofc.  Un  homme  qui  invente  un  fait , 
choifit  point  de  telles  circonftanccs  pour  le 
fe  acroirc. 

jVerf.  ^6.  Et  par  tout  où  ilétoit  entré  y  dans  les 
rgadesyou  villes you  villages  ftls  mettoient les  ma* 
CS  dans  les  marche^fj  (^priaient  quepour  le  moins 
[pujfent  toucher  le  bord  de  fa  robe  :  ào  tom  ceux: 

;  le  touchoient  étoient  gttéris^^  cfl  impofïibic 
'upofer  fur  des  faits  de  paJriTîe  nature. 

|Chap.  8.  27.  z8.  Et  fur  les  chemins  il  interro^ 
\%  fesBifcïples  y  difanty  ^ti  difent  les  hommes  que 
iuis?  Ils  repondirent  y  Lcsunsfean-Baptifieyles 
Plie  y  les  autres  un  des  Prophètes-  Volez 
ijnprefrion  qu  avoient  fait  les  miracles  de  Jésus» 
h  R  I  s  T. 

L  ij 


Ch  A?» 


144  T  faite  de  la  Vérité  5 

Ch  AP.  14.  53.  'Et  il  commença  às^épouventer 
à  être  fort  angoiffé.  Avouer  cela  de  J  Esusj 
Christ,  de  celui  qu*on  veut  faire  regarde 
comme  le  Fils  de  Dieu  ,  cci\  un  effet  de  (iaccrûi 
furprenance  &  admirable.  1 

Verf.  61,  Et  Jefîis  lui  dit ,  je  le  fuis  >  ô* 
verrez  le  fils  de  C homme  ajfis  a  la  droite  de  la  veri 
tu  de  Dieu,  ^  venant  d^n  s  les  nuées  duCiel. 
liiais  prévenu  devant  le  Tribunal  de  la  Jufli(|| 
tint-il  pareil  langage  ?  j 

Ch  AP.  16.  17.182.0.  Et  ce  font  ici  les  figrii 
qui  acompagneront  ceux  qui  auront  cru  :  ils  jettl 
font  hors  les  diables  par  mon  Nom  j  ils  parleroii 
nouveaux  langages  ,  ils  chajferont  les  ferfens ,  (m. 
quand  ils  auront  bu  quelque  chofe  mortelle  y  ellem 
leur  nuira  nullement ,  ils  imppferont  les  mains  ftm 
hs  malades  ,  ^  ils  fe  porteront  bien  >  &c.  Eux  doi 
étant  partis  ,  prêchèrent  par  tout  »  le  Seigneur  ag. 
fant  avec  eux ,  confirmant  la  parole  par  des] 
gnes  qui  s\n  enfuivoient.  Il  faut  que  ces  fai 
foient  véritables  ,  ou  que  S.  Marc  extravag 
daifs  cet  endroit.  Que  dit-il?  A  qui  veut-il 
faire  arroîre  ?  Qi^el  temps  .choifit- il  pourTinve 
ter  ?  Comment  peifuadera-^-il  aux  Difciplcj 
qffils  font  des  miracles  qu’ils  ne  font  pas  1  Cor  1 
ment  fe  pcrfuaderont-ils  que  J  es  us- Ch  R 11 
leur  ait  donné  le  pouvoir  de  faire  .des  miracle 
ü  en  éfet  cela  n’eft  point  ?  1 

SAINT  LUC,  Chap.  1.  64.  6j.  E/J 
Vin  fiant  fa  bouche  fut  ouverte  y  ^  fa  langue  délii 
tellement  quils  p.arloient  louant  Dieu  :  Ce  qui  dû' 
ne  de  la  crainte  d'^tous  leurs  voifins.  Et  toutes  j 
paroles  furent  divulguées  par  tout  le  pais  des  mont] 
gnes  de  Judée.  On  ne  choifir  point  des  faits  c  j 
oiK  été  fi  publics  ,  pour  les  faire  acraire.  ij  . 

Chap.  1.  i6\  Et  treuverent  Marie,  ^/ofep\i 
dp  le  petit  enfaiii  couché  dans  une  crèche.  Grai  !' 
jc^aditude  à  raporter  les  chofes  comme  elj| 

fon  I 


:  Traité  delà  Perue 

l  Qn’y  a-t-il  de  plus  éloigné  &  de  plus  con-* 
ftiie  en  aparencc  que  toutes  ces  circonftances , 
(jjLâî  enfant  qui  repofedans  une  crèche  ,  &  un  en- 
4fit  dont  la  naifl'ance  cR  annoncée  par  des  Anges 
,  tifolemnifce  par  le  concert  desarmées  céléftes: 
l’rani  delà  fociété  des  hommes,  &  élevé  au  def- 
des  cfprits  bien- heureux  :  petit  fur  la  terre 
{iSjrand  dans  le  Ciel  5  falué  quelque  temps  apres 
4.  Mages  qui  lui  font  des  prefens ,  &  contraint 
dfe  retirer  en  Egypte  ?  On  voit  bien  que  tout  ce- 
|  n*cft  pas  inventé. 

OpHAP.  J.  ip.  Et  ne  trouvant  point  par  quel  coté 
'■  "^le  pourr  oient  mettre  dedans ,  a  caufe  delà  foule , 
montèrent  fur  la  maifon ,  ^le  defeendirent  paŸ 
i  tuiles  avec  le  petit  lit  devant  Jésus.  Sont- 
(  pas  là  des  chofes  qui  viennent  facilement 
tns  l’cfprit  d*un  homme  qui  invente  ce  qu*il 
Srit  ? 

^;Chap.  7.  3S.  Et  fe  tenant  derrière  à  feS  pieds  ^ 
&  pleurant^  ellefeprita  les  arrofer  de  larmes ,  ^ 
^  effuïoit  de  fes  propres  cheveux ,  ô*  l^i  haifoit  les 
les  oignait.  On  connoît  le  Rédempteur 
vi  monde  à  ce  changement  faîutaire  qu*oii  re- 
fi  jarquc  en  ceux  qtii  le  fuivent. 

;  Chap.  5>.  4y.  Mak  ils  n  entendirent  point  cette 
^irole  y  elle  leur  était  tellement  cachée  y  quilsne 
^  ^  comprenaient  point.  Grande  fincéritc  de  l’Evan- 
-elifte,  qui  ne  f^iit  pas  difficulté  d’avouer  Tigno- 
Hnce  &  la  ftupiditc  des  DiTciplcs  î 
f  Chap.  10.  20.  11.  Voici  je  votes  donne  pou^ 

^  oir  de  marcher  fur  les  ferpens  ^  fur  les  feor-* 

^  ons  y  fur  toute  la  force  de  V ennemi  :  <ép 
'  evotts'bleffera,  Cependa/it  ne  votes  éjokiffez  point 
é  ce  que  les  efprits  vou4  font  affujettk  :  mak  ré- 

■  ^kiffeq-votes  plutôt  de  ce  que  vos  noms  font  écrits 

■  ti  Ciel.  Caradfere  de  la  vraie  Religion  ,  qui 
hit  plus  d’état  des  biens  fpirituels  que  des  dons 
fniraculeux  ,  encore  que  ceux- ci  foient  plus 

L  iij  éclatans 


"Trahé  de  la  Vérité 

cclacan's  qne  les  autres  aux  yeux  des  hommeî,  4; 

Verf.  41.  42.  'Etfefiis  répondant  hit  dit ,  Marp 
the  >  Marthe  ,  tu  te  mets  en  peine  ^  te  travailUit: 
après  beaucoup  de  chofes  :  mais  une  chofe  eft  nécejfauv 
re.  Or  Marie  a  choifi  la  bonne  part  qui  ne  lui  fer  p 
point  Otée.  Eft-  ce  là  le  langage  d’un  mondain ,  0;t: 
d’un  fcdufteur.  »,  : 

Chap.  Il  27.  28.  Alors  il  arriva  qti  une fen.r' 
me  d'entre  les  troupes  éleva  fa  voix  ^  Ô*  lai  dit,  : 
'B'en^heureux  eft  le  ventre  qui  ta  portée  ér*  l^t  mam 
melles  que  tu  as  tetées.  Et  il  dit  y  Mais  plutôt ,  Bien^^ 
heureux  font  ceux  qui  oient  la  parole  de  DieUy  ^  ift: 
gardent.  On  ne  fçauroit  flater  J  e  s  u  s-C  h  R 1  s  iti 
Sans  egard  pour  lui-même,  &  fans  complaifan! 
ce  pour  les  paflions  d’autrui ,  il  ne  voit  que  Dicuu 
âl  n’entend  que  Dieu  ,  &  il  fait  conftfter  toute  \\r. 
félicite  à  craindre  Dieu.  Rien  ne  le  chatoüillih 
Rien  ne  lui  plaît  que  la  pieté  véritable.  C’eft  quf>j 
Dieu  eft  Ton  centre ,  &  Tamour  de  Dieu  le  prc(,v 
jnîer  mobile  qui  donne  le  mouvement  à  toutes  f(è 
autres  affedions.  Q^il  y  a  là  de  fublimitc  &  d  j 
grandeur  ?  |<i 

Verf.  40.  41.  infenfez  ,  celui  qui  a  fait  ledf; 
hoYSy  n  a^t-il pa^  fait  aujft  le  dtdans  ?  Mais  plüti\^ 
donnez  en  aumônes  ce  que  vous  avez ,  ^  toutes  chf 
fes  vous  feront  nettes.  Les  Pharifiens  font  les  patj 
tifans  de  la  pureté  extérieure  &  corporellcj 
Jésus-Christ  Teft  de  la  pureté  fpiricuelle  &  inj: 
tcrieurc.  Lequel  ,  à  vôtre  avis  ,  avoir  micu  | 
connu  le  génie  de  la  véritable  Religion?  1- 
.  CHAP.12.14t  Mais  il  lui  répondit  y  Ohommet 
qui  ma  établi  juge  ou  partageur  fur  vous  ?  Jesüs.î 
Christ  renonce  aux  foins  &  aux  affaires  temj 
porelîes  ,  il  n’en  veut  entendre  parler.  Qmij 
dcrachcmcnr.  ,| 

Verf.  30.  31.  Car  les  gens  de  ce  monde  forf. 
êcupe:^à  rechercher  toutes  ces  chofes  :  mais  votre  Ver 
f fait  que  volts  avez  befoin  de  ces  chofes.  Cherchez  1 

Rdiatim 


ï  .P  de  la  Religion  Chrêtîennê,  147 

[0aumede  Dieu  ^  fajuflice ,  toutes  chofcs  'vous 

données  par  deffus,  Jésus- Christ  fait  une 
toute  compolcc  de  per  Tonnes  qui  dévoient 
loncer  au  monde,  &  ne  pas  s’ocuper  des  pén¬ 
is  de  leur  établiflement  temporel  ,  mais  qui 
îivent  tout  perdre  &  tout  foufrir  pour  être  du 
BtTibre  de  Tes  fujets.  Jamais  un  fi  grand  Sc  fi 
«  raordinaire  deffein  monta«t.iI  dans  le  cœur 
^in  homme  > 

^Chap.  14.  35.  Ain[i  donc  chacun  de  njoùs  qui 
‘  -I  renonce  a  tout  ce  qu*il  a ,  nepeut  être  mon  Vifei- 
:  f  .  Terrible  &  furprenante  déclaration  ,  &  qui 
1  convient  nullement  à  un  impofteur  ! . 

Chap.  14.48.  4^.  JO.  ji.  ji.  J3.  "Rtvous 
is  témoins  de  ces  chofes  :  ^  voici  je  m* en  vas 
tvoier  la  promeffe  du  Pere.  Vous  donc  âemeu- 
viit  en  la  ville  de  ferufalem  ,  jufqua  ce  que 
\us  foie  Z  revêtus  de  la  vertu  d^enhaut.  Après  il 
û'  mena  dehors  jufquen  Béthanie ^  puis  élevant 
ÿ  mains  en  haut  ,  il  les  henit  :  ^  il  arriva 
U* en  les  benijfant  il  fe  retira  d'avec  eux  , 
élevé  au  Ciel,  Et  eux  après  1* avoir  adoré ,  s'en 
\v.ournerent  à  /erufalem  avec  grande  joie.  Et  ils 
U^ient  tous  les  jours  au  Temple  >  lois  ans  hen'tf- 
^jns  Dieu.  Nous  trouverons  dans  ces  dernieres  pa- 
i  |)Ies  quatre  objets  dignes  de  refiexionj  la  pro¬ 
jeté  du  S.  ETprit  ,  rAfeenfion  de  Jesüs- 
'h  R I  s  T,  la  joïc  des  Aporres ,  &  leur  afliduî- 
,  :  à  prier  Dieu.  Comnnent  S.  Luc  peut-il  faire 
croire  à  Tes  Confrères,  que  Jesus-Christ 
fur  avoir  promis  les  dons  du  S.  Efpric  ,  qu’il 
Honta  au  Ciel  à  leurs  yeux  ,  que  les  Difciples 
jurent  une  fort  grande  joie,  Sc  ctoienc  tous 
P  jours  au  Temple,  loiians  &  beniflans  Dieu 
le  certe  grande  merveille  ?  0 11  ne  pouvant  le 
(erruader  à  aucun  d’eux  ,  quelle  cl\  fa  penfée 
je  récrire?  Et  comment  foufrent-ils  le  mar- 
'itc  peut  foütcnir  de  pareilles  fixions  ? 

L  iiij  SAINT 


2-4^  T^rnite  de  la  Vérité 

SAINT  JEAN,  Chap.  i.  8.  9.  Il  néto>^ 
point  cette  lumitre ,  mais  il  étoit  envoïé pour  témoïC^ 
fnerdela  lumtcre,  C’efl lalumierevérïtahle quii  ^ 
lumine  tout  homme  menant  au  monde,  Jean  n’cto,' 
originairement  qu*un  pécheur  :  qui  lui  a  mis  C(i* 
idées  magnifiques  dans  rcfprit  ? 

Verf.  14.  jEr  nou4  avons  contemplé  fa  gloirt\ 
gloire  comme  de  V unique  ijfu  du  Pere ,  pleine  6\ 
grâce  ^  de  vérité.  On  voie  dans  ce  difeours  li 
perluafîon  d'un  homme  qui  a  vil  les  chofes  doi, 
il  témoigné,  la  plénitude  d'un  efprit  qui  eft  pq. 
nétre  de  ce  qu’il  dit,  la  perfuafion  d’un  Eaii. 
vain  qui  ne  trouve  pofnt  d’expreflions  aflez  for. 
tes  pour  dire  ce  qu’il  penfe  ,  &  qui  unit  plufîeuij 
idées  ail'ez  differentes,  parce  qu’une  feule  idé( 
ne  reprefente  pas  affez  bien  ce  qu’il  dit  :  la  gloir- 
ne  fnffiC  pas,  c’eft  une  gloire  pleine  de  grâce  éj. 
ic  vérité;  1 

Chap.  3.  7,  Ne  t'étonne  point  de  ce  que  je  t\\  - 
dit  y  il  vous  faut  naître  une  fécondé  fois.  Qu^ya; 
t-il  néanmoins  de  plus  extraordinaire  que  ce  lan¬ 
gage  ?  Et  combien  celui  qui  le  tenoit  étoit-il  per. 
fuadé  qu'il  faut  que  nous  changions  cntiercmenf 
pour  entrer  au  Roïaume  des  Cieux  ?  i 

Verf.  ly  Car  perfonne  n  efi  monté  au  Ciel ,  fî  c  \ 
n  e fl  celui  qui  efl  defeendu  du  Ciel ,  a  ff  avoir  le  Fili 
de  rhomme  qui  efi  au  Ciel.  Céc  hofiime  ne  parli,i‘ 
pas  comme  les  autres.  Ce  qu'il  dît  eft  extrava*  * 
gant  5  ou  fublimc.  Si  donc  fa  morale,  fa  faînte* 
té  ,  Tes  maximes  toutes  confites  dans  leTel  de  1^ . 
pieté  ,  toutes  remplies  d’onélion  ,  toutes  lumi-, 
neufes  ,  jointes  aux  cfets  admirables  &  furpre-.; 
rans  de  Ton  Evangile,  nous  font  regarder  le  pre-  , 
micr  comme  un  blarphéme  ,  nous  ne  pouvonîl 
loous  difpcnler  de  croire  le  fécond. 

VeiT.  31.  Celui  qui  ef  venu  de  laterre  efl  deU^ 
terre ,  ^  p'arle  comme  venu  de  la  terre-  C elui  qui  efij 
venu  du  Ciel  eji  par  dejfus  tout- Quandjcan-Baptificj 


de  lit  Rclt^îon  Chrétî'ennô.  %4fr^ 

le  dîroic  pas  ,  il  ne  faut  qii’ccouter  Jésus- 
christ  pour  le  connoître. 
fl  Chap,  4.14.  Celui  qui  boira  de  C  eau  que  je  lui 
tonnerai  y  n  aura  j amais  foif  :  mais  l' eau  que  je  lui 
tonnerai  fera  faite  en  lui  une  fontaine  d*  eau  rejail-- 
lofante  à  la  vie  éternelle.  Ces  expreffions  ne  font 
uînt  humaines.  Si  Jesus-Christ  penfoit  com- 
r.c  les  autres,  il  parleroit  comme  les  autres.  Il 
Hroît  qu’il  ne  penfe  aux  chofes  de  la  terre,  que 
four  conduire  par-là  aux  chofes  fpirituelles.  II 
louve  la  pieté  par  tout.  Il  n’eft  fur  la  terre  que 
^bur  conduire  les  hommes  au  Ciel.  A  des  pê- 
leurs  il  parle  d'une  pêche  d’hommes  vivans. 

;  des  hommes  qui  tiroîent  vanité  de  leur  naïf- 
:nce  charnelle,  il  parle  de  renaître.  Q^and  on 
‘  i  parle  de  manger  ,  il  dit  que  fa  viande  eft  qu’il 
■fle  la  volonté  de  fon  Pere.  Et  quand  il  eft  fur 
'  bord  d’une  fontaine  ,  fa  grâce  eft  une  eau 
'  ’jailliflante  à  la  vie  éternelle.  Qui  r.c  l’ad- 
pirera  ^ 

f:IVerf.  24.  Dieu  ejl  efprît:,  ^  il  faut  ^ue  ceux 
Ij'^i  V adorent  ^  V adorent  en  efprit  en  vérité, 
M’cft  dire  en  deux  mots  ce  que  les  hommes  dc- 
pj^ient  fçavoir ,  &  ce  qu’aucun  ne  fçavoit ,  tout  ce 
b’il  y  a  de  plus  conforme  à  la  nature  raifonnna- 
&  aux  principes  de  la  révélation  naturelle,^ 

^  qui  diftingue  la  Religion  de  la  fuperftition, 

P  que  plulieurs  ficelés  de  raifonnement  &  de 
îcculation  dans  l’école  des  fages  du  ficelé  n’a- 
bient  fçu  découvrir  ,  ou  n’avoient  découvert 
ü’imparfaitement,  ce  que  les  Prophètes  mê- 
,1cs  n’avoierît  pas  entièrement  dévelopé  ,  &que 
fes  Juifs  qui  vivoient  du  temps  de  Jésus- Christ  , 
ui  ne  contoient  pour  rien  que  ce  qu’il  y  ad’ex- 
ericur  &  de  corporel  dans  la  Religion  ,  ignoroient 
rofondément.  D’où  vient  à  celui-ci  une  telle  fa- 
efie  ? 

Chap.  y,  ij.  En  vérité  ,  en  vérité  je  vous  dis ,, 

L  V  que 


a /O  Traité  de  la  Vérité 

cjuei'  heure  vient  y  efl  déjà  y  que  les  woris  cnfet:! 

dront  la  voix  du  Vils  de  Dieu  ,  ^  ceux  quiCati\ 
ront  o’üie  vivront»  Celui  qui  refuteitoit  les  mori 
pouvoit  bien  parler  de  la  forte  :  mais  en  to’j 
autre  ce  langage  (eroit  extravagant. 

Verf.  36.  Mais  moi  j'ai  un  témoignage  pJt^ 
grand  que  celui  de  fean  3  car  les  œuvres  que 
Pere  a  données  pour  les  acomplir  ,  témoignent  <ji 
moi  que  mon  Perem* a  envoie.  Il  faut  que  ces  oei|  ^ 
vres  fuflfent  bien  éclatantes  ,  puis  qu*il  préfère  .i 
témoignage  que  les  œuvres  lui  rendent,  à  cel'ij 
que  Jean-Baptifte  Inî  a  rendu.  fi  celan’crojS 
point ,  il  s’expofoît  à  la  raillerie  de  ceux  à  qui  jf 
parle.  j 

Yerf.  44.  Comment  pouvez-vou^  croire,  put\\ 
que  voies  cherchez  la  gloire  l'un  de  l'autre  y 
cherchez  point  la  gloire  qui  vient  de  Dieu  [eul  ?  Cji 
n’eft  pas  ainfi  que  parle  on  homme  qui  a  defleilË 
de  feduire  Jes  autres.  Jesus-Christ  fe  devroj 
fervîr  plütôt  de  la  vanité  de  la  foibîcffe  de  c( J 
hommes  ,  qui  eft  Je  reflort  délicat  qu'il  faut  faiijî 
agir  dans  ces  occafîons,'  i 

Chap.  6.  34.  ij’.  Or  les  gens  atant  vulemm  j 
eh  que  fefus  avoit  fait ,  àifoient ,  Clelui-cieft  Wrjî 
tablement  le  Prophète  qui  dev  oit  venir  au  mondé  A 
C'eft  pourquoi  Jésus  aïant  connu  qu'ils  devoiei]^ 
venir  pour  le  ravir  afin  de  le  faire  Roi  y  fe  retir 
encore  tout  feul  dans  la  montagne.  Ce  n’eft  poic  < 
par  foiblcfTc  &  par  timidité  que  Jesüs-Chris;i 
xefufe  de  fe  mettre  à  la  tete  de  ceux  qui  vculcr  j 
1c  faire  Roi.  Celui  qui  prédit  fes  foufFranccs ,  qi:< 
en  établit  des  mémoriaux,  &  qui  fait  un  par  jj 
d’affligtz  à  la  tête  defqucls  il  veut  bien  marçhcri 
n’auroit  pas  craint  les  hazards  de  la  guerre ,  funij 
d’une  multitude  innombrable  de  peuple,  qui 
feroic  toüjours  grcïïie ,  trompée  par  le  prejugj 
commun  de  ce  temps-Ià.  efface  donc  qui  l’cj 
empcchc  ? 

Verlî 


-  I  ^  la  Religion  Chrêtiennê.  ijv 

Verf.  ^S^Je  fuis  le  pain  de  vie»  §lui  vient  à 
i|7<î/  n  aux  et  point  de  faim  ,  qui  croit-  en  moi 
f  (aura  jamais  de  fof.  Jamais  homme  dit-il  rien 
rfaprochant  ?  Comment  un  homme  cft-ilun  pain 
Je  vie?  Que  veut  dire  cela  ?  Aller  à  J  esus- 
j  î'hrist  empcche-t-il  d’avoir  faim  &  foif  ?  II 
*y  a  c]u*un  homme  qui  ne  fçait  ce  qu’il  dit,  ou 
^  n  Doâ:eur  venu  de  Dieu  ,  qui  puifle  parler 
infi  :  mais  qui  ofera  blarphcmcr  la  fagefl'e  de 
f  :t  homme  furnaturel? 

)  VeiT.  6^,  La  chair  ne  profite  de  rien  5  cefl  ref 
s  ni  qui  vivifie  :  lesparoles  que  je  vcm  dis  font  efprit 
vie.  Ce  commentaire  juflifîe  excclemment  la 
igffle  de  cet  admirable  Dodeur  ,  &  nous  fait 
oir  ce  que  nous  devons  penfer  de  ces  paradoxes 
.  :  contraires  à  nos  idées  &  à  nos  préjugez ,  qu’il  a 
avancez  dans  les  verfets  précédens. 

Ch  AV,  J ,  îy  »  Si  quelqu'un  veut  fairela  volonté. 
f  P  celui  qui  ma  envoie ,  il  connoîtra  de  la  docîrine-y 
ravoir  fi  elle  e(l  de  Dieu ,  ou  fi  je  parle  de  par  moi- 
'  urne,  C’efi:  la  meilleure  &  la  plus  füre  de  tou- 
•s  les  régies  pour  connoître  Jésus  -  Christ  & 
■)n  Evangile.  Aufli  n’eft-ce  point  la  lumière  de 
’efprit ,  mais  la  bonne  difpofîtion  du  cœur,  qui 
ft  neceffaire  pour  être  perfuade  par  ce  Dodeiir 
îvin.  Tous  les  hommes  avoient  ignoré  cecte 
<érîté  fi  grande  &  fi  relevée.  Ils  ont  fait  de 
'1  Religion  Une  fcîence  qui  n’eft  que  pour  les 
Yodles,  La  raifon  fuperbe  de  l’homme  ,  qui 
eut  tout  connoître  ,  &  ne  connoît  rien  ,  s*cft 
fttribuée  le  privilège  de  juger  des  matières  du 
tlut.  Si  cela  devoit  être  aînfî  ,  les  orgueil- 
:ux  feroient  les  plus  favorifez  de  Dieui  &  à 
bcfurc  que  la  vanité  ou  Tambition  nous  aiiroit 
ait  faire  d’eforts  pour  devenir  fçarans,  nous 
errions  plus  clair  dans  la  Kcvclation.  Cela  eft 
■on  pour  les  fcicnces  humaines  :  mais  pour  la 
dencedu  falut ,  on  ne  l’obtient  que  par  riiumiiitc 

L  vj  & 


■2  5’-  Traité  de  la  Vérité 

ëi  par  la  fa^difîcatioD.  Le  degré  dcThabitudcel 
le  degré  de  la  vertu.  Plus  nous  Tommes  fimpicsj 
plus  nos  yeux  font  ouverts.  Plus  nous  vivonsi 
bien  moins  nous  avons  dc  doute.  Plus  nous  ait 
irons  Dieu  ,  &  plus  nous  voïons  les  merveilles dj 
fa  Loi.  Oh  qu’il  y  a  de  fageiïe  renfermée  darj 
cette  maxime,  que  tous  les  fiécles  avoient  igncl 
lée ,  &  que  les  hommes  du  fiécle  ignorent  encore 
Verf.  57.38.  35>.  Or  en  la  dernier e  ^  granci^À 
fournée  de  la  Tête^  JESVS  fe  trouva-^ la  h  criar.^ù 
difant  y  Si  quelqu'un  a  foify  quil  vienne  M 
^oi.  G^ui  croit  en  moi^  fuivant  ce  qtte  dit  l'EcritiM 
re  y  des  fleuves  d' eau  vive  couleront  de  fon  venir 
{  Or  difûit  cela  de  l'Efprit  que  dévoient  recevoiji 
teux  qui  croient  en  lui ^  Car  le  S aint-Effrit  néto\\ 
point  encore  donné  ,  parce  que  JESVS  néto.y^ 
point  encore  glorifié,  )  Comment  PEvangelilfe  poi:j|| 
roît-il  faire  dire  cela  à  Jbsus-Christ  ,  &  y  ail 
jouter  ce  commentaire  de  réfufîon  du  S.  Efprit, 
en  éfet  il  n*eiit  vu  ariver  rien  de  pareil  ?  Et  qij-i 
ise  voit  que  la  parenthéfe  fupofe  que  cét  événc|5 
ment  étoit  affez  connü  ,  puis  qu’elle  rend  raifori 
Verf.  40.  Plufieurs  donc  de  la  troupe  diaréx 
^ui  ce  difeours  3  difoient  y  Celui-ci  efl  véritahle\\ 
ment  le  Prophète  :  les  autres  difoioit ,  Celui-ci  ep\ 
ie  Chrifl  :  ^  les  autres  difoient.  Mais  le  Chrij^\ 
viendra- t-il  de  Galilée  5  Ces  conteftations  fonj 
voir  l’impreflion  que  les  miracles  &  la  Dodrinii 
de  J.  C.  avoient  déjà  faite.  Elles  font  au  rc  1 
f^e  d’une  nature  à  ne  venir  pas  facilement  dani: 
Pefprit  d’un  homme  qui  écriroit  des  chofes  fa  y 
bnicufes.  :« 

CH'A?.  8.  7.  10.  II.  Et  comme  ils  corttinuoien\\ 
à  lui  faire  des  demandes  y  lui  s' étant  relevé  leu^\ 
dit  y  6^e  celui  qui  e(î  fans  péché  jette  le  premie  f 
la  pierre  cont/ elle  ,  Scc.  Alors  JESVS  s  étant  reU  \  ' 
vé  ,  ^  ncvnia,7it  perfonne  ,  fi  ce  n  e  fi  la  femme  y  lu 
dit  ,  Itcmme  ,  cd.  fo7n  ceux,  qui  îdeeufoieni 

N  H 


?! 

'  de  lu  Religion  Chrétienne.  i-fî 

ne  condamnée  ?  'Elle  dit ^  Nul  ^  Set^ 

f:ur.  Etfefus  lui  dit  y /e  ne  te  condamne  pas  aujji. 
y  t-en  ,  ^  ne  pèche  plus,  .  Il  ne  faut  point  de 
cnmentaire  pour  voir  que  tout  cela  eft  divin 
«  le  fcnt  mieux,  qu’on  ne  Tcxprime. 

Verf.  fl.  En  vérité ,,  en  vérité  je  vous  dis ,  que 
fquelquun  garde  ma  parole ,  il  ne  verra  poin-t 
l  mort.  Comment  Jesus-Christ  peut-il  avan- 
r  un  tel  paradoxe  ?  Comment  Jean  peut-jl  le 
^!ttre  en  la  bouche  de  J  es  us- Ch  R  i  s  t  ,  lui 
^i  a  voit  vu  déjà  mourir  pîufieurs  Disciples  de 
.Jjn  Maître  E II  ya  là  quelque  chofe  de  plus  haut 
^.  de  plus  cache  que  ce  qui  paroît  d’abord.  Ce 
;;int  ici  des  Docteurs  qui  ont  les  vüës  plus  longues 
i  pe  n’ont  les  autres  hommes. 

■  I  Chap,  II.  Je  fuis  la  réfurreéilon  la  vie* 
croit  en  fnoi  encore  quil  foit  mort  y  vivra* 

[  i^el  langage  inconnu  jufqu’ici  ! 
i  |Verf.  43.  44.  Ef  aï anî  dit  ces  chofes  U  cria  a 
l  ïutevoixyLazarey  viens>t-en  dehors.  Alors fortit  le 
‘  \orty  aiant  les  pieds  &  les  mains  liées  de  bandes  y  ^ 

J  tete  envelopéey  &c.  Rien  n’efl  plus  circonftancié 
UC  ce  fait.  Lazare  eft  mort  depuis  quatre  jours, 
i  eft  enfé-veli.  Une  pierre  a  été  roulée  fur  Ton 
Ipulcre.  Il  (ent  déjà  beaucoup.  H  y  avoir  des 
pifs  qui  murmuroient  ,  &  difoient ,  Celui  qui  a 
Ifvert  les  yeux  de  l'aveugle,  ne  pouvoit-il  pas  faire 
'4e  celui-ci  ne  mourut  point  i  Les  Juifs  [qui  éroienc 
bnus  pour  confolcr  les  deux  fœurs,  étoient  là. 
iTemblez.  Le  mon  réfufeite,  on  le  voit ,  on  l’en- 
jnd.PIufîcurs  croïent  en  J  esus- Christ.  Le  Grand 
jonfcil  s’en  émût.  Les  principaux  Sacrifîca- 
(Urs  &  les  Pharifîcns  s’étant  afiembicz  à  cette 
cafion,  plufîeurs  s’écrient,  faifons-nous  ^ 
^ar  cét  homme  fait  beaucoup  de  /ignés.  Si  nous  le 
biffons  ainfi,  chacun  croira  en  lui ,  les  Romains 
Vendront,  ^  nous  extermineront ,  le  lieu  ^  la 
mon  y  &c.  Si  ce  fait  eft  fupolc,  comment  l’ofc- 

t-on 


15'4  Traite  de  la  Vérité 

t-on  cciîrc  fi  cxadlcincnt  avec  tant  de  circonHaliS 
ces?  Que  n’aprofondit-on  la  chofe  ?  Les  Chrij^ 
tiens  manqucnr-ils  d’ennemis ,  eux  qui  font 
pofez  à  la  perfccution  de  toutes  les  puiflance  r 
Cét  Evangile  eft  crû  à  Jcrufalem  qui  fubfifte  ci|^ 
core  ,  &  Bcthanie  n’eft  cloignce  que  de  quelqu^* 
Bades  de  Jerufalem.  La  fauffecc  de  ce  fait  fc^’ 
fi  puplic  &  fi  éclatant  ,  renverfoit  de  fond 
comble  Touvrage  des  Apôtres;  &  donnoit  ai^ 
Juifs  gain  de  caufe  :  que  n’ont- ils  vérifié  I  f 
chofes  fui  le  lieu  ?  ‘ 

Ch  A  P.  13.  35’.  Tem  connoitront  par  cela 
vom  êtes  mes  Difciples ,  (i'vom  a'vez  de  C amourh\\* 
tins  pour  les  autres.  Divine  marque!  Cara<ilcil 
non  fufpe(ft  !  ^  ^ 

Ch  A  P,  14.  II.  II.  Croiez-tnoi y  que  je  ' fu.) 
m  won  JPere  y  ^  que  le  Tere  eft  enmot  :  autrermmV 
croiez  woi  pour  fes  œuvres.  En  vérité  y  envérh}^’ 
je  vous  dis  y  qui  croit  en  Woi  y  celui' là  aujjifer'i 
les  œuvres  que  je  fais  ,  en  ferai  déplus  grandi^' 
que  celles-ci,  À  quoi  penfc  l’Evangclifte  de  dir| 
cela  >  s’il  étoit  convaincu  par  fon  expérience  él 
fur  l’exemple  de  fes  Collègues,  que  les  Difciplcj 
de  Jésus  -  Christ  ne  faifoîcnt  aucune  œuvre  mij 
raculeufe  ? 

Chap.  Tj-.  14.  si  je  neuffe  fait  entr\ux  /^'p 
œuvres  que  nul  aut  re  n  a  faites ,  ils  rd aur oient  poin  !  ' 
de  péchez.  Il  leur  met  toujours  devant  les  ycu:'- 
îc  témoignage  de  fes  œuvres.  î 

Chap.  16.  1.  Ils  vous  chafferont  hors  des  Si-'- 
nagogueSi  wêwe  le  temps  vient,  que  celui  qui  vcm\ 
fera  mourir  ,  croira  faire  fervice  à  Dieu.  Il  paroîit 
par  cette  prédidion  que  l'Evangelifte  met  en  lap 
bouche  de  Jesüs-  Christ  ,  qu’alors  les  hom¬ 
mes  ne  s’atrendoient  &  ne  dévoient  s’aticndrçf 
qu’à  croix  &  tribulations,  Q^eft-ce  qui  les! 
foütenoit  au  milieu  de  tant  de  maux,  &  dans  Isj 
certitude  d’cnloufFrir  davantage,  fi  ce  n'eft  l’ef-' 

pcrancc 


de  Ip.  KeJi^îon  Chrétrenne» 

|rance  de  la  rémunération  ,  qui  ne  peut  fubfiüer 
itc  la  qualité  d’impoflcur  que  rincredulité  leur 
;«{nne  ? 

/erf.  55.  Vom  avez  angoljfe  au  monde  :  mais 
bon  courage  y  j’ai  vaincu  le  mondes  II  ne  fe 
irc  point  de  leur  prédire  des  maux,  qui  fem- 
bient  devoir  les  décourager  j  mais  qui  ne  font 
'exercer  leur  patience,  &  confirmer  la  paro- 
Dqu’ils  annoncent. 

>  Chap.  17.  2 J.  Vere  jufley  le  monde  ne 
fnt  connu  :  mais  moi  je  t*  ai  connu  ,  ^  ceux-ci  ont 
imu  c^ue  ^efl  toi  qui  ma  envoie.  Et  je  leur  ai 
fteonnoUre  ton  nom ,  afin  que  VamcnY  duquel  tu 
tas  aimé  fait  en  eux ,  ^  moi  en  eux.  Efi-il  pof- 
lle  qu*il  puiffe  tomber  dans  refprit  ,  d’atribuer 
\  pareil  langage  à  des  împofteurs  f  Le  menfon^ 
[cft-ilici  fi  different  de  lui- meme  ,  &ncrerpi- 
3-t-iI  que  vertu,  innocence,  amour,  charité, 

«  cét  cfprit  d'une  faintc  &  fublime  fimpliciré  , 
Ijinc  incfable  confolation  ,  &  d’une  admirable 
àinfiancc  ,  qui  régne  dans  les  difeours  que 
^esus-Christ  tient  en  dernier  lieu  à  fes 
ÿfcipics  pour  les  confoler  de  Ton  prochain  dé- 
\rt  ? 


Chap.  18.  37.  Mon  régne  nefl  point  de 

vmonde ,  &c.  Alors  Pilate  lui  dity  Efi-iu  donc  Roi  ^ 

-  s  s  u  s  répondit ,  ^  lui  dit ,  Tu  le  dis  ,  que  je 
lU  Roi  :  pour  cela  je  fuis  né  y  pour  cela  je  fuis 
mu  au  monde  ,  afin  que  je  rende  témoignage  d  la 
^rité^  Celui  qui  efi  de  vérité  oit  ma  voix.  Jisus 
îclarc  que  fon  régne  n’cft  point  de  ce  monde  ? 

:  fc  dit  pourtant  Roi.  Oii  prctcndroit-il  rc- 
icr ,  s’il  ctoit  un  impofteur  ? 

Chap.  10.  ly.  2^.  C’efi  pourquoi  les  autres 
\ifciples  lui  dirent ,  Nous  avons  vu  le  Seigneur. 
^  avs  il  leur  dit  y  Si  je  ne  voiles  enfeignes  des  doux 
0  fes  mains  ,  fi  je  ne  mets  mon  doigt  là  ou 
S  oient  les  doux ,  ô*  fi  je  ne  mets  ma  main  en  fon 


Traité  delà  Vérité 

coté  y  je  ne  le  croirai  ^ oint  y  &c.  Jésus  lui  d.' 
Parce  que  tu  cis  vu ,  Thomas  y  tu  cvs  cru.  Bie^ 
heureux  font  ceux  qui  n  ont  point  vu  ,  ^  ont  a 
Poura-t-on  faire  acroirc  à  Thomas,  qn*il  a  r 
plus  incrédule  que  les  autres  ,  &  qu*il  n’a  c* 
perfuadc  ,  qu*aprés  qu’il  a  vu  &  touché  le  cor  f 
àe  fon  Maître  ? 

Ch  AP.  21.  5<,  Smon-'Pierreleur  dit '.Je  ni 
vets  pêcher.  Ils  lui  dirent  y  Nous  )  allons  au jft  af\\ 
toi.  Ils  partirent  y  ^  montèrent  dans  la  nacelle,  ijî 
ne  prirent  rien  de  toute  la  nuit.  Mais  le  matin 
nu,  Jésus  fe  trouva  fur  le  rivage  y  Les  Difcll 
plej,  apres  la  mort  de  Jesus-C  h  r  i  s  t  reprenne  J 
leurs  occupations.  Ils  n’étoîeni  pas  en  état  de  vl 
vre  fans  rien  faire.  Et  Jesus-Christ  réfufciji 
îcuraparoît  quelquefois  fur  le  rivage  de  la  ml'  i 
eù  ils  pêchent.  Qj^’y  a-  t*il  là  de  fulpedl  ?.  hj 

Verf.  2  0,  21.  21.  25.  Et  Pierre  fe  retourna, M 
vit  leDifciple  que  Jésus  aimoit ,  quifuivolty  hqum 
auj/l pendant  le  fouper  s' étoit penché  fur  fon  eflomam 
tè»  avoit  dit  y  Seigneur  y  qui  efi  celui  a  qui  il 
ra  de  te  trahir  ?  ^juand  donc  Pierre  le  vit ,  il  dit  !j 
Jésus,  Seigneur  y  ^  celui-ci  y  quoi  ?  Jésus  lui  di}\ 
Si  je  veux  quil  demeure  jufquà  ce  que  je  viennt  i 
quen  as-tu  à  faire  ?  Toi ,  fui-moi.  Or  cette  paro^j^ 
courut  entre  lesFreres ,  que  ce  Difciple-^là  ne  mouM 
roitpoint.  Néanmoins  ]Bb'vs  ne  lui  avoit  point  dit  y 
ne  mourra  point  ÿ  maisyfije  veux  quil  demeure  juj\\ 
qu  à  ce  que  je  vienne ,  qu  en  as-tu  à  faire  }  C' ef  en 
i>îfciple~là  qui  rend  témoignage  de  ces  chofes  ,  d’il 
qui  a  écrit  ces  chofes ,  &c.  Eft-il  concevable  qui' 
rÉvangeliftc  ait  invente  ce  bruit  qu’il  prétenj; 
qui  courut  touchant  fon  immortalité  ?  Ccscho;| 
fes-là  viennent-elles  dans  l’efprit  ?  Rcmarqiie|ij 
Cependant  que  tout  efl  enchaîne  ici  d’une  tcllb 
forte  ,  que  qui  donne  un  point  donne  tout.  Car  Ij  : 
bruit  qui  courut  que  Jean  ne  mourroit  point ,  c<| 
fondé  fur  la  réponfe  que  Jesus-Christ  avo]| 


T 


de  la  Religion  Chrétienne,  xjj 

|kc  a  Pierre  i  &  ]  es  us- Ch  Ri  st  ne  fit  cette 
X)onre  à  Pierre  qu*aprcs  fa  refurredion,  &  après 
jq|Dir  prédit  à  Pierre  meme  de  quelle  mort  il  glo- 
ifiieroit  Dieu.  Cette  enchaînure  nous  fait  bien 
tir  ce  que  nous  en  devons  croire. 

CHAPITRE  VIII. 


it  ïon  continue  ci  produire  des  ABes  des  Apôtres 
des  endroits  propres  à  faire  fentir  la  divinité 
de  la  Religion  Chrétienne. 

pH  A  P.  I.  8.  Mais  vous  recevre:(^  la  vertu;  déu 
Efprit  venant  fur  vous  ^  ^  me  fe^ez  témoins 
^erufalem ,  a  Samarie  ,  par  toute  la  terre. 
^\fon  examine  ces  témoins  ,  qu’on  les  éprouve 
jr  toute  force  de  fuplices ,  &  l’on  verra  s’il  fera 
j  fTible  de  les  obliger  à  fe  retrader. 

,VerI.  i6.  Et  le  fort  tomba  fur  Mathias  y  qui  un 
^mun  acord  fut  mis  au  nombre  des  onze  Apôtres. 
}n*y  a  ici  ni  brigue,  ni  prééminence,  ni  tîran- 
r.  O  que  cette  ïbeieté  eft  differente  des  focie- 
il  mondâmes  ! 

ÎChap.  1.  13.  Et  les  autres  dif oient  y  C*e^ 
dils  font  pleins  de  vin  doux.  Cette  forte  de  cir- 
ilnPance  marque  l’exablitude  &  la  linccrité  de 
Hiftoricn. 

Verf.  11. ]i.s\is  le  Nazaréen  ,  perfonnage aprou- 
'  de  Dieu  entre  vous  par  vertus  ,  par  fgnes^par 
merveilles  y  comme  aufft  vous  le  f pavez.  Comment 
ijfçavoient-ils  ,  fi  J  e  s  u  s  n’a  fait  aucuns  mira¬ 
is  ?  Quelle  feroit  cette  hardiefle  i 
jverf.  41.  Et  furent  ajoutées  en  ce  jour* là  envt^^ 

r  trois  mille  âmes.  Par  quelle  force  firent*ils 
fi  grand  nombre  de  Profclitcs,  fi  ce  n’efi  par 
^force  dont  ils  écoient  revêtus  ? 

Verf  44,  4  J.  Et  tous  ceux  qui  c  roi  oient  étoient 
Semble  en  un  meme  lieu ,  ô*  avaient  toutes  chofes 

corn* 


Tf/ï/Vff  de  la  Vente  5 

communes  >  ^  ils  vendaient  foffe (fions  htens 

les  difrïhuoient  à  tous,  félon ^ue chacun  en  avo9 
affaire^  Sainte  focicte  ,  toute  compoTce  de  pciil 
fonnes  dcfînterefTees ,  &  qui  glorifient  Dieu  pm 
le  facrîficc  d'eux-mcmes  î  Q^c  pouvoîent  efpcf 
rer  ceux  qui  renonçoient  à  tout  pour  ramour 
Jesus-Chrîst  ?  Que  Ton  philofophe  rar* ' 
qu’on  voudra  fur  la  maniéré  d’unir  les  hommes  'T 
i!  n’en  fut  jamais  de  fi  paifaire  que  la  charîtiLf 
Elle  égale  ce  que  les  pallions  humaines  diftin'»' 
güoient  auparavant  ,  détruit  la  concurrence 
anéantit  rinterct ,  fait  difparoîcrc  les  vues  d)| 
l’ambition  &  les  diftinélions  de  la  vanité,  &  ra% 
mène  les  hommes  à  cette  égalité  de  lumière, d)^ 
culte  fpirituel,  de  foi,  de  charité  &  d’efperanccji- 
qui  fit  voir  pendant  quelque  temps  uneimaged|! 
Ciel  en  la  terre.  Quel  plus  grand  miracle  faut-  U 
pour  prouver  la  divinité  de  la  Religion  ? 

Verf.  46.  Et  tof4S  les  jours  ils  perfeveroientdu^È 
acord  au  Temple  5  Ô'  rompant  le  pain  demaifon  t  % 
tnaifon ,  ils  prenaient  leur  repas  avec  joie  fimpli\% 

cité  de  cœur^  Quelle  perfeverance  ,  quelle  joïjf 
&  quelle  fimplicité  de  cœur;  fi  les  Apôtres forjS 
des  fédudeurs  ,  comme  il  faut  le  rcconnoîtrc  ol: 
avouer,  que  l’Evangile  qu’ils  annoncent  eft  vérii 
table  &  divin.  j 

Chap.  3.  8.  9.  Et  il  entra  avec  eux  auTem\ 
pie  y  cheminant^  fautant  y  ^  louant  Dieu,  Et  to}\ 
le  peuple  le  vit  marchant  ^  louant  Dieu.  Sont 
ce  là  des  faits  qu’il  foie  bien  facile  défaire  acroijj 
re  5  s’ils  font  fabuleux? 

Verf.  II.  lÀais  Pierre  votant  cela  y  dit  au  pepV^ 
pie  y  Hommes  ifraélites  y  pourquoi  vom  êtonnea^ 
vous  de  ceci ,  ou  pourquoi  avez-’vous  les  yeux  attm 
chez  fur  nom  ?  comme  f  par  nôtre  putffance ,  ou 
nôtre  fainteté  nom  avions  fait  marcher  celui-c]] 
Si  Simon  le  Magicien  avoit  fait  un  pareil  prodd 
ge,  il  ne  le  raporteroit  point  à  d’autres  qu’à  lu  i 

merntj 


l  ■ 

de  l(t  Religion  Chrétienne: 
ime  ,  &  il  fc  diroîc  encore  plus  qu’il  ne  fait, 
^mde  vertu  de  Dieu  Remarquez  dans  ces  paro- 
|.!  un  caradere  de  naïveté,  d’humilité  &  de  (in¬ 
cité  tout-à-fait  inexprimable, 
î  Verf.  Rt  fur  lu  foi  du  nom  d*  t  celui  i  fort  nom 

4r affermi  celui-ci.  Oui ,  lu  foi  qui  ejl  pur  lui ,  a 
mnéu  celui-ci  cette  entière  difpofition  de  fes  mem^ 
i's  en  lu  prefence  de  vous  tous.  Cét  entaffemenc 
ÿxpreflions  fonne  mal  dans  le  monde ,  &  fait 
^mme  une  cfpece  de  gaîimathias  félon  les  ré¬ 
gis  de  l’éloquence  humaine.  Mais  ici  il  n’eneft 
ÿs  de  meme.  Voici  des  Douleurs  qui  ne  fe  fou- 
t:nt  point  de  policefle  ;  mais  qui  craignent  de  ne 

Ï5  dire  alTez  fortement ,  que  ce  n’eft  point  en 
ir  nom  ,  mais  au  nom  de  Jésus,  que  tout  cela 
ffaic.  l’oreille  en  foit  choquée  ,  ou  non, 

•jliirvû  que  refprit  s’humilie  en  la  prefence  de 
leu  ,  &  n’atribuë  cette  grande  merveille  qu’à 
Jî  s  U  s  -  C  H  R  I  s  T. 

iVerf.  14.  hÆuis  vous  avez,  renié  le  Suinté  le 
jfe  y  ^  avez  demandé  qu  on  vous  donnât  un 
■{çtirtrier.  Qu’il  fçait  peu  dater  ceux  à  qui  il  parle! 

Chap;  4,  4.  Et  plufieurs  de  ceux  qui  uvoient 
tfi  lu  parole ,  crurent  y  ^  lè  nombre  des  perfonnes 
environ  de  cinq  mille.  Comment  S.  Luc  ,  qui 
irit  dans  un  temps  où  cette  Eglife  florilTante  de 

Iriifalcm  compofee  de  tant  de  Profclites  fub- 
^:oit  encore,  leur  poura-t-il faire  acroire  tant  de 
dts  miraculeux ,  dont  les  yeux  devroient  avoir 
«  les  témoins  ? 

;Chap,  y.  ly.  Tellement  quils  uportoient  les 
nlades  dans  les  rués  y  ^  les  mettoient  en  des  pe- 
is  lits  ô*  couchettes  ,  afin  que  quand  Pierre  vien^ 
joit,  au  moins  fon  ombre  paffât  fur  quelqu'un 
hntr  eux.  Voïez  raccomplidement  de  cette  Pro- 
Iveiîc  de  Jésus- Christ  ,  qui  avoit  prédît  que 
N  Difciples  feroient  de  plus  grandes  œuvres  que 
li-mcmc. 

Verf.  31. 


1^(9  Traité  dê  la  Vérité 

Verf.  31.  V.tnoHs  lui  fommts  témoins  de  cé  c[u\ 
nous  difons  le  S»  Efprit  aujjl ,  que  Dieu  a  donn* 
à  ceux  qui  lui  ohéïffenî.  Jesus-C  h  R  i  s  t  convain' 
quoi:  toüjours  les  incrédules  par  le  temoignagS 
que  lui  rendoient  Tes  œuvres  ;  &  fes  Difciplcs,  pal 
les  dons  du  S.  Efprit,  Eft-ce  donc  ici  un  fongcl 
une  alienation  d’cfprit  ;  un  concert  d’égarement 
Ou  plutôt ,  n*e{l-ce  pas  la  fageffe  &  la  vérité 
Dieu  qui  paroît  dans  cette  rencontre  ?  i? 

Chap.  7.  ji.  Gens  de  coi  roide  y  incircomé 
de  cœur  ^  d' oreilles ^  vous  vous  aheurte^toûjouM 
contre  le  S,  Efprit.  Vous  faites  comme  vos  Per^!| 
Lequel  des  Prophètes  vos  Peres  n  ont-ils  point  pefm 
jécuîé  f  Les  fédndleurs  flatent  bien  autremei!! 
ceux  qu’ils  veulent  attirer  à  leur  parti.  h 
Verf.  6 Q .Et ils lapidoientEtienne invoquant 

^  difant ,  Seigneur  ]lsus  y  reçois  mon  efprit.  Pu 
s  étant  mis  a  genoux,  il  s  écria  a  haute  voix  >  di[an  | 
Seigneur  y  ne  leur  impute  point  ce  péché.  Etienrj 
îiieurt  en  priajit  Dieu  pour  fes  ennemis ,  à  l’exeirf 
pie  de  J  E  s  ü  s-  C  H  R  I  s  T  :  mais  Etienne  n’eft  poîij 
fàifî  de  tridefle  5  il  n’eft  ni  angoifse,  ni  épouventcF 
il  ne  s’écrie  pas  ,  Mon  Dieu ,  mon  Dieu  y'pourqu\ 
97)  as-tu  abandonné  .^Oelui  qui  décrit  le  domeüij 
que  fi  courageux,  n’auroit-il  point  fçii  faire  ui 
beau  portrait  de  la  confiance  du  Maître,  s’il  s’d 
toit  propofe  autre  chofe  que  de  dire  la  vérité  ?  | 
Chap.  8.  14.  ig.  j  6.  Ils  leur  envdierent  Pier  ]^ 
^  Jean  ,  lefquels  étant  là  defeendusy  prièrent  pot\ 
eux  y  afin  qu  ils  recàffent  le  S,  Efprit,  Car  ilnétc\ 
point  encore  defeendu  fur  aucun  d'eux  y  mais  feu! { 
ment  ils  étoient  bdtifez  au  nom  du  Seigneur. On  voj 
par  là,  que  tous  indifFeremmcnt  pouvoient  recevoij 
le  S.  Efprit  :  mais  qu’il  n’y  avoir  que  les  Apôtr  j 
qui  püflent  le  communiquer.  Cette  diftinûici 
eft  remarquable.  Il  paroît  encore  que  les  dons  éW 
.S.  Efprit  étoient  fi  vifibles  &  fi  éclatans,  qu’ejj 
s’apercevoir  d’abord  de  cette  éfuûon.  Quailj 


''>de  la  Religion  Chrétienne» 

IjHifcoursde  S.  Luc  feroit  fupofc,  il  feroît  juflc 
i  lui  donner  un  fondement,  probable  3  Sc  il  n*en 
juc  avoir  d’autre  que  celui-ci,  c’eft  que  de  Ion 
lins  les  dons  miraculeux  ccoienc  communiquez 
:ix  Fidèles  :  autrement  c*eft  une  pure  extrava- 
j!nce  que  fon  difcours. 

Vcrl.  ^  Mais  Pierre  lui  dit  ^  Ton  argent  pé- 
avec  toi ,  de  ce  que  tu  as  e(imé  que  le  don  de 
leu  s* acquière  par  argent»  Q^lle  eft  cette  déli- 
tteffe  de  Pierre,  (i  Pierre  cfl  un  fejudeur ,  aulli 
bnque  Simonie  Magicien  ? 

'Verf.  Il,  Z3.  Kepens-tei  donc  de  cette  tienne  ma^ 
Ü?  >  Ô*  p^te  Dieu  ,  (i  poffible  la  penfée  de  ton  cœur 
îfer  oit  par  donnée.  Car  je  voi  que  tu  és  en  fiel  très 
per  ^  en  lien  d^ iniquité.  Ah  ,  que  ce  langage  efl: 
Ærent  du  langage  d’un  homme  à  qui  la  con^ 
dljcnce  reprochoit  Finfidélitc  &  Fimpoftyrc  ! 
!{Chap.  5?.  7.  8.  9.  Or  ces  hommes  qui  mari¬ 
nent  avec  lui  C arrêtèrent^  tout  épouventezy  o'iant 
vo'.Xyinals  ne  votant  per fonne.  C*  efl  pourquoi  ils 
:onânifirentpar  la  mainy  ^  le  menèrent  aDamas^ 
■'«i  il  fut  trois  jours  fans  manger  fans  boire.  Si 
^  Luc  vouloit  feindre ,  pourquoi  feindroit-il  avec 
ijpeu  de  jugement  ?  QiFctoit-îl  ncccffairede  di^ 
iij,  que  Saiil  croit  acompagne ,  lorLque  la  lumière 
Dieu  refpîendit autour  délai  ?  Pourquoi  citer 
Ijlicu ,  Tocafion ,  les  témoins ,  defquels  la  Syna- 
^gue  pouvoic  tout  fçavoir  ?  Comment  fera-t-il 
aroirc  que  les  gens  dont  Saül  croit  efcortc,  le 
.encrent par  la  main  à  Damas,  qu*il  y  fut  trois 
vj^irs  &  trois  ni>irs  fans  voir  clair  ? 
f  Verf.  î6.  Car  je  lui  montrerai  combien  il  lui 
\\Ht  fouffrir  pour  mon  nom.  Toute  la  vie  de  Paul 
Kfc  un  acompliflcmentdccct  oracle, 
f  Verf.  31.  Ainfl  donc  les  Eglifes  par  toute  la 
^  la  Galilécy  ^  la  Samarie  avaient  paix,  étant 
f  fiées,  cheminant  e7t  la  crainte  du  Seigneur  par 
^confolaiion  du  Saint'Efprit.  QjJel  prodigieux 

piogrcz 


i6i  Traité  de  la  Vérité 

progrès  de  TEvangile  ,  qui  établit  des  Eglif* 
par  tout  en  fi  peu  temps  1 
VeiE  54.  5  J.  Et  F  terre  lui  dit,  Enée  ^  jEst/iH 
Christ  te  guérijfe  ,  léve-toi,  &c.  Et  tous  ceu 
qtit  hahitoient  en  Lidde  ^  à  Saron  le  virent,  kj 
quels  furent  convertis  au  Seigneur.  Ces  homnn 
qui  font  ici  citez  fçavoicnt  bien  ce  qui  en  ctoiîi 
Ces  Eglifes  compolces  de  Profclitesqui  devoicil* 
avoir  vii  la  choie,  ne pouvoienc pas  être troiti;îl 
pces  à  cèt  égard.  - 

Verf.  41.  41,  Alors  il  lui  donna  la  main  , 
la  leva.  Fuis  aïanî  apelé  les  faints^les  veuveM 
il  la  leur  pref enta  vivante.  Et  cela  fut  connu 
toute  Joppé,  plufieurs  crurent  au  Seigneur.  Voip 
là  un  miracle  bich  éclatant ,  &  des  témoins  qu’oj^f 
produit ,  par  krquels  on  auroit  été  facilemcr|i 
démenti,  fi  ce  miracle  n  avoir  pas  été  veriti^f* 
ble.  . 

Chap.  10.  4J.  4^.  47.  C* e fi  pourquoi  l'\ê 
Eidêles  de  la  Circonctfion  qui  étoient  venus  avt% 
T  terre,  s  étonnèrent  que  le  don  du  S.  Efprit  fut  aufi\ 
répandu  fur  les  Gentils  ;  car  ils  les  entendoient 
1er  les  langages,  magnifier Vi eu.  Alors 

pritlaparole  ,  difant ,  ëjuelqu  unpouroit-il  empe^- 
cher  qu  on  ne  batïfât  d* eau  ceux  qui  ont  repu  le  dc^ 
du  S.  Efprit ,  comme  nous  ^  veut  dire  cc 

étonnement  de  ceux  de  la  Circoncifion  ?  C’e 
que  jufqu’ici  ils  n’avoient  pas  vu  le  S.  Efprit 
communiquer  aux  Nations.  Le  mélange  dcccif 
circonftanccs  fait  fouvent  comprendre  la  vérirfe 
d'un  récit.  1* 

Chap.  11.  18.  Alors  ces  chofes  ouïes ,  ils  stt  ^ 
paiferent,  ^  glorifier ent Dieu  ,  difant,  Dieudon\\ 
a  au/fi  donné  repentance  aux  Gentils  pour  avoi\ 
vie  !  Langage  du  S.  Efprit  !  ftilede  Dieu  !  expre  ij 
fion  de  Canaan  qu’on  ne  peut  méconnoîtiel  v 
Chap.  11,  18.  Mais  le  jour  étant  venu\^ 

il  y  eut  un  grand  trouble  entre  Us  gens  de guerr^\)t 


pOHlj 


de  U  Religion  Chrétienne.  1^5 

p.'  ffa'Vûir  ce  que  Pierre  feroit  de^venu,  EtHerode 
i%nt  recherché  y  ^  ne  le  trouvant  point ,  après  en 
iî>  faitle  Procez.  aux  Gardes  ,  commanda  quils 

E  nt  menez,  au  fuplke.  Circonftance  qu*on  ne 
:  fupofer  ,  &  qui  confirme  excélemenc  ce 
^eft  raporté  de  la  délivrance  miracaleul'e  de 
Pierre. 

^HAP.  15.  5.  C'efi  pourquoi  après  avoir  jeûné 
^riéyils  leur  impoferent  les  mains.  CécHifto- 
b  qui  reprefente  les  Difciples  comme  étanc 
^  cefTe  en  jeune  &  en  priere ,  ne  peut  point  fu- 
p:r  ce  (ait ,  s’il  efl:  entièrement  faux.  Il  feroic 
If  avagant  de  croire  que  les  Apôtres  véeuflent 
i,  &  fuflent  plongez  dans  toute  forte  de  dc" 
É:hcs.  Il  ne  faut  que  les  entendre  pour  perdre 
se.  opinion.  Cependant  on  peut  dire  que  li  ce 
^Is  annoncent  eft  faux  ,  ils  font  des  fccicrats, 
“|ae  s’ils  font  gens  de  bien  ,  comme  leur  langa- 
ous  en  perfuade  maigre  que  nous  en  aïons 
UC  que  ce  qu’ils  annoncent  foie  véritable.  > 
l’erf.  II.  Alors  le  Proconful  votant  ce  quièîoit 
jvè  y  crut  y  étant  tout  épouv enté  de  la  dourine  dtù 
^eur.  Ce  feroit  bien  mal  choifir  Tes  circon- 
iftees  ,  que  de  vouloir  faire  aeroire  de  pareilles 
efees  contre  la  notoriété  publique.  La  couver- 
d’un  Proconful  eft  remarquable. 

F^AP.  IJ,  3^.  C' e fi  pourquoi  il  y  eut  un  tel 
Mfrenty  quils  fe  féparerentl'unde  l'autre,  que 
Wmabas  prenant  Marc  navigea  en  Afrique ,  &c* 
4  H:ftorien  eft  exaâ:  à  raporicr  toutes  chofes; 
tl'\  fincerc  ,  ne  faifant  point  difficulté  de  rapor- 
^des  differens  qui  furvicnnent  entre  les  Apô-; 


jfHAP.  10.  II.  Etais  amenèrent  le  jeune  hom^ 
'ivant  y  dont  ils  fur  oit  grandement  confolez. 
t-il  rien  qui  frape  &  convainque  davantage 
la  réfurredion  des  morts  ? 
lüAP.  14.  ij.  Et' comme  il  traitoit  touchant 

la 


2-^4  Truite  àe  la,  Vérité  '  .  ■ 

la  jîiflice  5  c^»  la  tempérance  y  ^  le  jugement  à  n.  ] 
ntr  y  Félix  tout  éfraïé  répondit.  Pour  mainteriA^^ 
va-t-tn  ,  quand  f  aurai  Voportumté  je  te  rji 
pellerai.  Divine  éfîcace  de  la  farolc,  qui  f;j 
trembler  un  Juge  fur  fon  Tribunal  &  devant  ;j 
chaînes  de  Ton  prifonnier  i 

Ch  AP.  18.50.  31.  'Mais  Paul  demeura  de\^ 
ans  entiers  en  [on  propre  louagCyéo  recevoit  tous  ce  ,9 
qui  venoientvers  lui,  prêchant  le  Koiamne  de  Dr’ij 
&c.  Ici  finit  THiftoire  des  Aéles  des  Saints  Apô: 
écrite  par  S.  Luc.  Il  paroît  qu’il  a  écrit  av;. 
la  ruine  de  Jerufalcm,  puisqu’il  ne  fait  auci' 
mention  de  cér  événement.  Les  Evangiles  > 
les  Ep'itres  des  Apôtres  n’en  font  non  plus  al 
cune  mention  :  mais  ils  parlent  fouveni  de  la  prj 
chaîne  venue  du  Seigneur ,  ou  des  juggiK: 
qu’il  devoit  exercer  fur  la  nation  des  juifs. 

C  H  A  P  I  T  R  E  I  X. 

Ou  Von  continué  a  produire  des  Epitres  de  S.  Vt  . 
de  S.  Pierre  ,  de  S.  Jean  y  des  pajfages  f  ^  - 
près  à  faire  fentir  la  divinité  de  la  Keligf 
Chrétienne.  , 

E  PITRE  AUX  ROM.  Chap.  i.  i.  3. 

Paul  Paul  ferviteur  de  Jesüs-ChRIST  , 
à  être  Apôtre  y  mis  à  part  pour  annoncer  jEvri 
gile  de  Dieu  ,  &c.  touchant  [on  Fils  qui  a  jS 
fait  de  la  femence  de  David  félon  la  chair 
a  été  pleinement  déclaré  Fils  de  Dieu  en  pt\^ 
fance  ,  felo7i  FEfprit  de  fanciification  ,  par  la  [t 
furreBion  des  morts.  Les  hommes  mettent  lejl 
titres  dans  les  Lettres  qu’ils  écrivent  i  &  S.  Pl| 
y  met  tout  l’Evangile  :  pourquoi  ?  C’eft  qu’il  .q 
a  le  cœur  &:  l’elpric  fi  remplis,  qu’il  ne  rçauij^ 
parler  d’autre  chofe.  J.  C.  eft  fon  Alpha  &  ^ 
Omerray  Ton  commencemeuc  &  fa  fin. 


de  la  "Religion  Chrétienne. 
rVeiC.7.A  VOUS  tous  qui  êtes  a  Rome,  bien^stimez.. 
}ieîez  à  être  SaintSf  grsice  vous  foit ,  paix  de  par 

:  :cu  notre  Pere ,  de  par  le  Seigneur  Jesus- 
p  H  R  I  s  T.*]amaîs  homme  avoît-il  écrit  de  ce 
Hile  ?  IJ  lie  s’adrcfl'e  qu’à  ceux  qui  font  apeltz  à 
'|ie  Saints.  IJ  nc  leur  fait  point  de  complimens 
7!ondains.  Il  leur  fouhaîte  la  paix  &  la  grâce 
f'.  Dieu.  Ce  n’eft  pas  ainfi  qu’écrit  un  perfide 
f|du(^cur ,  un  ennemi  de  fa  nation  ,  qui  va  rendre, 
ils  Frères  execrables  par  toute  la  terre ,  en  les  acii* 
Ijnt  d’un  crime  imagin-é. 

^‘Verf  1 6.  Car  je  7ieprenspoint  à  honf-e  tEvangi^ 

^  \de  C  H  R  I  St,  vu  quec  eft  la  puijfance  de  Dieu- 
>.falut  à  tout  cfoiant^  &c.  Q^un  homme  doit 
I  re  perfuade  de  ce  qu’il  dit  ,  quand  il  s’exprime 
•bne  maniéré  fi  forte  I  &  que  la  plénitude  de  fou 
[prit  paroît  dans  fes  expreffionsentaffees  l 
I  !  Ch  AP.  8.37.  58 .  39.  Mais  en  toutes  chofes  nous 

tmmes  plufque  vainqueurs  par  celui  qui  nous  a  ax¬ 
ez.  Car  je  fuis  ajfüré  que  ni  mort  ^  nivi^y  &c. 
*rmcté  inébranlable  !  divine  confiance  qi’il 
parque  fi  naturellement,  &  qui  ne  fçauroic  naître 
^*ais  l’ame  d’un  impofteur  ! 
iChap.  ii.iS.  19.  ils  font  Certes  ennemis  qu  an  S 
U*  Evangile  à  caufe  devons  :  mais  ils  font  b  tentai- 
quant  à  VéleBion  à  cau^e  des  Per  es.  D’oiV 
ent  que  Paul  parle  des  Juifs  avec  tendrefle  en 
[  tues  rencontres  1  Pourquoi  fait- il  tous  ces 
'  orts  pour  adoucir  rcfpric  des  nations  à  Jeur 
^;ard'  ?  Quel  eft  ce  penchant  qui  emporte  fon 
jEur  &  fes  affeélions  vers  ces  ennemis  jmplaca- 
^cs  qui  ne  demandent  que  fa  perte  ?  Elt-ce  là  la 

Î'^fition  d’un  homme  qui  auroic  abandonné  les 
ns  par  dépit  ou  par  vengeance  ? 

Thap-h.i.  Et  ne  vous  confortnez  point  a  cepre-’ 
it  fiécle  h  mais  foiez  transformez  par  le  renouvel-- 
72eni  de  votre  entendement ,  &c.  Un  homme  qui 
hé  changé  entièrement ,  aïant  acquis  de  nou- 
Tcme  IL  M  ve^les 


traité  de  la  Verîtê  il 

yelks  connoiffances ,  de  nouvelles  habîrndes 
de  nouvelles  afFedions,  ne  parle  que  de  change-<ll 
ment,  de  renouvellement,  de  nouvelle  créature  jji 
&CC.  Un  homme  qui  a  etc  éclairé  (ur  le  chemin;S 
de  Damas  ,  ne  parle  que  d*illuminatio«  ,  de  lu-?-^ 
miexe  qui  rerplendic  ,  de  Rcfïaume  de  lumic-; 
xe.  Un  homme  à  qui  mifericorde  a  etc  fai-Jf 
te  au  milieu  de  fes  emporcemens  ,  ne  parle  quîk 
de  grâce.  On  voie  fon  hihoiie  dans  fes 
preffions.  ; 

Vert.  10.  lîé  n.  13,  14.  IJ.  1^.  "Enclins 
charité  fraternelle  à  montrer  ajfeéiton  l'un  enverA 
Vautre ,  prévenant  V un  Vautre  par  honneur  , 
tant  point  pareffeux  a  vous  emploi er  pour  autrui 
mais  étant  fervens  d'efprit ,  fervanr  au  Seigneur 
joieux  en  efperance  ,  patiens  en  trihulation  ,  perfé'^x 
vérans  en  praiÇon ,  communiquant  aux  nécejftte\^) 
des  faintJ,  pourfuivant  hofpitalité.  BeniJfeJt 
qui  vous  maudijfent  y  henijfe:^les  ^  &  ne  les  mau<m 
dijfe^i^int  )  &c.  Sont- ce  la  les  paroles  &  les  fcnl! 
.îimens  d’un* impo  fleur  I 

Chap.  13.  J.  Et  pourtant  il  faut  êtrefujets  nonA^ 
feulement  pour  la  caler e  ^  mais  au (fi  pour  la  confciijfiAi 
ce.  La  Religion  cimente  le  bien  de  l’Etat ,  &  rie 
ne  s’unit  davantage  que  fa  pîctc  &  le  bien  de  la  fo  ià  : 
cieté^  Ceft  que  Dieu  qui  fait  rcgnei  les  Princes^  n? 
cft  aufli  le  principe  de  la  Religion,  j  ; 

Verf.  11.  La  nuiteft  pajfée  3  ôo  le  jour  ef  aprot  1 
ché^  ScCo  Mau  foiez  revêtus  du  Seigneur  jESuj 
•Christ  ,  ô*  rV aïez  pas  foin  de  la  chatr  pof  ^ 
acomplir*fes  convoitifes.  Les  paroles  fuivent  l'| 
penfées.  Ccc  Auteur  regarde  1  Evangile  . comit)  t 
une  lumière  qui  diiïipc  toutes  fes  tenebrelf,  «jl 
3  esüs«Christ  comme  Tuplcanc  à  tous  fes  bî| 
foins.  C’eft  ce  qui  l’oblige  à  s’exprimer  d’ui 
;nanicre  h  furprenante.  1 

I.  epitre  aux  corinthiens,  i- 


^Chap,  I.  ij. 


Christ  ejl-il  divifé  ?  Vaut  a- 


àe  la  Rellgicn  Chréfiennê»  1^7 
I  crucifié  pour  vous  f  Ou  avcz^^vous  été  hâtifez, 
4\'  nom  de  Paul }  Que  cette  humilité  eft  rare  î  Ôc 
j^ie  naturellement  les  hommes  font  peu  difpofez 
i'c  fâcher  contre  ceux  qui  veulent  leur  faite  trop 
ihonneur. 

Ch  AP.  1.  4.  ma  parole  ma  prédication^ 
point  éîé  en  paroles  pleines  des  attraits  de  là 
^ience  humaine  ,  mats  en  évidence  d’efprit  d& 
f\(fance»  Il  efl  indigne  d'un  Roi  ,  de  chercher 
i  grâces  du  difeours  &  les  attraits  de  l'cloquen- 
lors  qu  il  parle  à  des  fujets  aufquels  il  faic 
|jice ,  Sc  à  qui  il  preferit  fa  volonté..  Cela  fe- 
t:t  encore  plus  indigne  du  S.  Efpric.  Paul  opo- 
lia  vertu  du  S.  Efprit ,  dont  il  fe  fert  pour  cou¬ 
iner  l’Evangile,  l'éloquence  du  fiecle  ,  qu'iî 
«  prife.  L'une  eft  lufpede,  &  l'autre  ne  f^aurok 
litre. 

•Chap.  3.  J.  ^li  efl  donc  Paul  ^  ^  qui  efl  ApoU 
II,  fi  ce  nefi  des  Mtnifires  par  lefquels  vom  avez» 
fj  ?  Ce  .u'cft  pas  ici  Simon,  Cerinthus  ,  Sarui- 
|us,  Bahlides,  Menander ,  &:c.  qui  fe  difoienc 
tàvertu  de  'Dieu ,  le  Verbe  ,  le  Prophète  ,  St  qui  ea- 
||:rînoient  fur  la  vanité  les  uns  des  autres. 
ipHAP.^4,  II,  II.  15.  j^.  Jufquà  cette  heure 
\  f^s  fouffrons  c^faim  foify  ^  fommes  nuds ,  ^ 

.  fkmes  fouffletez  ,  fommes  errans  fk^ld^^ 
Ifcfr  travaillons  de  nos  propres  mains*  On  dit  mal 
;  mous ,  ^  nous  bemjfons.  Nom  fommes  perfécu^, 
nous  P  endurons.  Nom  fommes  blâmeZy  Ô' 
fr|fr  prions.  Nom  fommes  faits  comme  les  balieures 
mmonde  ^  comme  la  racleure  de  tom  jufqua 
:mntenant.  fe  n  écris  point  ces  chofes  pàur  vcm 
I  honte  :  mais  je  vom  avertis  comme  mes  chers 
;  Paul  a-  t-il  cru  pouvoir  impofer  à  ceux  à 

;  fl  il  écrit,  fur  des  chofes  qui  dévoient  être  fi 
ijnuës  ?  Ou  croit- il  les  porter  à  une  loiiabJc 
;;  Ihkiion  de  patience  par  des  récits  que  chacun 
fturoit  être  fabuleux  ? 


Traité  de  la  Vérité 
Verf.  ip.  10,  Mais  je  vlendrouï  bien^tot  vê>_ 
vous  y  [i  le  SeigntUY  Le  veut ,  ^  je  connoîtrai  no\ 
la  parole  de  ceux  qui  fe  font  enflez,  y  mais  leur  vertf 
Car  le  Rdiautne  de  Dieu  ne  confifte  point  en  parole^' 
mais  en  vertu.  Il  paroîc  par  là  que  les  dons  mi 
racLileux  &  extraordinaires  juftifioient  en  c  ^ 
çems-là  la  miiïion  des  Pafieurs  :  &  qu'y  a-t-il  dj? 
jnoins  furped:  que  cette  marque  ?  )  “ 

Ch  AP.  J.  y.  un  tel  hornme  foit  livré  a  SaUi':' 
0,  la  deflrubfion  de  la  chair,  afin  que  T efprit  fo^ 
fauve  au  jour  du  Seigneur-  Les  Apôtres  rendcrjl 
témoignage  à  TEvangilc  par  des  oeuvres,  &  nci!>!' 
Amplement  par  des  paroles.  î^' 

Verf.  II.  C'eft  que  fi  quelquun  qui  fe  nomnlf 
Trere ,  efî  paillard ,  ou  avare ,  ou  idolâtre ,  ou  wJv 
difant ,  ou  ivrogne ,  ou  ravijfeur  ,  vous  ne  manguv 
pus  meme  avec  un  tel-  Quelle  févéritc,  bon  DictiC; 
Q^  l’Evangile  produifoit  d’admirables  tfctîlr 
Qj/il  faifoic  des  changemens  furprenans  !  Alli'j 
croire  après  ce-a,  fi  vous  pouvez,  que  c’cj[l  i|| 
une  fociecc  de  fcélcrats  &  d’impofteurs  ,  comn'j 
il  faudroit  l’avouer  ,  fi  leur  témoignage  n’ctc 
point  véritable.  ' 

Ch4P.  5.  10.  II.  ^e  vous  ahuftz  point  :  ja 
Iss  formeateurs  y  ni  les  idolâtres  ,  ni  les  adultere^i 
•  ni  les  effeminez ,  ni  ceux  qui  habitent  avec  lesm^f 
les  y  ni  les  larrons  ,  ni  les  avares ,  ni  les  ivrQgne\ 
liiles  médifans  y  ni  les  ravijfeurs  n  hériteront  poi\ 
h  Rot  au  me  de  Dieu.  Rt  telles  chofes  étiez- vous  qu\ 
ques-uns  :  mais  vous  en  avez  été  lavez  ,  mais  vo] 
en  avez  été  fanEiifiez  ,  mais  vous  en  avez  été  juji 
fiez  au  nom  du  Seigneur  Jésus.  Si  le  témoigna: 
de  Jésus  n’cft  qu’une  impoftuie,  comment  a-tj 
pii  fandlifîer  les  hommes  ?  Et  que  prétendent  ccr| 
ci ,  lors  qu’ils  trompent  Jes.liommes  pour  les 
dre  juftes ,  &  que  par  l’infidclicc  ils  les  condaifti 
à  la  pratique  de  toutes  les  veirus  ?  Car  voilà  d 
^ücs  que  rinçrcdulité  doit  avoir,  ' 

'Cui  ' 


de  lit 'Religion  Chrêtlèftnêl 
I  C’HAP.  II.  i8.  2 '30.  'Et  Dieu  et  mis  les  uns 
/  lEglife,  premièrement  Apôtres ,  en  fécond  lieu 
%\'ophetes,pour  un  troifiéme  Doâieursy^ puis  les  ver^ 

^  s  y  en  fuite  les  dons  de  guérifon ,  les  fecoursy  les  gou^ 
'rnemenfy  les  diverfitez  delangxge.  Tous  font-ils 
.  ‘ophetes  ?  Tous  font-ils  Doreurs  ?  Tous  foht~ils 
nnt  des  'vertus  }  Tous  ont-ils  les  dons  de  guérifon  l 
\ous  parlent-ils  diHjers  langages  ?  De  la  maniéré 
l’il  fait  cette  énumération  ,  il  fupofe  que  les 
{  ,)ns  miraculeux  étoient  dans  l’Eglife,  comme  un 
hiit  d'une  notoriété  publique.  Eft  ce  donc  qu*il 
'<travague  ?  On  a  bien  vii  des  hommes  qui  fe 
intoient  à  faux  de  faire  des  miracles  :  mais  on 
;  vit  jamais  un  homme  qui  voulut  faire  acroire 
^une  focietc  nombreufe  de  perfonnes  ,  qu’elles 
irroient  le  pouvoir  d’en  faire,  lorsqu’elles  ne  l’a- 
îroient  pas  effedivement. 

Verf.  31.  Mais  defirez  des  biens  plus  excélens  $ 
tfje  vas  vous  montrer  y  ÿc.  Il  préférera  la  cha- 
^é  aux  vertus  &  aux  dons  miraculeux,  QujI  ^ 
|i:s  fentimens  éloignez  du  monde  &  de  la  fuper-. 
ition  l 

i|  Chap.  14.  24.  2/.  Mats  fi  tous  prophetifent , 

’  quil  y  entre  quelque  infidèle  ou  quelqu'un  du 
wmmuny  il  efit  repris  de  tous  ,  ^  jugé  de  tous  ^ 
jnfi  les  fecrets  de  fon  cœur  font  manifefle^tfy  dont 
t  |  fe  jettera  fur  fa  face  ,  adorera  Dieu  ,  ^  dé^ 

\\arera  pleinement  que  vraiement  Dieu  efi  entre 
jpus.  C’eft  ici  le  don  de  connoître  les  fecrets , 
;pnt  parle  ce  meme  Auteur ,  lors  qu’il  dit,  ^lyand  . 
(aurois  le  don  de  Prophétie  y  ^  connoîtrois  tous 
fr  fecrets,  Scc.  Vit-^on  jamais  des  fédudeurs , 
ui  pour  prouver  leur  vocation  ,  fe  vantent  de 
jonnoîcre  les  fecrets  du  cœur  ?  Comment  cét  Au- 
‘ur  parle- t-il  de  cela  en  palTant  &  comme  d’une 
hofe  connue  ? 

Chap,  IJ. 13.14. 17.1p.  C  ar  s'iln  y  apoint 
'■(  ^urreciion  des  mortSyCn'Siisr  auffi  n  efi  point  ré- 

M  iij  fufciîé  ; 


■J 

2.76  Traité  de  la  Vérité 

fujcité :  O'  fi  Christ  n  efi  point  rëfufcité,  nôtre  pte  \' 
àication  donc  efi  vaine  5  (3^  voire  foi  efi  vaine  ^ 
même  nom  fommes  trouvez  faux  témoins  de  Dieu 
<Zar  nom  avons  porté  témoignage  de  par  Dieu, qui' 
a  réfufcité  Christ  ,  lequel  il  rC a  point  réfufiiié,  f 
les  morts  ne  réfufcitent  point,  &c.  Et  fi  Chris*; 
ne  fi  poïnt  réfufcité ,  vôtre  foi  efi  vaine  ,  vow: 
êtes  encore  eh  vos  péchez,  Ceu^  donc  qui  dormen 
en  Christ  font  péris.  Si  nom  avons  efperance  ei'. 
Christ  en  cette  vie  feulement ,  nom  fommes  les  plu 
miferàbles  de  îom  les  hommes.  Il  n’y  a  rien  de  plu- 
capable  de  nous  faire  connoître  la  perfuafiond! 
nôtre  Apôtre  ,  que  ces  paroles,  Voïez  de  qucllj 
luaniere  il  réfute  le  fentiment  de  ceux  qui  ni 
croïoient  peint  de  rcfurrcdion.  Il  cft  tout  ctpn  i 
né  de  les  voir  dans  ce  fentiment ,  après  ce  qu’iii 
fcavent  de  la  réfurrediori  du  Scicrneur,  du  bon* 
lieur  de  ceux  qui  dormoient  en  Christ,  &  clc|/ 
affiiclion's  qu'ils  endureet  dans  cette  vie,  & 
n'endurent  pas  pour  rien,  *•  ' 

Verf.  3 1,  Si  fai  combattu  contre  les  bêtes  à  Ephej]^ 
félon  l* homme ,  que  me  profi:e^t*it,  fi  les  morts  7ï\- 
réfufcitent  point  l Mangeons  (3*  buvons ,  car  demai  ) 
nom  mourrons.  Depuis  la  naiflance  du  monde,  l(j' 
hommes  de  chair  &  de  fang  qui  ne  prétcndciu 
qu'aux  biens  de  cette  vie  ,  ont  raifonné  ainfi ,  Ç 
c'eft  aufîî  le  feui  parti  qu’il  y  eiic  à  prendre  ,  s’i, 
ii'y  avoir  point  de  réfurreeftion  derniere. 

Chap.  16,  II.  La  falutation  de  la  propre  maii 
de  moi  Paul.  S’il  y  a  quelqu’un  qui  n  aime  point  i\ 
Seigneur ’Jbsüs-C  h  r  i  s  t  ,  Anathème  MaranatiY 
Il  efl  fon  commencement^  fa  fin.  O  que  celj 
marque  bien  la  perluafion  de  fbn  efprirl 

I  I.  EPITRE  AUX  CORINTHIENS.  Il 

Chap.  8.  8.^.  Car,  Freres ,  nom  voulons  ble\ 
qite  vom  foïez  avertis  de  nôtre  affliBion ,  &c.  afi^ 
que  nom  n  euffions  point  de  confiance  en  nous-mé\ 
mes,  mais  en  Dieu  qui  réfufcité  les  morts, 

voïc| 


î; 

de  la  'Religion  ChYeHerMi.  i'jt 

oïez  leurs  épreuves  &  leurs  cfpcrances. 

Chap'  1.  14.  IJ.  16^  Or  grâces  a  Dieuquitoà- 
\^urs  nom  fiitt  triompher  en  Christ  ,  ^  qui  mani^ 
t.fle par  nom  rôdeur  de  fa  connoijfance  en  tom  lieux 
\  ar  nom  fonjmes  la  bonne  odeur  de  Christ  y  &c. 
i'efî  à  ff  avoir  a  ceux-ci  odeur  de  mort  à  morty  ^  m 
^  'UX‘ld  odeur  de  vie  a  vie.  "Et  qui  efl  fuffifant  pour 
.  s chofes  \  Et  quieft  fufHfant  pour  exprimer  couc 
!  que  ces  paroles  ont  d*ond:ion  &  de  force  con- 
aire  aux  faux  attraits  de  l’éloquence  du  fiécle^ 
ais<]u’un  bon  cœur  difcerne  facilement  ? 

•  Chat.  4.  6*  Car  Dieu  qui  a  dit  que  la  lumière 
fplendtt  des  ténèbres  y  efi  celui  qui  a  relui  en  nos 
leurs  f  pour  donner  illumination  de  la  connoijjance 
£  la  gloire  de  Dieu  en  la  face  de  J  esüs-  Christ. 
l'éloquence  humaine ,  qui  eft  preCque  toujours 
a  deflus  de  ce  qu'elle  reprcfente ,  n’emploïe 
tojrdinairement  qu’une  idée  pour  reprefenter  un 
:jbjet  ÿ  Sc  fi  cette  idée  efl:  compofée,  elle  l’cft  de 
îufieurs  autres  qui  ont  de  la  proportion  &  de 
i  convenance  :  elle  hait  ce  mélange  d'idées  Sc 
!C  métaphores  toutes  divcrles  ü  éloignées 
;ans  une  meme  période.  L’éloquence  du  S.  Ef- 
irit  au  contraire,  qui  eft  toüfours  âu  deflbus 
:  :cs  objets  qu’elle  nous  *mct  devant  les  yeux, 
jmpioïe  plufieurs  images  à  la  fois  toutes  diffe- 
lentes  ,  parce  qu’une  feule  eft  incapable  d'ex- 
[limer  tout.  Dans  ce  ftile  ,  le  Soleil  de  jufiice 
\u{  porte  lafanté  en  fes  ailes  nom  a  vijitez  par  Us 
hîrailles  de  [es  compaffions»  Vous  en  trouvez  un 
ixcmple  dans  cet  endroit,  ou  l’Apôtre  ne  croit 
jamais  en  avoir  affez  dit.  C’eft  ici  une  lumière 
ui  rejplendit  ,  qui  rejplendtt  dans  le  cœur  ,  qui 
\onne  illumination  ,  illumination  de  connoijjanccy 
{e gloire  enda  face  de  J  e su  s- Christ.  Ah,  qu’il 
lut  être  plein  de  ce  qu’on  veut  dire  ,  pour  s’ex- 
Timer  de  la  (ortc  !  Les  Orateurs  du  monde  font 
uîtres  de  ce  qu’ils  veulent  dire  :  mais  voici 

M  iiij  un 


h-  ji*  Trsiltê  de  ïtZ  Vérité 

un  Ecrivain  qui  eil  comme  plein  &  poffedè  parta 
grandeur  de  Tobjct  qu*il  va  nous  reprefenccr.  i 
Verf.  IJ.  Car  toutes  chofes  font  four  vous  ^  afir^ 
ÇjUe  cette  très  grande  grâce  redonne  à  la  gloire  di 
Dieu  far  le  retnerciement  de  plufieurs.  Remercie¬ 
ment  ,•  adlion  de  grâce  3  reconnoiflance  ,  gloinj 
de  Dieu  ,  charité  ,  aveu  de  fa  foibleffe,  prière 
cxhortatioi;,  voila  ce  qui  remplit  toutes  les  page 
des  Ecrits  de  ces  prétendus  impofteurs.  L 

Verf.  17.  Car  notre  legere  affliciion  qui  ne  faï 
que  pajfer ,  produit  en  nous  un  poids  éterneL^un\ 
gloire  excélemment  excélente.  Jamais  Ecrivain  ni| 
parla  plus  fortement  ,  parce  que  jamais  Ecrii 
vain  ne  fut  plus  pénétré  de  la  vérité  de  ce  qui 


ccrivoit. 

Ch.ap.  j.  17,  Si  quelquun  efl  en  Christ, 
foit  nouvelle  créature*  Ou  (ont  les  Doéleurs  qu 
ont  exigé  une  pareille  choie  de  leurs  Di(ciples| 
Quelle  eft  cette  parole  ?  Q^lle  eft  cette  étrangj 
exhortation^  . 

Ch  AP.  é^.  I.  4.  J.  Ainfi  donc  étant  ouvrier 
avec  lui ,  nous  vous  prions  y  que  vous  nate:^  foin 
re/â  la  grâce  de  Dieu  en  vain,  &c.  mais  nous  ren‘\ 
dant  recommandables  en  toutes  chofes ,  comme  éun 
Miniflres  de  Dieu  ^  en- grande  patience  y  en 
nions ,  en  nécejfîtez  ,  en  angoiffes  >  en  batturesycr 
frîfonSy  en  troubles  y  en  travaux,  en  veilles  en  jeûner 
en  pureté,  par  connoifj'anceyfar  un  efprit  patient  y  pa' 
bénignité  y^ar  leS  .Efpritypar  charité  non  feinte,  S  ont.] 
ce  là  les  caractères  du  monde  ,  ou  ceux  du  S.  Efpri'M 

Ch  AP.  8. 18.  Or  nous  avons  aujfi  envoïé  ùve\ 
lui  leFrercy  dont  la  louange  efl  dans  l* affaire  de  1*1.] 
vangile  far  toutes  les  Eglifes.  C'eft  de  Luc  dont  i| 
parle.  Ce  qu*il  en  dit  fait  afl'ez  connoître  que  l’E; 
vangile  félon  S.  Luc  éebic  lu  dés  ce  tems-là  dan! 
toutes  les  Eglifcs  ;  ce  qui  détruit  le  foupçon  qu; 
cet  Evangile  eût  pü  être  rempli  de  chofes  fabul 
leufcs,  dans  un  tems  oii  la  mémoire  de  tout  c| 


l 

de  la  Religion  Chrétienne-  2.75 

*4Î  ctoîc  arrive  à  ccc  C2;ard  devoir  être  fî  ref- 
jnte. 

!Chap.  II.  II.  Certes  les  marques  de  mon  Apoflo-^ 
it  ont  été  accomplies  entre  ^ous  avec  toute  patience 
'^vec [ignés,  merveilles  vertus.  Paul  a  écrit  à  des 
.  ^lifesnombrcufes  ,  à  des  focietez  entières.  Pour- 
.-t-il  leur  perfuader  qu’il  air  fait  tant  de  vertus 
i  milieu  d’eux  ,  fi  en  cfet  ceM  n’eft  point  ? 

Ch  AP.  1 3.  J.  Examinez-vous  vous-mêmes ,  &:c. 
t)rouve:^vous  vous-mêmes ,  8cc.  ff  avoir  fi  Jesus- 
nkfsT  efl  en  vous.  Quelles  font  ces  expreflions, 
'ous  fommes  en^  es  u  s- Christ  ,  Jésus* Christ 
d.en  nous  ?  D’où  vienn^t-clles  ?  Qui  eft-cc  qui  a 
abli  un  langage  fi  furprenant  ?  Où  eft-ce  que  les 
pôtres  ont  apris  ce  Pile  inconnu  à  tous  les  hom- 
les  ?  A-t-on  jamais  dît  dans  le  monde,  Cefar  efl 
1  nous  ?  C*eft  que  nous  n’avons  jamais  rcçùTef- 
rit  de  Cefar,  &  que  les  Qifcîples  avoient  reçu 
îEfprit  de  J  e  s  u  s-C  h  R 1  s  t. 

^  EPITRE  AUX  CALATES. 
ChaP-  3.  I.  1.  O  Galates  infenfez  !  &c.  ave^vous 
\%nt  foujfert  en  vain ,  fi  c* efl  même  en  vain  ?  celui 
'  \onc  qui  vous  fournit  rEfprit,  ^  qui  produit  les  ver- 
\4s  en  vous,  le  fait-il  paries  œuvres  de  la  Loi,  ou  par 
'■  'a  prédication  de  la  Toi  ?  ’Qudle  eft  cette  interro- 
(arion  ,  fi  ces  vertus  &  ces  dons  miraculeux  &  ex- 
(raordinaîres  du  S.  ECprit  ne  font  que  des  fixions  ? 
^ft“il  polTiblc  qu’on  ne  voïe  pas  la  vérité  du  fait 
/ans  cette  naïveté  avec  laquelle  cct  Auteur  le  fu- 
fofe  ,  s’en  fervant  de  principe  dans  fon  raifonne- 
Ticnt ,  &  en  prenant  ocafion  de  cenfurer  les  Gala- 
|cs  d’une  maniéré  fi  âpre  &  fi  fcvcrc  ? 

Ch  AP.  6.  II.  14.  IJ.  Tous  ceux  qui  cherchent  belle 
tparence  en  la  chair, font  ceux  qui  vous  contraignent 
I  être  circoncis  ,  afin  quils  n  endurent  perfecution 
^■our  la  Croix  deChrifl,  Scc.  Mais  pour  moi,  d  Dieu 
neplaife  queje  me  glorifie, finon  en  la  Croix  de  N. 
J^sus,  par  lequel  le  ?nonde  m* efl  crucifié ,  ^  moi  au 
M  V  monde*. 


17  4  T  Y  dite  de  la  Vérité 

monde.  Car  e»  Jésus- Christ  ,  ni  circonclflon  I 
ni  prépuce  rî a  aucune  vertu,  mats  la  nouvelle  créaÀ^ 
turc.  Quelle  fîdclirc  !  Il  ne  veut  point  foufcrirc]* 
a  la  maxime  de  ceux  qui  veulent  obliger  les  ti-j-' 
dcles  à  fe  circoncît,  bien  que  par  là  il  put  évite]' 
la  perfccution.  Il  nous  fait  voir  que  la  circtjnci-'^ 
lion  du  cœur  feule  cft  agréable  à  Dieu  5  c|u*il  n’)(  1 
a  que  la  nouvelle  ftéaturc  que  Dieu  accepte  dc-i 
formais  :  circoncifion  infiniment  plus  doulourcu' 
fe  que  la  première  ;  nouvelle  créature  qui  s^cca-i 
blit  fur  les  riiines  du  monde  qui  nous  ctbit  (i;. 
cher.  Certainement  cette  dodlrine  fi  fpirituelle  i' 
il  faintc,  &  avec  tout  cela  fi  ncceffairc,  ne  fortil 
jamais  de  la  chair  &  du  fang.  i 

EPITRE  AUX  EPHESIENS. 


Ch  AP.  5.  18.  Afin  qu  étant  enraetne'^^fon  \ 

dez  en  charité  ^  vous  puijftez  enfin  comprendre  avei\,. 
tous  les  Saints,  quell^fi  la  longueur ,  laprofondeu\\  -. 

la  largeur  la  hauteur  ^  connoltre  la  chariî^-^ 

de  Christ  laquelle  furpaffe  toute  conHoijfance,  &Ci 
veulent  dire  ces  tranfports  d*admiratioii  ij 
la  vüë  de  la  mifericorde  de  Dieu  ,  qui  rcmplilTcn* 
toutes  les  pages  de  ce  Livre  ,  fi  ces  Doâeurs  oni 
etc  tels  que  î’incrédulitc  fe  Timaginc  ?  Ont-ils  été  i 
trompez  ?  Non  ,  puis  qu*il  s'agifloit  de  faits  fu;'  > 
lefquels  ils  ne  pouvoieqt  pas  Tétre.  Ont-ils  voukj; 
tromper  les  autres  ?  Non,  car  tout  ne  rcfpir<M 
que  la  crainte  de  Dieu  dans  leurs  Ecrits. 

Chap.  4.  24.  ij.  Et  foieT^  revêtus  du  nouve\ 
homme  ,  créé  félon  Dieu  en  jufiiee^  vraie  famteté\  '■ 
C*eft  pourquoi  avant  dépouillé  le  menfonge  ,  parlez 
en  vérité  chacun  a  fon  prochain-,  &c.  Langagejl 
furprenant  1  mais  qui  le  feroit  davantage  ,  s’i 
èfoit  en  la  bouche  d'un  impofleur. 

EPITRE  AUX  PHI  LIP  PIENS. 


Chap.  i.  15?.  Parce  qu  il  vous  a  été  donné gra-[ 
itiitemem  par  Christ  ,  non- feulement  de  croire  en 
lui,  mats  auffi  de Joujfrir pour  lui>  Les  Stoïciensi 

qu:; 


de  l/t  Kelifi'on  Chrétienne.  ij j 

èuî  s’ctoienc  tant  diftinguez  par  la  fublimltc  de 
"  ur  morale  avoicnt  crû  c]iie  le  Sage  pouvoiccon- 
î-‘:rver  fa  cranquilicc  au  milieu  des  affîidlions.  Iis 
.oient  enyvrcz  d’un  orgueil  qui  leur  ôtoit  Icfcn- 
menc  du  mal.  Les  Difciples  de  j esus-Christ 
ont  plus  loin.  Us  regardent  /es  plus  cruelles 
.  )ufFranais  comme  des  biens,  comme  des  fources 
e  joïe  ,  de  paix  &  d’une  incfable  confolation. 
.  is  s’écrient  ,  fe  tnéjoük  en  mes  fbujfrances ,  &c. 
r^eprens  plaijir  en  bitures ,  en  affligions ,  &c?  Ils 
bnt  plus.  Ils  femercienc  Dieu  d’avok  loufFeri: 
our  Ton  nom.  Les  affligions  font  naître  leur  re- 
onnoûîance,  c*eft  qu’une  main  divine  les  foûtienc 
^ qu’ils  font  affurez  de  la  rémunération.  Chofe 
trange  !  il  ne  faut  cfuc  cette  certitude  pour  dé- 
[lontrer  la  yeritc  de  la  Religion.  Les  Apôtres 
.\:’ont  pu  concevoir  unctfauffe  efperance  ,  puis 
î'iu’ils  n’efperoient  qu’en  confcquence  de  ce  qu’ils 
vjvoîent  vu ,  &  des  dons  miraculeux  qu’ils  de- 
i'ioient  avoir  &  reçus  &  communiquez  tant  de 
ois.  On  ne  peut  douter  d’ailleurs^,  qu’ils  n’aïent 
^  û  cette  efpcrance  de  la  rcmunciation ,  fans  s’ar- 
(achcr  les  yeux ,  &  fans  vouloir  extravaguer  de 
faïecc  de  coeur.  Q^I  prodigieux  aveuglement 
rft  celui  des  incrcduics ,  qui  ne  veulent  pas  •voir 
la  vérité  ! 

.  I.  EPITRE  AUX  THESSALONICIENS. 

Ch  AP.  1.  9,  Car  noire  prédication  de  l'Evangile 
i*a  point  été  en  vôtre  endroit  feulement  en  parole  , 
hais  auffi  en  vertu  ^  en  S.  Efprit ^  &c.  Toujours 
es  dons  miraculeux  qui  rendent  témoi^nasre  à 
•s/Evangile.  .  î:>  ^ 

I  Chap.  3*  4.  Car  lorfque  nous  étions  avec  votes 
'tous  vous  p^dtfîons  que  nous  aurions  d  foujfrir  af- 
Hiéiionss  comme  auffi  il  efl  arrivé,^  vous  le  f çavez, . 
Les  Difciples  de  Jésus- Christ  avoîcnt  etc  pié- 
.■>arcz  par  J  es  u  s-  C  hrist  ,  &  s’etoient  préparez, 
ôt  ont  préparé  leurs  fuccefleurs  à  la  patience  ,  lui- 

M  vj  vaut 


2-7^  Ttalté  de  la  Vérité 

vanr  cette  parole  de  cét  Apôtre  en  un  autre  er>| 
droit  ,  Tous  ceux  qui  veulent  vivre  félon  la  piei\\ 
Çeuffriront  perfécution.  C’eft  donc  de  fang  froid'! 
par  choix  ,  par  délibération  qu’ils  foufFrént.  1, 
Ch  AP  P  zj .  y  e  vous  adjure  far  le  Seign€Hy\ 
que  cette  Lettre  foit  lüîé  a  tous  les  faints  Lrere}:, 
Paul  ne  craint  point  d’être  démenti  ouncontredij 
dans  tout  ce  qu’il  a  avancé  de  fes  af  Aidions  &  dej 
dons  du  S.  Eiprit.  11  veut  que  fes  Epîtres  foicn  ; 
lüës  par  tout.  î 

I.  EPITRE  A  TIMOTHE’E,  Chap.  jj 
Et  fans  contredît  y  le  fecret  de  pieté  efl  grand  \ 
Dieu  a  été  manifefié  en  chair  y  ju/lifié  enejprit  \^ 
vu  des  Anges  ,  prêché  aux  Gentils  y  éf*  élevé  fil, 
gloire.  Ce  Miftere  ne  fçauroit  être  la  fidion  d! 
refprir  humain  pour  plnfieurs  raifons.  I.  Pared 
qu’il  cft  fi  grand  &  fi^iiblime  ,  que  les  hom' 
mes,  quelque  fçavans  oc  quelque  éclairez  qu’il k 
fuflent,  ne  l’auroient  jamais  trouve  par  les  re-l; 
cherches  de  leur  efprit.  I  L  Parce  que  ce  Ton; 
des  pêcheurs  qui  l’anhon'ccnt.  IIÎ.  Parce  qu'!^> 
cét  objet  fi  grand  &  fi  magnifique  fort,  poule 
ainfi  dire,  du  fein  de  la  mort  &  des  foufFrancejl 
d’un  homme  co’ndamnc,  &  puni  du  dernier  fn-i 
plicç  :  car  c’efi  apres  laPafiion  de  Jbsus-ChRisiI 
que  (es  Difcîples  vont  prêcher  par  tout  les  choÜ 
fes  magnifiques  de  Dieu.  IV.  Enfin,  parce  que  l*j, 
contemplation  roule  ici  fur  l’expérience  j  &  qu’en  j 
core  que  ce  Miftere  foit  infiniment  élevé  au  defiji 
fus  de  nôtre  portée,  comme  cela  paroi  t  à  uikÏ  i 
première  viië,  il  a  du  être  vii  Sc  touché.  LciM 
Difcîples  ont  vil  J  E  s  ü  s- Christ  ,  &  ont  contêm'jJ 
plé  fa  gloire  ,  gloire  comme  du  Fils  unique  d(|j 
Dieu  pleine  de  grâce  &  de  vérité.  Iî%pnt  vü  cerul  ! 
chair  dans  laquelle  habiroic  corporellement  tou¬ 
te  plénitude  de  Divinité.  Ils  ont  été  frapez.  dt'i 
l’éclat  de  fes  mifteres  Sc  de  fa  fainteté.  Ils  ont  rc  |  : 
çii  eux-mcmes  les  dons  de  ccc  Eîprit  par  lequel;  ' 


ie  la>  Religion  Chrhhnné:  iLif 

i)Ieu  a  etc  juüific.  Ils  ont  vu  les  Anges  mon- 
'  ins  &  clccendans  vers  lui.  Ils  Tont  cux-nicmes 
Irôchc  aux  Gentils  5  &  par  leur  patience  j  &  leur 
Jjjrcclication  acompagnéc  de  la  dcmonftration  de 
*“  Erprit&  des  vertus  qu*i!s  ont  faites  au  nom  dt 
{ E  s  cj  s ,  ils  ont  oblige  le.  monde  à  croire  en  liû. 
nfîn  ,  lors  qu*il  eft  monte  au  Ciel ,  il  y  eft  monté 
S  leurs  yeux.  Voilà  bien  des  preuves  non  fufpedles 
ife  la  vérité  de  ce  grand  Miftere. 

II.  EPIT.  A  TIMOT.  Chap.  3.  ly.  i^.  Et 

fjuedés  ton  enfance  tu  ces  eu  connoijfance  des  faintes , 
\etîreSyS)iC.  Or  toute  rEcriture divinefnent  infpirée^ 
pc.  Les  fauffes  Religions  ne  fc  confervent  que 
yar  l’ignorance  ,  par  la  négligence  ,  par  la  foumiC- 
jiaon  aveugle.  La  Religion  Chrétienne  ne  fçauroîr 
cre  (ufpedie,  elle  qui  ne  fs  fonde  qjie  fur  l’inhru- 
pion  &  la  connoiflancc.  Sondez,  les  Ecritures,  car 
ar  elles  vous  croiez.  avoir  la  vie  éternelle. 

Chap,  4.  j ai  combattu  le  bon  combat ^ 
ai  parachevé  la  »ourfe  ,  f  ai  gardé  la  foi  :  quant 
lu  refle ,  la  couronne  deju  fïice  m^eft  réfervée,  Paul 
fur  le  point  de  mourir.  Les  paroles  des  mou» 
:ans  ont  quelque  chofe  de  vénérable.  D'oû  peut 
venir  cette  joie  que  l’Apôtre  exprime  fi  natureî- 
iement  ?  Ses  efperances  alloient  être  enfévelics 
dans  fon  tombeau  ,  s’il  en  avoit  eu  de  charnelles. 
Son  bonheur  touchoit  à  fa  fin ,  s’il  eût  été  mon¬ 
dain.  D’oii  tire-t-il  cette  confiance  qu’il  fait  pa- 
loître  ?  Eft-ce  du-fentiment  d’une  confcience 
coupable  ,  qui  lui  reproche  d’avoir  trompe  la 
Sinagoguc  ,  noircir  fa  nation  ,  abufé  les  hommes , 

, rendu  témoignage  à  un  fédu^feur ,  &  feint  des  ré¬ 
vélations  fabulcufes  par  la  plus  fignalée  de  toutes 
Icsimpoftures  ?  On  le  croira,  fi  Ton  peut. 

I.  E  P I  T  R  E  D  E  S  A  I  N  T  P  I  E  R  R  E. 
Chap.  i.  5.  Bénit  foit  Dieu  qui  efl  le  Pere  de 
Jesüs- Christ  ,  qui  par  fa  gran^ 
de  mifericorde  nous  a  régénérez  en  efperance  vive 

par 


17^  Traité  de  la  Vérité 

far  la  refurre^ion  J  e  s  tr  s  -  C  h  R  i  s  T  d\n'{\ 
tre  les^  morts.  Ces  Ecrivains  font  (i  remplis  dij . 
falut  qui  leur  a  etc  rcvclc,  qu’ils  ne  fe  laffcnii 
point  de  remercier  Dieu  à  ccc  egard.  , 

C  H  A  P.  1.  17.  18.  19.  lô.  Portez  honneu\\i\ 
a  tous.  Aimez  la  qualité  de  Freres,  Craignex\\ 
Dieu,  Honorez  le  Roi,  Vous  ferviteurs  ^  foïez  fu\  : 
jets  en  toute  crainte  a  'Vos  maîtres  ^  non’feulemen\s. 
aux  bons  ^  équitables  i  maïs’aujjl  aux  fâcheux  y\ 
écc.  Autrement  quel  honneur  vous  efl-‘  ce ,  fi  étan  j . 
fouffletez  four  avoir  manqué  ^  vous  V endurez^  j . 
Mais  fi  en  bien  faifant ,  étant  toutesfois  affligez  \ 
vous  V endurez  >  voilà  ou  Dieu  prend  plaifir ,  &c.j: 
On  veut  que  nous  reconnoiflions  un  concert  dcj. 
malice  &  de  mcnlongc  ,  là  où  nous  ne  trouvonîj 
qu’un  concert^  admirable  de  pieté  ,  de  charité  jj 
d’obcïlTance  &:  de  droiture.  Paul  s’exprime  com-, 
me  Pierre.  Pierre  parle  comme  Paul.  Us  agiT-;: 
fent  de  meme,  lis  fouffrent  de  même.  Ils  ren-, 
dent  le  meme  témoignage  ,  en  aïant  la  mêmcj 
patience ,  en  pratiquant  les  memes  vertus  ,  &  fai-, 
faut  paroîcrc  la  meme  fagefle  dans  leurs  paro¬ 
les.- Q^el  foupçon  peut- on  concevoir? 

II.  EPITRE  DE  S.  pierre  ,  Chàp.  i. 
11^.  17.18.  Car  nous  ne  vous  avons  point  donné  à 
connoître  la  puiffance^  la  venue  de  Notre  Sei^ 
Jésus- Christ  ,  enfuivant  les  fables  compo-  i 
sées  avec  adreffe  :  mais  comme  aiant  vu  de  nos pro-  ; 
près  yeux  fa  Majefté,  Car  il  avoit  reçu  de  Dieu  le  \ 
Pere  honneur  ^  gloire  ,  quand  une  telle  voix  lui  fut  • 
wnvoiée  de  la  gloire  magnifique  y  Celui-ci  e fi  mon  \ 
Fils  bien- aime  auquel  fai  pris  mon  bon  plaifir.  Et 
nous  ouïmes  cette  voix  envoiée  du  Ciel  étant  avec  ■- 
lui  en  la  fainte  montagne  y  Scc.  C’eft  un  témoin 
qui  parle  de  ce  qu’il  a  vü  5  qui  foufFre  pour  foü- 
tenir  que  fon  témoignage  eft  véritable  ;  quin’eft 
pas  feul  ;  il  y  en  a  d’autres  qui  ont  vu  la  meme 
chofci  il  ne  parle  point  par  interet  3  il  ne  fe  taîc 


de  la,  Religion  Chreiienné.  iY9'' 

gj:înt  par  crainte  j  &  qui  avec  tout  cela  s’cforce  de 
fclut  fon  pouvoir  de  fantifîer  les  hommes  ,  6c 
'ijnpioïe  (on  tems  ,  (on  travail  &  fa  vie  à  l’avance» 

;  rnt  d’un  ouvrage  (i  extraordinaire  Sc  ü  peu  fui- 
d.  Qui  peut  fe  défier  de  lui  ? 

I.  EPIT.  DE  SAINT  JEAN,  Chap,  i. 

,  5.  Ce  qai  etoit  dés  te  commencement  ^  ce  que 
avons  oui ,  ce  que  nom  avons  vu  de  nos  fro^ 
-es  yeux ,  ce  que  nom  avons  contemplé,  ^  que  nos 
Câpres  mains  ont  touché  de  la  Parole  de  vie ,  nom 
\om  l*a7inonfons.  Si  vous  doutez  que  les  Apôtres 
;'aïcnt  etc  par  tout  témoigner  qu’ils  avoient  vil  ' 
is  miracles  &  la  refurredtion  de  j£sus  Christ  j 
prenez- le  de  leurs  Epîtres ,  aprenez<^Ie  d’euK- 
;  p^mes. 


'  Ch  AP.  1.  T.  Mes  petits  enfans  ,  je  vous 
\crls  ces  chofes ,  afin  que  vous  ne  péchiez  points, 
Et  que  lui  importe-t-il  que  les  hommes  pèchent  - 
iU  ne  pèchent  pas  ?  Jamais  le  defTein  de  fantifîéE 
H  hommes,  &  de  travailler  à  leurJalut  aux  dc- 
icns  de  fon  fang ,  de  fa  liberté  &  de  fa  vie  ,  mon- 
a-t-il  en  d’autres  cœurs? 

Ces  réflexions  fufflfcnt  pour  mettre  en  goût 
e  Ledeur,  Sc  'pour  l’obliger  à  en  faire  de  fon 
hef  qui  l’inflruiront  &  le  convaincront  beau¬ 
coup  mieux.  J’en  ai  fait  qui  me  convainquent 
îeut-ctre  plus  qu’elles  nê^  convaincroient  un 
utre.  Il  en  fera  qui  le  convaincront  plus; 
'}uc  toutes  celles  qu’un  autre  peut  faire.  Ce¬ 
pendant  nous  polivons  pafl'cr  à  la  confidèra- 
l  ion  de  la  fubftance  de  cette  Religion  que  Jesus^ 
pH  R  I  ST  a  aportée  au  monde.  Il  faut  confidc- 
rer  le  dedans  de  l’cdificc,  apres  avoir  regarde  l.c 
(ichors* 


IV.  SEC- 


^8®  Traité  de  la  Vérité  J 

IV.  SECTION.  I 

Où  l’on  prouve  la  vérité  de  la  Religioîij| 
Chrétienne  par  la  confidération  de 
fa  nature  &c  de  Tes  proprietez.  i 

Divers  Tableaux  dans  lefquels  on  la  put 

confidérer,  | 

J  U  s  I  c  I  nous  nous  fommes  attachez  comn 
me  à  Tcco-rcc  de  la  Religion  ;  nous  avons  exa*!  ; 
mine  les  preuves  de  fait,  qui  font  les  pre-'* 
mieres  qui  fe  prefentent  à  rcfprit  :  il  fembîe  qui|. 
nous  devrions  maintenant  découvrir  la  moelle  df 
Chriftianifme  5  Sc  venir  aux  preuves  tirées  de 
nature  ,  en  faifant  connoître  fa  vérité  par  forj 
excélcnce.  Mais  comme  ce  champ  cft  vafte , 
que  nous  recherchons  la  brièveté,  il  faut  tâche, 
de  réduire  les  chofes  que  nous  avons  à  dire  fur  c(| 
fujet  5  &  ne  pouvant  donner  une  jufte  étendue  il 
nos  réflexions  ,  marquer  du  moins  un  plan  qu' 
fuplée  à  ce  défaut.  ^  j 

Encoi:e  que  Ja  Religion  Chrétienne  puîfle  ctrr' 
confidércc  fous  une  infinité  de  faces  differentes  l;i 
parce  qif  elle  tient  de  fon  objet  qui  eft  fans  bor-U 
nés  i  il  me  fembîe  qu^  nous  en  donnerons  une  idc<;  ? 
afTcz  jufte  &  aflez  proportionnée  à  nôtre  deflcîn  ,  • 
fl  nous  la  confidérons  dans  onze  Tableaux  diffe-j 
rens,  fçavoir.  I.  Dans  les  témoignages  qui  lui  font 
rendus ,  &  que  nous  retoucherons  en  paflanr 
encore  que  nous  les  aïons  examinez  en  partie., . 
I  I.  Dans  Topofition  effcnticllc  qu'elle  a  avec| 
toutes  les  faufles  Religions  qui  furent  {amais.' 
III.  Dans  fes  effets  ,  dignes  d’etre  raporrez  à' 
une  caufe  furnaturelle  &  divine;  I  V.  Dans  laj 
pureté  &  le  dcfintercfTement  de  fa  fin.  V.  Dans' 
fa  convenance  avec  le  cœur  de  Thomme,  qu'ellcj 

cnfrc' 


àe  'Religion  Chrettennê. 

‘  itrcprend  de  guérir.  VI.  Dans  (es  raports  avec 
5‘  gloire  de  Dieu  ,  qu*elle  doit  avancer.  VII.  Dans 
t  morale.  VIII.  Dans  Tes  Mifteres.  IX.  Dans  la 
(  jnvcnance  de  fes  Mifteres  avec  les  lumières  de  la 
:  lifon.  X.  Dans  fa  proportion  avec  la  Rcligioa 
iadaïque.  X I.  Dans  fa  convenance  avec  la  Rcli- 
ion  naturelle.  • 

:  J  cfpere  que  ce  fcrontdà  autant  de  fources  de  lu» 
licrc  qui  éclaireront  les  incrédules ,  &  qui  leur  fc- 
Dnt  voir  la  vérité  &  la  certitude  de  la  Religioe 
;  ihréticnne  par  fa  (ubiimité  Sc  par  fes  beautez, 

'  I 

;  î.  T  A  B  L  E  A  ü 

■  1  ^  ^  ■ 

De  la  Religion  Chrécicnne , 

Von  confidére  dans  V ama4  des  témoignages 
lui  font  rendus» 

ENcorc  que  les  témoignages  étant  quelque 
chofe  d’extericur  &  d’étranger  à  la  Religion 
phrécienne  ,  paroiffent  moins  propres  à  faire 
.^onnoître  fa  perfedion ,  néanmoins  on  trouvera 
iju’ils  produifent  auffi  ce  dernier  cfFet  ,  fi  Ton 
>rend  le  foin  de  les  joindre ,  &  d’en  bien  confîdérer 
i’union  &  l’acord. 

■  Car  l’on  ne  pourra  concevoir  qu’une  très 
grande  idée  d’une  Religion  que  la  fageffe  de 
Dieu  a  voulu  qui  nous  fut  confirmée  par  neuf 
témoignages  ,  dont  un  feul  fufiiroic  pour  nous  eu 
Faire  connoîirc  la  vérité. 

Le  premier  eft  celui  des  Prophètes  qÿ  rendent 
témoignage  à  Jésus- Christ  en  foule ,  par 
une  longue  &  perpétuelle  fucccflion  d’oracles  plus 
clairs  les  uns  que  les  autres,  &  qui  voient  prcfque 
anlTi  clair  dans  la  nuit  des  ombres  &  des  figures  , 
que  nous  volons  dans  le  jour  je  racomplifTemcnt , 
comme  cela  a  etc  déjà  prouvé. 


Le 


if  1  Ttaiti  de  U  Vérité 

Le  deuxième  cft  celui  de  Jcan-Bapiînc,  fa\j;  ; 
tant  plus  certain  qu’il  avait  etc  prédit  dansTaji 
cien  Teftament  J  &  quejBsus-CHRiST  &  fes  Dilj!^, 
cîples  ne  céfTcnt  de  ramener  les  juifs  à  ce  icmo|j|i 
gnage,  d’autant  plus  conüdcrable,  que  Jcan-Ba|| 
tifte  ne  peut  erre  foiipçonnc  de  complai Tance  ijl . 
d’interet  :  la  Tagefle  de  Dieu  aïant  voulu  qu’^ 
fut  au  deffus  de  tous  ces  Toupçons  par  raufterii}. 
de  Tes  mœurs,  &  le  genre  de  fa  vie ,  marque  d’u^ 
caradere  fi  fingulier  &  fi  furprenant.  | 

Le  troificme  eft  celui  des  Apôtres ,  qui  font  dciiî: 
témoins  éprouvez  par  la  rigueur  des  tourmens ,  ip. 
qui  réfiftentàla  force  de  tant  de  fuplices  capaj 
bles  d’arraclier  l’aveu  des  plus  grands  crimes  j 
avec  cette  différence  qui  eft  entr’eux  &  les  prCj 
venus  ordinaires,  c’eft  que  ceux-ci  font  mis  à  I' 
queftion  malgré  eux  ,  &Ies  Difciplcs  du  SeigncU|i, 
volontairement.  Les  criminels  fçavent  qu’on  Icii 
fera  mourir  s’ils  avouent  la  vérité,  &  les  Difcijt 
pies  de  J  E  s  U  s  doivent  craindre  la  mort ,  s’ils  l;j  » 
déguifent  par  une  impofture.  , 

Le  quatrième  témoignage  c fl:  celui  des  trois  quj 
ont  témoigné  du  CiçJ  :  Le  Perc  déclarant  au  ]orj'. 
dain  ,  que  J  2 s  u  s-C  H  R  i  s  t  étoit  Ton  fils  b'cn,'j 
aimé  en  qui  il  avoit  pris  Ton  bon  plaîfîr  ,  &  fai*,î 
fant  entendre  cette  voix  en  une  autre  rencontre  j  1 
Je  r ai  glorifié  y  ^  derechef  jele  glorifierai  ,  le  fil;  : 
fe  rendant  témoignage  par  Tes  miracles  5  &  Icp 
S.  Efprit  lui  en  rendant  par  fes  dons  exiraordi-; 
naires  &  miraculeux. 

Le  cinquième  efl:  celui  de  la  confcience  de!^- 
hommeSf  qui  reconnoît  que  la  Religion  Chré-  ' 
tienne  a  dequoî  nous  rafTiircr  dans  nos  craintes 
nous  confolcr  dans  nos  afflictions ,  nous  humi-j 
lier  dans  l’abondance  ,  nous  foiitenir  dans  la  pau¬ 
vreté,  &  nous  fandifier  en  nous  délivrant  de| 
nos  péchez  ,  &  q’j’ainfi  elle  répond  à  nos  véri-| 


dela  ReUponChrettenm,  .  lîj 

Le  (îxîcme  cft  celui  des  ennemis  memes  de  nô- 
1i!  Religion  ,  qui  n’ont  pu  s’cmpccher  de  faire  des 
sieus  favorables  à  nôtre  caufe.  Les  Juifs  &  les 
<;ntils  ont  témoigne  pout  nous.  La  conduite  de 
liprovidence  &  la  force  de  la  vérité  leur  ont  fait 
jronnoître  tacitement  la  vérité  dont  ils  fe  font 
iDiitrcz  les  ennemis  implacables.  Les  anciens  Juifs  Gêtm 
<  t  cru  qu’il  s’agilToit  du  Meflic  dans  ce  fameux 
lacle  de  Jacob  mourant,  Le  Sceptre,  &c.  Leurs 
lopres  Livres  en  font  foi.  Leur  Talmud  recon* 

;iît  quecét  homme  de  douleur,  &  qui  fçait  ce  que 
eft  que. de  Iangueur,qui  doit  être  navré  pour  nos  Traiti 
•  che2j&  duquel  on  fe  cache  comme  d’un  lépreux  Sanhedi^ 
[  le  McfTie.  Ils  font  contraints  d’avoir  recours  à 
fîêlion  d’un  double  Meflie,  &  par  là  ils  font  une 
ipecc  d’hommage  à  la  vérité.  Les  Samaritains 
oient  dans  cette  opinion  que  le  Meiîie  devoit 
icntôt  paroître  3  comme  cela  paroîr  par  le  dia- 
•l'gue  de  Jésus- Christ  &  de  la  Samaritaine.  Les 
uifs  en  ctoient  fi  perfuadez  ,que  quelques-uns  aî- 
jicrent  mieux  reconnoître  Hèrode  le  Grand  pour 
‘M.  (lie  J  tout  Idumcen  &  tout  méchant  qu’il 
jtoit ,  que  renoncer  à  un  préjugé  qui  étoit  fi  pro- 
bndement  enraciné  dans  leur  efprit.  Les  autres 
irttent  les  yeux  fur  un  Agrippa  décendu  d’Hero- 
|e,&  engagé  dans  le  parti  des  Romains  aïànt  été 
éduîts  par  la  meme  opinion.  Les  autres  fuivent 
'n  brigand  au  defert  pouffez  par  cette  efperancc. 

-es  Juifs  voïent  leur  ville  prête  à  être  réduite  en 
endre  ,  &  ils  croïent  que  leur  Mcfïie  efl  prêt  à  fc 
nanifefter.  Les  Chefs  de  cesimpitoïables  faêlieux 
■jui  fc  déchirent  pendant  la  défolation  de  la  Judée,> 
le  font  fi  obftinez  à  fe  perdre  ,  que  parce  qu’ils 
Tperent  d’être  les  vainqueurs  des  Romains  ,  &  les 
Vlaîtres  du  monde  accompliffant  les  oracles.  Ils  fc 
'ournent  quelques  ficelés  après  vers  Baikokebas, 

]uî  n’eft  qu’un  fcélérat  &  un  brigand  ,  feus  autre 
.aifon  que  celle  qu’ils  croïent  trouver  dans  la  fu- 

puta- 


Cm» 
Trait. 
Saahed 
ib»  li» 


^ 1 4  TfAite  de  ÎA  VeYtte 

putatîondcjS  tcmsdu  Mcftie.  Jofephc ,  très  habîî||l^' 
&  trcs  verfc  dans  les  Ecritures,  croïoîc ,  auflil*'' 
bien  que  les  autres , que  ce  terme  ctoii  accompli 
ou  s’il  ne  le  croît  pas  Îuîrmcme,  il  prend  occafioitl^f* 
de  cette  opinion  reçue  dans  tout  l’Orient  de  fair#‘j‘r 
fa  cour  à  Vefpafien.  Herode  le  Grand  frapc  pa  l- ^ 
ces  bruits  avoir  fignalc  fa  crainte  par  un  déluge  di!5  > 
fang.  Les  Juifs  reconnoiflToient  alors  qu’il  n’y  aui  1 
roic  ni  Gouvernement,  ni  Magiftrats,  ni  Répui^ 
blique  enlfraël  au  tems  du  Meffie.  Mais  enluin 
I  a  ncceflirc  de  fe  défendre  contre  nous  leur  a  faii 
avoir  recours  à  diverCcs  défaites.  Quelques  fié 
des  apres  la  venue  Jésus -Christ,  voïan: 
que  leur  Meflie  ne  paroifToit  point ,  ils  commen¬ 
cèrent  à  dire  ,  les  uns  qu’il  ctoit  caché ,  les  autre  iîj 
qu*il  étoit  venu  en  la  perfonne  d’Ezechîas  ,  leiT 
autres  que  fa  venue  ctoit  différée  à  caufe  des  pé¬ 
chez  du  peuple  j  &  l’on  en  vint  à  ce  point  d’im 
pieté,  que  de  prononcer  malédidiîon  contre  touijj 
ceux  qui  fuputeroîent  les  temsdu  MefTic.  Et  qu 
ne  voit  que  par  leur  aveu  &  par  leurs  défaites,  ili 
rendent  témoignage  contre  leur  intention  à  la  fo  i 
des  Chrétiens?  i; 

^ertull.  Pour  les  Païens,  outre  le  témoignage  autcntî-:| 
•^polog.  Pline  le  Jeune  rendit  à  l’innocence  deî| 

Chrétiens,  outre  celui  que  Tibere  rendit  à  J  e-' 
X>ifcours  sus- Christ,  voulant  le  faire  recevoir  au  nombre 
j^r  /'Hi-des  Dieux,  furprispar  les  merveilles  qu’il  enavoiij 
'Voûter  grands  Empereurs  n’ont  pui' 

[elle  de  CAchcr  Ics  fcncimens  favorables  qu’ils  avoicnii! 
M.  de  pour  la  Religion  Chrétienne  5  que  les  uns  faifoient|i 
écrire  fur  les  édifices’ publics  des  maximes  de  l’E-i 
vangile  :  que  les  autres  vouloient  confacrèr  des^r 
Temples  à  TuCage  des  Chrétiens,  &  que  les  au*| 
très  faifoient  profeflîon  d’admirer  la  morale  dc^ 
J  esus-Chri  s  T.  ^  i 

Et  que  dirons-nous  de  ce  que  les  Juifs  &  IcS; 
Gentils  ne  pouvant  nier  les  miracles  de  J  es  us-. 

Christ, 


do/fi» 


de  lût  Religion  Chrétiennê,  18/ 

H  R  I  s  T,  font  contraints  de  les  raporrer,  les  uns 
il  une  vertu  magique,  &  les  autres  à  je  ne  f^aî 
liellc  prononciation  mifterieufe  du  nom  de  Je- 
^;i)va  ?.  C’ed  une  chofe  admirable  qu*il  n’y  ait 
:|s  jufqu’aux  ennemis  de  nôtre  Religion  qui  ne 
lîiimoîgnenc  pour  elle  fans  s’en  apercevoir. 

'iLc  feptiéme  témoignage  eft  celui  des  évene-* 
-ens,  que  la  fageffe  divine  a  tellement  difpofez, 
ii’ils  rendent  la  vérité  du  Chriftianîfme  inc- 
:  anlable.  On  en  peut  mettre  plufieurs  en  ce 
!)mbre  :  mais  il  fuffic  d’en  marquer  trois  dignes 
;  confidération  entre  tous  le^ucres  ;  qui  font  la 
ine  des  quatre  Monarchies  qui  avoîent  affligé 
peuple  de  Dieu,  à  la  fin  defquelles  précilément 
Roïaume  des  Cieux  dévoie  être  établi  ?  la  riiine 
iîtiere  de  la  République  Judaïque,  &  la  dc- 
>!ation  de  la  Terre  Sainte  ,  marquée  de  tous  les 
iraêlercs  de  la  colere  celefte  :  &  enfin  ,  Téta- 
dfl'ement  de  l’Eglife  Chrétienne ,  ou  la  vocation 
'!:s  Païens  accompagnée  de  tant  de  circonfiances 
;UÎ  témoignent  que  c’eft  là  l’ouvrage  de  Dieu. 

Le  huitième  eft  celui  qui  rend  à  Jésus- 
i  H  R  r  s  T  la  Révélation  de  Moïfe.  Et  le  neu- 
|iéme,  celui  que  lui  rend  la  Religion  naturelle: 
!cax  témoignages  dont  nous  ne  parlons  pas 
maintenant  ,  parce  que  nous  prétendons  finir 
jar  là  céc  Ouvrage 

;  Il  faut  bien  que  Religion  Cljfctienne  foie  vé- 
ïitable,  puisqu’elle  eft  confirmée  par  tant  de  te- 
noins  non  fufpcêls  :  &  l'on  ne-  peut  s’imaginer 
ans  extravagance  ,  que  les  Prophètes  g’aïcnt  vii 
;Iair  dans  l’avenir  que  pour  autorifer  une  fidion  5 
lue  Jean-Baptifte  aïant  etc  d’abord  regardé  des 
juifs  comme  leMeflie,  ait  renoncé  à  la  gloire  de 
:e  titre  par  complaifaace  pour  un  fedudeurrque 
CS  Anôtres  &  les  autres  OTciplcs  aïcnc  ^oulu  fa- 
:rifier  leurs  biens,  leur  honneur,  leur  repos  &  leur 
de,  à  celui  qu’ils  fçivoicnt  être  un  faux  Chrîft  : 


Traite  de  la  Verhe  î 

que  le  Cîel  ait  aprouve  le  menfonge  par  dc,;V;' 
miracles  fenfiblcs  ,  que  le  coc  jt  de  l’homm<il  ! 
trouve  tour  ce  qui  répond  à  fes  befoins  dan:i(.; 
une  impofture  :  que  les  ennemis  de  nôcrc  Relij 
gion  aïenc  voulu  s*acommoder  à  nos  faux  pre  ^jnG 
jugez  :  que  les  evenemens  fe  foient  proporcion? 
nez  à  une  erreur,  &  que  la  Révélation  de  Moï^;  ; 
&  la  Religion  naturelle  aïent  rendu  temoignagf  [i 
de  concert  à  une  fable.  \  iii 

Mais  j’ajoücerai ,  qu’il  faut  bien  que  la  Reliy /( 
gion  Chrétienne  Coït  néccffiiirc  &  importante  j  r., 
puifque  la  (agefle  ^ie  Dieu  nous  conduit^  clli^  ■( 
par  tant  de  chemins;  &  qu’elle  doit  être  bierj-; 
admirable  &  bien  magnifique,  puis  qu’en  queIqU(|  i 
forte  le  Ciel  Sc  la  terre  ,  le  palTé  &  le  prelent ,  ;; 

èvénemens  qui  fuivent  le  cours  ordinaire  de  h\ 
nature,  &  ceux  qui  font  furnaturels  &  miracu-j 
leux  3  des  Prophètes  enfin  &  des  Apôtres,  qu i  ; 
ne  fe  connoifiént  point  les  uns  les  autres ,  s’a-j  ^ 
cordent  à  nous  la  faire  connoîcre,  &  à  nousüf- 
faire  admirer.  1» 

IL  TABLEAU  ! 

De  la  Religion  Chrétienne-,  | 

Oa  fon  opofition  avec  toutes  les  autres  Religions* 

Toutes  ces  véritez  paroîflent  beauconp|i 
mieux  3  Ic^fquc  l’on  confidére  la  Religion, 
Chrétienne  dans  l’opofition  qu’elle  a  avec  tou-, 
tes  les  autres.  Ce  privilège  de  la  Religion 
Chrétienne  confifre,  en  ce  qu’aucune  autre  Re-, 
ligion  n’a  les  avantage^  qu’elle  polTede  ,  &  qu’elle 
n’a  aucun  des  defauts  qui  font  dans  toutes  les; 
autres  Religions.  | 

Je  dis  que  les  autrçs  n’ont  pas  les  avantages; 
qu’a  la  Religion  Chrétienne  :  car  je  croî  qu’ilj 
n’y  en  a  jamais  eu  quife  foit  vantée  d’avoir  etc! 

confirmée 


f 

de  la  TLeltgton  Chrétîennêé  1S7 

jlnfirmce  par  les  anciens  oracles,  Mahomec 
j':nd  le  parti  de  faire  douter  de  FEcriture  , 

ÎjicÔL  que  de  tirer  de  l’Ecrirure  les  preuves  de 
vocation^  comme  vous  ne  \foïez  pas  aulîi  qu'il 
I  vante  d’avoir  eu  un  prccurleur  qui  ait  aplani 
i  voïes. 

•  [I  y  a  quelques  Religions  qui  peuvent  avoir 
A  leurs  Martirs  :  mais  quels  Martirs  ?  Des  fu- 
{•fticieux  qui  s’expofear  à  la  mort  ,  fans  fça- 
air  ce  qu’ils  font,  comme  ces  Barbares  qui  Ce 
jtent  par  milliers.au  devant  de  leur  idole,  afin 
tic  ce  coloffe  les  ccrafe  fousr  fes  roues  en  paf- 
lu.  Mais  on  ne  trouvera  point  d’autre  Reli- 
pn  que  la  Chrétienne,  qui  ait  été  confirmée 
pie  fang  d’une  multitude  de  Martirs  éclairez  , 

^i  foufFrenr  pour  défendre  ce  qu’ils  ont  vu  ,  qui 
4  vicieux  qu’ils  croient ,  font  devenus  faints 
|r  la  foi  qu’ils  ont  en  leur  Maître,  Si  qui  enfin 
ipandus  en  tous  lieux  ,  mourant  fans  que  •leur 
/mbre  diminue,  &  fc  perpétuant  en  quelque 
Jrtc  par  la  mort,  fouffrent  avec  joïe  par  la 
ucitude  qu’ils  ont  d’ccrc  couronnez  apres  la 
:ort  :  certitude  qu’ils  tirent  de  ce  qu’ils  doi- 
.vnt  avoir  vu  de  leurs  yeux  pendant  leur  vie. 

On  trouve  auiïi  des  Religions  qui  fe  vantent 
avoir  été  autorifées  du  Ciel  par  les  évenemens, 
és  Romains  raportoient  à  leur  Religion  les 
crantages  qu’ils  avoient  remportez  fur  les  au-  Mm?" 
es  peuples.  Et  les  Mahomerans  prétendent 
ic  les  grands  (uccés  que  Dieu  avoir  acordez  à 
ür  Prophète  ,*étoicnt  des  marques  incontcRa- 
ics  de  la  vérité  de  leur  Religion.  Mais  préten- 
tcquclâ  profperité  temporelle  foit  le  caradlc- 
*  de  la  véritable  Religion  ,  ou  l’adverfité  de  la 
oflei  c’cfl  vouloir,  comme  on  l’a  déjà  dit  ail- 
urs ,  que  les  plus  grands  fcélcrats  foient  les 
voris  de  la  D  vinicé.  Ce  n’cft  point  la  proTpe- 
"c,  ou l’adverfité  Cmpicmenc,  i4fcis  la  proCpc- 


tîî  Traité  de  la  Vérité 

rÎLC  ,  ou  radveifitc  cinanc  que  prédite  ,  qui  pét| 
être  un  caradere  delà  vraïc  Religion  ;&  quaii 
nous di Tons  que  Içs  cvcncrnens  rendent  tcmo;j 
gnage  à  la  vérité ’du  Chriftianilmc^  nous  pa 
Ions  d-c  ces  evénemens  qui  avoient  etc  marqu'îi 
dans  les  Prophètes ,  tels  que  font  la  vocari<'; 
des  Païens,  la  rüinc  de  Jerufalem  , -rétabliffS 
ment  de  1  Eglife.  Enfin  on  voit  bien  des-Rc® 
gions  qui  trompent  Thomme  ;  mais  on  n’en  vc^ 
point  qui  le  fatistaffent.  On  en  trouve  qui  o 
des  miracles  manifefiement  fabuleux  ,  des  t'*' 
moins  furpecls  :  mais  l’on  n’en  voit  point  q'f 
foient  fondées  fur  de  vrais  miracles  &  des  tc| 
moignages  va'ides.  Nulle  Religion  du  mopi!: 
n’a  donc  les  qualirez  qui  fe-trouvent  dans  laR^. 
ligîon  Chrétienne.;  &  il  faut  ajouter  ,  que 
Religion  Chrétienne  n'a  aucun  des  défauts  q' 
font  dans  les  autres  Religions,  | 

Il  ne  faut  ni  beaucoup  de  lumière ,  nî  un  lorl 
examen  pour  découvrir  cette  vérité.  Il  cft  afff‘ 
évident  que  la  Religion  Chrétienne  n’cft 
mondaine  ,  comme  celle  des  Juifs  d’aprefent ,  q' 
ne  foüpirent  qu’aprés  une  pompe  charnelle;  ' 
monfirucule,  comme  celle  des  Samaritains,  qî 
faifoient  un  mélange  ridicule  du  Paganifmc  &  ('  ' 
ia  Religion  Judaïque,;  ni  impie  &  cruelle  ,  con'> 
me  celle  des  GnoRiques,  &  qu’elle  n’a  pas  totî 
CCS  défauts  enfemble ,  comme  avoir  la  Religidl 
Païenne.  Mais  ne  pouvant  parcourir  toutes 
erreurs  qui  pouroient  donner  du  jour  à  cet 
opofitîon  ,  contentons  nous  de  feire  voir  l’avai'. 
tage  que  la  Religion  Chrétienne  a  dans  cep;3 
ralclle,  par  les  maximes  fuivantes. 

Les  autres  Religions ,  fuivant  la  condition  f 
ouvrages  humains  ,  fe  forment  peu  à  peu  dj 
imaginations  de  diverfes  perfonnes  qui  y  cfia 
genc  les  uns^'^pres  les  autres.  Les  Grecs  q' 

ajoü^ 


de  Jet  ’ReVigîon  Clorkiennê: 
oiuc  à  la  Religion  cju’ils  avoient  reçue  cîcsEgy- 
iikns  ;  les  Romains  à  celle  que  les  Grecs  leur 
Il  oient  cnreignee.  Menander  ajouta  aux  impierez 
I  Simon  ;  Saturninus  &  Balilides  à  celles  de  Me- 

inder.  C’eft  que  les  hommes  ne  font  jamais  las 
nventer,  ni  le  peuple  las  de  croire.  Mais  il  n’en 
pas  de  même  de  la  Religion  Chrétienne ,  qui 
i  toute  enticre  en  Jesus-Christ  ,  toute  entière 
lis  chaque  Evangile  ,  toute  entière  dans  chaque 
H^re  des  Apôtres,  Tout  ce  que  les  hommes  ont 
tulnajoücerà  la  dodrineque  J  e  3  u's- Christ  a 
|Drcé  au  monde ,  n'a  fait  qu’en  corrompre  la  pu*^ 
jl  é  ■&  la  fpirituaiicé ,  comme  cela  parole  par  la 
S  proportion  qui  ch  entre  la  dodlrinc  Apoftoliquc 
tics  Ipcculations  des  hommes, 

II. 

>  Les  autres  Religions  ne  peuvent  foutenîr  la  lu- 
îicrcdu  jour:  Elles  Ce  couvrent  d’un  hicnce  mi- 
Ærieux  &  de  ténèbres  afFc(5lécs.  Les  Gnoftiques 
hjerchcnc  la  nuit  pour  couvrir  rimpurctc  de 
ijirs  miftercs  exécrables.  Les  Romains  s’expo- 
Jnt  à  la  raillerie  de  leurs  Poe  es  ,  par  le  foin  qu’ils 
^itMe  cacher  le  fcrvice  qu’ils  rendent  à  la  bonne 
ipeffe.  J  ulicn  6c  Porphire  fc  fervent  de  toute  l’a- 
Jleflc  de  leur  .cfprit ,  pour  adoucir  ce  que  le  Pa- 
ijtnifme  a  de  ridicule  &  de  choquant,  ou  pour 
iillicr  leur  fuperhitîon  par  diverfes  explications: 
f^mme  lors  qu’ils  foücienncnt  qu’ils  r’adorent 
i-a'un  fcul  Dieu  (ouverain ,  encore  qu’ils  recon- 
^i)i^^ent  d’autres  Divinitez  fubordonnees  &  dc- 
^•ndantes ,  &  qu’ils  tâchent  de  junifier  le  culte 
•  l'iis  rendent  aux  idoles  par  des  lubtiiitez  &  par 
!S  diftinêlioüS. 

Il  y  a  un  principe  d’orgueil  dans  le  coeur  des 
jommes,  qui  fait  qu’ils  iiC  vcuicnc  point  être  ac- 
jUz  d’avoir  des  Icndmcns  ablurdcs  :  de  forte 
,’ic  loifquc  leurs  payions  les  atraclienc  à  une  Ré¬ 
gion  qui  ne  paioic  pas  rajfonnable  ,  leur  cfpiic 
Tci;/e  II,  N  fait 


1^0  Truité  de  Ise  Vérité 

fait  tout  ce  qu’il  peut  pour  la  faire  paroitre  pJciJ 
ne  de  bon  fens  Ôc  de  rai  (on.  La  Religion  Chrc-1 
tienne  au  contraire  ne  demande  ni  voile,  ni  lilen»! 
ce,  ni  dilîimulation  ,  ni  déguilement  ,  encore; 
qu'elle  propofe  des  objets  qui  font  infînimem 
contraires  à  tous  nos  préjugez.  Les  Apôtra 
a  voilent  que  la  prédication  de  l’Evangile  cft  une' 
folie  aparente  j  &  néanmoins  ils  alfurent  que 
c’eft  par  cette  folie  que  Dieu  veut  fauver  le  mon¬ 
de.  Ils  fçavent  que  la  mort  de  J  e  s  u  s-ChjCisi 
fcandalife  le  Juif  ,  &  paroit  une  folie  au  Grec  : 
&  néanmoins  ils  déclarent  hautement  ,  qu’ils  ncl 
fe  propofent  de  fçavoir  que  |esus  Christ, 
Jésus -Christ  crucifié.  D’eù  vient. qu’ils  ml 
daignent  jamais  adoucir  ce  paradoxe  ,  bien  loicl 
de  le  cacher  ,  fi  ce  n’eft  de  la  pleine  &  parfaite! 
perfuafion  qu’ils  ont  de  ce  Myftere  adorable  , 
de  l’abondance  de  refprit ,  qui  leur  fait  connoirniB 
refficaee  de  la  Croix.  *  É 

III.  :lc( 

Si  l’on  confîdcrc  bien  les  autres  Religions,  oéIoi: 
trouvera  qu’elles  font  pour  la  plupart  ou  l’ou^f 
vrage  des  Poètes  ,  ou  la  produdiion  des  Philo«iijife 
iophes  }  Sc  qu’elles  viennent  du  jeu  ou  de  l-in 
fpécLilatîon  de  l’entendement  :  ce  qui  fait  qu’eli 
!es  ne  font  point  univerfellement  goûtées.  Lcftjo 
rhilofophes  fe  font  mocquez  de  tout  tems  de  liljfcs 
Religion  des  peuples  ;  &  les  peuples  ne  compren 
nent  rien  dans  la  Religion  des  Philofophes.  So  itintij 
crate  tourne  en  ridicule  la  Religion  des  Athcjîj|j|( 
niens  j  &  les  Athéniens  aeufent  Socrate  d’A'j 


ihéïimc  ,  '&  le  condamnent  à  la  mort.  La  ReJ 


îigion  Chrétienne  feule  cft  goûtés  du  peuple 
des  fçavans  :  parce  que  n’etant  pas  attachée  àl’i, 
gnorance  des  uns,  ^  ne  venant  point  du  fçavo:.^ 
des  autres  ,  elle  a  de  divins  raporcs  avec  le  cœu' 
de  tous.  Plus  élevée  que  la  Philofophie  des  Sa 
ges  ,  cjle  cft  acoîîimodcç  à  la  portée  des  plu: 


I 


àt  Id  Religion  Cbr etienne, 

|o(îîcrs.  Sublime  fans  fpccularion  ^  &  (impie 
i  liS  baflcfle,  il  n  y  a  rien  de  trop  grand  ni  de  trop 
P  ch  pour  elle  dans  la  fociccé ,  .&  elle  fe  faic  goii- 
II  &  admirer  de  tous  egalement^ 

s  Les  autres  Rclin-ions  conduifcnc  les  hommes  de 
rfpric  aux  fens  :  au  lieu  que  celle-ci  les  ramène 
^  s  fens  à  l’efpric.  On  içaic  v]ue  les  Païens  dêïfiant 
•s  corps  ,  ou  Ce  rcprcfentanc  la  Divinité  fous  une 
^rme  corporelle,  loin-delui  rendre  un  culte  con- 
i»rme  à  fa  nature  fpirituelle ,  ne  la  fervent  que  par 
y:s  jeux,  des  fpeclacics  &  d'autres  exercices  corpo- 
;:Is.  Les  Samaritains  &  les  Juifs  difputant  avec 
nreur,  pour  ;çavoir  s'il  faloit  adorer  Dieu  à  Jeru- 
•  .lem ,  ou  fur  la  montagne  de  Guéri fim  ,  ancantif- 
î)icnt  l'efpricdela  Religion, qui  eftîa  charité, pour 
1  défendre  l'exterieur  Les  Prophètes  (e  plai-- 
îboient  que  les  Juifs  faifoient  confifter  le  vérita- 
le  jeune  à  courber  leur  tête  comme  le  jonc  ,  ou  à 
:  couvrir  du  fac  &  de  la  cendre.  L'H  floire  Sainte 
^pmarque  que  les  Sacrificateurs  de  Bahal  fe  fai- 
oienc  des  incifions  avec  des  couteaux  comme  s'ils 
iiffent  du  fe  rendre  Jeur  Dieu  favorable  par  ces 
i’jcerciccs  corporels.  Les  Juifs  de  nos  jours  ne 
meuvent  comprendre  que  nousaïons  etc  apelez  à 
r>i  connoiffancc  de  Dieu  ,  encore  qu'ils  voïent  que 
<lous  Faifons  profeflion  de  mettre  en  lui  route  i  ô- 
f:c  confiance,  parce  qu'ils  ne  nous  voïent  point 
'  ratiquer  quelques  ceremonies  corporelles  Et  les 
1  lahometans  plus  impies  que  (upcrflitieux  ,  ne 
lliiflent  pas  de  laporter  tout  auxlens,  Ilsatachenc 
fmr  adoration  à  la  Méque ,  fe  tournant  vers  elle , 
j>!omme  les  Juifs  vers  Jeiufalem.  Leur  elprit  de- 
?pande  principalement  à  Dieu*  la  latisfaàion  de 
rrurs  fens  j  Sc  aïanc  une  efpece  de  refpiêl  rclî- 
:  deux  pour  les  lettres  qui  compofent  le  Nom  de 
t^Icu  ,  &  pour  le  papier  cù  il  fe  trouve  écrit ,  ils 
lont  engagez  à  oprimcr  les  hommes  qui  portent 
N  ij  l’image 

ê 


4,95>  Trciîte  de  Ia  Vente 

l’image  de  Dieu ,  par  une  Religion  qui  ne  rdpir 

qui  violence  &  qu’oprcilion. 

Ce  qui  f^ic  que  les  hommes  rapertent  tout  au:! 
fens  ,  c’eft  que  c’eft  là  le  plus  facile.  Il  efl  pluj 
aife  de  prendre  le  Soleil  pour  Dieu,  que  d’etri 
.perpctuellanent  ocupê  à  chercher  un  Dieu  qui 
jcache  3  de  célébrer  des  Jeux  &  des  Fêtes  à  foi|^ 
honneur  ,  que  de  renoncer  à  foi-  meme  pour  la  - 
ji-iour  de  lui  5  plus  facile  de  s’abftcnir  des  alimcc|g 
ordinaires ,  que  de  renoncer  aux  vices  3  de  chantefj 
.des  hymnes,  ou  de  lalucr  des  ftatues,  que  depaijj 
donnera  fes  ennemis.  Que  nous  trouvons  don  ï 
un  caradlere  admirable  dans  cette  Religion  qiN 
nous  ramène  d’un  Dieu  conçu  comme  corporelle 
à  un  Dieu  efprit ,  &  d’une  maniéré  de  le  fervi M 
^charnelle  à  un  culte  fpiriiuel  î  Ce  que  Jésus'-' 
Ç HE  1  ST  exprime  excélemment  par  ces  paroles 
'Dieu  e(i  un  Ejpjit ,  ^  il  faut  que  ceux  'quii'ado^i 
rent ,  redorent  en  effrité^  en  mérité,  Quj  efl>cl^l 
qui  lui  en  avoi^  jcani:  apris  ?  Et  comment  marque'*^ 
t-il  en  deux  mots  le  génie  de  la  véritable  Pveligiorj^j 
que  tous  les  hommes  àvoient  ignorée  ?  ; 

V .  1  ^ 

On  peut  dire  de  toutes  les  autres  Religions  fari,^ 
exception,  qu’elles  nous  font  chercher  le  monlj 
de  dans  le  fervicc  de  la  Divinité  :  Au  lieu  que  ijj 
Religion  Chrétienne  nous  fait  glorifier  Dieu  ell 
jcnoDçant  au  monde.  Les  Païens  voulant  pluiol 
fe  plaire  à  eux-mémes  ,  que  plaire  à  leurs  Dieux^l 
ont  fait  entrer  dans  la  Religion  tout  ce  oui  a  pu 
,dârcr  &  les  divertir,  La  Religion  Mahometarjl 
n’aïan.t  pas  beaucoup  de  cérémonies  ,  arrache  d|| 
moins  les  avantages  temporels  à  la  pratique  d|| 
Ton  euke  ,  comme  fi  le  monde  devoir,  être  la  rijj 
compenfe  de  la  Religion.  Les  uns  Si  les  autres  ijl 
font  trompez  fans  doute.  Les  Païens  ont  du  rcfl 
Conncîrre  que'lc  fcrvice  de  Dieu  confiAe  cnantij  ; 
chpfe  que  dans  le  divcrciffçmcnt  ou  dans  la  volk 

.  ^  '  P'V 


de  la  'Religion  Chrétlennli  sÿÿ 

•c.  Et  les  Mahometans  ont  dû  fçavoîr,  que  les 
i'antages  temporels  étant  fi  incapables  de  fatîs- 
:iirc  les  defirs  de  Thomme  ,  &  de  remplir  le  vuide 
•  fon  cœur ,  ne  peuvent  pas  tenir  la  place  des  biens 
ic  la  viaïc  Religion  lui  deftine.  Mais  les  uns  & 
,5  autres  ont  (uivi  un  mouvement  de  Tamoar 
opre  ,  qui  Ce  trouvant  naturellement  fufpendir 
itre  le  monde  &  la  Religion  ,  ne  trouve  rien  de 
.  us  doux  que  de  les  joindre ,  penfànt  ainfi  acordec 
in  devoir  &  fon  inclination,  confacrer  fes  plai-* 
ebs ,  &  reconcilier  la  confcience  &  rintercc. 

:  La  véritable  Reli^on  nous  donne  pour  premîe- 
maxime ,  que  céc  acord  eft  impoffible  ,  ou  pouf 
:.rler  fon  langage,  queCHKiST&  Bclial  ne  peu- 
i  .‘nt  fubfîflcr  enfemble  :  qu’il  faut  ou  glorifier 

■  iîcu  aux  dépens  du  monde  ,ou  pofléder  le  monde 
Ljix  dépens  de  la  Religion.  Peut» on  s'empêcher 
;  j:  voir  que  c’eit  là  un  caradere  divin. 

!  V  I. 

Les  autres  Religions  tendent  à  abaîffer  Dieu ,  èc 
élever  l’homme  :  Au  lieu  que  la  Religion  Chre- 
'pnne  tend  a  abaiffer  l’homme  ,  &  à  élever  Dieu, 
b  premier  peuple  du  monde  fait  de  fes  Divinitez 
’-s  montres ,  &  de  fes  Empereurs  qui  ctoîent 
.  |:s  monflres  ,  il  fait  des  Divinitez  :  &  les  plus 
Hébres  des  Philofophes  n’ont  point  de  honte  de 
jclever  aux  dépens  de  la  Divinité  ,  en  fe  préfe- 

■  j.nt  à  Jupiter.  La  Religion  Chrétienne  au  con- 
.aire  nous  aprend  que  nous  nous  devons  tous 
fjïtietsàla  Divinité  ,  fans  que  la  Divinité  nous 
I  oive  rien  elle- meme.  Elle  hous  humilie  par  céc 
I  ^îme  qu’elle  nous  fait  voir  entre  Dieu  &  nous. 

•  le  nous  montre  &:  que  nous  fommes  haïffablcs, 

:  que  Dieu  eft  fouverainement  aimable.  Qm  ne 
(adniircra  ! 

‘  ^  VII. 

Les  au  très  Religions  nous  font  être  dependans  là 
ù  nous  devions  être  maîtres,  &  niait  res  là  où  nous 
N  ii;  devions 


5.^4  Traite  de  îa.  Vérité  ^ 

devions  être  dèpendans.  Elles  enfcîgncnt  à  rhom.jt 
me  à  encenfer  aux  moindres  créatures  ,  &  à  s*cga*tj 
1er  au  Maître  de  rUnivers,  Qui  ne  s’étonnera  qiic  r’ 
les  hommes  foient  a (Tez  impies  pour  vouloir  être)/ 
des  Dieux,  lors  qu'ils  font  a/Tez  lâches  pour  ne  fça'l 
voir  pas  être  des  hommes  ?  Qid  comprendra 
gucil  de  ccc  impie  ,  qui  ne  dédaigne  pas  de  fe  (oü-n 
mettre  aux  betes  à  quatre  pieds ,  aux  oiicaux,  auxJf 
reptiles ,  aux  plantes,  félon  le  reproche  de  S.  Pauliîf 
Qu  qui  pourra  concevoir  la  baffefle  de  ce  fuper-[| 
ftitîcux,  qui  ne  fe  contente  point  de  fc  déïfier  foi-ll 
meme  ,  mais  qui  déifie  jufqu’à  fes  vices  ?  La  Reli-k 
gîon  Chrétienne  feule  rétablit  l’ordre  légitime  quil  *' 
devoir  être  dans  le  monde,  aflujettiflknt  toutçi|> 
chofes  à  r homme  ,  pour  (oümettrc  l’homme  àl^ 
Dieu.  Quel  fera  le  devoir  de  la  véiirable  Religion.'/' 
ü  ce  n’eft  de  rçfablir  un  ordre  fi  Icaicimc  ?  '  *  p 
VIII.  ' 

Pour  peu  qu’on  pénétre  dans  le  fond  des  au-!i 
très  Religions ,  on  trouve  qu'elles  tendent  à  dé-4- 
truîre  ces  principes  de  droiture  que  Dieu  a  mîij^ 
dans  Tamc  de  tous  les  hommes,  &  à  flâter  Icuiî 
corruption.  Celui  qui  confidérera  la  Rcligîor! 
Chrétienne,  trouvera  qu’cJIc  tend  au  contraire 
'  h  détruire  la  corrupiion  ,  &  à  rétablir  les  princî-l 
pes  de  droiture  dans  nos  âmes.  Les  Païens  fiâ-i 
^ent  leurs  paffions  jufqu'à  leur  bâtir  des  Autels 
Mahomet  aime  la  profperitc  temporelle,  jurqu't’J 
'  en  faire  la  fin  &  la  récompenfc  de  la  Religion!* 
Les  Gnofiiques  s'imaginent  que  lors  qu'il:t?( 
font  arrivez  à  un  degré  de  connoifiance  ,  qu’il.ij 
apellent  l'état  deperfcélion  ,ils  peuvent  commet- j 
tre  tcurc  forte  d’adions  fans  fcrupulc,  &  que  c<|j 
qui  feroic  péché  pour  les  autres,  ne  l’cfi:  .poin|< 
pour  eux.  Quels  égaremens  î  Q^Ilc  impiété  ' 
Et  combien  la  Religion  Chrétienne  elhelle  admi-  ^ 
rable  ,  lorfque  feule  entre  toutes  les  Religions 
elle  nous  fait  connoître  nôtre  corruption,  &  h  ' 


^  i  àe  Lt  Religion  Chrêtiennèl  ±9ÿ 

|irit  par  des  rcmcdes  aufîi  falucaircs  à  refpric  ^ 

•  d: 'incommodes  à  Ja  chair. 

r|  I  X.’ 

f  «]  On  peut  remarquer  dans  toutes  les  autres  Re-- 
èî[;ions,  qu'elles  font  contraires  à  la  politique  en 
d/curde  Ja  corruption,  ou  qu'elles  contraignenc 
Il  peu  la  corruption  ,  en  faveur  de  la  politique 
i|i  lieu  que  la  Religion  Chrétienne  confcrve  Tes 
oîts  inviolables  indépendamment  de  Tune  &  dé 
\^.utre.  La  Religion  Païenne  choquoit  trop  la  po- 
.lîque,  en  voulant  tout  donner  à  la  corruption- 
auroit  été  bon  pourje  bien  de  l’Etat,  que  les 
ommcs  euffent  eu  une  plus  grande  idée  de  la 
intetédc  leurs  Dieux  :  ils  en  auroicnt  été  plus 
tenus  &  plus  foiimis  aux  loix  civiles  ,  au  lieu 
je  l’exemple  de  leurs  Dieux  les  rendoit  hardis  à 
oler  les  droits  les  plus  facrez.  Mahomet  vou* 
nt  éviter  ce  defordrc,  a  retenu  l’idée  du  vrai 
j)ieu:mais  voulant  fia  ter  les  inclinations  des  liom- 
ics  pour  les  attirer,  il  l’a  mélée  avec  le  Paradis 
iiarncl  &  groflïer  des  Païens,  empruntant  quel- 
îiechofc  du  Chrifiianifme  qui  mortifie  nos  paf- 
ons,  &  preiiant  quelque  chofc  du  Paganîfme  qui 
:âte  nos  mauvais  penchans.  Mais  la  Religion 
•i'hrétienne  n'a  aucun  ménagement  ni  avec  la  po- 
(tique,  ni  avec  la  corruption.  La  politique  fc 
iaint  que  la  dodrîne  de  J esüs-  C  h  r  i  st  ramolit 
'éccfiTaircment  les  courages,  Sc  qu’elle  va  à  faire 
ion  des  foldats  pour  Ja  confcrvation  de  l’Etat , 
nais  des  agneaux  qui  s’animeront  difficilement 
oncre  leurs  ennemis ,  pour  qui  ils  prient,  &  qu’ils 
'  ne  obligez  d’aimer  comme  eux- mêmes.  La  cor- 
np':îon  murmure  de  ce  que  la  Religion  Chré- 
icnne  va  l’attaquer  jufques  dans  les  difpofirions 
^  dans  les  replis  de.  l’ame  ,  &  fous  les  voiles  de 
’hîpocrifie,  des  prétextes  Sc  de  la  diflimnlatîon 
de  l’aine,  fous  lefqucls  elle  fe  croïoit  en  fureté, 
autre  que  Dieu  peut  être  le  principe  d’une 
N  iiij  Reli* 


1 9  ^  Traite  de  la  Vérité 

Kcligîon  qui  cft  egalement  contraire  à  la  ciipîdfît 
des  petits,  &à  Tambition  des  Grands,  à  la  politi 
que  &  à  la  corruption  î 
X. 


Les  autres  Religions  ont  voulu  que  la  Divînic*!'  * 
portât  rimage  de  rhomme  5  par  là  ils  n’ort  pi'i 
manquer  de  reprefenter  la  Divinité  foible  ,  mi'’ 
lcrable  ,  fouillée  de  vices  ,  comme  tous  les 
mes  le  font  :  au  lieu  que  la  Religion  Chrétienn‘ÿ  ^ 
nous  enfeigne  que  l’homme  doit  porter  l’image  d!?|!  " 
Dieu,  ce  qui  nous  engage  à  nous  rendre  parfaits  ^ 
comme  nous  concevons  que  Dieu  eft  faint  6! 
parfait.  Si  le  defordre  paroît  cfroïable,  peut-o! 
s’empêcher  de  rcconnoître  que  le  rérabliflemcnj 
cft  divin? 


X  L 


Enfin  les  autres  Religions  font  des  produc^îonj’’ 
monfirueufes  des  plus  polis  &  des  plus  b^^biltj'’ 
des  hommes  ;  au  lieu  que  la  Religion  Chrétiennj'' 
cft  une  prcdnêlion  admirable  qui  paroît  venir  de  ' 
perfonnes  les  plus  fimplcs  &  les  plus  grofiicrel 
qui  furent  jamiais.  Les  Païens  ont  fou  vent  paffl  ’ 
condamnation  fur  les  idées  extravagantes  que  Py 
vulgaire  avoit  de  la  Divinité  ,  fur  la  cruauté  d;? 
ces  barbares  facrificcs  qu’on  offroit  en  tant  dl7 
lieux,  fur  rimpurcté  de  leurs  mifteres,  lafauf^^ 
fêté  de  leurs  oracles,  &  la  vanité  ou  la  puerilit'i 
de  leurs  cérémonies.  Cicéron  dit  en  quelque  en-  ' 
droit  de  fes  Oeuvres  ,  que  deux  Augures  ne  fçnU'-: 
roient  fc  rencontrer  en  face  fans  rire.  Rien  n’ef' 
plus  extravagant  que  la  Théologie  des  Gnofti*  ■ 
ques  avec  leurs  Loues  &  leurs  copulations.  Oij 
fçair  que  lorfqne  les  Philofophes  ont  voulu  par*  > 
lcr  de  Religion  ,  ils  ont  enchéri  fur  l’extravagan  ' 
ce  les  uns  des  autres.  Perfonne  n’ignore  quelle' 
font  les  vifions  &  les  fables  dont  les  Rabbins  on 
rempli  leur  Tradition  ,  &  le  catalogue  en  feroii 
curieux ,  s’il  n’écoic  trop  long.  Et  comme  ToîI 


de  Id  KeVgion  Chrétienne.  ^97 

^  peut  difeorvenir  que  les  Uaï<^s  ,  les  Philofo- 
îjics,  &c.  ii’aïcnc  fait  de  mervê?lleurcs  dccoa- 
•irtes  dans  les  arts  &  dans  les  fcicnces;on  troa- 
:ra  ici  .une  fucceflion  d’extravagance  dans  une 
:iite  de  perfonnes  eclartces ,  par  un  prodige  qui 
.roit  fans  exemple,  fi  la  Religion  Chrétienne 
.  :  nous  en  faifoic  voir  un  tout  femblable  ,  en  nous 
lontrant  une  multitude  de  fages  dans  une  multi- 
|:de  d’ignorans  ,  qui  font  les  Disciples  de  Jesus- 

I  ST. 

îj  Certainement  il  cfl  étrange  que  les  hommes  les 
?'ns  éclairez  deviennent  les  plus  fiupidcs  ,  dés 
|U’il  s’agît  de  la  Religion  ,  &  que  les  plus  igno- 
hns  fc  montrent  les  plus  éclairez.  Cela  marque 
|cn  îedcflcîn  de  Dieu  ,  qui  a  été  d’anéantir  i’in- 
ï  Iligence  des  fages  j  &  cela  fait  bien  voir  en  mê- 
)  le  teins  ,  que  leur  Religion  ri’eft  point  la  produ- 
;  lion  de  l’erpric ,  mais  celle  du  cœur^  Si  elle  ve- 
i  Dit  de  Tclpric ,  elle  feroit  raifonnable  à  mefurc 
•iqe  les  hommes  qui  l’inventent  font  éclairez: 
.pais  parce  qu’elle  vient  de  leurs  pafiions,  ells 
.  aufii  extravagante  ,  que  les  pafiions  qui  la 
:iietrentau  jour  font  déréglées. 

I  Unifions  maintenant  tous  ces  caradlcrcs  , 

•  cmandons  aux  incrédules  ,  fi  l’on  peutfaosex- 
.favagance  attribuer  à  un  impofieur  une  Religion 
)  parfaite  dans  fa  naifiance,  qu’on  n’y  peut  rien 
ijoürcr  qiy  n’en  diminue  la  perfedion  r  une 
l^çligion  qui  propofe  fes  miftercs  fans  adouc^V 
icmcnc ,  avec  autorité  &  avec  confiance  ,  qui  ra~ 
ucnc  les  hommes  des  fens  à  Pcfprit ,  qui  anéantit 
i  corruption ,  qui  rétablit  tous  les  principes  de 
roiturc  qui  étoîcnt  dans  nôtre  amc,  qui  nous 
infeigne  à» glorifier  Dieu  aux  dépens  de  la  voiu- 
'té  &  de  l’amour  propre ,  à  élever  Dieu,  &  à  nous 
baifier  nous-memes ,  à  nous  foümcrtic  à  Dieu 
ui  efi  plus  que  nous,  &  à  nous  élever  au  deflus 
CS  chofes  qui  nous  font  affujeties;  contraire  à  la 
N  V  politique  ^ 


I 

1 5  8  Traité  de  la  Vé rite 

politique,  plus  ^ntraire  encore  à  la  corruption  I 
Surprenant  la  ràiTon  &  confolant  le  cœur  , 
étant  en  cfet  aufli  belle  à  l’un  que  ralutaire 
l’autre. 

Si  la  Religion  Chrétienne  a  toutes  ces  qualice7ji 
comm€  elles  les  a  fans  doute  ,  on  ne  peut  doute:; 
qu’elle  ne  foit  opofee  aux  autres  Religions  qu 
en  ont  de  diredement  contraires.  Et  fi  elle  eUl  i 
oposceaux  autres,  elle  aneceflaircment  un  piin-i 
cîpeopofc:  de  forte  que  comme  les  autres  Reli*;J 
gions  aparticnnent  à  la  chair,  celle- ci  apartien-i; 
dra  à  fefprit  ?  &  comme  les  autres  font  l’ouviagM 
de  la  corruption  des  hommes  ,  celle-ci  aura  poui; 
principe  Je  Dieu  de  pureté.  ! 

I  IL  TABLEAU  ^ 

De  la  Religion  Ghrécienne ,  ; 

€iue  Von  confidére  dans  fes  éfets» 

ON  peut  diflinguer  quatre  efpcces  de  focietCîi 
dans  Icfquelles  il  nous  cft  permis  de  recon-i 
noîcrc  Tefficace  de  la  Religion  j  la  focietc  de  laj 
nature,  celle  de  la  politique  ,  celle  du  vice  ,  &: 
celle  de  la  Religion.  '  i 

La  focieté  de  la  nature  cft  innocente  &  Icgicî-' 
me  :  mais  elle  n’cft  point  à  répreuve'*dcs  pafïions, 
hommes  demeurent  unis,  loijs  qu^l  s’agir  des, 
chofes  indifferenres  ,  mais  la  cupidité  les  divifcl 
bien-rôr.  Cette  focieté  avoit  befoin  d’être  répas 
rée.  La  focieté  de  la  corruption  efl  elfcntiellc-i 
ment  criminelle  :  il  faloit  détruire  rimerêt  &  Ies| 
paiïîons  qui  la  forment.  Celle  de  la  paliiiquc  cft; 
vin'ce  par  les  procez,  les  dilfentions  &  les  guerresi 
que  les  paiïîons  font  naître  :  il  ctoit  nécefTaire  de 
la  foücenir,  en  ccablifl'ant  des  principes  de  fidéli-, 
té  qui  ne  puffcnc  etre  violez.  La  focieté  de  la! 

Kelîgior 


fl 

de  la  Religion  Chrétienne.  is>9 
>Lclîgion  (icvoit  ccre  la  plus  parfaite  de  toutes, 
rjamme  foütcnant  les  autres  :  elle  devoit  être  à 
épreuve  de  tous  les  accidens  &  de  toutes  les  rc~ 
olucions  J  Sc  affembler  dof  perfonnes ,  que  la 
iftance  des  tems  &  xics  lieux ,  &  rcloigncmcnc 
es  interets  auroît  éternellement  divifccs. 

La  Religion  Chrétienne  rétablit  la  focietc  de 
i  nature  :  car  en  uniflanc  les  hommes  fi  étroite- 
icnt  par  la  charité  ,  elle  confirme  cér  amour  na- 
ircl  que  nous  apelons  humanité.  Elle  détruit  la 
:)cieté  de  Tinterct  &  celle  de  l’ambition  ,  parce 
:u*clle  anéantit  toutes  ces  paffions ,  qui  étoient 
'c  faux  principes  d’union  &  d’intelligence.  Elle 
onfirme  la  focietc  civile ,  nous  ordonnant  d’o* 
éïr  à  nos  fupérieurs  ,  &  nous  enfeignant  de  ren- 
rc  à  Cefar  ce  qui  eil  à  Cefar ,  &  à  Dieu  ce  qui  eft 
;  Dieu.  Enfin  elle  établit  une  focîeté  qui  ramène 
égalité  naturelle  :  &  au  lieu  que  jufqu’à  Jésus- 
pHRiST  on  n’avoit  vü  dans  le  monde  qu’une 
.beieté  de  perfonnes  extérieurement  unies  par  le 
en  des  loix  civiles,  du  eouvernement  &  des  dc- 
,rez  de  proximité,  mais  intérieurement  divifées 
ar  leurs  pallions:  Jesus-Christ  nous  fait  voir 
ne  (ocicté  de  perfonnes  extérieurement  divifées 
ar  la  diftance  des  tems  &  des  lieux,  &  par  i’é- 
Dignement  des  conditions  ,  mais  intérieurement 
inies  par  les  liens  d’une  même  foi  ,  d’une  même 
ifpcrancc  &  d’une  même  charité. 

Ce  ne  font  point  là  des  idées  &  des  fpéculatîons. 
Outre  que  la  Religion  Chrétienne  fe  raporie  vî- 
iblemcnt  toute  entière  à  ce  deffein  de  former  un 
■)cuplc  faînt,  pur  &  confacrc  à  Dieu  ,  outre  que  les 
Apôtres  nous  marquent  que  c’eft  là  ic  but  de 
leurs  prédications  ,  s’adreffant  dans  leurs  Epîtres 
à  ceux  qui  font  apelcz  à  être  faints ,  à  rifraci  fé¬ 
lon  l’cfprit ,  &  déclarant  fur  le  fujet  des  -Apofiats, 
qu’ils  fortent  du  milieu  d'eux  ,  parce  qu’ils  u’e- 
loicnt  pgint  d’entr’eux  5  outre  que  Jesus- 
N  vj  Christ 


Traité  delà  Vérité  j 

C  H  R  I  T  fait  en  toutes  ocafions  la  irême  cîi(inr*| 
€lion ,  refufant  de  rcconnoîcre  pour  (es  Di/cipJc(f 
ceux  qui  font  poffedez  par  le  monde,  &  caiadlcil 
rifanr  ainficeux  qu*B  reconnoîc  pour  fions,  MeV} 
brebis  oient  ma  voix >  Ils  ne  font  point  du  monde 
C’  c* e(l  pourquoi  le  monde  les  a  en  haine  :  ouiril^> 
tout  cela,  dis-je,  nous  avons  la  confolatibn  dji 
pouvoir  montrer  une  fociétc  d*homrnes  faints  j| 
nui  ne  plie  point  fous  les  puiflanccs,  qui  a  réfiftili 
aux  6forrs  de  la  perfécution ,  &  renoncé  aux  apaif 
'  du  monde ,  pour  s’arachcr  à  la  Croix  de  J  £  s  u  s|| 
Christ  j  victorien fc  des  tentations ,  furmontanife 
les  vices,  trempant  les  cforts  des  tirans?  compo-lt 
SCC  d’hommes  mortels  ,  fans  pouvoir  êcrc  anéan-lî 
tie  par  la  mort  j  foümifc  aux  loix  de  la  nature 
animée  de  mouvemers  furnaturels  j  converfanll 
dans  le  monde,  &  meprifant  le  monde  ;  répandulljÉ 
en  divers  fiécles  ,  &  gardant  une  parfaire  ur/itc  d<jl 
fenrimens  j  toujours  ataquée  par  les  pallions ,  &i| 
tcüjours  andefTusde  leurs  cfortsi  croiflant  par  fcifl 
dcfaîres,  &  fe  rctablifTant  par  Tes  propres  lüinesjÆ 
Î1  faudroit  n’avoir  jamais  lîi  l’Hifloire  de  rifgh  *' 
fé ,  pour  ignorer  toutes  ces  veritez,  ou  s’avciM^ 
gler  foi- même,  pour  méconnoître  Tcfficace  dtji 
îa  Religion  dans  ces  admirables  efers.  Ij 

C’efi  p’'oprement  dans  cette  fociétc  de  faints  II 
ou  dans  TEglife ,  qu’il  faut  chercher  les  fruitii^ 
de  la  Religion.  C’eft  là'  que  s’acompliffcntjlij 
ces  anciens  oracles  ,  qui  nous  prometroicn je 
de  nous  faire  voir  la  brebis  guilfantc  avec  Tour: 
fe,  5c  le  léopard  avec  l’agneau,  &c.  Mar  <1 
comme  l’Arche  ne  pouvoir  fe  trouver  au  milj 
lien  même  de  fts  cnremis  ,  fans  y  opérer  de  î 
mei veilles,  qui  fe  faiToient  fentir  rreme  de|l 
Infidèles  ;  ai fli  TEglife  ne  fçanroit  être  dans  l|l 
monde ,  fans  y  produire  des  efers  lemarqua;  ' 
Blés  ,  que  les  incrédules  memes  ne  pourront  cr 
ticrcmeat  conte fter*  .  ' 


r  ■ 

de  Religion  Chrétienne,  J  ÔV 

•  Q^ils  nous  aprennent  en  effet,  pourquoi  les 
acics  du  Paganifme  fe  font  tus  à  point  nom-- 
;€  ,  lorfqae  les  Apôtres  ont  annonce  les  mifte- 
.!s  du  ChriÜianilmc  ^  &  comment  le  fon  de  ces 
ammes  étant  aile  julqu’au  bout  de  TUnivers, 
impofé  un  éternel  filence  à  des  oracles  qui 
/oient  fi  long-rems  parle,  &  a  mis  les  Auteurs 
aïens,  comme  Plutarque  &  quelques  autres, 
uns  la  néceffité  de  rechercher  la  caufe  de  ce 
:|lcnce  fi  inopiné  &  fi  furprenant.  Car  d*objcc- 
iT ,  comme  fait  Julien  que  les- oracles  le  (ont 
.t|is  aufîi  parmi  les  Juifs  &  parmi  les  Chrétiensr 
cft  ce  qui  ne  fait  rien  pour  leur  defenfe.  Nos 
|rophctes  avoient  annoncé  que  le  don  de  la 
rophetie  feroit  aboli  :  mais  où  eft-ce  que  les 
;racles  Païens  avoient  prédit  leur  propre 
ncc  ?  L*acompiiffemenc  de  nos  Prophéties  étant; 
ne  preuve  toujours  fubfi hante  de  la  vérité  de 
jôtre  Religion ,  nous  tient  lieu  d’oracles  perpé« 
hels  ;  mais  où  eü  racompliflement  des  Ptophe- 
es  qui  confirment  la  Religion  Païenne  ? 

■;  On  ne  peut  nier  encore  ,  que  cette  abondance 
‘e  Révélation,  qui  a  donné  à  tant  de  peuples 
jjpcrfliticux  &  idolâtres  la  connoiffance  du  vrai 
i)ieu  ,  ne  foit  un  effet  bien  admirable  de  nôtre 
xeligion,qui  remplit  le  monde-  de  fageflé  par 
il  folie  de  la  prédication  ,  donne  aux  ferviteurs 
c  aux  Cervantes  des  idées  plus  nobles  &  plus 
aines  de  la  Divinité,  que  u’ont  eu  les  Philofo- 
)hcs  les  plus  éclairez,  &  cela  lors  qu’elle  leur 
uopofe  une  doétrinc  f|ui  pa/oît  à  la  chair  un 
>bjer  de  fcandale  &  d’horreur. 

On  ne  fçauroit  contefter  à  la  Religion  Chrétiens- 
^c^ava^iagc  d’avoir  aboli  les  facrifices  où  Toîi 
)froic  le  fang  des  hommes.On  ne  doutera  point  que 
:cttc  cruelle  fuperhition  ncfefùt  Nen  répandiië, 
Tl  l'on  confidére  que  l’Ecriture  Sainte  reproche 
aux  Juifs  d’avoir  lacrific  leurs  enfans  à  Moloc  ;  &: 

que 


501  Traité  de  la  Vérité 

que  Jules  Cefar  nous  aprend  que  c’etoie  une  ani^' 
tienne  coutume  des  Gaulois,  d’immoler  à  leur' 
Dieux  des  vidlimes  humaines. 

J’avoue  que  les  Romains  avoient  déjà  renor? 
ce  à  CCS  barbares  fupcrftitions  :  mais  je  ne  fça^ 
s’ils  n’en  avoient  point  conferve  quelques  reltei 
dans  ces  fpcdacles  qu’ils  donnoient  au  public  ^ 
lors  qu’ils  (e  divcrtilToient  à  voir  couler  le  fanjl 
de  leurs  Gladiateurs  qui  s’entretuoienc  pour  Ici 
divertir  :  facrifice  d*autant  plus  impie,  qu’il  ctoi‘ 
offert  au  pîaifir  des  hommes  ,  &  non  pas  à 
qu’on  regardoic  comme  des  Dieux.  efl-c 
qui  a  aboli  ces  divertiffemens  fanglans,  fi  c 
n’eft  la  Religion  Chrétienne  ?  ' 

On  eft  jufiement  furpris ,  lorfque  l’on  confij 
dere  avec  quelle  licence  ce  vice  abominabî 
qu’on  punit. par  le  feu  ,  avoit  régné  dans  le  mon' 
de.  On  a  de  Thorreur,  lorfque  l’on  voix  qir 
l’amour  des  deux  fexes  fembloit  erre  egalement  ! 
commun  ;  que  les  anciens  Auteurs  parlent  fan! 
fcrupule  de  cette  efpecc  de  débauche  ,  dont  lej 
nôtres  n’ofent  foiiiller  le  papier.  Socrate  nou  ' 
efi  reprefentc  par  quelques-uns  ,  amiOureu?! 
d’Alcibiade  :  &  Trajan,  dont  le  Pancgirîquc  î| 
mérité  qu’on  y  travaillât  pendant  trente  ans  ^ 
s’eft  flétri  par  cette  monftrucufc  luxure,  C<l 
qui  fait  affez  voir  la  juftice  du  reproche  du  * 
faînt  Paul ,  qui  dit  que  daurant  que  les  Païen  ; 
n’a  voient  tenu  conte  de  glorifier  Dieu  comme  i 
apartenoit ,  Dieu  les  avoit  auffi  livrez  à  leurii 
convoicifes  infâmes.  C’efti)eaucoup  que  la  Re¬ 
ligion  Chrétienne  ait  aboli  en  partie,  Sc  telle 
ment  flétri  cette  cfpcce  de  débauche  ,  qu’on  re-  . 
garde  ceux  qui  s’en  trouvent  capables  conimîjr 
des  monfircs  exécrables. 

L’humilité  Sc  la  charité  ,  Ces  deux  vertus  fi  ’ 
neceflaires  &  fi  eflentiellcs ,  étoient  fi  profondé¬ 
ment  ignorées,  que  les  noms  memes  n’en  ctoiem* 

pas 


de  la  Religion  Chrétlennê, 

|s  connus  dans  k  monde  Païen.  A  cjiiî  devons- 
i,us  la  connoiffance&  leflimedeces  deux  vertus 
iîxc^ences,  fi  ce  n*cft  à  Ja  Religion  que.  nous 
pfcfTons  ?  Enfin  ,  c'cfl  elle  qui  a  rendu  à  la  créa- 
irc  le  nom  de  créature  ,  &  à  Dieu  Je  nom  de 
]  eu  :  qui  a  ôté  au  vice  le  nom  de  Ja  vertu  ,  ôc  à  la 
utu  le  nom  du  vice  ;  qui  a  rétabli  la  raifon  dans 
j;  droits,  éclairé  la  confcicnce  ,  mortifié  les 
jflions  déréglées,  &  confondu  la  cupidité.  Re- 
innoilTez  la  divinité  du  Gfiriftiariifme  à  ces  éfecs 
*/ins. 

IV.  T  A  B  L  E  A  ü 
De  la  Religion  Chrécienne  ^ 

Ou  la  pureté  de  fa  fin» 

■;'î  les  effets  de  la  Religion  Chrétienne  rêpon-* 
Went  à  fes  caraélercs,  on  peur  dire  que  fa  fia' 
'ipond  parfaitement  bien  à  fes  effets  ,  étant 
fibic  quh’l  n’y  en  eut  jamais  de  fi  definteref- 
c ,  de  fi  pure  ,  de  ü  extraordinaire  &:  de  fî 
ufaite. 

■  On  ne  peut  s’empêcher  de  voir  que  la  Religion*, 
brcticnne  fc  propofe  de  mortifier  les  pafîions ,  êc 
^  rétablir  les  principes  de  droiture  que  la  corrup- 
Dn  avoic  comme  étouffez. 

Ce  n’eft  point  là  le  deflein  du  démon  ,  que  Toa 
;)nçoit  comme  un  cfprit  ennemi  des  hommes  5 
celui  de  la  chair  &  du  fang  ,  qui  ne  tendent 
i*à  fc  fatisfaire  j  ni  celui  de  la  nature  ,  qui  fc 
■ffe  gagner  facilement ,  intereffée  par  les  pîai- 
ts  que  le  vice  lui  fait  efpcrer  ;  ni  celui  de  la 
diiiquc  ,  qui  va  à  reprimer  les  crimes  exte- 
rurs  feulement  autant  qu’ils  violent  l’ordre  de 
focieté ,  &  qui  regarde  avec  beaucoup  d’in- 
ilR'rcnce  les  crimes  de  Tclprit  qui  ne  fcprodui- 


J ©4  Traité  de  la  Vérité 

fcin  point  au  dehors.  Ce  n'eft  point  le  bat  de  lal 
raifon ,  qui  fe.  laifTe  corrompre  par  la  cupidité  :j!. 
ni  meme  celui  do  Torgueil ,  qui  eft  beaucoupic 
plus  mortifié  que  toutes  les  autres  pa (Fions  pai^,, 
ccctc  dodrinc  inconnue  à  la  chair ,  &  infupor-|:, 
table  à  la  nature.  Qui  eft- ce  qui  prend 
puilFant  interet  à  ôter  à  Torgucil  Tes  iilufions,  fa^|. 
gloire  ,  fes  pcrfedlions  chimériques  fes  prefe-, 
lences ,  Ton  hipocrifie ,  fes  afFciftations  e  Fancan-f . 
îifFant  par  la  vue  de  Dieu  :  àFamour  propre  foiij 
înjufticc  i  à  la  chair  fes  plaiftrs  illicites  :  &  à  tqu-p 
tes  les  paftions  leur  dérèglement?  Quel  eft  cep 
delFein  ?  Dans  quels  cœurs  cette  penfée  de  fau-ji 
tifîer  le  genre  humain  mc^ta-t-clle  jamais  ?  j 
Nou5  ne  nous  trompons  point,  en  donnantj. 
cette  fin  à  la  Religion  Chrétienne.  Ilcft  ccrtair[ 
qu*elle  n/enferme  ni  exhortation  ,  ni  précepte  ,  ivj. 
promefTe,  ni  menace  ,  ni  hiftoirc,  ni  prophétie  p 
qui  ne  tende  à  ce  but.  L’Ecriture,  n*c(î  point  ui:}: 
Livre  rempli  de  fpéculations  ou  de  recherchcijü 
curieufes.  On  aportoit  les  Livres  de  cette  naturtj. 
aux  Apôtres  pour  les  brûler.  Ceux-ci  ne  rcpon-|'. 
dent  autre  chofe  à  ceux  qui  leur  difent , 
frer  es, que  fer  on  S' nous  ?  fi  ccn’cft,  Amandez-'Voui\^\ 
Ils  déclarent  que  le  but  de  FEvangile  ,  eft  d’afran 
chir  les  hommes  de  leurs  pechez.  Leur  cxcmplcl! 
nous  montre  la  meme  chofe.  Car  quelle  autre  vnj^ 
peuvent  avoir  des  gens  qui  renoncent  à  tout ,  : 

qui  foiifFrent  tout,  pour  perfuader  aux  homme!|i 
qu’ils  doivent  renoncer  au  ficelé  prefent  ?  Au  rc-r  ; 
fie,  s’ils  parlent,  ou  s’ils  écrivent ,  iis  ne  fc  diflipcntj  ; 
point  par  des  contcftatîons  &  des  difputcs ,  qu:| 
font  le  fruit  ordinaire  de  la  vanité  des  hommes  iji 
ils  vont  au  but,  ils  s’attachent  à  rcftcnticl. 
eft  pratique ,  tout  fc  raportc  aux  mœurs  dano  i 
leurs  difeours  &  ejans  leurs  Ecrits.  Méprîfant  Ici! 
paroles  atraïantes  de  la  fagefTe  humaine  ,  ils  cher-, 
cheut  feulement  rédificatian./e  vom  écris  cescM 


âe  ï(t  Religion  Chrétienne*  50/ 
j ,  dîfcnr^ils,  afin  que  vous  ne  péchiez  point.  Et  que 
Ju  importe- t-il ,  s'ils  font  tels  que  rmcrcdulitc 
[l’imagine  ,  que  nous  péchions  ,  ou  que  nous  ïic 
jchlons  point  !  Quel  tort  cela  pouvoit-il  faire  au 
19  d’un  charpentier  ,  que  les  Phàrifiens  fuflent 
:is  hîpocrites,  qu’ils  deshonoraflent  la  Divinité 

ir  leurs  Traditions ,  qu’il  y  eût  des  tables  de 
jiangeurs  dans  le  Parvis  du  Temple  ?  Que  lui 
|iporte-t-il  que  les  pécheurs  fe  repentiffcnc ,  ou 
fe  repentiffent  pas  ?  que  les  hommes  fuflenc 
ftfericordieux  ,  ou  qu’ils  [e  concentaffent  d’of- 
Ôrdes  facrificcs  ?  que  la  meurtrière  des  Pro¬ 
jetés  connût  ou  ne  connût  point  ce  qui  ctoic 
l'on  devoir  ?  Et  quel  principe  pouvoir  lui  arra-* 

■  ler  ces  larmes  qu’il  donne  à  ladéfolatîon  pro- 
iiainc  dejerufalem?  preuves  (cnhblcs  &  effica- 
’f<}s  que  (on  falut  lui  tenoit  au  cœur.  Qu^auroic- 
r:  importe  à  quelques  pauvres  abufez,  que  les 
fentils  connulTent  ou  ne  connitffent  point  le  vrai 
^ieu  ?  à  de  faux  témoins ,  que  les  hommes  ne  fuf- 
î'sni  fourbes,  ni  menteurs  ?  à  des  gens  haïs  &  dé- 
ftez,  que  les  hommes  s’aîmaJfTent  les  uns  les  au- 
*'cs-?  à  des  vié^imes  de  la  h^mc  publique,  que 
urs  ennemis  fc  rcconciliaifent  avec  Dieu  j  à  des 
:  "fligez  ,  que  les  autres  fcntiïïcnt  une  divine  con- 
)lation  ,  &  une  paix  de  Dieu  qui  furmonte  tour 
^rendement?  croira  que  ces  hommes  aïene 
?,DuIu  être  mcchans  pour  nous  rendre  gens'  de 
ien  ?  Tromper  tout  le  genre  humain ,  pour  faire 
cia  hdclitc  une  loi  (acréc  &  inviolable  ?  devenir 
:s  ennemis  de  leur  nation  ,  pour  nous  rendre  cha- 
rables  envers  tout  le  monde. ^  Et  que  par  la  plus 
gnalcc  de  toutes  les  impoûurcs&Ic  plus  grand 
c  tous  les  crimes,  on  Te  proposât  d’établir  .une 
œligion  qui  va  à  fantificr  le  genre  humain  ?  ^ 

Ce  feroit  une  chofe  bien  étrange,  que  des  gens 
/jfîi  mcchans  &  auiïi  fourbes  que  l’incrédulitc 
oit  s’imaginer  les  Apôtres  ,  pülfcnt  avoir  feu- 

Icmenc 


^  Traité  d'e  Ia  Vérité 

Icmcnt  la  penfce  de  fantifier  les  autres.  Ce  fc*^‘ 
roic  une  chofe  bien  plus  étonnante,  c]uc  cett<p 
penfce  s’affermit  dans  leur  efpnc ,  &  qu’elle  de  '^ 
vint  un  deffein  forme  de  tout  bazarder  &  dc^f 
tout  perdre  pour  en  venir  à  bout.  Ce  feroit  mtr 
prodige,  que  ce  deffein  fut  (uivi  de  l’execution*'- 
Mais  ce  feroit  le  dernier  des  prodiges,  qu’il  y* 
eut  une  fuite  de  perfonnes  qui  euffent  perlcvcr<^/ 
dans  cet  état  &  dans  cette  dilpofitiou  contre 
interet ,  &  maigre  toutes  les  rigueurs  de  la  perfe  lo¬ 
cution.  Jamais  fans  doute  impoflure  n’eüt  und 
telle  fin ,  ni  un  tel  fuccez.  Car  jufqu^ci  l’arnou:^? 
propre  s'efi  fervi  de  l’impoli ure  &  du  menfongc!<- 
pour  faire  réüfiir  fes  propres  paflions  aux  dcpcn.b 
de  la  juftice  &  de  la  charité  qui  eft  dûc  au  prod^ 
chain  :  mais  i’on  n’a  point  vîi  encore ,  &  l’on  ndr' 
verra  jamais,  que  la  charité  fe  ferve  du  menfonîl* 
ge  &  de  l’impoli  ure  pour  faire  réiiffir  les  deffein  |l 
favorables  qu’elle  a  pour. le  prochain, aux  dépen^ 
de  tous  fes  interets  &dc  toutes  fes  paflions.  Vouft 
loir  infificr  là-dcffus,  c’eft  donner  de  la  lumiei  ljp 

au  Soleil.  ^ 

V.  TABLEAU  j 

De  la  Religion  Chrétienne,  I 

Ou  [a  proportion  avec  les  befoîns  de  V homme* 

(• 

NOus  ne  fçaifrions  rentrer  en  nous-mêmes  jj 
q^ue  nous  n’y  trouvions'de  la  baffeffe ,  dij 
la  milere  &  de  la  corruption  5  &  nous  ne  pou  j| 
vons  confidérer  la  Religion  Chrétienne  ,  fanli 
connoître  qu’elle  eft  deftinéc  à  nous  guérir  à  cclj 
trois  égards.  ‘  ' 

Pour  ce  qui  regarde  la  corruption  de  l’homi 
me,  on  peur  dire  que  c’eft  la  choie  du  mondj: 
qui  a  etc  la  plus  connue  &  la  plus  ignorée.  O  ' 


de  la  Keli^ton  Chrétienne.  507 

g^rcconnu  à  fes  effets  qui  ont  frapc  les  lens, 
§  a  cru  que  les  hommes  croient  méchans , 
b»  qu’on  leur  a  vü  commettre  de  grands  cri¬ 
ais  :  mais  on  n’a  pas  fçü  qu’il  y  eut  dans  le 
iiar  de  tous  les  hommes  une  malice  qui  les  rend 
gables  d^s  plus  grands  dcréglemcns.  On  n’a 

S  fait  une  grande  réflexion  fur  ce  principe  de 
ojdre  commun  à  tous  les  hommes,  qui  nous 
aitnipagne  depuis  le  berceau  jufqu’au  cercueil, 
€  a  veut  dire  qu’on  s’eft  mis  en  peine  de  l’extc- 
rarj  fans  regarder  au  fond  du  cœur  &  de  la' 
Ciifcicnce. 

La  Religion  Chretiennenous donne  les  lumié- 
fjquinous  croient  néceflaires  à  cet  egard.  Elle 
üis  enfeigne  &:  que  nous  fommes  corrompus , 
ique  cette  corruption  vient  de  nous- mêmes, 
lie  nous  en  découvre  rétcnduc3&  nous  confir- 
t!ce  que  l’Ecriture  ancienne  nous  avoit  aprîs: 

(\\iz  toute  chair  a  corrompu  fa  vote.  Elle  nous 
ft  voir  que  cette  corruption  nous  aflujetiràla 
Èblcdiêlian  divine,  ^  nous  fommes  de  natu^ 
\%enfans  dCire,  Elle  nous  aprend  que  la  corru- 
jon  s’eft  tellement  rendue  la  maîcrefle  de 
gomme,  qu’elle  a  pénétre  tontes  fes  f»cultez  5 
^  [onc  (\uc  nmagination  des  pensées  du  cœur  de 
fèommen' ef  que  mal  en  touttems»  Elle  nous  fait 
i^ir  l’impoffibiliré  qu’il  y  a  que  l’homme  fe 
îjiériffe  par  lui- meme  d’une  maladie  fi  profon- 
:  &  fi  invétérée,  nous  le  reprefentant  comme 
\  boiteux,  un  létargique,  un  mort  à  l’égard 
iilavie,  de  la  fainteté  &  de  la  jufticc  :  veritez 
f.clarairon&  l’expérience  ne  rendent  que  trop 
iirtaines. 

Il  Comment  la  Religion  Chrétienne  nous  enfeî- 
|ie-t-elle  des  chofes  fi  généralement  ignorées  1 
;  fur  tout,  comment  nous  fait- elle  connoîcre 
-  diftindtement  le  véritable  prir^ipe  de  nôtre 
'•rruption  ?  Qm  eft-ce  qui  avoir  enfeigne  au 


0. 


jom 


Traité  de  la  Verhé 
fils  de  Marie  >  que  l’amour  propre  cft  îa  {bureÇv 
de  tous  nos  dcrégicmens  ?  Pourquoi  reud-î 
l’homme  ennemi  de  foi- meme  ? 

Ce  n’eft  pourtant  pas  affc.z  que  la  Relîgîo 
Chretitnne  feule  nous  aprenneà  connoîtreThom 
me  y  il  cfl  certain  encore  qu’elle  feule  nous  four 
nit  les  remedes  qui  peuvent  le  guérir. 

Nous  ne  voïons  point  d’autres  caufes  qui  puit 
fent  produire  cet  éfcc.  Ce  n’eft  point  l’éducation 
qui  eft  tantôt  bonne  ,  &  tantôt  mauvaife  j  ni  le 
loix  civiles,  qui  ne  s’attachent  qu’à  "régler  l’cx 
terieur  ;  ni  la  Loi  en  général ,  qui  augmente  L 
malice  au  lieu  de  la  détruire  ,  étant  comme  un 
digue  qui  fait  cnêer  le  torrent  ;  ni  la  bienféanct 
humaine,  qui  change  félon  ladivctCté  efes  païs 
ni  le  rcfpedî:  qu’on  a  pour  foi-meme,  chofe  troj 
mctaphifiqiie  pour  ne  pas  céder  au  fentiment  dt 
plaiftr  s  ni  la  raifon  ,  que  les  paftions  corrompen 
il  facilement  ;  ni  l’exemple  des  hommes,  qui  mè¬ 
nent  ordinairement  une  vie  très  déréglée 


l’honneur  du  monde ,  qui  n’a  foin  que  des  aparen 
ces  ;  ni  la  Philofophie ,  qui  n’a  point  de  motif 
efficaces  ,  ou  qui  les  prend  tous  dans  nôtre  o^rgucÜ 
Aurons-nous  recours  aux  vertus  qui  font  ci 


ûfage  dans  k  monde  >  Mais  on  nous  fait  voî! 


qu’elles  ne  font  qu’un  orgueil  &  un  interet  diffé¬ 
remment  tournez,  lors  qu’elles  n’ont  point  d’autre 
motifs  que  ceux  que  le  monde  leur  donne. 

La  fauffeté  des  vertus  humaines  n’eft  plus  uni 
chofe  conteftcc.  On  fçait  que  le  defintereffcmcni 
n’eft  qu’un  intérêt  délicat  ;Ia  libéralité,  qu’un  tra¬ 
fic  de  nôtre  orgueil,  qui  préféré  la  gloire  de  don-l 
ner  à  tout  ce  qu’il  donne  5  la  modeftie ,  qu’un  an| 
de  cacher  fa  vanité  3  la  civilité ,  qu’une  préfércnct' 
affedée  que  nous  faifons  des  autres  à  nous-mê¬ 
mes,  pour  cacher  la  préférence  véritable  qiui 
nous  faifons  d^ous-mêmes  à  tout  le  monde  :  h 
pudeur ,  qu’une  affedation  de  ne  point  parler  de 

nicmc,- 


àe  la  Religion  ChretUnné. 
lûmes  chofes  aurqucllcs  la  luxure  nous  faic 
<jn{cr  avec  plaifir ,  le  <lefir  d’obliger  les  autres  , 
3^’un  fccret  deûr  de  s’obliger  foi-meme  en  fe  les 
a  icranc,  comme  Timpatience  de  s’aquicer  n’cft 
«’unc  honte  d’etre  trop  long-tems  redevable  : 

I  toutes  ces  vertus  en  general  font  autant  de 
|lrdes  dont  ramour  propre  fe  fert  pour  empe- 
iî!r  que  les  vices  qui  font  au  dedans  ne  paroif- 
I  tau  dehors.  Qui  poura  remédier  aux  defor»* 
cîs  de  nôtre  corruption  ,  dont  le  poifon  fe  car- 
jc;  jufques  dans  les  avions  devenu  ?  Q^  gué- 
jaun  mal ,  lorfque  les  remèdes  font  de  nouveî- 
tmaladics  ? 

iConfultez  rexpcrience  :  elle  vous  aprendra 
ic  fi  vous  combatez  efficacement  un  vice ,  vous 
^confirmerez  un  autre.  Si  vous  voulez  détruire 
iVarice,  il  faudra  raraqiicr  par  des  raifons  qui 
||:ent  i’orgucil  Si  vous  voulez  combacre  Tor- 
^il ,  il  faut  l’araquer  par  les  motifs  de  Tavari- 
^  Q^’on  dépouille  Tamour  propre  ,  qu’on  lui 
fes  biens  &  fes  atachemens ,  il  tâchera  de  fc 
ommager  par  le  mépris  'des  biepsde  la  fortu- 
,ou  par  fa  modération  à  fouffrir  fes  difgraces. 
mour  propre  fur  le  trône  fait  les  tirans  j  & 
s  l’indigence  il  fait  des  Philofophes  qui  mc- 
jfent  ce  qu’ils  ne  peuvent  obtenir.  II  changera 
bjet ,  fans  changer  de  difpofition.  Son  orgueil 
vit  à  fes  funérailles  s’il  m’efi  permis  de  par- 
ainfi  3  &ne  pouvant  s’empêcher  de  périr  ,  il 
:  bonne  mine  6c  triomphe  en  périflant.  Qui 
Kc  qui  donnera  véritablement  la  mort  à  cette 
^re  qui  renaît  de  fa  perte  ? 

,11  n’y  a  point  de  caufe  qui  produife  cet  effier , 
i'rnoins  qu’elle  ne  (oit  plus  certaine  que  les 
'ncipes  de  l’éducation  ,  plus  infaillible  que  les 
es  de  bienféance  ,  plus  fainte  que  les  lo'x  po- 
iques ,  qui  n’exigent  que  la  pureté  du  dehors  5c 
bien  exterielu  de  la  focieré  ;  plus  puîffiinte  que 
f^nneur  mondain,  qui  ne  regarde  qu’à  l’cclaç 


3^0  Traité  de  la  Ver/te  ! 

)d:  à  la  renommée  j  plus  efficace  que  tous  % 
motifs  du  monde,  qui  ne  peuvent  détruire 
pafiions  qu’ils  flacenc  j  plus  forte  qu’un  vai^ 
&  fierile  faoelîe,  qui  prétend  guérir  riiomi*' 
en  l’anéantiflant  ,  &  qui  n*a  point  de  mo(*' 
qu’elle  ne  tire  de  la  plus  grande  de  nos  foibL^: 
/'es.  qui  cft  l’orgueil.  La  Religion  Chrciicr^?" 
feule  a  tous  ces  avantages  j  &  leule  par  conlf*. 
quenc  elle  elt  proportionnée  aux  befoins  V 
riiommc.  ' 

C’eft  qu’elle  purifie  le  fond  de  la  confeienc'' 
en  nous  faifant  voir  qu’il  ne  lert  de  rien  de  nef 
toïer  le  dehors  de  la  coupe  &  du  plat,  Ef 
corrige  les  principes  ,  lors  qu’elle  anéantie  j- 
interet  tertiporel  par  un  interet  infini ,  &  le  d! 
fir  d’une  immorralicé  imaginaire  par  l’crpéranhi 
d’une  éternité  efFedive.  Elle  nous  propofe  u| 
régie  invariable,  un  modèle  de  peifedjon  cm 
ne  peut  changer  ,  &  un  juge  &  un  témoin  dcnl^ 
adions  qui  nous  voit  dans  les  tenébres ,  fous  /-i 
nuages,  fous  les  prétextes,  &  à  travers  les  di? 
güilemens  5  qui  nous  oblige  à  nous  connoître  > 
nous  combarre  &  à  nous  mortifier  nous»mcmeîii 
foie  qu’on  nous  vdïe,  (bit  qu'on  ne  nous  vc!  ; 
pas,  foitque  le  monde  l’aprouve  ,  feit  qu’il  '*! 
l’aprouve  point  ;  ihdépendemment  de  tous  y 
objets  ôc  de  toutes  les  circonftanccs  du  dcho'j 
Qiiel  autre  que  Dieu  peut  nous  avoir  foil' 
ni  un  remède  fi  efficace  &  fi  convenable  à  rié 
befoins  ?  j 

La  mifére  &  la  baflefle  font  l’apanage  de  I 
tre  corruption.  Celui  qui  ne  peut  fe  dcfenc'f 
4ontrc  celle-ci  :  ne  fijauroit  s’exemter  des  dc^fi 
autres.  Jt 

Il  ne  fuffit  pas  de  dire  que  Thomme  cft  mi))f 
rabic  ?  il  faut  encore  avouer  qu’il  eft  en  quc!q|l^ 
forte  le  centre  de  la  mifcrc.  Noos  voïons  c\]c. 
pendant  que  les  autres  animaux  joüilTcnt  tranqai  V 


de  la  ReUgîoii  Chrétienne.  fiî 

Hnt  des  biens  qui  leur  font  tombez  en  partage  , 
!  hommes  marquez  en  quelque  force  de  la 
f  in  de  la  juftice  divine  ,  comme  aïanc  dege- 
fc  de  la  pureté  de  leur  origine  ,  font  cgale- 
unt  mal  fatisfaics,  parce  quh’Is  pofledent ,  & 
^ce  qu’ils  ne  pofledent  pas.  EFraïcz  par  Ti- 
i:  de  la  mort,  tourmentez  par  la  confidera- 
en  de  Ta  venir ,  affligez  de  ne  pouvoir  fixer  le 
^is  qui  les  emporte,  ma'heuïeux  de  tant  cou- 
utre  ,  ou  de  connoître  fl  peu  ,  mortifiez  dans 
^ts  pallions  ,  tourmentez  par  leurs  remords  , 
if  ragez  par  les  autres,  ou  pourfuivis  par  les 
Quiétudes  de  leur  cœur  ,  ils  ne  gourent  de  paix, 
q,autant  qu’ils  fe  trompent  ^ux-mêmes ,  & 
qîils  conçoivent  de  fauffes  idées  de  leur  cou- 
4:011. 

1  Ce  de(k  de  nous  tromper  nous-mêmes  nous 
Ê:  en  vain  regarder  les  conditions  plus  élevées 

f  ia  nôtre  comme  des  remèdes  à  nôtre  tpifé- 
L’experience  nous  a  bientôt  defabufez. 
ï  nous  aprend  que  les  bonheurs  &  les  richef- 
font  plus  confidérabics  par  leur  être  imagi^ 
te  que  part  leur  être  réel  y  &  que  refpérancc 
ks  rendcfic  plus  heureux  que  la  pofTefîion  :  ce 
marque  mieux  que  toute  autre  cliofe  le  val¬ 
ide  ces  avantages. 

*^iNt)us  ne  nous  contentons  point  de  nous  trom- 

Î'  fur  Je  fujec  de  nôirc  condition  ;  nous  vou- 
s  encore  tromper  les  autres  ,  en  leur  don- 
rit  une  idée  cxccfïive  ou  de  nôtre  mérite,  ou 
c  rôrre  bonheur  ;  &  par  une  foiblefTc  bien  di- 
|je  de  pitié  ,  nous  nous  fervons  enfuite  de  cette 
me  des  autres  que  nous  avons  furprife,  pour 
rûs  tromper  plus'  efficacement  nous-mêmes 
i4pour  groffir  la  chimérique  idée  que  Tamoiir 
ÿiprc  nourrit  avec  tant  de  complaifance.  Qui 
^.-ce  qui  nous  éclairera  dans  ce  cercle  éterneî 
fUufions  bc  d’erreurs  ,  cmi  font  les  faux  prin- 


Traite  de  la  Vérité  l 

cipcs  d-une  faufTc  'fatisfa«5lîon  ?  Qai  remcdîelJ 
à  uue  i\  profonde  mifcre  ?  Car  de  nous  la  fai:J 
connoî;re  fimplemcnc  ,  cela  ne  lcrviroit  qujî 
Tauji^mcnrcr. 

  ce  grand  caradlcre  ,  je  connoîs  que  la  R'j| 
ligîon  Chrécienne  cft  véritable  &  divine.  C*C|^^ 
la  plus  grande  de  toutes  les  merveilles,  que  <jj 
rendre  Thomme  heureux  en  l’obiigeanr  à  Ce  coi|, 
noîrre ,  &  à  guérir  fa  miferc  en  guériffanc  fcjj^ 
ignorance,  iorCque  cette  ignorance  fait  tout  no; 
tre  repos  &  toute  nôtre  fatisfaélion.  Il  ncfaii^; 
pas  .s’en  étonner.  La  Religion  nous  fait  confidi 
ler  les  cliofes  fous  une  forme  fous  laquelle  (ja 
les  ne  nous  avoient  jamais  paru.  Elle  nous  fij/ 
fouffrir  patiemment  les  maladies  ,  nous  endij' 
couvrant  la  fin  &  le  principe.  Elle  nous  confcji 
le  dans  les  difgraces  inopinées,  parce  qu’elle  uoii* 
perfuade  t]ue  rien  n’arrive  fans  la  providen|>. 
d’un  Dieu  qui  fait  tourner  tontes  choies  à  nôtji 
avantage.  Elle  nous  humilie  dans  la  profpéritji 
ôc  nous  foüticnt  dans  les  affliddons.  Elle  ôrei' 
nôtre  çoeur  fes  peines  &c  fes  mortifications,  'j 
modcranc  l’exccz  de  fes  mouvemens.  Elle  noi| 
fortifie  contre  les  fraïeurs  de  la  mort ,  en  no  i 
la  faifanc  regarder  comme  un  paffage  à  ujd 
meilleure  vie.  Elle  confolc  nôtre  confcicncc  pjij 
fes  promclTes,  Elle  nous  acompagne  en  toU 
tems  &  en  tous  lieux;  dans  les  dangers,  poj 
nous  raffurcr  ;  dans  lafolitudc,  pour  nous  dj'’. 
fendre  de  Tennui  &  de  la  trifleflc  ,  qui  nous  failj 
roient  à  la  vue  de  nous- memes  &  de  ce  ql 
nous  devons  devenir  }  &  enfin  au  lit  de  la  moit 
où  feule  .elle  commence  à  nous  tenir  véritablj  ; 
ment  lieu  de  toutes  choies  ,  parce  que  reneba  in 
tement  de  Tamour  propre  cft  fini,  &  que  la  fei^ 
ne  du  monde  a  difparu  pour  toujours.  II  l 
droit  certainement  être  bien  aveugle,  pour  ;; 
point  voir  d*où  vient  cccte  Religion  qui  noj 


de  îa  'Relipcn  Chrétienne,  3î> 

|ît  connoîcrc  nôtre  mirerc,  &  qui  remédie  à  nos 
:■  aux  tout  à  la  fois. 

^  Elle  ne  nous  éclaire  pas  moins  fur  le  fujet  de  nô- 
j:  banédc,  qui  eft  le  fécond  apanage  de  nôtre  cor- 
;ipcion.  Y  a-t-il  rien  d’égal  à  ce  prodigieux  abaif- 
inent  de  i  hoffime ,  qui  dans  (à  naturelle  condi- 
d)n  ne  (^'aic  ni  ce  qu’il  eft  ,  ni  ce  qu'il  doit  être  , 
*.:upc  à  des  affaires  indignes  de  luî',  rempli  de 
éjojets  &  de  vues  qui  ne  regardent  prefquc 
!i  un  inftant ,  ne  pouvant  ni  foütenir  la  vue  de 
iii-méme ,  ni  fe  paflér  des  autres  ? 

I  Cependant,  ü  nous  voulons'avoiier  ce  qui  eu 
II,  nous  reconnoîtrons  qu*il  y  a  dans  f  homme  des 
,  jneimens  qui  font  entrevoir  fa  grandeur  au  tra- 
i:rs  des  envelopes  de  la  baflefle.  Il  s’ocupe  des 
■  joindfcs  chofes  :  rirais  il  ne  Içauroit  le  contenter 
es  plus  grandes.  Il  ne  peut  fe  palfer  des  autres  : 
ais  il  Veut  avoir  Teftimc  de  tous ,  aimant  à  fe 
epandre  par  une  cfpecc  d’immenficè  qui  tient  du 
!  [incipe  dont  iJ  efl:  venu.  Il  s'enfevelit  dans  les 
MHS  de  cette  vie  :  mais  y  trouvant  tout  dilpro- 
prtionnc  à  ce  qu’il  eft  ,  il  tend  vers  récernitc  ; 

'  lors  qu’y  n’en  connoît  point  de  verirabîe  ,  il 
en  fait  une  imaginaire  ,  Sc  veut  furvivre  à  loi- 
. ’cmc,  en  s’immortalifant  ::'ans  le  fouvenir  des 
jDmmes  malgré  la  more.  Q^eft-ce  qui  acorde- 
ici  l’homme  avec  l’homme  ?  Pourquoi  des  fen- 
Imcns  fi  élevez  avec  tant  de  balTcirc  ?  bu  pour¬ 
voi  un  fi  profond  ^aiflemenc  acompagne  d’une 
•lie  grandeur  ? 

[  Ecoutez  la  Religion  Chrétienne.  Vous  n’eu 
t-'iurez  pas  plutôt  Ic^s •premiers  élémens ,  que  vous 
5  clair  dans  tous  ces  énigmes.  Elle  vous  fera 
i  pir  qijc  l*hommc  cft  compofe  de  deux  parties, 
(lui  font 'Iç  corps  &  l’ame ,  dont  les  qualitcz  Sc 
'  Partage  font  fort  differens.  Par  le  corps  il  fait 
du  monde  materiel  j  c’eft  là  le  principe 
^  fa  bafiTcfle,  Par  Ion  cfprit  il  porte  l’image 
Tome  II.  O  .  de 


5 14-  T  Y  Alt  t  de  Îa  Vérité 

de  Dieu”;  c’eft  le  fondement  de  fa  grandeur,  f 
Lorfquc  rcfpiit  fe  foümct  à  la  matière,  ce  fonj 
feulement  les  foiblejTes  &  les  bafleircs  de  la  ma| 
tiere  qui  paroifTcnt  ;  c’eft  un  homme  anima« , 
que  nous  trouvons  en  lui.  Lorfque  le  corps  fer: 
entièrement  fournis  à  refpric  ,  il  réy  aura  que  l.j| 
grandeur  &  la  gloire  de  refprit  qui  cclaceronr, 
nous  trouverons  en  lui  un  homme  fpirituel.  Toui| 
ce  donc  qu'on  dit  de  la  grandeur  de  Thomme,  de-;! 
vient  un  paradoxe  incroïablc  ,  apliqué  à  rhomm|r 
charnel.  Tout  ce  qu'on  peut  dire  de  fa  baflrcile 
fera  faux  aplîquc  à  Thomme  glorieux  &  purej^, 
ment  fpirituel.  j 

Mais  dans  f  état  cii  nous  nous  trouvons,  qui  ci, 
mîtoïen  ,  comme  fefprit  &  la  matière  font  dan  i 
une  lute  continuelle  ,  c'eft  tantôt  la  grandeur , 
tantôt  la  baflefle  de  l’homme  qui  paroîr,  félon  qu  i  ^ 
c’eft  la  matière  ou  fefprit  qui  l’emporte  :  &  il  elj'i 
fl  vrai  que  c’eft  là  la  régie  de  la  grandeur  &  de  1  j.l 
bafteffe  de  l’homme  ,  que  tout  cft  grand  &  glo  i? 
lieux  en  celui  qui  aflujettit  fa  chair  à  fon  efprit  ; 
au  lieu  que  tout  vous  paroîtra  bas  &  abjec  en  ce  j 
Jui  qui  foümct  fon  efprit  à  la  chair.  i 

Que  trouvera- 1- on  de  grand  en  ce  dernier  j  . 
Q^llceft  fexcélence  de  fes  qualitcz  corporelles  ic 
par  lefquellcs  feules  il  fe  fait  cftimer  ?  L’antîquitj^ 
de  fa  race  l’aproche  du  néant  ,  ou  du  limon  qt|r 
fait  ia  première  origine.  Ij  fe  trahit  lui-mcu.f  i 
lors  qu’il  eftime  la  fpurce  de  ce  qu’il  a  de  maccridj  ? 
êc  qu’il  ne  conte  pour  rien  l’ffriginc  de  fon  cfpriij . 
Les  biens  de  la  fortune  lui  enflent  le  cœur.  Il  s’ej 
ftime  donc  plus  par  ce  qu*il  a ,  que  par  ce  qu’il  cf]^ 
C’eft  un  Conquérant  ;  il  cft  /  fi  vous  voulez ,  1|i 
maître  du  monde  :  mais  il  ne  l’cft  que  pour  un  inj  ti 
ftanr.  îl  a  une  raifon  qui  l’éléve  audeflhs  des  ai|’.î 
très  animaux  5  mais  cette  raifon  meme  devierf: 
refclave  des  fens.  Les*paflions  le  précipitent ,  a^ 
^ieu  de  l’elever.  L’ambition  cft  une  foîblcfTc  q\\  • 


f\  '  ■ 

;  delà  Religion  Chrétienne. 

;^'‘nipcche  de  commander  a  fes  defirs  :  roigueil 
L*;ic  foiblcjnTc  ,  qui  fait  qu'il  ne  peut  fe  pafler  d'u- 
•  :  eftime  dérobée  :  l’avarice  une  baffe  crainte  de 
''venir,  ou  une  vue  bornée  d’un  amour  propre, 
njiî  s’oublie .  pour  ne  penler  qu’à  ce  qu’il  y  a  de 
rjoins  confidcrable  dans  (a  condition  :  le  point 
ilKonneur,  qu’une  foibleffe  qui  fe  confacre  ellc- 
éaïc  ,  le  courage  qui  brave  la  mort  ,  qu’un 
ionflrueux  oubli  de  loi  meme  :  &  rebutes  les  paf- 
:')rm,  que  des  écarts  de  nôtre  fin,  &  comme  des 
enverfemens  de  nôtre  ame  ,  comme  cela  le 
fouve  par  tout  ce  que  nous  avons  dit  ailleurs  de 
j  dcfiination  de  l’homqie. 

I  Au  relie  ces  véritez ,  pour  être  morales ,  n’en 
jnt  pas  moins  certaines  i  &  elles  ont  l’avantage 
n'trc  foürcnüës  par  l’expérience,  &  par  l'aveu 
ieme  des  incrédules ,  qui  font  ravis  de  faire  re¬ 
arquer  tous  ces  caradleres  de  nôtre  baffeffe,  pour 
mllrairc  l’homme  à  la  gloire  de  fadellination« 
Mais  qu’ils  cbnfiderent  la  véritable  grandeur 
4!  l’homme  en  celui  qui  fou  met  les  affeSrions  de 
.  chair  à  l’cfprit  ;  &  ils  auront  honte  d’avoir  ft 
àl  conçu  les  chofes.  Ils  trouveront  en  lui  une 
<éaturc  qui  a  un  commencement  ,  mais  qui  fc 
’nic  d’ccre  venue*  de  Dieu  i  un  arôme  qui  s'élève 
K  deffus  de  toutes  les  créatures  ,  Ôc  remonte 
jfqu’à  fon  principe ,  pour  lui  faire  hommage 
^  peu  qu’il  efl  j  un  ver  qui  a  l’honneur  de  fe  ra- 
l'rter  lui-même  à  la  gloire  de  Dieu  ,  à  laquelle 
liutcs  les  autres  chofes  font  adreffées  fans  le  fçi- 
"jir.  C’cfl  un  mortel  ,  il  cil  vrai  j  -mais  qui  pla- 
«toures  fes  efpéranccs  ^u  de  là  de  la  mort.  C’ed 
i  être  fini  5  mais  qui  n’a  aucunes  bornes  dans 
l‘ï  vues  &  dans  fes  defirs.  II  ne  faut  que  quatre 
^s  de  terre  pour  couvrir  fon  corps  :  il  faut  un 
'UC  immenfe  pour  fatisfaire  fon  ame.  Il  pofféde 
jures  chofes  ,  puis  qu’il  fe  dir  le  fils  de  celui 
'dlis  a  créées.  Il  n’cfl  point  de  ces  hommes 

O  ij  qui 


Traité  de  la  Vérité 
mes  qui  s’en  orgueilliflcnc  en  s’agrandiflant  , 
qui  ne  fçauroient  s’humilier  fans  s’abatre.  ILcj 
,gtand  fans  orgueil  ,  parce  qu’il  connoîc  fa  baj' 
kfle  naturelle  ;  &  humble  fans  balTeffe  ,  panp 
;qu*il  connoit  fa  véritable  grandeur.  Il  a  des  al¬ 
liances  avec  fon  Dieu,  que  la  ruine  du  corps  :î' 
peut  rompre.  S’il  ne  gagne  les  Etats,  &  n’en 
•braie  les  citez  ,  il  s’élev'e  jufqu’à  Curmonter 
paffions  qui  ont  produit  tous  ces  cfers.  Il  faerj; 
lie  à  Dieu  des  pallions  aulquelles  on  a  de^to  ' 
tems  facrific  toutes  chofes.  Les  couronnes  foi 
fans  prix  à  Ces  yeux.  Les  dignitez  perdent  le 
éclat  devant  lui.  Il  dcfqpnd  du  trône  ,  &  s’ég, 


aux  bergers  :  &  quoique  {impie  berger,  il  crej 


pouvoir  s’égaler  aux  Monarques?  II  regarj; 
comme  un  fonge  tout  ce  que  le  monde  admiil: 

le  fiécle  l’cleve  par  des  honneurs  redoj 
blez  ;  il  ne  s’en  eflîmera  pas  plus  grand.  Que  j; 
monde  l’affl’ge  en  toutes  manières ,  il  ne  fe  croip 
point  plus  petit.  II  s’élève  au  deflus  de  tout  ji 
qu’il  voit,  pour  pouvoir  defeendrè  plus  bas  en!- 
prefcncc  de  la  Divinité  qu’il  ne  voir  point.  Pc 
kfTeur  de  l’éternité  ,  quoi  qu’il  foit  dans  le  tetT|i 
enfant  de  Dieu,  quoi  qu’il  vive  parmi  les  homm 
il  fe  trouve  élevé  au  delTus  de  toutes  chqf 
mais  il  eft  grand  fur  tout  par  Ton  humilité, 
c’eft  la  Religion  Chrétienne  qui  non-'feulemj 
nous  fait  connoître  cette  grandeur'  de  rhomn* 
mais  c’eft  elle  feulement  qui  la  produit ,  en  fC| 
mettant  la  plus  baffe  partie  de  nous<  mêmes  l 
plus  noble.  Il  faut  donc  reconnoîcrc  qu’en  ^ 
nonçant  à  la  Religion,  vous  perdez  tout  ce  'ji 
vous  élevé,  ^  que  la  mefure  de  l’incrédulité 
celle  de  vôtre  abaiffement. 

C’eft  donc  la  Religion  Chrétienne  feule 
nous  fournit  la  connoiffançc  du  mal  &  celle  jl 
^cméde  ,  qui  produit  une  véritable  vertu,  &  ôtj^ 
pafque  à  tous  l,cs  vices,  qui  nous  dccguvüc  ji^ 


,  àe  'Religion  Chrethnni,  j’i'f 

je  tnifcre  ,  &  nous  en  afFranchit  5  qui  fait  cefler 
jkrc  bafl'cfl'e ,  en  nous  Ja  faifanc  connoîtrc  ;  & 
Iji  produit  nôtre  grandeur,  en  nous  humüiant  5 
lui  fe  proportionne  à  tous  les  états  de  la  vie,  & 

,  laîflc  point  de  vuide  dans  le  coeur  y  qui  nous 
btific  enfin  ,  nous  cleve  &  nous  fatisfait. 

|s  hommes  &  les  Anges  s’aflemblent  pour  en  in- 
enter  une  plus  utile,  &  qui  reponde  mieux  à  nos 
rfoins  ,  ils  n*cn  viendront  jamais  à  bout 

VI.  TABLEAU 


De  la  Religion  Chréciénne , 


Ou  fes  raports  avec  la  gloire  de  Dieu. 

[L  en  cft  de  la  Divinité  ,  comme  du  SoIeH  ^ 
■qui  eft  lumineux  en  lui- meme,  qui  répand  fa 
loire  au  dehors  par  fes  laïons  ,  &  qui  imprime 
ans  la  nuée  ou  dans  l’eau  une  image  afFoiblie  & 
épouillée  de  fou  plus  grand  éclat ,  mais  pure  , 
grcabic  &  majeftueufe. 

La  Divinité  a  une  gloire  efTentîelle  qui«con{i(le 
|!ans  l’éminence  de  fes  vertus  &  de  les  perfccHrions 
nlînies,  à  laquelle  il  eft  impofîib;e  de  rien  ajouter, 
k  dont  il  efl  meme  impoffible  de  foUtenic  l’cciar'. 
"^ette  gloire  fort  au  dehors,  par  fes  ouvrages  ,  qui 
iennent  de  leur  divin  principe ,  &  elle  forme  du 
J’oncours  des  raïons  qui  la  portent  jafqu^à  nous^ 
jfc  qui  fe  réüniflcnt  dans  le  cœur  de  l’hoi'ftme,  une 
mage  de  ce  beau  Soleil,  qui,  quoi  qu’affoiblie 
X  dénuée  d*un  éclat  trop  ébloüilVant,  ne  laide 
pas  d'êcre  pure  ,  fidèle  &  magnifique.  Cette 
mage  eft  ce  que  nous  apclons  la  Religion  Chre- 
^ienre,  &  que  l’on  peut  prouver  pat  le  feul  avan- 
!:agc  qu’elle  a  de  fe  raporter  la  gloire  de  Dieu  ,  & 
d’erre  comme  une  fidèle  exprtflioii  de  fes  vertus 
&  de  nos  devoirs. 

O  iij 


II 


jî  ^  Traite  de  !a  Vérité 

II  n’y  a  que  celle- ci  en  cfcc  qui  dcTabufe  îcjl 
hommes  ,  en  detruifant  les  faufles  idées  qu'ij* 
avoienr  de  la  Divinicé.  EHe  (cule  fait  connoîtriv 
la  nature  du  vrai  Dieu.  Éllc  ôte  à  la  Divinité  t; 
nuée,  fes  voiles  materiels,  &  fa  pompe  corpoî 
relîe,  plus  propres  à  la  deguifer  ,  qu’à  la  fait' 
connoître.  Elle  nous  fait  voir  Dieu  5  en  noui 
montrant  qu'il  eft  invilible  5  &  elle  le  dérobe  au' 
fens,  pour  le  faire  paroître  à  refprit.  ' 

Il  n’y  a  que  la  Religion  Chrétienne  qui  nou' 
fafle  connoître  ce  conleii  de  Dieu  fi  mifcricoi  j 
dieux  &  fi  ncçefTaire  à  nôtre  confolation  ,  c’ei 
quil  a,  ^nvdié [on  Fils  au  monde  ,  afin 
que  croit  en  lui  ne  périffe  point ,  mais  qu  il  ait  i\ 
'vie  éternelle  :  commit  il  n’y  â  qu’elle  aulTi  qui  glej 
rifie  fes  vertus ,  &  qui  en  découvre  diflindcmcr' 
la  perfedion  &  l’infiniié. 

C’cfl  elle  qui  nous  aprend  que  Dieu  goùvcrnl  i 
tout  par  fa  Providence  ,  qu’il  fait  fervir  le  maj  ■ 
meme  à  nôtre  bien  ,  qu’il  pourvoit  à  nos  befoirj  ' 
par  fa  bonté,  que  fa  fidélité  &  fa  jufticc  ne  It; 
permettent  point  de  fuporter  nos  déréglemcns! 
&  que  néanmoins  fa  mifericorde  &  fes  compaf' 
iions-n’ont  point  de  bornes.  ! 

Elle  ne  nous  enfeigne  pas  feulement  que  l’hom  ■ 
me  doit  ferv^ir  Dieu,  elle  nous  fait  voir  que  c'elj 
là  fa  fin,  *Elle  nous  aprend  à  lui  demander  la' 
vancement  de  fa  gloire  avant  touies-chofes ,  & 
commencer  nos  prières  par  lui  dire  ,  Ton  no?, 
foit  fan^ifié  ,  ton  régne  ^vienne  ,  ta  volonté  [oit  fai] 
te.  Elle  veut  que  nous  le  glorifions  non  des  lévrc; 
feulement,  ou  par  de  fimples  himnes ,  maisfaq 
nos  paroles,  par  nos  penfccs  &  par  nos  aélionîf 
Elle  nous  aprend  à  ne  fouftraire  aucune  créaturj 
à  la  Providence  ,  aucun  péché  à  fa  jufiiee,  auca^ 
pécheur  à  fa  mifcricorde  ,  aucun  mouvement  di 
pieté  à  la^loire  de  fa  grâce ,  aucune  adion  à  fo« 
nî2:emcnt.  . 

J  0  T:r 


de  lût  Religion  Chrêtîennê» 

.  i  Elle  nous  fait  voir  des  miracles  qui  glorifient 
’ipuiflancc  infinie,  des  cvcncmens  qui  font  écla- 
jt  les  merveilles  de  fa  Providence ,  des  bienfaits 
jii  font  paroître  fa  bonté  &  fa  mifcricordc  , 
ce  qui  avoit  été  inconnu  aux  hommes  ,  elle 
;>nncà  toutes  les  vertus  divines  leur  jufte  ccen- 
lue,  c’eft-à- dire  ,  une  étendt|£  fans  bornes.  De 
•jelie  autre  fourcc  nous  victrtient  les  idées  de 
bternîte  de  Dieu  y  de  Ton  imiBenfitc ,  de  fa  tou- 
-puiflance  ,  de  fa  connoijGTancc  infinie,  de  fou 
nmutabiJité  ?  &c.  • 

Il  n’y  a  que  la  Religion  Chrétienne  qui  fçaehe 
’ever  Dieu  &  l’homme  en  meme  tems.  Elle  en- 
rrme  tous  ces  liens  admirables  qui  uniflenc 
homme  avec  Dieu  ,  &  Dieu  avec  riiomme.  Au- 
(Linc  autre  ne -nous  engage  de  foiimettre  à  Dieu 
ôtre  volonté,  pour  acquiefeer  fans  murmure  à 
Jüus  les  ordres  de  fa  Providence,  ni  à  lui  donner 
defirs  &  nos  afFedlions  ,  en  le  icconnoiflanc 
t»our  Je  fouverain  bien.  Les  hommes  avoknt 
roula  honorer  leurs  Dieux  par  des  lacrifiees  de 
)étcs  :  mais  en  vit- on  jamais  qui  fuflént  apris  a 
glorifier  Dieu  par  le  facrificc  d’eux- memt^  ? 
3^cllc  autre  Religion  pouvoit  fournir  les  motifs 
fun  fi  douloureux  lacrifice  ? 

Certainement  il  faut  s’aveugler  voîontairc- 
ineiu  foi- même  ,  pour  ne  point  voir  que  la  Reli¬ 
gion  Chrctiei  ne  n’eft  en  éfet  qu’un  commerce 
ires  pur  &  très  fpiricael  entre  les  venus  <le  Dieu 
i)ui  fc  font  fentir  à  l’homme,  &  les  i'cntnnens  du. 
ccenr  de  i’hemme  ,  qui  glorifient  les  vertus  de 
Dieu.  Ni  la  chair ,  ni  le  lang  ,  ni  le  monde ,  ni  la 
nature  ,  ni  i’éducatiôn,  ne  font  pas  des  caïucs  af~ 
ez  élevées  pour  avoir  produit  un  efee  fi  grand 
fl  lublimc  J  &  ce  ne  peut  être  ici  que  la  produ- 
riion  de  celui  qui  a  parfaitement  connu  les  acords 
de  toutes  chofes,  &  quia  içîi  que  nône  cœur 
étoit  fait  pour  la  gloire  de  Dieu  ,  &  que  la  gloire 

O  iiij  de 


5-2^0  Traité  de  la  Vérité  * 

de  Dieu  de  voit  fc  peindre  dans  nôrre  cœur  paf 
Religion.  . 

VIL  TABLEAU 
De  la  Religion  Chrétienne  ,  i  i 

rail  cMfidére  dans  fa  Morale.  \ 

1  ■ 

POur  peu  que  nous  foïons  inflruits  de  ce  qu 
fc  pafle  au  dedans  dô,nous,  nous  trouveronv- 
non- feulement  qu*il  y  a  un  commerce  d’erreur  &;i. 
d’illüfion  entre  le»  deux  principales  facultcz  de  :: 
nôtre  ame,  qui  fait  que  le  cœur  trompe  refpiit  |  : 
&  que  refpiic  trompe  le  cœur  j  mais  encore  riOu;j.! 
ientons  qu’on  ne  peut  prefquc  entreprendre  d<|  ; 
Lguerir  ou.de  facisfaire  l’un  ,  fans  augmenter  Ici  ; 
defordres  de  l’autre,  ! 

Si  vous  guciiifez  l’igncrance  de  l’efprit  par  l’a  1  ^ 
quifition  des  connoiflances  qui  vous  manquoient|' 
vous  enflez  le  cœur,  qui  s’en  orgueillic  de  le; 
polTcder.  Si  vous  fatisfaires  le  cœur  par  l’afi 
fouviffement  des  paflions  qui  l’agitent.  ,  vou| 
iScez  les  plus,  dargereux  principes  des  crreuti 
&  des  faux  préjugez  qui  obrcurciffeiit  l’cCprit  I 
il  c’eft  une  vérité  trop  connue  par  l’expéiience  i* 
que  la  fcicnce  *quî  éçiaire  l’efpiic  corrompt  f 
cœur  5  &  que  la  débauche  qui  fatisfait  le  cœu, 
corrompt  l’efprît. 

C’eh  ce  qui  a  fait  le  mauvais  fuccez  de  tons  ceu'i 
qui  ont  entrepris  de  régler  &  de  fatisfaire  l’hora 
me.  Les  uns  ont  choque  les  droits  de  la  raiferi. 
pour  avoir  eu  de  la  complaifance  pour  les  pafj 
fions  comme  les  Ep  icuriens,  qui  font  ceiT’er  l’hom  ' 
n^c  d’ccre  raifonnable  ,  pour  le  rendre  plus  heu  i 
reux  ,  en  l’engageant  dans  la  volupté.  Les  autrci 
ont  fait  naître  un  orgueil  prodigieux  dans  la  vo* 
lœ:tc^  pour  attribuer  trop  à  la  railon  5  cornu  1 


'  ! 

de  lût  'Religion  Chrétienne. 

:îs  Stoïciens  ,  qui  fc  font  méconnits  eux- memes 
I  force  da lumière  &  de  connoiflance ,  &  qui  ont 
l'oulu  élever  rhommeaii  deffus  de  Thomme  ,  en 
l’cnyvrant  de  Topinion  de  fa  propre  fageffe. 

Mais  Dieu  ,  qui  connoîc  mieux  que  les  honr- 
•es  les  remèdes  qui  nous  font  propres,  nous  a 
lonnc  une  Religion  qui  (atisfait  le  cœur  fans 
rorrompre  rcfprit,&qui  cccnd  les  lumières  dû 
’efpric  fans  corrompre  le  cœur.  Comment  cc- 
a  ?  C'eft  qu’elle  fatisfait  le  cœur  ,  &  le  morti- 
fie,  comme  elle  éclaire  refprît  ,  &  le  confond. 
L'entendement,  qui  connoîc  des  véritez  grau* 
des  Sc  fublimes ,  n’a  aucun  Oi^ec  de  s'’élever  , 
puis  qu’il  ne  les  connoîc  que  par  la  révélation,  & 
qu*il  demeure  convaincu  qu’elles  font  au  deffus 
de  fa  portée.  Le  coçiir,qui  trouve  dans  la  Reli¬ 
gion  des  objets  qui  le  rempliffent,  &  qui  répon¬ 
dent  à  rînfinîtc  de  fesdefîrs,  n’en  eft  ni  enflé  ni 
corrompu,  puifquc  ces  biens  fpirîtuels  lui  coü- 
itent  la  perce  de  fes  plus  doux  atachemens  &  de 
fes  plus  cheres  habitudes.  Le  feul  moïen  qu’il  y 
avoir  d’eclairer  la  raifon,  &  de  l’humilier  tout 
à  la  fois,  étoitdemcler  des  ténèbres  à  la  lumiè¬ 
re  de  la  Révélation  î  &  la  (eule  voïe  qu’on  pou¬ 
voir  trouver  de  fatisfaire  le  cœur,  &  de  l’cmpc- 
cher  de  s’enfler  tout  enfemble,  étoit  de  mêler 
des  devoirs  triftes  &  mortîfîans*  aux  promefles 
magnifiques  de  l’Evangile.  Ainfi  la  fevéritc  de 
la  Morale  Chrétienne  ,  &  l’übfcuritc  mifteiîeurc 
de  la  Dodrîne  ,  font  deux  moïens  en  la  main 
de  Dieu  pour  éclairer  l’efprir  fans  en*flcr  le 
cœur,  &  pour  remplir  le  cœur  fans  flater  les  * 
:  pallions  qui  corrompent  l’efprit.  Ce  qui  montre 
d’abord,  non- feulement  que  la  Religion  Chré¬ 
tienne  a  un  caradere  divin  ,  puis  qu’elle  enfer¬ 
me  la  véritable  maniéré  de  corriger  &  de  ré¬ 
gler  l’homme  y  mais  encore  ,  que  ce  qui  choque  le 
plus  les  incrédules  dans  le  Chriflianilmc,  fcavœr 

O  V  la 


511  Traite  de  la.  Vérité 

la  fcvcrîtc  de  la  Morale  &  la  difficulté  des  inî-l| 
Acres,  cft  précifcmcnc  ce  qui  eft  le  p4us  dans  Ic^ 
confeii  de  Dieu,  &  le  plus  propre  à  la  fantifîca- 
tien  de  l’homme ,  qui  eft  la  grande  fin  de  la 
Religion  Chrétienne. 

Voilà  en  effire  les  deux  parties  eflentiel!es% 
importantes  de  la  Religion,  la  Morale  &  le 
Miftere  :  l’un  qui  regarde  la  Foi ,  &  l’autre  qui  eft 
la  régie  de  ce  que  Dieu  veut  que  nous  faffions 
pour  parvenir  à  la  vie.  Il  n’cft  point  ncccffairc 
de  marquer  ici  quels  (ont  les  dogmes  ou  les  pre-i 
ceptes  qui  font  contenus  dans  la  Révélation.  La/ 
Sagefle  divine  n\  point  permis  qu’on  en  pût  pré-  ' 
rexcer  l’ignorances  &  d’ailleurs,  comme  c’eft  de 
la  vérité  de  la  Religion  en  général  qu’il  s’apîtà  ' 
prefent,  c’eft  de  la  Morale  Chrétienne  en  gene¬ 
ral  ,  &  de  la  dodirinc  de  la  Foi  en  gros  ,  que  nous 
de\’ons  traiter  ici. 

La  morale  de  Jesü s- Christ  a  un  grand; 
nombre  de  caractères  remarquables ,  fur  lefquclsi 
on  ne  peut  réfléchir  fans  recornoître  fa  divinité. 

Car  I.  C’eft  le  paradoxe  desfens,  du  cœur,' 
de  l’efprit  &  de  la  nature.  Oh  n’avoit  jamais 
fçû  qu’il  falüt  porter  fa  Croix  ,  cftimer  bien-, 
heureux  les  pauvres  en  cfprit,  ceux  qui  mè¬ 
nent  dciiil  ,  &  ceux  qui  font  pcrfécutcT  pour 
la  jufticc  5  qu’on  dût  aimer  fes  ennemis ,  & 
prier  pour  ceux  qui  courent  fur  nous  &  qui 
nous  perfécutent  5  qu’il  falüt  non- feulement  fc 
confqjer  au  milieu  des  maux  &  des  traverfes, 
mais  fe  réjouir  d’etre  affligé,  &  regarder  la  me- 
fure  de  fes  fouffranccs  comme  la  mefure  de  fa 
gloire  &  de  fon  bonheur.  Les  hommes  n’avoient 
jamais  eu  de  telles  penfees.  Les  paradoxes  des 
Stoïciens  cèdent  beaucoup  à  ceux-ci  ;  &  nous 
trouvons  avec  furprifc,que  des  pécheurs  Am¬ 
ples  &  grofliers  dans  leur  langage,  débitent  des 
maximes  auffi  élevées  au  deffus  de  la  portée  or¬ 
dinaire 


f 


de  la  Religion  Chrétienne,  jiJ 

maire  de  retpric ,  qu’elles  Te  crouvent  côntrai- 
cs  au  penchant  du  cœur. 

I  I.  EnefFcc,  ilfauü  remarquer  que  la  Mora- 
e  Chrctiennne  eft  trîfle  &  mortifiante.  Elle 
ontrainc  toutes  nos  paflions.*  L’amour  propre 
’en  plaint.  La  volupté  ne*  la  peut  foufFrir, 
L’orgueil  y  trouve  fon  tombeau.  Ceux  qui  l’a- 
)rouvcnt  davantage  ne  peuvent  s'empêcher  de 
a  haïr  en  fecret ,  lors  qu’ils  ont  le  cœur  rcm^i 
le  quelque  paflion.  On  a  vu  dans  tous  les  fié- 
les  des  Chrétiens  qui  tâchoient  d’en  changer 
c  fens  par  des  explications  plus  conformes  à 
curs  penchans  qu’à  la  vérité,  rancantiflant  in- 
liredement ,  parce  qu’ils  n’ofoient  le  faire  d’u- 
]c  façon  plus  ouverte.  Et  qu’on  ne  s’imagine 
3as  qu’on  ait  fait  recevoir  cette  Morale  en  la 
Icguifant.  J  £  s  u  s-C  h  R  i  s  T  ,  qui  parmi  tant  de 
ara(î^cres  admirables  de  fa  vocation  en  a  un 
brt  remarquable,  qui  eft  de  ne  fl.itcr  jamais 
les  penchans  des  hommes,  déclare  que  pour 
Itre  du  ntÿnbre  de  fes  vrais  Difciples ,  il  faut 
‘arracher  les  yeux  ,  8c  Ce  couper  les  mains  ,  fc 
laïr  foi-méme  ,  renoncer  à  foî-meme  ,  haïr 
bn  ame,  &c.  cxprcfïions  qui  s’expliquent  les 
Trtes  les  autres  ,  &  qui  nous  marquent  que  les 
■fforts  &  îes*douleurs  de  ceux  qui  pratiquent  fa 
Morale,  font  comme  des  perfonnes  qui  fe  cou- 
îcnt  les  bras,  qui  s’arrachent  les  yeux  ,  on  qui 
b  féparent  en  quelque  forte  d’eilcs-m.cmes.  iCc 
ne  font  point  ici  les  adrefles  Sc  les  menagemeris 
les  Dodeurs  du  monde.  Il  paroît  bien  que- 
I  E  s  ü s-C  H  R  I  ST  cft  le  Doâ:eur  venu  de  Dieu. 

III.  Confidérez  ,  pour  le  mieux  comprendre, 
que  tous  fes  principes  roulent  fur  le  fonde¬ 
ment  de  l’humilité.  Il  faut  que  nous  foïons 
débonnaires  ,  fimplcs  de  cœur,  pauvres  en  efprîr, 
travaillez  &  chargez  ,  petits  à  nos  yeux  ,  des  a- 
jneaux,  des  petits  cnftns  en  malice,  les  fcrvitcurs 

P  vj  des 


514  Traité  de  la  Vérité 

des  autres,  pour  prétendre  à  la  qualité  de'  fe^t 
Difciples.  Jesüs- Christ  unit  deux  qualitcz  quiji 
n’avoienc  jamais  etc  d  acord  ,  en  joignant  l’hu-  i: 
milite  du  cœur  &  les  lumières  de  Terprit ,  &  nous,: 
ordonnant  d’etre  prudens  comme  des  ferpens  . 
limples  comme  des  colombes.  On  voit  bien  que; 
cette  union  ctoit  ncccflaire  pour  fantifier  verita-' 
blement  les  hommes  5  mais  c’cft-là  un  fccret  qu^j; 
lis  hommes  n’avoient  jamais  trouvé.  On  en  a  vai 
qui  ont  renonce  à  leur  interet ,  qui  lé  font  fait  ouj 
briller,  ou  couper  les  bras  &  les  mains ,  &  qui  ont; 
afronté  la  mort ,  foütenuspar  un  prodigieux  or-| 
guciJ ,  qui  leur  faifoit  préférer  la  gloire  à  toutc^i 
chofes  :  mais  Ton  n*a  jamais  vu  que  Tamoui! 
propre  ait  permis  aux  hommes  ce  facrificejàj 
moins  qu’il  n*ait  pu  fc  dédommager  du  côte  d<| 
la  gloire.  Il  n’y  a  que  la  Morale  Chrétienne  qal| 
nous  fafTe  voir  ce  miracle. 

IV.  On  s’étonnera  moins  apres  cela  qu’ellci' 
coupe  la  racine  à  tous  les  vices.  Il  n’y  en  apoini,' 
qui  ne  viennent  de  l’orgueil  ou  de  la  volupté 
La  Morale  de  Jésus- Ch  r  i  s  t  ,  qui  ^fétrjuit  run*| 
par  les  auftéritez  delà  repentance  ,  &  l’autre  pa:i 
les  idées  de  la  grandeur  de  Dieu  opofée  à  nô'i 
tre  baffeiTe  ,  enferme  donc  tout  ce  qui  cft  gc  i 
ceffaire  pour  détruire  les  vices daijj  leur  fourcci 
On  peut  dire  meme  qu’elle  comprend  tout  en  tui 
mot  j  &  qu’en  donnant  leur  jufte  étendue  à  ce 
paroles  du  Légîflatcur ,  Tu  ne  convoiteras  point 
&  en  preferivant  fi  foigneufement  la  pureté  dij 
.cœur  &de  la  confcience^contrc  la  faufl'e  glofcdc 
Scribes  &  des  Pharifiens,  qui  ncgiigeoient  le  dc; 
dans  ,  &  n’avoient  foin  que  du  dehors  ,  J  e  s  u 

C  HR  I  s  T  établit  la  véritable  fourcc  de  la  fanci  i 
üca  ion  que  peu  de  gens  avoient  connuë5&  qu’au¬ 
cun  ne  fc  mettoi:  plus  en  peine  de  rechercher..  ’ 

V.  C*eft  encore  un  divin  caradlere  de  fa  Mora¬ 
le,  d’établir  en  deux  mois  le  principe  de  toute  1 

le 


^1 


de  Id  Relîgiôn  Chrétiennè* 

!S  vertus.  Il  ne  faut  avoir  qu’une  connoî (Tance 
.  iort  médiocre  du  coeur  de  l’homme  ,  pour  fçavoiî: 
||uc  l’amour  propre  raporte  tout  à  foi ,  &  nous 
net  en  la  place  de  Dieu  ,  auquel  toutes  chofes 
ioivent  tendre.  Il  fc  facrifie  tout.  Il  defire  tout-j 
k  trompe  par  fes  propres  affections  ,il  veut  tout 
:c  qui  lui  cft  contraire.  Tous  fes  mouvemens  ne 
ont  que  des  manières  particulières  de  tendre  à 
;e  but  ,  des  defirs  de  ce  qui  ne  lui  apartient  pas , 
des  clans  vers  la  gloire  ou  vers  le  plaifir  qui  font 
~cs  deux.  grancTs  objets  des 'démarches  mifterieu- 
Les  pour  y  parvenir,  ou  des  defintcrclTcmens  hi- 
pocrites  qui  ont  pour  but  de  furprendre  ce  qu’ils 
refufent.  Qu’importe  que  le  corps  fc  plonge  dans 
la  volupté  ,  ou  que  l’orgueil  enivre  l’ame  de  plai¬ 
fir  ?  que  Tintérct  dérobe,  ou  que  Thipocrifie  furV 
prenne,  ou  que  l’ambition  atcc^ite  fur  cé  qui  ne 
lui  apartient  pas  ?  Q^on  donne  aux  chofes  tel 
nom  que  l’on  voudra  5  &  vices  &  vertus  dans  le 
cœur  des  hommes  du  monde  ne  font  qu’un  pur 
trafic  d’amour  propre.  Que  peut* on  faire  pour 
corriger  ce  derordre,&  pour  établir  un  principe 
4c  vertu  aufii  véricable  &  aufii  légitime  ,  que 
Tamour  propre  en  cft  une  fource  impure  &  cor¬ 
rompue  ?  Engagez  les  hommes  à  aimer  Dieu  par 
deffus  toutes  chofes,  &  vous  avez  obtenu  le  but 
que  vous  vous  étiez  propofè. 

Car  comme  la  préférence  que  nous  faifons  de 
nous- memes  à  Dieu  ,  fâic**Tcfpric  de  î^us  lips  vi¬ 
ces  j  on  ne  peut  douter  que  la  prcfcrcncc  que' 
nous  ferons  de  Dieu  à  nous- memes ,  ne  foie  Ta¬ 
nne  de  toutes  les  vertus.  L’amour  divin  corrige¬ 
ra  mcinc  tous  les  dcrcglemcns  de  Tamour^pro- 
pre,  auquel  Ton  ne  reprochera  plus  qiTiI*vcuc  ra- 
porter  tout  â  foi,  puifqne  nous  nous  raporteront 
nous- memes  à  Dieu.  Cet  amour  propre  ne  (èra 
■plus  aveugle  ,  puis  qu’il  connoîtra  foin  véritable 
iiKcicr,  qui  c(i  de  plaire  à  celui  de  qui  il  tient 

tout 


1 

traité  de  la  Verîtê  i 

tout  ce  qu’il  a  &  tout  ce  qu*il  poffcdc.  Il  cfj 
impoflTiblc  que  l’homme  aime  Dieu,  fans  qivijl 
aime  à  penfer  à  lui,  ni  qu’il  penfe  à  lui,  faniflj 
qu’il  s’humilie  foNmeme.  S’il  aime  Dieu,  il  s’e  ] 
lèvera  au  deffus  de  fçs  mauvais  defirs,  pour  por«^d 
ter  fou  image  ,  &  pour  vivre  conformement  à  fjii  1 
volonté  par  la  jultice  &  par  la  tempérance.  Ainljj 
voilà  toutes  les  vertus,  mais  des  vertus  veritar^ 
blés  &  folides,  qui  fortent  du  fond  de  l’amour  di-i 
vin.  Comment  jEsusrCHRiST  a-fil  rencontre fj 
jufte,en  établiflantlc fondement  de  fa  Morale  ,f, 
VI.  Ce  qui  ne  nous  permet  point  de  douter  que/: 
fa  Morale  ne  rencontre  jufte  fur  ce  fujet  ,  c’efli; 
que  nous  n’avons  qu’à  fuivre  les  idées  qu’clld 
nous  donne  delà  vertu,  pour  parvenir  au?c  four-j 
ces  du  véritable  bonheur.  Les  hommes  avoîeni,  ; 
cfperé  vainemcftt  cette  heureufe  alliance  de', 
deux  chofes  ,  que  la  raifon  &la  nature  nous  di-j 
fent  devoir  aller  cnfemble.  Comment  ils  n’avoient'  i 
point  de  folide  vertu ,  ils  n’avoient  point  auffi  de, 
véritable  félicité.  A  des  vertus  en  peinture  rc*, 
pondoit  une  béatitude  en  idée  ;  &  à  des  vertus: 
fiormées  par  l’orgueil,  un  bonheur  qui  n’étoiti 
qu’une  cfpecc  d’cnyvrtment ,  ou  unejoïe  faulTei, 
&înfenféc  de  leur  Vanité: ce  que  Brutus' lui-mc-: 
me  confcjfTa  en  mourant.  Mais  ici  la  fatisfaélion  ; 
que  la  Morale  de  Jesüs-ChRISt  nous  procure,- 
affortit  mcrveilleuferijent  la  folidité  des  vertus 
qu’elïb  nous  recommande,  l’cCprit  de  la  fainteté. 
fait  le  principe  clfenriel  de  nôtre  bonheur.  Suivez  ; 
le  chemin  de  la  vertu  que  J  e  s  u  s-Christ  vous 
prcf^ric,  &  vous  marcherez  dans  celui  du  bon- 
ï^orat,  Jheur.  Si  vous  retranchez  la  cupidité,  vous  coupez 
une  fource  abondante  de  miferç  ,  &  vous  vous  | 
épargnez  un  nombre  infini  de  foins  &  de  fatigues  ' 
qui  tendent  à  ce  centre.  De  memeauflî,  fi  vous  ai¬ 
mez  Dieu  comme  vous  devez, vous  vousrcjoüi- 
rez  de  fa  gloire ,  de  fes  perfections  infinies  &  de  fa 

félicité  ^ 


I  de  la  Relifton  Chréûenné^ 

llicitc ,  comme  fi  toutes  ces  chofes  vous  apar- 
boient  en  propre.  Vous  aurez  la  meme  joïeca 
jonfiderant  les  beautez  &  la  magnificence  du 
pond^,  qu’un  fils  en  trouve  à  contempler  la 
randeur  ou  les  biens  de  fon  pere.  La  gloire  de 
;)ieu  fera  vôtre  gloire,  fes  avantages,  vos  avan- 
iges,  &  à  force  d’aimer  Dieu  vous  participe-^ 
ez  à  fon  bonheur.  Toutes  ces  veritez  font  in- 
onteftablcs,  fi  vous  confultcz  la  railon  &  l’ex- 
î'érience. 

.  Car  puifque  rexpcrîencc  ne  nous  permet  poînr 
lie  douter ,  que  celui  qui  aime  ne  tire  fa  fatis- 
adlion  de  la  connoifiance  de  l’objet  aimé  r  qui 
iloute  qu’un  homme  ne  foit  heureux  en  aimant 
Oicu,  puisqu’il  trouve  en  ce  feul  objet  ce  qui 
u/ïit  à  tous  fes  befoins  ?  Il  vivra  en  afiurance, 
)arce  qu’il  fe  repofera  en  Dieu.  Il  ne  craîndrâ. 
;)oînt  de  rien  perdre  ,  fçaehant  que  tout  pafle  , 
nais  que  Dieu  ne  pafle  point.  L’avenir  ne  lui 
’cra  point  de  peine  ,  parce  que  Dieu  demeure 
‘.tcrncllemeot.  La  folitude  lui  plaira ,  parce 
ju’elle  lui  donnera  ocafion  de  s’entretenir  avec 
Dieu.  II  ne  craindra  point  les  afflicSlions ,  qu’il 
regardera  cômme  des  châcimens  paternels ,  ou 
rommedes  épreuves  qui  fe  ra portent  à  fon  bien, 
{]  eft  afluré  d’avoir  &  joïe  &  honneur  &  immor¬ 
alité,  parce  qu’il  fçait  que  toutes  ces  chofes  font 
:n  Dieu.  Qu’on  tourne  les  chofes  comme  l’on 
voudra,  il  eft  împoflibleque  nous  aimions  Dieu, 
ans  être  dans  cette  difpofitîon  &  nous  ne  pou¬ 
vons  être  dans  cette  dilpofition  ,  fans  être  fatis- 
'aits,  mais  d’une  fatisfaêiion  pleine,  &  telle  que 
doit  erre  celle  de  ceux  qui  croïeut  ne  manquer  de 
tien,  &  avoir  trouve  tout  dans  un  feul  objet. 

Il  eft  donc  vrai  que  l’idce  du  devoir  nous  con¬ 
duit  aux  fources  du  bonheur  ;  preuve  évidente  que 
ce  devoir  eft  légitime  ,  &  que  la  Morale  qu’il 
•iflugne  ne  peut  être  que  véritable  &  fahuaire. 

yi\  Mais 


Traite  de  la  Vérité 

VII.  Mais  cc  n’cft  pas  aflez ,  que  la  mcfurcHi 
la  vertu  prcfcritc  par  Jésus- Christ  corrme  Ici 
fondement  de  la  Loi  &dc  TEvans^ilc  ,  faffela 
fure  du  bonheur  particulier  de  chaque  perfonne  j; 
clic  établit  encore  le  bien  &  le  repos  de  la  focicté  ' 
&  par  un  heureux  privilège,  elle  f^t  rencon-' 
trer  le  bien  public  dans  celui  des  particuliers,  & 
!c  bien  des  particuliers  dans  Tinterct  public.  Qik| 
icfultera-t-il  de  la  pratique  de  la  charité,  qui  nou:; 
fera  aimer  Dieu  de  tout  nôtre  cœur  ,  &  le  pro*' 
Chain  comme  nous-mêmes  ?  Il  en  réfultcra,  qu<; 
les  intérêts  des  uns  feront  les  intérêts  des  autres 
qu’il  n’y  aura  ni  haine ,  ni  jaloufie ,  ni  concurren  ! 
ce  3  que  chacun  remerciera  Dieu  des  biens  qu*ur| 
autre  aura  reçu  i  que  la  charité  nous  rendrî^ 
tout  propre  j  que  nous  ferons  heureux  par  lcr 
avantages  des  autres,  comme  un  fils  feh  pa:' 
ceux  de  fon  pere  3  &  comme  un  pere  Tcft  piij 
ceux  de  fon  fils  3  que  la  fociétc  ne, fera  qu’une  mc-l 
me  famille ,  d\autant  plus  étroitement  unie,  qire  1;' 
charité  égalera  tout  cc  que  les  pallions  humaii.c| 
dininguoient  auparavant ,  &  d’autant  plus  hciv* 
reufe ,  que  le  bonheur  d’un  feûl  fera  le  bonheur  d; 
tous ,  &  le  bonheur  de  tous  le  bonheur  d’un  fculj 

Il  eft  facile  de  prévoir  ce  que  les  incrédules  ré¬ 
pondront  à  toutes  ces  choies.  Ils  diront  que  L 
Morale  Chrétienne  çft  une  idée  de  perfcdlion  for; 
belle  fans  doute,  mais  aufli  fort  utile  ,  parc 
qu’elle  eft  trop  élevée  au  deffus  de  notre  porte 
&  de  nos  forces.  La  réponfe  à  cette' objeêlic; 
dépend  des  rcftexîons  que  nous  continuerons  ; 
faire  fur  les  caraêleres  de  cette  Morale, 

VIII.  Nous  difons  donc,  qu’encorc  que  dan; 
cette  lutte  de  la  chair  &  de  Tefprit  que  nmi 
éprouvons,  nous  ne  puifïîons  pas  pratiquer  f 
Morale  Chrétienne  dans  toute  fa  perfeêlion ,  n 
par  conféquent  en  gourer  les  avantages  dan; 
toute  leur  étendue,  il  fulEc  que  pratiquée  fdo.i 

l’éta: 


de  la^  Religion  Chrétienne. 

'  ;tat  ou  nous  nous  trouvons ,  clje  produit  mille 
iFcts  avantageux  ,  pour  nous  faire  voir  qu’cjlc 
.  cft  point  une  (impie  idée  de  perfedfion.  Or 
cft-là  une  vérité  que  rexpérîence  rend  incontc- 
able  :  &  il  cft  (i  vrai ,  que  robfervation  de  c^tte 
>  ivine  Morale  eft  utile  &  falutairc,  que  les  peres 
i  fouhaitent  à  leurs  enfans  ,  les  maris  à  leurs 
;:mmes ,  les  femmes  à  leurs  maris ,  les  ferviteurs 
leurs  maîtres ,  les  maîtres  à  leurs  ferviteurs ,  les 
'rinces  à  leurs  fujets,  les  fujetsà  leur  Prince  ,  (.es 
réanciers  à  leurs  debiteurs  ,  les  debiteurs  à  leurs 
rcanciers,  comme  un  principe  de  fidelité  ,  d’a- 
nOur  ,  d’intelligence  &  de  vertu,  &  meme  de^fa- 
isfadion  &  de  joïe. 

i  L’amour  propre  la  trouve  une  (impie  idée  de 
)Cifc(Flion  ,  lors  qu’ellî  lui  ordonne  de  renoncer  à 
es  mauvais  pcnchans ,  il  ne  croit  point  avoir  affez 
le  force  pour  fa  pratiquer  :  mais  il  la  trouve  ju- 
ife  ,  folidc,  fenfée  &  parfaite  ,.lors  qu’il  s*agicdc 
réprimer  les  vices  &  les  défauts-des  autres,  &  à 
moins  qu’il  ne  foit  tombe  dans  le  dernier  dérègle¬ 
ment  ,  il  eft  bien  aife  que  ce  frein  ari*êce,du  moins 
en  autrui ,  la  cupidité  &  les  paillons ,  qui  tendent 
à  tout  perdre  &  à  tout  violer; 

I  X.  Mais  ce  qui^défend  entièrement  la  Morale 
Chrétienne  du  reproche  qu’on  lui  fait  à  cét  égard, 
c’eft  qu’elle  enferme  cHc-mcme  des  forces  qui 
élevent  l'ame  de  l’homme,  ou  des  objets,  qui 
avec  l’cfïcacc  de  l’cfprit  qui  les  acompagne,  ba¬ 
lancent  le  poids  des  objets  fenfibles  ,&  l’inclina¬ 
tion  que  nous  avons  pour  le  monde.  Ç’cft  aux 
Philofophcs  qu’on  peut  reprocher  que  leur  Mo¬ 
rale  n’cft  qu’une  fpécujationjparcc^quc  leurs  belles 
maxinaes  i;e  font  point  acompagnees  des  puif- 
fans  motifs.  Ils  nous  aprcnnçnt  qu’il  faut  fe  vain¬ 
cre  &  renoncer  à  (es  de(irs  j  mais  quand  on  leur 
demande  pourquoi  ,  ils  (ont  bien  embaralTcz. 
La  Morale  eft  belle  :  mais  les  motifs  font  foibles, 


150  Traite  de  la  Vérité 

ëc  un  peu  de  fiuncc  qu’il  y  a  à  gagner  en  pratî-ji ) 
quant  la  vertu  qu'ils  recommandent ,  le  titre  dcî^ 
fages,  &  cette  augmentation  de  vanité  qui  le  fuir  ,1^. 
font  au  fonds  des  raifons  bien  legeres  pour  obligeiiV 
le  coeur  à  fc  défaire  de  fes  attachemens. 

Mais  il  n*en  eft  pas  de  meme  de  la  Morale  dc'  j 
J  ES  u S‘C  ç[  R  I  ST  ,  laquelle  eft  admirablemcnt^t 
ibütenuë  par  les  motifs  qu'elle  nous  propoCc.;  . 
Tout  s'y  fuit.  Tout  y  eft  proportionne.  Elle, 
nous  demande  de  nous  atachcr  à  la  pratique  de  ; 
devoirs  triftes  &  morrifians.  Elle  contraint  le  . 
cœur.  Elle  mortifie  la  chair  :  m^s  comme  c’eft-j 
là  uci  cfort  'dificilc  &  fublime  ,  çlle  lui  prcpofcl  . 
aufti  un  prix  magnifique  &  glorieux.  La  gran-|  . 
deur  de  la  promefte  eft  meme  foütcnuë  par  desj 
menaces  cfroïables,  &  l'un  &  l'autre  de  ces  dcuxl 
objets,  par  des  bien^faits  infiniment  propres  à, 
nous  gagner  le  cœur. 

Les  bien-faits  dous  font  en  quelque  forte  ga-j 
rans  de  la  vetitc  des  promefTes  j  &  la  vérité  desi 
prome{?es  nous  fait  connoître  celle  des  menaccî.i 
Les  promeftes  que  Dieu  nous  fait  dans  l’Evan-j 
gilc ,  de  nous  donner  la  vie  &  l’immortalité  bien- 1 
heureufe ,  (ont  grandes  &  magnifiques,  je  l’a-, 
voue  :  mais  clics  ne  le  font  pas  plus  que  celle  quc| 
J  ESUS-CHRisxfit  autrefois  à  deux  de  fes  Dif-  j 
ciples,  en  les  apclanc,  &  leurdifant,  Venez  afrés\ 
moi  y  (^je  njota  ferai  pécheurs  â" hommes.  II  y  avoit 
moins  d'aparcncc  que  de  pauvres  pécheurs  puflent , 
prendre  dans  leurs  rées  la  Dodfrinc  ,  l’autorité,^ 
l'elprit , ^'éloquence  des  hommes,  qu’il  n’y  en  a 
que  nous  voïons  Dieu  apres  la  mort.  , 

La  vérité  des  promefles  ne  peut  fubfiftcr  fanS; 
celle  des  menaces  ;  &  il  eft  évident  qu'en  pro-, 
mettant  de  fe  faire  voir  à  ceux  qui  feront  nets  de 
cœur,  il  menace  de  fon  éloignement  tous  ceux, 
qui  ne  le  (eront  pas, 

Qg^les  hommes  ne  fc  flatent  donc  pas  ,  &  j 

qu’ils 


;  I 

i 

de  J  a  Keltghn  Chrétienne. 

!ii*îls  ccffcnt  d’crrc  incrédules  fur  le  fujet  des 
j»diiics  qui  atendcnc  les  méchans  apres  cette  vie. 
|-a%aifon  leur  dit ,  que  Dicd»  ne  peut  moins  faire 
i|uc  d’clôîgner  de  lui  ceux  qui  ont  perfeveré  dans 
IC  defTein  de  Tofenfer  par  leurs  crimes ,  &  que  ccc 
loignement  cft  accompagné  d*une  fouveraioç 
nilj^rc  ,  qui  eft  autrement  apclce  la  mort  crer- 
iclle.  La  confcicnce  nous  fait  entendre  les  me¬ 
nés  cliofes  par  Tes  remords.  Les  promefles  me¬ 
nés  de  Dieu  nous  renfeignent.  Sa  juflicc  nous  y 
onduit.  La  Loi  nous  Taprend.  L’Evangile  nous 
enfeigne.  Et  la  natui^  meme  des  chofes  ne  nous 
')crmet  point  d’en  douter  ;  puifque  Dieu  ne  peut 
dreffer  l’homme  à  fa  véritable  fîi^j  fans  fe  re- 
licier  à  lui  ;  ni  fe  révéler  à  lui ,  fans  lui  faire  con- 
boître  fa  volonté  ,  de  quelque  manière  que  cela 
c  fâflc  }  ni  fe  faire  connoîrrc  à  lui ,  fans  lui  don- 
ber  une  loi  ,  fans.  Taccompagner-de  motifs  ,  qui 
le  peuvent  être  que  des  promefles ,  où  des  me- 
laccs  gravées  dans  le  fonds  de  la  confciencc  , 
ors  qu’elles  accompagnent  la  Loi  naturelle  ,  & 
edigées  par  écrit  ,  lors  qu’elles  fuivent  la  Loi 
•crite  j  ni  faire  aux  hommes  des  promefles  ou  des 
Tienaces ,  fars  être  fidèle  dans  l’accompiiflement 
ks  unS  autres.  Peut- il  y  avoir  de  plus 

grande  nécefîirc  que  celle  qui  eft  fondée  fur  la 
iélitc  de  Dieu  &  fur  la  nature  des  chofes. 

II  n’y  a  rien  qui  puifle  fouflraire  l’homme  à 
:ette  ncceflité.  Il  ne  faut  point  alléguer  fa  baffcD 
e  J  car  on  fçait  que  cette  circonftance  aggrave 
le  crime  au  lieu  de  le  diminue^;  &  qu’on  n’exeufe 
point  un  fujet  qui  a  ofenfé  fon  Roi ,  en  difant  quai 
c’efl  un  Arrifan ,  &  non  pas  un  Gentilhomme.  Il 
Dc  faut  point  fe  défendre  fur  la  force  du  tempé- 
ramment.  Si  elle  cède  aux  raifons  que  vous 
avez  de  ne  commettre  rien  d’indécent  devant  un 
Souverain  ;  &  fi  elle  cft  fufpcnduë  avec  toutes 
fespaflions^  lorfque  vous  êtes  erî  quelque  danger , 

•  ou 


i  Tftitte  de  lu  Vérité  ,  i 

ou  que  vous  attendez  la  Sentence  de  vôtre  mon'-, 
clic  a  dü  rêtre  par  la  prcfcnce  ,  la  volonté  Sc^psi 
jugemens  de  Ditu.^11  ne  faut  point  fc  deferwire; 
fur  le  défaut  de  connoiflance.  Il  nous  juftifieroît  J 
s’il  ctoit  véritable ,  puis  qu*il  a  acoütumc  d’ex- 
eufer  les  bcics  ,  &  les  enfans  &  les  fous.  Mais  eu,' 
'font  les  hommes  qui  ne  connoinein  leurs  de¬ 
voirs  ?  La  confidcration  de  la  mifericorde*  de| 
Dieu  ne  doit  point  les  raflurer  j  puis  qu’elle  n’a, 
point  pour  objet  les  pécheurs  impénitens ,  &  qu< 
pieu  ne  fauve  que  ceux  qui  veulent  erre  fauvez, 
Q^’on  ne  nous  dife  point* que  des  peines  éter¬ 
nelles  font  dirproportionnées  à  la  foibleflc  de 
nôtre  état.  Car  Dieu  que  vous  avez  cfFenfén’eft* 
il  point  étcnlll  ?  Et  vôtre  ame  qui  a  péché  n’eft- 
fllc  pas  éternelle  ?  Une  éternité  de  vie  ne  dé¬ 
plaît  point  à  l’amour  propre  le  plus  aveugle.  I  h 
n’y  trouve  ricu  de  difproportionné  à  nôtre- con^l 
dirion.  Mais  une  éternité  de  miferes  le  choquC;! 
&luiparoîc  impofïible &  chimérique.  Pourquoi 
Gcla,  fi  ce  n’cft  par  ce  qu’il  veut  à  quelque  pri>|< 
que  ce  Toit  5  fe  faire  illufion  à  foi  meme  ? 

Cepetidant,  comme  vous  ne  pouvez  anéaniîii; 
ni  réterniié-de  Dieu ,  ni  réternitc  de  ramc,qiUj 
la  raifon  meme  vous  fait  reconnoîtr^ ,  il*faiu  ou! 
que  vous  fupofiez  que  l’ame  doit  être  éternelle¬ 
ment  avec  Dieu,  ou  éternellement  éloignée  dO 
Dieu,  c’eü-à-dire,  qu’elle  doive  vivre  ou  mou-l; 
rir  éternellement,  puifquc  vivre  avec  Dieu  en-| 
ferme  la  perfection  du  bonheur ,  &  être  éloîgncjij 
de  Dieu  le  comble  de  la  mifere.  Dés  que  l’on  ait 
^reconnu  l’cxiftencé  de  Dieu  ,  &  que  l’on  a  fçûquci 
l’ame  n’a  point  de  parties  ,  qu’elle  n’eft  point  ca  ? 
pable  d’aucune  difTolution  départies,  que  fa  na¬ 
ture  étant  tour-à-faît  diferente  de  celle  de  la! 
matière,  elle  n’cfl  point  enfevclîe  fous  les  lüincîp 
du  corps  ,  il  cft  difîcilc  que  Ton  réfifte  à  ce  qu( 
l’Evangile  nous  ^aprend  de  l’ccat  des  âmes  apré'i 


! 

üe  la  Kellgion  Chrétienhe; 

|a  mort.  C’eft  mcmc  une  neceflî:  c  de  le  recevoir^ 
:-ar  fi  les  âmes  des  mcchans  &  celles  des  gens  de 
i^ien  font  cgalemcnc  éloigirées  de  Dieu  ,  la  con- 
jcicnce,  la  raifon ,  la  nature  &  toutes  nos  con- 
loilTances  nous  avoient  trompez ,  en  nous  faî- 
ant  eQ)crer  la  rémunération.  Et  fi  les  âmes  des 
mcchans  &  celles  des  o-ens  de  bien  font  toutes 
ivcc  Dieu,  ces  memes  principes  nous  avoienc 
cduics ,  en  nous  faiCant  craindre  Ces  jtigemeriS  ; 
k  par  tout  fa  juftice  &  fa  fidelité  fe  trouvent 
incanties  avec  toutes  nos  lumières.  Reconnoiffez 
ionc  que  les  âmes  des  bons  doivent  être  aveç 
Dieu  ,  &  celles  des  mcchans  éloignées  de  lui  ,  Sc 
i^ous  dites  la  chofedu  monde  qui  a  le  plus  de.ra- 
iport* avec  toutes  nos  lumières,  &  qui  coule  le 
plus  claîrement  de  la  nature  des  chofes. 

Les  bienfaits  de  Dieu  répondent  à  U  magnifi¬ 
cence  de  fes  promefTes  &  à  la  faveur  redoutable 
de  fes  menaces.  Toutes  les  créatures  vifibics 
concourent  à  nous  faire  du4)icn.  Car  outre  les 
'bmedicî^îons  temporelles,  la  terre  remplie. de  la 
comoîfiance  de  Dieu3&  les  cœurs  fantifiez  les 
9mcs  confolces ,  l’Evangile  prêché  par  tout  i'U- 
nivers  ^Jc  fils  de  Dieu  more  pour  nos  offenfes  ,  & 
iclufcîtc  pour  nôcrc  juftification  ,  ce  Crucifie 
forrant  du  tombeau  pour  nous  aporter  la  pais 
de  Dieu,  &  pour  fécllcr  la  vérité  de  fonEvan- 
igile  par  fes  fréquentes  aparitions' ,  le  Saint-Efpric 
fc  répandant  vifîblemcnt  &  communément  fur 
les  hommes,  une  multitude  de  Marcirs  envoïez 
de  Dieu  pour  retirer  les  hommes  du  vice  &  de  la 
fupcrftition  par  leur  parole  &  par  leurs  exem¬ 
ples,  font  des  bienfaits  qui  alforcilTenc  merveil- 
'  Icuiment  les  promefics  &  les  menaces ,  &  qui 
nous  perfuadent  que  la  Morale  de  J.  C.  â  autant 
de  ce  qui  cle^  &  qui  fortifie  les  âmes,  que  de 
ce  qui  frape  k  qui  Curprend  les  efprits. 

X,  Mais  pour  nous  rqontrcr  que  cette  Mo® 

raie 


f54  Trahi  de  la  Vefiti  * 

raie  n’cft  pas  une  fimplc  idée  de  pcrfeftîon  y  fa 
fageffe  divine  a  voulu  ,  que  non- feulement  clk  . 
fut  ccricc  dans  les  Lfvres  du  Nouveau  Te(la-'l 
ment,  mais  encore  qu’elle  fut  gravée  première- : 
ment  dans  la  vie  de  J  e  s  u  s- Christ  ,  &  enfuitc 
dans  la  pratique  des  premiers  Fidèles.  Cc-nc  font 
jfoint  ici  des  Docteurs  qu’on  puifle  aeufer  de^ 
parler  bien  ,  &  d'agk  mal ,  comme  Ton  acufoîc  i 
Seneque  ie  faire  de.  crés  beaux  difeours  fur  la 4 
pauvreté  &  fur  le  mépris  des  biens  de  la  fortune  J  ; 
pendant  qu’il  poffedoit  plus  de  richeffes  &  dej^ 
plus  belles  maiions  deplailànce,  que  les  plus  rî-| 
ches  Citoïens  de  Rome.  Ceux-ci  confirment j 
tout  ce  qu’ils  difenc  &  par  l’anéantifTeme^t  de 
leurs  mauvaifes  pafTions,  ils  forment  une  focie- 
tc  entièrement  conforme  a  celle  que  nous  avonsP 
entrevue  tantôt  en  fuivant  l’idée  du  devoir.  Ils}' 
renoncent  aux  paffions  qui  les  diftinguoienr..  Ils! 
oublient  leur  rang  &  leur  condition  ,  pour  fc| 
traiter  en  frères,  fis  confondent  leurs  interets.* jî 
Ils  vendent  leurs  poffeffions ,  pour  en  foulagcr! 
les  néceflicez  les  uns  des  autres.  Ils  fe  réjoüifi'enc  1 
d’avoir  été  trouvez  dignes  de  foufrir  pour  le  ! 
nom  de  Dieu.  TÔut  fert  à  leur  bonheur,  juf-j.’ 
qu’aux  aflidions.  Ils  prient  Dieu  pour  ceux  qui 
les  perfécutenc.  Et  comme  c’eft  la  charité, 
non  l’amour  propre,  qui  efl  la  régie  de  leurs af-  ; 
fcd:ions  ,  tous  les  mouvemens  de  leur  cœur  n’ont  \ 
qu’un  même  centre,  qui  eft  la  gloire  de  Dieu  &  ^ 
le  bien  du  prochain  :  ce  qui  fait  dire  à  l’Ecriture,  |  » 
qu’ils  n’etoient  qu’un  ccciir  &  qu’une  ame.  p 

J’avoue  que  cé-t  état  n’a  pü  fubfifier  toujours  ; 
dar^  l’Eglifc  :  mais  la  fageiTe  de  Dieu  a  permis  j 
qu’il  durât  quelque  tems  ,  pour  nous  laiiTer  en-  , 
trevoir  une  image  du  Ciel  fur  la  terre,  &  pour  j 
confirmer  par  la  beauté  de  cet  exemple  ,  une  j 
Morale  qui  étoic  déjà  foûtenuë  par  de  fi  grands! 
<5:  de  fi  puiirans  motifs.  •  j 

^  VIII. 


àè  Religion  Chrétiennê,  i  fÿ 

VIII.  TABLEAU 
K  De  la  Religion  Chrétienne  3 

§l^ie  l'on  confidére  dans  [es  Mifleres* 

LEs  Miftercs  que  Dieu  nous  a  révélez  dans  fa 
Parole ,  rcflcmblcnt  à  cette  colombe  de  nuée 
ui  conduifoît  les  Enfans  d’Ifraël  dans  le  deferr, 
ont  comme  clic,  un  côté  lumineux  &  un  côte 
bicur. 

5i  vous  conEdérez  le  côté  lumineux  des  Mî- 
cres ,  vous  trouverez  qu’ils  font  grands,  fubli- 
jics,  conformes  à  la  nature  des  chofes  dignes  de 
)ieu ,  &  très  étroitement  liez  avec  les  principes 
plus  inviolables  de  nôtre  cosifr  &  de  nôtre 
'fprit. 

Leur  grandeur  &  leur  fublîmitc  a  donné  à 
leux  làancme  qui  les  ont  annoncées,  une  ad-» 
liration  qu’ils  n’ont  pu  cacher.  Tantôt  ils  dé¬ 
laient  ,  é^ue  Ce  font  la  des  chofes  c^ue  P  œil  n  a 
oint  vü'és ,  que  V oreille  n  a  point  otites ,  qut  ne 
^ionîer ont  jamais  au  cœur  de  l'homme  :  expxcllion 
ulG  naturelle  qu’énergique  ,  qui  nous  fait  voie 
ombien  ils  en  étoient  remplis.  Tantôt  ils  s’en 
xpliquent  en  ces  termes  ,  Rt  [ans  contredit ,  le 
yliflere  de  pieté  efi  grand  :  Dieu  manifeflé  en  chaire 
ufiifié  en  ejprit ,  &c.  Tantôt  ils  apellcnt  ces 
hs)res  des  tiefors  de  fageflfe  ,  &  toujours  ils  pa^ 
oilTent  être  en  peine  pour  trouver  des  expref- 
ions  dignes  de  les  reprefenter. 

Ce  (ont  là  des  objets  infiniment  élevez  au  def- 
us  des  fens  ,  éloignez  de  Taparcnce  très  contraî- 
e  aux  idées  du  Paganifme  &  aux  gpinions  char- 
lellcs  des  Juifs,  au  delTus  de  la  conjcdlurc  des 
iommes  ,  &  cependant  ce  font  des  objets  dignes 
'c  Dieu.'  Ils  le  glorifient  d’une  façon  très 


T  Y  dite  de  la  Vérité 

cxc^lcnte,  &  nous  font  voir  corribîcn  Dîcu  cfl 
grand  &  magnifique,  foie  dans  les  dons  qu’il  fait( 
aux  hommes,  (oit  dans  la  fublimitc  des  devoirs^ 
qu’il  leur  preferit  ,  foit  dans  l’excclcnccdu  prbe* 
qu’il  leur  defiine ,  foit  dans  l’emploi  des  moïen!' 
par  lelquels  il  les  y  conduit.  Comparez  les' 
idées  de  la  Religion  Chrétienne  avec  toutes 
îes  autres,  &  vous  n’en  douterez  point.  Mais* 
ce  n’cft  pas  affez  que  les  mifiercs  nous  paroi!-* 
fent  au  defiTus  des  hommes  ,  qui  n’auroient  pu' 
îes  inventer,  &  digne  de  Dieu,  qui  feul  peut* 
Tious  les  avoir  révélez,  on  peut  dire  encore quch 
tous  les  jprincipesqui  font^en  nous  s’unilTent  par- 
fairement  avec  eux.  j 

Ce  ne  font  point  ici  ces’Pables  &  ces  rêveries- 
des  Poëres,  que  le  cœur  des  hommes  recevoitj 
avec  avidité  pendant  que  la  raifon  les  condam-1 
Moit.  La  création  du  Ciel  &de  la  Terre  par  uni 
Dieu  tout  -  puifTant ,  la  Rédemption  du  Genre! 
humain  pauJcminiftcrcd’un  Médiateur,  h  facri-i 
fice  expiatoire  de  Jesus-Christ  ,  la  commu-! 
nîon  des  Saints  ,  la  refurreétion  des  morts,  lai 
rcmiflion  des  péchez,  la  vie  éternelle,  font  des; 

, objets  cgaÜcmcnc  majeftueux  &  raifonnablcs,' 
Xeur  perte  entraîne  néceflairement  celle  de  nosi 
plus  pures  connoifTanccs ,  &  dettuiroit  mcmela  ' 
nature  de  l'Etre  Souverain,  ' 

deviendroit  en  effet  la  fagefTe  de  Dieu  î< 
Laiflcroit^elle  les  hommes  fe  raporter  à  des  fini 
contraires  à  leur  deftination  ?  Permettroît-ellcl  ^ 
les  defordres&Ics  confufionsde  la  Tocietc ,  pour 
ne  les  réparer  jamais,  elle  qui  tient  les  créatures' 
inanimées  dans  une  fi  bonne  intelligence  &  danîî 
un  fi  parfait  acord  ?  A  quoi  fcrvîroicnt  les  prin¬ 
cipes  de  droimre  ,  &  cette  loi  naturelle  qucliea 
mife  dans  notre  cœur  ?  Pourquoi  auroit-elh 
raportc  tant  de  chofesau  bien  de  l’hoîpme,  afir: 
que  l’homme  lui-meme  fe  raportâc  à'unc  fin  illé-î 


t 


de  îa  Religion  chrétienne- 
jîmc  ?  dcviendroit  la  juftice  de  Dieu  î 
i^Ile  f’erou  la  vericc  des  fentimeil's  de  la  coii*^ 
jkncc  ?  Q^llc  feroit  la  punition  des  mechans , 
i  la  rcmuncraticn  des  juftes  ?  Q^c  dcviendroit 
]  tre  ame ,  puifq/ue  la  raîfon  nousaapris,  que 
I  qui  penCe  cft  diiFercnc  de  ce  qui  eft  materiel  , 

|i  que  l’elpric  ne  relève  point  de  la  diiTolucion  de 
j.elques  parties- de  matière  ?  Pourquoi  cette  amc 
çi:-elle  des(entimens  de  Ton  immortalité  ?  A  quoi 
ïirviroient  rèquicc  &  la  jufticc  ?  Pourquoi  ne  pas 
^àtôt  s’abandonner  au  vice  ,  qui  (croit  cncicrc- 
icnt  préférable  à  la  vertu. 
îi  Et  qui  ne  rcconnoîcra  pour  légitimes  &  rai- 
,:nnab!es  des  principes  fans  lefquels  il  n'y  a  que 
vnfuûon  &  détordre  dans  la  fociccc,  qu'incerci- 
:dc  &  ténèbres  dans  rcfprit  ,  que  faufl'eté  $c 
,u(ion  dans  la  conlcience  &  dans  la  loi  naturel- 
J,  &c.  Que  préjudice  &  milcre  dans  la  prati- 
le  de  la  vertu  i  &  dont  i'ancanriflement  enferme 
dui  de  la  bonté ,  de  la  fagefle  &  de  la  juftice  de 
fieu,  CCS  vertus  que  nous  avoit  montré  la  vérité 
:  ion  exiPcnce  ? 

,  Ce  ne  font  point  ici  des  fpéculations  qui  Torrent 
\  loifir  de  quelques  contemplatifs  ,  ou  des  rafî- 
fmens  deTÉcoIc,  mais  des  veritez  qui  coulent 
la  nature  des  ebofes,  &  qui  s’unillent  excel- 
nmment  avec  la  dernîere  fin  de  Phomme.  Mais 
liclque  lumineux  que  (oit  ce  côté  des  Mifteres, 
cft  certain  qu’ils  en  ont  un  autre  obTcur  &  dif- 
cile.  Non  que  ces  Mifteres  aient  ou  puiffenc 
voir  lien  de  contraire  à  là  rai  Ton  (ai &  dé- 
>  cocu  P  ce  :  mais  c'efl  qu’ils  font  impénétrables  à 
ïptrccfprit,  &  qu’il  n’eû  ni  fur ,  ni  permis  ,  ni 
bfTiblc  d’en  fonder  la  profondeur, 
i  Or  bien  qli'il  ne  foi t  pas  abfolument  ncccfTai- 
lie  rechercher  pourquoi  il  a  plü  à  Dieu 
.’âflaifonncr  (es  Miftcrcs  de  quelques  difficul- 
‘.z,  &  qu’il  fuffife  de  dire  pour  route  raifon  , 
'lome  IL  P  que 


5^8  Traité  delà  Verhê 

c]ue  c’cfl:  là  fa  volonté  &  le  confeil  de  fa  fagcffc 
neanmoins  nous  ne  devons  point  négliger  dcdon^i 
ner  fur  ce  fujet  les  cclairciflcmens  que  i’Ecricunji 
&  la  raifon  nous  fournifl'ent.  ^ 

Chacun  Içait  la  différence  qu’il  y  a  entre  voîi^ 
^  croire.  La  vue  n’enferme  aucune  difficulté  i 
mais  la  Foi  eft  mclée  d’obfcuricé  &  de  connoiffan- 
ce.  Leurs  objets  font  differens.  On  ne  voij 
point  ce  que  Ton  croit  5  &  l’on  ne  croit  point ,  î; 
parler  exadement  ,  ce  qu’on  voit.  Voir  c’efi 
apercevoir  par  foi- meme  5  &  croire  c’eft  aperce*, 
voir  par  les  yeux  d’autrui.  La  vue  eft  double 
celle  des  fens,  qui  connoiffent  les  objets  qui  leui 
font  proportionnez  j  &  celle  de  rcTprit ,  lor! 
qu’il  juge  des  chofes  par  fes  propres  lumières! 
JLa  Foi  de  meme  eft  de  deux  ordres  ;  la  Foi  humaij . 
ne ,  &  la  Foi  divine.  La  première  eft  la  perfua'| 
(ion  qui  eft  fondée  fur  le  témoignage  des  hom-j* 
mes  :  &  l’autre,  celle  qui  eft  établie  fur  le  té,  . 
moignage  de  Dieu.  Il  n’eft  pas  difficile  aprc| . 
de  comprendre  la  penféc  d’un  Apôtre  ,  ejuj 
nous  fait  entendre  que  le  deffein  de  Dieu  clj . 
que  nous  marchions  par  foi,  &  non  point  pa^  . 
vue.  Cela  veut  dire  ,  que  nous  devons  renon*j 
cer  aux  vues  de  nôtre  efprit  ,  pour  fuivre  le  h 
lumières  de  la  Révélation  ,  &  pour  n’embraffcijv 
les  véritez  du  falut  que  fur  le  témoignage  dj 
Dieu.  j 

Il  eft  aife  cependant  de  connoître  la  repugnan*, 
ce  que  nous  y  avons.  Cette  conduite  de  Die^ 
contraint  la  liberté  de  nos  efprits.  Elle  abaiHj - 
la  raifon  fuperbe  de  l’homme.  Elle  lui  ôte  I? 
privilège  de  la*  vüc  dans  des  matières  qui  Iij 
font  infiniment  importantes.  S'agiflant  de  rci 
noncer  au  monde  que  nous  voïons  ,  nous  voUi 
drions  voir  les  objets  que  la  Religion  mer  darj 
Taiurc  balance.  Cependant  Dieu  ne  le  veq 
goinc.  Il  faut  fe  contenter  de  croire  les  objeij 


de  la  Religion  Chrétienne^  539 

«î  nous  font  renoncer  à  ce  que  nous  voïons  ;  6c 
fclquc  convenance  qu’ils  puiffent  avoir  avec  les 
I  neipes  du  Cens  commun  ,  ce  n‘eft  pas  la  raifon  , 
iiis  la  foi ,  qui  doit  principalement  nous  les  faire 
revoir.  Or  par  le  meme  principe  qui  fait  que 
l  cœur  s’irrite  contre  ia  loi  qui  lui  impofe 
1  nccelTitc  d’agir  ,  refpric  (e  fouleve  contre 
J  Révélation  qui  lui  impofe  la  ncceflicc  de 
oire. 

Il  eft  certain  que  cette  conduite  de  Dieu  ell 
enferme  à  la  nature  des  chofes ,  très  cpnvc- 
ib’c  à  rétat  où  nous  nous  trouvons,  ncccflairc 
iiôcre  fandlificâtion  ,  &  utile  à  la  gloire  de  Dieu. 
In’eft  pas  étrange  que  l’œconomiede  la  foi  pré- 
de  celle  de  la  vue,  puilque  nous  voïons  les  te- 
■bres  précéder  la  lumière  par  un  ordre  naturel , 
que  nous  fommes  enfans  avant  que  d’etre 
Immes.  L’expérience  &  la  raifon  nous  enfei- 
icnt  qùe  nos  connoiflances  font  trop  imparfaites 
!|ns  cette  vie ,  où  l’ame  elt  apefantie  par  le  corps, 
Hir  nous  permeitre  de  marcher  fùrement  à  la 
i/eur  de  nos  propres  lumières.  Les  Païens  qui 
Int  entrepris  n’ont  fait  que  s’égarer  dans  leurs 
!ïcs. 

Il  y  a  deux  déréglemens  dans  l’homme  qui 
;nt  la  fource  de  tous  les  autres  ,  Porgueil  &  la 
pluprc.  Celle-ci  naît  dans  la  plus  baffe  partie 
M  l’ame  ,  &  les  fens  y  ont  beaucoup  de  part: 
;iis  l’orgueil  cft  proprement  le  crime  de  l’ef- 
Ùt.  Comment  donc  l’on  n’a  point  encore  trou- 
de  meilleur  remède  contre  la  volupté  ,  que 
ilui  d’affliger  les  fens  ,  en  I^ur  refufant  le  plai^^ 
t  qu’ils  cherchent  avec  tant  d’ardeur  ;  on  ne 
Mt  point  auffi  qu’il  y  eut  de  meilleur 
joïen  de  guérir  l’orgueil  de  l’elpric  ,  que  cc- 
•î  de  l’humilier  ,  en  captivant ,  ces  lumières 
j.ii  renflent  ,  &  en  l’affl'gcant  par  le  facrîfîcc 
fon  lui  demande  de  fes  foiblcs  conjtdluies 

P  & 


54^  TYxlte  de  la  Vérité  -  J 

^  de  fcs  vains  raifonnemens. 

Ec  ceitaincment  ce  facrificc  eft  bien  du  jj 
la  Divinité  :  car  il  n*y  a  pas  plus  de  railoif. 
que  nous  lui  foümettions  nôtre  volonté  paî 
nôtre  obcïflTance  à  fes  loix  ,  qu*il  y  en  a  ou* 
nous  lui  aiTujetti (lions  nôtre  cfpiic  par  la  f^o:' 
Ear  Tun  de  ces  adles  nous  le  reconnoiiVons  pou*' 
un  maître  qui  a  droit  de  nous  commander^ 
^  par  l*aiure  nous  avoiions  qu’il  eft  louvcrai^' 
nement  véritable  ,  &  que  nous  ne  devons  roir' 
craindre  de  nous  tromper  en  recevant  ce  qu 
nous  dit.  [ 

L’homme  qui  s’étoît  perdu  pour  vouloir  toi  ' 
connoîcrc  ,  doit  faire  une  cfpéce  de  réparario) 
de  fon  crime  ,  s’il  eft  permis  de  parler  ainfij 
en  ne  voulant  rien  connoître  par  lui-même.  1 
avoir  voulu  être  auffi  éclairé  que  Dieu  :  il  ri.‘ 
veut  plus  rien  connoître  que  dependamment  c<r 


Il  avoît  etc  aveugle  dans  le  beau  jour  de  , 
nature  :  il  faut  qu’il  voie  clair  dans  les  obrcuiit( 
de  rœconomie  de  la  Foi.  Car  depi^i>s  quen  la p 
f  ience  de  DieUy  le  97}onde  n  a  point  connu  Dieu  p. 
fapience  ,  le  bon  plaifir  du  Pere  a  été  de  fauverl 
hommes  par  la  folie  de  la  prédication. 

II  eft  certain  que  fi  Dieu  fe  révéloit  ordinaîrjà 
ment  &  familièrement  par  des  miracles  Tcnfibir 
êc  continuels,  nous  marcherions  par  vue  &  n( 
point  parToi:  &  il  cfi  vrai  auffi  que  fi  les  objej  ' 
de  la  Revélarion  n’étoîenr  revécus  de  quclcjir 
ténèbres,  il  n’y  aurôit  ni  cforr,  ni  difficulté  ,  | 
facrifice  de  raifoD  à*crc>ire.  j 

Les  dijSculrez  qui  acompagnent  les  Miffer 
font  à  peu  prés  à  Tcgard  de  nôtre  cfprit  le  rr-erj-  ■ 
éfet  que  les  affligions  font  à  Tégard  de  nô| 
cœur  i  elles  le  foümertent.  C’en  font  rout  | 
>T,cme  les  épreuves.  Et  comme  ii  a  plu  à  Dieu  ci  ^ 
ivôtre  patience  fut  exercée  par  deux  fortes  j 

foi! 


f 


de  la  Religion  Chrétienne. 
jaffranccs ,  les  unes  qu*il  nous  difpenfe  îmme- 
otement  Jui-meme,  &  les  autres  qui  nous 
'lennent  du  côte  des  hommes  du  monde  qui  font 
s  ennemis  :  aufli  a-t-il  voulu  que  nôtre  foi  fut 
xercée  par  deux  fortes  de  difHcuItcz  ,  dont  les 
’iics  viennent  de  Dieu  immédiatement  ,  &  les 
;.tres  fortent  du  cœur  &  de  rcfpiic  des  homv 

CS, 

'  Car  il  faut  diftînguer  les  tenebres  de  Dieu  p 
les  tenebres  des  hommes.  Les  premières  fonc 
•  coAe  ou  ncceflaires  ,  comme  toutes  les  dif- 
i:ultcz  qui  naiffent  de  la  difproportioh  èflen- 
!llc  qui  eft  entre  les  objets  infinis  tels  que 
nt  ceux  de  la  Révélation  ^  &  un  érpric  bvor- 
.  :  comme  le  nôtre  >  ou  volontaires ,  &  qui  en- 
eut  dans  le  deffein  &  dans  le  plan  même  de  Ix 
icligion. 

'On  peut  difiinguer  celles-ci  félon  la  diverfite 
ae  ,  dans  nôtre  maniéré  de  çoncevoir  ,  nous 
‘:|)mmes  obligez  de  fupofer  dans  les  vertus  de 
■fieu.  Il  y  en  a  qiii  forcent  du  conl'eil  de  fa  fage'f- 
,5 ,  d’autres  de  celui  de  fa  jufiiee ,  d’autres  de  ce»» 
lii  de  fa  Majeftc,  d’autres  enfin  de  celui  de 
jDntc  &  de  fa  mifericordc. 

»j  Ainfi  la  fageife  divine  a  mêlç  quelques  obfcu- 
frez  aux  prophéties  les  plus  expreffes ,  de  peur 
juc  la  clarté  n’en  dctruific  révénement.  Il  faut 
'pporter  a  ce  principe  les  énigmes,  les  figures, 
Ts  reprefenrations  paraboliques  ,  le  mélange  des' 
bjets  fcnfibles  avec  les  biens  fpirituels  ,  de  l’ctac 
c  l’Eglife  avec  l’état  de  rifracl  félon  ia  chair ,  Sc 
pus  les  autres  moïens  que  le  S.  Efpric  a  mis  en 
ijfage ,  pour  couvrir  en  partie  des  evenemens 
ju’il  annonce  pluficurs  fiécles  avant  leur  acom- 
'liflcment. 

,  Elle  a  couvert  dans  l’Ancien  Teftamcnt  les  vc- 
itez  les  plus  cffenrielles  les  plus  capitales 
omme  rimmort  alité  de  l’arnc  ,  la  Trinité,  U 
P  iij  Rcdcm*- 


5  4^  .  Traité  de  la  Vérité 

Rédemption  ,  &c.  de  cjuclques  tcncbrcs 
rieufes  ,  afin  qu’une  révélation  diflindle  de  touî* 
ces  objets  fut  un  caradere  ircontcftable  du  Mcf-Î 
lie  ,  &  que  Tes  Difciples  puflTcnt  dire  hardiment 
La  vie  cft  rcvélce'en  J  esus-Christ  :  la  grâce  clli 
clairement  aparuë  en  lui  :  Nul  ne  vit  jamais  Dieu  i 
cefl  le  F/Trf  unique  qui  efi  au  fein  du  Pere ,  qui 
manifeflé,  Raportez  à  cetre  fource  ces  mcnage-i 
mens  du  Saint- Efpric  ,  qui  infpire  les  Patriar-t 
ches  pour  leur  faire  voir  une  meilleure  vie  ,1 

6  pour  les  obliger  à  s’écrier  en  mourant  ,  Seh 

gneuYy  j'ai  attendu  ton  falut  :  mais  qui  ne  Icu  i 
fait  voir  cct  objet  qu’en  énigme  ,  &  par  de: 
fentîmens  &  des  notions  qu’ils  ne  démêlent  pa:! 
bien  eux- mêmes  j  réfervant  une  conuoiflànci 
de  fes  mîfleres  plus  abondante  à  ce  tems  qu’i 
avoît  deüîné  à  racompliffement  des  oracles  , 
&  à  îa  manifeflatîon  de  celui  qui  eft  le  centre  d<i 
la  Religion.  C’c/l  pour  cela  qu’il  ifeft  prefqiïil 
fait  mention  que  de  promefles  &  de  menace  i 
temporelles  dans  les  Ecrits  de  Moïfe  5  que  J  i- 
s  U  s- C  H  R  I  s  T  lui- meme  difputant  contre  Ic  ; 
Saddaciens,  n’en  tire  la  réfurreélion  des  mort 
que  par  conféqucnce.  ‘  : 

Cette  meme  fagefle  a  voulu  que  Jésus 
Christ  naquît  dans  l’obfcuriré  &  dans  l'a* 
bâillement  ,  afin  que  ces  trifles  dehors  ,  cho¬ 
quant  les  préjugez  des  hommes  charnels  6 
des  Juifs  mondains ,  donnaflent  lieu  par  acciden 
à  l’execution  des  chofes  que  la  miain  Sc  le  con- 
feil  de  Dieu  avoienc  déterminées  devoir  etn 
faites.  Voilà  une  des  caufes  de  fa  pauvreté 
de  fa  baflêlTe ,  de  robfcurité  de  fa  nailTance,  dt 
genre  de  fa  première  profeflion,  du  choix  de  fc 
Difcîp’es,  Scc; 

La  jufiiee  de  Dieu  agiflant  de  concert  avec  f; 
(agclTe  l’oblige  à  parler  un  langage  énigmati¬ 
que  aux  profanes  &  aux  contempteurs  de  fc' 

miücic 


âe  la  Religion  Chretienn}.  3-4? 

liftcres.  Il  leur  cache  fes  perles ,  de  peur  que 
rmme  des  animaux  immondes  ils  ne  les  foulent 
us  leurs  pieds.  C*e{l  la  raiCon  qu’on  peut  don* 
r  du  refus  que  Jesus-Christ  faifoic  quelque- 
•is  de  hgnaler  fon  pouvoir  devant  les  înereduJes, 
;s  foins  qu’il  prenoic  par  fois  de  cacher  fes  mi- 
xles.  C’eft  pour  cela  qu’il  parloic  quelquefois 
1  paraboles  aux  etrangers ,  &  qu’il  s’expliquoîc 
airement  à  fes  Difciples  ,  leur  faifanc  entendre 
fens  de  ces  fimilitudes,  &  leur  déclarant  ,  que 
Dur  eux  ils  avoîcnt  le  privilège  de  voir  toutes 
hofes  à  découverte 

La  Majefté  de  Dieu  ne  lui  permet  point  de 
;  révéler  à  l’homme  criminel  aufïi  famiiiere- 
icnt  qu’il  feroit  à  l’homme  innocent.  II  n’y 
.  là  rien  d’extraordinaire.  Les  hommes  ont 
'coütumée  d’en  ufer  ainfi.  Les  Grands  bannif- 
mt  de  leur  prcfcncc  ceux  qui  ont  atiré  leur 
olerc.  Il  faudroic  concevoir  une  moindre  idée 
,c  la  Majeflc  de  Dieu  ,  que  de  celle  des  Mo¬ 
narques  du  monde,  pour  trouver  étrange  qu’il 
e  cache  au  pécheur.  Ceft  de  là  que  vien- 
lent  ces  foins  mifterieux  que  Dieu  prenoit  de 
c  cacher  ,  lors  meme  qu’il  fe  manifeîioit.  C’ell: 
oour  cela  qu’il  ne  fe  montroi*:  qu’en  fonge  & 
:n  vifïon  ,  caché  dans  la  nuée  &  datas  l’Ar- 
the  5  ou  revêtu  d’autres  voiles.  C’eft  la  rai- 
fon  pour  laquelle  il  bannifloit  de  fa  prcfence 
tous  ceux  qui  avoient  la  moindre  tache  dans 
leurs  perfonnes.  Il  ordonnede  aux  Miniftres 
du  Sanctuaire  de  fe  fandifier.  Le  peuple  re¬ 
çut  ordre  de  laver  fes  vétemens ,  lors  qu’il  fut 
averti  que  dans  trois  jours  Dieu  dcfccndroic 
vers  lui  i  &  il  faloit  une  pureté  extérieure  &: 
corporelle  ,  pour  aprocher  d’un  lieu  cù  la 
Divinité  fe  manifeftoit  fous  des  fimboles  cor¬ 
porels.  J  E  s  U  s-C  H  R  I  s  T  acompliffant  en 
cfpric  tout  ce  qui  cioic  caché  dans  la  lettre 

P  iiij  dç 


)-4  4  Trahè  de  la,  Vcrltk  || , 

de  la  Loi  nous  cnfei^ne  que  ceux-là  vciTan6|4 
Dieu  ,  qui  feront^  ncrs  de  cœur.  Il  ne  faucjili 
pas  s’étonner  fi  lorfque  riiomme  (e  cache  ài^ 
Dieu  par  fcs  vices ,  Dieu  fc  cache  à  l’homme  par.  | 
fa  Majefic.  '  j- 

Lnfin  la  bonté  &  la  mifcricorde  de  Dieu  cou¬ 
vrent  la  Révélation  de  quelques  obfcuritez  ,j 
pour  exercer  nôtre  foi  ,  pour  tenir  en  halciiK^ 
nos  efprits,  qui  s’cndormiroient  ,  s’ils  n*ccoient|:( 
piquez  par  ces  difïicultez  qui  affaifonnent  Ictji 
miheres  ,  pour  humilier  une  raifon  fuperbe ,  quil^ 
s’endc  de  (es  connoiflances  ;  pour  régner  fuip 
cous  par  la  fourni ilion  de  nos  efprits  ,  qu:j 
creïent  des  véritez  incroïables,  parce  que  c’eftj 
lui  qui  les  révéle  j  aufîî  bien  que  fur  nos  cœurs  , 
qui  reçoivent  des  objets  triftes  &  mortifians  3 
parce  qu’il  le  veut  ,  pour  ôter  à  nôtre  orguci! 
toutes  fes  prétentions  ,  &  mettre  nôtre  efprii 
dans  la  ncccfïité  de  reconnoître  que  nôtre  hier 
vient  de  Dieu  v  &  cela  d’autant  plutôt  ,  que 
nous  parvenons  à  la  vie  par  des  moïens  &  pai 
des  objets  qui  nous  pafTcnt  entièrement.  Il  fau! 
qu’ii  paroifîe  que  nôtre  ruffilàncc  vient  de  Dieu, 
&  que  TEvangilp  cft  la  vertu  de  Dieu  falutairc  \ 
tout  croïant.  Raportez  à  ce  principe  le  choix 
des  perfonnes  que  Dieu  emploie  pour  évangcli- 
fer  ,  la  nature  du  paradoxe  qu’il  fait  annoncer  ;j 
contraire  à  toutes  nos  lumières  &  à  tous  nos  pré¬ 
jugez  5  le  filcncc  du  S.  Efprit  fur  des  matierei 
que  huit  ou  dix  paroles  rendroient  palpables  &j 
fans  difficulté*  » 

Mais  Dieu  ne  fc  contente  pas  d’exercer  nôtrej 
foi  par  les  ténèbres  qu’il  répand  lui-mcme  danij 
fa  Révélation  5  il  permet  encore  les  erreurs ,  le:! 
héréfies  ,  les  fcifmcs  ,  la  fuperftîtion  ,  poui 
éprouver  ceux  qui  font  de  mife.  Il  permet  quq 
toute  l’Egypte  (bit  couverte  de  ténèbres  ,  afîr| 
que>  la  merveille  de  fa  protedion  paroiffe  davan  j 


dê  tt  Religion  Chrétienne,  54r 

'a|c,  lors  qu’il  cclaire  la  terre  de  GolTen  de  la 
i:imicre  de  fa  vérité  5  c’eft-à-dire  ,  qu’il  nous 
jbnne  une  Religion  acompagnée  d’une  évideii- 
;'c  que  les  hommes  mondains  &  charnels  n’a- 
êrccvront  jamais,  parce  qu’ils  font  mondains 
5c  charnels,  &  que  leur  propre  cœur  tire  de 
à  propre  corruption  les  voiles  &  les  nuages 
h|ui-Ieur  dérobent  la  vérité.  Dieu  éclaire  les 
i  lommes  ;  mais  lès  hommes  s’aveuglent  :  Sc 
f  3icu  le  permet  ainh  pour  les  confondre ,  & 

\  hous  montrer  qu’il  cft  le  Pere  de  lumière:  Mais- 
. /oïons  les  principes  de  cette  obfcurité  qui  vient 
lu  côté  des  hommes. 

I.  Les  préjugez  des  fens  &  de-  rimagînation 
[ont  fi  grôffiers,  qu*il  n’y  a  perfonne  qui  n’aic 
honte  de  les  Cuivre  ouvertement,*  Cependant  ii 
:ft  certain  qu’ils  font  un  affez  grand  effet  -  dans 
fc  cœur  de  la  plupart  des  hommes ,  'qui  n’ont 
point  honte  de  dire,  Je  n’ai  jamais  rien  vu  de 
pareil:  je  le  croirôîs,  fi  le  je  voïois.  Qm  cft- ce 
qui  a  vu  des  morts  revenir  de  l’autre  monde  ? 
Qui  eft-cc  qui  eft  monté  au  Ciel ,  ou  defeendu 
dans  l’abîme  ?  Raifonnemens  dont  l’abfurdicé 
eft  affez  évidente.  Car  y  a-t-il  une  plus  grande 
folie,  que  de  ne  vouloir  rien  croire  que  ce  qu’on 
vpît ,  lors  qu’il  s’agit  d’objets  qui  ne  Icroîent  pas  , 

'  s’ils  n’étoient  invifibles  }  Voïez-vous  le  paffé  , 
l’avenir  ,  vôtre  ame  j  la  Divinité  ?  Cat  c’eft  le 
pàflé  ,  l’avenir  ,  les  objets  ^  les  intérêts  de  l’a- 
me,  &  les  bienfaits  de  Dieu  ,  que  la  Foi  nous 
propofe. 

I I.  L’éducation  nous  a  de  meme  acoutu- 
mcz  à  ne  croire  que  les  chofes  qui  aniverit 
ordinairement.  Nous  nous  renfermons  dans 
un  certain  cercle  d’objets  que  nous  recevons  , 
parce  qu’ils  ne  choquerft  ni  rcxpériencc,  ni  la 
probabilité  i  &  ccite  habitude  de  refufer  ' nôtre 
Créance  à  toutes  les  autres^  chofes  s'étendant 

P  V  jufquss 


54^  l'raiîé  de  la  Vente 

julques  dans  les  matières  de  la  Religion  ,  nouSs' 
jette  dans  l*incrcdulitc.  Cependant ,  à  bien  con-l 
fîdcrer  ces  objets  qui  (ont  d’une  connoilTance  Sc 
d'une  expérience  commune,  on  trouvera  qu'üs; 
font  en  eux-mêmes  tout  auflî  furprenans  &  aufïi  i 
incomprchenfiblcs  que  les  objets  de  la  Rcli-; 
gion.  Vous  trouvez  étrange  que  Tamc  furvi- 
ve  aux  riiines  de  la  matière  ;  foïcz  furpris  plu-  ' 
tôt  de  la  voir  lice  à  un  fujet  fi  different  de  Ton' 
cxcclence.  C’eft  funîon  de  Tame  avec  le  corps, 
&  non  pas  fa  réparation  que  nous  devons  admi-j' 
rer.  Comprenez,  fi  vous  pouvez  ,  cette  alliancci 
d’une  chofe  étendue  qui  ocupe  un  lieu  ,  qui  a  desj 
bornes  qui  la  contiennent  ,  qui  n*agit  que  dansj 
le  prefent,  fur  les  autres  fujets  &  fur  ce  qui  Iuî| 
eft  proche,  avec  une  chofe  qui  n’a  ni  figure,  ni; 
etenduë,  ni  couleur,  ni  fluidité,  ni  folidité,  quip 
cfl:  par  tout  en  quelque  fens ,  fans  avoir  de  parties! 
qui  ocupent  de  lieu,  qui  agît  fur  le  pafTc  ,  fur| 
Tavenir ,  fur  foi* meme  &  fur  fa  maniéré  d’agir ,! 
par  une  merveille  qui  nous  perfuadera  malgré | 
nous  nôtre  fpiritualité.  i 

Vous  trouvez  étrange  qu’on  vous  parle  d’un! 
Créateur  &  Confervateur  de  toutes  chofes  :| 
foïcz  plutôt  étonnez  d’avoir  été  fi  long-tcms 
dans  le  monde,  fans  vous  être  demandé  ,  Pour-! 
quoi  fuis*  je  ?  D’où  viens-je  ?  deviendrai-je  î 
Et  qui  a  fait  tout  ce  que  je  voi  ?  i 

Ce  n’eft  point  le  Jugement  dernier  ,  de  qucl-i 
que  maniéré  qu’il  fe  fafle  ,  qui  vous  doit  (ur-i 
prendre  5  mais  plütôt  le  fuporr  de  Dieu  qui  per-  ; 
met  tout  pour  juger  tout.  C’eft  cette  confufioni 
aparente  de  la  focieté  qui  auroit  lieu  de  vous; 
faire  de  la  peine,  fi  elle  ne  devoir  être  terminée  i 
par  un  événement  qui  juftifiera  la  juftice  &  la, 
fagefle  de  Dieu.  A  entendre  ces  Mcfliêurs-là  , 
on  diroit  qu’il  n’y  a  rien  d’extraordinaire  ni  dej 
Xurprenanc  dans  le  monde.  ■^Cependant  il! 


de  Ift  Kelifton  Chrétienne,  547 

ft'y  a  rîen  qui  ne  le  foie. 

III.  Mais  la  principale  foiirce  de  nôtre  îneré- 
iulitc  ,  c*cft  que  nous  avons  des  pallions  ,  qui 
aïanc  de  rintcrcc  à  nous  faire  haïr  la  Religion, 
nous  donnent  du  penchant  à  tous  les  doutes  qui 
CS  favorifent, 

C’eft  ici  le  fond  &  la  fource  de  toutes  les 
h/BcuItcz.  Les  hommes  font  incrédules  ,  par¬ 
ce  qu’ils  veulent  Tctrc  ;  ils  veulent  Tctre  , 
parce  que  c’cft-là  l’interet  de  leurs  pallions* 
Dc-là  il  arrive  que  tout  lert  par  accident  à 
une  li  malhcurcüfc  fin  ;  les  fciences  ,  l’élo- 
qucr?cc  ,  la  politique  ,  &c.  non  par  elles- 
tnemes  ,  mais  par  le  mauvais  ufage  qu’on  ea 
fait. 

I  V.  L’orgueil^ qui  ell  de  toutes  les  paflions 
•  la  plus  dai^gereufe  &  la  plus  invétérée  ,  ne  nous 

permet  point  de  perfévérer  dans  la  dîrpofition 
que  Dieu  veut  que  nous  aïons  pour  la  Révélation. 
Cctrc  dîfpofition  a  deux  parties.  Elle  confille  I. 
à  recevoir  les  véritez  qui  nous  font  révélées.  II. 
ï  les  recevoir ,  encore  que  nous  ne  les  compre¬ 
nions  pas ,  fans  vouloir  trop  fonder  les  abîmes  de 
Dieu. 

II  faut  donc  pour  croire,  non- feulement  ctre 
perfuadé  des  vêtirez  révélées,  mais  fçavoir  igno¬ 
rer  ce  qu’il  a  plü  à  Dieu  de  nous  en  cacher  ;  être 
dans  une  dilpolîtion  à  dire.  Je  ne  fçai  &  je  ne 
comprens  pas  aulfi-bîcn  que  je  croi.  II  faut  baif- 
icr  la  vue  devant  le  côté  obfcur,  comme  il  faut 
fe  réjouir  en  contemplant  le  côté  lumineux. 
L’incrédulité  nous  fait  rejetter  des  véritez  qui 
dévroîent  fraper  nos  yeux  j  &  la  curiofité  déré¬ 
glée  de  l’efprit  nous  cmpcchc  de  re fpe (Sic r  les  faill¬ 
ies  obfcuritcz  qui  les  environnent. 

Et  de  ce  principe  on  peut  conclure  ,  qu’il  n'y 
a  rien  de  plus  extravagant,  ni  de  plus  impie  ca 
mcrac  tems,  qvfc  le  aeffein  de  quelques  Doc- 
P  vj  leurs ^ 


54^  Truité  de  Ict^  Vérité 

tcurs  ,  illuftrcs  daillèurs  par  leur  érudition  ^ . 
par  leurs  lumières ,  qui  ont  voulu  faire  comme  ' 
une  Religion  de  plein  pied ,  &  en  ôter  toutes  les  , 
difficultez,  coupant  fouvent  des  nœuds  qu’ils  ne  ; 
pouvoient  denoiier.  C’eft  ignorer  que  les  ténè¬ 
bres  de  la  Religion  fuivent  la  nature  des  chofes^ 
ou  entrent  dans  le  plan  &  dans  le  delFcin  de  Dieu, 
comme  les  Apôtres  nous  le  font  comprendre- 1, 
lorsqu'ils  nous  aprennent  que  le  deflein  de  Dieu 
a  etc  d’anéantir  l’intelligence  des  fages  ^  &  ■ 
lors  qu*ils  s’écrient ,  o  profondeur  des  richeffes  de  , 
la  fapience  ^  de  rintelligence  de  Dieu  !  §lue  fes 
jugemens font incompréhtnfibles  J  fes  %>oïes  diffi¬ 

ciles  à  trouver  /  On  peut  en  inférer  en  fécond  '• 
lieu,  que  la  curiofîté  humaine,  qui  a  tant  mul¬ 
tiplie  les  queftions  de  la  Théologie,  cft  un  des 
plus  grands  obftacles  à  la  foi  véritable. 

On  ne  fc  contente  point  de  fçavoir  les  chofes^. 
on  veut  fonder  la  maniéré  i  &  c’eft  la  manière 
que  Dieu  ne  veut  point  que  nous  fçaehions  >  c’eft-  , 
là  le  côté  obfcur  qui  doit  être  refpeélé. 

Il  nous  fuHifoic  de  fçavoir  que  nous  fommes 
corrompus  i  que  nous  le  fommes  dés  nôtre  origi¬ 
ne,  &  qu’il  n’y  a  que  la  grâce  de  Dieu  qui  pniflTc 
BOUS  retirer  de  cét  état.  Mais  on  n’avoit  garde 
de  s’en  tenir  là.  On  veut  fçavoir  comment  le  pé¬ 
ché  cfl  entré  au  monde  j  quels  reflbrts  de  nôtre 
ame  ont  été  les  premiers  en  détrac  ;  comment 
s’eft  faite  la  propagation  du  péché.  Le  S.  Elpric 
cft  comme  le  vent ,  dont  on  entend  le  (on ,  fans 
qu’on  fçaehe  d’où  il  vient  ni  où  il  va.  On  mar*- 
que  les  degrez  de  (es  opérations.  On  décide.  On 
coupe.  Ce  ne  font  que  diftindlions  barbares  à 
l’Ecriture,  de  grâce  antécédente,  grâce  confé- 
quentc,  grâce  (iifhfante,  grâce  efîicace ,  grâce 
imivcrfclle,  grâce  pariîculicre ,  grâce  médiate, 

&  grâce  immédiate  :  diftinCtions  qqc  les  hom- 
sncs  fcmbknt  avoir  inventées  ,  comme  des  dé¬ 
tours 


de  la  Keltglon  Chrétienne.  34^ 

tônrs  &  des  fuîtes  ,  pour  fc  difpenfer  de  recon- 
noîcre  que  quoique  nous  faflions ,  c’eft  Dieu  qui 
poduit  en  nous  avec  efficace  la  volonté  &  l’ac¬ 
tion  félon  fon  plaifir.  Nous  ignorons  pourtant 
la  maniéré  dont  il  s’agit.  Y  a- t-il  neanmoins  rien 
de  fi  jufte&  de  fi  raifonnablc  qu’un  pareil  aveu  5 
&  ne  vaut- il  pas  bien  toutes  les  fpêculations  de- 
l’Ecoîe  qui  fc  confond  elle»mcmc,  &  tombe  d’a¬ 
bîme  en  abîme,  pour  vouloir  connoîcre  ce  que 
Dieu  lui  a  caché  ? 

Le  mal  de  tout  cela  eft ,  que  les  Chré¬ 
tiens  aïanc  groffi  prodigieufement  leur  Théo¬ 
logie  de  ces  fpéculations  ,  qui  vont  à  con- 
noître  la  manière  des  chofes  que  Dieu  nous 
révélé,  forment  les  diffieukez  les  plus  confi- 
dérabîes  des  incrédules  qui  fe  fervent  de  ces 
fpéculations  humaines  pour  attaquer  les  fon- 
demens  de  la  Religion  ;  ou  qui  concluent  des 
conteftations  de  la  curiofité  humaine ,  que  la 
Religion  n’a  rien  de  folide  &  d’affiiré.  Mais 
il  eft  facile  de  leur  montrer  leur  injuftice. 

La  Foi  a  deux  fortes  d’ennemis  :  Ici  incré-: 
dules ,  qui  l’attaquent  du  côté  qu’elle  écla¬ 
te  ;  Sc  les  tén>éraires  ,  qui  n’en  refpedlcnt 
point  robfcurité  facrcc  :  ceux  qui  nient  tout , 
&  ceux  qui  veulent  connoître  tout.  Faites 
voir  à  CCS  curieux  i nfen fez  q Qu’ils  fc  trom¬ 
pent  ;  à  la  bonne  heure  :  mais  ne  croïez  pas 
que  leur  défaite  faffe  aucun  préjudice  à  la 
Religion,  puifque  la  curiofité  déréglée  n’eft: 
guéres  moins  contraire  au  génie  de  la  ReJi- 
l^ion  &  à  la  nature  de  la  Foi,  que  l’incrcdu- 
lue  elle- même. 

V.  Cette  curiofité  eft  efTcntiellcment  join¬ 
te  à  la  témérité  j  &  fon  ne  fçauroic  dire  à 
quels  étranges  cxccz  l’une  &  l’autre  orit  conduit 
les  hommes.  On  en  raportera  un  exemple  impor¬ 
tant  &  néccffairc.  C’eft  celui  de  la  Trinité  & 

de 


J  J  a  Tratté  de  la  Vérité 

de  l’Incarnation  ,  un  des  plus  profonds  &  dcl  j 
plus  impcnctrablcs  Miftcres  de  nôtre  Religion,  j 
La  curiofitc  a  porte  les  hommes  à  franchir  les  i 
bornes  de  la  Révélation  à  céc  egardi  &  latcméritc 
les  a  obligez  à  anéantir  la  Foi.  j 

L'Ecriture  noos  enlcignc  cju’iJ  y  a  un  feul  | 
Dieu  ,  &  un  feul  Médiateur.  Elle  nous  aprend  d’un  ; 
autre  côté  ,  que  J  e s  u  s-C  h  R  i  s x  eft  Dieu  ,  j 
qu’il  n’a  point  réputé  à  rapine  d’être  égal  à  i 
Dieu  ;  qu’il  a  fait  le  monde  ,  les  fiéclcs ,  toutes  | 
«hefes.  Elle  lui  atribuë  tous  les  atributs  ,  tous  ; 
îcs  ouvrages  &  tous  les  noms  de  la  Divinité  ,  i 
fa  puiflancc  ,  fa  fageffe ,  fon  éternité ,  fon  immei>-  | 
fitc  ,  &c.  Elle  nous  aprend  que  le  S.  Elprit  cfl  i 
Dieu,  Elle  dit  que  ces  trois  ne  font  qu’un  ;  que  i 
nous  devons  tous  ccrebâtifcz  au  nom  du  Pere,  < 
du  Fils  &  du  S.  Efprit.  Elle  nous  parle  du  Pere  ! 
comme  ^d’unc  perfonne,  du  Fils  comme  d’une  j; 
perfonne,  du  S.  Efprit  comme  d’une  perfonne.  J 
pourquoi  ne  pas  s’arrêter  là  ?  ‘ 

C’eft  qu’il  n’a  pas  plu  à  l’orgueil  des  hommes.  ! 
Le;  (■nef fai  y  ouh  je  necon^pr  en  s  point  y  ciï  un  mot  | 
fî  terrible  ,  qu’il  n’y  a  rien  qu’ils  n’inventent  j 
pour  fe  difpcnfer  de  le  prononcer.  Ils  veulent  ! 
fçavoir  comment  cela  fe  fait ,  que  trois  perfonnes  | 
fubfîPcnt  dans  une  meme  eflcnce.  Ils  nous  par-  j 
lent  de  modes  ,  de  relations  ,  de  fubhftances  y  de  ! 
diftindions  modales ,  de  diftinêlions  formelles  ,  | 
d’etre  abfolu  ,  d’être  relatif,  &c.  On  dit  que  j 
l’Entendement  divin  produit  le  Verbe,  &  que  le  i 
S.  Efprit  eft  la  produ(Sàion  inciéée  de  la  Volonté  •,  | 
&  mille  autres  chofes  qui  ne  font  ni  füres ,  ni  ré-  | 
vélées.  Pourquoi  cela  ?C*eft  pour  faire  compien-  j 
dre  un  Miflere  qUe  Dieu  veut  qui  foil  incompre-  ,| 
hcnfiblc  qui  exerce  nôtre  Foi.  \ 

Les  autres  ne  pouvant  fe  fatîsfaîre  de  routes  * 
ces  fpéculations  fcolaftiques  ,  conçoivent  Je  def*  i 
(cin  impie  d’anéantir  ce  Miftcre  qu’ils  ne  peuvent  ■ 

com-  ! 


de  h  'Religion  Chréthn^i:  j/t 

Comprendre  ;  &  par  une  infigne  impiété ,  ou  ils 
rejettent  les  Livres  de  TEcriture  qui  en  font 
mention  ,  ou  ils  donnent  des  explications  fi  vio¬ 
lentes  aux  paflages,  qu’il  faudroit  que  le  S.  Ef- 
prit  eut  eu  deffe'n  de  nous  tromper  ,  s’il  avoît 
parlé  dans  le  fens  de  ces  Doélcurs.  fe  fuis  avann 
qîi  Abruham  fàt  y  veut  dire  ,  Je  fuis  avant  que 
s’acomplît  la  Prophétie  qui  cft  enfermée  dans  le 
nom  d’Abraham,  &  qu’il  fut  devenu  Je  Pere  des 
Nations,  Glorifie-moi  de  lût  gloire  que  fûti  etiè 
fiVûtnt  Id  fond ûtt ion  du  mondes  fignifie  >  Glorifie- 
moi  de  la  gloire  dont  tu  as  rcfolu  de  m’orner. 
Jl  étoitftu  commencement ,  ^  toutes  chofes  ont  été 
faites  par  lui  y  ne  veut  dire  finon  ,  Il  ctoit  dés  le 
tems  de  Jean-Bl^rific  ,  &  c’eft  par  lui  que  toutes 
chofes  ont  été  faites  dans  TEglife,  &c. 

Pourquoi  routes  ces  fiibrilitez  fi  contraires  à  la 
fîmpücité  évangélique  ?  C*eft  pour  anéantir  les 
facrées  obfcuritez  que  la  (agefle  de  Dieu  a  répan¬ 
dues  dans  les  Miftercs,  &  pour  fauver  par  la  fa- 
gefle  humaine  ceux  que  Dieu  veut  conduire  à  la 
vie  éternelle  par  la  folie  de  la  prédication. 

V  I.  On  doit  joindre  la  fuperftition  à  la  té¬ 
mérité  &  à  la  curîofitc  déréglée  de  rcfprir. 
Celle- là  le  forme  peu  à  peu  par  l’effort  des 
paffîons  ,  qui  cherchent  des  voiles  extérieurs 
pour  fe  cacher  des  prétextes  ,  pour  éviter  la 
mortification  de  la  repentance  ,  &  des  moïens 
pour  éluder  la  févéritc  de  la  Morale  Chrétien¬ 
ne  'y  &  qui  pour  cet  effet  ocupent  l’homme  à  des 
exercices  corporels  qui  font  profitables  à  peu 
de  chofes ,  ou  Tarachent  à  quelque  culte  char¬ 
nel.  Or  apres  que  la  fupcrflition  s’eft  ainfî  for¬ 
mée  infcnfiblcmcnt  ,  elle  fe  met  en  crédit  5  elle 
prend  droit  de  bourgeoifîc  dans  la  Religion  ,  s’il 
ir.’efi  permis  de  parler  de  la  forte  ;  on  confond  fes 
imaginations  les  plus  monftrucufes  avec  les  plus 
lacrez  Miffercs  5  èc  alors  tout  ce  que  les  paffions 

humaines 


îfp-  ^rahi  de  îa  Vérité' 

humaines  ont  pu  enfanter  d’ablarditcz  &  d’cîd^  '  i 
travaganccs,  fert  aux  incrédules  pour  attaques:  '  j 
la  Religion  qui  s’en  trouve  en  quelque  forte  rc-  j 
vetuë.  On  veut  tout  fau ver  ,  ou  faire  août  périr.  î 
Attaquez  la  fuperftition ,  vous  paffez  pour  être  j 
ennemi  du  Chriftianifme.  Çefendez  la  gloire  | 
la  fainteré  du  Chfiftianifme  ;  on  veut  vous  en-  i 
gager  à  défendre  les  extravagances  de  la  fu-  I 
perdition.  i 

Le  deffein  que  nous  avons  d’écrire  pour  Îc5’  ' 
Chrétiens  en  général  nous  défend  toute  aplica-  i 
tion.  Il  me  fuiEc  que  tout  cela  eft  vrai  dans  la  I 
îhéfe.  Qu^on  en  cherche  des  exemples  là  ©ùl’on  | 
voudrai  ils  ne  font  pas  trop  difficiles  à-trouver.  1 
Nous  noûs  contenterons  de  ftre  fur  ce  fujet  ] 
que  cette  multitude  de  Sedes  qui  déchire  fi  pi-  j 
loïablement  la  Chrétienté ,  &  qui  fait  que  le  nom  i 
de  nôtre  commun  Maître  eft  blafphcmé  parmr  | 
les  Infidèles  ,  ne  vient  que  de  ces  trois  principes  | 
la  curiofité  déréglée ,  la  témérité  de  rerprît,&-  i 
la  (uperftirion  :  comme  ces  trois  principes  eux-  | 
memes  viennent,  d’une  fource  plus  ancienne  qui*  ; 
eft  le  dé'rcglcnnent  de  nos  paffions.  ! 

Demander  donc  ,  pourquoi  Dieu  permet  cet-  j 
te  multitude  dé  Religions  &  de  Sedes ,  c’eft  à'  | 
peu  prés  demander,  pourquoi  Dieu  permet  qu’il  ] 
y  air  des  méchans.  Celui  qui  permet  la  licence  i 
des  pâfiions ,  en  permet  néceffaircment  les  effets  i 
naturels  &  les  fuîtes  infaillibles.  j 

VII.  Cela  étant  ainfi  ,  on  ne  doutera  point  | 
que  la  Philofophic  ne  foit  une  autre  fource  de  | 
difficultcz,  quand  on  veut  la  i  joindre  à  la  Rcli-  j 
gion.  En  effet ,  leurs  fins  font  fi  differentes ,  qu’on  ; 
peut  affurcr  qu’elles  font  opofées.  La  Philofo-  ] 
phie  fe  propofe  de  fatisfaire  la  curiofité.,  &  la-  | 
Religion  de  la  mortifier.  La  Philofophie  rcchcr-  j 
che  la  maniéré  des  chofes  j  la  Religion  fait  pro-  ■ 
fcflion  de  Tignorcr.  La  Philofophie  enfin  enfle  | 

l’homme ,  » 


de  'Kcligiôn  Chyéthnne,  5-,/^ 

?hômme ,  en  ctendanc  (es  lumières  >  &  la  Religion 
Fhumilie,  en  lui  demandant  le  facrifice  de  fes 
connoilTances.  La  Philofophie  veut  tout  com¬ 
prendre  ;  &  une  partie  effcntîelle  de  îa  Religion 
confifte  à  reconncître  qu'on  ne  comprend  rien. 

Audi  la  Philofophie  ne  trouve-t-cllc  pas  trop 
fon  compte  dans  la  Religion,  ni  la  Religion  dans 
la  Philofophie ,  s’il  m’eiï  permis  de  parrer  ainlî. 
Copernic  Defcartes  ne  feront  pas  fans  doute 
fort  fatisfaits,  ni  de  la  d^feription  que  TAuteur 
de  la  Genefe  fait  de  la  Création,  ni  des  deux 
grands  luminaires ,  ni  du  miracle  de  Jofué  ,  lors 
qu’il  arrêta  le  Soleil ,  ni  du  troiheme  Ciel  donD 
parle  faint  Paul ,  ni  des  nouveaux  Cieux  ,  &  de  la'  • 
nouvelle  terre  que  les  Ecrivains  facrez  nous  font 
attendre,  ni  de  rembrafemenc  des  Cieux,  de  la 
diilblution  des  clémens ,  &  de  robfcurcifleracnt  des 
A  (Ires,  qui  doivent  fignalcr  le  jour  du  Jugement, 
Ces  Philofophes  s’écrieront ,  que  ces  objets  n’ont 
aucun  raport  avec  leurs  idées  agronomiques. 

Mais  qu’ils  ne  s’en  étonnent  point.  Les  Ecrî« 
vains  facrez  ont  prétendu  parler  le  langage  du 
peuple,  &  non  pas  celui  des  Philofophes.  IIs; 
ont  voulu  fantifier  les  homnks ,  &  non  pas  ex¬ 
pliquer  la  nature.  Il  a  donc  falii  qu’ils  s’accom- 
modaflenr  aux  idées  du  vulgaire.  II  a  plu  meme 
au  Saint-Efpric  qu’ils  n*en  eulTent  point  d’autres 
afin  que  fes  Mifteres  revêtus  de  fes  idées  populai¬ 
res,  fulTcnt  proportionnez  à  la  portée  de  tout  le 
monde  parla  manière  de  leur  révélation  ,  ne  pou¬ 
vant  l’ctrc  par  eux-memes. 

Ce  lî’eft  point  là  une  conduite  qui  lui  foit  ex¬ 
traordinaire.  C’eft  ainfi  que  la  fageffe  divine  en  ufe, 
lors  qu’il  s’agit  de  reprefenter  aux  anciens  Ifraë- 
litcs  les  merveilles  de  l’économie  Evangélique. 
Elle  fc  fert  d’cxprclTions  empruntées  des  ufagos 
communément  reçus.  Elle  dit  que  tous  les  peu¬ 
ples  aborderont  à  la  montagne  de  S  ion  i  qu’il  y 

aura 


5  5' 4  Trahi  de  la  Verhi 

aura  un  Autel  drelTc  au  milieu  de  l’Egypte  t  qu’ôÔ 
ofrira  par  tout  des  facrificcs  de  proiperitc  ,  cjuc 
le  pavillon  de  la  gloire  de  Dieu  ou  Ion  taber¬ 
nacle,  fera  tranfportc  parmi  les  nations,  D’oii 
vient  que  les  Prophètes  annoncent  en  ces  termes 
la  vocation  des  Païens  ?  C’cfl  que  c’croicnt-là 
les  idées  du  vulgaire  ^  qu’il  faloit  fe  fervir  d’ex- 
preflions  connues  i  &  que  la  révélation  devien- 
droit  intelligible  fans  cette  condefcendance  de 
Dieu  ,  qui  fe  proportionne  à  la  portée  de  tous 
fans  exception.  * 

Imaginons-nous  en  cfet ,  que  Dieu  eut  atendu 
à  nous  révéler  la  vérité  de  la  Création ,  le  miracle 
de  Jofué ,  la  gloire  des  Bien-heureux  ,  le  Jugement 
dernier,  &c.  jufqu’à  ce  qu’on  eüt  fait  compren¬ 
dre  à  tous  les  hommes  par  les  principes  de  la  Phi- 
Jofophie,  que  les  Etoiles  font  plus  grandes  que  la 
Lune  5  que  c’eft  la  terre  ,  &  non  pas  le  Soleil  qui  fe 
meut  j  que  les  Cieux  ne  font  que  des  efpaces  liqui¬ 
des  &  étendus  à  l’infinî  ;  que  le  Soleil  cft  fi  eflen- 
tiellemenc  lumineux ,  qu’il  ne  fçauroit  perdre  fa 
clarté  ,  à  moins  qu’il  ne  foit  anéanti ,  &c.  où  en 
ferions-nous,  &  que  feroît-ce ,  fi  tous  les  hom¬ 
mes  dévoient  être  Philofophes ,  avant  qu’ils  puf- 
fent  aprendre  à  craindre  Dieu  ? 

La  fageffe  de  Dieu  eft  admirable ,  non-feule¬ 
ment  en  ce  qu’il  fe  proportionne  aux  idées  de 
tout  le  monde,  afin  de  fe  rendre  intelligible: 
mais  aufli  en  ce  qu’alors  il  pourvoit,  à  ce  qu’on 
ne  puifle  fe  tromper  en  preffant  la  lettre  de  ces 
façons  de  parler  populaires, 

^II  n’y  a  rien  ,  par  exemple ,  de  plus  ridicule 
que  les  railleries  que  les  incrédules  font  du  feu  de 
l’enfer.  Ils  fe  jotient  eux-memes  lors  qu’ils  pré¬ 
tendent  joiier  la  Religion.  Car  celui  qui  confi- 
derera  bien  ce  que  l’Ecriture  nous  dit  ià-deflus, 
trouvera  qu’elle  affcmble  diverfes  images ,  pour 
Hous  reprefenter  par  des  idées  connues  un  objet 

inconnu 


de  la  'Religion  Chrétienne* 
inconnu  ,  &  pour  mettre  devant  les  yeux  par  piu- 
ficurs  images ,  ce  qu'une  feule  idée  n’étoît  point 
capable  de  nous  reprefenter.  Elle  emprunte  pour 
cet  cfet  Je  feu  &  le  Touphre  de  Sodomc  ,  Taflic- 
tion  des  jours  de  Noc ,  les  jugemens  que  Dieu 
exerça  fur  les  nations  dans  la  vaice  de  Jofaphat  , 
les  tenebres  horribles  qui  couvrirent  toute  l’E¬ 
gypte ,  pendant  qu'Ifraë!  joiiîflbit  de  la  lumière 
ce  Dieu  dans  la  terre  de  Gofl'en  ;  le  feu  perpétué!  , 
&  le  ver  qui  ne  meurt  point  de  la  valée.  des  en- 
fans  d’Hinnom  ,  &c.  le  plçur  &  le  grincement 
des  dents  des  crifans  qu’on  iramoioît  à  Moloc  , 
en  les  mettant  entre  les  bras  de  cette  ftacuë 
brûlante. 

II  y  auroît  autant  de  raifonà  prefferqueîqu’u-r 
ne  de  ces  idées ,  qu’à  fonder  de  grandes  dificul- 
tez  fur  celle  de  Paradis ,  du  fein  d*Abraham  ,  de 
Canaan  celefte,  de  Jerufalem  d’en  haut,  &:c. 
qui  font  empîoïécs  pour  nous  reprefenter  la  fé¬ 
licité  qui  attend  les  fidèles.  Ces  idées  leroient 
faufles  &  contradiéloîres  5  fi  elles  ctoîent  litera- 
le  :  puis  qu’un  Paradis  n’cft  point  un  Canaan  , 
qu’une  Jerufalem  n’efl  point  le  fein  d’Abraham. 

La  variété  de  ces  images  nous  fait  voir  qu’elles 
ne  fout  point  Jitcrales  ,  &  nous  montre  aufîi  que 
l’objgt  qu’on  prend  foin  de  nous  reprefenter  en 
tant  de  maniérés,  étoic  trop  grand  pour  ctre  re- 
prefenté  par  une  feule  de  fes  idées. 

En  fuivant  cette  vûë ,  tien  n’efl  fi  facile  que  de 
répondre  à  une  objedion  qu’on  fait  fur  le  juge¬ 
ment  dernier,  &  qui  avoir  paru  confiderabîe. 
On  dit  que  la  defeription  que  l’Ecriture  nous  fait 
du  dernier  Jour  ,  nous  difant  que  le  Fils  de  Dieu 
doit  venir  précédé  des  Anges  qui  fonneront  d'u¬ 
ne  trompette,  Sc  qu’il  mettra  les  hommes  les 
uns  à  fa  main  droite  ,  les  autres  à  fa  gauche ,  &c. 
ne  s’acordc  ni  avec  l’idée  que  nous,  avons  des  ef- 
prits ,  ni  avec  celle  que  nous  devons  avoir  d’un 
û  grand  cvcncmcnt.  Pour 


îji  Trahi  de  la  Vérité'  ï. 

Pour  répondre  ,  il  ne  faut  que  diftîngucr  1' 
jet  &  la  manîcre  dont  il  cft  rcprefentc.  Le  pre-  ; 
mier  cft  raifonnabic  ,  grand  >  magnifique,  digne  j 
de  remplir  nos  efprits ,  capable  de  toucher  nos  | 
cœurs.  Nous  avons  aflez  juftific  qu*il  eft  con-  j 
forme  à  nôtre  raifon  ,  en  faifant  voir  qu*il  faut  ; 
anéantir  toutes  nos  lumières  avec  la  nature  des  j 
chofes,  ou  reconnoîcre  un  Jugement  dernier.  | 
Et  qu‘y  a-t-il  de  plus  grand  qu’un  objet  qui  jufti-  | 
fie  la  fagefle  de  Dieu  ,  fa  juftice  &  toutes  les  i 
vertus  fans  exception  ,  &  qui  fonmet  tous  les  j. 
hommes ,  toutes  les  actions  des  hommes  ,  toutes  I 
les  penfees  de  refprît ,  &  cous  les  mouvemens  du 
cœur  à  Ton  examen  !  Or  Tobjet  eft  ce  qu’il  y  a  de 
icel  &  d’invariable. 

Pour  la  manière  dont  il  clt  propofe  ,  elle  no 
feroit  point  proportionnée  à  nos  connoifiances  & 
à  nôtre  foibleffe,  fi  elle  étoit  aufTi  fublimc  que 
l’objet.  Nous  n’y  comprendrions  rien  ,  &  il  nous 
cbloiiiroit ,  fi  Dieu  nous  le  reprefeatoit  prccifc-  1 
ment  tel  qu’il  eft  en  lui- même.  j 

J  E  s  U  s-C  HR  I  s  T  fait  alTcz  connoître  que  ces’  ; 
images  ne  doivent  point  être  prcfices  par  la  va-  ' 
rietc  &  la  multitude  de  celle  qu’il  emploie  pour  j 
nous  re'prercnter  ce  Jugement.  Tantôt'il  fe  ferc  1 
pour  cela  de  la  parabole  de  l’Epoux  &  des  yier-  j 
ges  :  tantôt’  il  nous  le  reprefentc  par  le  juge-  ! 
ment  d’un  maître  envers  fes  (ervitcurs ,  à  qui  il  j 
avoir  confie  fes  talens.  Taiitôt  il  montre  le  Juge  | 
du  monde  comm.c  un  berger  qui  fcpare  les  bre-  j 
bis  d’avec  les  boucs  :  tantôt  tous  l’image  d’uil  S 
pere  de  famille,  qui  arrache  l’ivroïe  &  la  fepa- 
re  du  bon  grain,  pour  brûler  au  feu  la  première,  1 
éi  pour  afTcmblcr  celui-ci  dans  fes  greniers  :  I 
tantôt  confme  un  Monarque  glorieux  &  triom-  | 
phant ,  précède  de  légions  d’Anges  &  de  Mef-  j 
fagers  qui  Tonnent  la  trompette.  Les  "traits  j 
de  cette  defcripxion  fe  dctruiroicnc  ,  s’ils  i 

ctoicnc  J 


de  la 'Religion  Chrétîennêi  ^S7,. 

♦ctoicnt  tous  pris  à  la  lettre. 

On  doit  en  faire  le  meme  jugement  que  de 
î’hiftoire  du  Lazare  &  du  mauvais  Riche  ,  qur 
quelque  longue  &  quelque  raifonnee  qu’elle  foir^ 
fl’eft  ,  au  jugement  de  tout  le  monde  ,  qu’une 
parabole ,  dont  il  feroit  ridicule  de  vouloir  pref- 
1er  le  Cens  liceral 

Que  la  Philofophîe  ne  fe  choque  donc  plus  des 
cxprelîîons  de  l’Ecritur^^Q^’ellene  nous  objede 
plus  qu’un  feu  materiel  iTclçauroit  brûler  les  âmes, 
que  les  Anges  n’ont  point  une  bouche  pour  fonner 
de  la  trompette  j  que  la  valce  de  Jofaphat  eft  trop 
petite  pour  contenir  tous  les  hommes ,  &c.  Ce 
(ont  des  dificultez  pilcriles^  &  qui  ne  font  poinc 
de  peine  à  ceux  qui  font  tant  (oit  peg  inftruics  à 
parler  le  langage  de  Canaan. 

Au  refte  on  ne  peut  douter  que  le  mélange 
q  l’on  a  fait  de  la  PhiloCophie  avec  la  Religion 
n’ait  aporté  un  préjudice  confidcrabic  à  nôtre 
foi.  Car  premièrement  ,*Ia  Philofophie  entaflant 
fpcciPation  fur  (péculation  ,  nous  parle  d’une 
c:cndal'  infinie  de  matières,  d’autres  globes  ha¬ 
bitez  ,  de  mondes  qui  fe  forment  par  le  concours 
desatômes,  deloix  de  la  nature  inviolables  ,  &Co 
d’éternité  de  matière  ,  &  d’autres  imaginations 
qui  femb'ent  ne  point  s’unir  avec  les  principes  de 
la  Religion.  Là  deffns  les  paflîons,  qui  font  comme 
.  en  fcnrinelle  pour  (ai/ir  &  adopter  tout  ce  qui  les 
favorite  en  combatant  la  Foi,  aurorifent  les  plus 
Ic'geres  conjeélures  ,  &  donnent  du  crédit  à  ce 
ru’on  regarderoic  fans  cela  comme  des  extra¬ 
vagances.  Ainfi  les  doutes  de  la  Phîlofophic 
font  changez  en  certitude,  par  l’envie  que  nous 
avons  de  changer  la  certitude  de  la  Religion  en 
doutes. 

En  fécond  lieu  ,  la  Philofophîe  forme  en  nous 
l’habitude  de  vouloir  juger  de  tout  par  nous-mc- 
^es  :  difporition  entièrement  cçntraire  à  la  Foi  , 


Traité  de  Ix  Vérité  | 

cjiii  nous  fait  croire  fur  le  témoignage  de  Dîca*  : 
On  ne  cefle  de  nous  demander  des  dcmonftra-  ' 
tions.  On  en  veut  de  pareilles  aux  dcmonftra- 
tions  Gcomccriqucs,  c’eft  à-dire,  qu*iis  veulent  ; 
une  lumière  fans  aucunes  ténèbres.  O  l’admirable  j 
prétention  !  Nous  avons  véritablement  des  de-  | 
monftrations  ,  mais  des  dcmonftra  tions  de  foi,6c.j 
qui  dit  foi,  dit  lumière  &  ténèbres.  ! 

Le  troificme  cfet  ^ug^reux  de  la  Philofo-  | 
{)hie ,  confifte  en  ce  qtW^  tourne  la  Religion  ■ 
de  la  pratique  à  la  fpéculation.  Plus  nous  nous  j 
guindons  en  raifonnemens  Pbilofophiques  fur  j 
les  Mifteres  ,  plus  le  corps  delà  Religion  fe  perd  ,  J 
&  plus  fa  majefte  difparoît,  parce  qu’elle  eft 
cfTentiellcment  pratique.  A  force  de  la  chercher, 
nous  ne  la  trouvons  plus.  L’expérience  dévroic 
nous  avoir  apris ,  que  le  progrès  du  raifonne- 
ment  nous  éloigné  du  centre  véritable  ,  qui  eil  j 
la  pieté  ;  plus  il  ed  mct^phifîquc ,  moins  ilnou-  ' 
rit  l’efprît,  &  plus  il  fait  naître  de  doutes.  Au  ' 
contraire,  plus  nous  defeendons  dans  la  pratique,  | 
plus  nous  connoiflbns  la  Religion  ,  en  Tentant 
la  divine  éficacc  par  nôtre  propre  expérience  , 
&  la  rccoiinoiflant  pour  ce  qu’elle  efl: ,  aux  im- 
prelTions  qu’elle  laifle  dans  nos  coeurs.  Si  la  Rc-  , 
ligion  nous  avoir  été  donnée  pour  nous  aprendre  ’ 
à  Phîlofophcr  fur  la  nature  des  chofes ,  la  con-  j 
noiffance  théorétique  de  refprit  feroit  la  régie  à 
laquelle  nous  devrions  la  mefurer  :  mais  qu’elle  i 
nous  a  été  donnée  pour  fantifier  nôtre  coeur,  il  | 
eft  jufle  que  la  contemplation  cede  à  la  pratique  j 
&  au  fentiment.  | 

VIII,  La  politique  eft  encore  plus  véritable-  | 
ment  ennemie  de  la  Religion,  que  la  Philofo-  | 
phîe.  Ce  n’eft  pas  qu’elle  ne  fe  (ei  ve  de  la  Relî-  | 
gion  avec  rucce7  pour  retenir  les  peuples  dans  || 
leur  devoir  ,•  mais  c’eft  qu’elle  prétend  erre  fu-  |f| 
péricurc.  Elle  veut  que  la  Religion  fléchilTe  fous  | 

Ces  l\ 

I  ' 


r 

He  lûb  Religion  Chrétienne»  55*9 

fes  ordres  :  &  la  Religion  ne  plie  que  fous  les  or¬ 
dres  de  Dieu.  La  politique  regarde  ordinaire¬ 
ment  lap’üpart  des  hommes  comme  des  efclaves 
^des  Grands.  La  Religion ,  maigre  la  politique  , 
|es  fait  tous  égaux  y  elle  ôte  éficacement  les  in- 
Ijcgalitcz  que  les  pallions  humaines  avoient  pro- 
’  duîtes.  La  politique  ,  fuivant  les  préjugez  de 
;  l*orgucil  &  de  Tambition ,  agit ,  comme  û  la  vie 
^des  hommes  n’étoit  point  de  plus  grande  conlî- 
deration  que  celle  des  betes.  La  Religion  nous 
aprend  que  Tame  d*un  païfan  eft  auiïi  chere  à 
Dieu  ,  que  celle  d*un  Monarque.  ?  tous 

CCS  gens  /à  feront- ils  mes  égaux  ?  dir  Tambitieux. 
Oiii ,  &  plus  heureux  que  toi ,  fi  tu  ne  te  repens  , 
répond  la  Religion.  Grand  cara(5lere  !  qui  nous 
perfuade  quec’cft  de  Dieu  ,  qui  n’a  aucun  égard 
à  Taparence  des  perfonnes,  Sc  non  des  hommes 
acoücumcz  à  s’encenCer  les  uns  les  autres,  qu’el¬ 
le  tire  fon  origine. 

Les  politiques  raifonnent  à  peu  prés  de  cette 
forte,  La  Religion  nous  fert  à  retenir  les  peu¬ 
ples  dans  leur  devoir ,  pour  les  foümettrc  au 
Souverain  &  aux  Loix  de  i’Etat.  Donc  elle  n’eft 
deftinée  à  autre  choie.  La  confcqucncc  n’eft  pas 
juAc. 

Si  l’on  veut  comprendre  que  la  Religion  a 
une  fin  plus  élevée  ,  on  doit  confidérer  qu’elle 
n’eft  pas  moins  contraire  à  l’ambition  des  Souve¬ 
rains,  qu’à  la  rébellion  des  peuples  ;  qu’elle  ne 
fc  raporte  point  au  bien  d’un  Etat  particulier , 
mais  qu’elle  tend  cfTenticIlemeiw  à  augmenter 
la  .  paix  entre  les  Etats  ,  &  f  inrelligcnce  qui  doit 
être  entre  les  hommesj  qu’elle  fc  moque  des  dé- 
fenlcs ,  des  loix  politiques  &  duf)ras  féculier, 
lorfque  les  puifTances  veulent  la  contraindre  ; 
que  toute  la  politique  Romaine,  armée  des  plus 
cruels  luplices  qui  furent  jamais  inventez ,  n’a 
pu  en  arrêter  les  éfets  5  qu’enfeignant  ^ux  hom¬ 
mes 


Trahi  de  la  Vérité  * 

mes  à  mcprifer  la  mort ,  &  à  cfperer  une  meîl-  ; 
leiire  vie,  elle  les  met  au  deffus  des  promefl'cs  5c  ' 
des  menaces  de  la  politique ,  &  que  far.ûifianc  ; 
le  cœur  &  la  confcience ,  elle  fait  ce  que  la  politi-  - 
que  n*a  jamais  entrepris. 

IX.  La  Rhétorique  a  tout  de  même  produit 
des  cfccs  affez  de  fa  vaut  âge  iix  à  la  Religion  ,  par 
le  mauvais  ufage  que  les  hommes  en  ont  fait.’ 
D’abord  les  objets  de  l’Evangile  propofez  fansj 
étude  &  (ans  art ,  fraperent  les  efprits  de  furpri-  , 
fc  &  d’admiration,  &  touchèrent  les  cœurs  juf- 
qu’à  les  faire  renoncer  à  leurs  attachemens.  C'e-  i 
toit  toute  Tcloquence  des  premiers  tems.  Mais  ! 
enfuîte  TEglifc  adoptant  les  vanîtez  des  Grecs  &  ; 
des  Romains  ,  les  Mifteres  de  T  Evangile  com*  ! 
mencerent  à  devenir  ou  des  matières  de  conte-  j 
Ration  philofophiquc  ,  ou  des  fu jets  d’cloquciicei  ! 

comme  celle-ci  tient  de  la  Pce  fie  ,  dont  lai 
principale  louange  confiée  dans  la  fiêlion  ,  on  | 
deguifa  tout ,  on  exagéra  tour.  Dc-là  viennent  1 
les  Panegiriques  ,  les  Oraifons  funèbres,  &  ces! 
paradoxes  qui  produifent  avec  le  tems  des  opi-ji 
nions  h  monPrueufes.  Il  fie  faut  pas  s'étonner  dej 
cela.  L’cloquencc  &  les  paroles  charmantes  dcl 
îa  fageffe  humaine  ne  font  pas  moins  contrairesfii 
à  la  Religion  que  la  Philofophjc.  Car  ü  c’eh  unjt| 
dérèglement  de  vouloir  comprendre  par  la  Phi-j;' 
Jofophie  des  Mifteres  que  Dieu  veut  qui  nous!  j 
foient  incompréhenfibles  j  ç’en  eft  un  autre  peujj 
diferent,  de  vouloir  revêtir  des  faux  orncmensi? 
d’une  éloquence  mondaine  ,  des  objets  que  la  fa-| 
gefl'e  de  Dieu  veut  proportionner  à  la  ponce  de;  : 
chacun,  par  la  manière  iimple  dont  elle  veutt) 
qu’ils  foient  propofez.  *  1 

X.  Enfin  il  n’y  a  point  jufqu’à  la  Grammaire  ,j 
qui  en  la  main  de  nos  paflions  ne  ferve  à  jetteri 
quelques  ténèbres  fur  la  Religion.  On  fc  plaint^ 
que  la  Grammaire  des  Juifs  çR  incertaine,  que  la! 

poû- 1  • 


delaKeligton  Chrétienne, 
ponftuation  eft  doiucufe  ,  qu*il  y  a  des  diver- 
ifcs  leçons  dans  le  Vieux  &  dans  le  Nouveau  Te- 
ftament  ,  qu*on  ignore  qui  c*cft  qui  a  recueilli  les 
Livres  de  l’Ecriture ,  &  qui  a  fait  le  Canon  j  que 
lies  Apôtres  citant  les  Prophètes,  fe  fervent  de 
la  Verfion  Grecque  des  Septante  ;  qu’ils  ne  font 
pas  fort  exads  à  raporter  toutes  les  paroles  des 
paflages  qu’ils  citent  5  qu’il  y  a  des  endroits  iiu- 
parfaits,  &  où  il  manque  des  paroles,  &c. 

Il  efi  certain  que  cette  exaditude  grammatica* 
,1e, ou  cette  fuperftition  de'Grammaire ,  a  peu  de 
iraport  avec  nôtre  foi.  Q,uelqu*un  la  dit  fort  bien , 
Scriptur'a  non  amat  nimium  diligentes.  Les  raiftjns 
qu’en  en  peut  donner  font  premicrcmeik  ,  que 
les  objets  de  l’Evangile  ront&  trop  grands  &  trop 
iîmporcans ,,  pour  que  la  fageffe  de  Dieu  ait  per- 
i  mis  qu’ils  dépendiffent  des  pointilltries  de  la 
U, Grammaire.  On  ne-  s’avife  point  de  rechercher 
I  fi  les  Ordonnances  d’un  Roi  font  énoncées  en 
itermes  que  Tufage  autorife ,  ou  s’il  y  a  des 
Uranfpofitions  &  des  parenthéfes,  ou  fi  les  loix 
de  la  Grammaire  y  font  obfervées,  ou  qui 
c’eft  qui  les  a  recueillies  ,  &  pourvu  que  nous 
lïçachions  que  ce  font  là  les  Ordonnances  du 
[prince,  &  qu’elles  foient  affez  claires  pour 
fêrre  entendues  de  tout  le  monde  .  nous  nous 
difpofons  à  nous  y  foCimctrre.  -Pourquoi  donc 
i  forme- t-on  toutes  ces  difficuItezTur  le  fujet 
^des  Livres  de  l’Ecriture,  qui  ont  cct  avantage 
iilfur  les  Ordonnances  des  Princes,  que  les  me- • 
:mes  chofes  y  font  mille  &  mille  fois  rcpctccs  , 

|  &  qu’ainfi  elles  font  à  l’cpreuve  de  toutes  4cs 
irevolutîons  grammaticales  ? 

D’aillelirs ,  fi  le  fond  &  la  fubHance  de  la  Kclî- 
l'gion  déperdoit  de  ces  changemens  extérieurs,  il 
lis’enfuivroic  qu’on  ne  pouroit  être  Chicticn,  juf- 
qu’à  ce  qu’on  fur  Critique  y  qu’il  faudroit  pofTeder 
les  langues,  avant  que  d’etre  admis  à  ccudicr  la 
Tome  IL  feien- 


Traite  la  Vérité 

fcicnce  du  faim,  &  qu’aînfi  ou  feroic  des  pro4 
grez  dans  la  Religion  ,  à  mefurc ,  qu’on  auroic 
bien  ctudic  au  College  :  ce  qui  cil  la  chofe  du 
monde  la' plus  contraire  au  deflein  de  Dieu,  qui 
eft  d‘apeler  toutes  fortes  d’hommes  à  fa  con- 
noiflance.  ■ 

Ajoutez  à  cela  ,  que  fi  le  faim  étoit  atachc  à  ! 
rarangement  des  mots  &  des  fillabes,  les  hom-  ; 
mes  changeroient  le  refpecî  qu’ils  doivent  avoir  i 
pour  lesMifteres,  en  celui  qu'ils  auroient  pour  ; 
les  fillabes  &  pour  les  mots,  &  qu’ainfi  nous  j 
romberions  dans  les  extravagances  de  la  fuper-  | 
flition  cabaliflique.  ] 

Imaginez-vous  que  vous  eufîiez  etc  du  tems  j 
des  Apôtres,  &  qu’alors  vous  les  eufliez  enten- j 
dus  les  uns  apres  les  autres  annonçant  les  Mltle- 
res  du  Roïaume  des  Cieux  ,  mais  s’énonçant  cha-  ji 
cun  à  fa  maniéré  particulière ,  vous  n’aüriczpasj 
fait  dépendre  vôtre  falut  de  leur  maniéré  de 
s’exprimer  ,  mais  des  objets  qu’ils  vous  auroient  ' 
mis  devant  les  yeux  d’un  commun  confentement^ 
&  pour  peu  que  vous  eufliez  etc  touchez  de 
tant  de  chofes  magnifiques  qu’ils  annonçoîent, 
&  qu’ils  répétoient  en  cent  maniérés  ,  vous- 
n’auriez  pas  chicane  fur  quelque  mot  cquivo-' 
que  qui  leur  feroit  cchapc,  ou  Cur  l’arrange¬ 
ment  de  leurs  paroles,  ou  fur  d’autres  vctillc!; 
de  cette  nature.  Or  la  parole  qu’ils  ont  écrire  efl; 
la  meme  que  celle  qu’ils  ont  annoncée  ,  &  nousj 
devons  en  faire  le  même  jugement.  Ces  bons  8c 
faints  perfonnages ,  qui  parient  ainfi  que  refpTii 
leur  donne  à  parler,  c’efl- à-dire  ,*  avec  fimpli- 
cité,  parce  que  cela  eft  nécelî'aire  pour  le  deffeir 
de  Dieu,  n’avoient  garde  de  penlcr  ,  qu’on  dûi 
porter  le  raffinement  fi  loin  ,  èc  qu’on  formeroi; 
tant  de  doutes  fur  leurs  exprellions ,  qui  font  fi 
naïves  &  fi  naturelles?  y 

Le  principal  cfl  de  s’arrêter  à  la  fubflancc  dj| , 

icu!f 


de  la  Religion  Chrétienne.  5  ^5 

leur  prédication.  Le  confeil  de  Dieu,  qui  confi- 
fte  dans  le  dciTein  qu’il  a  de  fauver  les  hommes 
par  la  mort  de  ton  Fils ,  fait  comme  le  fond 
&  la  lubflancc  de  la  Religion.  Tout  fe  raporcc 
à  ce  centre.  Il  y  a  trois  grands  objets  qui  loü- 
tiennent  celui-là,  qui  font  la  réfurrcdlion  de 
J  ES  cj  s-C  H  R  I  ST  atceftcc  par  les  Apôtres,  l’a- 
complilTemenc  des  oracles  contenus  dans  les 
Ecrits  des  Prophètes,  &  les  dons  miraculeux: 
du  S.  Efprit  :  objets  qui  ont  etc  fenfibles  aux 
Apôtres  ,  que  les  Apôircs  ont  très  clairement 
enfeigne  aux  hommes,  &  qu’üs  ont  lédigé  pat 
écrit  par  la  direction  de  la  lageffe  de  Dieu  , 
iorfquc  toute  la  terre  en  ctoit  comme  pleine, 
voïant  les  dons  extraordinaires  que  Dieu  repan- 
doit  fur  les  hommes ,  tous  les  oracles  acomplis 
en  ]£SU5-Christ  ,  &  les  foufFranccs  &  les  cpreji-î 
ves  des  tcmoiijs  de  Dieu. 

Ceft  là  la  fübftance  des  Ecrits  des  Apôtres  , 
auiïi  bien  que  de  leur  prédication.  La' Providen¬ 
ce  a  voulu  que  ces  choies  fufl'enc  rédigées  pat 
écrit,  dans  un  tems  où  elles  ne  pouvoienc  être 
fuposées  :  que  ces  Livres  -fuflenc  reçus  par  tou¬ 
tes  les  focictez  Chrétiennes  :  qu’ils  fufl'enc  d’a¬ 
bord  répahdus  par  tout  par  des  Verlions  & 
des  Exemplaires  fins  nombre^,  citez  enfuice  pair 
une  infinité  de  Dodleurs  ,  confervez  en  une 
infinité  de  lieux,  portez  par  tout  où  la  perfé- 
cutîon  jettoit  les  Chrétiens.  Elle  a  voulu  que 
CCS  Ecrivains  nous  apriflenr  la  meme  chofe,  en 
fuivanc  chacun  fa  maniéré  j  que  leur  façon  d’é¬ 
crire  fut  toute  fcmbiable  à  leur  maniéré  de  par¬ 
ler,  qu’ils  luivifl'ent  dans  leurs  citations  la 
Verfion  Grecque  qui  ctoir  connue  du  peuple,  fans 
embarrafler  la  Foi  des  fimples  de  remarques  de 
Critique,  quianroienc  été  trop  indignes  de  ceux 
qui  avoient  vu  &  touché  la  Parole  de  vie ,  qui  an- 
nonçoient  les  chofes  magnifiques  de  Dieu  ,  &  qui 
Q^ij  •  avoient 


î«4  Traité  de  la  Vérité 

avoicnt  reçu  le  don  de  parler  toute  forte  de  lan* 
gaes  pour  fe  faire  entendre  à  rourcs  les  nations. 
Il  a  falu  c]ue  ces  Ecrivains  admirables  euflent 
plütôt  egard  au  choies  qu’à  rarrangemenc  des 
mots  y  pour  foücenir  ce  grand  caradere  ,  &  afin 
que  nous  aprenions  à  acacher  nôtre  confiance 
aux  chofes  qu’ils  nbus  difent,  &  non  pas  à  la 
maniéré  donc  ils  les  expriment.  Ils  ont  apli- 
que  fuffifammenc  toutes  les  veritez  falutaires  & 
ïondamentales ,  qui  font  en  petit  nombre,  &  ic- 
petees  prefque  dans  toutes  les  pages  de  leurs 
Ecrits  i  ils  ont  laiflc  à  leurs  Difciples  le  foin  de 
recueillir  ces  Eciits  ,  &  d’en  compofer  le  Canon 
qui  nous  fauve ,  non  entant  que  c’ell  le  recueil  de 
tous  les  Ecrits  des  Apôtres,  mais  entant  qu’il  con-  i 
tient  des  objets  que  les  Apôtres  ont  mille  &  mille  ^ 
fois  repérez  pour  la  fandification  des  hommes. 
Pour  les  diverfes  leçons,  elles  (ont  en  fi  petit  nom-  ^ 
bre  &  fi  peu  confidçrables  ,  quelles  n’aportent  au-  ' 
Clin  changement  fenfible  à  ces  Livres  ,  bîenloin  de 
changer  la  fubfiance  de  la  Re-ligion  înalicrablc,  ' 
parce  qu’elîe  eft  lice  à  tout ,  &  répète  par  tout. 
Quand  ce  qu’on  nous  dit  de  la  Grammaire 
Hébraïque,  &  de  l’autorité  des  Livres  de  l’An¬ 
cien  Teftament,  (croit  auffi  certain  qu’il  rcll  . 
peu,  nous  devrions  nous  en  mettre  peu  en  pei¬ 
ne  depuis  que  J  ê^üs- Ch  R  i  st  &  les  Apôtres  ; 
l’ont  confirmée.  Ces  petites  difficulrcz  ne  font 
en  aucune  forte  préjudiciables  à  nôtre  Foi;  puis 
qu’il  fufiic  à  cette dernière  ,  de  fçavoir  que  l’Ecri-i') 
turc  cft  la  Parole  de  Dieu  ,  ce  qu’elle  reconroît! 
à  (es  marques;  &  d’ccre  aflurée  qu’il  eft  abfo- 
lument  impofTible ,  que  ni  par  le  défaut  des  Co- 
pides  ,  ni  par  la  négligence  des  hommes , 
par  l’infidélité  des  Verfions,  ni  par  la  mulci-i 
nide  des  termes  équivoques,  elle  foît  vuide  dej 
tes  objets  importans  &  rahitaircs  qui  nous  fan-' 
v;nf,  nous  fanilifient ,  &  donc  die  dl  une  con- 
•  tinucllcj 


àe  la  Religion  Chrêtlênnè: 

^inuclle  rcpctition  5  parce  cju’il  fandroît  ou  que 
Dieu  nous  du  trompez  ,  ou  que  fa  lagcfle 
fe  fut  trompée  ,  en  manquant  à  conferver  un 
moïcn  qu*clle  dcftine  a  enrrerenir  Ja  Foi  des 
hommes. 

Nôtre  defTcîn  n’eft  point  ici  de  condamner 'ni  îe 
foin  qu’on  prend  d’etudier  les  régies  de  la  Criti¬ 
que  faintc  ,  ni  le  rcfped:  qu’on  a  pour  les  expref- 
fions  de  l’Ecriture,  dignes  d’etre  préférées  à  tou¬ 
tes  autres.  A  Dieu  ne  plaife  que  nous  aïons  une 
vue  fi  impie  &  fi  infenfée.  Nous  prétendons  feu¬ 
lement  deux  chofes  :  l’une  que  routes  ces  petites 
difficultcz  de  Critique  ne  doivent  nullement  être 
confidérées  comme  capables  d’ébranler  les  fonde- 
mens  de  nôtre  Foi  ,  &  que  la  fagefle  divine*  a 
pourvu  à  ce  que  nous  ne  pu  fiions  douter  avec  rai- 
fonàcét  égard:  l'autre,  que  ces  difficultez  elles- 
mêmes  fervent  non- feulement  à  nous  humilier, 
niais  encore  à  nous  défendre  de  la  fuperfticion  lit¬ 
térale}  ou  de  ce  que  nous  pouvons  nommer  jufie- 
nienc  l’idolâtrie  des  termes. 

II  eft  dono  vrai  que  toutes  chofes  ,  les  fens  , 
l’éducation  ,  la  curiofitc  de  refprit  ,  la  fapcrrti- 
tion  ,  la  Philofophie  ,  la  politique  ,  l’clo- 
quencc  humaine  &  la  Grammaire  ,  font  des  in- 
ftrumens  dont  nos  pafiions  fe  fervent  pour 
anéantir  la  foümîfiion  que  nôtre  Foi  doit  à  Dieu  ; 
que  par  le  mauvais  ufage  que  nous  en  faifons ,  ce 
ne  font  que  des  maniérés  difFerentes  de  fecoüer 
ce  joug  divin  }  &  que  les  fpéculations  qui  vien¬ 
nent  de  tous  ces  principes  ,  tendent  à  afFoibh'c 
nôtre  Foi ,  de  même  que  les  maximes  des  Cafui- 
fics  relâchez  vont  à  anéantir  la  morale  :  n’éranc 
pas  moins  dur  à  rcfprîc  de  croire,  qu’au  cœur 
de  fc  mortifier. 

Cependant  on  peut  dire  I.  Qi^  cette  foümilîion 
cft  nécefiaire  ,  &  que  fi  vous  ne  la  donn^  à  Dieu  , 
en  recevant  les  principes  de  la  Religion  ,  vous 
QJij  ferez 


Trahê  de  la  Vérité 

ferez  oblfgcz  de  la  donner  à  la  matière ,  en  voiTf 
jetcant  dans  les  obicuritcz  de  Timpietc  :  étant  cer¬ 
tain  cjue  vous  comprendrez  tout  audî  peu  l’c- 
ternité  ,  Tinfînirc  ,  retendue  ,  la  maniéré  &  la 
nccefîiflé  de  Texiftcnce  de  la  matière  ,  que  vous 
combinez  ce  qui  Ce  pafle  en  Dieu.  II.  Vous 
avez  cette  difpofîtîcn  de  coeur  dans  les  choies 
civiles  &  naturelles.  Vous  n’attendez  point  à 
manger,  jufqu’à  ce  que  vous  aïez  Içü  la  ma¬ 
niéré  en  laquelle  fe  fait  la  nutrition  ,  &  vous 
crcïez  que  Taîman  attire  le  fer  ,  encore  qu’oa 
ne  vous  ait  jamais  dit  comment  cela  fe  fait. 
Pourquoi  de  meme  ne  croirons- nous  pas  les  ; 
Mifteres  ,  encore  que  nous  n’en  puiflions  pc-  \ 
nétter  la  manicie  ?  III.  Cette  foümifllon  eft  i 
tellement  raifonnablc ,  qu’il  faut  être  infenfe  ! 
pour  ne  pas  le  voir.  Car  jufqu’à  ce  que  rô-  i 
cre  efprîc  foie  infini  ,  il  n’y  aura  qu’un  c-ôte  ' 
des  cliofcs  que  nous  puiflions  voir  ,  &  il  fera  j 
nccefTaire  que  l’autre  nous  foit  inconnu.  IV.  Elle  j 
eft  jufle  ôc  légitime  ,  s’il  cn^fut  jamais.  Elle  ! 
ne  va  qu’à  nous  faire  reconnoî’re  r^tre  ignoran-  i 
ce  5  Sc  qu’étant  dans  le  danger  de  nous  tromper,  j' 
nous  devons  fuivre  la  Révélation  comme  un 
guide  fidèle.  Nous  fornmes  bien  extravagans ,  !î 
fi  nous  ne  rcconnoiflbns  point  nôtre  ignorance,  ii 
ou  fi  nous  craignons  que  Dieu  puifle  nous  trom-  p 
per,  lors  qu’il  lui  plaît  de  fe  faire  connoîcrc  à  i 
nous.  ' 

V.  Mais  ce  qu’il  y  a  de  plus  remarquable  ,  ce  | 
qui  efl  infiniment  glorieux  à  la  Religion,  &  qui  -  j 
îa  fait  rcconnoître  pour  divine,  c’eft  que  ce  rc-  p 
nonccment  à  fes  lumières  eft  le  fcul  moïen  que  i; 
Rous  aïons  de  fortir  d’erreur,  &  de  voir  clair  dans  ri 
les  matières  de  la  Religion.  J 

C’efl  un  miracle  propre  à  la  Religion  Cbrc-  i  : 
tienne  ,  nous  rendre  heureux  ,  en  nous  j  : 
obligeant  à  renoncer  à  nous-memes  ;  mais  ç’en  )  ; 

cft  : 


de  la  Religion  Chrétienne» 
fcft  un  auffi  grand,  de  nous  rendre  claîrvoïans  , 
en  nous  failant  lactifier  les  lumières  de  nôtre 
raifon. 

On  s’aveugle  en  portant  une  vue  trop  fixe 
&  trop  hardie  fur  Içs  Mifteres  :  mais  on  aper¬ 
çoit  la  lumière  de  Dieu,  lors. qu’on  ba'ffc  les 
yeux.  L’on  cft  f'çavanc  ,  lors  qu’on  ne  veut  rien 
fçavoir  que  ce  que  Dieu  nous  révèle  :  &  l’on 
ne  fçaic  rien,  lorsqu’on  veut  tout  fçavoir.  Par 
tout  ailleurs  le  degré  de  connoiflancc  fait  le 
degré  de  l’habileté  :  maïs  ici  c’eft  le  degré  de 
la  foümifïion  :  &  c’eft  plus  par  l’humilité  du 
cœur ,  que  par  les  lumières  de  refprit  ,  qu’on 
s’inftruit  dans  la  fcicpcc  du  falut.  La  preuve 
n’en  cft  pas  difficile.  On  a  vu  quelles  tenebres  4cs 
fpéculations  d’une  raifon  indépendante  jettent 
fur  les  Mifteres  :  &  voici  comment  la  foumif** 
fîon  de  l’efprit  change  ces  ténèbres  en  lumière , 
ou  du  moins  cmpcche  jque  nous  n’en  foïons 
obfcurcis. 

Si  je  fuis  dans  cette  difpofitîon  d’humilité, 
toutes  les  difficultez  perdront  leur  force. 
ne  ferai  point  furpris  de  ne  pouvoir  bien  com¬ 
prendre  la  nature  de  Dieu  ,  ni  fa  maniéré  de 
connoître  ,  d’aimer  &  d’agir,  ni  fon  éternité, 
ni  fon  immenfitc  :  &  je  ferai  plutôt  ravi  en 
admiration ,  de.  ce  que  moi  qui  ne  fuis  qu’un 
ver  &  un  atôme  ,  je  fuis  honoré  de  fa  cou- 
noifTancc  ,  &  fuis  élevé  à  la  gloire  d’entrevoir  fes 
merveilles. 

Je  ne  trouverai  encore  rien  qui  me  choque 
dans  cét  abandon  que  Dieu  avoir  fait  autrefois 
des  Païens  ,  &  qu’il  a  fait  de  tant  de  nations 
infidèles  qui  croupiftent  dans  des  ténèbres  .  fl 
profondes ,  encore  qu’il  n’y  ait  peuc-ctre  rien 
de  fî  difficile  &  de  ft  incompréhenfible  dans  la 
conduite  de  Dieu.  Je  me  regarderai  :  je  t⬠
cherai  de  me  connoître.  Je  me  trouverai  abî- 
QJ’ij  me  5 


Traite  de  la  Verlti 

inc,  pour  aînfi  dire,  dans  un  coin  de  tt  va* 
fte  Univers  dans  un  tems  ou  cUns  une  con- 
jond:ure  qui  n’eft  qu*un  point  auprès  de  ces 
cfpaccs  de  durée  immenfes  qui  ont  coule,  6c 
de  cette  ccernité  qui  coulera  encore.  Je  n'a- 
perçoi  dans  cct  état  que  quelques  années ,  & 
quelques  peuples,  que  je  doniïe  pour  objet  à 
la  Providence,  comme  (i  c’ctoicnt-Ià  Tes  bor¬ 
nes.  Mais  foible  &  imbccille  que  je  fuis  !  je 
ne  voi  point  cette  fucceflion  infinie  d’objets  qui 
roulent  dans  le  plan  de  rintelligcnce  Souverai-  , 
ne  :  je  ne  voi  ni  les  liaifons  de  ce  ficelé  avec  ' 
le  monde  avenir,  ni  la  place  que  ces  peuples, 
dont  je  déplore  Fignorance,  tiennent  dans  cct  | 
eflehaînement ,  ni  les  droits  que  la  juftice  de 
Dieu  a  fur  eux  :  ou  du  moins  je  ne  les  con- 
nois  qu’imparfaîtement.  Je  ne  corfidcrc  pas 
que  mille  ans  font  comme  un  jour,  &  un  jour 
comme  mille  ans  >  qu'un  peuple  eft  comme  ; 
cent  peuples,  &  cent  peuples  comme  un  peu-' 
pie  à  l’égard  de  celui  qui  en  peur  tirer  une  in¬ 
finité  du  néant  ,  d’cii  il  nous  a  tirez  nous-mc- 
mes.  Nous  foinmes  comme  ceux  qui  veulent 
voir  toute  i’ctcnduc  des  Cieux,  encore  qu’ils 
füîenc  dans  un  puits. 

Si  nous  nous  connoifl'ons  nous  memes ,  nous 
ne  ferons  ni  curieux,  ni  témcTaires  ,  &  nous 
craindrons  le  fort  de  ceux  qui  furent  frapez 
pour  avoir  voulu  regarder  dans  FArche.  Il 
nous  fera  même  facile  de  reconnoîcre  les  dog-' 
mes  que  la  Philosophie  &  la  témérité  auront’ 
ii^venrcz  :  car  en  nous  airciant  dans  les  bar¬ 
rières  (acrées  de  la  Rcvclarion ,  nous  connoî-i 
rrons  ceux  qui  foi  t  alftz  hardis  pour  les  fran¬ 
chir.  Nous  difeernerons  la  Religion  qui  nous; 
confond  &  nous  mortifie ,  de  la  fuperftitiom 
qui  nous  flâte  &  nous  trompe  agréablement. 
Les  hauteurs  &  les  liertez  de  la 'politique,  qüî| 

nouï 


de  lOi  Religion  Chrétienne^  $6^ 

nous  regarde  comme  des  bcces  ,  ne  nous  em¬ 
pêcheront  point  de  nous  regarder  comme  en- 
fans  de  Dieu.  Et  ni  les  illuficns  de  TEloquence  , 
les  vétilles  de  la  Grammaire  ne  troubleront  point 
une  Foi  qui  le  repaît  des  objets  de  TEvangilc, 
trop  manîfeftez  ,  trop  répétez  ,  trop  liez  avec 
les  principes  du  fens  commun  ,  trop  confirmez 
pat  les  evénemens  trop  atteliez  ,  trop  dignes 
de  Dieu*,  &  trop  utiles  à  nôtre  fanêtificatîon, 
pour  être  révoquez  en  doute.  En  un  mot ,  nous 
ceflerons  d*êtrc  incrédules  ,  lorfque  nous  au¬ 
rons  renoncé  à  ce  qui  nous  en  infpiroic  le  fecrec 
defir. 

II  cfi  donc  vrai  que  Dieu  a  répandu  une  fain- 
te  obfcurité  fur  les  Miftercs  de  la  Religion  ,  Sc 
a  même  permis  que  les  hommes  y  joignilTcnt 
leurs  propres  ténèbres  :  mais  ce  qui  eft  également 
admirable  &  confolant ,  ce  ne  font  point  les  ha¬ 
biles  5  mais  ceux  qui  renoncent  à  leur  habileté, 
qui  voïent  clair  dans  la  Religion.  C’eft  la  penfée 
de  J  E  s  U  s-C  H  R  I  s  T  ,  qui  dit  à  Ton  Pcrc  ,  Pere  , 
je  te  rends  grâces  de  ce  que  tu  cftché  ces  chofes 
mux  fages  aux  entendue  y  ^  les  a  révélées  aux 
petits  enfans. 

C*eft  ici  où  je  tremble  de  rcfpe^  &  d’admira¬ 
tion,  lorfqu^je  joins  ce  caradere  de  la  divinité 
de  ma  Religion  à'  tous  les  autres.  Je  renonce  à 
moi- même,  &  demande  à  Dieu  Ton  illumination, 
lorfque  je  voi  qu’une  fcience  fi  élevée ,  &  qui  nous 
propofe  des  objets  fi  magnifiques ,  n’cft  pourtant 
compriie  que  par  les  fimpîcs  de  cepur  &  d’intelli¬ 
gence.  Je  dis  ^  quelle  divine  Religion ,  qui  m’é¬ 
claire  &  m’humilie  tout  à  la  fois,  qui  confond 
&  reêlific  mon  entendement,  qui  me  conduit  à 
la  fcience  falutairc  par  Taveu  de  mon  ignorance  , 
&  qui  guérit  tous  les  défauts  de  mon  cfprît  en  le 
foûmcttant  î  Ou  efi  le  fage  ?  Ou  efi  le  dijputeur  du 
fiécle  f 


IX. 


f70  Traité  de  la  Vérité 

\ 

IX.  TABLEAU 
De  la  Religion  Chrédenne  , 

la  convenance  de  fes  Mifleres  avec  le% 
lumières  de  la  raifon. 

A  Près  avoir  vu  la  fource  des  faux  préjugez  ; 

il  n’eft  point  difficile  de  (cparcr  la  Religion 
de  la  fuperfiitîon  ^  &  la  Théologie  de  la  P/iilo^ 
fophic  :  diftin(flion  (ans  laquelle  on  tombe  dans 
uncmbaras&  des  difficultez  inexplicables ,  &  par 
laquelle  aufii  l’on  peut  faire  voir,  que  la  Religion 
n’enferme  pas  de  plus  grandes  difficultez  que  la 
Nature. 

Ainfi  la  predefiination ,  la  grâce  &  la  doélrinS 
du  péché  originel  font  des  abîmes  qui  cpouvçn- 
tent  d’abord  l’cfprit  de  celui  qui  entreprend  de  les 
ïicordcr  avec  la  lumière  naturelle  :  &  déjà  je  croi 
vôir  une  multitude  de  Douleurs  s’écrier,  que  je  ne 
dois  pas  m’hazarder  à  fonder  la  profondeur  de  ces 
Mifi’eres  qui  les  confondent,  à  mefure  qu’ils  leé 
confidérent  avec  plus  d’atention. 

Mais  qu’il  nous  foit  permis  de  dire  avec  la  per- 
inîffion  de  ces  grands  hommes ,  qtfc  ces  matières 
leur  paroîcroient  moins  difffciles  ,  s’ils  avoienc 
plus  de  fimplicité  ,  &  moins  de  Philofophic. 
Qu’ils  fe  fouvi^nnent  de  ce  grand  principe ,  que 
la  foi  &  la  raifon  ,  la  Théologie  &  la  Philofo- 
phie  different  clTcnticllement ,  en  ce  que  l’une 
aperçoit  l’objet,  fans  prendre  à  tâche  d’en  pé¬ 
nétrer  la  manière,  &  confifte  meme  eflcntiellc- 
ment  dans  cette  foümiflion  qui  l’empêche  dépor¬ 
ter  fa  vue  plus  loin  ,  aïant  pour  fon  contraire 
l’orgueil  &  la  témérité  de  rcfprit,  au  lieu  que 
l’autre  cherche  à  connoître  &  les  chofes  ,  5c  la 
Wîaiîicrc  ,  &  la  caufe  phîfique  des  chofes ,  ne  re- 

con- 


de  la  Religion  Chrétienne.  571 

(Connoiflant  point  d’auctc  ennemi  qui  lui  foie  opo» 
fc ,  que  l’ignorance. 

Sur  ce  principe,  le  Théologien  examinera  feu¬ 
lement  s’il  y  a  une  grâce ,  une  prcdellination  ,  un 
péché  originel  j  &  le  Philofophe  conhdciera  quel 
cft  l'ordre  des  decrets  de  Dieu  >  de  quelle  manière 
la  grâce  détermine  le  libre  arbitre  ,&  pat  quelle 
voïe  le  péché  originel  s’eft  tranfmis  du  premier 
homme  à  fa  pofteritc. 

Les  Apôtres,  vrais  Théologiens,  ou  plutôt 
les  feuls  qui  fc  foient  contenus  dans  les  juftes  li¬ 
mites  de  la  Théologie ,  nous  ont  enfeigné  ces  ob¬ 
jets  avec  beaucoup  d’étendue* ,  en  démontrant 
amplement  la  vérité  &  la  néceflicé  ,  Sc  jamais  ils 
n’ont  dit  un  mot  pour  en  faire  comprendre  la 
^aniere.  Mais  les  Chrétiens  aïant  enfuitc  étudie 
la  Philofophie  de  Platon  8c  celle  d’Ariftote ,  ont 
crû  que  la  connoiflancc  du  falut  étoîr  une  fcîcncc 
comme  les  autres,  &  ont  fait  des  Sîftcmcs,  de 
fpcculations  inutiles  &  fterilcs  ,  &  fouvent  affez 
contraires  à  la  pieté  5  Sc  par  là  ils  ont  rempli  la 
Religion  de  diiEcuItez  humaines. 

On  auroit  tort  de  s’imaginer  ,  que  lorfquc 
S.  Paul  a  parlé  (î  amplement  de  la  prédeftination, 
il  ait  eu  pour  but  de  fatisfaire  lacuriofitcdeceux 
à  qui  il  écrivoit.  Tout  Ton  difeours  fpéculatif 
en  aparence ,  eft  très  pradique  en  éfet.  La  qnc- 
ftion  ctoit  alors  ,  h  la  diflindîon  des  deux  peu¬ 
ples  n’avoit  pas  été  entièrement  ôtée ,  &  fi  les 
Gentils  ne  dévoient  pas  faire  un  meme  corps 
avec  les  Juifs  fidèles.  Quelques-uns  de  la 
Circoncifion  acoütumcz  à  regarder  les  Païens 
comme  un  peuple  maudit  Sc  exécrable  ,  ne 
pouvoient  comprendre  que  ces  Païens  duflenc 
être  aufii  privilégiez  qu’eux.  Saint  Paul,  l’Apô¬ 
tre  des  Gentils  ,  comBat  ce  piéjugé  de  tout 
fon  pouvoir  5  &  dans  cette  vue  il  montre  que 
Dieu  cil  le  Dieu  de  tous  les  hommes ,  qu’il  a 
Q^j  permis 


37  2'  Trutti  delà  Vérité 

'pcrnnîs  que  tous  pcchaflent ,  pour  faire  graee' 
à  tous  ;  que  s’il  a  premicremcnc  choifi  le  penplt 
des  Juifs  pour  être  fon  peuple,  cette  cIed:ion  n’a 
eu  rien  que  de  libre  &  de  gratuit  j  que  c’eft  par 
la  Foi ,  &  non  par  les  œuvres ,  que  les  Patriar¬ 
ches  ont  etc  agréables  à  Dieu  ;  que  fes  grâces 
ne  font  point  attachées  au  lang  des  Patriarches  5 
que  la  circoncifion  de  la  chair  n’eft  pas  ce  qui  a 
rendu  ce  peuple  agréable  à  Dieu  j  que  la  Loi  n’a 
pu  par  elle- meme  produire  céc  cfet  j  que  ce  ne 
font  pas  les  bonnes  œuvres  de  Jacob  qui  ont  fait 
recevoir  fa  pofteritc  au  préjudice  de  celle  d’Elaü, 
puifquedans  un  tems  où  les  enfans  étoient  encore 
dans  le  ventre  de  leur  mere ,  &  n’avoîent  par  con- 
féquent  fait  ni  bien  ni  mal ,  il  fut  dit  à  leur  mere, 
lors  qu’elle  confultoit  l’oracle  de  iDieu  ,  Le 
grfind  fervira  nu  moindye. 

Or  fur  cette  dodliinc  de  S.  Paul-  il  faut  faire 
toutes  ces  réflexions.  I.  Qi^e  la  néceflité  qu^ii 
y  avoir  alors  de  traiter  de  ces  matières  ,  &  l  oca- 
fîon  qui  obligea  cét  Apôtre  à  en  parler ,  ont  en¬ 
tièrement  celfc  ,  pLiifque  perfonne  entre  les 
'Chrétiens  ne  doute,  ou  ne  doit  plus  doutcr  dc 
l’éledion  des  Gentils  qui  ont  crû  à  l’-Evangile  :  de  | 
forte  que  lors  qu*on  difpute  avec  animofité  fur 
ces  matières,  ce  n’eft  plus  que  par  vanité  ,  par 
^obftinatîon  ,  par  curiofité  téméraire.  Tout  ctoit 
pradîique  dans  le  Traité  de  S.  Paul  :  tout  eft  Ipc- 
cuîatif  dans  les  Traitez  qu’on  en  compofe  main-  j 
tenant.  Paul  avoit  pour  but  de  faire  naître  l’uniou  ! 
&  la  charité  entre  les  deux  peuples ,  en  faifant  j 
voir  qu’ils  étoient  les  uns  &:  les  autres  l’objet  de  j 
l’élcéfion  divine:  mais  par  un  defordre  déplorable,  j 
cctrc  dodrine  changée  en  fpéculation  &  en  Plwlo-  '  j 
fopN'e,  ne  fett  plus  qu’à  divifer  fcandaleufcmcnt  | 
les  Chrétiens.  *  ' 

II.  Le  plus  fur  &  le  plus  avantageux  eft  d’imî-  | 
ter  la  modeftie  de  S.  Paul  qui  dit  la  chofe  ,  mais  | 


de  la  "Religion  Chrétiennê.  37 f 

fc  garder  bien  d’en  fonder  la  manière.  II  parle  de 
Tcledion  ;  mais  lorfque  la  raifon  curieufe  Tinter- 
roge  fur  le  comment,  que  répond-il  ?  O  profon¬ 
deur  de  richejjes  !  Scc.  S.  Paul  avoir  autant  d’ef- 
prit  que  les  nouveaux  Théologiens ,  pour  fc  faire 
des  Siftcnrics  probables  ,  pour  bien  enchaîner  les 
decrets  de  Dieu,  pour  trouver  dans  le  mauvais 
ufage  du  libre  arbitre  ,  ou  dans  les  refforts  de  nô¬ 
tre  ame,  dequoi  refoudre  ces  difficultez.  Il  ne  le 
fait  pas  néanmoins.  D*cù  vient  cela  ?  Cefl  qu’il 
cft  Théologien ,  &  non  pas  Philofophe  ,  &  qu’iî 
n’ignore  pas  qu’une  partie  effenticlle  de  la  Foi 
conhfte  à  baiucr  les  yeux  devant  le  côte  obfcuK 
du  Mifterc. 

III.  Cependant ,  comme  il  nous  cft  permis 
•de  concevoir  les  chofes  divines  en  nôtre  maniè¬ 
re  5  &  que  fans  cela  il  nous  feroit  impoflibîe 
d’en  parler  :  nous  pouvons  aufli  diftinguer  di¬ 
vers  decrets  de  Dieu  ,  les  ranger ,  &  les  conce¬ 
voir  dependans  &  fubordonnez  :  mais  nous  fou- 
venant  neanmoins  de  la  vérité  de  ce  principe  , 
Deus  non  vult  hoc  pr opter  hoc  y  fed  vult  hoc  e(Je  pro^ 
pter  hoc  ,  nous  ne  ferions  *pas  *plus  raifonnabics 
de  prc/Tcr  les  difficultez  qui  naiffent  de  cet  aran- 
gement  des  decrets  de  Dieu  ,  que  fi  quelqu’un 
pretendoir  faire  des  objedions  fort  férieufes  fur 
la  diftintftion  que  nous  concevons  entre  les  mains 
les  pieds  &  les  yeux  de  Dieu.  Car  comme  l’oa 
répondroit  à  ce  dernier  ,  qu’il  ne  doit  pas  trop 
prefler  des  façons  de  parler  humaines  &  figurées  ; 
on  dira  au  premier  ,  que  la  diftîndfion  &  la  dé¬ 
pendance  des  decrets  de  Dieu  n’etant  pas  réelles  5 
il  ne  doit  pas  auffi  beaucoup-s’embaraffer  desdifi- 
-cultcz  qu’on  en  voit  naître. 

IV.  J’avoue  cependant,  que  l’on  doh  t⬠
cher  de  donner  à  ces  decrets  l’ordre  &  l’arrange¬ 
ment  le  plus  conforme  qu’il  fe  peut  à  la  raifon,  êc 
le  pluç  digne  de  Dieu  :  3c  c’eft  pourquoi  étant  obli- 

gez 


J7  4  Traité  de  là  Vérité 

tcz  à  cct  égard  à  concevoir  Dieu  Comme  un 
omme  ,  il  cft  juftc  de  le  concevoir  comme  uu 
homme  fage.  Mais  il  faut  avoücr  qu’ü  n*y  a 
point  de  folie  pareille  à  celle  de  ces  Théologiens 
Philofaphcs ,  qui  fe  déchirent ,  &  fe  font  une 
smpicoïabic  guerre  fur  la  maniéré  de  concevoir 
l’ordre  des  decrets  de  Dieu.  Car  enfin  il  efl  évi¬ 
dent  que  les  Apôtres  n’en  ont  iamais  dirputc. 
Ils  n’étoient  ni  Supralapfaires  ,  ni  Univerfaliftcs , 
ni  Particulariftes  de  profcffion  ,  parce  qu’ils 
n’avoient  pas  la  maladie  des  Sificmes ,  &  qu’ils 
n’ctoîent  pas  faits  à  la  fpéculation.  Quelle  efl: 
donc  la  dodrinc  des  Saints  Apôtres  ?  C’efl:  celle 
qui  eft  commune  à  tous  ces  diferens  ordres  de 
Théologiens  ,  celle  qui  eft  comprife  dans  nos 
Catechifmes,  celle  qui  ne  demande  point  qu’on 
fafte  un  Cours  de  Philofophie  pour  en  avoir  la 
connoiffancc  3  celle  qui  nous  aprend  la  chofe, 
&  non  le  comment  de  la  chofe  ,  celle  qui  produit 
la  paix  &  l’union  des  Chrétiens,  &  non  celle 
qui  fait  naître  leurs  partialitez  &  leurs  diffenfions 
fcandaleufcs. 

V.  Enfin  on  peut  diftîngucr  deux  chofes  dans 
!a  dodrine  de  la  predeftination  ,  telle  qu’elle 
nous  eft  propoféepar  faint  Paul.  II  y  aTcxpref- 
fion  ,  &  la  chofe.  L’expreflion  nous  paroîtra 
quelquefois  étrange  ,  parce  que  nous  n’enten¬ 
dons  pas  affez  les  Hébraïfmes  dont  ufoient  les 
Apôtres.  Ainfî  cette  cxpreflîon  ,  Dien  endurcit^ 
qui  fembîe  marquer  un  aefte  pofitif  bien  indigne 
de  Dieu  ,  ne  fignifie  en  éfet  autre  chofe ,  finon 
que  Dieu  n’ôte  pas  rcndurciflemcnt.  Pour  la 
chofe  ,  il  y  a  deux  éledions  dont  .il  peut  être 
parlé  au  neuvième  Chapitre  de  l’Epître  aux  Ro¬ 
mains,  une  clcdlion  generale,  &  une  eledtion 
particulière. 

A  l’égard  de  Téledlion  générale  du  peuple  des 
Juifs ,  S.  Paul  entreprend  de  faire  voir  qu’elle  ne 

dépend 


de  la>  Religion  Chrêtienné»  57^ 

dépend  point  des  caules  extérieures  ,  mais  du 
(impie  bon  plaifir  de  Dieu.  Il  nous  fait  voir  que 
ce  n*eft*pas  à  caufe  de  la  juftice  de  Jacob,  com¬ 
me  les  Juifs  fe  rimaginoient,  qu’IfraëJ  avoic  etê 
préféré  à  la  pofteritc  d*£dom  j  puis  qu’avant  que 
les  enfans  eulTent  fait  ni  bien  ni  mal ,  il  fut  dit  à 
Rcbccca  ,  qu’elle  portoit  deux  nations  dans  fon 
ventre  ,  en  portant  fes  deux  fils ,  &  que  le  plus 
grand  ferviroit  au  moindre.  l’Apôtre  parle 

en  cet  endroit  de  l’éledlion  generale  du  peuple , 
îl  eft  aife  de  le  voir  par  le  paflage  de  Malachie, 
Chap.  I.  1.  3.  qu’il  cite  lui-meme  ,  &  qui  cft 
tel  :fe  vom  ai  aime:^,  a  dit  i*EterneL  Rtvom 
ave^dit.  En  quoi  nom  evs- tu  aimez.  •  EÇa'ù  n 
îoit-il  pm  frere  defacohy  dit  C  Eternel  ?  Or  fai  aimé 
yacob  ,  mais  fai  haï  Efaü ,  fai  mis  fes  mon^^ 
tagnes  en  defolaüon  ,  expofé  fon  héritage  aux 
dragons  du  defert.  G^and  Edom  dira  ,  Nous 
avons  été  apauvris  ,  mais  nous  retournerons ,  &c. 
Il  eft  incontcüablc  que  Malachie  parle  là  des 
deux  peuples.  Ce  qui  doit  nous  faire  compren¬ 
dre  que  c’eft  aufTi  l’intention  de  S.  Paul,  Rom. 

de  parler  de  l’cleéfion  des  Peuples  :  ce  qui 
s’acordc  auffi  avec  tout  ce  qui  fuit  &  qui  précé¬ 
dé.  Car  dans  les  verfets  précédens ,  il  nous  fait 
voir  qu’il  ne  fufit  pas  pour  être  dans  l’alliance  , 
d’etre  de  la  pofteritc  d’Abraham  félon  la  chair  , 
mais  qu’il  faut  i’etre  par  la  Foi ,  par  ce  qu’il  fut 
dit ,  En  ifaac  te  fera  apelée  femence  y  &  (\\ilfaac 
eft  le  fils  de  la  promejfe  :  &  dans  les  verfets  qui 
fuivent  ,  l’Apôtre  introduit  Ofcc  parlant  ainfi  à 
ce  propos  :  y*apellerai  mon  peuple  celui  qui  nétoit 
point  mon  peuple ,  la  hien-aimée  celle  qui  nétoit 
pas  la  bien- aimée* 

Ce  n’eft  pas  que  S.  Paul  ne  parle  auffi  de  l’é- 
Icdion  des  particuliers.  On  ne  peut  douter  que 
cette  elevflion  ne  fe  trouve  dans  ces  belles  paroles 
du  Chapitre  picccdcnt.  Ceux  qu  ïl  a  préconnus  > 

il 


Traité  de  la  Vérité 

il  les  a  atiffl  prédefline^^à  être  conformes,  Scc.  Ceux 
qtiil  a  prédefiineZy  il  les  a  aufft  apelez  :  ceux  qiitl 
a  apeleZy  il  les  'a  aujft  juflifie:^^  ^  ceux  qu'il  a  ju^ 
fiifiez ,  il  les  a  auffi  glorifiez  ,  &c.  &  plus  bas , 
Gjui  mtentera  acufaùon  centre  les  élus  de  Dieu  î 
&c.  Or  il  cil  remarquable  que  cette  chaîne  dej^icn- 
faits  met  en  ordre  non  le  decret ,  mais  rcxccution 
de  ce  decret  ;  &  tout  ce  que  Ton  peut  recueillir  de 
ces  paroles ,  c’eft  que  Dieu  nous  prcdcftinc  i  6c 
qu*aprcs  nous  avoir  prèdeftinez  ,  il  nous  apelle, 
nous  juftific  ,  nous  glorifie  :  ce  qui ,  à  s'arrêter  là, 
reçoit  bien  peu  de  difficulté. 

N'allons  pas  plus  loin  que  cet  Apôtre,  &  puis 
qu’il  n’a  poinrt  philofophc  fur  l’ordre  des  de¬ 
crets  ,  laîffons-là  ces  fpcculations  inutiles  j  qui 
auffi  bien  s’cvanoiilflent ,  dés  que  l’on  a  fuposc  la 
{implicite  de  Dieu  :  ou  fi  nous  voulons  philofo- 
pher  là-dcflus ,  fcparons  cette  Philofophic  ,  de 
la  Foi  ;  diftinguons  nos  raifonnemens ,  des  vues 
du  Saînr-Efprit  ;  ne  nous  déchirons  point  fur  des 
maniérés  de  concevoir.  Je  fuis  pour  moi  fort 
convaincu  qu’il  n’y  a  point  d’ordre  plus  confor¬ 
me  à  la  raifon  &  à  la  fageffe  de  Dieu  ,  que  celui 
que  les  Particulariftes  mettent  dans  les  decrets 
de  Dieu  :  mais  je  fuis  plus  convaincu  encore  , 
que  je  ne  dois  point  condamner  ceux  qui  font 
d’un  autre  (entiment.  Ils  font  tort  à  Dieu  ,  dira 
quelqu’un  ;  ils^Ie  font  cruel ,  ou  bizarre,  Oiii  fé¬ 
lon  vous ,  qui  leur  iluputcz  ces  conféqucnces  :  mais 
non  pas  félon  eux  ,  qui  les  nient.  Ii  fuffic  qu’ils 
nient  toutes  ces  fuites,  afin  qu’on  ne  puifie  point 
les  leur  imputer. 

Si  les  Chrétiens  s’cntcndoîcnt ,  &  s’ils  vouloîent- 
bien  faire  cet  heureux  dilcernement  de  la  Philo¬ 
fophic  &  de  la  Théologie  que  nous  leur  deman¬ 
dons  ,  s’arrêtant  dans  les  bornes  d^  la  Révcla'- 
tion  qui  nous  înftruit  de  la  chofe,  &  rejettant  en 
matière  de  Religion  la  Philofophie  qui  en  rc- 
_  cherche 


àe  Religion  Chréthnnê:  J 7 7 

Cherche  la  manière ,  on  verroit  bien- tôt  dî(paroî- 
tre  la  plupart  des  Sedes ,  &  toutes  choies  rame¬ 
nées  à  Tunîte  &  à  la  {implicite  de  la  Religion 
Apollolîque. 

Alors  la  dodlrine  de  la  predelVination  ne  fcroic 
plus  un  amas  de  ténèbres  ,  de  difficultez  &  de  con- 
tradidions,  comme  elle  elt  aujourd'hui  par  la 
faute  des  hommes  ?  &  -même  ngus  trouverions 
qu’il  cft  mille  fois  plus  conforme  à  la  raifon  de 
tenir  une  piédehination  que  de  n’en  teaîr  point. 
Car  s’il  y  a  un  Dieu  ,  il  ne  fe  peut  que  Dieu  ne  pre- 
veïe  ce  qui  arrivera  des  hommes,  &  qu’ils  tom¬ 
beront  dans  le  péché  &  dans  la  mifere  :  &  h  quel¬ 
ques-uns  d’eux  font  fauvez  ,  il  feroit  ablurde  dç 
penfer  que  Dieu  ne  les  deftinc  point  au  falut. 

La  dodlrine  de  la  predeftination  ,  féparêe  des 
fpeculaiions  de  l’Ecole  &  des  recherches  de  la 
curiofité  humaine  ,  eft  toute  comprife  dans  ces 
deux  propofitions  :  Dieu  prévoit  le  péché  & 
la  mifere  des  hommes ,  &c.  Il  en  deftine  quelques- 
uns  au  falut  ,  félon  cette  maxime  de  l’Apôtrc  , 
Ceux  qî4  d  n  connm  ,  ü  lej  a  prédeftinez  ,  &c. 
Et  qu’y  a-t'il  de  plus  raifonnable  que  ces  deux 
principes  ? 

Si  un  homme  fage  prévoit  l’avenir  par  les  ré¬ 
gies  de  fa  prudence  ,  feroit-ce  pas  une  penféc 
bien  indigne  de  Dieu  ,  que  de  lui  attribuer  de  ne 
pas  connoître'ravenir ,  à  lui  qui  a  formé  toutes 
chofes  ?  N’auroit-il  enéore  aucune  part  au  faluc 
des  hommes  ?  Les  hommes  feroient-ils  fauvez 
au  hazard  ,  fans  qu’il  le  voulut  ?  Où  fcroic  fa 
mifericorde  ,  fi  ce  qu’il  faifoit  ne  venoic  du  def- 
fein  qu’il  a  eu  de  nous  fauver  ?  Peut- il  avoir  en¬ 
voie  fon  Fils  au  monde  ,  fans  qu’il  ait  voulu 
fauver  même  les  hommes  qui  viendroient  après 
J  esus-Chri  ST.  ^ 

En  tout  cela  il  n’y  a  qu’une  feule  difficulté  , 
qui  eft  celle  que  S,  Paul  fe  fait  à  lui- meme  ,  lors 

qu’il 


57^  de  la  Vérité 

qu’il  dît,  Mais  fi  cela  efi  y  fourquoi  fe  plaint-tî 
encore  ?  Car  y  qui  efl-ce  qui  peut  réfifler  à  fa  vo* 
lonté  ?  Suis-]c  coupable,  dira  le  peuple  Gentil, 
de  n’avoir  point  etc  plutôt  cclaîrc  de  fa  lumière  ? 
Comment  puis-je  me  (auver  ,  dira  le  réprouve, 
puifque  Dieu  ne  me  deftine  point  au  falut  ?  N’al¬ 
lons  point  philofopher,  pour  éviter  cetie  dificul- 
té  qui  fe  trouve  dans  tous  les  Sîficmcs,  &  qui 
devient  meme  plus  force  dans  le  Sifteme  de  quel¬ 
ques-uns.  S.  Paul  s*eft  arreté  ici  j  arretons-nons* 
y.  Bornons  nôtre- curiofîté  par  ce  qui  fait  les 
bornes  de  la  révélation.  Plus  la  Philofophic 
nous  fournira  de  facilité  pour  répondre  à  cet¬ 
te  objedlion ,  plus  elle  nous  éloignera  de  la  vé¬ 
rité  ,  qui  a  paru  impénétrable  à  un  Ecrivain  qui 
en  fçavoit  plus  que  nous,  &  qui  Pa  obligé  à  s’é¬ 
crier,  O  profondeur!  &c. 

Au  relie  il  eft  aifé  de  faire  voir  que  c’eft-Ià 
une  dificulré  commune.  Il  cft  impcffible  de  rc- 
connoître  rexîftencc  de  Dieu  ,  fans  lui  attribuer 
de  prévoir  1,’avcnir  j  &  il  cft  vrai  que  la  prévi- 
fîon  de  Dieu  fait  naître  à  cét  égard  les  mêmes 
dîfficulte2  que  la  prédeftination.  Elles  font  ai  iTi 
véritables  &  auffi  infaillibles  l’une  que  l’autre  ,  & 
îl  eft  impoflible  d’aller  contre  aucune  des 
deux. 

Il  cft  évident  encore  que  cette  difficulté  ne  fera 
pas  moindre  dans  les  chofes  naturelles  ,  que 
dans  celles  qui  regardent  la  Religion.  Car  fi 
Dieu  prévoit  l’avenir,  il  a  néceffairement  prévu 
&  marqué  les  limites  de  nôtre  vie  .*  &  li  cela  eft  , 
mangeons  ou  ne  mangeons  pas  ,  confervons- 
nous  ou  ne  nous  confervons  pas ,  c’eft  la  meme 
chofe  i  nous  ne  fçaurions  nous  arrêter  au  deçà  de 
ce  terme ,  ni  aller  plus  loin. 

D’où  je  conclus  ,  que  la  dodlrîne  de  la  prcr 
deftination  enferme  deux  fortes  de  difficultcz  ; 
les  unes  qui  naiflent  des  vücs  trop  rafinces  de  la 

Phî- 


ie  la  'Religion  Chrétienne» 

Phîlofophic,  qui  doivent  fort  peu  nous  emba- 
taffer,  &  aufqucilcs  nous  ne  fommes  pas  obligez 
de  répondre  5  les  autres  qui  font  des  difîcuitez 
naturelles  ,  &  qui  ont  lieu  fur  toutes  les  atraires 
de  la  vie  civile,  dés  que  vous  avez  pofé  pour 
principe,  qu’il  y  a  un  Dieu  qui  nous  a  formez, 
&  que  Dieu  a  affez  de  lumière  pour  connoîrrc 
ce  qui  arrivera.  Car  fi  la  raifon  &  Tcxpériencc 
nous  aprennent ,  &  que  Dieu  peut  prévoir  Ta- 
venir ,  Sc  qu’il  l’a  prevu  &  prédit  en  mille  ren¬ 
contres  ;  ce  qui  paroît  par  l’acompIifTemenc  des* 
oracles  :  vous  voï^z  bien  que  la  raifon  &:  Texpé- 
riencc  nous  perfuadent  de  recevoir  ce  qu’il  y  a  de 
plus  difîcile,  ou  plutôt  ce  qu’il  y  a  feulement 
de  dificile  dans  la  predeftînation. 

II  nou-s  feroit  facile  de  faire  voir  la  meme  ci^o- 
fc  fur  le  fujet  du  péché  originel  &  de  l’éficace  de 
la  grâce.  Il  faut  diltinguer  en  tout  cela  la  ma¬ 
niéré  &  la  chofe.  Il  eft  certain  que  nous  fommes 
fouillez  de  péché  par  le  malheur  de  nôtre  naif- 
fancc,  aïant  été  conçus  en  péché  ,  &  cchaufez  en 
iniquité  ,  &  nous  trouvant  de  nature  enfans  de 
.  colere.  L’Ecriture  nous  dit  la  chofe,  parce qu’el- 
Ic  étoi:  ncceffaire  à  nôtre  humilité  &  à  nôtre 
fantification.  La  manière  croit  inutile,  parce 
qu’il  ne  fert  de  rien  de  fçavoîr  comment  on  eft 
tombé  dans  un  abîme  ;  &  que  le  principal  eft  de 
trouver  le  moïen  de  s’en  retirer.  Aufïi  l’Ecritu¬ 
re  ne  dit-cllc.  rien  de  la  manière  dont  le  péché 
originel  eft  venu  jufqu’à  nous,  je  veux  dire  de 
la  manière  phifîque  de  fa  propagation.  Toutes 
les  quéftions  donc  que  les  Théologiens  font  à 
cét  égard,  ne  font  proprement  que  des  quef- 
tions  de  Philofophic  ;  &  ce  n’eft:  pas  à  nous  à 
répondre  à  toutes  ces  difîcuitez.  Peut  être  que 
fî  nous  fçavions  bien  diftindement  les  loix  &  la 
manière  dePunion  de  nôtre  ame  avec  nôtre  corps, 
nous  pourions  expliquer  diftindemenc  cette  in- 


Jî  ©  Tfdtté  de  la  Verhe  '  i 

comprchcnfiblc  tranfmiffion  du  péché  orî|încr' 
mais  comme  cela  n*eft  pas,  nous  avons  grand  ' 
fujet  de  nous  défier  de  nôrre  Philofophie  :  &  1 
quoi  qu’il  en  foit ,  nous  ne  devons  point  mettre 
fur  Je  compte  de  la  Foi  les  difiicultez  de  la  curiofuc 
humaine. 

La  Foi  &  la  raifon  font  Ici  tout-à-fait  en  bonne 
întclligelice ,  en  fe  contenant  dans  leurs  limnes. 
La  Foi  nous  enfeigne  la  chofe  j  la  rai  Ton  y  confent.  , 
La  railon  n’en  comprend  point  la  maniéré;  la  Foi 
•  compofe  cette  incoiijprchcnfibilitc. 

Si  la  raifon  pouvoir  niei»  que  les  hommes 
n’aïent  des  leur  naîflance  une  inclination  à 
\  mal  faire  ,  elle  feroit  contraire  à  la  Foi,  qui  nous 
enfeigne  ce  principe.  Si  la  Foi  nous  pcrmiettoic 
d’oter  de  cet  objet  toutes  les  dificultez  qui  fc 
prefentenc  à  ceux  qui  en  veulent  pénétrer  le  fond 
&  la  maniéré  ,  elle  feroit  contraire  à  la  raifon  , 
qui  doit  reconnoî:re  qu’elle  ne  fçauroit  aller  juf- 
qiîcs-!à  :  mais  puifque  cela  n’cft  pas  ,  rien  ne 
nous  empêche  de  demeurer  d’acord  de  la  honne 
intelligence  de  la  Foi  &  de  la  raifon. 

En  cfer ,  la  meme  proportion  à  peu  prés  qui 
cft  entre  la  raifon  &  la*  Foi  ,  fe  trouve  entre  les 
fens  &  la  raifon.  Comme  la  Foi  eft  fupericure  àla 
raifon  ,  la  raifon  eft  fupericure  aux  fens.  Or  il  eft 
certain  que  la  raifon  ,  &  les  fens  ne  fc  combat¬ 
tent  point ,  encore  que  Tune  de  ces  faculcez  ne 
comprenne  point  la  manière  des  chofes  qu’atefte 
l’autre.  Les  fens  témoignent ,  par  exemple  ,  qu’iî 
y  a, un  flux  &  un  rciîux  dans  la  mer.  La  raifon 
perfuadee  par  ce  témoignage  &  par  le  confente- 
ment  de  tous  les  hommes ,  convient  de  la  chofe  : 
mais  cependant  elle  en  ignore  la  caufe  &  la  ma¬ 
niéré.  Si  les  fens  actcftoicnr  que  ce  phénomène 
peut  erre  parfaitement  compris  3  ils  feroienC 
contraires  à  la  raifon,  qui  ne  le  comprend  gue- 
rcs.  Si  la  raifon  nioic  que  ce  phénomène  fut  ab- 
.  foin- 


ie  la  Religion  Chrêtienné.  3^1 

folument,  elle  fcroit  contraire  aux  fens,  qui 
moignent  qu’il  eft.  Mais  les  fcns  arteftenc  Texi? 
ftcnce  de  ce  phcnomene  ,  &  la  raifon  cft  pcr- 
fuadcc*  La  raifon  le  trouve  très  dificile  à  com¬ 
prendre  i  &  les  dens  ne  difent  pas  Je  contraire. 
Ils  font  donc  parfaitement  d’acord.  Telle  eft  la 
convenance  de  la  Foi  &  de  la  raifon  à  Tcgard  des 
plus  grands  Miftercs  de  la  Religion.  " 

Ce  font  d’admirab’es  dificultcz  que  celle  que 
la  Philofophie  fait  naître  dans  la  Théologie.  II 
y  a  dans  la  nature  une  infinité  de  choCcs  donc 
nous  reconnoiffons  Tcxiftence  :  &  il  n’y  en  a  pas 
une  feule  pour  pente  qu’elle  foit  ,  dont  nous 
comprenions  la  maniéré,  fans  qu*il  foit  jamais 
tombé  dans  Tcfprit  d’un  homme  qui  a  le  fens 
commun,  de  les  révoquèr  en  doute  pour  cela. 
Pourquoi  étans  fi  raifonnables  dans  la  nature ,  le 
fommes  nous  fi  peu  dans  la  Religion  ?  C’eft  que 
dahs  la  nature  nôtre  efprit  agit  naturellement , 

.  &  que  dans  la  Religion  il  eft  trompé  par  fes  paf- 
fions  ,  qui  ne  cherchent  que  matière  de  doute. 

On  doit  ^airc  à  peu  prés  le  meme  jugement 
des  matières  de  la  grâce.  Séparez  la  Philofo- 
phie  de  la  Théologie  ,  vous  ôterez  un  nombre 
infini  de  dificultcz  :  étant  certain  que  la  plupart 
naillenc  ou  de  l’envie  de  comprendre  ce  qui  ne 
peut  être  compris ,  ou  des  fpéculations  qu’on  a 
déjà  fait  fur  ce  qu’on  ne  pouvoir  comprendre.  Or 
pour  connoître  l’in  juftice  des  hommes  à  cét  égard, 
il  ne  faut  que  remarquer  qu’étant  perfuadez  , 
du  moins  lâ  plupart,  que  Dieu  nous  conferve  , 
nous  rburit  ,  &  nous  foütîcnt  par  un  concours 
perpétuel  ,  fans  lequel  les  alimens  que  nous  pre¬ 
nons,  &  les  foins  de  nôtre  confervatioh  ,  nous 
feroîehc  inutiles  ;  &  par  lequel  nous  fubfiftons 
immédiatement  :  perfonne ,  que  l’on  fçachc,ne  s’eft 
avife  d’en  conclure  fcricurcment  ,  qu’il  faille 
s’abftenir  de  ces  foins  &  d’alimçns ,  &  fe  repoCer 

uni- 


3?  1  Tfaîtê  de  la  Vérité 

j^iicTucm^nt  fur  Je  concours  divin.  On  ne  voit 
peine  de  gens  affez  fous  pour  s  embarafler  dans 
ces  queftions  ;  Si,  je  me  nouris  moi  même,  en 
prenant  les  alimens  qui  me  font  ncceffaircs , 
comment  peut-on  dire  que  c’eft  Dieu  qui  me 
nouric  ,  ou  me  conferve  ?  Ou  fi  c’eft  Dieu  qui 
me  nouiit,  comment  fuis-je  oblige  de  me  nou» 
lir,  &  de  me  conlerver  moi- meme  ?  On  ne  fait 
point  toutes  ces  dificultcz  dans  la  nature:  on  les 
faTt  dans  la  Religion.  Cependant  elles  fcroienc 
aufîi  bien  fondées  dans  l’une  que  dans  l’autre  ,  puis 
qu’elles  roulent  fur  la  dépendance  dans  laquelle 
nous  nous  trouvons  dans  nôtre  erre,  ou  dans 
nôtre  nouvel  être,  à  l’egard  de  là  Divinité. 

Dans  la'nature,  nous  fçavons  que  nous  ne  fub- 
fiftons  que  par  le  concours  de  Dieu  ,  &  nous  ne 
nous  informons  point  de  la  manière  de  ce  con¬ 
cours.  Dans  la  Religion  ,  nous  ne  fommes  pas 
fatisfaits  dé  fçavoir  que.  nous  fommes  régénérez 
par  la  grâce  ,  nous  demandons  à  fçavoir  la  ma¬ 
niéré  de  cette  operation,  nous  nous,  faifons  une 
affaire  de  la  découvrir  :  dcfortc  que  des  dificultcz 
qui  n’embaraftent  pferfonne  lors  qu’il  s’agit  de 
boire  &  de  manger,  paioifTent  afreufes  &  terri¬ 
bles  lors  qu’il  s’agit  de  bien  vivre.  Demandez-en  la 
raifon  au  cœur  de  l’homme.  Pour  nous,  il  nous 
fufît  à  cét  égard  d’être  aufli  raifonnablcs  dans  la  i 
Religion  ,  que  nous  le  fommes  dans  la  nature.  | 
La  raifon  elle-même ,  fi  nous  confultons  fes 
plus  pures  lumières ,  nous  dira  qu’il  n’cft  pas  ^ 
moins  néceffairc  que  la  nouvelle  créature  dé-  ’ 
pende  de  Dieu ,  qu’il  l’eft  que  la  créature  foie 
dans  fa  dépendance  ,  parce  que  Dieu  n’eft  pas  I 
moins  l’auteur  de  l’une  que  de  l’autre  :  &  que 
comme  nos  corps  n’ont  ni  être,  ni  vie ,  ni  mou- 
vcment  que  par  lui,  nos  âmes  n’ont  aufli  ni  : 
faculté,  ni  connoiflance,  ni  afcdliors  qu’elles  i 
ne  ticnricnt  de  lui.  Tout  l’être  vient  de  lui.  II  n’y  j 

a  ■■ 


de  Religion  Chrétienne. 
a  que  le  defaut  qui  aie  un  autre  principe. 

La  chofeelt  donc  certaine,  je  veux  dire  Texi- 
ftencc  de  cette  grâce  à  laquelle  nous  devons  ra- 
porter  tout  le  bien  qui  eft  en  nous  5  &  cela  eft  de 
la  Théologie.  La  maniéré  donc  cette  grâce  agit  3 
je  veux  dire  le  degré  de  vertu  qu’elle  déploie  » 
la  maniéré  donc  elle  détermine  le  libre  arbitre , 
fes  momens ,  Tes  conjondtares ,  peuvent  être  des 
chofes  cachées ,  &  du  reflbre  de  la  Philolophie, 
fans  que  cela  faffe  aucun  préjudice  à  nôtre  foi, 
laquelle  meme  confifte  autant  en  loiimillion 
qu'en  connoiflance ,  8c  fçait  îgnprer  autant  ^ 
qu'elle  Içiit  apercevoir. 

Je  ne  fçai  fi  les  Théologiens  ont  affez  remar¬ 
que,  que  lorfquc  les  Apôtres  veulent  nous  mar¬ 
quer  ce  qu’il  y  a  de  plus  grand  dans  les  Mifteres, 
ils  nous  parlent  point  de  l’ordre  des  decrets 
de  Dieu ,  ni  de  ces  inconcevables  tranfmîflions 
du  péché  originel  ,  par  lefquelles  la  malice  du 
premier  homme  eft  parvenue  juCqu'à  nous  ,  ni 
de  l'incompatibilité  aparente  de  la  grâce  avec  la 
liberté  de  l’homme.  Pourquoi  ?  Parce  que ,  ce 
font-là  des  dificultez  de  Philofophie  &  de  curio- 
fité  humaine,  donc  ils  ont  voulu  nous  enfeigner 
par  leur  exemple  à  ne  nous  embaraffer  point. 

Quel  eft,  félon  eux,  le  grand  Miftere  de  pieté? 
C’cfl  celui-ci  ,  Dieu  manifeflé  en  chair, 
flifié  en  efprit ,  và  .des  Anges  ,  cru  au  mondes 
prêché  aux  Gentils  y  élevé  en  gloire. 

L’Incarnation  ,  qui  eft  exprimée  en  ces  mots. 
Dieu  manifefté  en  chair  ^  eft  véritablement  ua 
Miftere  fi  grand  &  fi  fublimc  ;  mais  qu’on  fe  dé- 
fafte  de  fes  préjugez,  &  l’on  ne  le  trouvera  nul-^ 
Icment  contraire  à  la  raifon. 

Car  il  faut  fupofer  d’abord ,  que  ce  n’eft 
point  ici  une  aliance  dans  laquelle  Dieu  .defeend 
ou  s'abaifle  en  faveur  de  la  créature,  fcmblabic 
à  CCS  alliances  mal  aflbrties ,  où  les  petits  def- 

honorcac 


5^4  Trittté  de  la,  Venté 

honorent  les  grands  par  leur  union.  C'eft  Tallian-' 
ce  cù  Dieu  s’unie  à  la  créature,  fans  rien  perdre 
de  (a  grandeur  fupréme  ,  &  où  la  créa¬ 
ture  s’unit  à  Dieu,  fans  rien  perdre  de  fon  hu- 
milice.  Le  Soleil  s’unû  avec  le  nuage  où  il  im¬ 
prime  fon  éclat,  fans  rien  perdre  de  fa  glofre; 
&  pourquoi  Dieu  ne  s’unira- t-il  point  avec  une 
nature  innocente,  fans  rien  perdre  cîe  fa  digni¬ 
té. 


1 1.  Nous  trouvons  une  aflez  belle  image  de 
cette  vérité  dans  l’union  de  nôtre  ame  &  de  nô¬ 
tre  corps.  Deux  fubflances  fouverainement  di- 
ferentes  fe  joignent  &  dépendent  l’une  de  l’autre, 
(ans  avoir  aucun  raport  naturel.  Qu’a  de  com¬ 
mun  cét  cfprit  avec  ce  corps  ^  Comment  y  peut» 
il  avoir  quclqu’alliancc  entre  des  chofes  fi  dif- 
proportionnees  ?  On  me  dira ,  qu’il  y  a  un 
plus  grand  éloignement  entre  la  nature  humaine 
&  la  nature  divine  ,  qu’entre  l’clprit  &  le  corps. 
Je  conviens  que  réloignemcnt  eft  infiniment  plus 
grand  :  mais  la  diverfîté  eft  la  meme,  &  d’ail¬ 
leurs  il  y  a  aufli  bien  de  la  difercnce  entre  une 
union  qui  emporte  une  dépenda'ncc  mutuelle, 
telle  qu’eft  celle  de  nôtre  ame  &  de  nôtre  corps 
&  une  union  qui  n’enferme  que  la  dépendance 
d’une  feule  partie,  telle  qu’eft  celle  qui  fe  trou¬ 
ve  entre  la  nature  divine  &  la  nature  humaine. 
Ce  qu’il  y  a  de  plus  furprenant  dans  la  pre¬ 
mière  de  ces  deux  unions ,  c’eft  que  l’efprît,  qui 
cft  fi  noble,  foit  tellement  uni  à  la  matière,  qu’il 
dépende  de  la  matière  dans  fes  operations. 
Or  c’eft  ce  qui  n’cft  point  dans  l’incarnation. 
On  ne  dira  point  que  la  nature  divine  dépende 
de  la  nature  humaine,  mais  bien  ,  que  la  nature 
humaine  dépend  de  la  nature  divine.  Dans  cette 
union,  Dieu  demeure  tout  parfait,  tour  puif- 
fant  ,  fout  libre,  éternel  &  invariable  :  l’hom¬ 
me  par  cette  union  cft  changé,  fantific,  élevé, 

Q:ci 


de  la,  'Religion  Chrétienne. 

Q^î  cfl  donc  l’inconvcnicnt  ;  Autant  qu’il  cft 
furprenanc  de  voir  un  être  noble  afl'ajcctî  à  un 
être  moins  parfait,  autant  cü*  il  naturel  qu’un 
être  moins  parfait  foit  airujctti  à  un  être  plus 
noble.  Or  rincarnacîon  nous  fait  voir  le  dernier, 
&  Tunion  de  l’amc  &  du  corps  nous  fait  connoîcrc 
le  premier.  Il  s’enfuir  donc  que  l’union  de  l’amc 
avec  le  corps  cft  en  quelquc/cns  extraordinaire  & 
plu<;  furprenantc  que  l’Incarnation. 

III.  Voulez-vous  une  autre  image  de  cet  ob¬ 
jet,  qui  vous  en  donne  quelque  idée  ?  Confidc- 
icz  un  parélic ,  qui  eft  compofé  de  deux  clicfcs 
très  differentes  en  clles-mcmcs  ,  &  neanmoins 
fî  étroitement  unies,  qu’elles  paroifFent  confon¬ 
dues,  fçavoir  la  nuée,*&  la  lumière  du  Soleil.  La 
nuce  n’cfl  point  le  Soleil,  le  Soleil  n’cft  point  la- 
nuée  :  ainfi  la  nature  humaine  de  Jésus- Christ 
n’cft  point  la  nature  divine  ,  la  nature  divine  n’cft 

I  poîrt  la  nature  humaine.  Lz  parélic  cft  un  So- 
'  Icîî,  &  le  parélic  cft  une  nuée  :  de  même  Jesus- 
Christ  cft  Dieu  ,  Jesüs-C  H  R  I  s  T  cft  homme. 
Le  paiclre  eft  formé  de  la  (nbftanre  de  la  terre, 

'  puis  qu’il  cft  compofé  des  ruées  qui  en  font  les 
vapeurs  :  le  parélic  cft  auffi  forme  de  la  fub- 
ftancc  du  Soleil,  puisqu’il  cft  comnofe  des  raïons 
J  qui  font  le  corps  de  cét  aftrc.  D  ir.cmc  Jesus^ 
1,  Christ  eft  pris  de  la  terre  ,  &  fan  partie  de  la 
I  mafle  du  genre-humain  .  puis  qu’il  cft  homme  :  ce 
i  qui  n’cm pêche  pas  que  Jésus-  C  h  R  i  s  T  ne  foit  la' 
propre  ftîbftancc  du  Pcrc ,  entant  (^’il  cft  la  ref- 
plcndcur  de  fa  gloire.  Cette  image  cft  jufte  ,  fans 
être  parfaite.  On  en  pardonnera  les  défauts 
i  dans  un  fujet  fi  élevé  au  deflus  de  nôtre  imagina¬ 
tion. 

IV.  Au  refte,  de  tous  les  hommes  qui  ont  parlé 
de  la  Dîviniic,  il  n’y  a  que  les  Epicuriens ,  qui 
la  concevant  oifive  &  fainéante  ,  l'aient  fcparéc 
cnriéreroent  de  Tes  créatures,  Tous  les  amies 

Tome  11^  R  la 


lYAtté  de  Vérité 

la  conçoivent  unie  à  fes  ouvrage?.  Les  Païens 
fêla  rcprcfcntoicnc  attachée  à  leurs  temples,  & 
à  leurs  ftatucs,  aulquclles  elle  venoit  s*unir.  Les 
Juifs  concevoient  avec  plus  de  vérité  Dieu  uni 
d*unc  façon  particulière  à  un  buîffon  ,  à  une  nuée, 
à  une  Arche.  Pluheurs  des  incrédules  fc  reprelen- 
tent  la  Divinité  comme  un  efprit  univerfcl  at¬ 
taché  à  la  matière  univerfclle,  comme  nôtre  anic 
Teft  à  nôtre  corps.  Que  s’il  eft  h  ordinaire  de 
concevoir  Dieu  comme  uni  à  les  ouvrages,  qu’y 
a-t-ilde  lurprenant  à  le  rcprelenter  très  étroi¬ 
tement  uni  à  la  nature  humaine  de  Jésus- 
Christ,  d'une  manière  plus  étroite  &  plus 
particulière  qu  aux  autres  ?  Car  s’il  y  a  une  créa¬ 
ture  à  laquelle  la  Divinité  puilfe  s’unir  ,  c’eft  une 
créature  faintc  &  innocente ,  comme  celle-  ci.  S’il 
ch  pofTib'c  que  Dieu  s’unifie  à  un  corps ,  il  rdl 
bien  davantage  qu’il  fe  communique  à  l’eiprit.dc 
Jésus- Christ.  Si  une  Arche  a  pu  être  remplie 
de  Dieu ,  il  y  a  peu  dé  difficulté  à  concevoir,  que 
la  nature  humaine  pure  &  faintc  ,  plus  parfaite 
que  toutes  les  Arches,  ait  eu  cét  honneur  d’une 
façon  particulière.  Et  fi  l’on  ne  rougit  pas  de  ren¬ 
dre  l’clprit  unîvcrfcl  dépendant  en  quelque  forte  ; 
par  Ton  union  avec  la  matière ,  pourquoi  refufe-  j 
rions-nous  d’admettre  une  union  qui  laiflc  à  Dieu  | 
toute  fon  indépendance  &  toute  fa  liberté,  &  ne  II 
va  qu’à  rendre  le  corps  Sc  l’amc  de  Jesus-Christ  ' 
plus  foümis  à  Dieu  ?  jj 

Dés  que  l’or^rcçoit  le  mifterc  de  rincarnation  ,  jl 
on  ne  trouve  rien  de  choquant  dans  la  doctrine  jj 
Chrétienne.  Nous  n’avons  plus  de  peincàcom-  î, 
prendre  que  Iesus-Christ  ait  pu  mourir,;! 
puis  qu’il  ch  homme  :  nique  fa  mort  foit  d’une  | 
valeur  infinie  ,  puis  qu’il  eft  Dieu.  Cette  dignité  J 
qui  naît  de  l’union  des  deux  natures  cft  fî  grande,  I 
qu’elle  fait  de  la  mort  de  Je  us-Christ  l’équiva-  J 
kne  des  peines  que  nos  péchez  avoient  méritées,  a  , 

Nous  ! 


de  la  Religion  Chrétienne.  587 

Nous  ne  trouvons  plus  de  difficulté  à  nous  per- 
fuader  la  vérité  de  la  refurredion  du  Seigneur 
Jésus.  Il  feroit  contre  la  raiion,  qu’une  nature 
qui  a  etc  honorée  d*unc  union  fi  particulière 
avec  la  Divinité  ,  fut  difloutc  pour  toujours,  8c 
demeurât  à  jamais  fous  l'empire  de  la  mort:& 
il  cil  très  railonnable  de  penfer  qu'elle  a  du  fe 
relever  du  tombeau  où  elle  avoit  voulu  defeendre* 
que  li  Jesus-Christ  cft  réCufcitc  des  morts ,  la 
raifon  niera- t-ellc  que  nous  ne  puiffions  refufei- 
ter  à  Ion  exemple  ? 

Mais  comment  la  raifon  démcntiroît-e!Ic  ce 
que  les  fens  des  Difciples  avoîent  vu  ?  Ils  avcicnn 
contemple  la  gloire  de  Jésus- Christ  dans  Tes 
miracles  &  dans  fa  fainteté.  Ils  avoicni  vu  Dieu 
manifefté  en  chair.  Ils  avoîent  été  les  témoins 
de  la  réfurredion  du  Seigneur.  Ils  avoient  vu 
les  Anges  defeendant  vers  lui.  L’Evangile  avoic 
été  picchc  aux  Gentils  par  leur  miniftere.  Le 
monde  avoit  cru  à  leur  prédication  ,  &ilsavoicnc 
vu  Jesus-Christ  monter  au  Ciel,  Tout  cela 
avoir  été  pour  eux  bien  fenfibîe. 

L’Incarnation  n’a  donc  rien  de  contraire  à  la 
raifon.  Et^néanmoins  exft  ce  qu’il  y  a  de  plus 
difficile  dans  les  miücres  de  la  Religion  Chré¬ 
tienne  J’en  excepte  la  crés-fainte  8c  très-ado¬ 
rable  Trinité  fur  Je  fujet  de  laquelle  cét  acord 
cft  plus  difficile.  Cependant  il  cft  encore  vrai  , 
que  quoi  qu'elle  foit  infiniment  élevée  au  deffus 
de  nôtre  raifon  ,  cHe  n'cft  point  contre  la  rai- 
fon.  I.  Parce  que  le  terme  de  perfonne  ne  fe 
prend  point  au  meme  fens  que  celui  d'cflencc. 
Trois  perfonnes  &  une  feule  perfonne  ,  une 
cllence  &  trois  cflences  fait  une  coniradicftion  , 
je  1  avoiic  mais  une  cflence  &  trois  perfonnes 
n’en  fait  point,  lorsqu'on  avertir  de  la  diverfe 
fignifîcation  de  ces  deux  termes.  II.  Parce  que 
la  Divinitéeft  un  fujet  fi  grande  fi  fublimc,  que 

R  ij  nous 


jSS  Triiitê  de  laVerité 

nous  ne  devons  point  ccre  furpris  de  n’en  pouvoîi^ 
point  ateindre  la  hauteur  par  nos  fo’bles  concep¬ 
tions.  lîl.  Parce  qu’il  peut  ccre  que  les  plus 
confidcrablcs  difîîcuhez  de  ce  iniüerc  naiflent 
d’un  defaut  de  révélation,  ou  du  filencc  de  l’E¬ 
criture.  Pcut-écre  que  Ci  le  S.  Efprit  avoir  voulu 
nous  en  révéler  davantage  ,  nous  y  trouverions 
peu  de  difficulté  :  mais  telle  eft  la  conduite  de 
Dieu,  qui  cherche  à  nous  humilier ,  &  non  pas 
à  fatisfairc  nôtre  curiofité ,  &  à  nourrir  la  vanité 
d’un  efprit  qui  cherche  à  trop  connoître.  IV. 
Nous  ne  manquons  point  abfolumenc  d’images 
pour  nous  rcprcfcntcr  cét  obfet ,  tout  îneompré- 
hcnhble  qu’il  c(I  en  foi  Une  meme  ame  eft  un 
entendement ,  entant  qu’elle  conCicît  :  une  volon¬ 
té,  entant  qu'elle  veut  :  une  mémoire,  entant 
qu’elle  rapellc  les  chofes  pafTecs  ;  trois  facultci 
en  une  intelligence.  U'^c  meme  lumière  eft  dans 
le  Ciel  un  Soleil  ,  dans  l’air  une  clarté,  dans  la 
nuée  un  parélie  V.  Aj  outez  à- cela  j  que  les  plus 
grandes  f!:ffi:ulccz  de  ce  miftere  ,  nailTcnt  des 
ipeeuîaeions  dont  la  ScolaHique  l’a  cnvclopé  :  au 
grand  fcandalede  la  foi ,  &à  laconfufion  écer- 
nelle  de  nôtre  raiCon. 

Car  enfin  j  qui  pourroît  foufrîr  cette  horrible 
licence  avec  laquelle  ces  Théologiens  méiaphifi- 
ques  fc  font  mêlez  d~  former  &  décider  des  que- 
ftions  ridicules  ou  téméraires  fur  ce  grand  mifte- 
rc  't  Peut- on  lire  fans  une  jufte  indignation  toutes 
ces  queftions>  fi  plufieurs  personnes  divines  pou- 
voient  prendre  une  meme  per  Tonne  ;  fi  le  Vcibc 
pouvoir  prendre  en  union  hîpoftatiquc  un  Ange, 
une  bccc  ,  une  femme  ,  un  être  infcnfiblc ,  un  ac¬ 
cident ,  un  adcMc  péché,  un  diable,  de  forte 
que  CCS  propofitions  fuftent  vraïes  ,  Dieu  ef^  un 
péché ,  un  ,  &c.  fi  le  Verbj  a  pris  en  union  hipo- 
ftan'quc  l’amc  plutôt  que  le  corps,  ou  le  corps 
pï’utô:  que  l'ame  :  fi  encore  que  l’homme  n’eut 


de  la  'Religion  Chrethnné. 
point  pcchc  ,  cc  Verbe  n’auroic  pas  laîfïc  de 
prendre  nôtre  chair  :  fi  la  nature  humaine  cft 
premièrement  unie  avec  rcffcncc ,  ou  avec  îa  per** 
fonne  :  fi  !a  nature  humaine  cft  unie  par  pîuficurs 
unions  :  fi  une  perfonne  divine  peut  prendre  une 
peifonnc  créée  :ii  1  humanité  eft  unie  à  la  per¬ 
fonne  de  Christ  par  farme  d*accident,  ou  pat 
forme  de  fubftancc  :  ft  ta  nature  humaine  &  la 
nature  divine  font  parties  de  Christ,  &  d 
Christ  eft  deux  chofes  :  fi  Christ  cft  d’unitc 
créée,  ou  incrcéc  :  pourquoi  Christ  n'a  point 
pris  la  nature  individuelle  d'Adam  ,  fi  cette  pro- 
pofition  ,  Christ  efl  homme ,  ct-oit  véritable  du¬ 
rant  les  trois  jours  de  fa  mort  :  fi  Christ  n’c- 
tant  point  mort ,  fut  more  de  vicillcfl'c, 

Voilà  tout  cc  qu'il  y  a  de  difficile  dans  la  Reli¬ 
gion  Chrétienne.  Tout  le  refte  a  un  raport  fi  cf- 
fcnticl,  fi  vifible  &  fi  ncccffairc  avec  ia  raifon , 
qu’il  eft  fnrprenant  que  les  incrédules  ne  s'en 
aperçoivent  pas.  La  preuve  en  eft  répandue  dans 
tout  rOuvrage  :  &  l’on  ne  peut  l'étendre  ici  fans 
répéter  cc  qui  a  été  die. 

Il  fuffit  de  remarquer  que  Jésus- Christ  cft 
comme  la  raifon  de  la  nature ,  de  la  fociété  &  de 
la  Religion.  C'eft  la  lumière  qui  éclaire  tout ,  6c 
fans  laquelle  nous  tombons  dans  des  difficultcz 
&  dans  un  embarras  inexplicable.  Jésus- 
Christ  cft  le  centre  de  tous  les  événemens  qui 
fcrr:b!cnc  tous  fc  raporter  à  fa  venue:  le  centre 
des  veritez ,  qui  font  plus  clairement  révélées  ,  à 
mefnre  que  fa  venue*  aprochc  :  le  centre  de  tou¬ 
tes  les  cérémonies  de  Mcïfc ,  qui  font  extrava-* 
gantes,  fi  elles  n’ont  point  de  raport  à  Jesus- 
Chri'^t  :  le  centre  des  vertus ,  qui  n’ont  ni  for¬ 
ce,  ni  motif  fuffifant  que  par  la  vue  de  l'im- 
morralité  rcvélcc  en  Jésus* Christ  ;  ic  centre 
&  le  fondement  des  plus  légitimes  &  des  plus 
inviolables  fentimens  de  la  confcicncc  ,  qui  ne 
R  iij  feuient 


55  0  Traite  de  la  Vérité 

feroient  qu'rrreur  &  qa’illufion ,  fi  la  foi  Chré*^ 
tienne  ctoit  faaflc:  le  centre  de  tous  ces  cara<Slc- 
res  de  fageffe  que  nous  voïons  répandus  dans  les 
ouvrages  de  Dieu  ,  puifque  n’y  aïant  que  la  Re¬ 
ligion  Chrétienne  qui  conduife  l’homme  à  fa  vé¬ 
ritable  fin  ,  il  n’y  a  qu’elle  aulTi  qui  juftifie  à  ccc 
egard  la  faoefiTe  de  Dieu  le  centre  descfpcran- 
ces  de  l’homme  :  car  que  lui  rcftc-t-il  à  efpcrcr  , 
fi  la  Religion  Chrétienne  cft  faufle  ?le  centre  de 
toute  l’évidence  &  de  toute  la  certitude  qui  cft 
dans  nos  connoifl'ances  ,  car  qu’y  a-  t-il  d’afl'uré; 
fi  nôtre  ame  crant  feulement  un  arrangement  d’a¬ 
tomes,  &  n’aïanr  point  cette  fpîritualitc  &  cette 
immortalité  que  lui  attribue  la  Religion  Chré¬ 
tienne  ,  il  n’a  falu  qu’un  autre  arrangement  de 
parties,  pour  former  des  premières  notions  tou¬ 
tes  contraires  à  celles  que  nous  avons  ?  Que  l’on 
confidére  la  chofe  de  prés ,  &  l’on  verra  que  hors 
de  Jésus- Christ  qui  nous  aprend  à  nous  con- 
noître  nous-memes  ,  &  qui  nous  révéle  la  vie  & 
l’immortalité  ,  il  n’y  a  point  de  falut  non  plus 
pour  la  raifon  que  pour  la  confcicncc. 

X.  TABLEAU 
De  la  Religion  Chrétienne , 

Ça  proportion  avec  la  Religion  Judaïque, 

Tl  cft  certain  que  la  Religion  Judaïque  a  un 
côté  divin  &  augufte.  On  ne  peut  coufidércr 
la  majcHc  de  les  miracles  ,  la  fublimîté  de  fa 
Morale,  le  defintereflement  de  fa  doctrine,  la 
fainteté  de  fes  préceptes ,  &  l’accompliflcment  de 
fes  prophéties,  fans  y  trouver  des  caradcrcs  de 
divinité.  Mais  on  ne  pourra  s’empêcher  aufti  de 
lui  remarquer  un  côte  tout-à- fait  défedtueux  ,  fi 
l’on  veut  la  feparer  de  la  Religion  Chrétienne  , 


de  lu  Religion  Chritlennê*  î 

i  hqaclle  clic  (c  raportc. 

On  ne  pourra  comprendre  nî  que  Dieu  foit  le 
Dieu  d’une  nation  ,  fans  être  aufli  celui  des  au¬ 
tres  :  ni  que  cette  Divinité  Toit  renfermée  dans 
une  Arche  materielle;  ni  qu’elle  Recherche  avec 
tant  de  foin  une  pureté  cxtéricurc,&  corporelle, 
étant  le  Père  descfprics ,  nî  qu’elle  demande  des 
facrifîces,  ne  voulant  point  fatisfaire  fa  juftice  : 
ou  que  voulant  être  (atisfaitc  par  des  oblations , 
elle  en  exige  de  fi  baffes,  qu’elles  ne  paroiffenc 
nullement  dignes  de  fa  Majefte  :  ni  qu’un  Dieu 
qui  a  fait  le  Ciel  &  la  Terre,  habite  dans  un  Tem¬ 
ple  fait  de  main  :  ni  que  celui  qui  a  crée  les  cho- 
fes  vifibles  &  invifîblcs  ,  fc  plaife  à  une  pompe  & 
à  des  exercices  corporels  :  ni  que  celui  qtiia  créé 
l’odorat ,  fans  en  avoir  lui^mcmc  flaire  un  encens 
materiel  :  ni  qu’on  entende  la  voix  proprement 
dite  de  celui,  dont  le  tonnerre  meme  n’eft  pas 
une  affez  digne  voix. 

Qui  cft-cc  qui  acordera  la  fageffe  qu’on  remar¬ 
que  dans  la  Religion  de  Moïfc  avec  les  defauts 
qu’on  y  trouve  ?  Comment  ce  Lcgiflatcur  feroic- 

ii  fi  contraire  à  lui-meme  ?  Comment  tant  de  ca¬ 
ractères  de  divinité  font-ils  acompagnez  de  tant 
d’ufages  qui  fcmbicnt  fupcrflicieux,  &  de  cérémo¬ 
nies  qui  paroiflent  puériles  ?  Jettez  les  yeux  fur 
la  Religion  Chrétienne ,  &  vôtre  furprife  ceffera. 
Là  vous  verrez  la  raifon  &  la  fagcfl'e  de  tout  ce 
qui  vous  avoit  furpris  dans  l’ancienne  Révélation. 

En  cfet ,  on  peut  prefque  réduire  les  ufages  de 
tout  ce  qui  cft  contenu  dans  l’Ecriture  du  Vieux 
Teflament ,  à  trois  :  fçavoir  I,  A  préparer  toutes 
cliofes  pour  le  Mcflic  qui  dévoie  venir.  II.  A  rc- 
prefenter  Ton  Miniftcrc  &  Ton  économie  comme 
dans  un  tableau  anticipe.  III.  A  le  caraderifer  de 
telle  forte,  qu’il  fut  impoflible  aux  âmes  éluëà  & 
marquées  du  cachet  de  Dieu  de  ne  le  pas  recon- 
uoître  lors  qu’il  feroie  venu.  Celui  qui  çonfidc- 
R  iiij  rcra 


59*'  Traité  de  la  Vérité 

rcra  TEcriturc  ancienne  dans  ces  trois  vues,  n’y 
trouvera  rien  qui  cmbarraflc  la  foi ,  &  qui  en  lui 
découvrant  les  dcfleins  de  Dieu  &  le  grand  plan 
de  la  Religion  ,  n’ajoute  de  nouvelles  lumières  à 
celles  qu’il  a^deja. 

Comme  nous  n’entreprenons  pas  ici  de  fon¬ 
der  la  profondeur  des  abîmes  de  la  fagertc,  de  la 
juiUcc  &  de  la  mifcricorde  de  Dieu,  nous  ne  re¬ 
chercherons  pas  auflj  les  raifons  pour  Icliqucllcs 
Dieu  a  permis  que  les  hommes  péchaffent ,  &  s’e- 
garaffent  dans  leurs  voies ,  ni  pourquoi  il  a  voulu 
fauver  les  uns  plücgt  que  les  autres ,  ni  par  quel¬ 
le  raiO^n  il  s’eft  fervi  pour  cet  cfcc  du  mîniherc 
d’un  Médiateur,  pla:ôc  que  d’un  autre  moïen  i 
ni  s’il  y  avoic  d’autres  voïes  d’expier  les  pcchez 
des  hommes ,  que  la  mort  de  ]  es  u  s-C  H  R  i  s  t. 
Ce  font  de  vaincs  queftions.  Il  ch  bien  juüc  qu’en 
quelque  chofe  nous  reconnoiflions  nôtre  ignoran¬ 
ce;  &  je  ne  croi  point  qu’il  y  ait  une  ocahon  dans 
laquelle  il  foie  plus  honnête  ou  plus  ncceflairc  de 
l’avoiicr,  que  lorsqu’il  s’agit  des  voïes  de  Dieu  , 
puifque  nous  ne  pouvons  les  comprendre  à  fond, 
fans  que  bous  cellions  d'erre  ce  que  nous  Tom¬ 
mes ,  ou  qu'il  cefle  lui-meme  d’etre  ce  qu’il 
cfl. 

Sans  vouloir  donc  pénétrer  dans  la  manière  des 
chofes.qui nous  cft  tout-à-fait  inconnue  >  &  donc 
nous  ne  pouvons  parler  qu’en  bégaïant,  nous  fu- 
pofons  la  vérité  des  chofes  mêmes.  Nous  ne  dou¬ 
tons  point  que  Dieu  ne  permette  le  péché  ,  puifque 
nous  nous  trouvons  tous  pécheurs.  Nous  fçavons 
qu’il  y  en  a  un  petit  nombre  qui  font  fantéfihez, 
&  aufqucls  [^Ecriture  fait  de  magnifiques  pro- 
rrieffes.  On  nous  a  enfeigne  que  c’efi  par  le  mini- 
flerc  d’un  M  :diarcur  qu’ils  font  délivrez  de  leurs 
péchez,  que  ce  moïen  avoir  etc  deftiné  de  Dieu 
pour  pi odiiire  cet  éfet  avant  la  naifiancc  du  mon¬ 
de.  Vgïous  comment  la  fagefle  divine  y  condüifoic 


de  lit  Religion  Chrétienne.  5^1 

îcs  hommes  par  pluficurs  differentes  pfcpaia* 
dons. 

II  y  en  a  dans  TAncicn  Tcffamcnt  de  plus  d'u* 
ne  e(pccc.  Il  y  a  prcparatîon  d^evénemens , 
prépararion  de  ceremonies  ,  préparation  d’ora¬ 
cles,  préparation  de  préceptes,  &  préparation  de 
dosâmes- 

Les  évenemens  (e  raportent  tous  à  ce  grand 
centre  de  la  Religion.  Si  Abraham  avoir  tou¬ 
jours  demeure  à  Urdes  Caldccns,  il  auroit  été 
idolâtre  comme  fes  parens  ,  oii  il  n’auroit  pii 
conferver  à  fa  pofteritè  la  conhoiflancc  &  le 
culte  du  vrai  Dieu,  &  par  conféquent  fa  fe- 
mence  n’auroit  pas  été  une  femence  de  béné¬ 
diction  pour  toutes  les  nations.  Il  a  donc  falu 
qu’il  quittât  fon  païs  &  fon  parentage.  Si  Ja¬ 
cob  croit  toujours  demeuré  avec  Laban  ,  la 
pofterite  de  l’un  auroit  été  corrompue  par  celle 
de  l’autre  j  de  forte  qu’Efaii  s’étant  déjà  mélê 
avec  les  etrangers ,  la  race  fainte  auroit  été  con¬ 
fondue  avec  la  profane  ,  &  la  promefle  du  Mef- 
fic  n’auroit  été  attachée  à  aucun  fujet  particu¬ 
lier,  &  fon  difccrncmcnt  feroit  enfin  devenu  en¬ 
tièrement  împoflible.  II  étoit  donc  néceflaire  8c 
que  Jacob  abandonrât  la  famille  de  fon  beau- 
pere  ,  &  qu’il  vécût  féparc  des  nations.  Sans 
la  protedion  de  Dieu  ,  ce  peuple  honoré  des 
-alliances  ,  &  auquel  les  oracles  avoient  été 
commis  ,  feroit  péri  en  Egypte  ,  &  avec  lui 
rcfpcrancc  du  Rédempteur  promis.  Pour  con- 
ferver  cette  cfpérance  ,  il  a  dû  etre  féparé  de 
tous  les  peuples  ;  &  pour  fc  conferver  ,  quoi 
que  féparé  d’intcrcts ,  de  mœurs ,  d'inclinations  & 
de  Religion  de  tous  les  autres  peuples  de  la  terre, 
il  a  nécefTaircment  falu  que  Dieu  fut  fon  fouverain 
Magiftrar  ,  &  qu’il  lui  donnât  toutes  ces  mar¬ 
ques  miraculcufcs  de  (a  protection  que  nous  li¬ 
ions  dans  le  Vieux  Tcffamcnt.  II  a  pü  être  tranf- 

R  V  porté 


3^4  Traité  de  la  Vérité 

porte -en  Babilonc  pour  fes  péchez  :  maïs  il  a  cîu 
être  rafTemblc  de  cette  difperfion  foixantc  &  dix 
années  apres ,  de  peur  qu’une  plus  longue  Icrvi- 
lude  ne  iui  fît  perdre  les  marques  de  Ton  élec¬ 
tion. 

Au  reflc  il  n’cfl  pas  difficile  de  s’apercevoir, 
que  c’eft  en  faveur  du  Meffic  avenir  que  Dieu 
fait  tant  de  diftindlions.  La  promcffic  ne  pou- 
voie  être  attachée  à  tous  les  peuples  de  la 
terre.  Il  fcpare  une  nation  de  toutes  les  au¬ 
tres,  pour  la  rendre  en  quelque  façon.  la  de- 
pofitairc  d’un  fi  grand  falut.  Et  parce  qu’il 
cfl:  abfolument  nccclTaîrc  que  cette  dihindion 
fubfîftc  jufqu’à  ce  que  le  Rédempteur  foit  né  , 
il  établit  cinq  principes  remarquables  de  cette 
réparation.  Le  premier  cft  la  connoifTance  du 
vrai  Dieu  :  caraélerc  divin  de  l’éledlion  de  ce 
peuple,  &  privilège  dont  il  ne  pouvoir  qu’etre  in¬ 
finiment  jaloux ,  en  confidérant  fur  tout  les  pro¬ 
fondes  ténèbres  de  (uperHition  &  d’ignorance 
qui  croient  répandues  dans  le  monde.  Le  deu¬ 
xième  cft  la  Cîrconcifion  j  ce  ligne  de  fon  Al¬ 
liance,  que  Dieu  voulut  qui  fut  dans  la  chair  des 
Ifraclites,  pour  les  féparer  plus  efficacement  de 
toutes  les  autres  nations.  Car  ce  n’cft  ni  par  ha¬ 
sard,  ni  par  bizarrerie  ,  que  cette  coutume  s’eft 
établie  parmi  les  luifs.  On  ne  reçoit  point  fars 
quelque  raifon  bien  forte  un  nfage  fi  douloureux, 
fi  difficile,  fi  contraire  à  l’aff.dlîon  des  meres  , 
comme  cela  paroît  par  l’exemple  de  Sephora ,  & 
qui  paroît  meme  avoir  d’abord  quelque  chofe  de 
falc  &  de  honteux.  Car  pour  les  redexions  de  Phi- 
Ion  &  de  quelques  autres  fur  les  ufages  de  la  Cir- 
concifion  ,  il  n'cfl  rien  de  plus  digne  de  pitié.  Le 
troifîémc  cft  la  terre  de  Canaan,  que  Dieu  donne 
aux  Patriarches  &  à  leur  poftérité,  encore  qu’il  ne 
les  en  mette  point  d’abord  en  pofteffion.  Il  atta¬ 
che  les  affcdlions  de  ce  peuple  à  ce  pa'is  particu- 


[  âe  lût,  Religion  Chrétienne.  $9 J 

I  Her  ,  afin  qu’il  ne  fc  dirperfc  point  fur  la  face  de  U 
f  terre.  Les  Patriarches  en  mourant  'ordonnent 
f  qu'on  y  tranfporte  leurs  os ,  afin  d’y  attacher ’da- 
^  vantage  les  efpcrances  &  le  cœur  de  tonte  la  na¬ 
tion.  Et  afin  que  les  Ganancens,  les  Pherefiens , 
les  jebufiens,  &c*  qui  occupoient  auparavant  ce 
païs ,  ne  fe  mêlent  avec  la  race  faînte,  &  ne  la  cor¬ 
rompent  par  leur  (uperftition.  Dieu  confent  que 
des  cette  vie  ils  foient  exemplairement  punis  de 
leurs  crimes ,  qui  avoicnr  rempli  la  mefure ,  &  fa 
vengeance  emploie  Jofuè  &  fes  armées  pour  les 
cxtcimincr.  Le  quatrième  c*cftle Tabernacle,  & 
enfuite  le  Temple ,  que  Dieu  veut  qui  Toit  le  cen¬ 
tre  du  fervice  cctcmoniel ,  n'agrcant  point  d’au¬ 
tres  facrifices,  ni  d’autres  oblations  materielles' , 
que  celles  qu’on  lui  prefentera  dans  ce  lieu  ,  afin 
que  les  Ifraeütes  ne  s’éloignent  point  d’un  lieu 
qui  efi  comme  le  centre  de  leur  Religion  ,  & 
qu’ainfi  leur  feparation  des  autres  peuples,  fi  né- 
neflairepour  faire  un  jour  reconnoitrc  leur  Mef- 
fie ,  ou  pour  y  préparer  les  hommes,  ait  des  fondc- 
mens  plus  fürs&  plus  fermes.  Enfin  le  cinquième 
cfl  le  culte  meme  de  la  Loi,  qui  étoit  tel ,  qu’il  cn- 
gageoît  néceffairement  les  Juifs  à  avoir  de  l’hor¬ 
reur  pour  le  commerce  des  autres  nations  >  ou  les 
autres  nations  à  regarder  les  Juifs  avec  horreur. 
Car  Id^  juifs  dévoient  facrificr  des  animaux  que 
les  autres  peuples  adoroient  3  &  les  autres  peuples 
ne  faifoîent  aucune  difficulté  de  manger  des  vian¬ 
des  qui  faifoient  l’exécration  des  juifs ,  &c.  Enfin 
la  pureté  extérieure  &  corporelle  que  la  Loi 
preferivoit  avec  tant  de  foin,  défendoît  aux 
juifs  tout  commerce  avec  des  nations  foiiillccs 
&  profanes. 

Mais  ce  n’ctoît  pas  aflez  que  Dieu  feparât  un 
peuple  de  tous  les  autres  ,  il  a  voulu  encore  fc-i* 
parer  une  Tribu  dans  cette  nation  ,  fçavoir  la  Tri¬ 
bu  de  juda  ,  lui  affcélant  les  promeflks  qui 
R  vj  legar- 


59^  Traité  de  la  Vérité 

rcgarcioîcnt  le  M^flie,  par  cèt  oracle  fî  illuflre  ; 
prononce  par  la  bouche  d*un  Patriarche  mou- 
ranr.  Le  Sceptre  ne  fe  départira  poïmdejuda.ni 
le  Légrjîatehr  d'entre  [ts  pieds  ,  ju^qu  h  ce  que 
Schilo  vienne  :  à  lui  apartient  l* ajftmhlée  des 

peuples.  Dans  certe  Tribu  Dieu  a  voulu  encore 
choifir  une  famille  ,  pour  lui  aproprier  la  pro- 
med'e  du  Mefïie.  C*cft  celle  de  David ,  auquel  il 
promet  qu’il  fera  fcoîr  fa  poPerite  (ur  le  tronc 
tant  qu’il  y  aura  Soleil  &  Lune  j  ce  qui  eft  évi¬ 
demment  faux,  s’il  ne  s’acomplit  en  la  perfonne 
du  Meffic.  Enfin  dans  la  famille  de  David  Ü 
choiût  une  branche  qui  fort  d’une  terre  qui  a 
4ioif,  &  qui  l'ort  du  tronc  dTfaï  ,  c’eft-  à- dire ,  qui 
eft  dans  l’obfcuritc  &  dans  l’abaiffemcnt.  Diftin- 
(flîons  qui  ont  pour  but  de  faire  difeerner  &  rc- 
connoître  le  véritable  Meflic  ,  &  d’cmpcclier  que 
cette  connoiflancc  fi  lalutaire  ne  fe  perde  dans  la 
confufion  des  peuples,  des  tribus,  des  races  & 
des  gcnprations. 

Ce  n’cft  pas  feulement  par  les  evenemens  que 
Dieu  préparoit  les  Ifraëlitcs  à  recei^oir  le  MefTici 
Dieu  leur  împofe  le  joug  d’un  nombre  prcfqu’in- 
fini  de  ceremonies ,  afin  qu’ils  foüpircnt  apres  l’a¬ 
vantage  de  s’en  voir  afranchis.  Il  leur  cache  à 
demi  des  dogmes  fnblîmes  &  importans  ,  afin 
qu’ils  défirent  d’y  voir  plus  clair.  Il  donne  une 
Loi  qui  n’a  que  des  motifs  charnels  ,  &  qui  n’cft 
aoompagnéc.  que  de  bcncdîdlions  &  de  menaces 
temporelles,  afin  que  Ton  infuHifancc  infpirc  le 
defir  d’une  mejllcurc  Alliance.  La  Loi  eft  inter¬ 
venue  5  afin  que  le  péché  abondât  par  la  connoif- 
Tancc  &  par  le  fentiment  5  &  Dieu  a  fait  connoî- 
tre  &  fentir  le  prêche  par  anticipation  pour  obli¬ 
ger  les  hommes  à  recourir  à  fa  mifcricordc,  prc« 
te  à  fc  révéler  en  Jesus-ChRist.  Ainfî  toutes 
chofes  préparoient  à  une  nouvelle  économie, 
li  faut  ajouter  que  toutes  chofes  la  reprefen- 

toient. 


de  lût  Keliglon  Chrétiennè,  197 

toîcnt.  Le  Lcgiflatcur ,  le  peuple  J’AIIîancc ,  le 
Médiateur,  le  (crvicc  &  la  condition  des  Fidè¬ 
les,  tout  (c  trouve  portrait  dans  TAncien  Tefta- 
ment ,  comme  dans  un  grand  &  magnifique  ta¬ 
bleau  compofe  par  les  mains  de  Dieu  mcmc,& 
cxpôfc  aux  yeux  de  tous  les  ficelés. 

La  Divinité  y  paroîc  fous  une  forme  humaine , 
pour  nous  faire  voir  un  type  d’un  Dieu^ianifefié 
en  chair.  Elle  Jure  avec  Jacob ,  pour  nous  apren- 
dre  que  la  prière  eft  un  combat  qui  lui  cft  tout-  à- 
fait  agréable.  Elle  défend  à  Moïfc  d’aprocher 
du  buiffon  ardent  oii  elle  fc  manifefte,  julqu’à  cc 
qu’il  ait  déchauffé  les  fouliers  de  fes  pieds, pour 
nous  faire  comprendre  que  fans  la  Candi fîcation 
nous  ne  devons  nj  ne  pouvons  nous  aprocher  de 
Dieu.  Elle  ne  fc  montre  que  par  derrière  à  fon 
ferviteur  MoiTc  ,  pour  nous  aprendre  que  l’avan¬ 
tage  de  le  voir  à  face  découverte ,  c’eft-à-dirc , 
de  connoîcrc  parfaitement  fon  confeil  &  fao^o- 
lonté ,  apartient  à  un  autre  Prophète  plus  grand 
que  Moïfc. 

Les  deux  Alliances  nous  y  font  reprefentées 
par  les  deux  femmes  d’ Abraham  ;  l’Alliance  de 
l’Evangile  par  Sara  qui  a  des  enfans  libres  î  & 
l’Alliance  de  la  Loi  par  Agar  qui  les  engendre 
pour  la  fervirude. 

Le  peuple  fidèle ,  qui  cft  l’Egîîfe  ou  l’alTcmblée 
des  perfonnes  ordonnées  à  la  vie  éternelle,  nous 
y  eft  marqué  tantôt  par  le  peuple  d’Ifracl ,  tan¬ 
tôt  par  l’affembléc  des  premiers  nez  ,  &  tantôt 
par  la  multitude  des  Lévites  &  des  Sacrifica¬ 
teurs.  Les  raports  qui  font  encre  le  peuple  d’If- 
raeî  &  l’Egliie  Chrétienne  font  tour- à-fait  fenfî- 
blcs.  Le  peuple  d’Ifraël  eft  féparé  de  toutes  les 
autres  nations  :  les  Fidèles  le  font  de  tous  les 
hommes.  Dieu  eft  le  proteâcur  d’Ifraël,  pen¬ 
dant  qu’il  abandonne  les  autres  peuples  :  il  n’y  a 
de  meme  que  cette  nation  faintc  répandue  dans 


59^  Truité  de  la  Vérité 

tous  les  tems  &  dans  tous  les  lieux  ,  que  nous 
apeionsTEglife  ,  qui  puiflefe  vanter  de  la  protec¬ 
tion  de  Ton  Dieu.  Le  peuple  d’Ifracl  eft  dcccflc 
de  toutes  les  nations:  TEglife  cft  haïe  du  monde. 
Le  peuple  d’Ifracl  cric  dans  le  fond  de  ropreflîon  , 
&  (on  cri  parvient  ju(’qu*à  Dieu.  L'Eglifc  a  des 
Manirs  &  des  affligez  qui  crient  jour  &  nuit, 
fi^fquà  tfuand  Seigneur ^  &c.  Le  peuple  d'IC- 
raël  n’a  point  d’autre  guide  que  Dieu  ,  ni  d’autre 
lurrierc  que  la  fienne  ,  ni  d’autre  rempart  que  fa 
providence,  ni  d’autre  pain  pendant  long  temps, 
que  celui  que  Dfeu  fait  tomber  miraculeurcmcnt 
du  Ciel  pour  le  nourrir,  &c.  L’Eglifc  de  meme 
n’a  point  d’autres  lumières  que  celles  de  Dieu  ,  ni 
d’autre  prudence  que  fa  providence  ,  ni  d’autra 
rempart  que  fa  force,  &:c.  Dieu  croit  enlfracl  : 
il  voulut  avoir  un  Tabernacle  ,  pendant  que  les 
Ifraciitcs  habitèrent  dans  des  tabernacles ,  &  il 
yoijut  qu’on  lui  bâtir  une  maifon,  lorfquc  les 
Ifrac’îtcs  habitèrent  dans  des  maifons.  Dieu  eft 
au  milieu  de  Ton  Eglife ,  &  les  Fidèles  eux-  memes 
font  fes  temples  &  t’es  fanduaires. 

Au  refte  le  fervice  divin  qu’on  rendoit  à  Dieu 
en  Ifraël  prefiguroît  cxcclcmmcnt^  ce  fervice 
Tpiritucl  que  nous  femmes  cnfeiçncz  de  rendre  à 
Dieu,  Au  Temple  fcparc  en  Parvis ,  L’cu  faint, 
&  Lien  tres-faînt ,  repond  le  moode,  l’Eglifc  & 
le  Ciel ,  qui  eft  le  fanduaîrc  éternel;  aux  Lévi¬ 
tes  tous  les  Fidèles  (ans  exception  deftinez  à  fer- 
vîr  Dieu  5  aux  vetemens  blancs  des  Minif^rcs  du 
Tabernacle  ,  l’innocence  &  [a  faintetc  de  ceux 
qui  s’aprochent  de  Dieu  ;  à  la  pureté  du  corps ,  la 
pureté  du  coeur  &  de  la  confciencc  i  au  fang  des 
boucs  &  des  agneaux  qui  confirme  l’ancienne  Al¬ 
liance,  le  fang  de  Jesus-Christ  qui  confirme  le 
Nouveau  Teftament  ;  à  l’entrée  du  fouverain 
Sacrificateur  dans  le  Lieu  très- faint ,  lors  qu’il 
portoic  les  noms  des  douze  Tribus  far  fon  efto- 

mach , 


de  lût  Religion  Chretlennê, 
tnach  ,  &  qu’il  prcfentoit  à  Dieu  le  fang  qui 
avoit  etc  répandu  dans  le  Parvis ,  l’entrée  de 
Jésus- Christ  dans  le  Ciel,  cùil  nous  reprefentc 
devant  Dieu  ,&  intercédé  pour  nous  en  vertu  du 
fang  qu’il  a  verfe  pour  l'expiation  de  nos  pécher  f 
aux  eaux  de  purification  qui  ôtoîent  les  taches 
corporelles ,  les  eaux  de  la  grâce  qui  fand:ific  l'ef-» 
prie  j  au  mont  Sinaï  le  mont  de  Sion  i|  à  la  voix 
du  cornet  la  voix  de  l'Evangile  j  à  MoïTe  Média¬ 
teur  de  la  Loi,  Jesus-ChRist  Médiateur  de  la 
nouvelle  Alliance, 

Les  divers  crats  de  l’EghTe  nous  font  reprefen- 
par  les  divers  états  du  peuple  d’Ifraël,  nos 
fervitudes  fpîritucllcs  par  fes  fervitudes  tempo¬ 
relles,  nos  délivrances  par  fes  délivrances,  nos 
ennemis  par  fes  ennemis,  &  les  raports  font  fi 
juftes  &  fi  naturels  entre  ces  images  &  leur  ori¬ 
ginal  ,  que  l'Ecriture  ne  fait  pas  difficulté  de  les 
confondre,  &  de  mêler  dans  un  meme  Chapitre 
ce  qui  regarde  le  temporel  des  Ifraëlitcs  &  ce 
qui  concerne  le  fpiricucl  des  Fidèles  ,&  de  mêler 
les  événcmeils  de  la  République  des  Juifs  avec 
les  merveilles  de  la  nouvelle  Alliance.  Cette  re¬ 
marque  e/l  tout-à-fait  importante.  Celui  qui  ne 
la  fera  point,  ne  comprendra  rien  dans  les  pro¬ 
phéties  da  Vieux  Teftament. 

Enfin  la  fagefle  divine  a  voulu  qu’il  y  eut  un  af- 
fez  grand  nombre  de  types  qui  nous  reprefentaf- 
fentd’cxcclrncc,  les  fondions  &  le  miniftcrc  de 
n©crc  Médiateur.  Ifaac  conçu  dans  le  ventre 
d'une  femm»  Aérilc,  les  délices  de  fon  Père,  le 
fondement  des  promeffes  de  Dieu,  offert  en  fa- 
crificc  fur  une  montagne  par  la  main  de  fon  Père, 
réfufeirant  ,par  maniéré  de  dire,  fous  'le  couteau 
que  fon  pere  à  déjà  levé  fur  lui ,  &  aïant  cnfuicc 
une  poftéricé  auffi  nombreufe  que  les  étoilles  du- 
Ciel  &  le  fable  de  la  mer ,  cA  une  image  de  Jésus- 
Christ  conçù  dans  le  fein  d’une  Vierge,  le  bon 


40  0  Traité  de  la  Vertié 

plaifir  de  Ton  Pcrc  ,  le  fondement  toutes  Jc9 
promefles ,  la  fourcc  de  la  benedi^ion,  mouranc 
îbr  le  mont  de  Calvaire  ,  refufeitant  miraculcu- 
fement  apres  fa  more ,  &  fc  voïant  de  la  pofteri- 
té  apres  qu’il  a  mis  Ton  ame  en  obîacion  pour  le 
pcchc.  jofeph  vendu  par  Tes  frères  ,  livre  par 
envie  ,  aceufe  ,  quoi  qu’innocent  ,  condamne  , 
parce  qu'il  n’avoic  point  voulu  confentir  aux  de- 
firs  impudiques  d'une  femme  ,  fortant  de  la  pri- 
fon  cil  il  avoit  etc  mis ,  comparoîffanc  devant 
Pharao  avec  des  habits  convenables  à  cet  hon¬ 
neur,  &  s’affeant  à  la  droite  de  Pharao  ,  nous 
repreCente  J  b  s  u  s-  Christ  livre  par  envie ,  ven^u 
par  les  Juifs  qui  croient  fes  frères  ,  condamne 
pour  n’avoir  jamais  voulu  participer  à  l’infidcliic 
de  la  Sinagoguc  ,  jette  d^^ns  les  cachots  de  la 
mort,  revetu  des  dons  cclcües ,  &  s’affeant  enfin  à 
la  droite  de  Dieu.  MoïTe  dcftinc  à  être  le  Média¬ 
teur  de  l’Alliance  Legale ,  fauve  à  fa  naiflancc  d’un 
déluge  de  fang,  expofe  fur  les  bords  du  fleuve,  & 
comme  livre  à  une  mort  certaine ,  mais  lauve  cn- 
fuirc,  comme  par  un  miracle  ,  du  milieu  des  eaux, 
&  fauvant  enfuirc  le  peuple  par  une  heureufe  fui* 
te  de  cette  perte  aparente ,  nous  reprefente  Jesus- 
Christ  qui  vient  au  morde  pour  être  le  Média¬ 
teur  de  la  nouvelle  Alliance,  dérobe  à  fa  naiflancc 
au  meurtre  d’H  rode  ,  &  qui  fauve  les  hommes 
après  avoir  fonfert  la  more,  jonas  qui  eft  jetté 
dans  la  mer  pour  calmer  la  rcmpêcc,  &  qui  deftend 
dans  les  entrailles  d’un  poîffon  ,  qui  le  jette  fur  le 
rivage  le  troificme  jour,  nous  fera  cotinoître  celui 
qui  calme  par  fa  mort  la  tempête  que  nos  péchez 
avoient  excitée  ,  qui  defeend  dans  les  entrailles  de 
la  terre  ,  &  s’en  relève  le  troificme  jour.  David 
enfin  paffant  de  lacondîuon  de  berger  à  celle  de 
Monarque  ,  cft  un  type  exccicnt  de  Jisus-Christ, 
lors  qu’apres  fon  abaiflcmcnt  il  hérite  un  nom  qui 
cft  par  deffus  tout  nom. 


Pour 


iè  la  KeUgton  Chrétienne^  401 
Pour  les  oracles  qui  ohr  Enarque  la  perfonne, 
la  venue  5c  le  tems  de  la  venue  du  Mefîic  par  des 
époques  illuftres  &  des  caradlcrcs  cclarans  , 
nous  en  avons  déjà  parle  amplement  ;  &  ce  que 
nous  en  avons  die,  eft  pIuTquc  ruffifanc  pour  nous 
faire  admirer  la  proportion  qui  eft  entre  la  pre-^, 
tnierc  &  la  féconde  Alliance,  la  Pvclîgîon  Judaï¬ 
que  &  la  Religion  Chrétienne.  Moïfc  donne  du 
jour  à  J  B  s  U  s-Christ  :  nous  Tavons  prouve  dans 
nôtre  première  Partie.  J  bsu  s- Christ  donne  du 
jour  à  Moïfe  :  le  paralclle  que  nous  venons  de  fai¬ 
re  le  dit  aflez. 

XL  TABLEAU 
De  la  Religion  Chrécienne , 

Ou  fa  fro for  tien  avec  la  Religion  naturelles  ■ 

CEtte  peinture  eft  déjà  faîte.  J’ai  déjà  fak 
voir  en  plulîcurs  endroits  de  céc  Ouvrage  y 
que  la  Religion  Chrérienae  anéantît  la  corrup¬ 
tion  qui  avoit  altère  la  nature  5  qu'elle  détruit  le 
Paganifmc  ,  qui  croit  la  corruption  de  la  Reli¬ 
gion  naturelle  j  qi^Vlle  répare  &  rétablie  celle-ci  5 
qu’elle  foutient  les  principes  de  droiture  &  d’é¬ 
quité  que  Dieu  avoir  mis  dans  nôtre  cœur  j  qu’elle 
produit  la  plus  parfaite  de  toutes  les  unions,  qui 
ch  celle  de  l’amour  &  de  la  charité  ;  que  l’humili¬ 
té  ,  la  tempérance ,  la  fageffe  &  toutes  les  vertus 
qui  Coüricnncnt  la  Religion  naturelle  ,  tirent  toute 
leur  force  des  motifs  de  la  Religion  Chrétienne, 
qui  feuls  peuvent  balancer  le  poids  des  objets  fen- 
fiblcs,  &  qu’enfîn  elle  nous  fait  répondre  à  nôtre 
dehinarion. 

C’eft  une  penfée  qui  nous  réjouie  &  nous  élè¬ 
ve  mctvcilîcufcmcnt ,  que  la  fia  de  l’homme  Toit  la 

fia 


40t  Traité  de  la  'Vérité 

fin  de  la  Religion  Chrccicnnc ,  &  la  fin  de  la 
Religion  Chrétienne  la  findc  Thomme.  Tout  ce 
cju’il  y  a  dans  l'homme  cherche  Dieu,  par  ma¬ 
niéré  de  dire.  L'infinie  curioficc  de  nos  erpiits, 
qui  afpirent  toujours  à  connoître  de  nouveaux 
objets  ,  demande  cette  Divinité  que  !a  Religion^ 
Chrétienne  nous  fait  connoîtic  ,  paKc  que  cette* 
Divinité  enferme  toutes  chofes  dans  i’emincncc 
de  fa  nature.  L’infatiable  avidité  de  nos  cœurs, 
qui  ne  peuvent  ctre  fatîsfaîts  par  tout  ce  que  nous 
voïons,  demande  le  fouverain  bien  ,  qui  enferme 
tous  les  avantages. 

Jamais  onti'avoitfçu  qu'il  falüt  remplirle  vuidc 
de  fon  cœur  en  glorifiant  Dieu.  Se  donner  à 
Dieu  en  renonçant  à  foî-meme  ,  &  renoncer  à 
foi-même  pour  fc  donnera  Dieu,  font  des  parado¬ 
xes  dont  la  Religion  Chrétienne  nous  montre  la 
veriré  ,  en  fupicant  aux  défauts  de  l'homme  ,  & 
rétabîilTant  la  Religion  nattfrclle. 

Portez  maintenant  vôtre  vüë  fur  ces  onze  Ta¬ 
bleaux  que  nous  vous  avons  prefentez.  Confidérez 
que  ce  n'eft  pas  nôtre  imagination  qui  a  fait  la 
Religion  naturelle,  la  Révélation  de  MoiTe  ,  le 
cœur  de  l'homme,  la  Morale  de  Jésus- Christ  , 
fa  dodrinc  ,  fa  fin ,  fes  éfets  ,  les  témoignages  qui 
lui  font  rendus ,  fes  acords  avec  la  grande  fin  de 
l’homme,  qui  cft  la  gloire  de  Dieu,  que  ces  miroirs 
ne  dépendent  ni  de  nôtre  caprice  ,  ni  de  celui  des 
incrédules  î  &  que  quand  nous  ne  fçaurions  point 
d'eù  la  Religion  Chrétienne  cfl  (ortie  ,  nous  dé- 
vrions  la  raporterà  une  fource  celefle  ,  frapez  par 
tant  de  caraéleres  de  divinité. 

Et  que  (cra-cc  donc  ,  quand  nous  confidérerons 
que  le  Ciel  a  parlé  pour  nous  l'aprcndrc  j  qu'une 
infinité  de  Martyrs  (ont  morts  pour  nous  le  con¬ 
firmer,  que  les  évenemens  &  les  miracles  nous 
l’ont  apris  y  que  des  faits  inconteflablcs  nous  le 
perruadenr,  que  des  Prophètes  l'annoncent,  que 


de  la  Relî^ten  Chrétienne.  405 

.  les  démcmsic  confeffent  par  leur  fiicncc  ?  Et  que 
dirons- nous  maintenant  que  nous  fommes  envi¬ 
ronnez  de  lumière  de  tous  cotez  ,  lumière  des 
fens ,  lumière  de  la  raifon,  lumière  de  prophétie, 
lumière  d’acompîiffemcnt  ,  lumière  dcfaintctc, 
lumière  de  miracles  ,  lumière  de  connoiffancr  , 
lumière  defentiment,  lumière  d*cxpcriencc,  lu¬ 
mière  de  témoignage,  lumière  de  faits ,  lumière 
dcdodlrinc,  lumière  de  cœur,  lumière  d’cfprir  > 
Nous  dirons  que  c’eft  ici  i*œuvre  de  Dieu ,  & 
nous  prierons  celui  qui  nous  a  fait  la  grâce  de 
connoîcrc  fa  faince  Religion  ,  &  de  la  défendre 
contre  la  fauffe  fubeilité  de  Tes  ennemis^,  de  la 
graver  profondément  dans  nos  cœurs  pour  fa 
gloire  Se  pour  nôtre  laluc.  Amen. 


Fin  de  U  II,  Panit, 


i7i  ^7i  ^7i  i7i  I7i i7i  l7i  )7<: 

J^'  /M'N  /WX//^'^  /M''  /MN  /»*'  'V'  M''  /aA.\  /WX  /MX  A-  .  /m-  <*n 

. .  "■  '  ■' 


yj$:^  7m^ 


TABLE 


Des  Sedions  8c  des  Chapitres. 
SECONDE  PARTIE. 

Oà  l’on  établit  la  Religion  Chrétienne 
par  fes  propres  caraéteres. 

I.  SECTION. 

Preuves  de  la  Religion  Chrétienne  , 
tirées  du  témoignage  de  ceux  qui 
l’ont  premièrement  annoncée. 

D'Effein  de  VOuvrage*  page  i 

CHAP.  I,  Oh  ton  recherche  d*oh  font  ventes 
les  Chrétiens  ,  d"  (quelle  eji  leur  froftjfton  ,  en 
remontant  jtifqu  PMx  premiers  (iécles,  J 

CHAP.  IL  Oh  ton  examine  le  martire  des  pre- 
miers  Chrétiens.  6 

CHAP.  ,1 1 1.  oh  ton  continue  à  prouver  la 
vérité  de  la  Religion  par  des  faits  incontefla^ 
lies.  9 

CHAP.  IV.  oh  ton  continué  d'établir  la  vé¬ 
rité  de  la  Religion  par  des  faits  qui  ne  peu-‘ 
vent  être  conteflez, 

CHAP.  V.  oh  ton  montre  que  tous  les  faits 
’  de  t Ecriture  du  Nouveau  Tefla?ncnt  ne  peu¬ 
vent  être  fupofez,  i6 


TABLE. 


'jf;  • 

IL  SECTION. 

Où  Ton  établit  la  divinité  de  la  Religion 
Chrétienne,  en  examinant  TEcriturc 
du  Nouveau  Teftament. 

C  H  A  P.  I,  Gine  cette  Ecriture  riefi  point 
.  pofée.  jt 

C  H  A  P.  II.  les  Livres  qui  compofent  l*Er 

criture  du  Kouvem  Tefi^tment  n  ont  point  été 
corrompus*  56 

C  H  A  P.  III,  G^e  les  Apôtres  nont  point  écrit 
des  chofes  fabuleufes*  4  u 

CH  A  P.  IV.  G^e  les  Difciples  de  ]Ems-CHKisr 
ne  pouv oient  tmpofer  fur  ce  qui  fait  lu  matière 
de  leurs  Ecrits  y  ou  de  leur  prédicution*  4^ 

CH  A  P.  V.  Ou  ron  examine  plus  particulière^ 
f  ment  fi  les  Apôtres  ont  pu  ,  ou  voulu  tromper  les 
hommes* 

CH  A  P.  VI.  Ou  Von  examine  les  chofcs  qui  font 
contenues  dans  VEvangtle  ,  pour  voir  fi  elles 
font  fufceotiblts  dillufion  ^  d' impoflure. 

C  H  A  P  VII.  De  U  famteté  dt  ]E>\xs-CuKi^r ,6 o 
CHAP  VIH.  Des  Prophéties  de  Jbsus- 
Christ. 

CHAP.  IX.  Ou  Von  entre  dans  V examen 

;  des  chofes  qui  font  contenues  au  Livre  des 
ASies.  7  9 

CHAP.  X.  Ou  Von  confidére  le  fuccez  tée  la  pré^ 
dication  des  Apôtres.  S| 

CHAP.  XI.  Ou  Von  entre  dans  Vexamen  des 
chofes  qui  font  contenues  dans  les  Epitres  des 
Apôtres.  •  Sy 

CHAP.  XII.  Ou  Von  continué  d* examiner  les 

Epitres  de  faint  Paul* 


TABLE. 

C  H  A  P»  XÎII.  <^e  nous  devons  regarder  com^ 
une  divine  l^Ecniure  du  Nouveau  Tefiatnent.  loj 
C  H  A  P.  XIV.  Ou  Von  examine  les  dtfficultez 
qui  peuvent  être  opofées  aux  véritez  précé-* 
dinîes.  10^ 

CH  A  P.  XV.  Ou  Von  continue  à  examiner  les 
difficulîez  des  incrédules»  iij 

CH  A  P.  XVI.  Ou  Von  continué  a  exammi^r 
Les  difficulîiz  qu  on  peut  opofer  à  nos  prin¬ 
cipes.  ILI 

C  H  A  P.  XVII.  Ou  Von  continué  a  fatisfaire  aux 
dtfficultez  de  V incrédulité^  118 

III.  S  E  C  T  ro  N. 

Où  Ton  tâche  de  pouirer  les  preuves  de 
fait  &  de  fentimenc  jufqu'au  degré 
de  la  démonftracion. 

C  H  A  P.  I.  T)e  Vétat  de  Vefprit  ^  dti  cœur  des 
Difciples  i  ^  quels  étoient  teurs  p^êjuge:^,  lorf- 
que  ]Esm-OHKîST s*efi fait ccnnoitre à  eux,  157 
CHAP.  IL  Premier  centre  d^  vérité.  Cor/ff'^ 
dération  particulière  des  miracles  de  ]  us- 
Christ.  ijj 

C  H  A  P.  III.  Second  centre  de  vérité,  ConficLe'^ 
ration  particulière  de  La  réfurreViion  Jésus- 
Christ.  ^  •  17J 

G  H  A  P.  IV.  Troîféme  centre  de  véri:é.  Confidé^ 
ratiM  particulière  de  VAfcenfion  de  Jesus- 
Christ,  18^ 

CHAP.  V.  Gpuatrtéme  centre  de  vérité.  Confia- 
dération  particulière  de  Veffufion  du  S.  Efprit 
fur  les  Difciples.  ici 

CHAP.  VI.  Ou  Von  réunît  tous  les  faits  rniracu»  [ 
leux  pour  en  former  une  démonffration,  lOj  j 


table. 

Rcflexicns  fur  l* Evangile  filon  S.  Mathieu.  117 

CH  AP.  VII.  Ou  Von  continue  a  produire  des  au¬ 
tres  Evangiles  des  endroits  propres  a  faire  fentir 
la  divinité  de  la  Religion  Chrétienne.  1 4  i 

CH  A  P.  VIII.  Ou  Von  continue  à  produire 
âes  AVies  des  Apôtres  Ues  endroits  propres  à 
faire  fentir  la  divinité  de  la  Relifîon  Chré¬ 
tienne.  2J7 

CH  AP.  IX.  Ou  Von  continué  a  produire  des 
Epines  dt  faim  Paul ,  de  faint  Pierre ,  ^  defaint 
Jean  ,  des  pajfages  propres  à  faire  fentir  la  divi¬ 
nité  de  la  Religion  Chrétienne.  2^4 

IV.  SECTION. 

Où  l’on  prouve  la  vérité  de  la  Religion 
Chrétienne  par  la  confidération  de 
fa  nature  &  de  fes  propi  iecez. 

"Divers  Tableaux  dans  lefquels  on  la  peut  con-- 
fidérer.  180 

I.  Tableau  de  J  a  Religion  Chrétienne,  Von 
coïffidere  dans  V amas  des  témoignages  qui  lui 
font  rendus.  181 

IL  'ÿableau  de  la  Religion  Chrétienne,  Ou  fort 
opoftion  avec  toutes  les  autres  Religions.  *28^ 

III.  Tableau  de  la  Religion  Chrétienne , 

Von  Cên fl dére  dans  fes  éfets.  2>fS 

IV.  Tableau  de  la  Religion  Chrétienne,  Ou  la 

pureté  de  fa  fin.  50J 

V.  Tableau  de  la  Religion  Chrétienne,  Ou  [a 
proportion  avec  les  befoins  de  V homme.  504 

VI.  Tableau  de  la  Religion  Chrétienne,  Ou  fes 

raports  avec  La  gloire  de  Dieu.  517 

yil.  Tableau  de  la  Religion  Chrétienne, 

V  on  con fi  dére  dans  fa  Morale.  ji© 


TABLE.  1 

VIII.  Tableau  de  la  Religion  Chrétienne, 

*  Con  conjidére  dans  ftsMilieres, 

IX.  Tableau  de  la  Religion  Chrétienne,  Ou 

csnvtnance  de  fes  Mtfiera  avec  les  lumières  de  J 
la  ratfon,  57®^  1 

X.  Tableau  de  la  Religion  Cbrccicnnc ,  Ou  fa  ; 
proportim  avec  la  Rcltgiatifudftïque,  3^0  - 

XI.  Tableau  de  la  Religion  Chrétienne,  Ou  fa  i 

proportion  avec  la  Religion  naturelle*  4  ,1 


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